Que dirais-tu à une personne qui souhaite se consacrer à Odin ?

Suite à un commentaire sur un des posts relatifs au Odin project que j’essaie de poster tous les jours brièvement sur instagram, il y a eu une remarque intéressante qui a finalement fait jaillir une réflexion qui demande d’être un peu plus poussée.

Qu’est-ce que je dirais à une personne qui souhaite se consacrer à Odin ?

[Edit : Alors, ce n’est pas un article exhaustif. (Je n’ai plus le temps et puis vous êtes par ailleurs aussi tout à fait libre d’écrire un blog).
Il sert simplement à poser une sorte de cadre d’interrogation en soulevant deux-trois points. Il ne vise pas à refaire le point détaillé sur les différents aspects d’Odin, le fonctionnement des dieux nordiques et tout le bazar qui a déjà été abordé sur ce blog plusieurs fois. Si vous êtes nouveaux/nouvelles, vous avez les archives et de la lecture. Il y a aussi plein de sources que vous êtes libres d’aller explorer. Je pars du principe que vous avez au moins quelques notions avant de vouloir faire une consécration, ou au moins la curiosité de vouloir vous renseigner.
L’article suivant n’aborde pas non plus les conséquences d’une consécration en prévenant que « attention ca peut être (grave)la merde ». Pourquoi ?
– Parce que, encore une fois, j’ai déjà parlé de ça ailleurs.
– Parce que je peux difficilement prévoir tous les cas de figure dans un article.
– Parce que c’est votre vie et que vous êtes assez grand.e.s pour réfléchir.
]

1 – Le degré de latitude quant au choix

Tout d’abord, je fais une légère distinction entre la personne qui décide de le faire entièrement et uniquement de son propre chef ; la personne qui s’est fait bien campée par le Vieux et que ce dernier lui a fait vertement comprendre que c’était ce qu’il attendait de cette personne.
Dans le premier cas, les paramètres sont relativement simples. Dans le second, c’est un peu plus délicat et ca demande sans doute une négociation un peu plus âpre. Certaines personnes considèrent que des demandes non-négociables, ca n’existe pas, et que l’on peut toujours négocier. D’autres personnes considèrent au contraire que l’on ne choisit / doit jamais choisir consciemment mais répondre à un appel ; que la divinité choisit, etc. Dans les faits, l’un n’exclut pas forcément l’autre et il est délicat de figer dans le marbre une situation. (Peut-être que la personne qui choisit pleinement consciemment de se consacrer à une divinité ne fait en réalité que devancer l’appel… ) En tout état de cause, étant donné que l’on ne peut pas rembobiner le passé ou dérouler le futur, il est difficile de savoir exactement quels sont les ressorts impliqués.
Ensuite, je pense que cela dépend des cheminements personnels de chacun : une personne qui a toujours eu le choix et la pleine liberté de son cheminement aura sans doute plus facile à en déduire que son cas est/doit être une vérité générale. En d’autres termes, même si ce n’est pas toujours le cas, il est fort probable qu’en fonction de notre propre expérience, on soit plus à même de considérer que les choses peuvent fonctionner de telle ou telle manière.

Personnellement, je considère que les deux options existent, mais qu’en fonction des divinités concernées, on remarque des schémas de fonctionnement assez différents. Certaines divinités vous laisseront toujours le choix, d’autres auront tendance à se moquer éperdument de votre avis et feront tout pour faire pencher la balance. Et Odin rentre clairement dans la seconde catégorie.

Pourquoi donc établir cette distinction ? Principalement parce que je pense qu’une personne qui aura subi la présence du Vieux se rendra plus facilement compte de certains aspects problématiques et sera peut-être plus vigilante.
Etant donné certains exemples lus au détour de mes rares passages sur les réseaux sociaux, il y a quand même pas mal de personnes (bon, d’hommes principalement) qui ont l’air de trouver que « Odin c’est cool, c’est le chef des Ases, et j’aimerais me consacrer à lui ». Bon, à une époque, j’aurais sans doute grogné. Aujourd’hui je me dis qu’après tout, il faut bien faire quelque chose de sa vie, alors s’ils veulent se consacrer à Odin, pourquoi pas ? Et ensuite, dans le fond, pourquoi est-ce que sans le savoir encore, ils ne répondraient pas à un appel ? La superficialité des réseaux sociaux s’envisage dans les deux sens au final. Je vais faire dans le cliché et grossir volontairement le trait en caricaturant, mais pourquoi est-ce que le cœur et les intentions d’un ado de dix-huit ans seraient forcément plus risibles que celles d’un.e universitaire de quarante piges ?

2 – Ne pas se voiler la face

Apparemment, la tendance actuelle c’est de considérer que en fait, les Dieux -ici nordiques- veulent uniquement notre bien, sont gentils, pacifistes, aimants, etc.

Alors, spoiler alert :

Non.

Je comprends que l’idée soit séduisante, réconfortante, qu’elle vous fortifie, que ca corresponde beaucoup plus aux normes actuelles, mais juste, encore une fois : Non.
Si vous recherchez un dieu aimant, qui pardonne tout, et tout le toutim, honnêtement je ne peux pas vous le reprocher, mais clairement, c’est globalement pas trop vers les Nordiques qu’il faut se tourner niveau casting. (Sinon Jésus-Christ est cool, anar’ et clairement il roxe aussi du poney niveau pratique. Je vous jure, et c’est même pas ironique.)

Odin n’est pas « gentil », mais il n’est pas « méchant » non plus. (Edit : Non, on n’est pas sur ce type de distinction quand il s’agit des divinités nordiques. ) Par contre, oui, il a la vengeance cruelle et il vaut mieux faire attention où on met les pieds. Les sagas et les Eddas sont d’ailleurs plein d’exemples de ce style.
C’est typiquement un dieu qui fait ce qu’il estime qui doit être fait, peu importe la manière dont il doit agir pour cela. C’est le point essentiel à ne jamais perdre de vue. Si vous choisissez de vous consacrer à lui, que vous lui offrez votre vie, il est probable qu’il vous utilisera de la manière qu’il jugera la plus pertinente. Hors, son idée de votre utilité peut s’avérer très différente de celle que vous envisagiez. C’est même probable.
On peut aussi finir comme dommage collatéral lors de la tentative de réalisation d’un de ses plans, qu’il soit une réussite ou un foirage monumental.

Il est de notoriété que ce n’est pas un Dieu paisible, et que ses protégés ont plutôt tendance à mourir de mort violente. Je suppose que c’est cette idée d’héroïsme qui, pour le meilleur ou le pire, suscite ce genre d’envie de la part de personnes qui se sentent coincées dans un monde qui, en matière de gloire et de courage, propose de rester enfermé.e chez soi pour sauver des vies. Ceci étant, et étant donné l’évolution, et des mœurs depuis l’an mille, et des destins qui nous sont proposés, il serait intéressant de voir quels seront les destins de celleux qui se sont voué.e.s à Lui. Ca donnera peut-être une vision un peu plus actualisée du sujet d’ici un siècle.

C’est un dieu qui prends beaucoup. Qui donne beaucoup aussi.

3 – Est-ce que les « antécédents » de consécration changent quelque chose ?

Est-ce que le fait qu’il veuille absolument qu’on se consacre à lui, et l’écouter, le rendra plus cool vis à vis de nous ?
Je ne peux avoir qu’une hypothèse en matière de réflexion sur la question, puisque je ne suis pas le principal intéressé, mais j’aurais tendance à dire que je ne pense pas. Disons qu’il a sans doute des intérêts dans le fait de voir telle ou telle personne se consacrer à lui, ne serait-ce que a minima parce qu’elle se trouve dans un alignement géographique/temporel/relationnel etc, particulièrement utile, mais si l’idée c’est d’ouvrir un parapluie en se disant « je peux merder tranquille, il ne m’arrivera rien parce que j’ai fait comme il me demandait », sincèrement, je ne tablerai jamais là-dessus (et je trouve ce type de raisonnement un peu abscons).

J’aurais même tendance à penser le contraire : s’il a un intérêt précis en ce qui vous concerne, vous risquez franchement d’en baver et d’avoir intérêt à ramener « un bon bulletin ».

Ils veulent des Dieux terribles doux comme des lapins

5461cdc8e27ff5e1efb71353ae615dfcIls veulent des Dieux terribles doux comme des lapins, rêvant d’ordalie âpres à raconter et douces pourtant à vivre, comme d’anciens récits enluminés trop léchés par un scripteur qui ignore de quoi il est question.
Personne ne veut du cauchemar quotidien, des terreurs enfouies en soi patiemment déterrées pour mieux les exhumer, autant de cadavres à tuer et retuer encore chaque jour que le Destin fait.
Personne, et surtout pas moi, ne rêve enfant d’un chemin semé d’embûches. Tout ce dont je rêvais, tout ce dont je rêve encore, c’est de me réveiller un matin pour découvrir que ce n’était qu’un mauvais rêve, que j’ai huit ans, et m’attabler devant un bol de chocolat fumant.
Erreur 503, serveur indisponible.

* * *
Voyage au bout de la nuit, en compagnie de ceux qui ne sont pas devenus fous, et qui le sont quand même un peu. Un voyage parmi les morts, avec l’Ankou pour vous taquiner, pour vous annoncer avec un bout de ruban rouge, ce que certaines espèrent et que d’autres redoutent.
Un voyage seule, avec un Vieux borgne vêtu de bleu moisi et un squelette au grand chapeau qui passe devant la porte le jour où. J’aurais préféré être de celles qui parlent de la Déesse Mère, des tremolos dans la voix que l’on comprends bien volontiers. Qui se seraient souvenu des pétales de cerisiers blancs qui tombaient en pluie sur l’herbe drue et verte, du soleil qui tapait dur pour un début de printemps. Moi je me souviens des lettons qui se soûlaient la gueule dans la maison mitoyenne, de l’odeur du cadavre qui cuit, des clopes grillées en tournant pieds nus dans l’herbe, et de mon envie de massacrer le premier bonhomme qui m’aurait fait un discours sur ce que j’aurais dû ressentir et vivre.
De l’ordre impérieux du Vieux. « C’est maintenant Gamine. Parfois, la Souveraineté consiste à sortir des sentiers battus. Et parfois elle consiste à savoir quand retourner sur la grande route. » Je l’ai écouté. Pour quelqu’un qui voulait servir une Déesse Patronne et tout le tintouin, je n’ai eu ce jour là pour compagnon que l’Ouvrier de la Mort, et Valkjosandi, et ma douleur. Ma putain de douleur.
Je me suis demandée quoi abandonner, quoi abandonner encore puisqu’au cours des presque-trois années précédentes j’avais déjà tout laissé. Se laisser soi-même pour finalement n’avoir en tête que les visions et souvenirs d’un voyage ancien au LSD qui reviennent. l’anter-dro, le chant des femmes. Le passé qui fait irruption dans le présent, séparés seulement par le voile et la corde d’or. Le sang.
Un détachement doré et la seule chose que je penserai en boucle des deux heures qui viendront : « rien n’existe qui ne soit Shiva. » Je ne bosse pas avec le panthéon hindou, je n’ai jamais pigé le pourquoi ou le comment.

Puis la suite. Le stalag. Le flicage. Et la superposition mot pour mot, transcription verbale d’un murmure des Esprits du pourquoi du comment du parce-que. Manquer de répondre « ouais, je sais, les Esprits me l’avaient dit » avant de se raviser, parce que toute vérité n’est pas bonne à dire.

* * *
Août 2014.
Une nuit je rêve de l’Encapuchonné qui me dit que devant moi s’ouvrent trois années de galères indicibles, et qu’il me faudrait aller jusqu’au bout de mes ressources pour ne pas couler. Que si je parviens à tenir alors j’aurai triomphé de mes plus grandes peurs. Il avait à la fois raison et tort. Il n’avait jamais dit que les choses deviendraient plus faciles ensuite, même si je me suis raccrochée à ca. Un vœu pieux, une puérile espérance, mais soit.

* * *
Novembre 2017
Retour en arrière. Plus loin, encore plus loin, quand j’écrivais le chant d’une tour vacillante, retranscrivant patiemment le flot incessant du lieu où je travaillais. La première phrase « Il n’y aura pas d’aube, fit la voix. Et tous les Empires finissent par tomber. »
Il n’y aura pas d’aube, qui sonne comme une dérision terrible quand on vit dans une demi-clarté.
* * *
Ils veulent des Dieux terribles pour mieux les apprivoiser comme des agneaux et dire qu’ils en ont triomphés. Puis gueulent pour dire que si, toutes les expériences se valent que non tout est archétypes, que ouin ouin on est méchant de lever le sourcil et de les rembarrer vers les trips dans leurs têtes quand tout se passe toujours bien.
Non, ne souhaitez pas des Dieux terribles pour faire plus true quand vous vous chiez dessus pour un oui ou un non. Ou alors, je vous souhaite d’être exaucés.

[Odin Project #29] Odin & Freyja

Les nombreuses facettes de Freyja sont parfois dissimulées sous les présentations simplistes de « Déesse de l’amour » qui, si elles ne constituent heureusement pas la majorité des cas, sont néanmoins fréquentes.

Bien plus qu’une déesse d’amour, elle est liée à la guerre, à la mort, au seiðr, à la sexualité, la fertilité, mais aussi, pourrait-on dire, à l’indépendance et à la souveraineté de soi.

Le mari de Freyja, Óðr -dont le nom est basé sur la même racine que celui d’Odin. La question de savoir si Óðr et Odin étaient autrefois un seul et même dieu n’est pas sans faire écho à l’interrogation similaire pour Freyja et Frigg.

En fait, d’une certaine manière, Odin et Freyja ne sont pas sans avoir certains traits communs ou des interactions et en même temps une certaine « opposition » (mais le terme est maladroit).

Les premiers exemples qui viennent en tête concernent la mort, et le fait que les deux se répartissent les guerriers morts, la pratique du Seiðr -on dit que Freyja l’enseigna à Odin- mais plutôt que d’en faire un catalogue maladroit et incomplet (puisque je n’ai pas encore creusé vraiment pour ce qui concerne Freyja), les deux possèdent à la fois une sorte de lien fort / une fonction particuloière au sein de leur groupe (si l’ont peut dire) respectif, et en même temps une espèce de détachement. J’ai abordé plusieurs fois le fait qu’Odin est parfois vu comme le « chef » des Ases, et les paradoxes de cette vision. D’une certaine façon, cela n’est pas sans me rappeler le fait que Freyja est aussi appelée Vanadís, c’est-à-dire la Dís des Vanes : s’il n’y a pas de notion de régulation, il y a l’idée de protection, de veiller sur les siens (ce qui est aussi d’une certaine manière le rôle d’Odin et qui l’oblige à prendre certaines décisions).

Pourtant, l’un comme l’autre sont deux déités indépendantes, l’un voyage, l’autre mène sa vie comme elle l’entend, loin d’un domaine ou d’une maisonnée. Là où Odin apparaît essentiellement comme un dieu « porteur de mort », on peut mettre en miroir la figure de Freyja « porteuse de vie » (le sexe, la fertilité notamment).

C’est évidemment très lacunaire, l’ébauche d’une réflexion plus qu’un réel contenu, mais il y a sûrement des pistes intéressantes à explorer (pareil si on inclu Freyr dans l’équation).

[Odin Project #27] La poésie et la mort

Quand j’ai lu au début de l’année le livre de Gundarsson¹, j’ai trouvé intéressant les nombreux liens que l’auteur établit entre Odin et la mort, et effectivement, il semble qu’on y revient toujours plus où moins. Je tâcherais de le relire quand j’aurai mis de l’ordre dans mes idées concernant un certain nombre de points, et me confronter à d’autres théories avant d’y revenir pour voir si je le trouve toujours aussi pertinent.

Concernant la poésie notamment, de l’origine de l’hydromel (constitué du sang de Kvasir) jusqu’à la fonction poétique. Si la poésie est aujourd’hui considérée disons comme un art lyrique (pas uniquement, la définition de la poésie et sa fonction contemporaine pourrait faire l’objet d’une thèse je pense) la poésie de l’époque à une fonction très factuelle. Elle vise en outre à garder en mémoire les histoires, que ce soit celles des Dieux, des faits ou des hommes. [Fonction là aussi très résumée, je crois avoir vu passer des références précises sur la fonction poétique dans la société scandinave, dans les sagas etc, mais je ne les ai pas lues] Si ma mémoire est bonne, les skaldes sont aussi entretenus pour écrire des vers sur les rois qui les entretiennent. La fonction poétique et la notion de mémoire, de souvenir sont entremêlées (et il est intéressant de rappeler que Mémoire, Munnin, est le nom d’un des corbeaux d’Odin. Même si là aussi, l’exploration peut se faire à plusieurs niveaux).
Se souvenir des morts, chanter leurs exploits ou leurs noms, ériger des pierres runiques est une façon de commémorer leur existence, de continuer à marquer leur présence. Cette importance est marquée à plusieurs reprises, notamment au long du Hávamál.

L’autre jour, j’ai pensé à un truc très bête, un truc master of obvious que je ne me rappelle pas avoir lu [ou alors si je l’ai lu, j’en ai même oublié la lecture, mais ca me paraîtrait bizarre que cela n’ai pas été mentionné. Je chercherai, au moins dans le bouquin de Gundarsson et j’updaterai l’article en conséquence], bref je reviens à nos corbeaux : vu par un prisme moderne, Odin est considéré comme un dieu craintu qui a l’idée cheloue de faire souvent mourir de mort violente ses « chouchous ». A travers nos yeux du XXIe siècle, on peut considérer cela de manières très différentes. Une première explication avancée que l’on peut fréquemment voir, est le lien avec le Valhalla et tout le toutim. Une deuxième [l’hypothèse master of obvious] qui ne contredit d’ailleurs pas la seconde mais s’y ajoute, c’est que s’il est en lien avec la poésie, la mort et la mémoire, que la poésie possède une sorte de fonction « performative » contribuant à perpétuer l’existence d’un mort, qu’une mort violente [entre autres faits] est plus généralement susceptible de donner naissance à des poèmes, des histoires [ou à notre époque on pourrait dire à des articles], alors il n’est pas complètement incongru de souligner ce lien. La mort violente qu’accorde Odin n’est pas spécialement l’acte tordu d’un dieu cruel, mais juste une opportunité pour celui qui meurt de continuer à être honoré par ce biais.

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1 : Wotan, The Road to Valhalla

[Odin Project #26] Playlist pour Odin

Sans titre-1

Desiderii Marginis – Procession
Desiderii MarginisCome Ruine and Rapture
Moon Ate The Dark – Explosion in a Four Heart Chambers
Cantate 147 J.S. Bach – Bereite Dir (Solo) 
Godspeed You Black Emperor – Static
Nargaroth – Herbstleyd
Summoning – Our Foes Shall Die
John Fleagle  –  Death and the Lady
John Fleagle – I Have a Yong Suster
Corvus Corax – Ná lama-sa
System Syn – Blood
Einstürzende Neubauten – Halber Mensch

Par Natacha Ilincic

[Odin Project #25] Faut-il se méfier d’Odin quand on est une femme ? (2/2)

Lire la première partie de l’article.

Tandis que la première partie faisait un rapide tour de la question, cette seconde partie est davantage destinée à répondre à l’interrogation Odin doit-il est considéré comme un dieu « réservé » aux hommes ? (Voir l’autre article pour l’introduction générale).

C’est une question que l’on peut considérer sur un plan plus général : y’a-t-il des déités qui seraient réservés exclusivement à un genre plutôt qu’à un autre ? D’un point de vue historique -et même si cela n’a rien à voir avec les mythes nordiques- le culte de Mithra était exclusivement l’apanage non seulement des hommes, mais d’une certaine catégories d’hommes. Je suppose que si l’on passe en revue différentes mythologies, on pourrait trouver plusieurs exemples mais je ne m’y connais pas assez (cela ne m’avait pas empêché de prier Mithra quand j’étais ado…). A ma connaissance, il n’y a pas de divinités nordiques qui soient réservées à un genre spécifique.

On peut en arriver à se focaliser uniquement sur les déités féminines/aspect féminin, soit en raison de nos différents fonctionnement au niveau de la pratique (déjà abordé plusieurs fois sur ce blog), soit parce qu’on reste sur un mode de fonctionnement lié au genre biologique (la question du genre a été abordé là) : « biologiquement féminin » = c’est avec les déesses et que l’on contribue à propager ce genre d’idée autour de soi, consciemment ou non.

A propos d’Odin 

Pour en revenir aux déités, premièrement, si généralement elles ont un genre physique marqué sur les illustrations ou dans certains textes, ce genre n’est pas forcément fixé, que ce soit physiquement ou autre. Par exemple, dans le cas d’Odin, il se métamorphose en femme (voir Saxo Grammaticus), mais aussi son côté ergi. Que l’on prenne en compte les changements physiques ou pas, il n’en reste pas moins qu’au niveau énergétique, il possède un côté « passif » et un côté « réceptif ». Hors, Odin est très souvent perçu comme un dieu, non seulement de fureur, mais surtout lié à la guerre. Et un amateur de femmes. D’un point de vue analytique, il est relativement facile de schématiser ceci et le contenu de l’article précédent par :

Odin = guerre + sexe (aka Conan le Barbare) = identification facile sous ses aspects là uniquement (le côté ergi et tout le reste, poubelle) par des hommes qui fantasment un modèle « 100% viril » = opposition « parfaite avec l’archétype « 100% féminin » (comme me l’a fait remarquer une amie) ou présenté comme un danger potentiel. Résultat : une jolie dichotomie superficielle qui tronque au passage Odin de toutes ses ambivalences, de l’intelligence et de sa nature compliqué qui en fond un dieu aussi fascinant que complexe.

Spirituellement, si on se cantonne à ce type d’image, il est certain que « la mythologie populaire païenne » va finir par émettre des avis suivant lesquels « une femme ne peut pas vraiment pratiquer avec Odin ».

La question « une femme peut-elle pratiquer avec Odin ? » est en fait absurde. Elle sous entend, entre autres, que l’on pratique avec les dieux pour obtenir obligatoirement quelque chose d’eux, et que les simplifications n’aidant pas, à part se prendre pour Xena la Guerrière, une femme ne peut pas comprendre/ n’a de toutes façons pas « accès » à ce dieu là.
Je me suis aussi demandé, voyant parfois qu’il est réduit à figurer un pépé débonnaire qui vous file un pdf avec les significations des runes et que, bien souvent, dans les pratiques magiques, les femmes se tournent majoritairement vers Freyja, si ce n’était pas une manière de l’éviter, par peur ou pour autre chose. Cela ne veut pas dire que la pratique de la personne n’est pas sincère, mais qu’à force, si on n’y prend pas garde, on finit par contribuer soi-même à l’enracinement de ce mythe du « Odin est pour les hommes » ou du moins qu’en tant que femme, on ne peut avoir qu’un accès limité, si on n’y prend pas garde.

Certains auteurs, dont Paxson, disent qu’au contraire, les femmes arrivent mieux à percevoir et à supporter certains aspects d’Odin que les « macho », justement en raison de notre nature réceptive. J’étais relativement d’accord avec elle, et je le suis toujours d’une certaine manière mais de façon plus nuancée : je ne vois pas trop la pertinence qu’il y a à vouloir absolument décortiquer tout ca de manière stricte au lieu de considérer l’énergie, le rayonnement d’une déité dans son ensemble. Ce n’est pas tant « penser moins, sentir plus », c’est plus « apprendre à penser en dehors de la boîte ». On met des calques, avec des étiquettes, des noms, une certaines rigidité, quand il faudrait plus de souplesse, d’adaptation, sans tout penser en mode binaire passif / réceptif, masculin / féminin. D’une certaine manière, cela me rappelle les conseils que donne Jan Fries à propos de la pratique du Seidr dans Helrunar, et le coup des « hanches bloqués » et de la nécessité de se laisser aller, de débloquer tout cela si on veut pouvoir bouillonner.

[Odin Project #24] Faut-il se méfier d’Odin quand on est une femme ? (1/2)

Pardon pour l’image -avec Loki-, mais d’une certaine manière, « c’est pas faux » comme dirait l’autre.

Au début de cette année, en arpentant quelques liens internet, j’étais tombée sur la réaction d’une blogueuse [anglophone] par rapport à des interactions qu’elle avait eu sur FB avec d’autres personnes et qui l’avaient passablement énervée. Ces réactions étaient de plusieurs natures et concernaient un vaste panel de sujets dont j’ai oublié la teneur, à l’exception de celui-là disant  que, Odin était un dieu pour les hommes, et qu’en tant que femmes, il était préférable de se tenir à l’écart de lui, et que de toutes façons, en tant que femme, « l’accès » (si je puis dire) à ce dieu n’était pas franchement possible.

J’aime bien les arguments simplistes ET péremptoires à propos de sujets difficilement démontrables par A + B, surtout quand ils se basent sur le sexe biologique. C’est pas comme si la notion de genre n’était pas un sujet complexe, ou comme si la théorie jungienne de l’anima et de l’animus n’existait pas. Meuuuh non.

D’après tout ce que j’ai pu lire, Odin, il est vrai, se trimbale la réputation d’être fourbe et peu fiable, et je l’ai rapidement abordé précédemment. Après, manifeste-t-il un comportement différent avec les hommes et avec les femmes ?
On ressort généralement pour étayer la thèse du « oui il est plus fourbe avec les femmes », deux extraits du Hávamál (Pour les sources utilisées, voir la bibliographie générale) : dans la strophe 108, il est dit qu’Odin a prêté serment sur l’anneau [donc un serment officiel, etc, le truc balèze, je crois bien me souvenir que Aðalsteinsson en parle quand il aborde le chapitre sur la fonction du Goði au Xe siècle, mais là pardon je suis dans mon plumard, il est tard et c’est pas le sujet principal.] et que personne ne peut se fier à lui étant donné qu’il a rompu son serment et laissé Gunnlöd en larmes.
Il exhorte les hommes à se méfier des femmes dont les intentions sont fausses, avant de poursuivre par quelques conseils pour les amoureux. Après quoi il raconte sa mésaventure avec Rind (la version donnée par ce texte est différente de celle donnée par Saxo Grammaticus) en des termes assez claires : il s’est fait berné et il n’en est manifestement pas ravi. En ce qui concerne l’histoire de Rind, la version de Saxo Grammaticus est pire, puisque usant de certains stratagèmes, il la viole. (Avoir des relations sexuelles avec une personne sans son consentement, c’est un viol. C’était le rappel pédagogique du jour, et les auteurs sont étonnamment peu nombreux à écrire ce mot.)
Ailleurs que dans les Dits du Très-Haut, il y a une saga -je crois que c’est une saga- avec un  entrefilet où, pour résumer, une femme demande à Odin de l’aide et il promet de favoriser un des mecs en question, mais en échange, il demande à la femme « ce qui se trouve entre sa robe et elle-même ». La femme comprend pas trop pourquoi il voudrait sa chainse et se demande pourquoi il veut la voir nue, mais elle accepte. En fait, il s’avère qu’elle est enceinte, qu’elle l’ignore, et que c’est précisément ce qui intéresse Odin. (Je l’ai lu dans la partie sur Odin dans Our Troth, vol. 1)

Pour en revenir l’histoire de Günnlod, on ne sait pas pourquoi il brise ce serment (ou alors j’avoue que je ne m’en souviens plus), mais toujours est-il qu’une partie de tout cela reste flou et qu’il ne semble pas particulièrement fier de partager ce souvenir, bien au contraire. Il ne dit pas du mal d’elle, et si on continue, il dit que certes, il faut se méfier des femmes dont les intentions sont fausses (en substance) mais il n’en exhorte pas moins les femmes à se méfier des hommes. Pareil en ce qui concerne les strophes à l’intention des amants. Les Dits du Très-Haut ne sont pas des textes dogmatiques, gnomiques certainement, mais le but est moins de dire aux gens « faites comme ça parce que » que « voilà deux ou trois trucs pas trop cons que j’ai appris, et à l’occasion, ca peut vous être utile ». Le tout entrecoupé d’anecdotes « personnelles » (puisqu’au niveau mythologique, on lui attribue en quelque sorte la parenté de l’oeuvre) dans lesquelles il ne figure pas toujours à sous son meilleur jour. Il se retrouve même un peu couillon dans l’épisode de Rind, tout de même. Et quand il raconte cette partie, je ne vois pas vraiment de généralisation : il dit qu’une femme peut berner un homme, et c’est factuel. Oui, c’est une possibilité, pas une obligation. Quand à l’histoire de la nana dont il réclame le nouveau-né, je ne vois pas trop pourquoi on devrait considérer que c’est spécialement dirigé contre les femmes. Des mecs, il en réclame plein et personne ne s’en émeut. Parce que c’est un bébé ? Ouais, bon… non, je ne vois pas la différence. C’est surtout le mouflet -de sexe masculin- qui devrait râler, pas la nana. Ou fallait pas demander à Odin quoi. Il favorise un type, il en prend un autre, donnant-donnant, gebo…

Je me suis demandée si les nombreuses conquêtes sexuelles d’Odin n’étaient pas aussi à l’origine de ce point de vue. Une sorte de relation de cause à effet entre le nombre de femmes qu’il a eu dans ses bras (je pourrais être plus vulgaire mais j’ai pas envie) et le degré de confiance qu’une femme peut lui accorder : l’un étant aussi bas que le premier est haut. Je ne pourrais pas dire avec  certitude si ce genre de réflexion est à l’origine du « les femmes ne devraient pas faire confiance à Odin », mais si tel est le cas -et pour les besoins de l’article, nous ferons comme si- alors il y a deux points importants :

* merci d’arrêter les énièmes diffusions de Sex & The City et toutes les séries à la con dans le même genre. Merci aussi d’aller delete les fichiers temporaires entre la lecture des Eddas et « Les hommes viennent de mars… »
* Prendre du recul et arrêter de considérer que les paradigmes de la société moderne sont les mêmes que ceux 1/ de l’époque où on été rédigés les Eddas 2/des époques encore antérieures dont un certains nombre de détails / coutumes etc qui sont probablement mélangés aux Eddas comme un palimpseste difficilement déchiffrable. (d’où ma précision plus haut à propos de la présentation et du vocabulaire utilisé pour parler de l’histoire de Rind).

J’ai l’impression qu’il y a dans cet angle de vue une drôle de manière de voir les choses : un Dieu n’est pas votre pote ou un petit ami potentiel en chair et en os. Ce n’est pas non plus un personnage de séries télévisées. En plus, à cette confusion des « calques » (calque humain / non humains) j’ai la sensation qu’avec ce genre de déclarations / raccourcis, c’est la peur du sexe que l’on brandit, en mélangeant les implicites sociaux et la spiritualité/religion/dévotion.

Odin a un côté prédateur. Oui. Un côté sexuel, oui, et pas qu’un peu. Un côté prédateur sexuel ? Oui, aussi, il faut le dire. Est-ce qu’il faut par défaut  le craindre / s’en méfier parce que on est une femme ? Non.
Pourquoi il faudrait le craindre parce que l’on est une femme ? Mmmh. En fait, ca a aussi des relents de Christianisme ou/et de puritanisme mal digéré, où la femme doit craindre le seigneur parce qu’elle est ci ou mi.

Je ne pense absolument pas qu’il soit plus doux avec les femmes qu’avec les hommes, même si du côté de mes connaissances masculines, j’ai parfois pu avoir des échos de cette impression (merci à vous 😉 ). Je pense qu’il a peut-être différentes manières ou types d’agissement, et ce pour différentes raisons, et encore, mais rien ne permet de considérer que, intrinsèquement, il y a une différence mesurable en terme « brut ».

http://www.pitt.edu/~dash/havamal.html

[Odin Project #22] Une énigme parmi d’autres

Photo © Yuliya

Un des heiti d’Odin est Gizur : suivant les traductions que j’ai pu trouver, cela signifie « celui qui pose les énigmes » ou « celui qui devine ». Si on regarde la composition du nom formé de giss et svar (en tout cas d’après ce site), c’est « celui qui devine ». Je serais bien en peine de pouvoir donner un avis pertinent, là, maintenant, tout de suite (je ne suis pas linguiste).

En tout cas, ce nom est intimement connecté aux énigmes, et on a vu à plusieurs reprises qu’Odin est relativement doué, en tout cas quand il s’agit de les poser (cf. Les énigmes de Gestumblindi).
Il y a quelques années, pendant un voyage à Oxford, j’ai trouvé un livre de poésie anglo-saxonne¹ dans lequel figure entre autres des énigmes traduites du vieil anglais [après recherches, il s’avère qu’elles sont tirées du Livre d’Exeter. D’ailleurs, il semblerait que ce livre contienne quelques énigmes concernant les runes, à voir]. D’après l’auteur du livre, bon nombres de poètes auraient développés leurs propres énigmes et celles qui figurent dans ce recueil « comportent des traces de ce qu’était le folklore anglais avant l’arrivée de Guillaume le Conquérant » [je ne m’y connais pas assez pour pouvoir en dire davantage sur la question].

Parmi ces énigmes, l’une d’elle m’a fait tiquer récemment quand je cherchais complètement autre chose.

A creature came where many men, wise in mind, were sitting in the meeting-place ; it had one eye and two ears and two feet, twelve hundreds heads, back and belly, and two hands, arms, and shoulders, one neck and two side. Say what is my name

Vint une créature, là où beaucoup d’hommes, sages d’esprit, se tenaient en un lieu de rencontre ; elle avait un œil, et deux oreilles, et deux pieds, douze-cent tête, dos, et ventres. Et deux mains, deux bras, deux épaules. Un cou et deux côtés. Quel est son nom ? 

[La traduction de Paul F. Baum est quelque peu différente]

Le titre de l’énigme (et sa réponse) est : One-eyes seller of garlic or onions / Le vendeur borgne d’ails et d’oignons (puisque les mises à jour des dico de langue française tendent à indiquer que cette orthographe est aujourd’hui préférable)

En lisant l’énigme, cela n’a pas été sans m’évoquer Odin, de manière un peu tarabiscotée, bien sûr, mais, entre le fait qu’il fasse l’objet d’une énigme, le côté borgne, le lien avec l’ail, les, je cite « éléments du folklore anglo-saxon »…  Odin est aussi parfois mentionné comme un dieu en lien avec le commerce, même si je suis un peu plus réservée sur cette interprétation.
Stephen  Pollington² indique que le mot anglais moderne « garlic » provient directement de « gar » qui signifie lance. Du coup je suppose que c’est une des raisons qui fait que, souvent, on retrouve l’ail parmi les végétaux associés à Odin. (Pertinent, je sais pas, mais c’est une anecdote marrante.)

1 : Anglo-saxon poetry, selected & translated by R. K. Gordon, 1957
2 : Dans Leechcraft

[Odin Project #20] Un dieu solitaire ?

Fritz Hegenbart

Je me souviens précisément du moment où, en voyage sur l’île de Samsø avec le Loup, nous avons eu cette conversation, autour de pizzas et de bières dans une échoppe de Nordby, après avoir parcouru le labyrinthe. On discutait de mythologie nordique -comme souvent entre nous- et au fur et à mesure de la conversation, je me suis retrouvée à penser qu’Odin était finalement un dieu bien solitaire.

J’aurais sans doute un peu de mal à restituer le cheminement exacte de ma pensée -la bière n’était pas terrible, mais on s’était levés à l’aube pour prendre le ferry. Ouh, les vilaines excuses- mais je vais essayer. Je pensais aux déplacements que font Loki et Thor, qui voyagent ensembles plusieurs fois notamment pour aller récupérer le marteau de ce dernier -dans le Chant de Thrym- ou pour aller chez Útgarða-Loki. Aux façons dont sont présentées, introduites toutes ces déités. A leur entourage. Pour au final en venir à la conclusion, entre deux gorgées de bières et quelques gouttes de pluie, que Le Vieux avait surtout l’air d’être seul. Même s’il effectue quelques déplacements accompagné -comme dans le Reginsmál– la plupart du temps, il est seul, avec un but précis. Il se retrouve à se trimbaler partout, en mission. La plupart du temps, ses voyages ne sont pas une sinécure : il certes récupérer l’hydromel -et occupe trois nuits de manière fort agréable avec Gunnlöd- mais il risque sa peau quand même. Et au passage, il y aurait pas mal à dire sur cette histoire avec Gunnlöd, mais bref, passons pour cette fois. Il va faire son battle d’énigmes avec Vafþrúðnir, seul, et là aussi, il risque sa peau. Vous me direz, il n’est pas obligé d’y aller. Peut-être, peut-être pas, après tout.

Il n’est pas présenté comme spécialement proche des autres déités : on le voit parfois interagir avec Frigg, mais leur relation est présentée comme plus ou moins conflictuelle, suivant ce que j’ai pu lire (plus vraiment la source en tête). Thor est son fils, mais -si je ne dis pas de bêtises hein, comme toujours- le seul moment où on les voit tous les deux, le Vieux est déguisé, et Thor et lui se querellent. Lui et le mari de Freyja, Óðr, sont parfois rapprochés ou même considéré comme étant la même déité, mais Óðr disparaît de toutes façons peu de temps après le mariage.
Finalement, à part Sága (on dit qu’ils boivent ensembles et partagent des histoires) et Loki -qu’elles soient conflictuelles ou non-, je n’ai pas l’impression qu’il est fait mention d’interactions fréquentes avec les autres.
Alors, oui, oui, Hermód voyage bien tout seul vers Helheim pour présenter une requête à Hel, oui, les autres vaquent aussi à leurs occupations, mais si on considère qu’il est souvent présenté comme « le chef » des Ases, il est bigrement distant : parce que justement il est le chef ? Parce qu’il se trouve dans l’obligation d’accomplir un certain nombre de tâches ? Parce qu’il a accès un certain nombre de connaissances qui l’éloigne des autres ? Parce qu’il possède aussi très lié à la mort ? (Les autres déités qui sont rattachées explicitement à la mort me paraissent aussi, isolée / indépendante, bref, évoluant en marge des autres). Un peu de tout cela ?

Même dans les réactions / perceptions des gens, disons que parmi les Ases, j’ai l’impression qu’il n’y a que Loki qui suscite autant d’ambivalence / méfiance / passion, etc. Les gens sont rarement neutres à leur sujet. (Oui j’inclue Loki dedans, rapport à la Gylfaginning, « toussa » comme dirait l’autre. Après, c’est un sujet dont il est sans doute possible de débattre des heures).

Je n’ai pas de réponses précises, et d’une certaine manière ce n’est sans doute pas très important, juste des vagabondages d’esprits sur une petite île danoise, par un jour ni beau ni laid d’un mois d’août qui aurait pu être comme un autre.