J’arrive où je suis étranger.

Revenir en arrière. Jusqu’où ?
La réponse à ma question, l’an dernier pendant un week-end consacré au Seiðr.
Où il est question de quelque chose qui traverse un océan.
Ma soudaine envie de vomir. Personne n’est au courant. Cela fait du sens. (La vrai réponse est beaucoup plus précise.)
Et dix mois. Dix mois. Dix mois plus tard.
L’avion qui décolle, et le laridé qui tourne en boucle sur mon MP3, dissimulé par mes cheveux. La terre qui s’éloigne, minuscule, dans le froid de janvier. Tout est derrière moi, ou alors loin, loin devant. Loin devant, vers l’ouest et dans le futur. J’ai en tête la légende familiale qui dit qu’à chaque génération nous partons un peu plus à l’ouest. Tout ce que j’ai en tête, c’est la musique entêtante qui ne cesse de tourner et de retourner, pendant les 7h de vol, comme un transe lancinante, une injonction à ne pas penser. Rester concentrée sur l’objectif. Omni mea mecum porto. Je transporte avec moi tous mes biens. Tout ce que je possède d’important, ce que j’emporte, tient dans deux valises. Et deux caisses miaulantes.
Le reste, qui se compose pour la plupart de livres, est dans le container d’un port. Je les attendrai trois mois. Me demandant si je récupérerai un jour mes affaires, certains souvenirs. Mais en cet instant, l’instant du départ et de l’arrivée, je n’ai rien.
J’arrive sur une terre où je n’ai jamais mis les pieds, ma seule incursion de l’autre côté de l’Atlantique, dans un autre pays, remonte à mes 11 ans. Une expérience pas très heureuse où j’ai eu la sensation que le pays trop vaste, trop distordu. allait m’avaler. Qui es-tu ? Je suis le pays.
Mais où est ton cheval de peau, orné de runes ? Il est de l’autre côté de la mer. Donné à mon Watcher.
Mais où est la face ricanante de ton Renard, ornée d’ocre rouge ? Elle est là-bas, sous la garde de Écoute-les-voix.
Mais où sont les parties matérielles de ton Âme, faites de laine retordue, de crocs et d’os. Où sont les creux de terre pour les offrandes, où est le grès qui La referme ? Ils ne sont pas avec moi.

J’arrive où je suis étrangère, et où je ne connais rien. La terre ne résonne pas, je ne connais pas son chant, je suis sourde aux inflexions de leurs voix, incapable d’en déchiffrer le rythme, l’articulation, la syntaxe. Les Esprits d’ici ont un langage qui m’est totalement inconnu, totalement différent, et que je ne comprends pas.
La Terre dort sous la neige et dans le froid. Ici est un autre monde, et le réseau est indisponible. Littéralement et métaphoriquement. Indescriptible sensation. Celle d’un décalage. Il n’y a pas que pour les prises de courant, le réseau téléphonique et tout le palpable qu’ici est un autre monde.
Tout est flou, la sensation tenace de marcher sur un chemin de traverse. Les fils sont tordues. Comme si une vibration avait changée.
À la première nuit d’un sommeil de plomb accompagnée d’une dent brisée, suivront les nuits d’insomnie sans relâche. Savoir que je suis éveillée quand ils dorment et que je dors quand ils s’éveillent. Ne plus arpenter. Écho de là-bas, me disant que je ne suis pas la seule.
D’une certaine manière, j’ai la sensation qu’il est normal que la Brochette m’ait demandée de laisser certains de mes outils rituels en Europe. La certitude qu’ici, ils seraient faussés. Pas tous, mais ceux qui me servent à voyager.
Les rêves qui disparaissent. Le silence.
Tout est un Silence de neige. Est-ce le Pays qui l’hiver dort ?
Essayer de ritualiser. De faire des offrandes. Rien. Cet hydromel – au demeurant absolument déguelasse, le Melmor est un délice à côté – versé dans le récipient de secours n’est pas une offrande accompagnée d’une prière aux Dieux, aux Esprits, et à « Ces Étranges Ancêtres Qui… ». Il aurait dû. Mais non. C’est juste un liquide sirupeux et trop acide versé dans un mug de porcelaine, accompagné par des sons articulés dans une langue indo-européenne.
Non, poser trois cailloux et une guimbarde avec un pauvre lumignon ne remplace pas son autel. Cela en tient lieu. Un faire-comme. Un faire-comme honorable, toujours mieux que rien, mais cela reste un faire-comme. Les intentions, surtout les bonnes intentions et le symbolisme, c’est bien joli et c’est sans doute pas mal, en tout cas peut-être préférable à rien, mais non, ce n’est pas pareil.
Non une tasse de porcelaine achetée avec trois de ses sœurs chez Emmaüs ne remplace pas les bols rituels qui ont servis quotidiennement ou presque pendant trois ans. Non les os et la peau d’un animal ne se remplacent pas par une jolie image découpée dans un magazine. On lit partout que « le pouvoir est dans la sorcière, pas dans les outils ». Mouais. Outre que je ne suis pas une sorcière, j’ai envie de dire que, indeed, pas besoin d’outils pour jeter des sorts. Et pas besoin d’un autel en plastoc avec des merdes fabriquées en Chine pour célébrer un sabbat. Par contre, venez pas me dire que les objets fabriqués dans certaines conditions spécifiques, suite à certaines demandes / besoins spécifiques sont parfaitement interchangeable avec un gobelet vide du fastfood local. Sinon, bah écoutez, prenez de la poudre de perlimpimpin pour soigner une pathologie donnée à la place du traitement initialement prévu (allopathique ou non) et expliquez au malade que c’est parce qu’il a pas cru en lui. C’est vrai après tout, on est tellement fort aujourd’hui, les mythes avec des objets sacrés ou rituels, les croyances etc, c’est de la merde, que chacun fasse sa petite cuisine et tout est permis. Il faudrait surtout pas se montrer rabat-joie, sinon, on a rien compris.
Oui, on peut faire de la sorcellerie en faisant la cuisine, et faire pas mal de détournement d’objets rituels, me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’explique juste qu’on ne crée pas des outils /vecteurs en un coup de cuillère à pot parce que’on l’a décidé. Cela se fait à l’usage. Comme on ne se fait pas un meilleur ami en deux discussions sur Cul de Chèvre et qu’on ne se marie, en principe, pas à la première rencontre (en tout cas, pas trop dans nos contrées).

N’oubliez pas l’armée des trolls. Toujours. Et son étendard loufoque indiquant « Tout est pour la Bête ! ». Et dans l’appartement trouvé, découvrir, punaisé au tableau en liège, une petite carte d’un restaurant appelé « La Bête ». Se faire troller, encore, encore et encore par la même chaîne d’informations, en binaire, blanc et noir.
Reconnecter les informations. S’inscrire à la bibliothèque et commencer l’épluchage de la base de données.

Reconstituer les chaînes. Retrouver ses cartons, un mercredi, comme de juste, tandis que les jours rallongent et que les températures commencent à être timidement dans le positif. Avril est là. Retrouver ses affaires, et ses précieux petits trésors, sans valeur sur le plan financier, mais combien plus sur d’autres plans.
Et tandis que l’on réarrange son autel dans sa chambre à coucher, se rendre compte que les nuits sont devenues un peu moins anarchiques. Que les rêves sont revenus, plus étranges et porteurs de sens que jamais, comme souvent pour moi à cette période.


Le véritable travail va pouvoir commencer. Apprendre à connaître la terre où je vis désormais. M’initier à leur langage, leurs offrandes. Écouter leur chant et trouver le rythme, la syntaxe, l’articulation souple pour que le mouvement se fasse. Une expérience nouvelle, ne jamais cesser d’apprendre. Ne jamais croire que l’on sait tout, on pourrait être très surpris. Continuer d’avancer. Chaque terre est différente et c’est à celui qui arrive d’apprendre d’elle. Certains « apprivoisements », certaines rencontres se font facilement, d’autres sont plus malaisés. Il est des endroits où la terre nous appelle, d’autre où elle nous repousse. Chaque route est différente, et nous ne venons ni avec le même regard, ni avec la même terre sous nos pieds. Comme les plantes, certains d’entre nous poussent à merveille dans les forêts d’érables et d’autres s’épanouissent mieux dans les vieilles pierres d’une ville médiévale.

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[SYLPHE] Dans les poches d’un Sorciéron…

Je suis un sorciéron indiscipliné-ciéron. Comprendre par là que généralement, mes affaires sont toutes en vrac dans mon sac ordinaire. Mis à part un « crane bag » qui regroupe des éléments en lien avec certains esprits et/où un taf particulier en cours (contenu que je ne montre pas, sauf rares exceptions), le reste de mon « matos » se trouve pêle-mêle avec mes affaires ordinaires, ce qui génère des « Et meeeerde, j’ai perdu mon pass Navigo ! » (phrase récurrente, suivie de quelques minutes de recherches fiévreuses avant de découvrir que non, il est soigneusement rangé, pour ne pas le perdre, dans la poche du sac de mon tambour, pour la plus grande exaspération de mes coreligionnaires… Pardon les gars.) « Merde, je sais plus ce que j’ai foutu de mon flacon d’ocre ! » Au fur et à mesure de mes pérégrinations, j’accumule toutes sortes de trouvailles dans mon sac : mousse, petits os, cailloux etc. Du coup, quand j’arrive au travail le lundi matin, c’est toujours un joyeux bordel entre mes affaires regular, et la boussole / cran d’arrêt / allume-feux / encens.

Le matos le plus important, celui à avoir toujours sur soi, c’est à mes yeux plutôt du matériel « de bon sens » : boussole, couteau, allume-feux, cordelette. Suivant mes déplacements, j’y ajoute une lampe frontale, une lacrymo, une trousse à pharmacie -avec couverture de survie, pince à tiques, par exemple. Parce que si vous vous savez que vous êtes en accord avec les énergies bienveillantes de la Terre-Mère (sarcasme), les tiques, elles, ne sont pas au courant, et que la maladie de Lyme, c’est de la merde.

Finalement, après le mois d’août passé à courir après mes affaires, j’ai utilisé un reste de laine qui m’avait servi pour un autre projet pour crafter un pochon un peu plus grand histoire de rassembler mon merdier (ou au moins essayer). J’avais déjà un pochon pour mes runes que j’avais acheté chez Claire, mais celui là, il était important que je le fabrique moi-même. La bête a été fabriquée avec de la laine de base et de la fat über laine des Ateliers de l’Awen qui déchire sa race (celle qui est bleue/jaune/verte etc).

Le pendentif date d’il y a 10 ans. Je l’avais acheté quand je faisais ma prépa en Bretagne. J’avais fait un rêve où je portais un médaillon avant de tomber sur celui là dans une boutique, l’exacte reproduction de celui que je portais dans mon rêve. (Y’avait un mec tout chelou genre habillé à la scandinave qui me disait « on ne tue pas les porteurs de ce signe, en désignant mon médaillon. J’avais trouvé ça marrant.)
Je vais tâche de me discipliner et de mettre toutes mes affaires au même endroit. Dont ma « pierre de foyer » et mes perles de prières. La pierre de foyer c’était un délire de l’époque où je jouais à World of Warcraft, elle sert à revenir « chez soi », et j’en avais faite une en pâte fimo et je l’utilisais dans le cadre de certaines de mes pratiques. C’est toujours plus ou moins le cas. (Perte de crédibilité : 50 points à votre réputation). Quant aux perles, j’ai beau en fabriquer des très belles en pierre, je préfère utiliser celles en bois, toutes bêtes, pour la simple et bonne raison qu’elles me servent pour tout le monde, et que je les trimballe en toutes circonstances, y compris au lit. Autant qu’elles ne soient pas fragile, mon matos ayant intérêt à être tout terrain.
S »y ajoutent toutes sortes de merdier. J’avais au départ brodée une pochette pour les rêves, mais en fait, je m’en sers davantage pour ranger plantes et encens. J’ai pas assez de discipline pour avoir des pochettes pour chaque pratique, des carnets pour tel ou tel type de récit, des colliers réservés à ci ou à mi. Pareil pour le couteau, par sa lame courbe, il sert surtout à couper les plantes etc, mais en fait, j’ai souvent uniquement le Muela offert par mon père, qui avait la manie de m’offrir des couteaux de là où il allait en voyage. Parfois je rajoute un canif etc. Un jour je vais me faire contrôler par un flic et j’aurai des ennuis. L’encens c’est bien pratique, mais j’avoue que j’en ai rarement spontanément sur moi.

(And now you shall see Odin)

Parmi les bricoles que je mets dedans, des baumes, des os, des trucs ramassés sur le bord des chemins (plus mes poches, souvent pleines de détritus que je ramasse quand je suis en forêt ou sur la plage. Parfois, contribuer à nettoyer un peu l’endroit de la saleté déposée par les humains, c’est les meilleurs offrandes. Il n’y a pas forcément besoin d’avoir toutes sortes de trucs sophistiqués. D’autant que certains Esprits des Lieux n’aiment pas trop qu’une personne surgit de nulle part se mette à faire des offrandes spontanées etc.) Avoir un ou deux cathéter c’est pratique quand on doit prendre du sang, c’est plus simple et plus « sécuritaire » que les couteaux. Généralement j’en ai deux, cela permet d’en passer un à quelqu’un si besoin. Evidemment, ils sont à jeter après usage : on n’utilise pas de cathéter déjà utilisé (sauf si on le garde strictement pour soi) si on les passe à quelqu’un d’autre. On remet la canule après usage et on le jette. (Risques HIV / hépatites, toussa… Je sais je suis reloue avec ça, mais malheureusement, c’est une donnée qui tend à être de plus en plus zappée à l’heure actuelle.)

Et sinon, des huiles / baumes / onguents de fabrication perso. De l’ocre et autres. (PAs tout en même temps, c’est suivant les périodes, l’inspiration et les nécessités du moment…)

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[SYLPHE] Le Jeu du pendu : les signes.

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Réfléchir sur l’instinct, l’intuition, les signes que l’on reçoit ou que l’on croit recevoir. Vaste sujet de réflexion dont voilà quelques bribes. Je resterai uniquement centrée sur les signes, par commodité.

En linguistique, le signe, c’est l’unité qui unit un phénomène acoustique et un concept. Le signe est donc composé d’un signifiant (le phénomène acoustique) et d’un signifié (le concept).

On peut considérer que le signe au sens où il est entendu ici est semblable : il est considéré comme étant un écho (je préfère le terme d’écho au terme de message, il y a une différence de nuance assez importante dans ce contexte ci) de « L’Autre Monde » apportant un marqueur sur une potentialité. A noter que je dis bien « il est considéré comme » et non pas « il est » : sa véracité (est-ce qu’il est réellement ou bien nous choisissons de le traduire comme tel ?) est de l’ordre de l’hypothétique, de l’hypothèse que nous choisissons de considérer comme « probable » en raison de nos marqueurs référentiels. C’est pour des raisons similaires que le terme écho est utilisé par rapport au terme « message », l’écho étant la réflexion d’un son, non pas le son lui même. Enfin, cet écho, suivant la nature de notre recherche, de son expression et de son contenu apporte une indice, un élément d’indication au sein d’une masse d’information, il nous permet éventuellement de faire certains choix à partir de la manière dont nous percevrons et analyserons ce contenu. Intrinsèquement, il est en quelque sorte « neutre ». Ce qui nous influencera c’est la façon dont nous le recevrons et dont nous le décoderons. Je tend à considérer que le « signe » reçu est un simple indicateur factuel auquel nous prêtons plus ou moins d’attention, un regard plus ou moins biaisé, et que nous pouvons tout à fait « distordre » de multiples manières suivant les calques de décryptages que l’on appliquera.

En des termes plus simples, le signe est un écho neutre nous indiquant une information que nous pouvons tout à fait mal comprendre, d’autant plus si nous nous cantonnons à un écho unique. Parfois, un graffiti sur un mur est juste un graffiti sur un mur.

De la façon dont je perçois les signes, ils sont semblables aux lettres de l’alphabet : une lettre n’est pas encore un mot, pas une phrase et encore moins un texte. Ce n’est que lorsque nous connectons un certain nombre de lettres que nous formons un mot, et par une suite de mots, une phrase, puis par développement, des textes. Le signe est une lettre. Seul il ne signifie pas grand chose. Ce n’est que lorsque plusieurs signes se combinent qu’ils constituent un ensemble intelligible. Isolé, il ne signifie rien d’autre que lui même, bien qu’il soit possible de commencer à percevoir certaines structures, un peu comme dans le jeu du pendu, quand nous n’avons qu’une seule lettre et un ensemble de cases vides et que nous réfléchissons à ce que cela peut former comme mot. Le contexte joue un rôle dans l’interprétation du signe : pour reprendre l’exemple du Jeu du pendu, nous réfléchissons au mot crypté parce que nous sommes dans le cadre d’un jeu dont les règles sont connues des participants et dans le laps de temps durant lequel ce jeu s’exerce. Sorti de ce contexte, il est probable que nous ne nous prêtons pas à ce type d’exercice. Pour le signe, c’est pareil : c’est parce que nous avons soit une interrogation particulière, soit que notre contexte personnel s’y prête que nous sommes plus porté sur l’analyse d’un éventuel signe, et que, par ricochet, nous aurons davantage tendance à adopter telle ou telle grille de décryptage une fois qu’il nous semble saisir un écho.

Nous avons donc trois phénomènes qui structurent la perception du signe :

Le signe en lui-même, ou plutôt l’information qui est perçue / ressentie comme tel. (Je serai même tentée de dire « l’ensemble de signes » puisque pour reprendre de manière synthétique la théorie énoncée plus haut, le signe est une lettre, et une lettre n’est pas un mot.)
Le contexte dans lequel le signe s’inscrit, le cadre de la recherche, des raisons pour lesquelles nous aurons tendance à être réceptif à sa réception.
L’angle d’analyse, la réception proprement dite, son décryptage.

De bons présages ?

Le signe, en tant qu’information, est neutre. On peut parler de « mauvais présage » ou de « bon présage », mais c’est davantage une donnée  posteriori. Le fait qu’il y est une information est en soi, neutre. Il ne donne d’indication sur le fait d’agir ou de ne pas agir que si nous y appliquons une grille de lecture (et quelle grille de lecture convient-il d’appliquer ?) Le signe est là, il tend à indiquer de continuer sur cette route. Pour autant, cela ne présage en rien de la nature de la route, sans même prendre en compte le fait que certaines routes, si elles sont nécessaires, ne sont pas pour autant agréables, en tout cas jusqu’à un certain point.

Comment on sait si c’est un signe ?

Etant du genre à attendre d’avoir un nombre de données conséquentes avant de me risquer à quoi que ce soit, et au risque de me répéter, j’ai tendance à dire que c’est la répétition d’un signe dans un laps de temps défini qui fait le signe. Cela ne veut pas dire que je ne suis pas capable de percevoir des indices sommaires, ni que je ne possède pas d’intuition, plutôt que je les regarde du coin de l’œil, comme une information pouvant potentiellement prendre de l’importance.
L’autre donnée à prendre en compte, c’est l’évolution constante de la trame : tout se réajuste en permanence.

Si l’on considère que l’on attend, entre autre, d’un groupe de signe qu’il nous indique la route la plus favorable pour nous, un bon indice pour savoir si oui ou non l’on est sur la bonne route, est d’observer la nature des événements sur cette route. Globalement, j’ai pu observer que quand on est sur le « bon » chemin, les obstacles sont parfois présents, mais tendent soit à se tasser, soit à présenter d’autres ouvertures. La façon dont je conçois les choses rend cependant cette optique davantage pertinente pour les opportunités matérielles que pour la résolution d’une problématique spirituelle et/ou émotionnelle (qui peut ainsi s’avérer ardue jusqu’à ce que l’on résolve le nœud de la problématique, qui tient souvent d’une difficulté personnelle).

Le signe est quelque chose de personnel. Même si on retrouve des grilles d’interprétations communes, des façons d’aspecter des problématiques similaires chez des individus parcourant des routes semblables, l’écho est déchiffré de manières différentes suivant les personnes. Pour reprendre une image faisant appel à des fonctions cognitives, c’est un peu comme la perception des couleurs, qui varie plus ou moins suivant les gens. Allez demander à tout bout de champs si tel ou tel phénomène est un signe, ou en faire des caisses dés qu’on trouve une plume par terre est pour moi une façon de se rassurer, à la fois parce qu’on est pas sûr de son interprétation, parce que l’on doute de soi. En se référant au jugement d’autrui pour quelque chose qui est de l’ordre de l’intime, c’est en quelque sorte faire dans la validation sociale, ou pire, chercher à se donner de l’importance.

Ce n’est pas qu’il ne faille pas parler des signes que l’on a reçu (pour autant qu’il puisse exister des signes infaillibles, pour autant que l’on soit dans une démarche dans lequel on souhaite partager ce genre d’infos etc… encore une fois, tout est affaire de nuances, de cadres, de perceptions, d’interprétations, de structures…) c’est juste qu’à mon avis, les autres n’ont rien à foutre dans notre cheminement, d’une. De deux, cela m’évoque parfois une certaine forme d’hystérie collective : quand tout le monde se monte la tête mutuellement, qu’on devient inchiable et que l’on hurle au signe pour tout et n’importe quoi. D’où l’importance de la fonction de répétition de signes similaires et la nécessité de prendre du recul. Si on veut voir des signes partout, on peut en voir partout. Mais une des particularités des signes est aussi d’être une aspérité, une altérité dans un quotidien. S’ils ont lieu en permanence, alors ils perdent cette faculté d’exception et ne doivent plus être considéré comme des signes, mais juste comme une donnée régulière.
Si vous vivez dans un endroit où les corbeaux abondent, croiser un corbeau le matin devrait être sujet à plus nuance sur sa pertinence en tant que signe que si vous croisez un colibri.

Davantage que la percée d’un ou plusieurs signes, j’ai tendance à être sensible à ce que j’appelle des phénomènes d’accélération. Le phénomène d’accélération commence par une sorte de coïncidence/s, la plupart du temps assortie de rêves (le rêve est-il un signe ? Pas pour moi, pas dans ma manière de percevoir et de définir le signe. Ceci dit, le rêve est un sujet complexe.)  quelque chose qui émet un son pratiquement imperceptible. Puis le son s’amplifie. Et alors même que l’on tend l’oreille, on observe une multitude de corrélation autour, pas des signes extérieurs, plutôt un alignement de fait qui constitue une sorte de route que l’on emprunte. Et alors même que l’on commence à arpenter la route, tout se met naturellement en place. Et une fois arrivé au premier relais, on peut, en se retournant sur les faits passés, noter une cohérence certaine.

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[Odin Project #11] Pourquoi « toujours » Odin ? (approche généraliste)

Odin par Jeffrey Thompson

Avec Thor et Freyja, et dans une autre mesure Loki, Odin semble être l’un des dieux nordiques les plus populaires à l’heure actuelle, ou du moins, l’un des plus présent.

Cela fait parfois l’objet de certains reproches ou critiques, j’ai pu notamment en voir sur tumblr (après, cela reste tumblr, hein) : où sont pointés du doigts certaines personnes mettant toujours en avant Odin et les autres, comme si le panthéon nordique ne comportait pas d’autres dieux.
Je ne sais pas trop penser de ce type de réactions : d’un côté je les comprends, il est vrai que l’on retrouve toujours les mêmes, et qu’on peut se demander par moment si ces personnes ont approfondi un peu leur connaissance du panthéon ou se cantonnent toujours aux mêmes.
De l’autre… de l’autre cela revient à juger la pratique d’une personne. Des gens superficiels, agressifs, limités, il y en a partout dans les courants païens comme ailleurs. Est-ce que leur présence vaut vraiment la peine que l’on s’y attarde ? Je comprends que l’on ait envie de réagir quand on voit certains comportements, certaines attitudes de « bashing » pour reprendre un terme anglophone.
Maintenant, je pense que mettre à l’index n’a qu’une portée limitée : certes dire « ce type de personnes existe mais n’est pas forcément révélateur de l’ensemble d’une catégorie, et [insérer un nom de personnes / de groupe / le pronom « je »] ne suis/n’est pas d’accord avec ça » peut permettre à d’autres de trouver de nouvelles voies ou des solutions, ou d’être rassuré, mais sur le long terme, je pense que si cela n’est pas accompagné d’autres mesures, l’impact en est diminué. Râler contre l’omniprésence, disons d’Odin (on devrait plutôt dire « de sa présence » mais bref), pourquoi pas. Mais alors que les personnes qui pratiquent avec d’autres déités écrivent, partagent, mettent en avant leur réflexions personnelles sur des textes, leur pratique, leur expérience. Je suis peut-être idéaliste, mais de toutes façons, je ne pense pas que l’on puisse obliger une personne à changer : certaines demeureront indécrottables, quand d’autres auront ainsi la possibilité d’élargir leur champs d’investigation.

Après, tout dépend encore une fois des angles de pratique qu’une personne suit : certaines personnes décident plus ou moins consciemment d’entreprendre une recherche / un travail / une dévotion avec une déité donnée. Parfois cela se fait de manière très marquée. Parfois les choses sont plus floues : par exemple une personne va honorer périodiquement certaines déités (soit suivant les fêtes, soit suivant les jours de la semaine pendant un temps défini…) mais de manière relativement factuelle, un peu comme on dirait bonjour à un voisin, sans forcément lier connaissance avec lui. D’autres vont se renseigner au niveau du lore, faire des recherches, mais ce n’est pas parce qu’il y a une recherche et/ou disons des célébrations de politesse qu’il y a une relation.

D’autres personnes attendent que la déité se manifeste, de différentes manières. En quelque sorte, on peut dire qu’ils attendent « le feu vert ». Dans ma pratique, j’ai tendance à mêler les deux manières d’agir : je les « considère » toutes, que ce soit au niveau de l’axe de recherche ou/et au niveau de certaines « célébrations factuelles », mais les relations sont en fait très variables. Par contre, j’ai tendance à attendre un certain déclic avant de pousser certains travaux / certaines pratiques plus loin. Ce n’est pas intrinsèquement bon ou mauvais, c’est juste ma façon de fonctionner (et j’ai tendance à procéder de la même manière avec les gens, sauf exceptions). Maintenant, je considère aussi que « plus vous croisez quelqu’un, plus il y a  statistiquement de possibilité pour qu’une conversation soit possible ».

Toutes les déités ne se ressemblent pas : certaines sont plus discrètes que d’autres, d’autres sont plus ou moins intéressées par les humains. Je tend à penser que même en essayant « à fond » une personne ne nouera pas les mêmes contacts avec toutes. Je suppose qu’il est possible que certaines y arrivent, je n’en sais rien, c’est aussi une possibilité statistique mais peu probable. Tout dépend aussi des déités que l’on range dans l’axe « panthéon nordique », qui varie suivant les gens, leur courant, etc. Je ne rentrerai pas dans le débat, je pense que cela ne regarde que la personne concernée.

Sur ce, venons-en à Odin. Il est un dieu très impliqué dans les affaires humaines : plusieurs textes (dans les Eddas ou dans certaines Saga)  racontent comment il se pointe -déguisé dans la majorité des cas- en Midgard et se mêle aux affaires des humains, parce qu’on l’appelle ou par surprise (je n’en ferai pas la liste, en tout cas pas aujourd’hui). Un de ses noms est Svafnir, que l’on peut traduire « Qui apporte les rêves », et les rêves n’étaient pas pris à la légère. (Katherine Morris détaille un peu le sujet dans son livre Sorceress or Witch ? The Image of Gender in Medieval Iceland and Northern Europe) Si l’on ajoute sa fonction de « chef », et le fait qu’il soit liée à la poésie (qui est ici « le moyen de se souvenir et d’honorer ceux qui sont venu avant » et possède donc une fonction relativement pragmatique, il apparaît en réalité presque logique que ce soit lui qui débarque en premier, si je puis dire. D’une manière un peu humoristique, on pourrait presque dire qu’il fait des tentatives de recrutement (et il sait se montrer assez explicite sur certaines questions.)

Le fait qu’il soit donc extrêmement présent n’a rien de surprenant : outre le fait qu’il soit un dieu énigmatique et fascinant (j’avoue une certaine partialité à ce propos), il est beaucoup plus facilement approchable que d’autres déités comme Heimdall, ou même Balder qui sont, par exemple, beaucoup plus discrets voire taciturne (pour Heimdall, je me base sur certains témoignages que j’ai pu lire, et sur la pratique de deux de mes amies, dont les UPG concordent étonnamment, bien qu’elles ne se connaissent pas. Ce n’est donc surtout pas une vérité générale, juste un exemple donné à titre indicatif.)

Ma rencontre avec Frigg (Mois pour Frigg)

Il y a maintenant un an que Frigg a déboulé dans ma vie, et avec elle, c’est toute ma vie spirituelle qui s’est trouvée chamboulée.

Elle est arrivée discrètement mais sans crier gare. De façon innocente. Une amie était venue passer quelques jours chez moi pour la première fois, et pendant quelques jours, la Tanière a accueillie toute une meute de sorciérons. J’avais tout préparé pour l’arrivée de mon amie : la maison avait parfaitement nettoyée, rangée. Son lit fait dans la bibliothèque. De bons plats et des friandises avaient été préparés.

Et pendant que nous menions de joyeuses discussions agrémentées de victuailles et autres, on préparait le programme des jours à venir. Me levant pour amener les boissons, surveiller la cuisson des plats. Checker le nombre de convives prévus pour le lendemain, réfléchir à l’organisation du rituel à venir, etc. C’est là que la première boutade est venue. « Tu fais ta Frigg, lol ». Pardon ? Je me suis défendue, moitié amusée, moitié vexée. J’ai maugréé. Les plaisanteries ont continué le lendemain. Le surlendemain. « Merde » répondais-je à chaque fois. D’abord contrariée, parce que le parallèle ne me plaisait pas (le paradigme des déités « classes » et des « moins classes », je l’ai aussi expérimenté), et puis j’ai laissé tomber. « Oui bon ça va. » Qu’est-ce que vous voulez répondre quand plusieurs sorciérons ont un bon mot en tête ? Rien.

C’est là qu’elle s’est ramené. Vraiment. J’avais fini par être plus ou moins intriguée, mais pas vraiment plus que ça. Et un soir, alors que la maison était déserte, l’amie étant partie chez une cousine, je ne suis pas parvenue à trouver le sommeil : à chaque fois que j’essayais de trouver une position confortable pour dormir, j’avais en boucle dans la tête « lève toi et va faire un autel. Lève toi et va faire un autel à Frigg. Vas lui faire un autel. » Je suis têtue. Je me suis dit « ca va deux minutes les conneries ? Je vais pas faire un autel en pleine nuit, ca va pas non ? »

A quatre heures du matin, je ne dormais toujours pas et j’ai capitulé. « Ca va, putain, je me lève, je vais le faire ce bon sang d’autel. Comme si j’avais que ça à faire. » Je me suis dit que quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Depuis quand on se relève en pleine nuit pour faire un autel ? Et depuis quand les dieux réclamaient des autels d’abord ? Non, ca devait être dans ma tête. Je l’ai fait. J’ai eu du mal, parce que l’idée de faire une autel à une déité m’apparaissait un peu absurde. Bizarre. J’avais bien un autel, mais il était consacré à la pratique magique. Pas à une déesse. Surtout pas une déesse du foyer.

Quand l’autel a été fait, j’ai remplie la minuscule coupelle de lait frais. Et avec le sentiment du devoir accompli, je suis retournée me coucher. Il n’y a que moi que ca perturbait apparemment. Mes amies ont gloussés : « ca va, tu commences à l’assumer ton côté Daronne ? »

Modérément.

L’amie est repartie, et j’ai commencé à creuser certaines choses. J’ai recommencé à rêver. Des rêves bizarres. Avec une femme habillée en bleu qui me dit que je me suis mise dans une situation très délicate, que je n’ai aucune idée de ce qui va me tomber dessus, et que j’ai intérêt à l’écouter si je ne veux pas avoir de très gros problèmes. Que ma vie va changer, et que « je n’ai aucune idée de ce que j’ai provoqué avec mon attitude passée. »
Dans un autre rêve, après avoir fait certains travaux, elle me donne une liste. Et je me fais remonter les bretelles pour avoir fait une réflexion déplacée. Elle me fait les gros yeux, et je me souviendrais toujours de ce qu’elle me dit : « tu veux venir avec nous ou pas ? » « Oui. » « Alors tu vas apprendre à nous connaître. On ne te demande pas d’aimer ou d’apprécier tout le monde. Juste de montrer le minimum de courtoisie nécessaire pour la diplomatie. Et tu vas apprendre. »

Je n’avais aucune idée de quoi elle parlait à l’époque. Ce n’est pas si vieux. Cela date d’il y a un an. Et en une année, ma vie a radicalement changée. Aujourd’hui, avec un peu de recul, je comprend pourquoi elle est venue, le sens de ses paroles. De choses que je n’auraient jamais du dire. Et si parfois tout n’est pas toujours facile, je suis reconnaissante.
Envers Frigg parce qu’elle a sans doute évité que les choses ne soient encore plus compliquées, plus dures. Parce que même si, contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle n’est pas « gentille ». Elle sait être protectrice, mais elle est aussi être sévère et intransigeante. Envers les plaisanteries de tous les sorciérons, qui se reconnaîtront, parce que sans leurs plaisanteries, je n’aurais jamais accepté une partie de moi-même et travaillé sur moi à ce niveau là. Et envers l’Amie venue passer quelques jours en août 2012 à la maison, parce que même s’il y avait de nombreux signes avant-coureurs, elle a été le déclencheur du voyage que je n’aurais jamais pensé entamer.

🙂

Le rêve de l’Aconit

Il y a parfois des synchronicités amusantes.

Cette nuit, j’ai rêvé que je me retrouvais en Finlande, avec un vieux same (Perceval power !) qui m’emmenait faire un voyage à dos de rennes. Une fois descendue du renne, il y avait plein d’aconit partout. J’étais littéralement fascinée, me demandait si cette plante poussait réellement dans cette partie du monde, et je les approchais pour les photographier, avant de me rendre compte qu’au pied de celle que je regardais, il y avait un curieux petit animal, qui ressemblait vaguement à un dragon miniature. Un animal comme je ne pense pas qu’il en existe en Matérialité. Il me regardais, les yeux mi-clos, et je lui demandais si j’avais le droit de le photographier. Il acquiesçait et me faisait comprendre que je pouvais prélever un peu d’aconit si je le souhaitais. Il m’y autorisait. Donc acte, cueillette de la main gauche et remerciements/échanges d’usage. En revanche, il se montrait très agressif envers la personne qui m’accompagnait -pas le vieux, quelqu’un d’autre-  et ne la laissait pas approcher.
Ensuite je testais la plante. je la tenais dans ma main gauche et j’étais complètement tripée. Il y avait à ce moment là beaucoup d’autres gens dans mon rêve, et tous disaient que j’étais folle de faire un truc pareil. Je ne comprenais pas pourquoi, et personne ne voulait me donner un morceau de tissu pour envelopper le végétal. Personne sauf une amie qui expliquait aux gens que « j’étais comme ça ».

En sortant de chez le médecin, j’ai pris un chemin différent pour rentrer, sans raison valable, et je me suis trouvée devant une sorte de « jardin-nature » destiné aux enfants, mais ouvert à tous. J’y suis entrée, par curiosité. Au fond du jardin, il y avait une section « le jardin de sorcières ». Et il y avait de l’aconit, bien cachée au centre de la section. J’en ai pris, avec les mêmes formules d’usage que dans mon rêve.

Je trouve ça marrant.

Par rapport au rêve, ce n’est pas la première fois que le duo plante/animal onirique se présente. J’ai rencontré plusieurs fois la belladone sous la forme d’une espèce de wombat violacé dans mes rêves avant de faire le lien et de comprendre pas mal de choses. La seule chose que je regrette, c’est de ne pas être en mesure de les dessiner, je devrais au moins essayer.

Pochon de rêves

J’ai profité de mon week-end off, sans portable et sans internet pour faire pas mal de trucs, dont un pochon des rêves brodé. J’aime bien broder, je suis pas forcément hyper douée -mais déjà plus qu’en dessin- mais j’aime bien broder des stuffs magiques : broder pour faire des décorations à mettre au mur, bof, j’en vois pas l’intérêt et donc ca me gonfle. Broder une couverture dont je me sers pour certains travaux, des pochons et autres, ca me branche déjà plus.