[Odin Project #23 / PBP] X – Xoanon (les représentations d’Odin 1/?)

Note : désolée pour les balises de wordpress et l’emplacement erratique du texte. 
Etant donné la pléthore de mots commençant par un X, il a fallu ruser un peu. En Grèce, un Xoanon est une statue en bois, dédiée au culte. (Merci Wikipédia, parce que je suis complètement nulle en matière de mythes / tradition hellénique) A partir de ce terme, j’ai décidé d’aborder une petite de la question des apparences, de la façon dont Odin est souvent représenté, et qui je l’avoue, ne me parlent pas du tout ou me font lever un sourcil avec un air « WTF ». [article qui pourra être complété par un autre, plus général.]

Auteur inconnu

Auteur inconnu

Sans même entrer dans le sujet des adaptations cinématographiques, pour diverses raisons, je trouve assez « marrante » la façon dont Odin est souvent représenté : un semi-vieux qui se bat à moitié à poil pour dévoiler un torse body-buildé et un casque avec des cornes sur la tête. A mon avis (bien que je puisse me tromper, n’ayant pas été creuser la question) cela vient en grande partie du XIXe siècle (Wagner, le revival celte et nordique, etc…). Cette esthétique me laisse personnellement un peu sceptique, que ce soit dans les anciennes représentations (OMG les casques…) ou chez les
illustrateurs modernes (tous fans de Frazetta, youpi) me laisse personnellement…dubitative dirons-nous. Elle rejoint à mes yeux étroitement la tendance « youpi je suis un grand guerrier -de salon- et Odin est le dieu de la guerre épicétou. » A noter qu’un de ses heiti le désigne plutôt comme un dieu disons, efflanqué ou maigre (Thunn).

Par Annaiceflames sur Deviantart

Autre tendance, celle du « Gandalf ». Odin est un gentil papy magicien un peu roublard, mais quand même très sympa. Il a un grand chapeau, une robe bleue Gibert Joseph (ou Ikea, comme vous préférez) bien propre. Certes, Tolkien a admis (je ne sais plus où je l’ai lu, peut-être dans la biographie que H. Carpenter lui a consacré) s’être inspiré en partie d’Odin pour son personnage de Gandalf (quel scoop en même temps vu ses sources d’inspiration). En ce qui concerne le chapeau, un de ses heiti utilisé pour le désigner est Siðhöttr, « Au chapeau rabattu sur les yeux ». Pareil pour la barbe, les moustaches, certains heiti le désignent comme telle. Idem encore pour la cape.

On le représente, logiquement, avec un œil soit masqué, soit manquant. En revanche, la majorité des illustrations le montrent assez vieux, c’est assez logique, mais explicitement, je crois que rien ne le désigne réellement comme ayant une apparence âgée : il y a bien certaines appellations (comme dans le Dit de Völsi, où on parle « du Vieux et de la Vieille », et d’après les notes de Boyer, ce sont des façons populaires de le désigner, ainsi que Frigg) qui laissent supposer « que », mais, encore une fois, je crois que c’est tout, mais je chercherai à l’occasion.

Par Paul Reid

par Signe-Sanne

Autre classique d’illustrateurs/trices, la pendaison à Yggdrasil, où, généralement, par pudeur un morceau de tissu artistiquement drapé lui couvre pudiquement le bas-ventre. La nudité masculine, c’est vrai, c’est choquant. Le fait d’être pendu à un arbre, par contre, ca ne pose aucun problème…

Je ne sais pas quel pourcentage les trois cas de figures recensés dans cet article forment par rapport au total des illustrations d’Odin. Sur les représentations de la seconde, c’est assez subjectif le degré « air sympa », sur la première, ca me fait souvent rire, quant à la troisième, sans commentaires.

Au départ, c’était parti pour être un article un peu plus sérieux, mais en épluchant mon stock d’images, le « gné ? » du neurone fatigué et la chiantise des balises du code wordpress l’ont  emportés.

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[Odin Project #15 / PBP] W – Wanderer

Auteur inconnu

L’un des aspects les plus connus d’Odin est sans doute celle d’un dieu voyageur. Plusieurs de ses heiti sont corrélés à cet aspect que l’on peut considérer sous deux angles : le voyage « physique » mais aussi le voyage chamanique, qui s’effectue sous forme de transe.

Premièrement, voici un  -très- bref aperçu -non exhaustif- de ses identités et de ses voyages/interventions.

* Gangleri, dans la Gylfaginning, à la rencontre du roi Gylfi.
* Bölverk, quand il se rend chez Suttung pour récupérer l’hydromel -et qu’il séduit au passage Gunnlöd. Cette histoire est mentionnée plusieurs fois dans les textes, notamment dans le chapitre 2 du Skáldskaparmál [pour raconter l’origine de la poésie].
Hárbarðr, dans le fameux Hárbardsljód. Odin est déguisé en passeur et se chamaille avec Thor, en profitant pour se vanter de ses prouesses sexuelles.
Hrani dans la saga de Hrólf Kraki.
Grímnir, entre autre dans le Grímnismál.
* Vegtam, dans les Baldr Draumar, quand il va interroger la völva morte à propos de la destinée de son fils.

Dans un premier temps, j’ai tenté de séparer ce qui m’apparaissait relever de la catégorie des voyages « physiques » et ce qui me semblait être davantage de l’ordre du voyage « chamanique » avant de me rendre compte que ce n’était pas un angle très pertinent : par exemple, dans le Grímnismál, si d’un premier abord, le voyage semble se faire sur le plan « physique », ce que subi Odin, qui se retrouve pendu entre deux feux etc, n’est pas sans rappeler ce qui est dit dans le Rúnatal (la partie du Hávamál où il raconte la découverte des runes) et qui pourrait être rapproché d’une initiation chamanique.

Peu importe le voyage, il semble y avoir toujours un but : Odin ne voyage pas forcément pour le plaisir (bien qu’il puisse en prendre à l’occasion), il y a une raison, quelque chose qu’il essaie de changer ou d’influencer. Des informations qu’il se doit de trouver pour exercer ce changement ou cette influence. C’est flagrant dans les raisons qui le poussent à aller voir le roi Geirröth dans le Grímnismál. Pareil pour les Baldr Draumar, etc. De ce point de vue là, par exemple, le Hárbardsljód est relativement à part.

On constate que les voyages qu’il effectue se font sous une identité d’emprunt, masquant, du moins en apparence, son identité véritable. S’y ajoutent parfois un déguisement physique. On peut y voir un renforcement de cette volonté d’action conjuguée à l’obligation de ne pas se faire « remarquer », en tout cas, pas au début du processus, ce qui possède un sens, et physiquement, et chamaniquement (il est intéressant de considérer le nom de l’Arbre-du-Monde, Yggdrasil, soit « coursier de Ygg », et de regarder sa monture, Sleipnir, ce qui fera peut-être l’objet d’un autre article).
Le changement de forme a lieu à plusieurs reprises [changement de forme qui demeure néanmoins parfois humaine, comme lorsqu’il va séduire Rind et que, pour la piéger -ainsi que son père-, il prend l’apparence d’une vieille femme, entre autres. Cet épisode est raconté dans la Geste des Danois de Saxo Grammaticus], par exemple dans le cas où il va récupérer l’hydromel, et se change en serpent pour percer la montagne, ou dans le chapitre 7 de la Heimskringla intitulé Magie d’Odin, quand il est dit :

Odin avait le pouvoir de se métamorphoser. Son corps gisait alors comme endormi ou mort, tandis qu’il était lui-même oiseau ou animal sauvage, poisson ou serpent, et qu’en un clin d’œil il se rendait dans des pays lointains pour ses propres affaires ou pour celles d’autrui.

Au long des textes, il apparaît que la rencontre avec Odin s’avère souvent fatale pour nombre de ceux qui croisent sa route : c’est le cas pour Geirröth qui finit empalé sur son épée, pour Hrólf Kraki, pour les géants qui l’embauchent sous le nom de Bölverk. La mort et le voyage se trouvent fréquemment corrélés, ce qui est d’une certaine manière amusant si l’on prend en considération le fait que l’imagerie « populaire » le représentent souvent vêtu d’une cape bleue ou noire dans ces moments là. Hors dans cette mythologie, le bleu -et le noir- sont en lien étroit avec la mort, rien à voir avec la connaissance. Ceci étant, ce dernier point est un plus un détail qu’autre chose.

Sources :
L’Edda poétique, traduction Régis Boyer
L’Edda, récits de mythologie nordique, traduction de François-Xavier Dillmann
Histoire des rois de Norvège, traduction de François-Xavier Dillmann


[Odin Project #8 / PBP] W – Wunjo, Odin : seiðr, fureur, extase

Le nom Odin (Woden en Vieil Anglais, Óðinn en Vieux Norrois, souvent anglicisé en Odhinn, voir parfois Othinn) provient de la racine óðr- qui signifie fureur (sous forme d’adjectif, j’ai parfois lu que le nom óðr se rattache à la poésie, on retrouve d’ailleurs cette origine dans Óðrerir, qui contient « l’hydromel de l’inspiration poétique »). J’avais déjà abordé précédemment un des sens de wunjo. Ici il sera davantage question de certaines applications de cette rune et du lien avec Odin (qui avait été aussi abordé brièvement l’an dernier ici), les notions de fureur et d’extase feront probablement l’objet d’autres articles ce mois-ci. A noter que je ne propose que mon interprétation, elle est donc à prendre avec précaution et n’est absolument pas fixée, c’est davantage une « proposition d’exploration ».

Wunjo est connectée aux plaisirs et à la joie. Il s’agit d’une rune essentiellement liée au matériel, du moins à première vue. Il est intéressant de noter qu’elle a disparu du futhark à seize runes : parmi les hypothèses tentant d’expliquer la disparition de ces runes, j’avais lu [où ?] qu’auraient pu être ôtées les runes dont la signification ne correspondaient pas aux « idéaux » alors en vigueur. C’est une possibilité. Ceci étant, les runes ayant été utilisée à des fins tout à fait pragmatiques, je pense que l’explication linguistique simple n’est absolument pas à négliger, bien au contraire : l’évolution du langage pouvant expliquer la disparition de certains signes, qui correspondaient à des sons qui n’étaient plus utilisés. Néanmoins, ces deux hypothèses se complètent très bien (je suis curieuse de pouvoir lire ce qu’en disent les spécialistes de la question qui l’ont étudié sous un angle purement factuel, dénué de toute pratique « magique ».)
Autre question que je me pose : celle d’un possible lien entre la racine du nom « wunjo » et des noms d’Odin (Woden, Wotan, Wodanaz etc). Je n’en sais absolument rien, c’est une interrogation pure.

Dans l’explication « basique » de la rune Wunjo, celle de la joie simple liée au matériel comporte également le plaisir sexuel. Si Odin est un dieu de fureur (pour paraphaser Adam de Brême  « Wotan, id est furor »), celle ci a souvent été rabattue au rang de « fureur guerrière » mais par fureur, on peut aussi inclure une sorte d’état transcendant, la fureur n’était pas spécifiquement l’expression de la colère, mais plutôt une canalisation d’énergie débordante, aussi bien d’un point de vue guerrier, que d’un point de vue sexuel ou à des fins « rituelles » (extase, transe chamanique).

J’ai souvent lu que Othala était liée à la pratique du Seiðr, et j’avoue que j’ai du mal à comprendre pourquoi. En étudiant Wunjo, j’ai constaté qu’elle a un rôle de « canalisateur » assez important : plus que la joie, elle peut aussi dénoter la capacité à engranger / canaliser une énergie. Je l’avais l’an passé reliée à la capacité des berserker (je dis berserker pour simplifier mais ce ne sont pas les seuls types de combattants à se battre sous l’effet d’un état de transe) à passer en transe guerrière, mais aussi à une sorte d’intoxication.  A ce sujet, cela n’est pas sans m’évoquer l’hydromel et l’état d’ivresse : il est dit qu’Odin ne prend pour toute nourriture que de l’hydromel, et qu’il donne la viande à ses loups, Geri et Freki.
Wunjo permet la réception, l’ouverture, l’alignement sur une énergie (et doit pouvoir servir à la pratique de certains rituels de possession comme celui décrit par Katie Gerrard dans Seidr : The Gate is Open. Note : tout dépend de la déité en question, bien sûr.)

Pour moi, Wunjo est une rune fortement liée au Seiðr : c’est une rune de pénétration, énergétique et/ou sexuelle, et la pratique du Seiðr n’est pas une pratique « aseptisée » : elle ne sépare pas le sexe de la pratique magique comme c’est souvent le cas dans certaines pratiques magiques contemporaines. Bien au contraire, on peut se servir de l’acte sexuel [quel qu’il soit] pour atteindre un état de conscience modifiée et/ou utiliser l’énergie de l’orgasme, par exemple, pour certains types de travaux.
La pratique du Seiðr était jugée dégradante pour les hommes, dont on disait qu’ils était dévirilisés par cette pratique. Curieusement, là aussi quand on parle d’Odin en tant que « dieu-magicien » beaucoup semble oublier le concept d’ergi (qui fera l’objet d’une explication ultérieure). Pour l’instant, l’ensemble wunjo / seiðr / extase / Odin est plutôt cohérent. Rappelons que Seiðr, d’après Ed Richardson, signifie quelque chose comme « bouillonnement ».
Chanter la rune au son d’un tambour au début d’un voyage provoque une sorte de levée du « verrou ». (Généralement, quand je pratique, il n’y a pas de « méditation guidée », je fais le vide et d’autres trucs -chants etc- et je sens simplement au bout d’un moment quelque chose qui se « déclique » et comme une vibration / sensations particulières que j’aurais du mal à décrire. Ceci étant, ca n’est pas systématique. Parfois, il n’y a rien. Le  combo déclic+vibrations n’est pas « la fin » mais plutôt la condition pour que « le reste » puisse avoir lieu, bref passons.)

Pour finir, cela me fait penser de façon assez incongrue au roman de William Faulkner (pour la petite histoire, il parait qu’il n’arrivait à écrire que complètement bourré) Le bruit et la fureur. (Aucun lien, je sais.)

[PBP – Odin Project #1] V – Valar Morghulis

Auteur/e inconnu/e

Comme l’an dernier, je profiterai du mois de novembre pour parler d’Odin. Je ne sais pas si j’y arriverai tous les jours, on verra bien. Les articles du vendredi feront normalement double emploi avec le Pagan Blog Project.

« Valar Morghulis » est une phrase tirée de Game of Thrones et signifie « tous les hommes doivent mourir ». C’est pratique pour la lettre V, :p

A propos de ces histoires de consécration à une déité, une des choses les plus fréquentes que j’ai pu lire au cours de l’année écoulée, c’est plus ou moins qu’il faut faire attention, parce que les déités sont dangereuses, et que se consacrer à l’une d’elle peut avoir un impact important sur votre vie, et vous condamner à des ennuis potentiels, assez ciblés selon la déité en question. Que certains choix peuvent vous conduire à la mort, bla bla bla.

Comment dire… Premièrement, dire qu’il y a des déités qui sont dangereuses, ou son corollaire « ces dieux là / cette déité là n’est par pour tout le monde » revient à dire que si on marche sous la pluie sans parapluie on va finir trempé. Evidemment que les dieux peuvent être dangereux, mais ils le sont tous à leur manière. Il n’y a pas de déités « safe » comme un jouet Ikea aux normes de sécurité en vigueur et conçu pour les enfants de moins de 36 mois. Si vous voulez quelque chose de sûr, sans danger, achetez vous une peluche pour nouveau-né. Si vous avez le vertige, vous n’allez pas faire du deltaplane. Si vous en faites, vous avez beau avoir un équipement dernier cri, aux normes et tout le tintouin, le risque zéro n’existe pas. Nous vivons dans une société où beaucoup aimeraient que le risque zéro soit une norme. Et bien non, il reste toujours une part d’incertitude, de risques, de possibilité imprévue, et les Déités ne sont pas différentes.

Je ne sais pas quelles idées se font les gens sur la consécration, je ne suis pas dans leur tête. Par contre, je peux vous dire comment je la considère. La consécration est une forme d’engagement. Chose marrante, les gens semblent souvent prêt à faire pleins de choses qui ne les engagent pas, du moins le pensent-ils. Allumer une bougie, faire une offrande, faire gentiment des dévotions. Jusque là, rien de bien révolutionnaire.
Effectivement, une consécration peut changer bien des choses, directement ou indirectement. Oui, il peut y avoir des voies qui se ferment et d’autres qui s’ouvrent. Quel est le problème ? Quoi que l’on fasse, l’évolution naturelle d’une situation donnée amène un lot de paramètres, et ainsi de suite.

Odin est un dieu qui est parfois mal vu. Je ne m’en rend pas trop compte, mais en faisant des recherches, j’ai constaté qu’il y a effectivement pas mal de personnes qui se méfient de lui, ou qui préfèrent ne pas attirer son attention, parce qu’il n’est pas considéré comme fiable. Je me souviens d’une personne qui un jour m’a dit, il y a un certain temps, de faire attention, et qu’il y avait une sorte de superstition comme quoi il ne fallait pas trop attirer son attention, parce que l’on risquait d’avoir une mort violente. Et de la manière dont la mort est perçue, au moins actuellement, une mort violente n’est pas exactement un événement positif.

Je considère que quand on consacre sa vie à une déité, on consacre sa mort aussi. On n’offre pas seulement des libations, des offrandes ou des actes séparés du reste, comme si nos gestes étaient des morceaux de continents à la dérive (John Donne, bisous). Offrir sa vie, par extension, c’est aussi offrir sa mort. Soit on l’assume, soit on ne l’assume pas. Si on ne l’assume pas, on se consacre pas à une déité (et non, dans mon optique, on ne change pas de déités tous les 36 du mois et on ne passe pas son temps à se consacrer à la première qui passe. Je sais qu’il y a d’autres optiques dans lesquelles cela a un sens, et pourquoi pas, mais pas dans la mienne.) La mort n’est pas un drame, c’est un fait. Un fait désagréable si c’est une mort douloureuse. Un fait triste quand une personne que vous aimez meurt. Néanmoins, vous mourrez. Je mourrai. Les gens que vous aimez mourront aussi. C’est comme ça. Quand une chose est inévitable au bout du compte, alors je ne vois pas l’intérêt de pinailler sur la manière et le moment où cela se passera. Nous n’avons de toutes manières qu’une vision très limitée des choses.

Je ne pense pas qu’Odin soit moins fiable qu’un autre dieu. Il a juste sa manière d’être. Il est considéré comme assez calculateur, c’est un aspect qui ressort de manière assez claire : il sait très bien comme tourner une situation à son avantage et il fait toujours les choses dans un but précis. Je n’attends pas d’une amie ayant peur des chiens qu’elle aille faire un câlin à un gros toutou dans la rue. Pourquoi attendrais-je d’un dieu pouvant agir de manière très calculée et pragmatique qu’il change brusquement ou croiser les doigts en espérant qu’avec telle personne cela soit différent ? Ce n’est pas un peu un non-sens ?

[PBP] V – L’Appel et la validation sociale

Kelly Louise Judd

Les discussions sur la valeur de l’appel semblent réapparaître ces dernières semaines. Outre le fait que je trouve le timing de l’année « marrant » pour parler de cette question, il y a des points de vues et des comportements que je trouve malheureusement assez binaires dans les réactions.

Je ne ferai pas de récapitulatif sur les différentes configurations, simplement, un rappel grossier et généraliste : faut-il être appelé par les déités pour les suivre / les intégrer à notre pratique ?

Ce n’est pas tellement la nature des principales remarques qui me fait lever le sourcil, mais plutôt leur formulation.

En gros, la donnée généralement avancée du côté francophone (pour le peu que j’ai vu du côté anglophone, c’est totalement différent) c’est grossièrement résumé : « mais non, vous n’avez pas besoin d’être appelé, premièrement c’est une légende, et de toutes façons, la notion d’appel c’est rarement une lumière qui descend du ciel ».

Qu’il n’y ait pas besoin d’être appelé pour pratiquer / honorer les dieux. Ouais.
Maintenant, je vais rentrer dans le lard, ce qui me fait bondir, c’est cette espèce d’implicite : non, il n’y a pas besoin d’appel. Moi j’en ai pas eu. D’ailleurs c’est une légende. Mais bien sûr. Donc quand vous n’avez pas vérifié ou expérimenté personnellement une situation, vous préférez la réfuter ou la ranger dans la case des légendes…

Ensuite, la manière dont on présente l’appel, sa représentation idéalisé (l’idée des trompette ou d’une élection divine et autres conneries) montre un paradoxe : vous n’y croyez pas, en tout cas pas pour vous, mais vous le considérer quand même comme un truc « bien » ou en tout cas les mots que vous choisissez pour décrire ce processus sont de l’ordre de l’idéalisation, comme si non seulement vous y croiriez, mais qu’en plus vous lui prêtiez une valeur surajoutée. Pour après le dénigrer en disant que ce sont des légendes. En d’autres termes, vous vous formatez votre propre case : l’appel est une élection. Je n’ai pas ressenti l’appel. Donc je dis que l’appel c’est une légende, parce que sinon d’après ma propre perception, je n’aurai pas le droit de pratiquer / je ne suis pas assez bien.

En gros, vous confondez « appel » et « validation sociale ». Il y a une ambivalence très forte dans ce type de comportement : d’un côté on le dénigre ou le minimise, de l’autre, on essaie tout de même de se justifier de ne pas avoir « reçu d’appel » et d’être en droit de pratiquer. Si vous ne considériez pas un tout petit peu, vous n’auriez probablement pas besoin de cette justification.

Marrant, si je prend des gens qui ont vécu un processus d’appel, il auraient sans doute envie de vous dire « Ah une légende ? Ecoute, prend ma place, vas-y je t’en prie. Je reviens dans une semaine et on en reparle. See ya. »

L’appel n’est pas une élection divine, un texte neuneu avec une déesse toute gentille et les Dame du Lac de Zimmer Bradley comme décor. Si vous le pensez, premièrement merci d’avoir jeté toute culture générale / anthropologique / ethnologique aux orties. Bravo, venez pas vous plaindre qu’on ne prend pas le paganisme au sérieux, ce type de comportement ne fait rien pour (puisque apparemment ca tient à cœur de tellement de monde d’être reconnu et validé socialement). Alors, certes, nous ne sommes pas dans la culture d’une tribu sibérienne (par exemple) ayant son propre système et référentiel, il n’empêche que même si les schémas sont nombreux et relativement complexes, un certain nombre de figures se dégagent : appliquer aveuglément un référentiel externe à notre culture est bancale, mais justement, la façon dont l’appel est évoqué par certains est différente mais cela ne l’empêche pas d’exister. (Ca serait intéressant un jour d’avoir une étude ethno / anthropo des courants néo/païens en Occident.) Prenons un exemple que l’on retrouve aisément sur bien des blogs : combien d’entre nous évoquent leur enfance en mettant en relief des éléments qui, d’après eux, sont des détails marquants et pouvant être apparenté à leur pratique d’adulte ?

Le problème c’est qu’en « pour » ou en « contre », l’appel a l’air d’être vu comme quelque chose de mélioratif, comme si cela faisait de vous une personne plus apte, plus légitime ou quoi, alors que l’appel est un processus factuel avec des conséquences qui le sont plus ou moins. La seule chose qui peut faire de vous une personne légitime, c’est vous même, par votre pratique (pratique incluant la pratique elle-même et le comportement personnel, et pas uniquement dans les situations « païennes ».)

Examinons un exemple assez proche : celui de la vocation dans le Catholicisme (parce que non, Christianisme c’est trop général).

A – Une personne peut avoir la foi.
B  – Une personne peut avoir la foi, et suffisamment de vocation pour choisir d’entrer dans les ordres et de se consacrer à Dieu.

Est-ce que la personne B vaut mieux que la personne A ? Non. Est-ce qu’elle est mieux vue par Dieu ? Non. Est-ce que cela signifie que la foi de la personne A est inférieur à celle de la personne B ? Non.

Si vous pensez que la personne B a entendu des trompettes d’airain pour lui signifier sa vocation et que tout est super facile pour elle, vous vous gourez lourdement les enfants. A titre d’exemple (incomplet puisque je n’ai pas lu toutes les œuvres), mais Sainte Thérèse d’Avila n’avait pas l’air d’avoir la vie méga facile avec tout qui roule. Sa vocation (son appel) a plutôt été de l’ordre du TGV en pleine gueule avec jus de citron sur les plaies. Nan mais c’est connu, le Chritianisme, c’est de la merde. Au lieu de lire Maître Eckart, on va lire Z. Budapest, hein. La personne B n’est pas meilleure que la personne A, sa foi n’est peut-être pas plus forte, c’est juste qu’elle est prête à se consacrer à Dieu d’une manière différente, et d’orienter sa vie d’une certaine manière pour qu’elle coïncide avec sa vocation.

Là où les choses sont un peu différentes, c’est que, du moins pour ce que j’ai pu en lire, l’appel dans le Catholicisme m’a l’air présenté de manière un peu moins « trash » (encore que…). Une large partie du néo-paganisme semble présenter l’appel comme un fait presque désirable, sympa : il diffère largement des sociétés traditionnelles ou même d’autres franges du (néo) paganisme sur ce point. Dans les sociétés traditionnelles (je parle ici de certaines tribus sibériennes évoquées dans un livre de Juha Pentikainen) les gens faisaient au contraire tout pour se tenir à l’écart des esprits. Et même dans certaines franges (néo) païenne évoquées précédemment, les récits que l’on peut lire n’ont rien de franchement hilarant : se gaufrer un TGV en bagnole, c’est peut-être marrant de le voir sur une vidéo des Jackass, moins de le vivre IRL.

On pourrait décrire l’appel comme un processus factuel avec des conséquences qui le sont plus ou moins, mais le mot « appel » est trop connoté et semble évoquer quelque chose de mélioratif, comme s’il plaçait la personne au-dessus des autres, alors que ce n’est pas le cas.

Non, il n’y a pas besoin d’avoir un « appel » pour honorer une déité. Après, certains types de pratique sont une question effectivement d’aptitudes et tout le monde ne peut pas tout faire : une personne peut savoir dessiner mais ne pas avoir l’oreille musicale. Cela la rend-t-elle meilleure que celle qui sait faire l’inverse ? Non. Différente oui. Meilleure non.
Oui, l’appel peut-être différent, plus ou moins visible et je pense qu’il diffère suivant les chemins que l’on a emprunté, que l’on emprunte et en fonction de ceux que les déités / esprits souhaitent nous voir emprunter.
Oui, cela peut être plus ou moins violent, mais notre faculté à accepter et à lâchez-prise sans vouloir tout contrôler ou en se croyant aussi fort qu’eux modifie aussi beaucoup l’intensité du choc (j’ai une image graveleuse en tête que je vous épargne).
L’appel et la légitimité sont deux choses différentes. Et la « technique pure » ne rend pas une personne meilleure qu’une autre, parce que nous sommes dans un champs de pratique qui ne peux placer d’un côté la personne et de l’autre « l’outil ». En d’autres termes, si vous êtes méga skill, mais que vous ne vous sentez plus pisser, vous risquez d’avoir des ennuis. Idem si vous êtes paresseux. Par contre, une personne peut-être moins « douée » au départ mais qui fait de son mieux, appel ou pas appel (suivant les types de pratique hein) ira sûrement plus loin que le potentiel de départ aurait pu le laisser supposer.
Non, ce n’est pas une légende. Vous pouvez y croire ou ne pas y croire, en fonction de votre expérience ou avis personnel, mais pourquoi vouloir appliquer votre paradigme à tout le monde et invalider le chemin d’autrui parce qu’il ne colle pas au vôtre ?

[PBP] U – UPG

weyoume_tumblrUPG pour Unverified Personal Gnosis (en français Gnose Personnelle non Vérifiées) est une abréviation que l’on rencontre largement dans les textes anglophones et désigne en gros les informations obtenues sur une déité lors d’expériences personnelles. Ces informations ne sont généralement pas vérifiables (en tout cas pas complètement) par le biais des sources primaires.
Voilà pour la définition de base.

Après, ce qui est intéressant, c’est de constater que si ces informations ne sont pas vérifiables par le biais des sources premières, on peut avoir d’autres bribes d’informations qui s’y rattachent en consultant les sources secondaires. Du moins pour certaines d’entre elles. Prenons deux exemples :

* Dans les pratiques contemporaines, Frigg est souvent associée au bleu clair et au blanc. Rien dans les Eddas ou les Sagas ne confirme cette association, mais rien non plus ne vient l’infirmer. Si on regarde dans les sources secondaires purement universitaires, non plus (encore qu’on pourrait commencer à disserter sur le fait qu’aucune plante native d’Islande ne permettait de colorer les tissus en bleu et que l’importation de la guède dans le pays aurait commencée au XVIIe siècle. A vérifier, ce n’est pas une information de première main. Bref, je m’égare). Si on consulte différentes « sources de travail / réflexions » (comme dans Our Troth, pour ne citer que ce bouquin là), que l’on se réfère à des intuitions/ travaux d’autres personnes qui n’ont pas forcément été compulser des livres sur la question, on tombe souvent sur le même ressenti. C’est une UPG, pas très intéressante si on la prend au premier degré (après tout les couleurs et les dieux…), un peu plus « marrante » si on considère les symboliques des couleurs dans la société scandinaves (et non le bleu n’est pas « la couleur de la connaissance » chez eux.)

* Prenons maintenant un autre exemple, celui de la signification de la Valknut. Concrètement, si ma mémoire est bonne, rien dans les textes ne dit en fait explicitement « ce symbole est celui d’Odin ». On l’a retrouvé gravé sur des pierres trouvées sur l’île de Götland, mais comme le souligne H.E. Davidson dans The Lost Beliefs of Northern Europe (page 31), nous ne savons pas si le cavalier sur un cheval à huit pattes est Odin ou un guerrier mort chevauchant vers l’autre monde. De la même façon, le mot valknut, et son lien à Odin est une attribution moderne. Sa signification réelle a fait l’objet de nombreuses spéculations (celles de Rudolf Simek sont particulièrement intéressantes, malheureusement je ne les ai parcourues que sous forme de citations / mentions dans d’autres ouvrages).
En revanche, travailler avec ce symbole apporte un certain nombre d’hypothèses et des résultats parfois assez, euh, fulgurant. Comme il est intéressant de faire des recherches « personnelles et intuitives » sans rien connaître, et de parcourir ensuite certains auteurs (dans le cas présent Gundarsson,  Richardsson etc.) et de faire une drôle de tête quand on se rend compte que l’on retrouve certaines hypothèses personnelles pratiquement mot pour mot (parfois, prévoyez la gnôle, ca fait un putain de choc.) Ce deuxième exemple est intéressant parce que contrairement au premier, on peut trouver des hypothèses d’universitaires (de là à se dire qu’il y a un genre d’UPG de recherche universitaire qu’ils cherchent ensuite à confimer, et qu’ils planent bien eux aussi…) et aussi parce qu’au niveau de la « pratique personnelle et des techniques » c’est un peu plus dense.

Concrètement, l’UPG vient compléter le lore, les sources, pas les contredire, même si les pistes qui s’ouvrent sont parfois assez surprenantes. Morrigan Darkmoon avait d’ailleurs fait un très bon article dessus.

Le détail, qui me fait souvent râler, c’est de ne pas essayer de faire passer de l’UPG pour un truc historique. Et de préciser, autant que possible (parce que parfois dans le corps d’un article, il faudrait limite utiliser plusieurs couleurs de typo) ce qui relève de l’UPG personnelle, de l’UPG personnelle mais partagée par d’autres personnes, de la recherche universitaire, des sources premières, des sources dérivées (contes, légendes, coutumes, linguistique). Question d’honnêteté intellectuelle et surtout, de ne pas « semer ses intuitions personnelles » en les faisant passer pour ce qu’elles ne sont pas, mais aussi de permettre aux gens de pouvoir creuser par eux-même s’ils le désirent au lieu de les amputer et de les rendre dépendant d’une personne (et/ou de ne pas s’approprier le travail d’autrui). Deux personnes (ou plusieurs) ont le droit d’être d’accord et celui de ne pas être d’accord sur une intuition, un ressenti, bref, une UPG.

Autant que possible, de la manière dont je considère les choses : chacun est libre d’avoir une UPG / une pratique, à partir du moment où la personne sait un minimum m’expliquer comment elle en est venue à cette conclusion (sans me dire « on me l’a dit et c’est tout » -sauf si c’est pour des détails, comme les couleurs ou les offrandes, ou même les plantes/animaux, et encore pour ces derniers, un minimum de lien dans la réflexion, c’est mieux.)
L’UPG ne devrait jamais non plus être une manière d’écraser les autres ou une façon de les diriger / les manipuler. Avoir une putain d’UPG « béton » (comme si ca existait) sur une déité ne veut pas dire que l’on vaut mieux que les autres ou que vous avez le droit de leurs dire comment ils doivent la considérer ou pas. Ce n’est pas parce que l’expérience d’une personne ne coïncide pas avec la vôtre que vous devez lui dire que « ah mais non, ce n’est absolument pas ça, d’ailleurs, je suis prêtre/sse de machin/sorcière initiée/spirit-worker/ta mère en slibard, donc moi je sais et pas toi. » Je mentirais si je disais que parfois je lève pas les yeux au ciel en lisant certains trucs (souvent j’ai les mains qui me démangent), mais après tout, je ne marche pas dans les pompes de la personne, et ca peut-être intéressant d’en discuter, pas pour rallier l’autre à ses idées (une discussion qui a pour but de convaincre autrui que l’on a raison part sur de mauvaises bases à mes yeux), ne serait ce que pour voir comment l’autre fonctionne (les gens emploient des mots, sauf que ces mots ne veulent pas dire la même chose pour chacun : et hop problème de communication. Certains sont même spécialistes de ça.) Dans le même ordre d’idée, ce n’est pas parce que vous êtes débutant/e que vous ne pouvez pas avoir d’UPG : c’est un peu comme si on disait « ah non, tu es trop jeune pour avoir une sensibilité (l’exemple n’est pas très bien choisi, mais l’idée est là). Ce n’est pas un « bonus » qui tombe pour fêter vos trois ans de pratique, c’est plutôt le travail quotidien.

Après on a aussi le droit de trouver que l’autre fait de la merde, que ce sont des idioties. De ne pas être d’accord. Si c’est le cas, je pense que l’on est -heureusement- libre de dire « bah écoute, pour moi ca colle pas du tout. je ne suis pas d’accord avec toi, mais après tout, tu es grand/e, tu fais comme tu veux. A l’occasion tient moi au courant. » [Personnellement, si quelqu’un me demande un avis, je lui donne. (Si l’avis consiste à répondre à la question « et à ma place, tu ferais quoi ? La personne peut aller voir ailleurs si elle y est. S’il n’est pas d’accord, il fait comme il veut, c’est pas mon problème.) S’il va pas dans le mur, tant mieux pour lui. S’il va dans le mur, c’est « tant pis pour lui » ou « bien fait pour ta gueule » suivant mon humeur.] Parfois on peut se tromper ? Oui, on peut toujours se tromper, quel que soit le domaine, UPG itou, peu importe le nombre d’années d’XP. On n’arrive pas au level 90 et hop ca y est. 😉

Pour résumer le pavé : Pratiquez. Notez. Lisez. Réfléchissez. Et puis éclatez-vous, merde.

[PBP] U – Quand nous « updatons » certaines relations

"Under the Veil" par Patricia Ariel

« Under the Veil »de Patricia Ariel © 2013
(avec son aimable permission)

Pardon pour l’anglicisme, je triche un peu avec la lettre U du Pagan Blog Project

Aller consciemment à la rencontre d’une déité, c’est bien, mais dans les faits, elle ne vous doit rien, et elle ne vous répondra peut-être pas. Je l’ai déjà expliqué à plusieurs reprises, notamment dans Se faire jeter par une déité (et l’exemple principal cité est plutôt ironique maintenant). La plupart du temps, cela n’a rien de personnel.

Parfois, je ne dirais pas que c’est personnel, parce que ce n’est pas « contre » vous, mais cela peut indiquer soit qu’il y a d’autres voies par lesquelles il est nécessaire que vous passiez avant, ou parce que vous avez une certaine vision préformatée de cette déité. Ce qui peut arriver quand on lit trop les fiches de présentation des déités, malheureusement souvent lacunaires, trop généralistes et répétitives à force de se baser sur les mêmes sources. En résumé, on finit par avoir une sorte de « perception sociale » de telle ou telle déité plutôt que d’essayer de se faire notre propre opinion, parce que c’est plus facile, parce qu’on a plus ou moins d’affinités avec, parce que l’on risque de devoir se remettre en question, parce qu’on a pas envie de faire comme tout le monde, parce que…
Il est vrai que nous avons tous plus ou moins des déités qui nous « attirent » plus que d’autres, et que plus on essaie de creuser, plus les liens se complexifient, l’ensemble devenant de plus en plus subtiles, comme un château de cartes. Pour peu que des personnes travaillent avec plusieurs panthéons, il est humainement compréhensible que l’on ne puisse pas faire des recherches approfondies sur toutes les déités qui les composent.

Par le passé, j’ai mentionné plusieurs fois que je m’étais pris une crampe de la part de Freyja. A la fin du Mois pour Frigg, il s’est passé quelque chose qui m’a laissé perplexe sur le coup, quelque chose que j’ai mis du temps à voir. Freyja s’est pointé. Des rêves, d’autres signes, et trois fois le même lapsus énorme dans la journée, devant des témoins-ciéron qui m’ont gentiment charrié.
J’ai traîné des pieds, parce que j’étais convaincue que j’allais encore me prendre une porte. En soit, se prendre une porte, ce n’est pas grave, mais quelque part, cela devait faire mal à mon égo. « Arrête de projeter, ferme ta gueule et vas-y » m’a dit celle-ci. J’y suis donc allée.

Je ne me suis pas fait jetée, mais effectivement, il y a eu une remise de pendule à l’heure, bien comme il faut.

Effectivement, je dois avouer que, même si je savais intellectuellement que Freyja était une déesse très complexe, j’avais et j’ai toujours des préjugés sur Elle, alors que ce n’est pas approprié. Plutôt que d’essayer de faire un réel effort, je l’avais ni plus ni moins rangée dans la case dans laquelle on la place le plus souvent : déesse de l’amour, de la liberté, de la sexualité et aussi -en arial taille 10 tout en bas- comme une déesse liée à la guerre. Et aussi parce qu’elle est une déesse très connue, ou plutôt, dont le nom circule beaucoup, je l’avais rangé de côté, peut-être parce que j’ai un gros côté « hipster pagan ». C’était en partie conscient, en partie inconscient. Mais toujours est-il que, si je l’avais honoré une fois ou deux, je n’ai pas fait l’effort d’aller me faire mon avis par moi-même et de réfléchir plus sérieusement sur elle, comme je l’ai fait avec Odin ou Frigg (pour ne citer qu’eux). Ce n’est pas surprenant que ce soit arrivé à la fin du mois d’août, après avoir parlé de Frigg et Freyja dans quelques articles. J’en étais restée à des conclusions et à des visions adolescentes, sans les faire mûrir, sans évoluer, sans rester ouverte d’esprit.

Est-ce que ca fait mal ? Disons que ce n’est pas très confortable, et que ça, plus d’autres choses que je ne développerai pas, vous vous sentez un peu piteux et pour être honnête, vous ne l’avez pas volé.
Dans ce cas de figure là, que faire ?
Présenter ses excuses et reconnaître les faits/se regarder en face sans chercher à se justifier dans un premier temps.
Se remuer pour faire ce que l’on vous demande dans un second temps.
Et ensuite ? Ne pas passer trente-six ans à se flageller, c’est inutile et pleurer en se regardant le nombril n’aide absolument pas, au contraire, on tombe dans un autre travers. Dédramatiser, ne pas se prendre au sérieux, rire un bon coup, retenir la leçon, et continuer à avancer : on fera d’autres erreurs, des petites ou des grandes, mais on ne cesse jamais d’apprendre. Ne plus en faire, c’est se fossiliser.