Peut-on encore parler de Sorcellerie traditionnelle ?

Sporegod, 2011 par Zhectoid

Après une longue période où la wicca a été extrêmement populaire, au point de devenir trop souvent synonyme de néo-paganisme/paganisme pour une grande majorité de personnes mal informées (et qui souvent ne cherchent pas à faire la différence), on assiste depuis quelques années à la présence grandissante d’un ensemble de pratiques regroupées sous le terme fourre-tout de « sorcellerie traditionnelle ». À l’instar de la wicca, on a vu une quantité impressionnante d’ouvrages et de blogs abordant cette branche se réclamant de l’héritage directe d’anciennes pratiques de certaines régions. La « sorcellerie traditionnelle » est souvent désignée sous différentes dénominations, dont pour l’anglais « Hedge Witchery », « Traditional Witchcraft ».
Bien évident, l’immense majorité de ces blogs et de ces ouvrages (plus ou moins sérieux, plus ou moins bien documentés, suivant l’éditeur ou l’auteur) mettent un point d’honneur à expliquer en long, en large et en travers que, non, non, non, rien à voir avec la wicca, cette invention de Gardner. Eux sont bien évidemment plus true, plus authentique, moins fluff et « not for everyone » (J’adore. Genre un sentier, peu importe lequel, est adapté à tout le monde. On n’ose même plus dire qu’un vêtement ou un sport est pour tout le monde, alors le préciser pour la « sorcellerie traditionnelle », quelle blague. Genre c’est un passe-temps que vous pourriez avoir la lubie d’essayer. Quoi que parfois…)
Jusque là, il y a un semblant de cohérence. Sauf que les choses se gâtent quand dans la plupart des cas, il devient subitement question de manière d’invoquer les quatre éléments, de cercle de protection, d’une déesse dominante, d’un dieu cornu, d’outils de pratique et bla, et bla, et bla.
En fait, par moment on a l’impression que la wicca, ca faisait pas assez sérieux depuis qu’elle est devenue éclectique (attendez, on ne va pas accueillir n’importe qui quand même ? Trop mainstream les gens…). Et puis la « wicca traditionnelle » (aka la mal nommée Wicca « gardnérienne », pour ne pas rentrer dans le détail) ca ne sonnait pas assez « certifié authentique A.O.C depuis 1720 ». En plus Garnder aimait se mettre à poil et puis il faut réunir un groupe de personnes, c’est trop compliqué. Non, la « sorcellerie traditionnelle » ca fait tout de suite plus terroir (pas trop quand  même, sinon vous allez passer pour un identitaire), plus vrai, on jette le rede wiccan à la poubelle et puis on peut pratiquer seul/e. En prime, plus on bidouille à sa sauce, mieux c’est et personne ne peut vérifier. Quelle idée de génie !

À la limite, pourquoi pas : intrinsèquement, que chacun se réapproprie un ensemble de pratiques et les adapte à son pagus, à son histoire et que le tout soit diffusé, quelque part, tant mieux. Une tradition qui ne vit pas, qui ne s’adapte pas, qui n’évolue et que l’on ne transmet pas est une tradition qui meurt. Personnellement, je préfère voir voir évolutions et partages plutôt qu’une uniformisation globale faite de tout et de rien, qui ne revêt plus de sens pour personne.
Sauf qu’une tradition n’est pas un truc qui surgit de nul part. Si les traditions sont souvent comparées à des arbres, c’est bien parce qu’elles ont des racines. Une tradition s’inscrit dans une culture (et je parle pas de « culture livresque ». Si, si je précise, parfois il y a des gens qui n’arrivent pas à faire la différence), dans une civilisation. C’est tout un système, exactement comme un organisme vivant, avec son mode de fonctionnement, sa société régit par des processus de fonctionnement et des normes sociales. En dehors de ce système et si ce dernier n’existe plus, alors le reste meurt. Exactement comme un organe doit rapidement être transplanté si on ne veut pas le perdre.
Le principal désaccord que j’ai avec cette tendance (je n’aime pas parler de mode. Je ne pense pas que les gens s’amusent à changer de croyances / pratiques uniquement parce que le voisin le fait. Certes, le voisin les a peut-être inspiré, mais s’il n’y avait eu en eux aucune résonance, alors je doute fort qu’ils aient emprunté ce chemin. Je suis loin d’être une grande humaniste, mais prendre par défaut tous les gens pour des cons, c’est le plus sûr moyen pour qu’ils le deviennent.) n’est pas tant dans le contenu de la tendance en elle-même, mais davantage dans le vocabulaire utilisé pour la désigner. Les mots ne sont pas neutres et la manière dont nous choisissons d’employer tel ou tel terme pour nommer un fait, un processus, un ensemble de croyances participe à son identité et à son ancrage dans la mémoire collective. Hors, les pratiques que l’on trouve sous cette étiquette si elles sont effectivement inspirées de coutumes authentiques, sont trop souvent dénaturées par un processus de regroupement qui finit par leurs faire perdre leur sens premier. (Et premièrement, on peut question l’emploi du singulier dans les termes de « Sorcellerie traditionnelle. » Comme s’il n’y en avait qu’une.)
Je m’explique : c’est probablement une très bonne idée de s’inspirer du folklore d’une région en particulier et de vouloir écrire un livre sur la « Sorcellerie traditionnelle XXXX ». Maintenant, quand on constate que les quelques éléments de la culture locale en la matière se retrouvent sous une articulation qui évoque directement certains ouvrages plus que basiques sur la wicca (l’idée de l’existence d’une grande déesse du coin et de son consort fait notamment fureur), et que l’auteur/e dans son introduction a pris soin de bien dire que ce livre là, attention, c’est du vrai, hein, et que ca vient directement de telle ou telle personne, mais que l’ouvrage est dépourvu de tout élément historique ou permettant de resituer les pratiques dans un contexte social, même généraliste, alors oui, je trouve qu’il y a un très gros problème. Pas tant dans le fait de réécrire la tradition, mais dans le fait de prétendre que c’est la tradition originelle, qu’elle n’a pas changée. On peut agrémenter le tout avec autant de beaux dessins en noir et blanc et de mots de la langue ou du dialecte local, ça n’en reste pas moins du foutage de gueule malhonnête qui se vend pour se qu’il n’est pas. (Et encore, je n’aborde la question de la pertinence du médium de transmission ni ne questionne celle de la sortie du contexte culturelle).
La sorcellerie traditionnelle s’inscrivait dans une société essentiellement rurale qui a aujourd’hui majoritairement disparue en Europe Occidentale. Son fonctionnement, ses mœurs et son architecture ont évolué de manière drastique tout au long du XXe siècle (plus particulièrement à partir de la guerre de 14-18 et quasiment achevé dans les années 60. Cette datation est plus ou moins valable suivant les endroits ou même les pays. En France, c’est globalement pertinent.) La société d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier, et prétendre que les courants de sorcelleries traditionnelles n’ont pas subis eux aussi le contrecoup de cette évolution est absurde. Cela ne veut pas nécessairement dire que tout a disparu : certains éléments ont perduré, certains ont disparu, d’autres se sont probablement ajoutés.
Comme je le disais plus haut, on peut questionner le fait d’utiliser le terme de « Sorcellerie traditionnelle » au singulier pour désigner un ensemble de pratiques censé être propre à chaque région, et donc à chaque groupement établi sur un territoire plus ou moins défini, possédant qui une langue, qui un dialecte, qui un parler avec ses particularités et ses expressions, son histoire, ses coutumes, bref tout son bagage et son système. En gros, est-il possible de parler d’une sorcellerie traditionnelle française, d’une sorcellerie traditionnelle anglaise et de donner, sous couleur d’arpenter un chemin se voulant moins galvaudé, dans la grosse généralisation sans aucun approfondissement sérieux ?
Je suis toujours profondément perplexe de voir des nord-américains faire intervenir leurs ancêtres [insérer un adjectif] de la 5e ou 6e génération pour venir justifier d’adopter tel ou tel sentier culturel alors qu’ils n’ont pas été élevé dans cette culture là, qu’ils n’ont jamais mis un pied sur le Vieux continent. Pas que cela les intéresse -c’est leur droit le plus strict et vouloir renouer le lien avec son histoire familiale est une chose admirable-, mais qu’ils puissent venir se permettre de dicter comment, à leur avis, qui a le droit de faire ci ou ça, et comment on devrait le faire. Exactement comme quand il semble admissible pour certaines personnes de dire que elles, elles sont légitimes pour pratiquer [XY] mais que les gens de telle voie sont des %@#!!* de faire pareil avec la leur. L’altérité, ca vous parle ?
On en vient à l’épineuse question du : faut-il habiter sur une terre, en être originaire ou a minima y avoir habité pour pratiquer la sorcellerie tradz d’un endroit donné ? J’ai tendance à penser qu’en plus des éléments sus-mentionnés, une quantité d’autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte : on peut avoir des connexions spirituelles avec certaines personnes qui ne font pas forcément directement parties de notre lignée génétique, on peut parfois se retrouver dans une position où un certain nombre d’éléments vont nous pousser dans cette voie, il peut y avoir des initiations, on peut être appelé par un endroit sans aucune connexion visible et constater ensuite qu’un ancêtre y a vécu et que cela soit « assimilé » dans la mémoire de la lignée, bref, je ne vois aucune raison de se limiter de manière formelle à quelques données restreintes et je n’ai pas de réponse toute faite et catégorique à donner. De manière empirique, j’ai pu constater que quand une affaire est sérieuse à ce niveau là, c’est rarement sans raison.

Au niveau de la pratique proprement dite, je doute que la sorcière ou le rebouteux ait eu besoin de grand chose d’autre que des objets de tous les jours. À l’heure actuelle, aller se chercher un bâton en forêt est sans doute devenu une sorte d’aventure qui sort de l’ordinaire, avec tout le salamalec que certains sont capables de faire autour. Dans la société rurale, c’était tout bête : les gens possédaient un bâton pour aller garder les bêtes (au pluriel quand ils étaient assez riches pour cela) : la belle affaire que d’aller se chercher un bâton. Certes, il y avait peut-être un bâton particulier, mais si tout le monde savait qui était la sorcière du coin, on se gardait en général bien d’en parler ouvertement.
Pareil pour les formules, mots de pouvoir et autres. Honnêtement, je me permet de douter qu’il était question d’une grande déesse, sauf si on considère la Vierge Marie. Mais pour avoir lu deux ou trois trucs, au moins dans certaines régions, on ne dérangeait pas « la Vierge Marie », on s’adressait spécifiquement à la Vierge de telle chapelle dans tel endroit et on avait recours à la sainte locale, patronne de la source machin, connue pour soigner le type de maux auquel on avait à faire (en tout cas en terre catholique). Dans la « sorcellerie traditionnelle païenne contemporaine », évidemment, le culte des saint/e/s, ça passe modérément, alors il fallait bien adapter un peu le texte d’origine (qui avait peut-être déjà été adapté d’anciennes litanies.)

Du coup, si les pratiques actuelles ont reformulées les pratiques plus anciennes qui ont elles-mêmes été calquées sur d’autres plus anciennes, alors comment on fait ?
Et bien on regarde ce que l’Église interdisait, par exemple. Et on se détend.
Vouloir singer d’anciennes pratiques alors que clairement, tout ce qui les entouraient n’existe plus  (et qu’il est possible que l’on en ait une vision lacunaire) est sans doute modérément pertinent. En revanche, c’est peut-être une bonne manière pour commencer à se cultiver sur la question, en ne se limitant pas à l’aspect sorcellerie d’une société donnée, mais en essayant d’élargir le champs de ses connaissances à son sujet. Parce que concrètement, on trouve pas mal d’articles visant à faire ci ou ça sur la base d’un rituel/autre que l’on a trouvé dans un bouquin et que la personne adapte en toute bonne foi. Sauf que ça serait pas trop mal d’essayer de comprendre pourquoi ce rituel/autre pour cette occasion / lieu / célébration avant de vouloir faire une transposition. Parfois c’est le cas, parfois pas. Bon, l’important c’est d’essayer. Certes, il vaut mieux une action, même pouvant être améliorée, que rien du tout. Sauf qu’au lieu de qualifier sa pratique de « sorcellerie traditionnelle » / « Sorcellerie des campagnes » et autres, il ne serait pas mal d’accepter que ce n’est qu’une réinterprétation moderne de ce qui a pu existé et qui désormais n’existe plus.

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[SYLPHE] Dans les poches d’un Sorciéron…

Je suis un sorciéron indiscipliné-ciéron. Comprendre par là que généralement, mes affaires sont toutes en vrac dans mon sac ordinaire. Mis à part un « crane bag » qui regroupe des éléments en lien avec certains esprits et/où un taf particulier en cours (contenu que je ne montre pas, sauf rares exceptions), le reste de mon « matos » se trouve pêle-mêle avec mes affaires ordinaires, ce qui génère des « Et meeeerde, j’ai perdu mon pass Navigo ! » (phrase récurrente, suivie de quelques minutes de recherches fiévreuses avant de découvrir que non, il est soigneusement rangé, pour ne pas le perdre, dans la poche du sac de mon tambour, pour la plus grande exaspération de mes coreligionnaires… Pardon les gars.) « Merde, je sais plus ce que j’ai foutu de mon flacon d’ocre ! » Au fur et à mesure de mes pérégrinations, j’accumule toutes sortes de trouvailles dans mon sac : mousse, petits os, cailloux etc. Du coup, quand j’arrive au travail le lundi matin, c’est toujours un joyeux bordel entre mes affaires regular, et la boussole / cran d’arrêt / allume-feux / encens.

Le matos le plus important, celui à avoir toujours sur soi, c’est à mes yeux plutôt du matériel « de bon sens » : boussole, couteau, allume-feux, cordelette. Suivant mes déplacements, j’y ajoute une lampe frontale, une lacrymo, une trousse à pharmacie -avec couverture de survie, pince à tiques, par exemple. Parce que si vous vous savez que vous êtes en accord avec les énergies bienveillantes de la Terre-Mère (sarcasme), les tiques, elles, ne sont pas au courant, et que la maladie de Lyme, c’est de la merde.

Finalement, après le mois d’août passé à courir après mes affaires, j’ai utilisé un reste de laine qui m’avait servi pour un autre projet pour crafter un pochon un peu plus grand histoire de rassembler mon merdier (ou au moins essayer). J’avais déjà un pochon pour mes runes que j’avais acheté chez Claire, mais celui là, il était important que je le fabrique moi-même. La bête a été fabriquée avec de la laine de base et de la fat über laine des Ateliers de l’Awen qui déchire sa race (celle qui est bleue/jaune/verte etc).

Le pendentif date d’il y a 10 ans. Je l’avais acheté quand je faisais ma prépa en Bretagne. J’avais fait un rêve où je portais un médaillon avant de tomber sur celui là dans une boutique, l’exacte reproduction de celui que je portais dans mon rêve. (Y’avait un mec tout chelou genre habillé à la scandinave qui me disait « on ne tue pas les porteurs de ce signe, en désignant mon médaillon. J’avais trouvé ça marrant.)
Je vais tâche de me discipliner et de mettre toutes mes affaires au même endroit. Dont ma « pierre de foyer » et mes perles de prières. La pierre de foyer c’était un délire de l’époque où je jouais à World of Warcraft, elle sert à revenir « chez soi », et j’en avais faite une en pâte fimo et je l’utilisais dans le cadre de certaines de mes pratiques. C’est toujours plus ou moins le cas. (Perte de crédibilité : 50 points à votre réputation). Quant aux perles, j’ai beau en fabriquer des très belles en pierre, je préfère utiliser celles en bois, toutes bêtes, pour la simple et bonne raison qu’elles me servent pour tout le monde, et que je les trimballe en toutes circonstances, y compris au lit. Autant qu’elles ne soient pas fragile, mon matos ayant intérêt à être tout terrain.
S »y ajoutent toutes sortes de merdier. J’avais au départ brodée une pochette pour les rêves, mais en fait, je m’en sers davantage pour ranger plantes et encens. J’ai pas assez de discipline pour avoir des pochettes pour chaque pratique, des carnets pour tel ou tel type de récit, des colliers réservés à ci ou à mi. Pareil pour le couteau, par sa lame courbe, il sert surtout à couper les plantes etc, mais en fait, j’ai souvent uniquement le Muela offert par mon père, qui avait la manie de m’offrir des couteaux de là où il allait en voyage. Parfois je rajoute un canif etc. Un jour je vais me faire contrôler par un flic et j’aurai des ennuis. L’encens c’est bien pratique, mais j’avoue que j’en ai rarement spontanément sur moi.

(And now you shall see Odin)

Parmi les bricoles que je mets dedans, des baumes, des os, des trucs ramassés sur le bord des chemins (plus mes poches, souvent pleines de détritus que je ramasse quand je suis en forêt ou sur la plage. Parfois, contribuer à nettoyer un peu l’endroit de la saleté déposée par les humains, c’est les meilleurs offrandes. Il n’y a pas forcément besoin d’avoir toutes sortes de trucs sophistiqués. D’autant que certains Esprits des Lieux n’aiment pas trop qu’une personne surgit de nulle part se mette à faire des offrandes spontanées etc.) Avoir un ou deux cathéter c’est pratique quand on doit prendre du sang, c’est plus simple et plus « sécuritaire » que les couteaux. Généralement j’en ai deux, cela permet d’en passer un à quelqu’un si besoin. Evidemment, ils sont à jeter après usage : on n’utilise pas de cathéter déjà utilisé (sauf si on le garde strictement pour soi) si on les passe à quelqu’un d’autre. On remet la canule après usage et on le jette. (Risques HIV / hépatites, toussa… Je sais je suis reloue avec ça, mais malheureusement, c’est une donnée qui tend à être de plus en plus zappée à l’heure actuelle.)

Et sinon, des huiles / baumes / onguents de fabrication perso. De l’ocre et autres. (PAs tout en même temps, c’est suivant les périodes, l’inspiration et les nécessités du moment…)

sylphe4

[PBP] T – Traumatisme et guérison

Artiste inconnu

Quelles raisons, quels événements nous conduisent à un jour nous retrouver sur les voies que nous arpentons aujourd’hui ? Y-a-t-il un jour un déclin qui nous fait sauter le pas, ou une succession de faits qui pris individuellement sont insignifiants ? Je n’en sais rien, je n’ai pas de réponse toute faite à ces questions. Je ne saurais pas dire ce qui m’a amené à cette voie là, au niveau des croyances. Par contre, je sais comment j’en suis venue à m’intéresser à la magie, aux tirages de cartes, aux runes. (Je distingue parcours spirituel et parcours « magique »)

Je voulais contrôler ma vie, et enfant je n’avais aucune prise sur ce que je vivais. J’ai malheureusement été amené très tôt à considérer que les adultes n’étaient ni source de protection, de réconfort ou de fiabilité. Qu’ils avaient leurs propres règles et qu’ils maîtrisaient les règles du jeu. Qu’un enfant est sans défenses, et que je n’avais aucune arme pour me protéger. J’ai grandi avec notamment la terreur du « un jour, on te fera croire que tu vas à la danse / chez une amie / à l’école, et on t’emmènera en pension / à l’asile de fous et tu y resteras jusqu’à ce que tu sois grande / toute ta vie ». J’ai grandie avec la peur que chaque transport en voiture se finisse devant une bâtisse où l’on m’enfermerait, où je serais prisonnière pour le restant de mes jours. Ca et le « tu as rendu ta mère malade, c’est de ta faute, je te tuerai. » La maison n’était pas sûre. L’école non plus, pour d’autres raisons. Tabassages en règle, et « Unetelle n’a jamais de problèmes, débrouilles-toi. » Alors j’ai cherché des armes, une manière de me défendre.Voulu savoir comment me battre, savoir comment on allumait un feu, trouver mon chemin, construire un abri, si un jour je devais fuir.
J’ai commencé à penser à la magie, influencée par mon environnement, par certains livres dans la bibliothèque parentale, par le professeur Tournesol qui retrouve tout avec son pendule. J’en ai demandé un pour Noël, je venais d’entrer au CP. Je suis arrivée à l’école après les vacances et j’ai demandé à mes camarades de me poser des questions auxquelles on pouvait répondre par oui ou par non. Des questions dont j’ignorais les réponses. J’ai fait mouche assez de fois pour faire peur. ma mère m’a menacé de le confisquer si je continuais. Ce n’était pas un jeu. Je me suis dit que je tenais un premier outil. Je m’en servais pour savoir si les adultes tenteraient de me piéger, pour me tenir prête. La magie des adultes, c’était de la merde : souvenir amer d’un panettone rapporté de Sicile par mon père qui promettait une surprise magique. Et en fait de surprise magique, un vulgaire repliage savant qui faisait que la boîte se repliait pour faire sortir le gâteau par le fond. J’en avais été écœurée. Si c’était ca la seule magie que les grandes personnes connaissaient, qu’ils se la gardent.

Plus tard, au collège ca a été un jeu de cartomancie. Je tirais les cartes en rentrant chez moi déjeuner le midi, pour savoir comment je pouvais manipuler ma prof de français, échapper à un truc déplaisant, savoir ce que l’on ne voulais pas me dire. J’y réussissais plutôt bien. L’éthique ? La fin justifie les moyens.
Petit à petit, je suis allée faucher « Le Grand Albert » de ma mère, épluché ses pages, tenté de la faire parler sur ses propres expériences en la matière. « Ce n’est pas un jeu, ce n’est pas pour toi. » Tant mieux, je ne voulais pas d’un jeu. Plus tard encore, avec l’adolescence et les films d’horreurs, je me suis demandée comment me défendre en cas d’attaques de fantômes et autres. Je suis allée chercher Eliphas Lévi, méticuleusement épluché au lieu de faire mes DM de maths. Fait une liste de tout ce qu’il fallait que je lise. Été découragée par la longueur et la complexité des rituels.

Quand j’ai découvert les runes, j’ai jubilé en lisant un avertissement « ce n’est pas un jeu » et lu certains usages particulièrement dangereux. On pouvait tuer, et j’allais les apprendre pour tuer. Pour me venger. Pour détruire la vie de celles et ceux qui m’avaient fait du mal. La vengeance ne sert à rien nous dit la morale. La vengeance n’est pas là pour compenser ou remplacer. Elle n’est pas là pour apaiser une douleur sourde. Pour moi, la vengeance sert à dire à son ennemi : j’ai gagné, tu as perdu. Cela ne me ramènera pas ce que j’ai perdu, mais je t’ai buté, écrasé, anéanti, abattu. J’ai ruiné ton empire et je danse sur ton cadavre. Je ne raconte pas cela pour avoir de la pitié, je n’en veux pas, mais parce que ce sont des faits passés situant un contexte.

Ce n’est qu’à cette époque que croyances et pratiques se sont rejointes. Paradoxale : d’un côté la petite wiccane fluffy de 17 ans qui croit en une Déesse à l’amour infini, mais qui apprend les runes pour se venger, et qui accumule les connaissances en tout genre pour survivre comme d’autres se font un arsenal. Au départ, voilà ce qui m’a amené à « pratiquer consciemment ». Pas l’amour de la Nature, ni la volonté de comprendre ci ou ca. C’était une volonté acharnée et pragmatique.
De manière toute aussi pragmatique, vers l’âge de 10 ans, je me suis dit que je n’y arriverai jamais seule. Que les adultes étaient useless. Que mes ami/e/s ne comprenaient pas. Qu’il me fallait l’aide de Dieu. J’ai dealé mon âme ou 30 ans de service en échange de la connaissance. Je voulais savoir. Que lui par contre, je pouvais lui faire confiance et qu’il me protégerait.

Aujourd’hui, ca fait plutôt rire. Jaune éventuellement. Est-ce que ce deal passé du fond de mon lit en disant mes prières à l’âge de 10 ans a fait de moi ce que je suis aujourd’hui ? Un côté dit que oui. Un côté dit que non. En tout état de cause, difficile de savoir, tout ce que je sais c’est que ce fait n’est pas à considérer sous ma façon de voir actuelle, et que le revoir sous cet angle peut le fausser. Je ne suis pas fan de l’illusion biographique. Facile, 10 ou 15 ans après de revoir un détail et de lui donner une autre interprétation pour qu’il colle à notre actualité.

Quid de la guérison ?
Je ne sais pas si l’on en vient obligatoirement à certains sentiers pour se guérir. Difficile et maladroit de dresser un tableau général au vu de la multiplicité des voies. Par contre, je sais ce que je peux en dire au vu de ma maigre expérience personnelle et de mon point de vue.
Aller voir une déité dans le but unique de se guérir, c’est un peu comme débarquer chez quelqu’un que vous avez croisé dans la rue pour lui demander de vous aider. Un non-sens. Les déités ne sont pas des toubibs, des psy, des parents de substitution. Ils peuvent guérir, ils peuvent soigner, mais ce n’est pas comme coller un pansement sur une plaie béante. Parfois, vous avez besoin d’une opération à cœur ouvert sans anesthésie. Et souvent, d’une pré-opération pour vous rendre compte qu’une opération sera nécessaire. Mais vous ne prenez pas rendez-vous pour la subir, cela vous tombe dessus sans préavis, généralement au moment où vous aimeriez le moins avoir à la subir.

On dit que l’amour soigne. Je suis d’accord. Mais je suis sceptique sur la pertinence d’aimer « dans le but de », c’est un autre type de problème. Par contre, je crois que quand on développe une pratique dévotionnelle -qui n’a pas besoin d’être spectaculaire ou mirobolante- profonde et suivie, que l’on dépasse quelque chose, qu’on apprend à les aimer, comme ils sont, pour ce qu’ils sont, que l’on tisse une trame, faite de claques quand on déconne, d’amour, et de courage, en revenant sur le tissage on se rend compte des accrocs réparés. Qu’à force d’amour, parfois la guérison vient comme du miel sur une brûlure. Un jour s’attendant à saigner on trouve une cicatrice que l’on n’a pas vu se faire. Les Dieux ne nous soigne pas directement, mais ils nous font cavaler, bosser, tisser-défaire-refaire, nous font stopper le véhicule allant droit dans le mur pour emprunter une voie encore moins confortable qui débouche sur un quelque part. En empruntant cette voie, nous nous guérissons nous-même. Ce n’est ni facile, ni rapide, mais quand cela arrive, l’épiphanie ne vient pas avec le tonnerre grondant des révélations théâtrales, elle vient après, quand on a perdu le fil et qu’on le retrouve au milieu de l’écheveau. On donne de sa personne, ils montrent la route. Ainsi se fait l’échange, le don pour le don.

Je pense que la pratique magique sans la pratique dévotionnelle/spirituelle est une impasse, parce que s’il n’y a rien à aimer derrière un rituel, c’est le vide que l’on célèbre. Vous pouvez accumuler les armes, mais si personne ne vous dit comment les employer, vous crèverez la gueule ouverte. L’aspect pratique et l’aspect dévotion vont de pair.

Expo Viking, Musée National de Copenhague

Nous avons été passé quelques jours au Danemark avec Ulvaten, et à Copenhague, se tient actuellement l’expo Viking (jusqu’au 17 novembre 2013).
Voici quelques photos de l’exposition, par contre, je suis désolée, je n’ai pas pensé à noter la description de chaque objet (ou à la prendre en photo). Il n’y a donc pas toujours de descriptifs -en tout cas pertinents, pardon pour le côté Master of Obvious de certaines. Pour voir l’image dans d’autres tailles, cliquez dessus.

PHOTOS PERSONNELLES, MERCI DE NE PAS COPIER OU REPRODUIRE SANS AUTORISATION.

Ornements de costumes, perles, broches.

Bracelets, bagues, bractéates (au fond une épée)

Le collier est un ornement funéraire féminin. Vers 1050-1100, Kjuloholm, Kjulo, Finlande.
Les bagues datent du IXe siècle et ont été trouvées au Danemark, dans le Jutland.

Pointes de lance.
Celle du haut a été trouvée en Angleterre et date du XIe siècle (58cm).
Celle du milieu, en fer et en argent a été trouvée en Angleterre (pas de datation, 38 cm).

Crâne d’homme (900-1050) ayant les dents limées trouvé dans une tombe à Kopparsvik, dans le Gotland (Suède). On ignore pourquoi il avait les dents limées de la sorte, mais de nombreux crânes présentant la même particularité ont été trouvés. L’hypothèse que ce soit une distinction pour certains marchants ou guerriers à été soulevée.

L’ancêtre des ciseaux et un anneau avec des marteaux de Thor, Xe siècle (fer et cuivre).

Epées -non sans blague- (entre le IXe et le Xe siècle)

Epée à double tranchant, portant l’inscription VLFBERHT (on est bien avancé), 800-950. Peltomaa, Häme, Finlande.

Contrairement à l’imagerie populaire répandue notamment au XIXe siècle, les casques vikings n’étaient pas pourvus de cornes ou d’ailes.

Pointe de lance avec incrustation d’argent, XIe siècle, Tampere, Finlande

Reconstitution de costumes (de mémoire du XIe siècle)

Figurine représentant probablement Odin sur Hlidskjalf, avec Hugin et Muninn. Le lien entre Odin et la magie féminine (seiðr) peut expliquer le fait qu’il porte des vêtements féminins. L’hypothèse que cette figurine pourrait représenter une völva a également été soulevée. (800-1050, Lejre, Seeland, Danemark)

Tambour rituel (impossible de retrouver mes notes à son sujet, ouin)

Amulettes avec le marteau de Thor, à peu près à l’époque de la Christianisation.

Cette représentation peut être interprétée de différentes manières : valkyries, nornes ou disir ? Style scandinave, IXe-Xe siècle, Pologne.

A droite : coupe en argent, datant de la première moitié du Xe siècle, retrouvée à Lejre au Danemark. Elle était probablement utilisée lors de banquets mais aussi sans doute dans un but rituel. La figure féminine qui y est gravée ressemble à une autre figurine représentant Freya (celle de gauche)

Les objets de ce type pourraient avoir été utilisés comme baguettes pour des usages magiques. Celle de gauche a été trouvée en Suède. Celle de droite date du Xe siècle, Seeland, Danemark

Les objets de cette image ont été retrouvés enterrés avec la « femme de Fyrkat », qui était probablement une völva. Elle mesurait à peu près 1.70m. Ces objets montrent qu’elle était une personne inhabituelle et pratiquait la magie.

Pierre du VIIIe siècle, Broa, Gotland, Suède.

Reproduction moderne d’anciennes pierres runiques.

Idem

Je ne ferai aucun commentaire :p

[PBP] C – La magie du chant

Au milieu de toutes les choses que l’on peut lire sur la méditation, les invocations, les rêves, les voyages, la respiration et le reste, j’ai parfois l’impression que le chant est plus rarement abordé.

D’un point de vue mécanique, les premières choses que l’on apprends, c’est à bien se positionner. Quand on chante, on doit être bien aligné, si possible, les deux pieds fermement plantés sur le sol, écartés à la largeur des épaules, le tronc bien droit. Le corps forme une colonne souple et droite qui permet de faire monter le son. Ensuite, on ne chante pas directement avec ses cordes vocales : elles ne servent qu’à modeler l’énergie et le souffle qui est émis par le ventre et le diaphragme. À un niveau énergétique, cela permet d’acquérir rapidement une base très importante, puisque d’abord on s’enracine et on concentre une énergie que l’on fait monter et que l’on module ensuite.
Je trouve  que le fait de chanter une note sur une fréquence qui nous est agréable en la faisant bien partir du ventre et d’avoir conscience d’être connecté à la terre vaut toutes les techniques de respirations et d’enracinement. On reste concentré sur la note émise, le son doit être continu, parfois crescendo, parfois continu et l’attention se porte automatiquement sur ce son.

Citation Yogi Tea du jour ! *

On ne « chante » pas en pensant à autre chose : c’est peut-être le cas quand on chantonne une chanson que l’on connait par cœur, mais ce n’est pas ce que j’appelle « pratiquer le chant ».
Le chant et la musique sont des disciplines exigeantes. Quand vous chantez dans un chœur composé de 50 personnes, avec six voix différentes, vous devez être attentif : d’abord aux mouvements du chef d’orchestre, ensuite à votre partie (votre voix propre, celle à laquelle vous appartenez) aux autres et à l’orchestre si orchestre il y a) et parfois à votre partition si partition il y a (dans une des chorales, tout était appris par cœur. Je trouve d’ailleurs l’expérience plus intéressante parce que vous n’avez pas à jongler entre le « texte » et la « réalité », vous connaissez les paroles, la mélodie, et vous pouvez vous laissez guider et vous concentrer sur l’énergie sonore que vous émettez).

Parfois les débuts sont durs, on a plus ou moins d’affinités avec les langues dans lesquelles on chante, et on doit apprendre à gérer la technique. Cela apprend la persévérance, la patience et la rigueur : je peux vous dire que passer quatre heures debout (on ne chante pas assis pour ne pas couper le souffle et le son) dont deux à travailler encore et toujours sur les mêmes mesures, et à reprendre indéfiniment parce qu’il y a une seule personne qui n’arrive pas à accrocher une note est une épreuve de patience mais aussi de compréhension parce que quand votre dos vous fais mal, que vous avez envie d’aller aux toilettes ou tout simplement marre, vous finissez par avoir envie de secouer la personne en question. Et quand c’est votre tour de ne pas arrivez à faire cette foutue note correctement, vous savez ce que c’est et ca n’est pas plus confortable.

Mais une fois passées ces difficultés, ou sur scène, c’est une véritable transe qui vaut toutes les heures de travail, toutes les répétitions. L’expression « être au diapason » prend tout son sens et il y a une sorte d’ivresse à chanter une cantate de Bach que l’on adore, en groupe. De sentir l’énergie, d’avoir toutes ses capacités dirigées uniquement sur ce moment, de ressentir physiquement dans votre corps les vibrations de votre voix, de votre âme (et parfois de sentir vibrer la mince couverture plastique de votre partition).

Tout le monde n’a pas forcément la chance ou l’envie de faire partie d’une chorale (encore faut-il pouvoir en trouver une qui nous plaise) mais tout le monde peut chanter seul. J’ai souvent lu que l’esthétique n’est pas importante pour le chant magique, que seul l’énergie qui va se dégager est importante. Je suis à la fois d’accord et pas d’accord avec cette affirmation. D’accord, parce que effectivement, chanter pendant un rituel, ce n’est pas une audition pour la Maîtrise de l’Opéra ou un concert de Radio France, peu importe que vous ne sachiez pas chanter juste ou que votre voix n’est pas considérée comme belle. Par contre, je pense que  si on entends plus de souffle que de son ou si vous chantez complètement faux et que cela vous gêne, qu’il n’y a aucune fluidité, aucune amplitude, cela se ressentira au niveau énergétique. Soit parce que vous serez tellement focalisé sur l’aspect technique que vous ne décollerez pas, soit parce vous bloquerez l’énergie et que cela ne vous apportera rien, du moins pas sans la travailler et apprendre les bases avant de vous lancer.

Chanter en groupe dans un cadre rituel peut indéniablement s’avérer une expérience magnifique. Si ma mémoire est bonne, je crois qu’un proverbe écossais « un partage de pain est bref, un partage de chant dure longtemps » (en gros). C’est complètement vrai : chanter avec une personne créé des liens particuliers. Encore faut-il qu’il y ait une harmonie, que les énergies s’accordent bien et que personne ne soit gêné par la voix d’autrui, sans même parler d’être à l’aise à l’idée de chanter en groupe. Au sujet des énergies, elles sont décuplées quand on chante ; c’est un peu délicat d’expliquer pourquoi, mais en gros, on peut émettre plus facilement une émotion, une intention et focaliser sur le son/l’énergie, d’autant plus quand on chante uniquement des sons ou des mots. Il arrive que l’on puisse supporter l’énergie d’une personne à un niveau normal, et pas quand elle chante. Je me souviens de ma sœur, qui n’a jamais supporté de m’entendre chanter, et qui était au supplice chaque fois que je devais chanter en solo : tout le monde lui disait « oh ta sœur a vraiment une belle voix » pendant qu’elle était sur des charbons ardents parce qu’elle ne supportait pas ce que je dégageais. Au passage, ca aide à garder les pieds sur terre : peu importe que votre voix soit « belle » ou non, il y aura toujours des personnes qui l’apprécieront, et d’autres pas. Faites avec.

Sans rentrer dans tous les détails (il y en aurait pour un moment), voici rapidement quelques « trucs » si vous souhaitez essayer de « chanter » pendant un rituel :

* Si vous êtes mal à l’aise à l’idée que l’on vous entende, attendez d’être seul(e). Avoir des oreilles indiscrètes peut être bloquant, peu importe la qualité de votre voix. Chanter pendant un rituel, c’est en quelque sorte, émettre une intention, un rayonnement et le rendre perceptible par tout le monde, de façon beaucoup plus « organique » que de lire une invocation ou de faire une méditation.

* Mettez vous debout, le dos droit, les pieds écartés, alignés avec les épaule. Le corps doit rester souple et être stable. Les bras le long du corps. Respirez. Prenez conscience de vos pieds solidement ancré, du sol sous vos pieds. Remontez doucement jusqu’à la tête, le menton doit être droit mais pas crispé. Vous êtes parfaitement alignés, détendus et conscient. Concentrez-vous sur votre ventre. Puis sur le diaphragme. C’est là que tout se passe. Contractez/décontractez rapidement le ventre. Prenez une profonde inspiration en gonflant le ventre. Émettez un son sur lequel sur vous vous sentez  l’aise (le son [o] marche très bien parce qu’il permet à la bouche de prendre naturellement la bonne position). Ne tirez pas sur les cordes vocales. La puissance du son doit venir du ventre. Vous n’avez pas besoin de chanter fort : essayer de limiter au maximum la présence du souffle dans votre voix, et de tenir la note, sans tremblements. Faites l’exercice plusieurs fois si besoin.

* Pendant votre rituel, vous pouvez chanter un son pour vous ancrer/enraciner avant et après le rituel. Vous pouvez aussi l’utiliser pour émettre de l’énergie et l’insuffler dans un objet ou l’intégrer à votre travail. Vous pouvez bien sûr chanter des runes (je n’entrerai pas dans la question du galdr). Si vous souhaitez chanter quelque chose de plus complexe, vous n’avez pas besoin de connaître des chansons, une simple suite de sons qui vous évoque quelque chose marche très bien. Vous pouvez aussi chanter en glossolalie.

* Un exercice amusant à faire pour travailler avec l’énergie du son : quand vous chantez, tenez vous debout et tendez les bras devant vous, les paumes ouvertes : tandis que vous chantez, concentrez vous sur l’énergie et chantez jusqu’à ce que vous « sentiez » le son dans vos paumes. Vous n’avez pas besoin de visualiser l’énergie ou de chercher à le ressentir : la plupart du temps on nous enseigne à visualiser. En réalité, il y a des gens pour qui la visualisation est leur truc, et d’autres pas. Certains la ressentent physiquement, d’autres la ressentent de manière plus subtile etc, c’est simplement une différence factuelle, ca ne signifie rien d’autre.

* Le son est un support : il peut aider à se connecter, à se déconnecter (en chantant un mélopée répétitive et rythmée qui agit comme une sorte de tambour, sauf que vous êtes le tambour en quelque sorte), il peut aider à la purification, à la guérison, à focaliser son énergie, et à toutes sortes d’autres travaux. Le chant peut également être une offrande, un paiement pour s’acquitter d’un « droit de passage », une façon d’appeler/invoquer quelqu’un, un esprit, une déité, etc.

* Si pendant que vous chantez, vous sentez que vous avez envie de vous lâchez complètement et de vous mettre à chanter des sons, des mots ou une chanson complètement différente, faite-le. Laissez-vous portez par le son, servez-vous de l’énergie émise comme d’un marche-pied. Les émotions ressortent parfois très violemment pendant que l’on chante.

[Pour la petite histoire, avant d’aller écrire cet article, je me suis fait une tasse de Yogi Tea. La citation inscrite sur le sachet est celle de la photo !]

Le danger n’est pas celui que l’on croit

Une réflexion partielle par rapport à certaines lectures

Sur les blogs américains (davantage que sur les blogs anglais me semble-t-il) on peut trouver de nombreux postes sur les dangers de l’astral et les risques potentiels qui peuvent nous guetter. On trouve aussi des articles sur les conséquences de nos actes, parfois sur la loi du triple retour (à laquelle je ne crois personnellement pas), sur le fait de travailler avec des esprits… C’est très intéressant, mais pour être tout à fait honnête, je ne pense pas que ce soit le principal danger de la magie, de la pratique ou appelez ça comme vous voulez suivant votre chemin.

Il ne me vient pas à l’idée de nier les risques, simplement, à mon avis, ces articles nous encourage à nous focaliser sur des problèmes somme toute assez rares au détriment d’autres sans doute moins spectaculaires mais beaucoup plus réels. Je pense que le principal danger, c’est nous-même. Notre plus grand ennemi et le plus grand risque que nous courons n’est pas niché dans le bas astral en attendant de nous attaquer si nous ne sommes pas protégé ou préparé (d’ailleurs au passage, je ne souscris pas à ces théories du « haut astral » et du « bas astral »), il est bien caché au fond de nous, dans notre égo, nos peurs, notre part sombre.
Pour parler clairement, je n’ai vu personne ne pas se réveiller après un voyage astral, par contre, j’ai vu un certain nombre de personnes perdre les pédales, et pour être parfaitement honnête, j’ai moi aussi perdu les pédales à une époque, et rétrospectivement, je suis reconnaissante de la chance que j’ai eu, à savoir d’avoir des amis qui m’ont parfois mis la tête dans la purée « oh, tu as fini tes conneries ? » même si sur le moment ce n’est ni facile à admettre, ni facile à faire.

Perdre les pédales, qu’est-ce que c’est ? Oh c’est à la fois très simple et délicat à expliquer. Ce sont tous les gens qui s’aveuglent dans leur pratique et deviennent inchiables à fréquenter.
Comment on perd les pédales ? C’est propre à chacun, et je pense qu’on perd tous au moins une fois les pédales. Parfois on se remet en selle, parfois on se viande. Parfois on se remet en selle après s’être mangé une, deux, trois gamelles. Parfois on ne remonte jamais.

En ce qui concerne la pratique spirituelle/magique, je pense que personne ne peut juger les ressentis d’autrui et j’essaie autant que possible de ne pas le faire, ne pas ricaner en disant que ce sont des conneries ou que ca n’existe pas.
Ca ne veut pas dire oui et acquiescer aveuglément chaque fois que l’on vous parle de quelque chose, je définirais plutôt l’acceptation comme un mélange équilibré d’acceptation et de doute cartésien : pourquoi le doute cartésien ? Pas parce que j’attends ou désire qu’on me donne des preuves (soit la personne fantasme soit elle ne fantasme pas, dans les deux cas, je considère que tant qu’elle ne se transforme pas en « trouduc » ca n’est pas mon problème après tout, pas dans le sens « je m’en fous » plutôt dans le sens « ce n’est pas à moi de m’en mêler, et de me trouver impliquée dans quelque chose qui ne me regarde pas »), plutôt parce que j’attends de voir comment cette personne va le vivre, comment elle va évoluer.

Le doute cartésien est important -pour moi en tout cas- parce qu’il permet de se détacher du ressenti émotionnel et de l’emphase que l’on peut être tenter de mettre dans certaines choses. Je vois beaucoup passer sur les blogs ce texte sur le fait d’être prêtresse, comme quoi il ne faut pas se réjouir parce qu’on va souffrir, gna gna gna. Et là, une amie a du finalement m’influencer (;) ) parce que le prendre au pied de la lettre, c’est ni plus ni moins qu’une autoroute vers la transformation en Agnus Dei. Je ne dis pas qu’il n’y ait pas parfois une certaine forme de plaisir dans la souffrance, dans le don absolu (ce qui rejoint la conception de ce que je lis parfois sur l’Ordeal Path), mais ce n’est pas le propos qui me paraît être tenu dans ce texte : « si vous êtes appelées ne vous réjouissez pas ». Ben si on doit faire un truc difficile, autant y prendre du plaisir, même si c’est un plaisir que certains considéreraient comme tordu, parce que sinon, c’est la porte ouverte à n’importe quoi. Souffrir pour souffrir, et se regarder dans le miroir en disant « oh regardez comme je souffre »… je ne ferais pas de commentaires en fait (ce serait intéressant de pouvoir discuter avec l’auteure de ce texte, parce que je pense que nous n’en faisons que des interprétations faussées). Être prêtre/sse, c’est factuel, et il n’y a aucune emphase ou fierté à tirer de cela. Il n’y aucune fierté ou égo à tirer de sa voie, peu importe celle que l’on suit.

A propos de l’évolution dont je parlais plus haut, il y a deux options principales, avec un nombre infini de nuances : soit ses expériences lui permettent de se transformer, d’évoluer de manière positive et de régler certains de ses problèmes ou au moins d’y travailler, soit la personne s’enferme dans sa montagne de merde, devient l’agneau du sacrifice, dégage et méprise tout le monde, se permet de porter des jugements à l’emporte-pièces, a les chevilles qui gonflent, bref, devient inchiable. (Note : comme souligné, c’est à des degrés variables)
C’est la seule chose que j’essaie de considérer, indépendamment de tout le reste, parce que le reste implique un ressenti au niveau des mots, un partage d’expérience, de nommer certains concepts et que personne n’a exactement la même façon d’interpréter, de vivre, de comprendre que son voisin.

C’est une grande difficulté et un questionnement permanent ; mais se demander si on est sain d’esprit, ou si on devient fou est une fausse question. Oui, pour beaucoup de gens vous êtes sans doute fou. Pour certaines personnes, le simple fait d’avoir une spiritualité suffit à faire de vous un illuminé bon pour l’asile. (Mme J.,  ma prof de français en Seconde disait toujours « on est tous fous, les seuls qui ne le soient pas, on les a enfermés pour les protéger de nous ».) La vraie question c’est : vous servez vous de votre spiritualité, de votre chemin pour justifier une fuite de la réalité, un comportement odieux, pour ne pas avoir à affronter vos problèmes avec les autres/vous-même ou pour dissimuler de vieilles blessures au lieu de les guérir ?

Parmi les conseils de base, on trouve souvent celui qui porte sur la nourriture, qu’il faut éviter de manger des aliments « raffinés » : je pense que ce n’est pas uniquement un conseil de diététique, c’est aussi que la nourriture « fraîche » demande du temps pour être préparé. De temps et de la concentration, et ce moment là est une bonne façon de s’ancrer, comme faire le ménage ou toutes les tâches ordinaires qui demandent qu’on se focalise sur « ici et maintenant » au lieu de vagabonder dans sa tête.

[Odin Project – Jour 26] Odin, Ansuz, le souffle, le chant

La rune qui est le plus communément rattachée à Odin est Ansuz. Ansuz, aussi nommée Óss en vieux norrois. Son nom signifie « dieu » mais prend parfois un sens différent, notamment en vieil anglais où son nom est traduit par « bouche ». Odin est le Père de Tout et considéré comme le chef des Ases. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle est rattaché à la parole, au souffle, et Odin est celui qui a insufflé la vie, le souffle vital lors de la création de l’homme telle qu’elle est racontée dans le huitième chapitre de la Gylfaginning (La mystification de Gylfi).

Il est dit que Odin, Vili et Vé façonnèrent Ask et Embla, le premier homme et la première femme à partir d’un frêne et d’un orme.

Le premier leur donna le souffle et la vie, le second l’intelligence et le mouvement, le troisième l’apparence, la parole, l’ouïe et la vue.

Le premier est Odin, le second Vili et le troisième Vé. Odin a en quelques sortes, absorbés certains des aspects de ses deux frères, notamment quand il est question de son éloquence et de sa capacité à convaincre. Dans de ces nombreux textes, il se sert d’ailleurs de cette habilité pour tirer les choses à son avantage ou ridiculiser la partie adverse. Le seul qui semble le surpasser est Loki (comme par hasard son frère de sang, faut-il le rappeler ?). Le souffle est l’énergie vitale, celle qui lui sert à amener les runes à lui pour les ramasser (« et hurlant les ramassait »), concept qui évolue progressivement pour amener l’éloquence, mais aussi la poésie (quoique cette dernière aptitude relèverait aussi de sa fonction de dieu des morts).
Le souffle est un élément important de la pratique magique telle qu’elle est mentionnée dans les textes scandinaves, notamment le galdr (qui est un mot norrois pour désigner une incantation, le verbe incanter signifie « enchanter par des invocations » : l’invocation est déjà un processus requérant la parole, si on décompose le terme enchanter, on voit clairement la projection d’un vouloir, de concept à l’aide de mot. Le terme latin carmen a donné charme en français. D’une certaine manière, le terme incanter est encore un cran au-dessus en terme de puissance). Dans le Balderdraumar (Le rêve de Balder) Odin est désigné par les termes galdrs fadhir, le père du galdr.
En vieil-anglais, ansuz est ós, et ce terme est employé dans un poème (je ne sais pas lequel par contre) pour désigner la bouche. Rappelons qu’un autre des nombreux noms d’Odin est Osmi, parfois traduit par Le Suprême, mais parfois également par Voix puissante (ce nom me fait toujours penser à Saroumane et Gandalf dans le Seigneur des Anneaux et notamment dans le passage du film où a lieu « la confrontation incantatoire au col de Caradras). On peut bien sûr rapprocher cette signification de l’aspect « magicien » d’Odin, mais en réalité, c’est beaucoup plus étendu que cela.

Le concept du souffle de vie exprimé dans la Gylfaginning est l’önd qui est en réalité plutôt une notion d’énergie vitale que le « simple » sens du souffle, alors cette énergie et les concepts pouvant s’y rapporter sont beaucoup plus vastes. On rejoint alors d’autres aspects et fonctions d’Odin, notamment l’aspect guerrier avec la transe des berskers, l’aspect séducteur avec l’énergie sexuelle, mais aussi certaines de ses fonctions sans doute beaucoup plus ancienne reliées à la nuit et au vent. Il est particulièrement intéressant non seulement de chanter les runes, mais aussi de respirer d’une manière particulière pour, en quelque sorte, faire monter la jauge d’énergie (une fois j’ai fait un rêve assez spécial incluant ce genre de pratique : un Vieux (sans commentaire) m’expliquant comment respirer et « projeter le souffle ». L’énergie obtenue était déroutante, particulièrement puissante mais vraiment brute, pouvant donner à peu près n’importe quoi comme « résultat » ca n’avait rien de commun avec ce que j’arrive à faire durant mon état actif.)

Chanter est une pratique très puissante : on dit qu’un tambour sonne correctement quand on entend d’autres sons. Quand on chante, c’est un peu la même chose. J’ai fais du chant pendant dix ans, dont plusieurs années dans une chorale professionnelle, et je me souviens de mes professeurs qui disaient que ce n’est pas la note chantée qui est importante, ce sont toutes celles que nous ne prononçons pas mais qui s’entendent par réverbérations. Pendant qu’on chante, on est concentré, toute l’attention est concentrée sur le fil d’énergie pour qu’il réponde entièrement à ce que l’on souhaite façonner (en l’occurrence, dans une chorale, quelque chose qui soit harmonieux), à un certain niveaux de concentration, on atteint une sorte de transe très particulière : en chantant les runes il est possible de faire exactement cela, de développer les couches successives et les significations repliées de la rune et de trouver exactement le vibrato qui correspond au travail que l’on accomplit.

Il est intéressant de s’attarder sur le fait que, pour aller chercher les runes, Odin se sacrifie de deux manières en réalité : par la pendaison et par la lance. Je pense que la pendaison n’est qu’une façon de « travailler », de « façonner » son önd pour qu’il puisse atteindre l’état de transe et rendre le voyage possible. La blessure par la lance constitue le sacrifice nécessaire et sans doute, elle augmente ou modifie, en tout cas agit sur la douleur. Son sang est une offrande, ce qui explique pourquoi il existe la question de savoir s’il faut teindre ses runes avec son sang ou pas.

Source de la citation : L’Edda, Snorri Sturluson, traduction de  François-Xavier Dillmann