Rétrospective sur le travail avec Frigg (Mois pour Frigg)

Auteur inconnu

Il y a des déités, au hasard Loki et Odin, qui sont du genre très actives, le type qui se pointe dans la vie des gens de manière impromptue et qui vous traînent rapidement vers certains objectifs. Ils sont du genre assez explicites quand ils s’y mettent.
Il y en a d’autres, comme Frigg, qui arrivent discrètement, tellement discrètement que vous vous demandez comment faire avec eux. Frigg n’est pas très explicite. Elle ne vous demande pas de grande chose. En fait, au début, elle vous regarde vous débrouiller sans rien dire, avec un sourire en coin qui me fait irrésistiblement penser à Mme B., ma prof de français au collège. Elle vous connaît, elle vous observe, elle sait pourquoi vous tournez en rond avec cet air de carpe koï noyée dans une mare, elle sait aussi ce que vont engendrer vos tentatives, et elle connaît la signification de certaines choses auxquelles vous ne pensez pas. Mais elle ne dit rien. Elle reste là et elle vous laisse la possibilité de démarrer consciemment quelque chose ou de le refuser. Contrairement à notre duo-mortel qui débaroule et qui se fout royalement de votre consentement -au moins au début, j’ai eu l’occasion de constater que souvent, après vous avoir bien fait passé par les montagnes russes, ils vous laissent le choix. Quel choix avez-vous envie de faire, c’est une autre histoire…- Frigg attend que vous vous bougiez les fesses et dites « oui » ou « non », plutôt cohérent avec son aspect mainstream j’ai envie de dire.

Elle vous regarde, avec vos préjugés, vos galères, vos remugles, vos difficultés et votre bonne volonté enfantine. Elle ne débarque pas avec le mode d’emploi « tu vois je suis comme ça. Ca maintenant c’est terminé et tu es prié(e) de faire ça. » Non. Par contre vous pouvez vous retrouver assez brusquement à shapeshifter en Bree Van de Kamp.

L’importance du foyer propre et clean, de l’ordre.
L’extension du microcosme intérieur au macrocosme visible, à l’environnement immédiat. Il n’y a pas de réelle dichotomie entre le spirituel et le matériel. C’est souvent nous qui en mettons une, par réaction ou parce que nous continuons à aller dans le sens de ce que l’on fantasme ou de ce que l’on nous a appris. Pas plus que les déités n’aient réellement des petites cases bien définies avec des fonctions claires et distinctes. Oui, elles ont souvent une fonction principale, mais on peut retrouver cette fonction chez d’autres, et inversement. Ce n’est pas un coloriage de vitrail avec « prière de ne pas dépasser », c’est plutôt un kaléidoscope.
Je me demande si ce n’est pas pour nous rassurer que nous tentons de les englober dans une définition précise, parce que nous sommes incapables de les saisir dans leurs globalités.
On devrait être reconnaissant de ne pas être seul à prier une déité. Ce n’est pas un hasard si certaines déités « fortes » ont pas mal de suivants, ce n’est pas -uniquement- la fascination qu’elles exercent ou leurs attributs, ou une question de classe. C’est une question de répartition des charges. On n’est jamais que des humains, certes, sympa, pas trop cons, etc, mais même dans leurs « bons » côtés, les dieux sont terrassant, écrasant. On parle beaucoup des dangers du « horsing » parce que ci, ca, gna gna gna. Mais leurs énergies pures et simples peuvent nous disloquer, nous briser. En tout cas nous faire violemment réaliser que si on comprend 0,1% de la déité, c’est déjà très bien. Et pour rappel, l’amour est surtout redoutable et flippant. Dixit la personne qui a dit « X. a un amour abomiffreux » au lieu « X. a un humour abomiffreux ». Bref.

Pour établir un parallèle avec la Photographie, le Foyer constitue la focale du travail. Si la focale n’est pas bien réglée, vous ne pouvez pas faire de taf correct. Après avoir maîtrisé à la perfection, après avoir intégré les bases, les règles, les différentes étapes, vous pourrez vous en éloigner. Sinon, c’est juste du patouillage brouillon au petit bonheur la chance.
Le Foyer est le centre, après vous pouvez remonter les fils, un après après l’autre. Fils qui s’avèrent très vite connectés entre eux. Et là, tiens, la déesse du Foyer devient plus complexe, et sans parler de leurs rapports entre eux.

Frigg comme déesse de cohésion et du lien social ?
Oh oui. Je me suis fait assez tirer l’oreille et réprimander pour mon comportement, avec, une fois ces histoires de discipline et de ménage posées, pas mal de consignes sur ce que j’avais intérêt à faire. Elle ne file pas de modus operandi, elle vous laisser vous creuser les méninges, mais les vieilles habitudes et les schémas de pensées moisies, on vous les étiquette rapidement comme « à jeter ».
Marrant, mais elle a beau rester en retrait, je la soupçonne très fortement d’être « celle qui ouvre la porte ». Quelque chose comme « bon, ca va, tu as compris les bases, maintenant, on va te faire comprendre les choses de manière globale. Et si je t’entend dire un seul gros mot, je te lave la bouche au savon. C’est ma parentèle, c’est moi qui décide, et tu as intérêt à apprendre les bonnes manières, espèce de fille de ferme mal dégrossie. » Très sincèrement, quand elle est comme ça, même le Vieux ne la ramène pas, non, il préfère fumer sa pipe peinard au coin du feu et vous regarder genre « ah moi j’y suis pour rien, tu te démerdes gamine, c’est pas mes oignons. »

Auteur inconnu

Frigg, Mère-de-Tout
Ces histoires de Frigg comme « Mère-de-Tout » que l’on pose souvent en miroir de l’aspect Père-de-Tout chez le Vieux, je le vois pas relié directement à ces histoires de maison/foyer/bébés/maternité/maman. Frigg est plus subtile, parce que les quelques déesses-mères que j’ai pu croiser, je les trouve plutôt étouffantes et totalitaires, prompts à vous faire subir un lavage de cerveau. Je comprend pas pourquoi on fait toujours de ces déesses des figures sympas, cool et gentilles, alors que sincèrement, elles ont un côté monstrueux qui ferait presque passer Fenrir pour un gros loup en peluche.
C’est davantage lié au côté « régulation des liens sociaux » : commencer à bosser avec Frigg, c’est un peu se retrouver obligé d’avoir une vision plus nuancée et de considérer les déités de la mythologie nordique (au moins pour les Ases) dans leur ensemble. Vous ne pouvez plus dire « bon, alors toi je t’aime pas, donc je te laisse de côté, je ferai semblant de pas te voir. » parce qu’alors vous vous allez vous retrouver avec le goudron et les plumes. Ou des ennuis juste dans le champ d’attribution principal de la déité en question, juste pour que vous puissiez avoir l’opportunité de réfléchir et d’être moins psychorigide. Vous suivez ou vous ne suivez pas. Mais ouais, vous ne pouvez pas faire le tri en disant « celui ca va, celui là je veux pas. » C’est à prendre ou à laisser.
On peut le voir comme de la coercition, mais cela n’en est pas. C’est même très cohérent si l’on considère les notions d’iinnangard et d’utangard. Vous êtes dedans, ou vous êtes dehors, il n’y a pas de milieu confortable. Ceux qui ont la voix de Cersei Lannister dans la tête ont gagné : Frigg est une reine. Et je peux vous dire qu’une reine qui ne dit rien signifie beaucoup de choses, mais pas forcément qu’elle ne soit ni dangereuse ni puissante. Ne pas oublier que la Maîtresse du Foyer est celle qui détient les clés.

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Frigg et Dame Holle (Mois pour Frigg)

Issue du folklore germanique,on retrouve la trace de Dame Holle dans le conte éponyme des frères Grimm.

Elle possède un certain nombre de caractéristiques qui peuvent faire penser à Hel, Perchta ou même à la Cailleach. J’en avais déjà parlé il y a deux ans en ce qui concerne les parallèles avec Hel et la Cailleach, je voudrais maintenant faire un lien sommaire entre Dame Holle et Frigg par le biais du contenu du conte plutôt que faire une compilation d’articles existants ici et là.

Je ne raconterai pas le conte en détails, mais voici un certain nombre d’éléments clés qui me semblent parlant pour mettre en regard ces deux déesses.

La fillette
La marâtre / la vieille
Le filage
Le sang
Le puits / la traversée du puits / la noyade
Les tâches ménagères
La neige / les plumes
L’épine

Catrin Welz-Stein – Frau Holle

Premièrement, la cellule familiale telle qu’elle est présentée : une fillette aux prises avec sa marâtre, accablée par cette dernière suite à la mort de sa mère. On a là une filiation uniquement féminine, le père est absent du récit. Le personnage de Dame Holle est à mettre en part, à la fois parce qu’elle semble à première vue génétiquement à part et extérieure au premier cercle constitué de la marâtre / la fillette / l’autre fillette, fille de sang.
Elle semble néanmoins être accessible par une série de processus lié au sang : la première fille saigne en filant, la seconde saigne aussi en se blessant sur une épine.
Les images que ces deux processus similaires comportent sont extrêmement intéressantes. De part la présence du sang et du fil imprégné de celui-ci (en raison d’un travail acharné dans le premier cas, d’une tricherie dans le second), je ne peux m’empêcher de voir dans la figure de cette Dame Holle une résurgence des Disir, ces figures féminines veillant sur une lignée : on peut y lire presque photographiquement le fait de remonter le fil de son sang, le fil de son wyrd, de sa lignée.

Frigg, comme on l’a vu au cours de certains articles précédents, est une déesse du foyer, pas uniquement aux sens tâches ménagères, mais aussi au sens de protection, de lignée (Frigg comme possible Dise des Ases, comme Freya, Dise des Vanes). Lien filage / wyrd / sang / lignée / Frigg (déjà abordé, je ne reviens pas dessus).

Par rapport à l’épine sur laquelle se blesse l’autre fillette, je ne peux m’empêcher de penser à Brunhilde, à la rune Thurisaz, aux épines noires et blanches, gardiennes de la haie (pour la petite anecdote, l’épine noire a effectivement tendance à demander un paiement avec du sang, à plus forte raisons pour certains travaux / passages), mais aussi à ce qui nous attend si on tente de grugger les esprits.

Le puits dans lequel sombre la bobine est une porte évidente vers l’autre-monde. Plus que l’aspect mort/résurrection, j’y vois davantage le fait d’ouvrir les portes, de traverser le passage, de franchir la haie vers le monde des esprits. Processus de transe, mais aussi de descente dans le monde d’en bas, à la rencontre de ses ancêtres.

Toujours dans la thématique du voyage vers l’Autre-Monde, en me rappelant ma lecture d’hier et la mention faite par Britt-Mari Näsström de la présence des noms de Freyja et Frigg dans un charme destiné à guérir les chevaux, je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle sans doute hasardeux puisque les branches germaniques et nordiques ne peuvent être prises d’un seul bloc mais sont à distinguer. Je pense ici notamment à certains aspects de la magie scandinave et au bâton de Nid, une tête de cheval fiché sur une pique, à Sleipnir, le coursier d’Odin… bref à la figure du cheval comme moyen de transport physique et rituel/magique. Le fait que Frigg soit cité, avec Freyja fait que je m’interroge par rapport à un possible lien : Cheval / Frigg / Freyja / Seiðr / Voyage dans l’Autre-Monde / Descente dans le puit / Protection pour ce type de travaux ?

Je ne m’attarderais pas non plus sur la symbolique des tâches ménagères d’un point de vue global, obvious aussi : gestion de la maisonnée, position de la maîtresse de maison, etc.
On peut aussi lire dans le rapport « tu as bien fait ton travail, je te récompense » la continuité d’un rapport donnant-donnant, de la notion d’hospitalité (dans le Hávamál, il est également mentionné l’importance d’être un bon invité, de respecter les règles, bref, de ne pas se comporter comme un malotru.)

Sur la symbolique de l’arbre en général et du pommier en particulier : Frigg est une déesse de fertilité/sexualité, même si cette symbolique est curieusement souvent laissée de côté. (D’ailleurs une pensée éclair : la fertilité physique sous-entend puberté et relation sexuelle. Le fait de saigner peut faire également penser aux premières règles. Le fait de se piquer sur une épine renverrait-elle ici à une métaphore sexuelle évidente : Frigg déesse des liens du mariage à mettre en parallèle avec Dame Holle –qui reçoit les deux fillettes de la même manière : s’il y a eu « tricherie » de la part de la seconde, ce n’est pas pour cela qu’elle est punit, c’est parce qu’elle n’a pas fait son travail.)
Dans la saga des Volsung Frigg offre une pomme à un couple royal qui n’a pas eu d’enfant, et la femme mettra par la suite au monde un fils.

La neige que la fillette est chargée de faire tomber n’est pas sans me rappeler la Chasse Sauvage ou les esprits liés à cette période de l’année, mais aussi à la nuit des Mères. Les dates de la Chasse Sauvage varient suivant les régions, et elles coïncident parfois avec la période de la Nuit des Mères. De mémoire dans Witchcraft Medecine, il est mentionné quand dans le folklore germanique, Dame Holle mène la Chasse Sauvage et que son consort est Wotan. No comment.
Le lien plumes / flocons me fait penser, outre au manteau en plumes de faucon que Frigg possède, mais aussi, du coup, à la métamorphose et au fait de voyager dans le monde des esprits ou parmi les esprits.
Autre analyse probablement tordue et erronée mais tant pis, le lien entre l’édredon et la pratique de l’utiseta, un peu semblable au parallèle avec le cheval fait plus haut.
De manière plus généraliste, le lien entre le lit comme objet de magie et corrélé à Frigg.

A la fin, Dame Holle contrôle l’ouvrage : Frigg en tant que dirigeante de la maisonnée est la figure qui régule, vérifie, check les stocks, s’assure que tout fonctionne correctement. Pas par maniaquerie particulière, mais parce que c’était une question de vie ou de mort. Autant en ce qui concernait les réserves de nourritures, de semences que concernant le filage du lin, qui a joué un rôle primordial dans l’économie et l’expansion des vikings. En contrôlant l’ouvrage et en s’assurant qu’elle soit apte à le faire correctement et sans renâcler, on pourrait dire que Dame Holle vérifie en réalité que la fillette soit capable de survivre, et avec elle toute la lignée.
Il y a une double initiation ici : celle de l’aptitude à fonder son foyer, mais aussi de voyager à travers le monde, d’en connaître, de transmettre et de garder vivant l’esprit de la lignée. Mise en perspective intéressante si on regarde du côté de la Scandinavie ancienne au sein de laquelle les relations avec les êtres de l’Autre-Monde faisaient partie intégrante de la vie quotidienne. On pourrait également ajouter une autre supposition : celle de la magie de Frigg, tellement intégrée à la vie quotidienne qu’elle en est devenue pour ainsi dire invisible, absorbée dans les coutumes et les habitudes familiales diverses. Invisibles, mais toujours vivantes, parce que passées dans l’inconscient collectif.

Dame Holle est présentée sous un jour globalement bienveillant, mais en fait elle est neutre. Ce qui est en fait une figure essentiellement bénévolente, c’est parce que nous la voyons par le prisme de la première fillette. Frigg est un peu comme cela : on la présente généralement comme coolos et gentille, mais au niveau « pratique », si vous ne faites pas le travail correctement ou si vous glandez, vous pouvez manger une baffe bien concrète, garanti sur facture.


Sources : Contes pour les enfants et la maison, Les frères Grimm, José Corti. Page 155. Les notes additionnelles mentionnent que ce conte fût raconté à Wilhem Grimm le 13 octobre 1811 par sa future femme, Henriette Dorotha Wild (je trouve ca assez énorme :p )

Frigg et Freyja, une seule et même déesse ? (Mois pour Frigg)

Frigg, par Marikobard

Si Frigg et Freyja sont présentées comme deux déesses distinctes, elles présentent un certain nombre de points communs qui ont conduits certains spécialistes à se demander si elles n’étaient pas, à l’origine, une seule et même déesses.
Je vous propose de faire le point rapidement sur ce qu’en disent certains spécialistes et ensuite ce que j’en pense (ou pas, si vous vous en foutez, j’en ferai pas une jaunisse.)

Ce qu’en disent les spécialistes (bref aperçu)

1. Jan Fries

Dans Helrunar, Jan Fries reprend cette théorie et explique notamment que chez les Anglo-saxons (?) et les Lombards, c’était Freyja qui était l’épouse d’Odin, mais sa sexualité très active la rendait inacceptable pour un pays très prude comme l’Islande -pays dans lequel la poésie amoureuse était par exemple interdite. Parallèle intéressant, je crois que c’est Régis Boyer dans sa traduction des Eddas poétiques qui relie Freyja et ce type de poésie. Pour cette raison, on introduisit Frigg (ou on peut la voir comme une version « chaste » de Freyja, mais je ne suis personnellement pas très fan de cette interprétation, nous verrons pourquoi.)

2. Hilda Ellis Davidson 

Dans Gods and Myths of Northern Europe, elle ne doute pas que Frigg et Freyja soient très fortement connectées. Elle se base notamment sur l’aspect maternel et protecteur de ces deux déesses, qui étaient appelées notamment dans un cadre de fertilité/protection lors de l’accouchement/protection des nouveaux-nés. Cet aspect de Frigg est relié aux fonctions originelles des Vanes. Leurs champs d’interventions pourraient signifier qu’elles sont les deux aspects d’une même déesse, et elle fait ensuite un parallèle avec l’existence de certaines triades comme Asherah, Astarté et Artémis. (Elle inclue à titre d’exemple Skadi comme possible « troisième figure » d’une triade nordique).

3. Britt-Mari Näsström 

Elle pointe également un certain nombre de similitudes entre ces deux déesses, et met en avant le fait que même Sturluson semble parfois faire des confusions entre les deux (je ne détaillerai pas), même si, fidèle aux tendances de son temps, il tend à rattacher Frigg à Junon et Freyja à Vénus. Les deux déesses sont liées aux question de fertilité, ce qui les relient, l’une et l’autre à une sexualité active. Dans la Lokasenna, les deux sont d’ailleurs accusées d’infidélité et/ou d’être licencieuses. Deux autres parallèles : la parenté de Frigg, « fille de Fjörgyn ». Fjörgynn, avec deux -n serait un nom masculin. Si on se base sur la dualité/union Njörd-Nerthus pour Freyja et Fjörgyn (Jörd)- Fjörgynn pour Frigg, on les rattache toutes les deux au même type de parentèle. L’autre parallèle concerne un sort pour guérir les chevaux, qui fait appelle à Frigg et à Freyja. Dernier point (bonus) : les deux possèdent une peau de faucon, même si contrairement à Freyja, on ne voit jamais Frigg s’en servir.

4. Kvedulf Gundarsson

Contrairement aux auteurs ci-dessus, Gundarsson (dans Teutonic Religion) établit clairement la distinction entre Freyja et Frigg ,et explique qu’un lien entre les deux semble hautement improbable, étant données leurs comportements respectifs au niveau sexuel. Le lien entre la mort et Freyja ne se retrouve pour lui pas chez Frigg. Le lien entre Freyja et Odin est relativisé, s’appuyant sur la liberté sexuelle dont fait preuve Freyja, signe d’une union qui, si elle existe, est beaucoup moins socialisée qu’entre Odin et Frigg. Il fait la distinction entre les panthéons germaniques et nordiques, précisant que chez certains peuples germaniques, il était possible d’avoir plus d’une seule femme et précise que seule Frigg donne explicitement des conseils au Vieux et partage avec lui la possibilité de pouvoir s’asseoir sur Hlidhskálf.

Ce que j’en pense

Freyja par Darkliminality

En fait, pas grand chose. Etant donné la complexité et les différentes évolutions des déités dans les grandes branches germaniques et nordiques, un certain manque de sources primaires (à part Sturluson et Saxo Grammaticus -dont les histoires sont parfois très différentes des Eddas, comme par exemple avec Balder- il n’y a semble t-il pas grand chose), le mixage de toutes ces sources qui sont parfois mises sur le même plan dans certaines analyses, je pense que l’on ne peut rien affirmer.
Freyja et Frigg étaient-elle une seule et même déesses ? C’est possible, ou deux déesses issues de la même parentèle et aux fonctions similaires qui ont finit par se confondre, chacune étant plus ou moins présente dans certaines aires géographiques en fonctions des sensibilités communes, avant que la tradition ne soit couchée par écrit ? Très possible aussi.

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le raccourci de Jan Fries, notamment parce que si ma mémoire est bonne, il y a un certain nombre d’endroits en Suède/Danemark (?) qui seraient nommés d’après son nom, et la toponymie serait un indicateur relativement fiable de la popularité d’une déité. Si elle avait été uniquement un aspect « lissé » de Freyja, je ne pense pas qu’on aurait retrouvé sa présence sur le continent. Il serait intéressant de regarder attentivement le folklore et les légendes typiquement islandaises et de gratter un peu. D’autant que qualifier une société de « prude » dix siècles plus tard, quand les sources écrites sont chrétiennes, bon, c’est à prendre avec précaution. Si cela se trouve, c’est exactement l’inverse : pourquoi avoir interdit la poésie amoureuse si la société était si prude que ca ? D’autant que « la société » sans distinction entre les différents milieux, c’est un peu casse-gueule. Enfin, je trouve. Dans la série des parallèles marrants, bon Freyja est connectée aux chats, etc. Je ne sais plus où j’ai lu que lors d’un mariage, on offrait aux jeunes mariés des chatons, comme signe de fertilité et de bonheur.

Toujours de mémoire, je crois que c’est dans le bouquin de Jean Renaud que ce dernier explique qu’Odin était surtout le dieu des classes dirigeantes tandis que les classes plus populaires auraient largement préféré Thor et Freyr. Ca sent un peu le Dumézil, mais on pourrait imaginer que Freyja aurait pu être la préférée des classes populaires, tandis que dans les couches plus favorisées, avec les mariages d’alliance qui étaient plus nécessaires, favoriser une déesse liée à ce domaine et à ses responsabilités auraient pu être une façon de canaliser les jeunes femmes. Encore une fois, c’est supputer sur la façon dont était perçu le mariage dans ces sociétés. Pour le peu que j’en sais à l’heure actuelle, le mariage semblait être surtout une affaire de raison et d’alliance. Est-ce que c’était commun à tous les milieux ou propre à certains d’entre eux ? Quid des différents lieux (Norvège, Danemark, Suède, Islande ?) qui avaient peut-être des façons un peu différentes de voir les choses ? Je n’en sais rien.

Dans le fond, est-ce que c’est si important ?
Qu’elles aient été ou non une seule et même déesse, je pense qu’elles sont maintenant deux déités distinctes. Les spécialistes ne peuvent rien infirmer ou confirmer, et au niveau de la pratique, Frigg et Freyja sont largement reconnues comme deux déesses différentes, même si là aussi, chacun a sa façon de considérer leurs origines respectives.
Au niveau UPG, si elles partagent des attributs en commun, je ne les trouve pas semblables du tout. Ne serait-ce que parce que je me suis toujours jetée par Freyja mais pas par Frigg. C’aurait été plus intéressant si j’avais pu travailler avec les deux et vous donner des pistes un peu plus épaisses, mais ce n’est pas le cas. Je connais en revanche plusieurs personnes qui ont travaillé avec les deux, et parmi elles, aucune ne les a collé dans le même bocal avec la même étiquette dessus.

Frigg, Internet et l’adaptabilité des Dieux (Mois pour Frigg)

Si les déités sont anciennes, il est difficile de retracer leurs évolutions et leurs changements progressifs de manière certaine. Certaines ont sans doute absorbés des caractéristiques qu’elles ne possédaient peut-être pas au départ, d’autres ont sans doute fait des apparitions plus tardives que d’autres. Cela ne les rends pas moins valables que d’autres sur lesquelles on possède plus d’informations rendant parfois un semblant de datation possible.

1. Le bla bla factuel (background technique)

Je suis en train de lire actuellement Helrunar, de Jan Fries, et je trouve que cet auteur apporte des perspectives et des réflexions très intéressantes. Dans la première partie du livre intitulée How did it all begin ? il fait un topo assez complet sur l’histoire et émet une série d’hypothèses, écornant au passage beaucoup de certitudes ou d’idées que l’on nous a inculquées à l’école (au hasard, sur Jules César).

Page 106, il parle de l’évolution de la figure d’Odin, et à propos de la tête de Mimir, il souligne, non sans humour, que les dieux évoluent, et qu’il n’est pas ahurissant de penser que les mythes futurs pourraient présenter un Odin consultant un ordinateur nommé Mimir.

« Perhaps future myths will have Odin consulting a computer called Mimir. »

Si cette théorie peut froisser certains puristes -ce que je comprends-, l’idée que les déités se sont adaptées au monde moderne est très loin d’être une absurdité. Elle est même plutôt logique et cohérente. Si nous avons des détails concernant certains types de cultes, la vision d’ensemble reste lacunaire, autant sur les relations réellement entretenues avec les dieux, que le fonctionnement d’une possible prêtrise. La véracité et l’exactitude des récits sur lesquels les pratiques reconstructionnistes se basent habituellement sont à nuancer. Tel auteur était chrétien (Adam de Brème nous parlant des sacrifices ayant lieu tous les neuf ans à Uppsala) : son témoignage était-il fiable, ou bien a t-il noirci le tableau ? La Germanie de Tacite ? Oui, mais d’après ce que j’ai pu lire, son récit se base sur des témoignages, pas sur une observation (sans rentrer dans d’autres détails). Le regroupement « panthéon germanique » et « panthéon nordique » n’est pas forcément pertinente, et même à l’intérieur du « panthéon nordique », les relations entre la Norvège et l’Islande (colonisée au IXe siècle), plutôt tendues, rendent également fragile une harmonisation « aveugle » entre « les pays scandinaves ». Bref, c’est un merdier sans nom, et tout ce que nous avons relève de la supposition bien plus que de la certitude absolue.

Ceci posé, nous continuerons d’employer le terme « panthéon nordique » par souci de commodité. 😉

Les relations entre les gens et les déités du panthéon nordique auraient été relativement « proches », je ne rentrerai pas dans le détails et l’articulation des relations : c’est simplement que si le blót avait également une fonction de « renforcement des liens entre la divinité et les gens », supposer qu’au moins certaines d’entre elles aient choisis de s’adapter aux modes de vies contemporains et d’être honorées « avec les habitudes actuelles », même sans entrer dans de l’UPG, n’a rien d’inconcevable.

2. Frigg et Internet (avec des bouts d’UPG)

Les déités évoluent donc. Et ainsi que le mentionne Jan Fries dans son ouvrage, considérer Odin comme relié à des bases de données ou même internet n’a rien d’absurde (l’image est plutôt amusante je trouve),

Pour Frigg, c’est encore plus amusant si l’on prend en compte le fait que « web » veut dire « toile ». La toile du web (pléonasme). Le maillage entre les différentes informations, les croisements, les « nœuds » de la toile (les routeurs), les différents fils composant le wyrd (l’IP) etc.

Au niveau de la pratique, j’avais déjà eu l’occasion de constater que, si, si, les dieux savaient s’adapter, n’avaient pas perdu leur humour et rien de leur caractère au passage. Très récemment, au cours de ce mois pour Frigg, il s’est passé deux choses assez « marrantes » (sur le coup c’était moyen tout de même) qui ont fini par faire « tilt » et par aboutir à cet article. Les deux anecdotes sont relativement parlantes au niveau de la connexion (sans jeu de mots) entre cette déesse et le web.
Ou comment quand elle a décidé que ca allait filer droit, vous faites pas le mariole. Et elle est assez stricte sur certains points : imaginez quelqu’un qui veut se connecter à son jeu en ligne favori, « bon mon taf de recherche et le ménage je le ferai plus tard », et après avoir échangé quelques boutades avec un pote sur le fait « qu’on va se faire déchirer, le taf est pas fait », paf, plus de serveur. « Nous nous excusons de la gêne occasionnée. Nous travaillons à la résolution du souci technique ». * soupirs * Y’a pas mort d’hommes, mais c’est chiant.
Frigg c’est ca : si vous avez la flemme de faire le boulot, vous vous retrouverez avec un filtre de contrôle parental. Et pas de pizza pour dîner non. Sinon c’est pas drôle.

Parfios je me dis qu’elle et Odin formeraient un drôle de couple geek à l’heure actuelle. En fait, je les imagine bien tous en train de faire une Lan-party ou un raid sur Wow. « Bon, Thor, tu tank. Le Vieux, tu DPS, Loki qui joue un voleur spé assassinat, Eir qui heal. »

Frigg, Gebo et les sacrifices

Note : toutes les références mythologiques sont faites de mémoire, sans vérification, donc il se peut que je me goure. 

Dans la série des idées reçues, outre ces histoires de foyer que nous avons rapidement vues, il y a en a une autre qui me fait lever le sourcil. « Frigg est une déesse gentille ». Gentille ? Frigg ?

Premièrement, le fait de classer les déités en deux catégories, les gentilles et les « pas gentilles » me laissent perplexe. Pourquoi avoir besoin d’établir une dinstinction pareille ? Pour savoir chez qui allez couiner pour demander tout et n’importe quoi, et les « pas gentilles » dire « ils vaut mieux les laisser tranquilles ? » Sans rires.

Frigg n’est pas gentille. Resituons le contexte.
Elle sait que son fils préféré, Balder, (je n’aime pas beaucoup la notion de chouchou, mais simplement : qui sait, à froid, à sec et sans chercher sur Google, le nom des autres enfants de Frigg et Odin ?) va mourir. Elle fait tout ce qu’elle peut pour que cela n’arrive pas. En pure perte.
A peu près en même temps, elle perd un autre fils, Hödr, l’aveugle qui tire la flèche de gui. Oui, c’est leur second fils. De lui on ne sait pratiquement rien.
Ensuite, elle perdra son mari. Je ne sais plus dans quel texte elle apparaît sous l’identité de l’une de ses suivantes -l’hypothèse la plus souvent avancée étant qu’il s’agit d’une preuve que cette suivante n’est qu’une hypostase. Je suis sans doute partiale, mais personnellement, le thème de la Dame déguisée en une de ses suivantes pour se promener incognito est un thème relativement connu dans la littérature, y’a pas besoin d’aller chercher l’explication de l’hypostase pour ça-  bref, on parle de la mort d’Odin comme sa « seconde souffrance », la première étant la mort de Balder (sympa pour Hödr).

Elle enterre son mari, deux de ses fils, et elle est bonne pour ramasser les morceaux après le Ragnarök. On ne parle pas de sa mort, et en tant que déesse des liens et des fondements de la société, il est plutôt illogique de la voir morte : je ne la vois pas se suicider, comme Nanna, la femme de Balder qui, suivant les versions, se jette sur le bûcher funéraire ou se laisse mourir de chagrin (suivant les versions).

Comme toutes les déités de ce panthéon, elle fait ce qu’elle a faire, quand elle doit le faire.
Quand j’avais effectué un premier travail sur elle, en août dernier, j’avais rapidement listée quelques runes dont les énergies et les concepts brutes me faisaient penser à elle. Parmi ces runes, se trouve Gebo : en la regardant, j’avais trouvé amusant de constater que c’était la seule rune à ne jamais pouvoir être renversée (sauf si l’on utilise la rune Hagalaz sous forme de « flocon ») : Gebo forme un socle, à la fois en tant que concept structurant la société (acte de donner/recevoir) mais aussi codifiant les relations avec l’Autre-monde. En lisant le livre Le monde du double, de Régis Boyer, je me souviens qu’il fait allusion à ce passage du Hávamál souvent cité « mieux vaut ne pas trop donner que trop sacrifier », en y apportant une interprétation intéressante dans laquelle il n’est pas question d’être redevable de quoi que ce soit, mais plutôt comme idée que « il est préférable de réfléchir à deux fois avant d’aller gueuler pour demander un truc aux esprits et aux dieux, parce qu’à force de sacrifices et d’offrandes, il se pourrait bien que ca marche. Et que l’on se retrouve dans la merde. » Gebo en tant qu’assise, Gebo en tant que structure du lien social, même sans rentrer dans la notion de sacrifice, cela colle bien à Frigg (je me rend compte que je fais pour Frigg des articles-miroirs de ceux du Mois pour Odin…). Liens du tissage, liens qui structure, liens de la toile du Wyrd, liens du mariage. Il y aurait beaucoup à dire sur la nature de ces liens, y compris sur la nature de leur magie d’ailleurs.

Elle est la mère d’un dieu très aimé et de celui qui le tuera. Écartons la question du « pourquoi » elle cherche à le protéger, etc.
Nous en discutions une fois avec Ulvaten : Balder est un dieu délicat à comprendre, qui ne peut être perçu seul. Sa compréhension et son existence est intrinsèquement liée à celle d’autres déités.
Balder, dieu un peu trop parfait, dieu tardif qui est mis au monde et aimé pour être sacrifié, pour la renaissance après le Ragnarök. Balder est un dieu aimé, et ce qui rend son histoire touchante en quelque sorte, c’est l’énergie que tout le monde, et notamment Frigg, emploie pour tenter de le sauver. C’est là tout le drame : parce que sinon, un mec qui meurt, la belle affaire. Tous les sacrifices de la mythologie nordique sont intéressants si on regarde, non pas l’action en elle-même, mais ce qu’elle coûte, en souffrance, en larmes, en douleur et en renoncement. Balder est un enjeu, un pari pour l’avenir, et je repense à ce que j’ai écris précédemment sur les sacrifiés ( note : à relativiser d’après certains spécialistes, ainsi que me l’a indiqué Kundry 😉 il faudra que je lise le bouquin cité) et si on continue dans cette optique d’analyse : la jeunesse, la bonne santé, la vie relativement privilégiée, etc, pour que le sacrifice ait de la valeur.
Balder est une offrande, faite par Odin et Frigg, pour que l’histoire continue après le Ragnarök.

Ma rencontre avec Frigg (Mois pour Frigg)

Il y a maintenant un an que Frigg a déboulé dans ma vie, et avec elle, c’est toute ma vie spirituelle qui s’est trouvée chamboulée.

Elle est arrivée discrètement mais sans crier gare. De façon innocente. Une amie était venue passer quelques jours chez moi pour la première fois, et pendant quelques jours, la Tanière a accueillie toute une meute de sorciérons. J’avais tout préparé pour l’arrivée de mon amie : la maison avait parfaitement nettoyée, rangée. Son lit fait dans la bibliothèque. De bons plats et des friandises avaient été préparés.

Et pendant que nous menions de joyeuses discussions agrémentées de victuailles et autres, on préparait le programme des jours à venir. Me levant pour amener les boissons, surveiller la cuisson des plats. Checker le nombre de convives prévus pour le lendemain, réfléchir à l’organisation du rituel à venir, etc. C’est là que la première boutade est venue. « Tu fais ta Frigg, lol ». Pardon ? Je me suis défendue, moitié amusée, moitié vexée. J’ai maugréé. Les plaisanteries ont continué le lendemain. Le surlendemain. « Merde » répondais-je à chaque fois. D’abord contrariée, parce que le parallèle ne me plaisait pas (le paradigme des déités « classes » et des « moins classes », je l’ai aussi expérimenté), et puis j’ai laissé tomber. « Oui bon ça va. » Qu’est-ce que vous voulez répondre quand plusieurs sorciérons ont un bon mot en tête ? Rien.

C’est là qu’elle s’est ramené. Vraiment. J’avais fini par être plus ou moins intriguée, mais pas vraiment plus que ça. Et un soir, alors que la maison était déserte, l’amie étant partie chez une cousine, je ne suis pas parvenue à trouver le sommeil : à chaque fois que j’essayais de trouver une position confortable pour dormir, j’avais en boucle dans la tête « lève toi et va faire un autel. Lève toi et va faire un autel à Frigg. Vas lui faire un autel. » Je suis têtue. Je me suis dit « ca va deux minutes les conneries ? Je vais pas faire un autel en pleine nuit, ca va pas non ? »

A quatre heures du matin, je ne dormais toujours pas et j’ai capitulé. « Ca va, putain, je me lève, je vais le faire ce bon sang d’autel. Comme si j’avais que ça à faire. » Je me suis dit que quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Depuis quand on se relève en pleine nuit pour faire un autel ? Et depuis quand les dieux réclamaient des autels d’abord ? Non, ca devait être dans ma tête. Je l’ai fait. J’ai eu du mal, parce que l’idée de faire une autel à une déité m’apparaissait un peu absurde. Bizarre. J’avais bien un autel, mais il était consacré à la pratique magique. Pas à une déesse. Surtout pas une déesse du foyer.

Quand l’autel a été fait, j’ai remplie la minuscule coupelle de lait frais. Et avec le sentiment du devoir accompli, je suis retournée me coucher. Il n’y a que moi que ca perturbait apparemment. Mes amies ont gloussés : « ca va, tu commences à l’assumer ton côté Daronne ? »

Modérément.

L’amie est repartie, et j’ai commencé à creuser certaines choses. J’ai recommencé à rêver. Des rêves bizarres. Avec une femme habillée en bleu qui me dit que je me suis mise dans une situation très délicate, que je n’ai aucune idée de ce qui va me tomber dessus, et que j’ai intérêt à l’écouter si je ne veux pas avoir de très gros problèmes. Que ma vie va changer, et que « je n’ai aucune idée de ce que j’ai provoqué avec mon attitude passée. »
Dans un autre rêve, après avoir fait certains travaux, elle me donne une liste. Et je me fais remonter les bretelles pour avoir fait une réflexion déplacée. Elle me fait les gros yeux, et je me souviendrais toujours de ce qu’elle me dit : « tu veux venir avec nous ou pas ? » « Oui. » « Alors tu vas apprendre à nous connaître. On ne te demande pas d’aimer ou d’apprécier tout le monde. Juste de montrer le minimum de courtoisie nécessaire pour la diplomatie. Et tu vas apprendre. »

Je n’avais aucune idée de quoi elle parlait à l’époque. Ce n’est pas si vieux. Cela date d’il y a un an. Et en une année, ma vie a radicalement changée. Aujourd’hui, avec un peu de recul, je comprend pourquoi elle est venue, le sens de ses paroles. De choses que je n’auraient jamais du dire. Et si parfois tout n’est pas toujours facile, je suis reconnaissante.
Envers Frigg parce qu’elle a sans doute évité que les choses ne soient encore plus compliquées, plus dures. Parce que même si, contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle n’est pas « gentille ». Elle sait être protectrice, mais elle est aussi être sévère et intransigeante. Envers les plaisanteries de tous les sorciérons, qui se reconnaîtront, parce que sans leurs plaisanteries, je n’aurais jamais accepté une partie de moi-même et travaillé sur moi à ce niveau là. Et envers l’Amie venue passer quelques jours en août 2012 à la maison, parce que même s’il y avait de nombreux signes avant-coureurs, elle a été le déclencheur du voyage que je n’aurais jamais pensé entamer.

🙂

Bog-peoples et sacrifices humains : sacrifices à Frigg ?

En visitant la section préhistoire du Musée National de Copenhague (d’ailleurs au passage, l’entrée est gratuite, y compris l’expo Viking… ca fait rêver quand on voit les tarifs pratiqués en France…) j’ai eu l’occasion de voir plusieurs « bog-peoples ». Des personnes retrouvées dans la boue et dont les corps sont parfaitement conservés. D’autres corps n’ont pas été aussi bien préservés et il ne reste que des squelettes.

Il y a une pièce spéciale qui reproduit l’ambiance des marais, grâce à des jeux de lumières, d’images et de sons. Dans cette pièce il y avait deux corps, dont l’un était celui d’une femme enveloppé dans un plaid jaune et brun à carreaux. Ses vêtements auraient encore pu être portés aujourd’hui, à peu de chose prêt. Je ne l’ai pas photographié, par respect. Ca fera peut-être sourire certains, je m’en fous. Sur le mur, il y avait un texte, en danois et en anglais, « Je suis un don » [je le traduirai et posterai plus tard.] L’énergie de la pièce, des corps et le texte donnaient quelque chose de très intense, particulier. Je ne suis pas restée très longtemps.

Je suis allée creuser un peu le bouquin de Britt-Mari Nasström, Freyja – The Great Goddess of the North, notamment le chapitre The Bog-Corpses. Il ressort de cette lecture que la datation des corps n’est pas chose facile (après, il date de 1995, les technologies a évoluée donc certaines affirmations sont sûrement à relativiser). Parmi ces corps, un grand nombre ont été victimes de mort violente (ce qui de mémoire n’était pas le cas de la femme exposée au Musée de Copenhague), seule une petite partie d’entre eux seraient morts noyés. Elle explique (en citant le danois P. Glob) ce qui permet d’affirmer qu’il s’agit là d’une mort rituelle : (un certain nombre de ces corps pouvant avoir été des condamnés à mort ou des noyades accidentelles)

– la jeunesse et la bonne santé de ces corps : une personne malade ou âgée n’aurait sans doute pas été considérée comme une offrande acceptable.
– les conditions dans lesquelles ils ont été retrouvés : la coiffure compliquée de l’une des femmes, les objets rituels, et le fait que le corps n’a pas gardé de trace d’une vie particulièrement rude, ce qui aurait pu indiquer qu’ils étaient « préparés » et « réservés ».

Certains spécialistes, comme Régis Boyer (de mémoire) ont émis l’hypothèse que ces corps retrouvés au Danemark et dans le Schleswig-Holstein aient pu être des sacrifices à Frigg, (note : ceci étant je ne crois pas me souvenir de l’avoir lu texto, peut-être dans les notes de bas de page des Eddas publiés chez Fayard, mais je n’en suis pas sûre) un des connecteurs étant le nom de la demeure de cette dernière, Fensalir, soit Salle des marécages.

Dans le chapitre Human Sacrifices, il est plutôt fait état (toujours par P. Glob) de sacrifices probable à Nerthus, comme Terre-Mère requérant des offrandes pour continuer à être fertile.  Dans son livre, Britt-Mari Nasström met en lien Nerthus et Freya, je ne pense pas qu’il soit pertinent de suivre cette piste pour rattacher Frigg aux sacrifiés, même si les connexions entre ces deux déesses sont très intéressantes.

En revanche, et ceci est une interprétation tout à fait personnelle -c’est peut-être une bêtise- mais outre le lien entre le lieu des sacrifices et le nom de la demeure de Frigg, je trouve que relier les sacrifiés à cette déesse est relativement pertinent pour différentes raisons.

* En lisant l’entrée sur Fensalir, John Lindow dit qu’il n’a aucune idée de la raison pour laquelle Frigg demeure au milieu des marais « bien qu’ils soient l’endroit d’un culte lors du retour du printemps ». Le culte, le sacrifice, le lieu où se situe son palais… un maigre « plus » qui vient de s’ajouter. Au niveau du culte, toujours d’après John Lindow, il y a un certain nombre de lieux portant le nom de Frigg, ce qui est la plupart du temps la marque d’un culte (étonnamment d’ailleurs, assez peu de noms portent le nom d’Odin, indication qu’il était surtout craint, mais que Thor et Freyr avaient plutôt la côté, contrairement à lui).

* Frigg est parfois surnommée All-Mother (Mère de Tout) et bien que ce ne soit pas ses uniques fonctions, elle reste connectée à la fonction maternelle, par exemple au niveau protection. Elle est la fille de Jörd (Fjörgyn) : Jörd est la première femme (je crois que Sturluson dit juste « concubine ») d’Odin : on peut y voir une sorte de « raffinement » de la société, comme les vanes liées aux fonctions de fertilité etc, et les Ases, déjà plus « intellectualisés ». Connecter Frigg à la Terre-Mère n’est donc pas complètement absurde, même si les fonctions de cette déesse se sont développées ; c’est un processus qui n’est pas sans m’évoquer, outre l’évolution mythologique, l’évolution de la figure d’Odin.

* Je radote mais je m’en fous : je trouve quand même significatif et intéressant le couple que forment Odin et Frigg. D’abord, comme dit dans un article précédent, je trouve qu’ils ont une dualité « force omnisciente » et « force agissante ». Ensuite Frigg est la gardienne des liens sociaux ; Odin posé en tant que « régulateur » des Ases : on a une sorte d’expression pouvoir interne et pouvoir externe, ce qui se passe dans la maison et à l’extérieur de la maison.   [Note : On dit souvent que Odin est le « chef » des Ases, c’est pour moi une notion qui est vraiment à nuancer et à remettre en contexte, j’ai l’impression que c’est une image faussée qui vient de la mise à plat de toutes les mythologies : on finit par vous dire que Zeus et Odin, c’est pareil. Non.] Concrètement, je crois que le seul dieu pour qui les sacrifices humains sont avérés, c’est Odin. Je trouverais donc plutôt significatif que les deux aient eu des sacrifices humains.

D’autant que nous n’avons pas vraiment d’exemple « vivant » de ce que signifiait « gérer la maisonnée » dans ce temps là : aujourd’hui, on est dans la majorité des cas répartis en « ménage » (suivant l’INSEE) d’une, deux, trois…. parfois sept personnes. Très rarement plus. Je n’ai pas les données d’une maisonnée type disons dans la Scanie ou la Seeland du VIIe siècle, mais cela comprenait une tripotée de personnes. Et la gestion des stocks ne se réduisait pas à la nourriture : tout était fait à la maison. Que l’on veuille s’assurer de ne manquer de rien et de passer la mauvaise saison sans trop d’encombre et que l’on fasse un sacrifice pour cela ne me semble incohérent comme hypothèse.