Les Esprits peuvent-ils mentir ?

Ou comment éviter de se faire enfler de manière grandiose en gardant en mémoire deux ou trois points. 

Note : Cet article n’est pas une vérité générale, il n’est que le reflet de mes observations et de ma pratique. Il se base sur une approche (le « Spirit Work ») de type chamanique (plutôt corrélée aux chamanismes traditionnels, et plus spécifiquement européen) et ne reflète pas forcément les avis, pratiques et expériences de personnes ayant des approches différentes (par exemple le contenu de cet article n’est pas nécessairement pertinent pour les pratiquants de Haute-Magie).
Par « Esprits » j’entends ici les Esprits liés à une terre (Esprits des Lieux), les Esprits des animaux, des végétaux, des pierres. Pour les Esprits comme les Ancêtres, ou de manière plus générale, les Morts, et autres, les choses sont un peu différentes. 

Il est un peu long, il est possible de commencer directement au grand II. 


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I-1. La notion de similitude et l’interprétation faussée du cadre de départ

J’enfonce une porte ouverte en disant que les Esprits ne sont pas humains.
Pourtant, à certains égards, la façon dont sont construites nos interactions avec eux ne diffèrent pas strictement des modèles humains. Cependant, ce parallèle doit être compris au sens large.
Ainsi, dire qu’interagir avec Eux est proche d’une interaction avec un humain est généralement interprétée comme « parler avec une personne que nous connaissons et avec qui nous partageons un socle commun suffisamment solide et stable pour ne pas à avoir à interroger constamment le message que nous émettons ni décrypter celui que nous recevons ». Autrement dit, dans la majorité des cas que j’ai pu lire, quand on dit que ça fonctionne comme avec les humains, ce propos est interprété comme « cool, c’est comme si je discutais avec un camarade de classe qui me ressemble sur beaucoup de points ».
Hors, non.
En rester à cette lecture supposerait les postulats suivants (liste non exhaustive) :
– Une langue unique
– Absence de niveaux de langages et disparition des implicites, sous-entendus et autres
– Un vocabulaire strictement standardisé (pas d’incompréhension sur le choix des mots)
– Une culture (au sens anthropologique du terme, tel que définit par E. B. Taylor¹) unique
– Une expérience unique
– Une personnalité unique
– Fonctionnement cognitif identique

On constate immédiatement que c’est impossible, et que ce cas de figure n’existe pas. Même en cumulant un certain nombre de paramètres communs (que l’on supposera identique pour l’explication), il existe toujours des différences, et donc des ajustements à faire pour s’assurer que le message que nous souhaitons faire passer a été correctement compris, et que nous avons bien compris celui que notre interlocuteur souhaite nous faire passer.
Au fur et à mesure que nous multiplions les interactions avec un même individu, nous ajustons mutuellement nos variables (dans le cas où il existe un désir de communication partagé, ce qui là encore, n’est pas toujours le cas) afin de réduire au maximum les marges d’incompréhension jusqu’à en arriver à un niveau -utopique- ne nécessitant plus cet effort (nous appellerons ce moment le point zéro).

I-2. Point zéro et zone grise ; l’effacement des cadres et des structures

Plus nos structures de départ sont éloignées, plus ce filtre d’interprétation mettra du temps à se mettre en place, et dans le temps où sa mise en place s’opère, il peut se produire un nombre considérable d’erreur, de brouillages diront-nous, qui peuvent retarder, complexifier ou même briser complètement le processus.
De même, en arriver au point zéro supposerait que nous sommes parvenus à un consensus total, certainement « idéal » du point de vue de la réception/émission pure, mais qui supposerait que, de part et d’autre, il y a d’une certaine manière, disparition totale des cadres de départ qui nous séparaient.
Autrement dit, nous arriverions dans une zone gris totalement indifférenciée dans laquelle les cadres contribuant à notre structure interne de fonctionnement auraient disparus. D’une certaine façon, nous ne serions plus vraiment nous-même, seulement une version « expurgée ». Cette zone grise ne possède pas de connotation négative tant qu’il s’agit d’un échange neutre. C’est à dire, d’un échange d’information restant qui ne demande pas une approbation ou une validation de son contenu avec répercussion immédiate sur l’un, l’autre ou les deux partis en présence.
J’explique : parvenir au point zéro dans une zone gris s’il s’agit d’écouter l’autre et de comprendre (comprendre intellectuellement, pas approuver) son message, de le laisser s’exprimer est une chose. On peut laisser le contenu du message être délivré, en analyser les tenants, les aboutissants, le pourquoi du comment et tout le mécanisme qui en découle sans pour autant partager cet avis, et encore moins vouloir adopter ce point de vue. (Je laisse volontairement de côté la question de la séduction rhétorique pour ne pas compliquer encore l’explication).
Par contre, si ce message comporte une obligation d’acceptation de son contenu par au moins l’un des interlocuteurs, alors la disparition des cadres et cette zone grise est une forme d’amputation, de renoncement brutal, et pas toujours souhaitable, de ce qui contribue à nous structurer et qui nous permet d’exister au sein de la structure que ces cadres régissent.
Pour en revenir un peu aux Esprits, on peut imaginer un humain et un Esprit en arriver au point zéro. L’Esprit demande à l’humain un sacrifice humain (je prends volontairement un exemple dramatique qui est relativement rare. Mais pas autant qu’on aimerait le croire ceci dit.) Il est possible de comprendre le pourquoi de sa demande, quels codes la régissent etc. Maintenant, on peut le comprendre intellectuellement et ne pas l’accepter au sens performatif, pour des raisons complètement évidentes. En tout cas si on se base sur la structure générale du paganisme actuel dans les pays occidentaux.

II- 1. Similitudes de certains types de fonctionnement cognitifs

La comparaison entre le dialogue humain-humain et humain-Esprit est plus pertinente si on ne prends pas comme référentiel premier l’exemple du camarade de classe précédemment cité, mais par exemple, une personne d’une société traditionnelle ayant encore un fonctionnement tribal. Ou une personne ayant un fonctionnement cognitif totalement différent, dans lesquels la logique rationnelle et l’attention aux détails priment, et qui ne possède pas forcément une bonne connaissance des implicites sociaux régissant la majorité des échanges neuro-typiques. Par exemple, certaines personnes autistes de haut niveau.

II – 2. Les Esprits ne mentent pas… mais suivent une logique propre

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« Oui, je suis ta Grand-Mère ». Ment-il ?

Ainsi, il me semble que les Esprits auront tendance à considérer une multitude de détails, tellement minime que la plupart du temps, nous ne pensons pas à les prendre en considération. De même, leur angle de vue nous paraît faussé parce qu’il se place d’une autre façon. Nous en déduisons qu’ils peuvent mentir, alors que, pour eux, ils ne mentent pas. Un exemple très pertinent qui provient du point 4 de cet article (qui est, au demeurant, plutôt bon, même si je ne partage pas, entre autre, l’approche du point 4. Non qu’elle soit totalement fausse, mais elle comporte justement ce fameux positionnement amenant des incompréhensions).
L’image qui l’illustre (j’en reprend une similaire) est particulièrement parlante : c’est un extrait du conte Le Petit Chaperon Rouge. Le loup est habillé en Grand-Mère et assure au Petit Chaperon qu’il est bien sa Grand-Mère. Supposons que le Loup est un Esprit. Ment-il ? Le postulat le plus courant -qui est aussi celui de l’auteure sur laquelle je me base- est que, oui. Il ment. Il n’est pas la Grand-Mère. Il est le Loup. Hors, ceci n’est vrai « que » dans la mesure où on se place dans un point de vue spécifique incluant cet implicite en cours dans nos sociétés : le fait de revêtir les vêtements d’un autre, ou un costume, ne fait pas de vous cet autre. Hors, cet implicite n’est pas toujours vrai. Dans de nombreuses légendes, ainsi que dans les pratiques chamaniques dans une certaine mesure, revêtir le vêtements – la peau- d’un autre, vous « transforme ». Le loup, ayant revêtu les habits de la Grand-Mère, est d’une certaine façon devenu la Grand-Mère. Il est la Grand-Mère. Le Loup-Esprit ne ment pas, en tout cas pas suivant ses critères.
Interagir avec les Esprits demande de garder en permanence en mémoire ce point crucial : nos implicites sociaux et culturels, nos codes, nos points de vues et tout ce que nous considérons généralement comme un acquis au niveau humains sont invalides dans ce type d’interaction. Ils ne mentent pas au sens strict ou de manière active : ils ne disent pas « oui » si la réponse est « non ». À condition que la question soit bien formulée. Par contre, une toute petite nuance de formulation dans votre question peut amener une réponse faussée. Le moindre flou peut devenir un point faible, un « trou » dans la toile, et, suivant l’Esprit avec lequel vous êtes en relation, il n’hésitera pas à en jouer, ou du moins à rester dans le flou. S’ils ne mentent pas de manière active, ils peuvent en revanche tout à fait vous gruger sans vergogne en mentant par omission (en ne vous disant pas ce que cela provoquera) ou sans préciser un contexte, un point de détail. Vous supposerez alors que ce minuscule détail aura été inclue dans la réponse parce qu’il était évident et implicite. Encore une fois, il n’y a ni évidence, ni implicite possible avec Eux. Et réciproquement. Ceci étant, au passage, une note importante : l’absence de « mensonge » proprement dit ne sous-entend pas qu’ils soient animés de bonnes intentions ou qu’ils soient incapables de nous berner. En omettant certaines précisions, il est tout à fait possible de rouler quelqu’un sans avoir à mentir, par exemple. De même, cela n’implique pas que, pour une question, ils nous disent tout ce qu’Ils savent…
Tous les indicateurs doivent être présent : temporalité, contexte, situation, répercussion, modalité et j’en passe. À l’inverse, cela aussi peut vous servir s’ils oublient quelque chose (c’est un point très fréquemment détaillé et mis en avant dans les folklores, en tout cas européens. Ma connaissance des autres est trop lacunaire pour que je puisse l’affirmer, et dans tous les cas, mes interactions réussies -c’est-à-dire sans « oh shit, oh shit, oh shit » ne se sont faites qu’avec des Esprits Européens. Les autres, j’avouerai que je ne m’y risque pas).

Un autre point important est celui de nos propres peurs, de nos propres désirs. Parce qu’ils peuvent volontairement jouer dessus en les utilisant pour un minuscule détail. Le risque est alors que nos propres sentiments prennent le pas sur l’analyse et nous ayions une vision faussée de ce qui nous est montré, qu’une distorsion se produise, et les émotions aidant, que certains autres détails soient négligés. Par exemple, dans une vision, on peut voir une image comme si on était en gros plan dessus. C’est une personne qui nous est chère, et elle a un peu de sang sur la joue. La personne a l’air endormie. Le risque serait par exemple que l’on interprète cette vision comme sa mort, alors que s’il existait une « image agrandie », on verrait qu’elle est dans son lit et qu’elle dort. Elle s’est simplement griffée la joue. Le plus souvent, on a aussi « un ressenti annexe » qui nous souffle le contexte quand c’est le cas (je ne vois pas comment le traduire autrement). Mais justement, ils peuvent jouer sur ce ressenti annexe, et nous montrer une image issue d’une possibilité (le fait de s’être égratigné la joue doit exister chez la plupart d’entre nous comme « possibilité »). Nous en tirerons une interprétation faussée. Mais ils n’ont pas menti (la possibilité existe), juste fait un montage et joué sur une peur. Par contre, ça peut nous perturber suffisamment pour que l’on fasse quelque chose (comme négocier sur un point auparavant décliné) pour tenter d’empêcher ça. Ceci est particulièrement fort quand on se trouve sous l’effet de substances diverses.

Mais alors, ca devrait être plutôt facile si c’est ça, non ? Oui et non. En fait, traiter avec les Esprits est plus ou moins comme être un profiler qui tente de comprendre un psychopathe. Ils ont tous leurs modus operandi et n’aiment pas trop en changer -bien qu’ils en soient capables-, ils ont envie de faire sentir qu’ils sont supérieurs et qu’ils mènent le jeu. Et ils aiment jouer. Et de fait, ils peuvent vous faire courir, et s’ils sentent que vous avez un peu trop l’avantage, ils peuvent vous en faire voir de toutes les couleurs. Ils sont intelligents, mais si d’un côté, leur fonctionnement nous prends en défaut, d’autres détails leur échappent. Rien n’est jamais laissé au hasard ou « sans signification ». Ils ont horreur de se faire coincer, et effectivement, s’il y a des méthodes pour cela, je ne les recommande pas. (Je n’ai jamais eu à tester « la méthode de la triple question » parce que je procède autrement). C’est absolument passionnant, tout comme l’étude des méthodes utilisées par les profilers (j’ai eu l’occasion de me documenter en profondeur sur la question à une époque où j’ai très sérieusement considéré la possibilité d’exercer ce métier).
Tous les Esprits ne sont pas comme ça, il est vrai. Maintenant, par défaut, il est plus prudent de considérer que c’est le cas et de mettre en place les processus appropriés pour éviter de se faire coincer.
Dans le même ordre idée, il m’est difficile d’en rendre compte, tout simplement parce que je ne peux parler que depuis mon point de vue, mais je suppose que tout le monde ne pourra parler avec le même taux de succès avec tous les Esprits. Il existe aussi chez eux des schémas plus ou moins différents. Et au sein de ces mêmes schémas, une multitudes de « caractères » et de « forces ». Je ne rentrerai pas dans une dissertation sur ce dernier point puisque ce n’est pas le propos de l’article, mais autant que possible, il m’apparaît préférable de faire un minimum attention à la force d’un Esprit avant de commencer toute interaction, si cela est possible. Parfois, « rompre la communication » n’est pas possible, et certains sont vraiment très doués pour nous embrouiller. (Au moindre doute, je déconseillerais de s’y engager).

III – Les pièges du langage

– « Tu es Untel ? » « Tu penses que je suis Untel ? Oui. » 
En fait, il n’est pas Untel. Mais vous vous pensez qu’il l’est. La façon dont la question est formulée lui donne une certaine légitimité pour se présenter comme Untel.
Les questions vraiment directes sur l’identité devraient toujours être évitées, et encore plus si vous pensez qu’un Esprit est ce quelque chose qu’il n’est pas. d0b7da5c444f238139715255d7567ee0
Un problème, ou plutôt un autre point tordu est la question du « langage ». Les Esprits peuvent s’exprimer de plusieurs manières, dont le langage/langue. Maintenant, ce « langage » est variable : toutes les personnes n’entendent pas les Esprits dans les mêmes langues. Parfois, certaines les entendent dans des langues qu’elles ne parlent pas. D’autres entendent une traduction approximatives. D’autres entendent un son de fond avec des bribes qui ressortent par dessus une espèce de distorsion traduite. Dans tous les cas, se pose le problème de la « traduction » qui amène une trahison de la pensée initiale, mais en plus, dans certains cas, se pose le problème de la traduction de « la langue des Esprits » dans une « langue humaine ». Suivant leurs niveaux d’accointance, il y a plus ou moins de compatibilité, et donc plus ou moins de distorsion (toujours dans le cas éventuel où « une langue » est utilisée, ce qui est loin d’être une vérité générale). Le langage ce n’est pas seulement des mots, une grammaire et une syntaxe, c’est aussi toute une vision du monde, l’expression d’un univers, de son histoire, de son environnement et de ses codes. je ne rentrerai pas dans une analyse sur le bilinguisme ou le fait de parler plusieurs langues, mais une personne change suivant la langue qu’elle parle (quoique cela soit mal exprimé ici).
On peut aisément comprendre qu’il y ait donc une distorsion encore plus grande quand il est question d’Esprits. J’ai tendance à supposer que suivant les langues que nous parlons, nous avons plus ou moins les clés, ou au moins un bout de la clé, pour interagir avec tels ou tels Esprits. Les corrélations entre linguistique, sol et Spirit Work est un projet d’article que j’ai depuis longtemps aussi ne rentrerai-je pas dans les détails, d’autant que ce serait très long. En gros, ma théorie, c’est que plus les Esprits  auxquels on s’adresse sont, culturellement, linguistiquement, énergétiquement, etc loin de nous, plus grand sont les risques que nous nous fassions enfler parce que la fracture devient trop importante pour que l’on puisse instinctivement la combler. Ceci n’est pas une vérité universelle, partant du principe que je ne fixe pas arbitrairement un individu à un endroit en fonction de quelques données, mais que j’admet qu’il puisse exister un certain nombre de variables propres à chacun de nous. Le fait qu’une personne puisse ne pas se retrouver dans l’énoncé de ce type de schéma n’invalide absolument ni son expérience personnelle ni cette théorie.

1:  Edward Burnett Tylor, l’un des fondateurs de l’anthropologie anglo-saxonne, a proposé l’une des premières définitions de la culture dans les années 1870 : ensemble de patterns (de pensée, de comportements, de sentiments, de croyances, de modes de production et de reproduction, etc.) socialement appris et globalement partagés, à un moment donné, par un groupe de personnes formant un peuple ou une société.  [source]

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J’arrive où je suis étranger.

Revenir en arrière. Jusqu’où ?
La réponse à ma question, l’an dernier pendant un week-end consacré au Seiðr.
Où il est question de quelque chose qui traverse un océan.
Ma soudaine envie de vomir. Personne n’est au courant. Cela fait du sens. (La vrai réponse est beaucoup plus précise.)
Et dix mois. Dix mois. Dix mois plus tard.
L’avion qui décolle, et le laridé qui tourne en boucle sur mon MP3, dissimulé par mes cheveux. La terre qui s’éloigne, minuscule, dans le froid de janvier. Tout est derrière moi, ou alors loin, loin devant. Loin devant, vers l’ouest et dans le futur. J’ai en tête la légende familiale qui dit qu’à chaque génération nous partons un peu plus à l’ouest. Tout ce que j’ai en tête, c’est la musique entêtante qui ne cesse de tourner et de retourner, pendant les 7h de vol, comme un transe lancinante, une injonction à ne pas penser. Rester concentrée sur l’objectif. Omni mea mecum porto. Je transporte avec moi tous mes biens. Tout ce que je possède d’important, ce que j’emporte, tient dans deux valises. Et deux caisses miaulantes.
Le reste, qui se compose pour la plupart de livres, est dans le container d’un port. Je les attendrai trois mois. Me demandant si je récupérerai un jour mes affaires, certains souvenirs. Mais en cet instant, l’instant du départ et de l’arrivée, je n’ai rien.
J’arrive sur une terre où je n’ai jamais mis les pieds, ma seule incursion de l’autre côté de l’Atlantique, dans un autre pays, remonte à mes 11 ans. Une expérience pas très heureuse où j’ai eu la sensation que le pays trop vaste, trop distordu. allait m’avaler. Qui es-tu ? Je suis le pays.
Mais où est ton cheval de peau, orné de runes ? Il est de l’autre côté de la mer. Donné à mon Watcher.
Mais où est la face ricanante de ton Renard, ornée d’ocre rouge ? Elle est là-bas, sous la garde de Écoute-les-voix.
Mais où sont les parties matérielles de ton Âme, faites de laine retordue, de crocs et d’os. Où sont les creux de terre pour les offrandes, où est le grès qui La referme ? Ils ne sont pas avec moi.

J’arrive où je suis étrangère, et où je ne connais rien. La terre ne résonne pas, je ne connais pas son chant, je suis sourde aux inflexions de leurs voix, incapable d’en déchiffrer le rythme, l’articulation, la syntaxe. Les Esprits d’ici ont un langage qui m’est totalement inconnu, totalement différent, et que je ne comprends pas.
La Terre dort sous la neige et dans le froid. Ici est un autre monde, et le réseau est indisponible. Littéralement et métaphoriquement. Indescriptible sensation. Celle d’un décalage. Il n’y a pas que pour les prises de courant, le réseau téléphonique et tout le palpable qu’ici est un autre monde.
Tout est flou, la sensation tenace de marcher sur un chemin de traverse. Les fils sont tordues. Comme si une vibration avait changée.
À la première nuit d’un sommeil de plomb accompagnée d’une dent brisée, suivront les nuits d’insomnie sans relâche. Savoir que je suis éveillée quand ils dorment et que je dors quand ils s’éveillent. Ne plus arpenter. Écho de là-bas, me disant que je ne suis pas la seule.
D’une certaine manière, j’ai la sensation qu’il est normal que la Brochette m’ait demandée de laisser certains de mes outils rituels en Europe. La certitude qu’ici, ils seraient faussés. Pas tous, mais ceux qui me servent à voyager.
Les rêves qui disparaissent. Le silence.
Tout est un Silence de neige. Est-ce le Pays qui l’hiver dort ?
Essayer de ritualiser. De faire des offrandes. Rien. Cet hydromel – au demeurant absolument déguelasse, le Melmor est un délice à côté – versé dans le récipient de secours n’est pas une offrande accompagnée d’une prière aux Dieux, aux Esprits, et à « Ces Étranges Ancêtres Qui… ». Il aurait dû. Mais non. C’est juste un liquide sirupeux et trop acide versé dans un mug de porcelaine, accompagné par des sons articulés dans une langue indo-européenne.
Non, poser trois cailloux et une guimbarde avec un pauvre lumignon ne remplace pas son autel. Cela en tient lieu. Un faire-comme. Un faire-comme honorable, toujours mieux que rien, mais cela reste un faire-comme. Les intentions, surtout les bonnes intentions et le symbolisme, c’est bien joli et c’est sans doute pas mal, en tout cas peut-être préférable à rien, mais non, ce n’est pas pareil.
Non une tasse de porcelaine achetée avec trois de ses sœurs chez Emmaüs ne remplace pas les bols rituels qui ont servis quotidiennement ou presque pendant trois ans. Non les os et la peau d’un animal ne se remplacent pas par une jolie image découpée dans un magazine. On lit partout que « le pouvoir est dans la sorcière, pas dans les outils ». Mouais. Outre que je ne suis pas une sorcière, j’ai envie de dire que, indeed, pas besoin d’outils pour jeter des sorts. Et pas besoin d’un autel en plastoc avec des merdes fabriquées en Chine pour célébrer un sabbat. Par contre, venez pas me dire que les objets fabriqués dans certaines conditions spécifiques, suite à certaines demandes / besoins spécifiques sont parfaitement interchangeable avec un gobelet vide du fastfood local. Sinon, bah écoutez, prenez de la poudre de perlimpimpin pour soigner une pathologie donnée à la place du traitement initialement prévu (allopathique ou non) et expliquez au malade que c’est parce qu’il a pas cru en lui. C’est vrai après tout, on est tellement fort aujourd’hui, les mythes avec des objets sacrés ou rituels, les croyances etc, c’est de la merde, que chacun fasse sa petite cuisine et tout est permis. Il faudrait surtout pas se montrer rabat-joie, sinon, on a rien compris.
Oui, on peut faire de la sorcellerie en faisant la cuisine, et faire pas mal de détournement d’objets rituels, me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’explique juste qu’on ne crée pas des outils /vecteurs en un coup de cuillère à pot parce que’on l’a décidé. Cela se fait à l’usage. Comme on ne se fait pas un meilleur ami en deux discussions sur Cul de Chèvre et qu’on ne se marie, en principe, pas à la première rencontre (en tout cas, pas trop dans nos contrées).

N’oubliez pas l’armée des trolls. Toujours. Et son étendard loufoque indiquant « Tout est pour la Bête ! ». Et dans l’appartement trouvé, découvrir, punaisé au tableau en liège, une petite carte d’un restaurant appelé « La Bête ». Se faire troller, encore, encore et encore par la même chaîne d’informations, en binaire, blanc et noir.
Reconnecter les informations. S’inscrire à la bibliothèque et commencer l’épluchage de la base de données.

Reconstituer les chaînes. Retrouver ses cartons, un mercredi, comme de juste, tandis que les jours rallongent et que les températures commencent à être timidement dans le positif. Avril est là. Retrouver ses affaires, et ses précieux petits trésors, sans valeur sur le plan financier, mais combien plus sur d’autres plans.
Et tandis que l’on réarrange son autel dans sa chambre à coucher, se rendre compte que les nuits sont devenues un peu moins anarchiques. Que les rêves sont revenus, plus étranges et porteurs de sens que jamais, comme souvent pour moi à cette période.


Le véritable travail va pouvoir commencer. Apprendre à connaître la terre où je vis désormais. M’initier à leur langage, leurs offrandes. Écouter leur chant et trouver le rythme, la syntaxe, l’articulation souple pour que le mouvement se fasse. Une expérience nouvelle, ne jamais cesser d’apprendre. Ne jamais croire que l’on sait tout, on pourrait être très surpris. Continuer d’avancer. Chaque terre est différente et c’est à celui qui arrive d’apprendre d’elle. Certains « apprivoisements », certaines rencontres se font facilement, d’autres sont plus malaisés. Il est des endroits où la terre nous appelle, d’autre où elle nous repousse. Chaque route est différente, et nous ne venons ni avec le même regard, ni avec la même terre sous nos pieds. Comme les plantes, certains d’entre nous poussent à merveille dans les forêts d’érables et d’autres s’épanouissent mieux dans les vieilles pierres d’une ville médiévale.

[SYLPHE] Ces monstres aux mâchoires d’acier dans des boîtes si fragiles

Avec un peu de retard par rapport aux autres, ma contribution au sujet de la peur pour le projet Sylphe.

Nos peurs, soigneusement enfermées à double tour dans le coffre de notre esprit. Nos peurs, bien présentes, que nous connaissons mais préférons ignorer, que nous empêchons de jaillir à l’improviste. La somme de nos craintes : d’échouer, d’être blessé, abandonné, oublié.
Nos peurs sont des clés et révéler leur nature est une arme à double tranchant.
Je pars du principe très simple que s’il faut connaître ses peurs, pour éviter qu’elles ne nous surprennent au moment le moins opportun, il est préférable de ne pas les partager avec le tout venant.
Plus on apprend à les connaître, plus on est à même d’en comprendre le mécanisme : qu’elles soient totalement irrationnelle (le monstre sous lit ou le vélociraptor dans la cuisine) ou qu’elles proviennent d’une source identifiable, savoir comment elles se déclenchent, d’où elles viennent, de quelles manières elles se traduisent, ce qu’elles nous poussent à faire ou ce qu’elles nous empêchent de faire, les réactions que l’on adopte quand elles nous saisissent. Tout cela permet, à défaut de les combattre efficacement, de pouvoir trouver une parade.
Par exemple, si l’on a peur de se faire agresser dans la rue, suite à une agression vécue par nous ou un proche, ou pour des raisons plus générales, pratiquer un sport de défense permet d’ajouter un outil qui permettra, l’éventuel moment venu, de pouvoir, pourquoi pas, réagir, bien que cela ne soit pas aussi simple que cela. (En l’occurrence, concernant les agressions, et plus particulièrement les agressions sexuelles, il y a le phénomène de la paralysie qui peut bloquer totalement la victime. Cette paralysie peut encore ajouter au traumatisme quand la personne se demande sans cesse par la suite pourquoi elle n’a pas réagit alors que, techniquement, elle aurait été en mesure de le faire. C’est encore plus le cas quand les gens, la police et tout le monde, interrogent la/le concerné/e en y mêlant une once de scepticisme.)
En revanche, savoir de quoi une personne a peur, c’est avoir une arme contre elle, un moyen d’exercer une pression, de la rendre malléable ou de lui faire du mal. Je ne pars jamais du principe que la majorité des gens sont bons et gentils, mais je ne pars pas du principe non plus que beaucoup sont intrinsèquement mauvais et prêt à faire du mal pour le plaisir, même s’ils existent indubitablement. La plupart sont surtout lâches et pense en premier lieu à leur gueule et en cas de problème, se rangeront du côté le moins menaçant pour leur routine, leurs préjugés, leurs fesses. Une minorité n’est pas vraiment menaçante mais peut devenir agressive s’ils se sentent menacés dans leur autorité, leur personnalité. En gros, si d’un seul coup une personne trouve que vous êtes, à tort ou à raison, une menace pour son petit territoire, elle peut vous menacer. Une minorité aime bien profiter d’une situation, même très passagère pour se défouler, surtout par le biais d’internet où il est facile de se comporter en nuisible le cul bien posé sur sa chaise. Et ainsi de suite. L’occasion fait le larron dit-on. Je ne rentrerai pas dans les détails de « pourquoi / comment les gens en viennent à agir de la sorte. » D’une parce que ce n’est pas le propos de l’article, de deux parce que je ne suis pas psychologue et que les généralités et la psychologie de comptoir avec une touche de nouvel-âge à la con pour se donner une profondeur et une humanité de facade, bof. Et ensuite parce que cela ne change pas le propos.
Quand vous avez un secret à partager, vous choisissez soigneusement la personne à qui vous vous confiez.
Cela devrait être pareil avec les peurs, on devrait même être encore plus vigilant dans ce domaine qu’on ne l’est avec les secrets. Un secret partagé est de toutes façons un secret qui finira par être éventé, qui remontera à la surface, et pas forcément dans les circonstances où cela vous sera favorable, il y a même à parier que ce sera le contraire. Eviter d’avoir des secrets (ce qui ne veut pas dire étaler sa vie dans les détails à tout le monde) c’est s’épargner une bombe à retardement planqué dans un coin. Eviter de partager ses peurs intimes, c’est éviter qu’un jour quelqu’un dispose d’un arsenal contre vous. Les bons secrets sont temporaires, les « bonnes peurs » canalisées, disséquées, progressivement évacuée. Ainsi, c’est vous qui aurez une longueur d’avance « le jour où ».

Je sais que c’est théoriquement bien joli, mais dans la pratique, plus difficile à faire, surtout que par définition, les peurs sont dans la majeure partie des cas, irrationnelles, notamment concernant les phobies (au pif). Ca m’a toujours tordu la gueule en biais quand, toujours par exemple, une personne dit qu’elle a peur des coccinelles et qu’on lui répond « mais pourquoi, ca n’est pas méchant tu sais ? » Merci Master Of Obvious. (En plus si ca se trouve, la personne a été un puceron dans une vie antérieure, ha ha ha !)
Petite, j’avais peur de me faire interner : c’était une menace que mes parents utilisaient tout le temps. C’était devenu une terreur, une véritable terreur. La seule mention de « on va appeler l’asile et tu n’en sortiras pas » provoquait une crise de nerfs et de terreur redoutable. Cela a continué jusqu’à ce que je devienne majeure. Et puis un soir, la crise de trop, mon père a appelé je ne sais quel numéro et un internement sur demande a été demandé. Il est arrivé triomphant dans le bureau en me disant que ca y est, j’allais être enfermée chez les fous et que je n’en sortirai jamais. La terreur de mon enfance et de mon adolescence matérialisée devant moi.
Pourtant, de manière complètement inattendue, il y a eu un déclic. Je suis là, recroquevillée dans un coin. Déjà païenne, bossant à cette époque de manière très soutenue avec la Morrigan. Cette sensation tenue et grandissante de « tu as le choix. Ou tu fais face à tes peurs, et tu gagnes. Ou tu les laisses te dévorer et tu es foutue. Il n’y aura pas de seconde chance. »
La psy est arrivée. Interrogatoire. La nana qui essaie de me provoquer un peu, qui me saisit les bras pour bien en exposer les marbrures. A l’intérieur, le calme fluide et lointain d’une présence solide comme du granit qui m’intime l’ordre de rester tranquille. Etonnament, j’y arrive. En définitive, il n’y a pas eu d’internement. Etant majeure, mes parents ne pouvaient pas le faire, et la psy n’avait rien vu dans mon comportement ou dans mes réactions quelque chose qui le justifiait. Et quand j’ai entendu sa voiture partir, je me souviens être rentrée dans la cuisine et avoir lâchée froidement à mes parents que premièrement, ils s’étaient foirés s’ils voulaient se débarrasser de moi, et que de deux, maintenant, c’était quelque chose dont je n’aurai plus jamais peur.
Je ne me considère pas comme particulièrement courageuse. Il y a des périodes où j’arrive à encaisser pas mal de trucs et des périodes où cela marche beaucoup moins bien. Mes peurs ne sont pas constantes, elles dépendent des circonstances, de mon humeur, des lieux, de mon entourage. J’ai parfois peur de trucs très cons. Parfois j’ai eu peur pour rien et rien ressenti dans des moments plus risqués.
Je sais qu’on ne les contrôles pas, j’essaie juste de ne pas laisser de zones de nids de poussière sous le tapis. Je sais quelles zones sont parfois un peu crade à ce niveau là. Je ne sais pas forcément pourquoi. Certaines partiront, d’autres ne partiront sans doute jamais. Les peurs font parties de notre personnalité, de notre histoire et probablement aussi de notre histoire familiale.

La peur dans ma pratique

D’une certaine façon, dépasser ses peurs (ou au moins essayer de) est un acte que je considère comme une offrande. Comme quand j’allais sauter du haut du plongeoir de la piscine quand j’étais petite fille, pour repousser mes limites un peu plus loin et m’entraîner à devenir plus courageuse.
Au sein de la pratique proprement dite, j’essaie autant que possible de distinguer la peur du doute, même si les deux notions sont parfois « relativement » proches.
Est-ce que la peur instille le doute ? Ou est-ce que le doute, quand il grandit, devient une peur ?
Par exemple, la peur de la folie ou du « c’est dans ma tête » qui semble relativement répandu quand on bosse avec les Esprits. Garder une part de doute raisonnable ne m’apparaît pas comme quelque chose de problématique, bien au contraire. C’est accepter à la fois sa potentielle défaillance, permet de garder les pieds sur terre et évite de se mettre à prendre des vessies pour des lanternes. Mais si ce doute raisonnable -que l’on peut choisir d’écouter ou de ne pas écouter suivant les configurations- grandit au point de paralyser totalement l’action (pour faire simple), alors probablement, le doute est devenu une peur, et de cette peur, il peut advenir que l’on ait besoin de se rassurer, ce qui peut engendrer d’autres types de problèmes.
Douter des Esprits, des Dieux est sans doute un moyen de fonctionner pour éviter de se retrouver piéger. En avoir peur, (en français il y a moins de nuances à ce niveau là, mais en anglais, on peut traduire la peur « simple » par « fear » et la « peur respectueuse, pleine de ravissement » par « awe », ce qui permet plus de finesse) dans le sens le plus « simple » (fear) risque d’ouvrir des « portes » et de mettre en branle certains types de processus qui finiront par nous piéger exactement comme on ne le voulait pas. Dans le même ordre d’idée, pendant un rituel de groupe en forêt, si une personne se met à flipper et que par réactions en chaîne d’autres se mettent à flipper, il y a des chances pour que l’on soit en position de flipper soi-même (phénomène du groupe) même si ce n’est pas notre genre, mais en prime, on risque d’attirer plus de problèmes, d’Esprits et d’Entités pas franchement cool.

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Prière de ne pas déplacer les fantômes

The Six of Swords by Krista Gibbard

Une inscription sur un carton blanc posé sur une étagère. Prière de ne pas déplacer les fantômes. Une allusion, si ma mémoire est bonne, à Marcel Proust. Une maison tourangelle près de l’Indre, et le jour du Solstice d’hiver de cette année là, passé en barque sur la rivière, entre les brumes et les arbres morts. De vieux souvenirs qui reviennent hanter les vivants, portés par les morts.

Freyfaxi, festival des récoltes.
Un blót à Freyr. Honorer les récoltes et les bienfaits de la vie. Sacrifier à certaines Disír une bouteille d’hydromel qui a traversée la France d’ouest en est. Il ouvre la bouteille. Le goulot explose et lui entaille le pouce. Avec le sang, il trace une othala sur la jambe de son pantalon.

Le blót est fini, et reposant mon tambour en hauteur, mon poignet vient heurter le goulot brisé de la bouteille, et me coupe. Retirer son bracelet, le poser soigneusement. Celui là le second qui me soigne, vérifie la coupure qui ne nécessite pas de sutures.
Je rentre chez moi et deux jours plus tard, je me rend compte que j’ai oublié mon bracelet chez lui. Lui qui est parti vivre 600 km à l’ouest. Cet autre ami au téléphone, qui me dit comme un présage ou un écho, à moitié perché, à demi hilare que les Dieux m’appellent en Bretagne. Je lève les yeux au ciel. Faut arrêter quoi.

Mais quoi ? Encore ? Il y a eu cette première occurrence il y a plusieurs années. Je le prend comme une boutade et rien de plus. Le premier me dit qu’il n’a pas retrouvé mon bracelet. Je l’ai « probablement perdu dans le métro ». C’est un possible, mais je sais que c’est faux. Je m’en serais rendue compte. Pas ce bracelet là. Un cadeau précieux, cadeau de mon père pour mes 18 ans. Un bracelet norvégien en argent du début du siècle dernier.
La nuit je rêve. Je rêve que mon Watcher revient chez moi, avec mon bracelet enveloppé dans une étoffe rouge et noir. Je rêve que toute cette minuscule histoire a provoquée des remous.
Je lui écris pour lui dire. Marquant la datation du phénomène. Et je renonce.

Je rêve.
Je rêve d’un champ lourd d’épis, et de Freyr qui m’apprend les chants pour faire pousser les récoltes. Pour que les arbres se chargent de fruits. Pour que les paissent les animaux et que vêlent les vaches. Je rêve de cette mélodie entêtante que j’aurai pourtant oubliée au matin. Et même à travers la distance nocturne, je me demande pourquoi c’est à moi que l’on apprend cela, parce que concrètement, cela ne m’est d’aucune utilité à l’heure actuelle. Il me répond malicieusement que ma vie changera, et que, « tu verras, un jour cela te sera utile. Tu ne me crois pas aujourd’hui, mais un jour, tu verras. Je te le promet. »

Je serai moi aussi 600km à l’ouest, dans un village de granit quand un soir, la lumière clignote sur mon téléphone. Ces mots laconiques d’un Watcher concis « J’ai retrouvé ton bracelet ». Et ma perplexité. Ce trouble. Mon rêve disait vrai. Mes rêves disent toujours vrais au bout du compte. Et quand j’articule ces mots assise à la table en bois, dans la maison bruissante de Leurs Voix, dans le foyer d’Amis qui m’ont accueillie, o/On me répond en pouffant de rire « Non, sans blagues ! Il t’a fallu tout ce temps pour t’en rendre compte. »
Il me reviendra effectivement, contre toute attente. Je ne m’y attendais plus en fait.

De l’ouest et vers le sud ensuite.
De tissage de frith et de la gravure sur une roche calcaire. De l’ocre mêlée de sang qui orne désormais une paroi auprès d’une montagne, dans une ancienne forêt. Les sentiers, les routes, la grotte, la source de l’H. Une curieuse rencontre d’un type surgi de nul part. Quelques mots en provençal, semblables à une comptine d’enfant que l’on martèle du bout de la langue contre les dents du haut, les dents du bas « pour ne pas se faire bouffer son âme ». J’ai parfois envie de répondre que d’âme je n’ai pas. « Mais si on La réveille, Elle risque d’être über vénère non ? » « Ouais, ca peut. »
Concrètement, je suis pas bien faite pour rester longtemps dans ce paysage de garrigue. Un constat de plus. Je ne suis pas faite pour rester où que ce soit à l’heure actuelle de toutes façons. Sauf si un jour… néanmoins il y a un sauf et un si dans ce morceau. Sans oublier un morceau de laine, qui est tout sauf un morceau de laine, précieusement conservé. Parce qu’un jour… Un jour, oui.
Tout s’entremêle et je songe à ces paroles anciennes, écrites en mars 2009 sur un blog effacé depuis.

« Alors ils n’ont rien dit. Alors ils ont posé le geis quand celui‐là est monté affronter le dragon, osant demander s’il valait la peine d’attendre, s’il y a avait encore un après. Il est entré dans une colère noire, la fureur des impuissants, des seigneurs de guerre désarmés, privés de leur conseiller. Et ils les ont fait taire. Mais même les plus petites choses trouvent des yeux pour les regarder, mais même les plus grands secrets peuvent se répéter, mais même les rumeurs les plus vagues trouvent des voix pour les relayer. Et il arrive que toutes ces histoires chuchotées entre deux portes trouvent, on ne sait comment, le chemin jusqu’à un être improbable qui les garde précieusement enfouies en lui. 
La nuit tombe sur le royaume et elle sera bientôt là.
Ca ressemble à de la fiction, mais la réalité dépasse toujours la fiction. C’est toujours le conteur qui écarquille les yeux pour mieux raconter. »

Il n’était question que de transposer une vérité plate et ordinaire en quelque chose de plus ample. Extraire l’essence du moment, au lieu de le cantonner à sa signification basique. Et comme les prophéties et les oracles, on les interprète comme on veut. Ou comme et quand on peut.

Aller et revenir.
Et en guise d’automne, en guise d’équinoxe, c’est de nouveau la Mort qui frappe à la porte de chez moi. Sans mélodrames, accueillie avec un pragmatisme qui n’est pourtant pas sans difficultés. C’est que parfois, l’ordinaire et les paperasses, l’équilibre des chiffres virtuels régissant nos vies et les actes des lois sont plus durs à gérer que la disparition corporelle.

Constater avec un certain effarement qu’il n’y a de place que pour les religions officielles. Quand on n’est pas « affilié » à une guilde, alors vous êtes considéré comme un genre de rônin. Et vous avez droit à des « je ne sais pas si tu es croyante, mais ». Ouais bordel, je suis croyante. Je crois en ma capacité de réussite. Je crois aux Dieux, je crois à la valeur des Serments. Aux Esprits des Lieux ici bien avant nous. Je crois aux Ancêtres, où qu’ils soient. Je n’ai jamais été le genre de personne qui garde sa gueule fermée pour faire plaisir. Sous le toit d’autrui, oui, si cela m’est demandée, parce que c’est le toit d’autrui.
Comme cela m’exaspère rapidement ce discours de guimauve se voulant porteur de réconfort (c’est joli mais ca règle pas nos emmerdes pragmatiques. Désolée d’être terre à terre. Ou non, pas désolée en fait.). Autre constat : le New Age joli tout plein, et les belles paroles ne sont souvent proférées que pour être des miroirs tout faits, renvoyant une image supposée gratifiante à la personne qui s’empresse de les dire ou de les écrire. « Tu sais, la mort n’est pas une fin ». « Tu sais, c’est un nouveau départ ». (You don’t say ? Et c’est à moi que tu dis ça ? Sans blague.)

Je finis par me dire que bien souvent, oui, bien souvent, les gens ne savent pas quoi dire, et que ceux qui veulent absolument sortir des phrases supposées nous « guider », viennent en fait se comporter comme des gourous voulant se coucher avec la satisfaction d’avoir bien agi. Si vous refusez cette main tendue que vous n’avez par ailleurs ni demandé ni souhaité, alors vous êtes quelqu’un de trop négatif et on ne peut pas « vous aider ». Comprendre que vous ne permettez pas à l’autre de se sentir exister. On croirait voir les USA qui veulent imposer leur aide sur le terrain à un pays qui n’a rien demandé, parce que les USA, ils sont trop gentils. J’appelle ça de l’impérialisme moi. Bref. Sujet complexe qui demande un jour un peu de débroussaillage.

L’équinoxe, cette période charnière-étrange. Do not go gentle into that good night. Dylan Thomas revient hanter le flux du conscient.
Chanter les runes, tordre les doigts. Deux équinoxes. Intérieur et extérieur. Honorer Sága. Parce que tout est toujours pour la Bête, et jamais sans un certain swag.
Vies parallèles.
A l’ouest, à l’ouest.

Mais l’histoire vraie, où est-elle ? Je ne sais pas, et c’est pourquoi mes phrases restent suspendues comme des vêtements dans une armoire, en attendant que quelqu’un les porte.
V. Woolf – Les Vagues

[SYLPHE] Dans les poches d’un Sorciéron…

Je suis un sorciéron indiscipliné-ciéron. Comprendre par là que généralement, mes affaires sont toutes en vrac dans mon sac ordinaire. Mis à part un « crane bag » qui regroupe des éléments en lien avec certains esprits et/où un taf particulier en cours (contenu que je ne montre pas, sauf rares exceptions), le reste de mon « matos » se trouve pêle-mêle avec mes affaires ordinaires, ce qui génère des « Et meeeerde, j’ai perdu mon pass Navigo ! » (phrase récurrente, suivie de quelques minutes de recherches fiévreuses avant de découvrir que non, il est soigneusement rangé, pour ne pas le perdre, dans la poche du sac de mon tambour, pour la plus grande exaspération de mes coreligionnaires… Pardon les gars.) « Merde, je sais plus ce que j’ai foutu de mon flacon d’ocre ! » Au fur et à mesure de mes pérégrinations, j’accumule toutes sortes de trouvailles dans mon sac : mousse, petits os, cailloux etc. Du coup, quand j’arrive au travail le lundi matin, c’est toujours un joyeux bordel entre mes affaires regular, et la boussole / cran d’arrêt / allume-feux / encens.

Le matos le plus important, celui à avoir toujours sur soi, c’est à mes yeux plutôt du matériel « de bon sens » : boussole, couteau, allume-feux, cordelette. Suivant mes déplacements, j’y ajoute une lampe frontale, une lacrymo, une trousse à pharmacie -avec couverture de survie, pince à tiques, par exemple. Parce que si vous vous savez que vous êtes en accord avec les énergies bienveillantes de la Terre-Mère (sarcasme), les tiques, elles, ne sont pas au courant, et que la maladie de Lyme, c’est de la merde.

Finalement, après le mois d’août passé à courir après mes affaires, j’ai utilisé un reste de laine qui m’avait servi pour un autre projet pour crafter un pochon un peu plus grand histoire de rassembler mon merdier (ou au moins essayer). J’avais déjà un pochon pour mes runes que j’avais acheté chez Claire, mais celui là, il était important que je le fabrique moi-même. La bête a été fabriquée avec de la laine de base et de la fat über laine des Ateliers de l’Awen qui déchire sa race (celle qui est bleue/jaune/verte etc).

Le pendentif date d’il y a 10 ans. Je l’avais acheté quand je faisais ma prépa en Bretagne. J’avais fait un rêve où je portais un médaillon avant de tomber sur celui là dans une boutique, l’exacte reproduction de celui que je portais dans mon rêve. (Y’avait un mec tout chelou genre habillé à la scandinave qui me disait « on ne tue pas les porteurs de ce signe, en désignant mon médaillon. J’avais trouvé ça marrant.)
Je vais tâche de me discipliner et de mettre toutes mes affaires au même endroit. Dont ma « pierre de foyer » et mes perles de prières. La pierre de foyer c’était un délire de l’époque où je jouais à World of Warcraft, elle sert à revenir « chez soi », et j’en avais faite une en pâte fimo et je l’utilisais dans le cadre de certaines de mes pratiques. C’est toujours plus ou moins le cas. (Perte de crédibilité : 50 points à votre réputation). Quant aux perles, j’ai beau en fabriquer des très belles en pierre, je préfère utiliser celles en bois, toutes bêtes, pour la simple et bonne raison qu’elles me servent pour tout le monde, et que je les trimballe en toutes circonstances, y compris au lit. Autant qu’elles ne soient pas fragile, mon matos ayant intérêt à être tout terrain.
S »y ajoutent toutes sortes de merdier. J’avais au départ brodée une pochette pour les rêves, mais en fait, je m’en sers davantage pour ranger plantes et encens. J’ai pas assez de discipline pour avoir des pochettes pour chaque pratique, des carnets pour tel ou tel type de récit, des colliers réservés à ci ou à mi. Pareil pour le couteau, par sa lame courbe, il sert surtout à couper les plantes etc, mais en fait, j’ai souvent uniquement le Muela offert par mon père, qui avait la manie de m’offrir des couteaux de là où il allait en voyage. Parfois je rajoute un canif etc. Un jour je vais me faire contrôler par un flic et j’aurai des ennuis. L’encens c’est bien pratique, mais j’avoue que j’en ai rarement spontanément sur moi.

(And now you shall see Odin)

Parmi les bricoles que je mets dedans, des baumes, des os, des trucs ramassés sur le bord des chemins (plus mes poches, souvent pleines de détritus que je ramasse quand je suis en forêt ou sur la plage. Parfois, contribuer à nettoyer un peu l’endroit de la saleté déposée par les humains, c’est les meilleurs offrandes. Il n’y a pas forcément besoin d’avoir toutes sortes de trucs sophistiqués. D’autant que certains Esprits des Lieux n’aiment pas trop qu’une personne surgit de nulle part se mette à faire des offrandes spontanées etc.) Avoir un ou deux cathéter c’est pratique quand on doit prendre du sang, c’est plus simple et plus « sécuritaire » que les couteaux. Généralement j’en ai deux, cela permet d’en passer un à quelqu’un si besoin. Evidemment, ils sont à jeter après usage : on n’utilise pas de cathéter déjà utilisé (sauf si on le garde strictement pour soi) si on les passe à quelqu’un d’autre. On remet la canule après usage et on le jette. (Risques HIV / hépatites, toussa… Je sais je suis reloue avec ça, mais malheureusement, c’est une donnée qui tend à être de plus en plus zappée à l’heure actuelle.)

Et sinon, des huiles / baumes / onguents de fabrication perso. De l’ocre et autres. (PAs tout en même temps, c’est suivant les périodes, l’inspiration et les nécessités du moment…)

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Oberourien ar speredoù : travailler avec les Esprits

Les Spirit Workers du XXIe en mode commando. Ah bon, ce n’est pas ça ?

Les Spirit Workers du XXIe en mode commando. Ah bon, ce n’est pas ça ?

Ces dernières années, le fait de travailler avec les Esprits est devenu, sinon plus populaire, du moins nettement plus flagrant et exprimé, alors que c’était auparavant une pratique beaucoup plus silencieuse, et qui ne possédait pas nécessairement d’étiquette spécifique pour la qualifier. Avec l’influence grandissante d’un certain nombre de blogs anglo-saxons, le terme de « spirit-working » (travail avec les Esprits) est devenu courant, y compris dans le monde francophone.
Un soir d’août, pendant une sympathique discussion en bonne compagnie, pour rire, nous avons cherché une alternative à la dénomination anglaise de « spirit-worker » (parce que merde à l’hégémonie des ricains), et comme deux d’entre nous parlaient breton, les termes ont été cherchés dans cette langue. Littéralement, « oberourien ar speredoù » désignent les « ouvriers des Esprits ». Dans La légende de la Mort, Anatole Le Braz mentionne que l’Ankou est appelé l’ouvrier de la mort (oberour ar maro). Voilà pour la petite histoire (parce que tout est pour la Bête et pour le swag).

Concrètement, voici une petite introduction au travail avec les Esprits. Introduction qui ne se prétend nullement exhaustive, juste histoire de débroussailler un peu et d’éviter les potentiels foirages monumentaux.

1. Les Esprits ne sont pas vos potes. En tout cas pas au début. Si vous avez certains intérêts en jeu, gardez toujours à l’esprit (haha) que c’est aussi leur cas. Que tout marche sur le principe du donnant-donnant, et que rien n’est gratuit. Comme dans le monde physique, une bonne dose de pragmatisme et de bon sens est foutrement plus que recommandée. Si une proposition vous paraît trop belle pour être vraie, c’est probablement qu’il y a une couille quelque part.

2. Si vous réussissez toujours à faire absolument tout ce que vous voulez, s’ils vous acceptent tous du premier coup, sont sympas et mignons, si tout marche toujours comme sur des roulettes et si vous ne rencontrez jamais aucun obstacle, et qu’il n’y a aucune obligation en retour, alors il y a de fortes chances que : a) ce soit dans votre tête. b) que vous soyez en train de vous faire enfler de manière magistrale.

3. Vous avez envie de bosser avec Eux ? Vous avez vraiment envie de bosser avec Eux ? Ok. Réflechissez bien. Parce que quand le processus sera vraiment entamé, il y a 90% de chances pour qu’à un moment où à un autre, vous ayez envie de vous rouler en boule en position foetale en pleurnichant sur votre désir de retrouver (ou d’avoir) une vie normale. Sauf que, error 404, on ne revient PAS en arrière. Ce n’est pas un jeu de PS4 que l’on met en pause. Ce sera tout le temps, avec des périodes d’intensités variables, des hauts et des bas. Commencer le boulot avec Eux, c’est comme devenir parent : c’est à vie. (Et sans parler de la garde alternée).

4. Entre être un peu trop prudent et se montrer trop laxiste, il est préférable de se montrer un peu trop prudent (sauf circonstances vraiment extrêmes, urgentes etc). Une des modes actuelles c’est de penser-merci les bouquins de wicca 101 et les conneries New Age- que « tous les arbres sont nos amis et veulent bien nous donner de l’énergie » ou de considérer que le travail avec les Esprits, c’est un loisir du dimanche que l’on peut s’accorder quand notre vie est un peu morne et que l’on a du temps libre. Bullshit. Soit vous bossez avec Eux, soit vous ne bossez pas avec Eux. Si vous avez le loisir de pouvoir mettre sur ‘pause’ quand ca vous arrange vous, alors vous ne pratiquez pas, vous faites mumuse. Allez faire du scrapbooking à la place.

5. Il est possible d’entrer en contact avec un certain nombre d’Esprits. Les types d’Esprits (des lieux, plantes, animaux etc) varient suivant les lieux où l’on habite, les personnes, etc. Mais il y a un monde entre percevoir un Esprit une fois, parvenir à communiquer avec lui, conclure un bref échange et en faire réellement un Allié. Dans un certain nombre de littérature, il est par exemple fait mention du parallèle entre la puissance d’un chaman et le nombre de ses Alliés. Avoir un Allié, c’est comme avoir un ami proche. Cela demande du temps, des interactions spécifiques, mais aussi -ce qui est moins souvent dit- des buts et des « procédures » communes.

Pinelopi Vassilaki

6. Encore un postulat politiquement incorrect dans notre société où tout le monde devrait pouvoir tout faire quand et parce qu’il en a envie : non, ce n’est parce que tel ou tel Esprit vous fait kiffer votre mère ou parce que c’est marrant vous avez pleins d’images de lui dans votre piaule qu’il en aura forcément quelque chose à carrer de votre gueule.
Et non ils ne sont pas tous gentils, prêt à vous rendre service et à vous accueillir les bras ouverts parce que vous allez une fois par mois en ballade dans la forêt avec une jolie robe et un panier en osier, une pierre de lune autour du cou. Au passage, j’aimerai un jour voir qui a les couilles d’aller de nuit dans une forêt. Qui avoue s’être pris une flipette de tous les diables. Qui y va avec un couteau de chasse dans le treillis. De mémoire, je me souviens d’une seule et unique personne (je ne citerai pas le pseudo par discrétion, mais je m’en rappelle très bien) qui a avoué un truc du genre sur son blog, une rencontre nocturne avec un blaireau. Et 7 ans après, je pense toujours la même chose : « putain, une qui pratique pas pour le décorum. » Respect Meuf.

7. Avant de conclure le moindre accord, demandez-vous ce que vous attendez réellement de cet accord. Non seulement aujourd’hui, mais aussi demain, et dans le futur. Examinez en soigneusement les termes. Pesez avec attention ce que vous êtes prêts à offrir. Posez vous également la question de savoir pour quelles raisons l’Esprit est prêt à conclure cet accord avec vous. Qu’est-ce que cela lui apporte à lui ? Est-ce que cet accord peut être renégociable ? En bref, comme avec les banques et les assurances, faites gaffe AVANT.

8. Faites attention aux offrandes que vous leurs faites. Il est parfaitement acceptable, voire même recommandable de leurs offrir des denrées alimentaires telles que spiritueux et alcools divers, lait & miel, encens. Par contre, en ce qui concerne les offrandes d’objets qui vous appartiennent, et encore plus, des éléments organiques (cheveux, sang, sperme, etc), faites particulièrement attention. Ce n’est pas pour rien que ce sont des « matériaux de bases » dans la magie traditionnelle : ce sont les plus puissants vecteurs de votre essence. Les éléments organiques ne devraient, à mon avis, jamais au grand jamais offert à des esprits de passage. Vous n’allez pas copuler avec un ou une inconnu(e) sans utiliser de préservatif, pas si vous avez deux sous de bon sens, n’est-ce pas ? Eh bien c’est pareil avec les Esprits. Les offrandes de ce type peuvent se faire avec des Esprits qui sont devenus des Alliés. Sinon, vous pouvez toujours faire le guignol, quand vous enchaînerez les merdes allant des douilles de santé cheloues aux obligations toujours grandissantes etc, vous ne viendrez pas pleurer. C’est Darwin qui sera content.

9. Il y a des Esprits (presque) partout. En ville. A la campagne. Dans les cimetières. Les catacombes. Les carrières. Les chemins. Les parcs. Les greniers. Les jardins. Les haies. Les grottes. Les montagnes. Les sources. Les Cairn. Les dunes. Les écoles. Les plages. La mer. Les calanques. Les volcans. Les caves des immeubles haussmanniens. Etc. On ne les perçoit pas forcément tous tout le temps et partout. Certains peuvent se montrer cool avec vous et pas avec vos amis. Et vice-versa.

10. Les Esprits sont, dans la majorité des cas, plus balèzes et possèdent un aperçu des choses plus larges que nous. Par contre, leur champ d’actions peut se trouver plus ou moins limité suivant leur nature. Et ils ne sont pas forcément au fait des modus operandi contemporains. Ceci peut parfois s’avérer dangereux ou délicat dans certains contextes, mais peut aussi être un formidable avantage dans d’autres circonstances extrêmes quand on est obligé de se montrer plus retors qu’eux.

11. Soyez conscient de vos forces et de vos faiblesses. De vos désirs. Surtout les plus refoulés. De vos mécanismes internes. De la cohésion ou des dissidences au sein d’un groupe si groupe il y a. Parce qu’Ils jouent dessus plus souvent qu’on ne pourrait le penser. Plus vous vous connaissez, moins vous risquez de vous retrouver en bad ou stupidement appâtable. Pareil, prenez conscience de vos limites, de ce que vous êtes prêts à sacrifier, et de votre « stock intouchable ». Et ne dites jamais tout.

12. En guise de conclusion, on peut considérer qu’il n’est pas inutile de se constituer une base de données stratégiques avant tout deal, qu’il soit prévisible ou non. Pour ce faire, lisez/regardez des films : des articles par-ci par là, des contes, des légendes, les mythes, le folklore mais aussi des stratèges, de la fantasy, de la poésie, des romans noirs. Parfois, des films comme la série des Die Hard ou The Expendables peut comporter une petite pépite de quelques dixièmes de secondes qui sera utilisable un jour. Cela peut prêter à sourire, mais ce type de films comporte deux paramètres potentiellement très exploitables et utiles : un humour plus ou moins cynique / lolesque  etc et un effet de surprise : si un Esprit a sans doute déjà été confronté aux trucs des légendes anciennes (qu’il est néanmoins bon de connaître, parce que, oui, ca marche), il y a moins de chance qu’il soit au fait de certains tour de passe passe d’un film d’action avec Bruce Willis. Même si ca peut paraître ridicule. Le ridicule ne tue pas, mais parfois, il sauve.

Car ainsi sont nos Dieux.

Car ainsi sont nos Dieux, à qui nous offrons une part de nous-même, les limites de nos peurs sans cesse repoussées. Et quand viennent parfois, racler la nuit, les parois de nos cœurs, le doute et la crainte que nos chemins solitaires nous instillent, nous leurs opposons le souvenir, le courage et la force des mots. Ces mots articulés, haut et clair le soir autour d’un feu de camp, quand réunis en cercle sur la pierre d’une carrière un soir de Solstice, nous écoutons, muets et patients, la voix du Conteur qui fait rejaillir pour nous l’ancienne foi. Ses mots et son rythme allant comme deux navettes sur le métier à tisser de la mémoire, et sa ferveur ne leurs donnent que plus de corps.
Car ainsi sont nos Dieux et car ainsi parlent les Esprits, silhouettes lointaines faites d’argent, vêtues seulement d’une mélopée que l’âme perçoit et que la pensée seule ne peut entendre. Il fait nuit depuis longtemps, une nuit fragile et incertaine, étant celle du milieu de l’année, et si le soir et l’argenté de l’Hiver reviendront, ils ne sont pour l’instant qu’un peut-être que l’on répugne encore à esquisser, remerciant à dessein les Puissances pour leurs Grâces et leurs Dons. Et s’il y a par moment des détails grinçant, des pointes lancinantes qui démangent les contours de nos vies, il ne serait guère avisé de leurs en tenir rigueur, à présent que l’hydromel se répand en cascade sur le sol, et que les bûches de jeunes bouleaux sont dévorées par les flammes.
La nuit s’est faite, s’effiloche sans bruit. La salive est amère et mesure le décompte. L’arc des corps, le chant diphonique qui appelle, incante, invoque. Une psalmodie aux milieux des lignes. Les claquements métalliques des guimbardes et le geste de Qui manie avec dextérité un bâton qui serait mortel si coiffé d’une pointe de bronze ; à moins qu’il ne le soit déjà.
Par saccade l’obscurité file, et si la Dame a appelé et s’est manifestée, avec le compte-à-rebours des heures déjà elle se retire, emportant avec Elle ses murmures, l’amorce de sa langue non-humaine et l’imperceptible potentialité d’une prochaine rencontre. Un possible et rien de plus.
Couche après couche, le ciel s’éclaircit, comme un corps se dénudant de voiles aériens, jusqu’à laisser apparaître ce qu’il est : froid, gris et de marbre. Impassibles et neufs nous en avons déjà usé cependant la moitié. L’arc est sur la descente. Viendront si la Terre l’accepte encore, les blés dorés et les moissons. Puis la pluie et le grain de l’automne, les fruits mûrs durement récoltés, un semblant de récompense après un labeur qui toujours s’étire pour ne jamais vraiment cesser.  Les nuits s’étireront, agrandissant paresseusement leur règne et nous sauront, au bruit du givre craquant sous nos pas, à l’odeur des fagots et aux vols des oiseaux que les Morts bientôt parcourront à nouveau la terre, dévorant avidement les trop rares offrandes que ceux d’entre nous déposent encore aux carrefours, aux portails des cimetières, aux vieilles habitantes des souterrains et aux bordures des champs.
Alors viendra le temps de chanter le départ, et pour le Conteur de se retirer, s’absorbant dans l’étude des légendes d’autrefois, et pour nous d’aller dormir, pour ceux au-delà de l’océan ou sur les rives de chez-soi.
Car ainsi chantent-on encore, parfois, les Dieux, les Esprits et les Ancêtres, dans une litanie grommelée qui pour ne rien sembler aux oreilles d’autrui, signifie encore beaucoup pour ceux qui ont langues : le sens des Routes, le tracé du Sentier et l’arc des notes. Pour les Chanter, les Parcourir et les Rêver.

7/7/2014

Vassilisa with Baba Jaga’s Fire, by Kate Adams