J’arrive où je suis étranger.

Revenir en arrière. Jusqu’où ?
La réponse à ma question, l’an dernier pendant un week-end consacré au Seiðr.
Où il est question de quelque chose qui traverse un océan.
Ma soudaine envie de vomir. Personne n’est au courant. Cela fait du sens. (La vrai réponse est beaucoup plus précise.)
Et dix mois. Dix mois. Dix mois plus tard.
L’avion qui décolle, et le laridé qui tourne en boucle sur mon MP3, dissimulé par mes cheveux. La terre qui s’éloigne, minuscule, dans le froid de janvier. Tout est derrière moi, ou alors loin, loin devant. Loin devant, vers l’ouest et dans le futur. J’ai en tête la légende familiale qui dit qu’à chaque génération nous partons un peu plus à l’ouest. Tout ce que j’ai en tête, c’est la musique entêtante qui ne cesse de tourner et de retourner, pendant les 7h de vol, comme un transe lancinante, une injonction à ne pas penser. Rester concentrée sur l’objectif. Omni mea mecum porto. Je transporte avec moi tous mes biens. Tout ce que je possède d’important, ce que j’emporte, tient dans deux valises. Et deux caisses miaulantes.
Le reste, qui se compose pour la plupart de livres, est dans le container d’un port. Je les attendrai trois mois. Me demandant si je récupérerai un jour mes affaires, certains souvenirs. Mais en cet instant, l’instant du départ et de l’arrivée, je n’ai rien.
J’arrive sur une terre où je n’ai jamais mis les pieds, ma seule incursion de l’autre côté de l’Atlantique, dans un autre pays, remonte à mes 11 ans. Une expérience pas très heureuse où j’ai eu la sensation que le pays trop vaste, trop distordu. allait m’avaler. Qui es-tu ? Je suis le pays.
Mais où est ton cheval de peau, orné de runes ? Il est de l’autre côté de la mer. Donné à mon Watcher.
Mais où est la face ricanante de ton Renard, ornée d’ocre rouge ? Elle est là-bas, sous la garde de Écoute-les-voix.
Mais où sont les parties matérielles de ton Âme, faites de laine retordue, de crocs et d’os. Où sont les creux de terre pour les offrandes, où est le grès qui La referme ? Ils ne sont pas avec moi.

J’arrive où je suis étrangère, et où je ne connais rien. La terre ne résonne pas, je ne connais pas son chant, je suis sourde aux inflexions de leurs voix, incapable d’en déchiffrer le rythme, l’articulation, la syntaxe. Les Esprits d’ici ont un langage qui m’est totalement inconnu, totalement différent, et que je ne comprends pas.
La Terre dort sous la neige et dans le froid. Ici est un autre monde, et le réseau est indisponible. Littéralement et métaphoriquement. Indescriptible sensation. Celle d’un décalage. Il n’y a pas que pour les prises de courant, le réseau téléphonique et tout le palpable qu’ici est un autre monde.
Tout est flou, la sensation tenace de marcher sur un chemin de traverse. Les fils sont tordues. Comme si une vibration avait changée.
À la première nuit d’un sommeil de plomb accompagnée d’une dent brisée, suivront les nuits d’insomnie sans relâche. Savoir que je suis éveillée quand ils dorment et que je dors quand ils s’éveillent. Ne plus arpenter. Écho de là-bas, me disant que je ne suis pas la seule.
D’une certaine manière, j’ai la sensation qu’il est normal que la Brochette m’ait demandée de laisser certains de mes outils rituels en Europe. La certitude qu’ici, ils seraient faussés. Pas tous, mais ceux qui me servent à voyager.
Les rêves qui disparaissent. Le silence.
Tout est un Silence de neige. Est-ce le Pays qui l’hiver dort ?
Essayer de ritualiser. De faire des offrandes. Rien. Cet hydromel – au demeurant absolument déguelasse, le Melmor est un délice à côté – versé dans le récipient de secours n’est pas une offrande accompagnée d’une prière aux Dieux, aux Esprits, et à « Ces Étranges Ancêtres Qui… ». Il aurait dû. Mais non. C’est juste un liquide sirupeux et trop acide versé dans un mug de porcelaine, accompagné par des sons articulés dans une langue indo-européenne.
Non, poser trois cailloux et une guimbarde avec un pauvre lumignon ne remplace pas son autel. Cela en tient lieu. Un faire-comme. Un faire-comme honorable, toujours mieux que rien, mais cela reste un faire-comme. Les intentions, surtout les bonnes intentions et le symbolisme, c’est bien joli et c’est sans doute pas mal, en tout cas peut-être préférable à rien, mais non, ce n’est pas pareil.
Non une tasse de porcelaine achetée avec trois de ses sœurs chez Emmaüs ne remplace pas les bols rituels qui ont servis quotidiennement ou presque pendant trois ans. Non les os et la peau d’un animal ne se remplacent pas par une jolie image découpée dans un magazine. On lit partout que « le pouvoir est dans la sorcière, pas dans les outils ». Mouais. Outre que je ne suis pas une sorcière, j’ai envie de dire que, indeed, pas besoin d’outils pour jeter des sorts. Et pas besoin d’un autel en plastoc avec des merdes fabriquées en Chine pour célébrer un sabbat. Par contre, venez pas me dire que les objets fabriqués dans certaines conditions spécifiques, suite à certaines demandes / besoins spécifiques sont parfaitement interchangeable avec un gobelet vide du fastfood local. Sinon, bah écoutez, prenez de la poudre de perlimpimpin pour soigner une pathologie donnée à la place du traitement initialement prévu (allopathique ou non) et expliquez au malade que c’est parce qu’il a pas cru en lui. C’est vrai après tout, on est tellement fort aujourd’hui, les mythes avec des objets sacrés ou rituels, les croyances etc, c’est de la merde, que chacun fasse sa petite cuisine et tout est permis. Il faudrait surtout pas se montrer rabat-joie, sinon, on a rien compris.
Oui, on peut faire de la sorcellerie en faisant la cuisine, et faire pas mal de détournement d’objets rituels, me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’explique juste qu’on ne crée pas des outils /vecteurs en un coup de cuillère à pot parce que’on l’a décidé. Cela se fait à l’usage. Comme on ne se fait pas un meilleur ami en deux discussions sur Cul de Chèvre et qu’on ne se marie, en principe, pas à la première rencontre (en tout cas, pas trop dans nos contrées).

N’oubliez pas l’armée des trolls. Toujours. Et son étendard loufoque indiquant « Tout est pour la Bête ! ». Et dans l’appartement trouvé, découvrir, punaisé au tableau en liège, une petite carte d’un restaurant appelé « La Bête ». Se faire troller, encore, encore et encore par la même chaîne d’informations, en binaire, blanc et noir.
Reconnecter les informations. S’inscrire à la bibliothèque et commencer l’épluchage de la base de données.

Reconstituer les chaînes. Retrouver ses cartons, un mercredi, comme de juste, tandis que les jours rallongent et que les températures commencent à être timidement dans le positif. Avril est là. Retrouver ses affaires, et ses précieux petits trésors, sans valeur sur le plan financier, mais combien plus sur d’autres plans.
Et tandis que l’on réarrange son autel dans sa chambre à coucher, se rendre compte que les nuits sont devenues un peu moins anarchiques. Que les rêves sont revenus, plus étranges et porteurs de sens que jamais, comme souvent pour moi à cette période.


Le véritable travail va pouvoir commencer. Apprendre à connaître la terre où je vis désormais. M’initier à leur langage, leurs offrandes. Écouter leur chant et trouver le rythme, la syntaxe, l’articulation souple pour que le mouvement se fasse. Une expérience nouvelle, ne jamais cesser d’apprendre. Ne jamais croire que l’on sait tout, on pourrait être très surpris. Continuer d’avancer. Chaque terre est différente et c’est à celui qui arrive d’apprendre d’elle. Certains « apprivoisements », certaines rencontres se font facilement, d’autres sont plus malaisés. Il est des endroits où la terre nous appelle, d’autre où elle nous repousse. Chaque route est différente, et nous ne venons ni avec le même regard, ni avec la même terre sous nos pieds. Comme les plantes, certains d’entre nous poussent à merveille dans les forêts d’érables et d’autres s’épanouissent mieux dans les vieilles pierres d’une ville médiévale.

L’effroyable humour des Dieux

On écrit beaucoup sur les Dieux. Sur ce que nous pensons qu’ils sont et ce qu’ils ne sont pas. Sur leurs facettes, riches, nombreuses et multiples. Sur la manière de les honorer, sur ce qu’il est préférable de faire, et de ne pas faire.

Quand il est question de théologie, je pense qu’il y a autant de manière de les aspecter qu’il y a de personnes, même -et parfois surtout- au sein d’un même sentier, d’une même voie.

Alternativement, je suis encline à penser parfois tout et son contraire, à réévaluer mes propres perceptions, à les interroger encore, encore et encore. A réajuster les variables en fonction des dernières expériences. Parfois à reprendre des axes auparavant délaissés. Les ajustements en questions ne sont pas toujours flagrants ou cruciaux, mais ils existent néanmoins. Ceci étant, il y a quelques constantes dont je ne dirais pas qu’elles sont immuables, mais elles ont une certaine tendance à être présentes.

YOLO

(Depuis le temps que je l’avais promis ce « meme »…)

Je pense que les Dieux ont le sens de l’humour. Et qu’il est effroyable, merveilleux, grinçant, surprenant et cruel tout à la fois. Je ne sais pas s’il faut s’en réjouir, ou si, d’une certaine manière, c’est peut-être ce qu’Ils possèdent de plus effrayant. Est-ce que c’est vraiment de l’humour d’ailleurs ? Ou est-ce que, pour eux aussi, c’est une conséquence des contradictions, des mouvements incessants des trames, des jeux de nos « libres-arbitres » (c’est un abîme de réflexion cette notion de libre-arbitre d’ailleurs), des événements passés, présents et à venir ?

Sur la raison, le pourquoi ou le dosage éventuel des blagues possiblement foutrement mal dosée, je n’en sais rien.

En revanche, l’humour grinçant, je l’ai constaté. Ou alors, c’est juste une mauvaise perception de la notion de sarcasme et une utilisation hasardeuse du concept de second / troisième / milliardième degré. Chez eux comme chez nous. Un humour ectopique en quelque sorte.

On m’a souvent dit qu’il faut se méfier de ce que l’on souhaite, parce qu’on risque de l’obtenir (au pif, pensez au roi Midas, il s’est retrouvé bien bête. Et à toutes les histoires où une personne demande la vie éternelle sans penser à la question de la jeunesse). C’est un peu comme les Dieux et les Esprits, ou la magie : ce que je trouve éventuellement flippant, ce n’est pas « qu’en fait Ils n’existent pas » ou « que ça ne marche pas », c’est bien qu’Ils existent et que ça marche. Parfois (non en fait, souvent), on souhaite telle ou telle chose, et on ferait n’importe quoi pour l’obtenir. On couine, on chouine, on concentre ses forces, et puis quand on l’a, on se rend compte que, ah tiens, ca n’était pas comme ça qu’on avait imaginé le truc. Ou qu’il y a des dommages collatéraux. Ou alors que si, si, tout est bien, mais il y a le GROS DÉTAIL qui tue, comme les petites astérisques des contrats d’assurance.

« Quand les Dieux veulent nous maudire, ils exaucent nos prières. » dixit Oscar Wilde. Tonton Oscar, c’est comme Nietzsche, on peut lui faire dire ce qu’on veut, mais avec un degré de nonchalance et de swag que Fred ne possède pas. (Navrée.)

Dans la théorie, pour ne pas se faire avoir, il faudrait réfléchir avec sagesse et précision à nos actes, à leurs conséquences, etc. Parfois ca se retrouve traduit par des phrases du genre « En ne faisant de mal à personne, fais-ce que tu veux », etc.
Cette phrase, c’est de la merde.

C’est une monstrueuse connerie parce qu’elle laisse entendre que vous êtes en position de connaître tous les tenants et les aboutissants d’une situation (y compris dans le passé, dans le présent et dans le futur), mais aussi de prévoir d’éventuelles « nouvelles entrées dans le jeu », de les évaluer (par rapport à quoi ? A votre but ? A vous ? Aux autres ?). Ensuite, elle vous offre un gentil coussin pour amortir le choc de votre conscience en cas de foirage. « Mais je voulais pas faire ça / pas faire de mal / je voulais apporter un truc positif. » Peut-être mais c’est raté.
Même l’inaction totale peut engendrer une boucle retorse et faire du mal à quelqu’un. En fait, votre présence sur terre fait sans doute du mal à quelqu’un ou quelqu’un s’est pris un truc sur la gueule pour que vous soyez là aujourd’hui. Vos ancêtres ont survécus parce que d’autres sont morts et pas eux. Parce qu’à la guerre, c’est un autre qui s’est chopé une bastos. Parce qu’ils ont été plus prévoyants et que les autres moins. Parce que ci, parce que ça. C’est un fait. D’autres sont morts pour que vous viviez, alors le postulat de pouvoir faire ce qu’on veut sans faire de mal, c’est joli sur le papier et ca part d’un bon sentiment, mais question application pratique, ca vaut des cacahuètes, et j’irai même jusqu’à dire que c’est malsain. (Oui, oui, oui, je sais, c’est un principe générale, ca vaut que pour les pratiques magiques (quelle blague), une idée, bla bla bla, on pourrait faire de la théologie pendant des heures…).

Au lieu de se mettre la tête dans le sable en se disant qu’on a bien réfléchi et qu’on ne fera de mal à personnes, je préfère -dans le cas d’une application magique / d’un souhait, d’une prière- tourner la chose en souhaitant « pour le plus grand bien ». Ca m’a longtemps tordu la gueule de biais ce genre de formulation New Age à la con, mais en fait, après constat -et l’humour des Dieux, parfois, il est subtil comme du tabasco et une poignée de gravier- c’est probablement la façon la moins casse-gueule d’agir sur ce plan là (à supposer qu’on le souhaite effectivement, parfois, on se sent d’humeur apte à y aller de manière un peu plus rugueuse dirons-nous). Le plus grand bien ne veut pas dire pour autant qu’on sera préservé de tout mal (en fait, en écrivant cet article, je repense -pour changer- au mythe de Balder), ni qu’on se prendra pas un parpaing sur le coin de la mouille, mais au moins, au final, on peut espérer que quelque chose de constructif en sortira. Seulement, ca demande de prendre du recul, de lâcher prise sur nos obsessions de contrôles et nos désirs. En gros, il faut se détacher de ce qu’on souhaite par-dessus tout, parce que si ca se trouve c’est pas une bonne idée.
Je suis la première à avoir du mal avec ça, mais si au début, c’est plus de l’auto-persuasion qu’autre chose (je vais être honnête, quand j’ai un objectif en ligne de mire, je tiens plus de Léodagan que de Bohort) au bout d’un moment, ca se régule. Peut-être qu’on se persuade ainsi de lâcher prise et que ca tient plus de l’aspect mental qu’autre chose, mais dans tous les cas, ca permet d’aborder plus sereinement certaines situations.

Je pense que les Dieux « trollent » les humains, mais qu’ils se trollent aussi entre eux en utilisant les humains comme médium (et hop, une pensée pour Frigg, une pour Odin, et une pour les Lombards). On n’est pas forcément visés, d’ailleurs, il faudrait être un peu anthropocentrique pour penser que toutes les actions des Dieux ont forcément à voir avec quelque chose d’humain, parfois, rien de personnel, c’est juste que nous sommes dans le dommage collatéral. Ou trop con pour l’éviter.

Faites attention à ce que vous demandez. A qui vous le demandez. Attention à ce que vous promettez en échange. Et attention aussi quand ce n’est pas pour vous que vous le demandez. On dit que les murs ont des oreilles, je dirais bien que les Dieux (et les Esprits) nous écoutent beaucoup plus qu’on ne le croit. Donc quand vous souhaitez ci ou ça à un ami, en ayant en tête une configuration plus ou moins précise, rappelez-vous qu’il se peut très fortement que ca ne tombe pas dans l’oreille d’un/e sourd/e. Mais que ca n’arrivera pas comme vous le pensez. Et encore moins comme vous le voulez. D’une certaine manière, je me dis qu’il faut encore plus faire attention à ce que l’on souhaite pour les gens, notamment quand ca engage encore d’autres personnes tiers, parce que si plusieurs volonté se croisent, il y a toutes les chances pour qu’il y ait un écho quelque part, et un bug dans l’écho, mais que le signal arrive à destination.

[SYLPHE] Le Jeu du pendu : les signes.

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Réfléchir sur l’instinct, l’intuition, les signes que l’on reçoit ou que l’on croit recevoir. Vaste sujet de réflexion dont voilà quelques bribes. Je resterai uniquement centrée sur les signes, par commodité.

En linguistique, le signe, c’est l’unité qui unit un phénomène acoustique et un concept. Le signe est donc composé d’un signifiant (le phénomène acoustique) et d’un signifié (le concept).

On peut considérer que le signe au sens où il est entendu ici est semblable : il est considéré comme étant un écho (je préfère le terme d’écho au terme de message, il y a une différence de nuance assez importante dans ce contexte ci) de « L’Autre Monde » apportant un marqueur sur une potentialité. A noter que je dis bien « il est considéré comme » et non pas « il est » : sa véracité (est-ce qu’il est réellement ou bien nous choisissons de le traduire comme tel ?) est de l’ordre de l’hypothétique, de l’hypothèse que nous choisissons de considérer comme « probable » en raison de nos marqueurs référentiels. C’est pour des raisons similaires que le terme écho est utilisé par rapport au terme « message », l’écho étant la réflexion d’un son, non pas le son lui même. Enfin, cet écho, suivant la nature de notre recherche, de son expression et de son contenu apporte une indice, un élément d’indication au sein d’une masse d’information, il nous permet éventuellement de faire certains choix à partir de la manière dont nous percevrons et analyserons ce contenu. Intrinsèquement, il est en quelque sorte « neutre ». Ce qui nous influencera c’est la façon dont nous le recevrons et dont nous le décoderons. Je tend à considérer que le « signe » reçu est un simple indicateur factuel auquel nous prêtons plus ou moins d’attention, un regard plus ou moins biaisé, et que nous pouvons tout à fait « distordre » de multiples manières suivant les calques de décryptages que l’on appliquera.

En des termes plus simples, le signe est un écho neutre nous indiquant une information que nous pouvons tout à fait mal comprendre, d’autant plus si nous nous cantonnons à un écho unique. Parfois, un graffiti sur un mur est juste un graffiti sur un mur.

De la façon dont je perçois les signes, ils sont semblables aux lettres de l’alphabet : une lettre n’est pas encore un mot, pas une phrase et encore moins un texte. Ce n’est que lorsque nous connectons un certain nombre de lettres que nous formons un mot, et par une suite de mots, une phrase, puis par développement, des textes. Le signe est une lettre. Seul il ne signifie pas grand chose. Ce n’est que lorsque plusieurs signes se combinent qu’ils constituent un ensemble intelligible. Isolé, il ne signifie rien d’autre que lui même, bien qu’il soit possible de commencer à percevoir certaines structures, un peu comme dans le jeu du pendu, quand nous n’avons qu’une seule lettre et un ensemble de cases vides et que nous réfléchissons à ce que cela peut former comme mot. Le contexte joue un rôle dans l’interprétation du signe : pour reprendre l’exemple du Jeu du pendu, nous réfléchissons au mot crypté parce que nous sommes dans le cadre d’un jeu dont les règles sont connues des participants et dans le laps de temps durant lequel ce jeu s’exerce. Sorti de ce contexte, il est probable que nous ne nous prêtons pas à ce type d’exercice. Pour le signe, c’est pareil : c’est parce que nous avons soit une interrogation particulière, soit que notre contexte personnel s’y prête que nous sommes plus porté sur l’analyse d’un éventuel signe, et que, par ricochet, nous aurons davantage tendance à adopter telle ou telle grille de décryptage une fois qu’il nous semble saisir un écho.

Nous avons donc trois phénomènes qui structurent la perception du signe :

Le signe en lui-même, ou plutôt l’information qui est perçue / ressentie comme tel. (Je serai même tentée de dire « l’ensemble de signes » puisque pour reprendre de manière synthétique la théorie énoncée plus haut, le signe est une lettre, et une lettre n’est pas un mot.)
Le contexte dans lequel le signe s’inscrit, le cadre de la recherche, des raisons pour lesquelles nous aurons tendance à être réceptif à sa réception.
L’angle d’analyse, la réception proprement dite, son décryptage.

De bons présages ?

Le signe, en tant qu’information, est neutre. On peut parler de « mauvais présage » ou de « bon présage », mais c’est davantage une donnée  posteriori. Le fait qu’il y est une information est en soi, neutre. Il ne donne d’indication sur le fait d’agir ou de ne pas agir que si nous y appliquons une grille de lecture (et quelle grille de lecture convient-il d’appliquer ?) Le signe est là, il tend à indiquer de continuer sur cette route. Pour autant, cela ne présage en rien de la nature de la route, sans même prendre en compte le fait que certaines routes, si elles sont nécessaires, ne sont pas pour autant agréables, en tout cas jusqu’à un certain point.

Comment on sait si c’est un signe ?

Etant du genre à attendre d’avoir un nombre de données conséquentes avant de me risquer à quoi que ce soit, et au risque de me répéter, j’ai tendance à dire que c’est la répétition d’un signe dans un laps de temps défini qui fait le signe. Cela ne veut pas dire que je ne suis pas capable de percevoir des indices sommaires, ni que je ne possède pas d’intuition, plutôt que je les regarde du coin de l’œil, comme une information pouvant potentiellement prendre de l’importance.
L’autre donnée à prendre en compte, c’est l’évolution constante de la trame : tout se réajuste en permanence.

Si l’on considère que l’on attend, entre autre, d’un groupe de signe qu’il nous indique la route la plus favorable pour nous, un bon indice pour savoir si oui ou non l’on est sur la bonne route, est d’observer la nature des événements sur cette route. Globalement, j’ai pu observer que quand on est sur le « bon » chemin, les obstacles sont parfois présents, mais tendent soit à se tasser, soit à présenter d’autres ouvertures. La façon dont je conçois les choses rend cependant cette optique davantage pertinente pour les opportunités matérielles que pour la résolution d’une problématique spirituelle et/ou émotionnelle (qui peut ainsi s’avérer ardue jusqu’à ce que l’on résolve le nœud de la problématique, qui tient souvent d’une difficulté personnelle).

Le signe est quelque chose de personnel. Même si on retrouve des grilles d’interprétations communes, des façons d’aspecter des problématiques similaires chez des individus parcourant des routes semblables, l’écho est déchiffré de manières différentes suivant les personnes. Pour reprendre une image faisant appel à des fonctions cognitives, c’est un peu comme la perception des couleurs, qui varie plus ou moins suivant les gens. Allez demander à tout bout de champs si tel ou tel phénomène est un signe, ou en faire des caisses dés qu’on trouve une plume par terre est pour moi une façon de se rassurer, à la fois parce qu’on est pas sûr de son interprétation, parce que l’on doute de soi. En se référant au jugement d’autrui pour quelque chose qui est de l’ordre de l’intime, c’est en quelque sorte faire dans la validation sociale, ou pire, chercher à se donner de l’importance.

Ce n’est pas qu’il ne faille pas parler des signes que l’on a reçu (pour autant qu’il puisse exister des signes infaillibles, pour autant que l’on soit dans une démarche dans lequel on souhaite partager ce genre d’infos etc… encore une fois, tout est affaire de nuances, de cadres, de perceptions, d’interprétations, de structures…) c’est juste qu’à mon avis, les autres n’ont rien à foutre dans notre cheminement, d’une. De deux, cela m’évoque parfois une certaine forme d’hystérie collective : quand tout le monde se monte la tête mutuellement, qu’on devient inchiable et que l’on hurle au signe pour tout et n’importe quoi. D’où l’importance de la fonction de répétition de signes similaires et la nécessité de prendre du recul. Si on veut voir des signes partout, on peut en voir partout. Mais une des particularités des signes est aussi d’être une aspérité, une altérité dans un quotidien. S’ils ont lieu en permanence, alors ils perdent cette faculté d’exception et ne doivent plus être considéré comme des signes, mais juste comme une donnée régulière.
Si vous vivez dans un endroit où les corbeaux abondent, croiser un corbeau le matin devrait être sujet à plus nuance sur sa pertinence en tant que signe que si vous croisez un colibri.

Davantage que la percée d’un ou plusieurs signes, j’ai tendance à être sensible à ce que j’appelle des phénomènes d’accélération. Le phénomène d’accélération commence par une sorte de coïncidence/s, la plupart du temps assortie de rêves (le rêve est-il un signe ? Pas pour moi, pas dans ma manière de percevoir et de définir le signe. Ceci dit, le rêve est un sujet complexe.)  quelque chose qui émet un son pratiquement imperceptible. Puis le son s’amplifie. Et alors même que l’on tend l’oreille, on observe une multitude de corrélation autour, pas des signes extérieurs, plutôt un alignement de fait qui constitue une sorte de route que l’on emprunte. Et alors même que l’on commence à arpenter la route, tout se met naturellement en place. Et une fois arrivé au premier relais, on peut, en se retournant sur les faits passés, noter une cohérence certaine.

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Dísir & hamingja : quelques pensées

Les dísir (dís au singulier) sont des groupes d’esprits féminins qui veillent sur une personne / une lignée. Leur origine et leur identité n’est pas très claire.
Personnellement, dans ma pratique, je considère que les dísir sont les esprits des ancêtres (de sang ou spirituels, voire des esprits liés à certains lieux) du côté de la lignée maternelle, ou en tout cas une partie, la notion d’ancêtre féminin et de dísir n’étant pas exactement synonymes). Je ne sais pas ce qu’il en est dans les autres cultures / traditions, par rapport à mon histoire familiale, c’est un schéma qui a un sens.
Dans ma conception, c’est la femme qui apporte sa lignée féminine, sa lignée de dísir, au sein de la famille et / ou du / d’un clan. Rien n’est clairement précisé dans les textes et ce n’est pas une conception qui me semble très débattue, du moins chez les francophones : c’est simplement un aperçu / considération qui m’est propre, et que ma pratique personnelle a étayée, même si pour autant, elle n’est pas figée. J’ai entendu un jour un homme invoquer ses disír en mentionnant « vous qui serez un jour rejointes par ma femme », ce qui m’a fait tiquer. Il faudrait que je fasse des recherches plus poussées pour étayer mon hypothèse, mais je crois me souvenir que H.E. Davidson en parle dans son livre Roles of the Northern Goddess. En rejoignant la maison du mari, la femme apporte aussi ses esprits protecteur et sa hamigja, sa chance, et par extension, la chance d’une famille (même si la hamingja n’est pas exclusivement corrélée à la branche féminine).
A ce niveau là, la formule Gibu Auja, retrouvée sur une bractéacte et que l’on peut traduire par « je t’apporte la protection » ou « je partage ma chance avec toi » prend un sens intéressant, plus profond, puisque le terme de chance peut aussi se rapporter à la hamingja. Peut-on partager la hamingja ? J’ai tendance à le penser, pas uniquement dans le cas limitatif des unions matrimoniales, mais aussi au sein des clans, des groupes.

Les dísir sont certes des Esprits protecteurs, mais pour autant, comme dans tout travail avec les Esprits, cela ne veut pas dire qu’ils vont se montrer cool. Je n’ai pas de grande pratique de dévotion vis-à-vis de mes « ancêtres » au sens large, pour des raisons très intimes dont je ne parlerai pas en publique, mais je tends à travailler plus globalement avec mes dísir, et de manière un peu moins restrictive, avec les ancêtres de ma lignée maternelle, à une ou deux exceptions près.

disir 24 05 2013
La première fois que j’ai réellement entamé ce type de travail par le biais d’un rituel inspiré des pratiques du Seiðr (pioché dans le bouquin de Katie Gerarrd, Seidr: The Gate Is Open), c’était l’an dernier au moment de la Fête des Mères. Je me suis pris un chassé, mais quelque chose de concret, de la part d’une partie de la troupe qui m’a fait comprendre deux ou trois trucs (et qui est aussi le pourquoi je ne bosse pas avec tous mes ancêtres). Chaque travail, relation, pratique est intime, et doit être considérée comme telle, aussi ma relative expérience n’est très probablement pas généralisable, mais j’ai constaté que ce type de taf peut être violent. Les dísir peuvent s’impliquer très profondément dans votre cheminement, si c’est dans l’intérêt de la lignée, et pas uniquement le vôtre, ce qui cause parfois des complications, et à ce titre, certaines choses peuvent être violentes. Certains faits peuvent remonter, certains souvenirs, ressentis. Quand elles ont un message à faire passer, elles le font, et si ce message peut aider, cela ne garanti pas qu’il soit facile à mettre en œuvre ou agréable.
Plus que d’autres types d’Esprits (comme les Esprits des lieux ou vos Esprits animaux, végétaux et autres) elles ont tendance à se mêler de votre vie, de vos choix, à les approuver ou au contraire à les désapprouver.

Au cours de l’année écoulée, j’ai eu la surprise de constater que, apparemment, dans certains cas (la schématisation exacte des raisons m’est inconnue) il est possible d’avoir des interactions avec les dísir d’autrui : pas volontairement parce que vous en avez envie, mais parce qu’elles peuvent décider que vous, vous allez faire quelque chose pour aider un de leurs descendants. Sans doute, probablement (tu la sens la formulation de  l’hypothétique ?) peuvent-elles le faire parce que vos propres dísir -si tant ait que vous ayez une certaine relation avec- ont également décidé que ce serait une « bonne » chose (encore une fois, la notion de « bien » est relative, et cette notion n’est pas tant corrélée à votre personne qu’au bien-être de votre propre lignée, ce qui peut être un peu délicat non seulement à concevoir mais aussi à accepter vu notre manière moderne (et occidentale) de placer / considérer le bien-être individuel au centre) que vous fassiez ci ou ca.

 

Beltane : Sexe & fidélité

Auteur inconnu

Nous entrons dans la période de Beltane (ou de Walpurgis ou autre même, comme vous voulez), probablement la fête/sabbat la/le plus populaire avec Samhain.
Je ne ferai pas de redite sur la symbolique de Beltane, parce que l’on en trouve partout, avec des listes d’offrandes appropriées, les déités ad hoc, les pierres, les arcanes du tarot et toutes les correspondances habituelles qui personnellement, me laissent perplexe.

Non, à la place, je voudrais en profiter pour faire quelques articles et parler de sexe, d’amour, etc.
C’est marrant comme ce sujet là est en fin de compte relativement peu abordé dans le paganisme : on parle de nudité rituelle, en se demandant si oui ou non c’est nécessaire / bien / pertinent, si les gens ne vont pas nous reluquer. On parle de féminin sacrée et de lunes rouges (le terme factuel c’est menstruations, règles.) et de sexualité sacrée en terme de symbolisme.

Le paganisme ne possède pas de vision ou de morale unique autour de ces sujets, et pour cause : il n’y a pas « un paganisme unique ». Il y a DES paganismes. Et au sein de ces paganismes, il y a une multitude de personnes qui ont des avis personnels, des conceptions et des pratiques pouvant être très différentes, même au sein d’un même rameau. Ce qui suit est donc à la fois, une réflexion qui reflète mon point de vue personnel sur la question, une réflexion un peu en vrac. Avant de venir me raconter vos vies ou m’expliquer en quoi vous êtes différents, notez que cette réflexion contient des schématisations qui seront probablement perçues comme étant réductrices. Ceci étant, ces réflexions sont révélatrices de mon expérience et de mes interactions avec d’autres personnes et ne proviennent pas d’extrapolations purement intellectuelles.

Le sujet de la sexualité est un bon révélateur de la façon de penser et des « normes » au sein d’une société ou d’un groupe (ou sous-groupe).
A ce titre là, je n’ai pas constaté de grandes différences entre « le paganisme » (ce paganisme mondialisé qui se trouve fortement influencé par la wicca éclectique de Scott Cunningham (au passage assez différente de la wicca dite « traditionnelle ». A force, on a abouti à une espèce d’uniformisation des pratiques / traditions et à ce que je vais nommer un peu méchamment le « païen standard », celui là même sur lequel les médias s’appuient et écrivent des articles et dont au final on ne sait pas trop si cela finit par devenir consternant, drôle, encourageant ou lassant.) et la « morale généralement rencontrée en France » (comprendre par là que la « morale dominant » certains groupes / milieux sociaux particulier parce que présentant un ensemble de normes et autres plus marqués ne sont pas inclus ici. Aka : venez pas me faire chier en me parlant d’extrémistes religieux ou du « bobo parisien ».)

Par exemple concernant le mariage, (et/ou le Handfasting puisque c’est souvent la dénomination du « mariage païen ». Qui soit dit en passant commence à avoir la côte auprès d’athées qui veulent une cérémonie « plus classe » que la Mairie : mais ouais, vous ne vous mariez pas à l’Eglise parce que vous voulez pas faire semblant ou parce que c’est chiant de se taper 9 mois de préparation avec un prêtre, par contre pas de soucis quand c’est un Handfasting. Vous voulez un mariage qui ait de la gueule et qui soit pas une signature de paperasses dans une mairie ? Alors écrivez-le vous même en puisant dans vos valeurs humanistes ou les coutumes de vos régions ou alors vous n’avez qu’à avoir une religion. Merde à la fin.) la société actuelle (laïque dans le cas présent) tend à tisser ensemble la signification du mariage et de l’amour. Si on se marie, c’est que l’on s’aime (la réciproque « si on s’aime on se marie » me semble de moins en moins perçue comme étant vraie, du moins dans nos générations). Cette interprétation se retrouve dans les termes employés dans les cérémonies du Handfasting : « jusqu’à ce que la mort nous sépare », « pour cette vie et dans les autres » ou « tant que l’amour durera ».

Il y aurait beaucoup à dire d’ailleurs sur les « conditions » d’engagement, sur ce que referment les termes « tant que l’amour durera ». Mais il y a encore plus à dire sur la conception de la fidélité. La notion de fidélité est toujours présente dans le cas des mariages civiles, même si le divorce pour adultère a été aboli en 1975. J’y vois une notion religieuse qui n’a rien à faire dans un cadre laïque, et ca m’avait posé problème (et je ne m’étais privée de poser pleins de questions à la mairie, au grand désespoir de l’adjoint au Maire, qui m’a répondu que les gens ne posaient pas autant de questions juridiques.) Ca me pose toujours problème. Tout ce que j’avais eu comme réponses de la part d’amis païens c’est « le mariage, c’est ça. Si tu ne veux pas, tu ne te marie pas. »
Donc, premièrement, outre le fait que le mariage civil, c’est le code napoléonien qui s’invite dans ta culotte, nous en sommes toujours à une espèce de division binaire : soit tu n’es pas marié/e, et alors tu n’as pas d’engagement avec ton/ta partenaire. Soit tu es marié/e, et alors tu es prié/e d’être fidèle.
Donc la fidélité, c’est la monogamie et uniquement la monogamie ? Pas d’autres interprétations de ce terme ? Au niveau légal, je comprend à quelles fins ça a été mis en place (pour éviter les enfants naturels, comme on disait pour désigner les bâtards, parce que le mariage, c’est d’abord une question de filiation et de préservation des patrimoines, eh oui.) mais ce que je ne comprend pas, c’est premièrement, en quoi on copie-colle ce paradigme légal dans notre paradigme religieux (ou spirituel), deuxièmement, les réactions binaires de la majorité des gens avec qui j’ai eu l’occasion d’en parler (et plusieurs années après, je me souviens très bien de qui m’a répondu quoi.). Soit tu fais un truc et tu fais comme tout le monde. Soit si tu veux rester libre, tu ne le fais pas. Mais quant à interpréter au niveau personnel certaines définitions, c’est non, même si le/la partenaire est d’accord et que le couple a un point de vue particulier sur la question, la gentille société païenne va lui expliquer en quoi c’est-pas-bien.
Et que dit la gentille société païenne (toujours en généralisant, pour rappel) : en gros, les paradigmes sont les suivants : soit tu es marié/e et tu es monogame. Ou tu es monogame tout court. Soit tu n’es pas monogame, et alors tu couches forcément avec le premier venu/la première venue (et surtout/souvent si tu es une fille, tu es une salope. Un mec ca passe socialement mieux. Par contre, un homme qui clame au et fort sa fidélité etc, c’est souvent que les autres ne le croient pas. Bah oui, un homme ca peut pas être fidèle, c’est pas dans sa « nature ». Surtout appliquons bien des préjugés sur les gens en fonction de leur sexe au lieu de respecter leur individualité…). Bah oui, c’est blanc ou noir, faudrait surtout pas donner dans la nuance, ça serait dommage.

Sauf que, pour moi par exemple, fidélité n’est pas un synonyme de monogamie sexuelle. La fidélité peut s’entendre de beaucoup de manières différentes, et du moment que les choses avec le/les partenaires sont claires, alors pas de problème. (Un couple / une personne peut aussi décider que pour lui/elle fidélité = monogamie, pas de problème non plus. Le fait d’adopter cette vision ne devrait pas le rendre « vieux jeu » ou ringard, hors, là aussi, parfois le respect des choix et des visions d’autrui n’est pas toujours au rendez-vous. Comme s’il y avait un prérequis social en terme de nombre de partenaires, en terme de nombre de relations passées, etc.)
Dans le code civil par exemple, il est précisé que les époux ont l’obligation de vivre ensemble. On ne peut pas changer le code civil, par contre, dans le cas d’un mariage religieux (païen ici), on peut se mettre d’accord sur les termes du contrat, d’où le fait que je trouve plutôt comique que les autres païens viennent vous dire ou mettre leur grain de sel sur des questions qui dans le fond ne les concernent pas (parce que dés que vous ouvrirez votre gueule sur un sujet, on vous le fera remarquer. Et dés que vous ne marchez pas dans le troupeau, attendez-vous à vous faire mater bête). C’est marrant dans le fond : chacun revendique sa spécificité, sa liberté de penser ou de culte, ses différences, et au final, la majorité c’est quoi ? Un gloubi-boulga de bons sentiments, d’uniformisation spirituelle et une morale commune.

J’ai croisé des gens qui disent que « si tu es heureux/se, tu n’as pas envie d’aller voir ailleurs. » Bon, donc j’en déduis que tous les couples / individus qui pratiquent le polyamour sont des connards et des connasses frustré/e/s mal dans leurs peaux ? Mais ouais attendez, on va vers le paganisme parce qu’on se sent mal et qu’on étouffe dans le dogme judéo-chrétien et que la Femme n’a pas assez de place et de liberté. Pis quand on sera dans le Paganisme, on va réinventer le dogme judéo-chrétien, classer les femmes dans trois catégories en fonctions de l’état de leur utérus (non pardon, ca c’est juste la Wicca).

En soit, pour tenter de conclure cet article un peu brouillon, l’important n’est pas tant de trouver une morale commune. Ce qui me semble important, c’est que chacun (individu et/ou couple) soit clair avec ce qu’il est prêt ou non à faire et à ne pas faire. A être honnête, et à trouver des accords communs. A ne pas appliquer son cadre / paradigme aux autres et inversement, à ne pas les laisser nous appliquer les leurs.

[Une suite est à suivre] 

Nous creusons dans le ciel une tombe où l’on n’est pas serré.

Artiste Krist Mort

Fini A la croisée des mondes. Enfin, fini, plutôt relu pour la cinquième fois.
Première lecture quand j’étais au lycée. Fini par un torrent de larmes, et cette foutue boule dans la gorge qui n’en finissait pas de se nouer. Relu à la fac, au fond de l’amphi, pendant les cours de grammaire. Passons.

Relu encore ici et là. Relu cette semaine. Et toujours la même boule dans la gorge. Sciée par l’érotisme brûlant dans un livre d’enfants, et par la volonté adulte de l’anéantir. A chaque fois que j’ai bossé en librairie, ca me surprenait cette manie des adultes d’exercer une censure sur ce que lisent les adolescents et les personnes âgées. Comme s’il y avait un âge approprié pour le désir. Passons ça aussi.

Et pendant cette lecture, réaliser brusquement qu’il se pourrait que l’on comprenne pourquoi cette trilogie a provoqué un foin du tonnerre de Zeus.

[Attention, spoiler]

Cette histoire avec le monde des morts, et du Paradis qui n’est qu’un mensonge, comme l’Enfer au passage. Le monde des Morts est aussi blindé et chiant qu’une salle d’attente de généraliste un mercredi après-midi. Et les morts se languissent. Ils se languissent du vent sur leurs visages. De la saveur des mets sur la langue. De leur corps.

Les Anges aussi. Ils ont beau être super méga fort, même Métatron se languit du temps où il était humain et où il avait un corps. Il se languit de pouvoir posséder une femme.

Alors, Lyra et Will ouvriront un passage pour que les morts remontent à la surface, qu’ils puissent se dissoudre. Que les atomes de leurs corps se mêlent aux arbres, aux étoiles, à ceux des daimons qu’ils ont tant chéri. Leur propre part d’âme externe,visible, palpable.
Et les harpies demanderont des histoires, des histoires vraies, en échange de leur aide pour rejoindre le passage.

[Fin du Spoiler]

Et pendant que je dévorais chaque ligne, chaque mot, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à pleins de parallèles. Déjà, l’histoire de Will et Lyra me faisait penser irrésistiblement à Balder et Hel. Oui, je sais, pas accurate. Le mythe est très différent du roman, mais, et ceci est absolument non-factuel, non mythologiquement correcte, n’importe quoi à donf, mais je ne peux pas m’empêcher de les voir en transparence dans ce réçit. Je suppose que n’importe quelle mythologie possède une histoire sembable, et Pullman a fait ce qu’à fait Tolkien avant lui : il a pris les mythes, certains grands textes, comme le Paradis Perdu de John Milton, et il a puisé dedans. Et si je vois Balder et Hela en Will et Lyra, c’est parce que la mythologie nordique est celle qui me parle le plus. Je transpose mes propres référentiels, et les humains donnent aux Dieux une profondeur bouleversante, que je suppose n’être pas capable d’appréhender autrement.

Et concernant les histoires vraies devant être racontées, je repense aux Dísir et aux morts. A raconter leurs propres histoires. A conter au coin du feu, sur les lignes d’un blog, dans le recoin d’un carnet les méandres de leurs vies. A prononcer leurs noms, le doigt posé sur des photos poussiéreuses, en les montrant à des enfants qui feront un jour de même. Et alors que je ne pensais jamais faire ca, pour des raisons qui me sont propres, il me vient en mémoire que je l’ai déjà fait, en parlant de ma grand-mère. Il me vient en mémoire ce moment où durant un blót, j’ai honoré R., dont le nom incertain est venue de manière improbable. Mais dans le fond peu importe, parce que la vrille au creux de la poitrine se moque bien de l’état civil, et que l’essence de la mémoire, elle, était là.
Et alors que je le fais pour certains de mes ancêtres -puisque les choses étant ce qu’elles sont, parfois c’est compliqué-, alors que je me bagarre pour qu’on n’oublie pas le nom de cet homme, suisse-allemand, qui a adopté mon grand-père après la Première Guerre Mondiale, et que ce combat fait parfois ricaner autour de moi  (au passage je vous emmerde), je me dis que la théologie autour de la vie éternelle, elle, me fait bien marrer.

Je me fous complètement de savoir s’il y a un truc ou pas. Je voudrais qu’il n’y ait rien. C’est censé nous rassurer, je ne vois pas ce qu’il y a de rassurant. Exactement comme quand les gens pensent vous aider ou vous réconforter en vous balançant que « la mort est juste le début ». M’ouais, et si moi ca m’arrange que ce soit la fin ?

Le problème, c’est que la vie après la mort, elle est partout. Sauf chez les athées. Merde, je suis pas athée. Je suis polythéiste. J’ai pas envie d’être athée, je l’ai été pendant mon adolescence. Trois ans, trois ans à vider mon stylo plume dans un geste gracieux pour maculer le mur de tâche d’encre noire, parce que je refusais d’écrire en bleu écolier/regular/effaçable.
Je crois que j’aime profondément les Dieux que j’honore. Maladroitement, oui absolument. Non sans révoltes ou blagues potaches pas très drôles. Non sans doutes. Mais… Ouais.
Elles devraient plutôt me réjouir, ces théories. Mais ce n’est pas le cas. Bien au contraire, je trouve qu’il n’y a rien de plus flippant, je ne sais pas expliquer vraiment pourquoi. Toujours dans le bouquin [Re-Spoiler] il y a ces chapitres où il est raconté que notre propre mort se tient toujours à nos côtés, que nous pouvons apprendre à la connaître, mais que la plupart des gens en ont peur. [Fin du Spoiler]
Je trouve que loin d’être effrayant, c’est plutôt génial. Au passage, ca me rappelle le Conte des Trois Frères, dans Harry Potter. Un de mes contes préférés. On ne peut jamais duper la mort, ni avoir le dessus sur elle. On ne peut pas la vaincre, on ne peut ni l’amadouer, ni la soudoyer, ni la corrompre. Mais on peut apprendre à la connaître, comme on fait connaissance avec un ami qui viendra un jour à notre rencontre.
Dés lors, je ne comprends pas pourquoi il faut « une terre promise emplie de béatitude » pour ne pas avoir peur de la mort (parce que c’est souvent la manière dont c’est perçu. Pour autant, chacun à sa propre compréhension, manière d’appréhender, je ne pense pas que le fait de considérer qu’il y a quelque chose après dénote automatiquement une crainte de la mort, c’est juste dans ma manière d’appréhender le phénomène, pas une vérité générale). Soit on a peur d’elle, et alors ce qu’il y a derrière est un promesse pour se rassurer, pour se donner du courage, pour masquer son doute et ses craintes. Soit on n’a pas peur de sa propre mort, et alors, qu’il y ait ou non quelque chose, peu importe. Dans ma façon d’appréhender les choses en tout cas, cela ne signifie pas que cela doit être pareil pour tout le monde, ni même qu’il y a une seule réponse possible, une seule voie envisageable rendant toutes les autres caduques. L’idée que ce qui nous attends après la mort puisse être un choix personnel et pas imposé par une croyance, après tout, pourquoi pas. Peut-être que ce serait ça la vraie liberté.
Je me doute qu’il y a dans certains cas de figures, une idée de récompense, mais je ne la comprend pas non plus. Intellectuellement disons que je comprends le principe, mais je n’y adhère pas, parce que de la façon dont je considère les choses, c’est inepte. La mort est un fait, c’est tout. Et ca ne sert à rien de flipper sa race devant un fait, c’est un peu comme si quelqu’un avait soudainement des crises d’angoisse parce que la terre est ronde, et qu’elle tourne autour du soleil. Je comprend qu’on ait peur de perdre une personne que l’on aime, qu’on s’inquiète de ceux qu’on laisse derrière soi, mais j’ai tendance à les considérer comme des dommages collatéraux. Avoir peur d’un dommage collatéral, c’est normal, c’est même logique puisque ses paramètres ne sont pas fixes, le cas de figure peut donc être très différent suivant les personnes, les moments, les endroits. On peut dans une certaine mesure avoir une influence relative sur eux. Mais la mort, en tant qu’acte performatif, c’est le noyau. Les circonstances et tout le bordel, on ne peut pas savoir comment ils seront disposés, on peut faire des suppositions. Mais ils tournent autour du noyau qu’est le phénomène de la mort.

Le souci, c’est que 7 fois sur 10 (et je suis sympa), quand vous essayez d’expliquer cela, les gens vous prennent soit pour une cinglée, soit pour une psychopathe, soit pour une personne suicidaire (voire les trois en même temps, co-co-co-combo breaker). Comme si, pute borgne, être un curieuse de sa vie et en profiter impliquait obligatoirement qu’on doive se pisser dessus devant la mort (c’est malpoli, ma mère m’a mieux élevée que ça). Nope.

(Le titre de l’article est tiré du poème Fugue de mort de Paul Celan)

Nature, gentille nature ?

La nature, ou plus précisément la place de la nature est souvent au coeur de la pratique païenne contemporaine.

Ceci étant -et ceci est mon point de vue personnel sur la question, je n’oblige personne à y adhérer- je trouve un peu curieux le positionnement que beaucoup semblent avoir : la nature est notre amie, notre mère, nous sommes ses enfants, et de ce fait, nous avons une relation privilégiée avec. Mmmh, oui et non. Je comprends qu’elle puisse occuper pour certain une place prépondérante, maintenant, malgré tout, cette vision me semble biaisée.

La figure de « Mère Nature » semble une vision relativement contemporaine, et remonte, si ma mémoire est bonne, au XIXe siècle. Paradoxalement, c’est aussi la période de la Révolution Industrielle, et je pense que ce n’est pas sans avoir un lien : c’est au moment où nous sommes devenus moins sujets à ses aléas que nous avons commencé, d’une certaine manière, à l’idéaliser.

Je trouve relativement facile d’idéaliser et d’adorer la Nature quand on rentre chez soi le soir et que l’on va faire ses courses au supermarché du coin. La Nature n’est pas ma Mère, ma Copine, et je ne suis pas sa fille. Ce n’est pas pour autant que je ne la respecte pas ou que je n’essaie pas de faire ce qu’il faut, à mon échelle, pour tenter de participer à sa préservation, ni que je ne l’apprécie pas et que je ne reconnais pas ses bienfaits. C’est juste que dans mon optique, se proclamer « fille de la nature » etc, parce que l’on sait utiliser les simples et que l’on vit près d’un bout de forêt, c’est à la fois une vision simpliste et anthropocentrée. Ce n’est pas parce qu’on l’aime ou qu’on fait des câlins à des arbres que la nature vous épargnera. Ce n’est pas parce qu’on suit une religion / spiritualité axée sur ses cycles que l’on acquiert un statut privilégié. Et je pense que c’est facile de le faire, parce que, que l’on vive à la campagne ou en ville, on évolue tout de même dans une civilisation qui nous permet d’avoir un filet de sureté : les infrastructures, les hôpitaux, la possibilité de ne pas être touché par la famine, de trouver un point d’eau, etc, nous permet en quelque sorte cette candeur. En se positionnant comme « enfant de Mère Gaïa » et autres appellations, on retrouve finalement une optique similaire -mais ici inversée-  à celle que décrit la Bible, dans laquelle la nature et les animaux sont placés sur terre pour le bien-être de l’humain.

Oh c’est cool, t’es trop chou l’arbre, tu es un chêne et je vais te faire un gros câlin, puis je vais te laisser une offrande, on est frangin toi et moi. Comme s’il était impensable que l’arbre puisse n’en avoir rien à foutre de notre gueule, comme si, par ce geste, on cherchait à ce que la nature nous accorde un statut privilégié. Bernique.
La Nature était là avant nous, elle sera là après nous. Je ne pense pas non plus que l’humain a détruit la nature, là aussi, c’est une vision humano-centrée : elle existera après nous [note : bien que l’écosystème actuel tel que nous le connaissons peut lui disparaître. Une terre peuplée de bactéries évoluant dans un milieu extrême peut être considéré comme « une persistance de la nature », maintenant, est-ce que c’est ce que nous souhaitons, est-ce comme cela que nous pouvons envisager les choses, c’est une autre paire de manches.] J’avais il y a un certain temps vu des photos du site de Tchernobyl : la nature a repris ses droits, s’est adaptée. Après quelques générations d’aberrations, il y a des animaux qui sont revenus. En revanche, nous continuons d’en payer le prix, et les générations futures ne seront pas plus épargnées que nous. Peut-être parce que nous vivons plus longtemps, parce que peut-être, nous sommes moins adaptables au niveau biologique. Nous avons contribué, certes, à l’extinction de centaines espèces, mais c’est surtout notre propre espèce que nous allons exterminer [note : je ne suis pas en train de dire « les autres on s’en branle », c’est une tentative de contextualisation]. Dire que l’humain va détruire la terre, en tant que tel, je suis sceptique : je ne renie absolument pas l’impact désastreux, à la fois de la surpopulation (élargissons la problématique du « il faudra nourrir tout le monde », « oui la terre peut nourrir tout le monde ») et de notre mode de vie occidental, mais je pense que nous avons surtout réussi à programmer un environnement qui nous sera invivable (en pensant de manière globale, je ne suis pas assez calée pour me lancer dans un discours géopolitique). Entendons-bien, ce n’est pas un appel pour cesser les efforts dans ce domaine ou une excuse pour s’en foutre, bien au contraire. C’est simplement une tentative pour sortir du discours et du cadre dans lequel l’humain, en bien comme en mal, se trouve au centre du paradigme, comme si nous étions l’espèce qui a le plus d’importance.

En forêt, je tends à me considérer davantage comme une invitée. Je n’ai pas de statut spécial, je n’ai rien de particulier. Je sais juste reconnaître certaines plantes, je demande si je peux prélever certains végétaux. Parfois ils disent oui, parfois non. Le fait d’être païen / animistes / ou whatever ne nous donnent aucun DROIT, tout au plus cela participe à une certaine vision, un certain idéal, mais en aucun cas, à mes yeux, cela n’implique une reconnaissance (au sens « valeur ») intrinsèque de notre être de la part de la nature, des esprits du lieux, des esprits et autres.

Quand j’avais 18 ans, j’avais lu pas mal de trucs sur les arbres nos amis etc, une sorte de discours dominant qui dit qu’en gros, les arbres sont nos potes et nous aime. Je suis tombée des nues quand, en Angleterre, j’ai pendant un été tenté de travailler avec toutes les essences présentes dans la forêt alentours. Je suis arrivée, avec mon pentacle au cou, mes dix-huit balais et mon enthousiasme en bandoulière, et je me suis mangée une tarte magistrale quand des arbres m’ont envoyée me faire foutre, ou m’ont ignoré. Quand l’esprit du Prunellier m’a dit ok pour prendre des épines, mais qu’il voulait du sang en retour. Mais hein, quoi comment ? Depuis quand les arbres nous envoient chier ? Depuis quand les esprits réclament du sang ? Bah oui. Les esprits, les arbres et les Dieux ne sont pas tenus de nous aimer et ils ne nous doivent rien. Et parfois, proposer une contre-partie n’est pas suffisante : la nature n’est pas un magasin où on paye par chèque à la fin. Elle est un écosystème composée de je ne sais combien d’organisme, dans lequel nous avons une part, sans plus. Elle n’est pas tenue de nous aimer ou de nous accorder un traitement de faveur, que l’on soit païen ou non. Les esprits ne sont pas tenus d’être sympa avec nous. Ils ne sont pas tenus de nous répondre. Et ils n’ont pas nécessairement besoin de nous, ni même envie de nous voir. Se positionner en tant que « gentil » ou « méchant », « amis » ou « ennemis » n’est qu’une manière commode pour éviter de regarder les faits en face.

(Diaporama trouvé sur tumblr, auteur(e) inconnu(e))