Que dire, que faire ?

tumblr_nfrlv4oTir1sm9wdio1_400Je réalise que je suis restée absente bien longtemps de ce blog. Des choses à faire, un emploi du temps pas franchement souple et très chargé, la vie réelle très demandeuse (et la vie réelle est une priorité par rapport à l’autre, qui ne présente que des fragments).

Les réactions de ces 48 dernières heures me laissent profondément perplexe. J’ai appris tout ce qui se passait par une amie qui m’a envoyé un lien. Ma première réaction a été de me demander si mes amis allaient tous bien. En mixage instantané avec, il faut bien le dire, une colère noire. Je ne suis pas le genre de personne qui pleure, je suis plutôt le genre qui se durcit et analyse les choses, et qui parfois, peut prendre des décisions ou dire des choses assez terribles. Donc généralement, je me tais, et j’attends que tout redescende.

Une copine à moi se trouvait dans un des lieux touchés. Elle était sous le choc, et quand je l’ai appelée, je me souviens de sa voix, hachée, de ses larmes. « Oh Aranna, j’ai eu tellement peur. » Et sa voix, qui me dit « Mais tu m’appelles, tu as tellement d’autres soucis, d’autres choses à faire, je sais que les appels internationaux coûtent cher et que tu es en difficultés. » Non copine, peut-être que oui, je galère, que oui ma vie a pris une tournure bien étrange depuis des mois, et peut-être même des années. Mais non, là, tout de suite, je me fous éperdument de savoir combien mon opérateur téléphonique me prendra pour cet appel. Je suis juste reconnaissante de savoir que tu n’as rien, que tu es en sécurité. Que tous les gens que je connais et que j’aime vont bien.

Et puis toutes ces réactions. Et je repense, sans trop savoir pourquoi, à ce vieil article, écrit il y a presque 3 ans, au moment d’un massacre dans une école américaine. Le retour de la Cailleach et la question de la compassion publique.

J’y repense à cause de tout ce que je vois défiler, sur différentes plates-formes, de la part de différentes personnes, aux bords politiques parfois diamétralement opposés. Je m’interroge sur ce classement que je vois fleurir sur ces réseaux. Ceux qui ressentent le besoin de montrer leur compassion et leurs prières (ce qui n’est pas nécessairement négatif, loin de là, et je parle déjà de cette réflexion dans l’article.) Et parfois, de manière un peu twistée, sur les jugements par rapport aux autres réactions.
Je ne suis pas le genre de personne qui étale ses sentiments. Mon éducation a très profondément ancré en moi une certaine distance et un certain refus des réactions publiques dithyrambiques. « Cela ne se fait pas. » On n’étale pas sa colère, sa douleur, sa peine, tout son remugle intérieur devant autrui. On le garde ou on l’exprime avec mesure et justesse. Je ne prétendrai pas avoir toujours sacrifié à cet impératif, mais il laisse sa marque dans mes manières de réagir. Et donc, je me demande, quel besoin de juger les réactions d’autrui : la personne qui réagit avec colère, pourquoi ne pas la laisser exprimer sa colère ? La personne qui réagit avec peine, pourquoi ne pas la laisser exprimer sa peine ? Et, la personne qui, en apparence, ne réagit pas, pourquoi en tirer des conclusions hâtives et la placer arbitrairement dans une case ? Pourquoi ne pas tout simplement se dire que les réseaux sociaux ne sont que des apparences, et que cette volonté de ne pas faire d’amalgames devraient peut-être aussi d’appliquer à tous ceux dont la ou les réactions diffèrent de la « nôtre ». ¨Puisqu’au final, c’est souvent de cela dont il s’agit. Celui ou celle qui ne s’inscrit pas dans le schéma majoritaire se voit souvent pointé du doigt, ou tancé. Directement ou indirectement. Mais, dans le fond, pourquoi ? On juge certaines réactions indignes, indécentes, non tournée vers la compassion, d’autres larmoyantes… J’en comprends intellectuellement bien les différents processus, les différentes motivations. Il n’en reste pas moins que la question que cela m’évoque c’est : « est-ce que cela veut dire que, dans le fond, il n’existe pas de places pour les réactions non normées ?  » Est-ce que, dans le fond, cette manière de réagir et de très vite condamner, n’est pas quelque peu ambivalente ?
Surtout quand cela se base sur des réactions de quelques lignes sur des réseaux numériques. Est-ce que ces incompréhensions, ces abîmes qui se creusent en quelques lignes et créée un fossé abyssal, ne sont pas justement ce qu’il y a de plus dangereux ? Je veux dire, au final, que ce soit par un silence obstiné ou par le spectre des différentes réactions, tous ces gens réagissent, tous ces gens ont été touchés, parce que tous, sont concernés ou potentiellement concernés. N’est-pas le plus important ? Accepter que l’autre puisse ne pas être pareil que nous, dans sa manière d’appréhender le monde, d’interagir avec lui et d’y réagir, dans les mouvements que nos actes font résonner dans la toile, n’est-ce pas cela, accepter autrui ? Alors, dans ces procédures de condamnation, n’est-ce pas justement le contraire qui s’exprime ?

Personnellement, je pense que les prières ne servent pas à grand chose de concret. Mon passé catholique (et très fervent, puisque j’ai tout de même, plusieurs années durant, envisagé d’entrer dans les ordres) me fait dire que non, la prière n’est jamais inutile. En tout cas, si des personnes en ressentent le besoin, quelque soit la manière dont ces prières s’expriment ou leurs croyances éventuelles, alors, qu’elles le fassent.
Mon côté pragmatique et mon intérêt pour le survivalisme en revanche, me fait dire que pleurer les morts, c’est joli mais ca ne préserve pas les vivants.
Que faire alors ?
Et bien, pour y répondre sans entrer dans la politique ou d’autres débats plus ardus (ce qui n’a jamais été le but du blog. En outre, l’analyse politique me dépasse largement), j’aurais quelques suggestions.
Chacun et chacune peut, en fonction de sa personne (on se connaît mieux que quiconque, et chaque personnalité, différente et unique, peut apporter quelque chose. Il n’y a jamais d’inutilité totale dans l’action concrète) acquérir des savoirs et des connaissances qui pourraient s’avérer utiles.
Par exemple, en faisant une formation de secourisme (même l’auto-formation, avec des vidéos, des livres et des connaissances médicales basiques, telles qu’on les apprenaient chez les Guides peut s’avérer utile). En resserrant les liens avec les personnes que l’on apprécie, même plus ou moins (tant qu’elles ne sont ni nuisibles ni toxiques), avec son clan (qu’il soit de sang, de cœur, de pensée, etc…). Et essayant de ne pas créer de clivages inutiles, y compris avec ceux qui ne partagent pas votre pensée politique ou religieuse. (Non, claquer la porte à un ami d’enfance en lui disant « tu es un sale facho » n’apporte rien de constructif. Par contre, si les deux personnes sont intelligentes, il peut y avoir un consensus : « ok, nous savons que nous ne partageons pas les mêmes idées. D’un commun accord, nous ne aborderons pas quand nous sommes en présence l’un de l’autre. », c’est dèjà éviter les clivages et les éloignements. Et nota bene : J’ai choisi un exemple, cette démonstration est à remettre dans tous les contextes et tous les schémas. J’aurais aussi pu dire « si vous êtes nationaliste, ne claquez pas la porte à un ami d’enfance sous prétexte que… » etc.)
Ensuite voici une suggestion qui sera sans doute perçue comme plus « polémique », mais  qu’il m’apparaît important de mentionner, justement parce qu’on voit rarement ce type de proposition fait dans l’optique que j’ai en tête.
Apprenez à vous servir d’une arme par exemple. Tout simplement parce que, dans les clubs de tirs, on n’apprends pas seulement à tirer, mais aussi à charger et à décharger une arme. On est en mesure de voir si elle a le cran de sécurité enclenchée ou non. On apprends aussi à ne pas se blesser stupidement avec si jamais un jour on doit en manipuler une (ne serait-ce que pour en repousser une). Ces suggestions ne sont pas faites dans un but d’appel à la violence, (et j’apprécierais de ne pas voir circuler sur internet des citations tronquées de cet article) : c’est une question de pragmatisme. Elles sont proposées dans un esprit de bon sens. Si un jour quelqu’un devait braquer une arme sur vous, et que vous êtes en mesure de voir que le cran de sécurité n’est pas retiré, alors peut-être serez-vous en mesure une autre décision que si vous ne pouviez pas le vérifier. Par exemple.
Apprenez quelques techniques de survivalisme, comme retirer des menottes faites avec des liens en plastique. Etc.
Encore une fois, tout ceci n’est pas dit dans un but belliqueux, bien au contraire. Je pense qu’être en pleine possession de ses moyens et savoir que l’on possède quelques connaissances pouvant éventuellement nous permettre de réagir de façon à maximiser nos chances et celles de nos proches évite aussi de se sentir totalement démuni et agressif gratuitement. (Au passage, il me paraît primordial de bien recentrer le propos : non je ne suis en aucun cas en train de sous-entendre que les victimes l’ont bien cherché et que s’ils avaient su ci ou mi, ils auraient eu la vie sauve, etc. Non. Ni de près ni de loin. Je suis juste en train de proposer des actions potentiellement constructives.)
C’est en tout cas l’optique que j’ai toujours essayé de mettre en pratique dans ma vie : apprendre, apprendre, apprendre. Accroître ses connaissances et ses savoirs-faire dans les domaines les plus divers (du jardinage à la broderie en passant par les langues et le survivalisme), la connaissance sert toujours. En revanche, se rendre compte de son ignorance dans un moment critique, ca fait mal.

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La prose des Bâtards (les problématiques dans le Culte des Ancêtres)

Un dernier article avant un déménagement au loin… Je ne reviendrai pas avant un bon moment. 

Il n’y a plus que la Patagonie, la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud Je suis en route J’ai toujours été en route Je suis en route avec la petite Jehanne de France. (Blaise Cendrars – La prose du transsibérien)

Le culte des Ancêtres occupe une bonne place -sinon la place principale- dans les cultes traditionnels. C’est plus ou moins visibles suivant les groupes et les axes reconstructionnistes et autres, mais au niveau francophone, on assiste à une visibilité de plus en plus importante de cette pratique. Dans la théorie, il est facile de synthétiser rapidement le principe : celui d’honorer ses ascendants. Toujours dans la pratique, il est également relativement facile de de faire quelques synthèses de pistes pour les cas « problématiques » : vous avez été adopté(e) ? Tant mieux, vous avez à la fois vos lignées adoptives et vos lignées génétiques à honorer. Vous avez eu des conflits familiaux graves / familles abusives ? Concentrez-vous sur les « bons » ancêtres et de toutes façons, vous n’êtes pas un individu sorti de nul part, vous êtes sur terre parce que des gens se sont battus, ont survécus et que tout ne tourne pas autour de vous. D’accord, tout ca n’est pas faux, loin de là. D’accord cela ouvre des pistes.

Sauf que, tout ces pistes théoriques, prêtes à bouffer, c’est de la théorie justement. Et le sujet du culte aux Ancêtres, c’est toujours de la théorie, sauf quand il s’agit des nôtres. Quand il s’agit de notre histoire -ou non-histoire- familiale. Arriver la grande gueule en bandoulière avec des réponses toutes faites, c’est ce que vous pouvez vous permettre de faire quand vous n’êtes pas concernés, parce que la théorie prend tout en compte, sauf l’énorme potentiel explosif et sensible dont cette question est porteuse.

Pour certains, il est facile de s’exciter sur une image d’Épinal de sa famille (Parfois, « les fantasmes ancestraux », ca me fait penser au délire de Gardner qui a prétendu avoir été initié et avoir reçu des infos trop trues de Dorothy Clutterbuck, histoire de rendre plus crédible et plus badass ce qu’il avait reconstruit (remarquez, il y a peut-être des wiccans tradz qui s’ignorent. Ok, j’arrête de troller) que d’oublier ses paradoxes, d’oublier ses douleurs. Quelque part, tant mieux pour eux. Sauf quand ils se servent de leur vision (qui n’est jamais qu’un prisme lacunaire : chaque fois que nous considérons quelque chose, ce n’est de toute façon qu’un prisme lacunaire. C’est pareil pour les problèmes, sauf que c’est plus difficile d’échapper à un prisme problématique que de se mettre la tête dans le sable) pour essayer de l’imposer aux autres, ou pire de les rabrouer ou de les tancer sur ce qu’ils devraient faire et ne pas faire. Franchement, quand vous n’êtes pas directement concerné, soit vous y allez mollo, soit vous fermez votre putain de gueule avec vos généralisations sur qui / quoi / pourquoi on devrait honorer ci ou mi. Idem pour les discours du type « mais si tu né/e, c’est que tu l’as choisi, donc… » (les dérives du New Âge et ses ravages : avoir ce type de philosophie n’est pas intrinsèquement un problème, ce qui est un problème, c’est quand la personne s’en sert pour donner des leçons). Les gens qui arrivent la gueule enfarinée avec des discours tout fait sur ce type de question ont généralement une famille relativement simple, ou alors c’est ce qu’il aimerait croire (un peu comme quand j’entends les généralisations idéalistes/idéalisées pour correspondre à « un certain modèle moral », généralisations du type « nos ancêtres ne divorçaient pas ». Ou encore plus fendard quand cela implique les délires du style « l’homosexualité existait moins qu’aujourd’hui ». Haha. Mais bien sûr. Les divorces existaient, ils étaient peut-être moins fréquents effectivement, mais peut-être qu’ils étaient moins fréquents parce que les lois le rendait beaucoup plus complexe, pas parce que les gens avaient une morale « tellement différente de celle de nos jours sur la question. » Tout est relatif : ce type de question demande une énorme quantité de recherches pour ne pas sombrer dans le cliché bas de gamme. Quant à l’homosexualité, je n’ai pas assez de données pour y répondre (à part que les catégorisations hétéro/homo etc, semblent dater de l’ère victorienne), alors plutôt que de dire une connerie, je me contenterai de dire que cela demande des recherches. Peut-être qu’effectivement, elle était moins fréquente qu’aujourd’hui, peut-être pas (je dis bien « fréquente » pas « visible »).

Et que fait-on, quand il n’y a pas d’histoire familiale ? Parce que vos racines n’ont cessées de bouger au cours des quatre générations précédentes, qu’il n’y a eu aucune transmission ? Quand vous avez été coupé(e) de votre histoire par des parents / grand-parents qui pour X raisons ont refusés de transmettre « le flambeau » ? Et que fait-on, quand tout ce que vous découvrez, génération après génération, c’est la répétition d’une histoire dramatique, malsaine, et pas seulement le fait d’un individu isolé ? Et que fait-on quand on n’a pas de « terre natale », quand on appartient aux déracinés, à ceux qui passent leur vie, et dont les ascendants ont passés leur vie à devoir oublier le passé ? Quand les archives qui pourraient contenir votre histoire ont toutes été brûlées par les conflits successifs qui ont déchiré une partie de l’Europe ? Parce que cette région d’où certains de vos ancêtres viennent, a été une poudrière ? Ou quand vous êtes un(e) enfant « non conforme au cahier des charges familiales » et que par le truchement de votre éducation, on vous a non seulement fait comprendre que vous ne faisiez pas partie de la famille, mais que l’on vous a violemment fermé la porte à toute coutume, langue, histoire, culture, souvenir ? (Franchement, pour moi, des gens qui se sont conduits comme ça ne méritent ni que l’on fleurisse une tombe -qu’ils ne méritent pas-, ni qu’on les honorent.). Le problème du problème, c’est quand cela ne se résume pas une seule génération, mais quand l’on constate que ce type d’histoire se répète, des parents, des grands-parents, et encore avant. Après, il ne reste souvent pas grand chose de tangible, et pour moi, il y a une différence entre honorer des ancêtres « imaginaires » et avoir des souvenirs concrets de transmission. Quand on cumule toute une suite d’axes à problèmes, ça devient velue comme thématique. On pourrait imaginer que effectivement, retrouver quelques « ancêtres référents » aide, et d’une certaine manière, c’est le cas. Mais de manière un peu grinçante, j’ai eu l’occasion de constater que très vite parfois on vient vous dire que, quand même, ce n’est pas comme vos ancêtres de sang et que pourquoi vous ne… (« Merde ! » comme dirait Léodagan.) Parfois, on peut retrouver certains ancêtres qui se pointent, et petit à petit, retisser le lien. Parfois. Pas toujours. J’avoue que quand on constate que finalement, tout est mort à ce niveau là (parce que parfois,  il ne reste plus personne de vivant, histoire de bien couronner le tout), je vous avoue que je ne sais pas comment on fait. Je n’ai pas de réponse, et j’ai pu constater que cette problématique est beaucoup plus courante qu’on ne le pense. Comme pour beaucoup de sujets : on trouve beaucoup de sources quand cela se passe bien, moins quand ca se passe mal. Et généralement, les cas où il est fait mention de situations qui se passent moins bien, soit c’est quand la personne a résolu sa problématique, soit quand elle a décidé qu’elle ne ferait pas çi ou ça pour telles et telles raisons. L’entre-deux, faut gratter nettement plus pour avoir des infos. En même temps, je ne cherche pas de réponses toutes faites, justement parce que je crois que dans ce domaine, les réponses toutes faites ne marchent pas. Oui, on peut honorer ses ancêtres de manière généraliste, mais est-ce que, en terme d’impact et de force, cela suffit à compenser les autres défaillances ? En d’autres termes, est-ce que ce rempart suffit pour contenir toute l’étendue d’eau qui par ailleurs menace ?

Par dessus le marché, le pompon, c’est quand des gens viennent vous dire QUI vous devriez prier parce que vos ancêtres venaient de là, et qu’ils ont lus deux fiches wikipédia et pensent vous apporter la civilisation. Jusqu’à preuve du contraire, laissez une personne suivre son chemin. C’est le sien, pas le vôtre. D’autant que les évolutions arrivent au fur et à mesure d’un cheminement, à vouloir les forcer, on risque juste de « braquer » la personne et à la bloquer. Ou qu’elle peut avoir d’autres processus nécessaires à explorer au préalable, quitte à se rendre compte qu’en fin de compte, telle option n’en était pas une et qu’elle s’avère finalement caduque. De plus, des histoires « d’adoptions » peuvent arriver à plusieurs niveaux : non seulement les adoptions passées mais aussi toutes les adoptions actuelles : adoption par une terre, une région, un pays. Adoption par une lignée qui nous intègre, lignées perdues qui en fait rejaillissent sous forme d’un Allié, d’un panthéon etc. Je pense qu’en terme de « culte des Ancêtres », il y a autant de solutions, de problématiques, de parcours, de fonctionnement qu’il y a de personnes.

Un voyage avec les Dieux (II) : de la Wicca au Polythéisme

Suite d’un premier poste datant d’il y a presque deux ans (ou « tentons de retracer le plus honnêtement possible un parcours et son évolution »).

Auteur(e) inconnu(e)

J’ai été wiccane à une époque. Enfin, plus précisément, j’ai mis le mot « wicca » sur ma pratique. Parce que cela me paraissait convenir, faute de vocabulaire plus précis. Quand j’ai commencé, je n’avais même pas internet. En revenant en arrière, je souris un peu en repensant à toutes ces heures passées dans la forêt anglaise à entrer en contact avec les Esprits des lieux et autres. Me souviens aussi d’une promesse, que l’on peut juger tout à fait stupide, de servir les Dieux et les Esprits. J’avoue, j’avais 17 ans (on n’est pas sérieuse quand…), je venais de dévorer la série des Zimmer Bradley et je me disais que c’était moche qu’il n’y ait plus personne (mais lol) pour s’occuper des anciennes déités et du petit peuple et se souvenir des anciennes croyances. Alors du coup, je me dis qu’autant que je me propose. Ce que je fais. Je me dis qu’au moins, je servirai à quelque chose. Je ne sais pas ce que j’étais vraiment. La place d’une Grande Déesse pour remplacer un Dieu monothéiste, oui, sans doute. Je me souviens de cette sensation, quand tout va mal, que je n’arrive pas encore à puiser dans cette croyance suffisamment de force pour surmonter ce qui arrive. Avec le recul, je me dis que la wicca a sans doute beaucoup de défauts, mais elle a aussi le mérite d’être un très bon pont entre le catholicisme (puisque n’ayant pas élevée dans une autre religion, je peux difficilement juger d’une pertinence à ce niveau là) et le polythéisme, (au moins dans mon cas). Elle est facilement accessible, après, le temps et la pratique personnelle, les rencontres, font que, éventuellement, les choses évoluent. Le mécanisme de retour aux vieilles prières de mon enfance, non pas enseignées dans la famille, mais fruit d’une demande personnelle. J’ai très tôt demandé à faire de l’Eveil religieux, proposé par mon école catholique, puis les Jeannettes ensuite, pour apprendre à survivre dans la nature et pour pouvoir prier. Quand je relis mes carnets de Jeannette, leur contenu me fait plutôt sourire. On est à un cheveu du Druidisme et de l’Asatrù en fait. Un cheveu. Je me demande à quel point certains de ces principes m’ont travaillés jusqu’à ce que j’en arrive là où je suis actuellement.

Je me demandais à l’époque, âgée de 18 ans, comment des Dieux « spécialisés » et épars pouvaient avoir autant de force que la croyance en une seule entité. Ils m’apparaissent bien fragile contre tout ce qui rôde et menace aux alentours. Passé les deux premières années de dénigrement, la wicca traditionnelle (comprendre « gardnérienne ») m’attire beaucoup plus. Je passe de « bouh pratiquer nu c’est le mal et l’initiation c’est une connerie » à « ouais, ca a l’air de bien roxer quand même ». Finalement, après un passage par une autre tradition plus ou moins « dérivée de », je me ferai initiée. Premier degré.J’avais aussi reniflé du côté du Druidisme et de l’OBOD pendant un moment, mais il y a plusieurs détails qui me font dire que ce n’est pas vraiment la voie à emprunter à ce moment. Donc je n’y vais pas.

Je m’inscris au Lotus, qui n’était pas encore l’Ordre de Dea. Pas vraiment pour trouver ma déesse patronne qui est, à cette époque j’en suis convaincue, pas encore revenue de ce type de raisonnement, la Morrigan, mais pour trouver mon Dieu patron. Le coup d’être prêtresse ne me fait ni chaud ni froid, puisque à cette époque la « finalisation » n’implique pas de devenir prêtresse, et que cette idée me laisse perplexe pour diverses raisons personnelles, qui évolueront plus ou moins après coup. J’ai fait partie de cette catégorie de personnes qui veulent absolument trouver leurs référents, et je n’ai pas encore cesser de tout diviser en deux catégories. Le Dieu Patron m’intrigue vachement par contre. Mais pour avoir accès à ce cheminement là, il faut passer par la voie de la Patronne. Je me dis « ok, lol ». On est en 2010. J’avais déjà tenté une fois les cours de Morgane Lafey en 2007, mais clairement, un certain nombre de points m’avaient grave soûlée et j’étais partie. Je savais plus ou moins avant même de commencer que ça n’était pas pour moi, mais je voulais essayer quand même. A la fois par amour de la connaissance, parce que j’essais toujours d’apprendre un maximum de choses qui pourront m’être utiles un jour, et parce que je voulais voir si le contenu pouvait m’amener à avoir sur certains points une autre vision que celle qui étaient la mienne. Précisément sur les points qui m’énervaient. Je ne prétendrai pas que c’était une bonne ou une mauvaise optique, parce que je n’en sais rien, je suis simplement honnête. On peut trouver que c’est une attitude discutable, ce qu’elle est très certainement. Je trouvais que « ces histoires de déités liées au sol, c’était pourri et que toutes sortes d’idées sur « la femme naturelle » et le végétarisme me donnait envie d’ouvrir ma grande trappe pour rappeler qu’il y avait d’autres visions », et je voulais voir si je pouvais arriver à dépasser mes préjugés et éventuellement pouvoir avoir des éléments me permettant de modérer ma répulsion et peut-être m’apporter quelque chose. Bien évidemment, je ne l’avais pas dit en tant que tel. Je m’étais simplement promis à moi-même de ne pas faire trop de vagues, et j’avais promis, en remplissant le formulaire, de ne pas foutre le boxon, par respect pour le travail fourni, et de le faire sérieusement. J’ai sincèrement essayé, et ca a sincèrement foiré.

Sur la Wicca, de second degré point. Parce qu’on me répond que l’initiation c’est de l’égo, que c’est mauvais pour moi, que ca foutra le bordel dans ma vie, que je n’en ai pas besoin. Mouais. Dans un premier temps, je le vis plutôt mal, et la réponse me paraît un peu bancale, donc je réfléchis très vite à une autre manière d’avoir mon second degré, comme si c’était un diplôme ou une ceinture de judo. Je trouve. J’aurais pu. Mais, plus par application d’un phénomène de raison que par réelle sagesse, je me dis que je vais attendre. Si je dois vraiment être initiée un jour, alors je le serai. Mais peut-être qu’il y a autre chose qui m’attend. Autre chose de préférable par rapport à mon cheminement. J’attends et les choses évoluent. Clairement, j’ai bien fait : vu ma tendance à être psychorigide sur les engagements, je ne sais pas comment j’aurais géré le fait de m’engager à transmettre certaines connaissances et manières de pratiquer, alors que concrètement, je n’y adhère plus du tout.

D’abord parce que petit à petit, ces histoires de divinités à visage humain commencent à se craqueler. J’y vois une forme d’anthropocentrisme. Je veux dire, on n’est jamais qu’un organisme vivant parmi tant d’autres, je ne vois pas pourquoi les Dieux se préoccuperaient autant de nous. Si la nature est tellement présente dans une croyance, comme c’est le cas de la Wicca, alors franchement, je vois pas pourquoi la « Grande Déesse » nous placeraient au centre. On est libres, libres de vivre, libres de crever. Libres de tout saccager mais il n’y aura pas de Deux Ex Machina pour nous sauver. Clairement, il y a des contradictions qui surviennent de plus en plus. Pareil avec la division du Féminin et du Masculin. Toutes ces tableaux de correspondances etc, ça m’évoque de plus en plus violemment les préjugés autour du genre et le « bleu pour les garçons, rose pour les filles ». Les constructions sociales. Pareil pour toutes sortes de discours un peu trop facile sur la spiritualité, le « en ne faisant de mal à personne, bla bla bla » et parce que je trouve que plus on gratte, moins certaines choses me paraissent construites et cohérentes.

Avec le Lotus, j’apprends à honorer tour à tour différentes déesses, et petit à petit, de nouvelles conceptions germent dans mon esprit. C’est avec mon opération des yeux que je me remets à rêver d’un Vieux moisi habillé en bleu. Et je ressors de mes archives une quantité de rêves.

Des connexions toujours plus nombreuses, et le doute s’installe. Le doute par rapport à la définition de ce que je suis, de ce que je crois. Définitivement, les anciennes étiquettes ne collent plus, si tant est qu’elles ont un jour réellement collées. Je constate qu’effectivement, les Dieux ont des énergies très différentes, me rendant bien compte que certaines « collent » et que certaines « ne collent pas ». Ou plus exactement, je m’en rends à nouveau compte. Je relis mes anciens carnets qui, s’ils n’étaient pas aussi minutieux et précis qu’ils le sont maintenant (parce que c’est connu, recopier des rituels et des invocations d’internet, c’est beaucoup plus valable que votre propre cheminement. Rétrospectivement, j’ai envie de me secouer comme un prunier) comportent toutes sortes d’informations intéressantes et révélatrices. Notamment du fait que, loin de considérer que toutes les Déités ne sont qu’une seule et même entité, il y avait déjà des distinguos qui s’étaient établis en 2006. Et au cours de la même année, je note « cette phrase culte » qui dit que je m’éloigne finalement du panthéon celtique et surtout nordique, et que de toutes façons, à l’exception de Loki, Odin et Hel, ca n’a jamais vraiment collé. » En fait, ils ne sont partis que pour mieux revenir. Ou je ne m’en suis éloignée que pour m’en rapprocher, tout dépend.

Je commence à lire des blogs anglophones. Et il y a un mot qui commence à germer dans mon esprit. Un mot que j’ai plus ou moins peur de formuler. Et un soir, au téléphone avec une amie, je lui dit « mais en fait, je crois que je suis polythéiste. » Elle explose de rire et me rétorque « putain, mais c’est maintenant que tu t’en aperçois ? » Encore une fois, cette sensation -toujours régulièrement d’actualité- que quand je prends conscience d’une chose, c’est en fait Captain Obivous qui s’exprime et que tout le monde autour de moi a compris depuis belle lurette.

Finalement, je quitte le Lotus, après avoir remplie et rendue la dernière leçon. En guise de Déesse Patronne et de découvertes, j’ai croisé un Vieux Moisi qui m’a emmené sur d’autres chemins, ce qui ne m’a pas empêché de prêter certains serments à une Certaine Dame. Même si je ne suis pas allée « tout au bout », j’aurai appris certaines choses et cela a très certainement eu un impact sur ma pratique. Sans l’avoir fait, je ne sais pas si mon cheminement aurait évolué aussi radicalement. Mon champs d’exploration des déités se rétrécit d’une certaine manière. Malgré quelques touches en dehors des celtes et des nordiques, la majorité des mes accointances et de mes pratiques tournaient autour de ces deux panthéons. Avec, comme cela est arrivé, quelques incursions slaves et baltes.

Et puis pendant un long moment, seulement les scandinaves. Et un chemin à l’intérieur du chemin. Inattendue, comme toujours et passionnante comme de juste, bien que franchement pas facile (et en plus j’en redemande, chuis maso). Mais ceci sera pour un autre temps.

[Odin Project #29] Odin & Freyja

Les nombreuses facettes de Freyja sont parfois dissimulées sous les présentations simplistes de « Déesse de l’amour » qui, si elles ne constituent heureusement pas la majorité des cas, sont néanmoins fréquentes.

Bien plus qu’une déesse d’amour, elle est liée à la guerre, à la mort, au seiðr, à la sexualité, la fertilité, mais aussi, pourrait-on dire, à l’indépendance et à la souveraineté de soi.

Le mari de Freyja, Óðr -dont le nom est basé sur la même racine que celui d’Odin. La question de savoir si Óðr et Odin étaient autrefois un seul et même dieu n’est pas sans faire écho à l’interrogation similaire pour Freyja et Frigg.

En fait, d’une certaine manière, Odin et Freyja ne sont pas sans avoir certains traits communs ou des interactions et en même temps une certaine « opposition » (mais le terme est maladroit).

Les premiers exemples qui viennent en tête concernent la mort, et le fait que les deux se répartissent les guerriers morts, la pratique du Seiðr -on dit que Freyja l’enseigna à Odin- mais plutôt que d’en faire un catalogue maladroit et incomplet (puisque je n’ai pas encore creusé vraiment pour ce qui concerne Freyja), les deux possèdent à la fois une sorte de lien fort / une fonction particuloière au sein de leur groupe (si l’ont peut dire) respectif, et en même temps une espèce de détachement. J’ai abordé plusieurs fois le fait qu’Odin est parfois vu comme le « chef » des Ases, et les paradoxes de cette vision. D’une certaine façon, cela n’est pas sans me rappeler le fait que Freyja est aussi appelée Vanadís, c’est-à-dire la Dís des Vanes : s’il n’y a pas de notion de régulation, il y a l’idée de protection, de veiller sur les siens (ce qui est aussi d’une certaine manière le rôle d’Odin et qui l’oblige à prendre certaines décisions).

Pourtant, l’un comme l’autre sont deux déités indépendantes, l’un voyage, l’autre mène sa vie comme elle l’entend, loin d’un domaine ou d’une maisonnée. Là où Odin apparaît essentiellement comme un dieu « porteur de mort », on peut mettre en miroir la figure de Freyja « porteuse de vie » (le sexe, la fertilité notamment).

C’est évidemment très lacunaire, l’ébauche d’une réflexion plus qu’un réel contenu, mais il y a sûrement des pistes intéressantes à explorer (pareil si on inclu Freyr dans l’équation).

[PBP] Q – Questionnements & évolutions

Amusant le paradoxe que forment les interrogations : on se pose plein de questions, on s’interroge, on cherche, mais le plus souvent, j’ai l’impression que l’on ne voit pas les changements les plus évidents, sous notre nez. On continue à chercher, à remuer ciel et terre pour trouver des réponses à des questions qui ne sont plus d’actualité, et un jour, l’évidence nous saute aux yeux. Le questionnement sur « en quoi je crois, ce que je suis, et comment est-ce que je me définirais » me paraît stérile. Parce qu’il nous fige, et nous définit moins par rapport à ce que nous sommes intérieurement que par rapport aux autres, leur donnant un indicateur pour nous appréhender.

Amusant aussi un autre paradoxe : se remettre en question, s’interroger, ne pas accepter bêtement un paradigme est plutôt encouragé « socialement », par les potes et les moins-potes sorciérons. Par contre, ironiquement, le changement fait peur aux gens : l’entourage veut bien qu’on réfléchisse, mais souvent, c’est à condition que nos réponses personnelles aillent dans la direction que les autres jugent souhaitable, pour eux ou pour nous, souvent un peu des deux. Je vais prendre un exemple tout bête, expérimentable en société. Observez une personne qui dit « je ne veux pas d’enfants » et notez la quantité de personnes qui après avoir demandé pourquoi, font observer que « la personne changera d’avis, qu’elle ne s’inquiète pas ». Observez une personne qui dit « je veux des enfants » : personne ne lui répond de ne pas s’inquiéter, qu’elle changera d’avis.
Voilà un exemple illustrant le propos. « Les gens veulent bien que vous changiez, ils vous encourage même à le faire dans certains cas, à condition que vous validiez certains paradigmes. »

En matière de « spiritualités-religions-croyances- et-machins-trucs-bidules -païens » c’est un peu pareil. J’ai parfois la sensation que les autres acceptent le changement d’une personne seulement s’il répond à leur vision de considérer le monde. Sinon, on tente plus ou moins discrètement de signaler à l’autre que « ce sont des bêtises. ». Tout le monde n’est heureusement pas comme ça ou alors ne le dit pas explicitement. Il faut gratter un peu les remarques innocentes. Inversement, avec l’évolution, on peut avoir tendance à jeter aux orties ce que l’on considérait jusque là comme une réflexion valide et valable. Je me demande parfois si ce n’est pas une des raisons qui font que la Wicca (enfin, « la Wicca » telle que j’en entend parler, c’est la Wicca Eccléctique que chacun malaxe à sa sauce, souvent sans remise en contexte et sans approfondissement) est aussi décriée. On ne lui pardonne pas d’être une voie accessible et populaire. Certes, on pourrait discuter des heures de ses faiblesses, mais même si aujourd’hui l’idée d’un « Dieu et d’une Déesse » me fait lever le sourcil, si les incohérences et les reprises gnan gnan que je vois sur 95% des blogs me font grincer des dents, je ne serais pas là aujourd’hui si je n’avais pas un jour trouvé un bouquin de Scott Cunningham. Après tonton Scott, il y a eu la Wicca traditionnelle, initiatique et tout, avant d’arriver au point où j’en suis aujourd’hui : peu importe quelle branche, cela ne m’intéresse plus et j’ai envie de pouffer de rire quand j’entend certains trucs qui me paraissent ineptes. Quand j’avais 17 ans, j’ai eu une période wiccane fluffy-bunny (pas si fluffy que ca par moment d’ailleurs) et je ne comprenais pas d’ailleurs, que tous les païens n’étaient pas des wiccans. Je ne voyais pas la différence. Aujourd’hui, j’ai 28 ans et je suis une polythéiste reloue (bien que non-reconstructionniste :o) . Comme ca c’est dit. Je crois vraiment que accepter ce que l’on a été et l’assumer aide à ne pas devenir trop chiant et à garder les écoutilles ouvertes. Plus ou moins suivant l’humeur du moment, il faut le dire. Je ne sais pas ce que je serais à 38 ans… (si je suis encore en vie).

J’ai l’impression parfois que les gens ont peur : peur que l’autre leur échappe, Peur qu’il se fasse du mal. Peur qu’il tombe dans un piège. Peur qu’il débloque. Je comprend le fonctionnement, et il existe quelques grandes lignes qui permettent de donner une réponse quant à la question « il y a un problème ou pas ? » mais elle reste plus du domaine du « bon sens » que de l’examen de la religion/spiritualité etc.

Chaque fois que vous changerez, que vous évoluerez, attendez-vous à ce que certaines relations évoluent. Ou plutôt, non : attendez-vous à ce que toutes vos relations évoluent. A ce que certaines n’y résistent pas. A ce que la majorité d’entre elle stagnent avant de se déliter ou d’évoluer, à ce que certaines survivent et à ce que de nouvelles rencontres se fassent.
Je n’ai pas d’amis d’enfance. Je n’ai pas d’amitié du collège ou du lycée. Je n’ai pas d’amis de la fac. Quand j’ai progressivement la route du « paganisme », toutes les relations que j’avais se sont délitées. Certaines parce que l’on m’a dit clairement que « tant que je serais dans ce domaine dangereux qui n’allait me mener nulle part, on préférait ne pas me voir, à moi de me demander ce que je préférais dans ma vie ». Certaines parce que je suis allée trop vite et trop fort, trop entière, toute à ma fougue adolescente, pour ne pas me rendre compte qu’un peu de subtilité et de diplomatie m’aurait permis de conserver certaines amitiés. Mais désirais-je les conserver ?

Probablement pas, ce qui ne m’a pas empêchée d’avoir de la peine et de regretter certaines relations.
Je suis d’abord un sorciéron. Et entre le fait d’être un sorciéron, et les gens, les styles ou les choix de vie, je choisirai toujours la voie du sorciéron. Je suis claire avec moi même et je ne prend personne en traître, et je suis prête à discuter de toutes sortes de paramètres. Mais si on me disait « c’est moi ou ta « pratique », tu choisis », ce serait ma pratique.

[PBP] G – Genre

Une réflexion en vrac sur la question du genre

L’étiquette du genre… Masculin ou féminin. Une petite case à cocher pour renseigner l’interlocuteur. A la limite, biologiquement je comprends (et encore, il y a de nombreux cas dans lequel ca n’est pas pertinent pour des raisons évidentes : présence d’organes sexuels féminins et masculins, certaines maladies chromosomiques et même d’autres type de cas encore plus « à la limite », qui ne rentrent dans aucunes cases).

Mais spirituellement ? Je ne comprends pas. Je crois que la façon de s’affirmer « homme » ou « femme » est essentiellement une simplification sociale et que pour simplifier le tout, on tends à se connecter à l’étiquette à laquelle nous rattachent nos organes sexuels.

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Les étiquettes spirituelles

Définir sa pratique n’est pas une chose facile, déjà pour soi-même. J’ai l’impression que plus on avance, plus les concepts deviennent complexes et moins nous parvenons à nous ranger sous une seule étiquette. Avec le temps, même un amalgame d’étiquettes-concepts nous parait lacunaire et impropre à rendre compte de ce que nous sommes ou plutôt de la manière dont nous ressentons et vivons notre pratique.

C’est encore plus délicat quand il s’agit de se définir pour les autres, parce que nous n’entendons pas les mêmes choses même si nous utilisons les mêmes mots. Les mots, les adjectifs sont tout sauf neutre : ils sont chargés de significations, d’émotions, de souvenirs, de difficultés aussi parfois. Et dans ce type de cas, il est par moment très difficile pour quelqu’un de voir un terme utilisé avec ce qui lui paraît être de la facilité ou une certaine désinvolture.

Derrière le partage d’étiquettes, se mélange l’envie de pouvoir indiquer ce que nous sommes, ou une partie, mais aussi d’être reconnu comme tel, le désir parfois inconscient d’être accepté(e), d’être « validé(e) socialement » par ses pairs. D’avoir du pouvoir aussi peut-être. D’une certaine façon, c’est légitime et compréhensible, mais est-ce que c’est utile ? Je ne sais pas. Oui. Non. Pour aider la communauté ? Quelle communauté ? Et pouquoi voulez-vous aider la communauté ? Par égo ? Par obligation ? Comment ? L’étiquette de ci ou ca est-elle réellement indispensable ? Êtes-vous à l’aise avec cette étiquette ? Pourquoi y tenez-vous ? Cherchez vous à réparer quelque chose en l’utilisant ? A vous sentir plus fort ou plus légitime ? Pourquoi ? etc. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse je pense. Ce n’est pas très grave de se dire que « oui, on veut faire ca et que oui, c’est de l’égo ». De toutes manières, l’égo est toujours là. Il n’est pas négatif en soi, c’est juste important d’être honnête vis-à-vis de soi. Ca peut éviter de tomber dans les pièges du léchage de pompes ou de se prendre le melon par exemple. Ou au minimum contribuer à éviter ces travers. (Je peux appliquer ces réflexions à mon blog -je les applique déjà par rapport à certaines choses : pourquoi est-ce que je fais un blog ? Parce que je veux partager mon avis. Mais dans le fond, pourquoi est-ce que je pense que mon avis est si important qu’il vaut le coup d’être partagé ? C’est de l’égo et aussi un exercice de travail par rapport à certaines problématiques. C’est une question rhétorique qui n’appelle pas de réponses, c’est juste pour souligner le processus d’interrogations.)

L’autre problème avec le partage d’étiquettes, c’est la perception que les autres en ont. Parce que certaines sont plus délicates que d’autres, à accepter mais surtout, parce que les autres ont tendance à projeter dessus des fantasmes. Une étiquette, c’est factuel : correspondre à l’étiquette rouge ou verte ne fait pas de vous une personne plus brillante ou plus intéressante que ceux qui ont une étiquette jaune ou une bleue. C’est juste une indication, un travail, un angle de pratique différent. Mais si les gens vous envient et pensent que vous avez une étiquette rouge super-classe juste pour vous la raconter, c’est regrettable. Il y a ceux qui vont envier l’étiquette rouge, et ceux qui vont la dénigrer en disant que c’est de la merde, que ce sont des conneries etc. Un peu comme avec une maison. Un sentier spirituel peut être comparé à une maison dans laquelle on habite. Il y a des gens qui vous envie d’avoir une grande maison et qui ne savent pas pourquoi, la votre possède un pignon et pas la leur. Il y a ceux qui vont dire que c’est nul d’avoir un pignon que ca ne sert à rien. Et parfois, quand on habite la maison avec le pignon, on voudrait bien avoir une maison sans cet élément d’architecture. Dans tous les cas, ce genre de réaction est stérile. Ne projetez pas sur les gens des sentiments ou des envies qui ne correspondent sans doute pas à ce qu’ils sont/pensent, et de l’autre côté, il n’est peut-être pas utile de parler de sa maison au pignon à tout bout de champ, à moins d’être vraiment prêt et en tout cas, ca n’est pas un motif de vantardise. Une maison évolue, change, peut se délabrer si elle n’est pas entretenue. Parfois, on découvre de nouvelles pièces. Et si vous vous êtes moqué de ceux qui avaient une maison à pignon en riant et en vous disant que c’était vraiment extravagant, vous pourriez  bien faire une drôle de gueule si un jour il y en a un qui flanque votre maison.

Ca me rappelle furieusement les présentations obligatoires sur les forums éso/païens, quand on nous demande de décliner notre identité, notre parcours, notre tradition. Et qu’ensuite, entre les différents messages de bienvenue plus ou moins automatiques, parfois postés par des gens qui veulent juste accroître leur nombre de messages, commencent les interrogations et les réclamations de justification sur telle ou telle étiquette que nous avons collé sous notre pseudonyme. Et pourquoi on se définit comme ca, et qu’est-ce qui selon nous justifie cette appellation et est-ce que nous la méritons. Et que l’on est trop jeune, pas assez expérimenté et que machin à dit que comme il avait travaillé depuis X années avec Truc on ne pouvait pas, ca ne veut pas dire ca. Bref, le patakès habituel de beaucoup de forums…

J’ai remarqué qu’on avait inconsciemment/consciemment tendance à décortiquer certaines étiquettes, et à analyser minutieusement notre vie pour savoir si on y correspondait, si on avait le droit, bref, à calquer notre comportement sur ce qu’on a pu lire/percevoir/entendre sur telle ou telle définition.
C’est un peu pareil avec les blogs ou les livres ; on peut vite se laisser influencer par un auteur ou un blogger et on peut finir par perdre son esprit critique ou alors, poussé par une trop grande admiration, on se laisse lobotomiser. Quand on lit, quand on découvre quelque chose ou quand on approfondi ses connaissances, je pense qu’il faut toujours garder à l’esprit « qu’est-ce que j’en pense réellement moi ? Suis-je d’accord ? Pourquoi suis-je d’accord ou pourquoi ne suis-je pas d’accord ? Est-ce que cela me gêne ? Oui ou non ? Pourquoi ? » etc, et il faut ensuite se poser ces questions là, non seulement par rapport aux informations reçues mais aussi par rapport à sa pratique personnelle. Je ne sais pas si on pourrait expliquer de manière infaillible comment procéder : la pratique spirituelle et magique est un exercice d’équilibriste permanent et une remise en question constante. Ce qui ne veut pas dire que cela doit être violent ou forcément déstabilisant.

J’ai du mal avec les étiquettes. Mais en même temps, j’avoue que j’ai parfois été contente de savoir comment on nomme certaines choses parce qu’il y a des fois où ca aide bigrement. Quelque part, il y a de l’égo à se parer d’étiquettes, mais il y en a aussi à les refuser d’un bloc, comme si on était tellement extraordinaire qu’un mélange ne pouvait pas nous convenir. Après tout, « sans étiquette » finit par devenir une étiquette comme les autres. Probablement que de ne pas vouloir en parler du tout est aussi un problème d’égo, le signe que l’on assume pas ce que l’on est. Le signe peut-être aussi que tout change et qu’on ne sait pas où on en est.
Au fil de certaines discussions, il arrive qu’on m’accole certaines étiquettes qui ne correspondent peut-être plus à ce que je suis. Je ne relève pas. Dans le fond, je m’en fous un peu, en tout cas, c’est vrai à l’heure actuelle, mais il y a tellement de choses qui ont changé pendant une année calendaire que je ne sais vraiment pas où j’en serais, ce que je penserais dans un an, si toutefois je suis encore en vie, bien sûr.