[Odin Project #14] En dépit de ? Non. Avec.

Chaque fois qu’il est question d’aborder les aspects dits « sombres », les côtés délicats d’une déité, ce qu’elle a de plus craignos etc, je suis souvent étonnée de voir que ces aspects sont perçus comme un mal nécessaire, quelque chose que l’on accepte à contre-cœur.

Comment expliquer ?

Tout d’abord, je ne pense pas que ce que nous appelons « les côtés sombres » aient toujours, systématiquement été perçus comme tel. Je pense que, quelques soient les déités que nous approchons, la façon dont elles ont été vues a évolué, non seulement au fil du temps (nombre d’entre elles ont en quelques sortes survécues, dissimulées dans les coutumes, les contes et les chansons, on peut lire en filigrane certaines évolutions.) mais aussi en fonction des personnes qui les vénéraient.
En l’occurrence dans le cas d’Odin, si certaines analyses laissent penser que Thor et Freyr avaient la préférence du peuple, d’autres catégories de personnes devaient sans doute préférer Odin, aspects craignos itou. [Je ne reviendrai pas sur les analyses en question qui ont déjà été mentionnées, au moins en partie, sur ce blog.] Notre attitude par rapport à ce qui est « dans le paganisme » (terme à prendre avec les précautions d’usage, ne pas mettre dans le même panier, et tout le toutim) considéré comme l’aspect « sombre » d’une déité est souvent révélateur de nos craintes, de nos peurs et de notre attitude face à la mort, la douleur, la terreur  et j’en passe.

« Le sombre est un outil. Ou un mal nécessaire ». »Si, si j’accepte cette part d’ombre mais » (et j’ai envie de dire comme dans Game Of Thrones « ma mère m’a appris que tout ce qu’il y avait avant le mot « mais » ne comptait pas ») => cela revient plus ou moins à dire « je ne t’accepte pas comme tu es, mais je vais faire un effort, et je suis bien gentil/le de le faire ». Ou « j’en fais un outil, parce que sinon je ne vois pas de justifications à accepter cette part là ».

Comment dire ?

Quand j’aime une personne, je l’aime comme elle l’est. Avec ses qualités et ses défauts. Et parce qu’elle a certains défauts, je la trouve encore plus attachante et je ne l’en aime que davantage. Ce n’est pas toujours simple, ce n’est pas toujours évident. Mais en fin de compte, on ne trace pas une ligne pour dire « ca je prend » et « ca je laisse ». On ne remodèle pas une personne en fantasmant ce que l’on voudrait qu’elle soit, parce que cela ira mieux avec notre caractère, notre histoire, nos attentes et nos projections.

Avec les déités ce n’est pas différent.
Je n’apprécie pas Odin EN DEPIT de ses aspects craignos. Je l’apprécie AVEC. PARCE QUE.

J’ai parfois lu qu’il ne faut pas. Que ce n’est pas conseillé.

On n’est pas obligé de se focaliser « sur ». Mais ne pas se focaliser sur ne veut pas dire « oublier ou composer avec mauvaise grâce ». Ou en faire « un désagrément obligatoire. »
J’honore Viður.
Et Ygg.
Et Hangaguð.
Et les autres.

Auteur inconnu.

Les aspects craignos comme les aspects très sympathiques. Ceux qui réjouissent le cœur et l’âme comme les autres. Je n’ai pas envie de coller une part de ses aspects au placard, comme s’ils étaient des détails repoussants.
Est-ce que c’est utile ? Mais encore une fois : vous honorez les dieux, vous les priez et vous les aimez parce que c’est UTILE ? Vous aimez votre chat, votre conjoint/e, vos ami/e/s parce qu’ils sont utiles ? Vous faites tout par intérêt ?

Il paraît que c’est dangereux.

Mais VIVRE est dangereux. La vie est une maladie mortelle. Faire l’amour est dangereux : vous pouvez chopper le sida. Aimer est dangereux, on peut vous briser le cœur. Surtout ne traversez pas la rue, vous pourriez vous faire renverser par une voiture.

On fait attention à tout. On doit vivre sainement. Baiser avec des capotes, ne pas boire, ne pas fumer, manger sain et de préférence bio. S’inquiéter des radiations nucléaires, de la fonte des glaces, de l’inflation de ci et de mi…et on souhaite « une pratique spirituelle sans dangers ? »
On a largement de quoi s’inquiéter de manière pragmatique, si c’est pour s’inquiéter et évaluer ses choix spirituels comme on calcule les risques pour un emprunt bancaire, non merci. Pas pour moi. Je comprends que l’on puisse préférer faire autrement. Que l’on choisisse autrement. Ce sont des choses qui vous regardent, et personne d’autres n’a à vous dire quelles routes prendre, quels chemins emprunter. C’est personnel.

Peut-être que je le regretterai un jour. Oui, peut-être. Peut-être pas. Et non, tout n’est pas toujours rose, toujours facile. Mais non, tout n’est pas horrible non plus.
Mais c’est seulement dans les dernières minutes de mon existence que je pourrais peut-être savoir si ce choix là était d’une idiotie folle ou pas. Très prosaïquement, je pense que j’aurai autre chose à penser.

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[Odin Project #2] En réponse à Star Foster

Toujours par le biais du groupe News et Liens païens, je suis tombée sur l’article de Star Foster We are what we worship. (Le titre est tiré d’un texte de Ralph Waldo Emerson. ) Autant être franche tout de suite, je l’ai trouvé d’une superficialité affligeante et j’aimerais rebondir dessus (et dire dans l’introduction « encore un article que les gens vont détester. Ou aimer. Ou aimer détester. » et ne pas donner la possibilité de commenter… il y a un côté « provoc gratuite » que je ne trouve pas très mature).

To have a good and normal life, you need to worship good and normal gods. 

Premièrement, l’idée d’une vie « bonne et normale » est relative et diffère suivant les individus. Tout le monde ne rêve pas d’un mariage, d’une maison, de deux mouflets, flanqués d’un labrador sable avec le break Scenic. Ce n’est qu’une possibilité d’envisager le bonheur, mais la construction sociale nous incite à désirer cela, et à croire que c’est la seule façon d’atteindre le bonheur.

Here is where I get controversial. I want to be happy. I want a decent job, a decent paycheck, a decent place to live, and a decent man in my bed.

Controversée pour souhaiter ce que la société nous incite à désirer ? Non. Il n’y a pas de mal à souhaiter cela. Là où les choses deviennent un peu plus complexes, c’est que premièrement, cela sous-entend que si l’on ne désire pas cela, on est des désaxés. Ensuite, si on décompose, est-ce qu’on ne retrouve pas un peu l’idée que le bonheur matériel = bonheur ?
Je veux être heureux, ne pas avoir de problèmes financier, être casé/e, ensuite tout ira bien, le bonheur suprême… Mmmmh, j’ai des doutes. Et encore une fois, c’est un peu limite « Journal de Bridget Jones ». Star Foster parle certainement pour elle même, mais dans ce cas c’est bien de le rappeler et que l’on n’oublie pas que les autres n’ont pas forcément les mêmes attentes dans la vie, et que cela n’en fait pas des parias. Sinon, c’est juste une réflexion binaire.

Now I’m not trying to turn any god into a two-dimensional caricature, but Zeus is positively squaresville compared to Eris.  Frigga is downright boring compared to Loki. Inanna is tame compared to modern Lilith.

Justement si, un petit peu quand même. Je ne suis pas en mesure d’analyser précisément l’exemple donné pour Zeux / Eris et Innana / Lilith, mais concernant Frigg et Loki, c’est déjà plus mon rayon. Ce que je trouve intéressant, c’est que les déités présentées comme « bonnes et positives » sont des déités qui, en tout cas dans ce cas précis, sont en lien avec la société. C’est facile de mettre en ligne Frigg, Loki et les Jötunns et de dire que la vie est plus facile avec Frigg : c’est quand même la déesse liée au mariage, à la maisonnée et à l’organisation sociale. C’aurait été autrement plus délicat de mettre en ligne Odin, Skaði, Freyja… pour ne citer qu’eux. Je trouve dommage qu’encore une fois, on se contente d’associer Frigg à la maison et aux tâches domestiques, mais j’y reviendrai.

I don’t want to be marginalized, living on the fringes of society, a special snowflake. I don’t want my faith to be the most interesting or prominent thing about me. To get there I need to worship square gods. The gods of good ol’ ordinary, honest, wholesome living. Because worshiping fringe, edgy, re-invented, and quirky gods is only going to keep me marginalized and unhappy.

Mais tous les gens ne choisissent pas forcément (en tout cas pas consciemment) les déités qui se pointent dans leurs vies. Et dans ces cas là, on fait quoi ? On se flingue ou on se flagelle toute sa vie ? On est forcément condamné à être malheureux ? Et cette histoire de « il y a des dieux « biens » et des dieux « pas biens » c’est d’une part complètement manichéen : je pense que tous les dieux ont un impact sur la vie de celui qui les suit. Et les fonctions inhérentes à une déité ne présagent pas d’une éventuelle facilité à ce niveau là. Pour reprendre l’exemple de Frigg, ce n’est pas parce que, pour reprendre les termes de Ms. Foster, elle est « une déesse du foyer un peu ennuyeuse », qu’elle n’aura pas un putain d’impact. Après, il y a une chose qui peut expliquer la relative facilité d’une déité ou du moins de sa perception, c’est son adaptation au monde moderne. Je pense qu’un certain nombre de déités se sont effectivement adaptées à celui-ci tandis que d’autres beaucoup moins (Jan Fries l’explique très bien).

Les dieux, tous, sans exceptions, amèneront le changement. Parfois le changement va dans le sens de ce que la société occidentale considère comme un modèle, et parfois pas du tout. L’idée de « prier telle et telle déité et vous aurez une vie cool, sinon c’est tant pis pour vous » est gênante parce qu’elle les catégorise, d’une part. De l’autre, elle contient implicitement l’idée que les dieux sont des outils dont on est libre de se servir pour atteindre un certain standing social. Et non, si les dieux peuvent nous faire évoluer, nous inciter à guérir certaines choses et à en entreprendre d’autres, ils ne sont pas là pour nous donner « notre droit au bonheur ». C’est en plus une vision un peu fataliste, comme si nous n’étions pas capables de traverser certaines épreuves et de nous en sortir, comme si nous étions des enfants à qui il faut un jouet pour pouvoir vivre : cette idée nous dépossède de la notion d’une participation active.

De plus, les dieux tels qu’ils sont présentés ici sont caricaturaux, contrairement à ce que l’auteur nous dit. Comme s’ils était tout bon ou tout mauvais, et pas « non-humain avec leur propre système de fonctionnement, leurs nuances et leurs caractères ». Comme s’ils n’étaient pas capables de nous surprendre.

Un jour, j’ai dit à une déité pas spécialement considérée comme sympathique, que si elle voulait que je la vois, elle n’avait qu’à détruire ma vie (le truc d’une connerie monumentale à ne pas dire). Est-ce qu’elle l’a fait ? Du moins pour le moment non. Elle est venue, et cela pourrait se résumer par ça : j’attendais une torgnole monumentale, j’ai eu une bassine d’eau sur la tête et des chatouilles qui m’ont fait pleurer de rire. Chatouilles qui ont finit par un pincement bien appuyé. Ouille. Et « bon ca va, tu as compris maintenant ? » On se sent ridicule et c’est bien fait pour notre tronche. D’autres déités réputées beaucoup plus cool, bien dans les normes figées énoncées comme des valeurs enviables dans l’article en question, m’ont par contre retourné la tronche et on fait des dégâts, m’ont considérablement perturbée.

Le fait est qu’il y a trop de paramètres et de variables pour savoir si une déité X a un impact X dans notre vie. Et que c’est trop facile d’en venir à des conclusions hâtives, surtout si l’on n’est pas le/la principal/e concerné/e.

Odin a amené son changement. Pas toujours facile, loin de là, mais pas triste ou dramatique non plus. Avant, je n’étais pas polythéiste et je ne pratiquais pas vraiment avec les déités nordiques. La transformation a été plutôt brutale, surtout que je ne l’ai pas vue venir : elle s’est imposée comme un constat, et un « mais merde, qu’est-ce qu’il s’est passé ? » Sans compter qu’il a allègrement « mis à la porte » toutes les déités qui n’étaient pas du panthéon nordique (un peu plus compliqué que cela, mais peu importe). En en parlant avec une amie, elle m’a dit en riant « c’est son côté Alfaðir ». Oui, effectivement, je n’aurais jamais songé à faire ce rapprochement si elle n’avait pas eu la finesse de le remarquer, mais c’est bel et bien le cas. Il a un côté un peu, euh, disons directif. (Il n’y a pas eu que ce changement là, loin de là, mais ce n’est pas intéressant de faire le décompte :p) Et effectivement, j’ai eu l’occasion de le mesurer (et c’est toujours le cas) à quel point les dieux du panthéon nordique ne sont pas vraiment « morcelables » : ils constituent une espèce de palette qui doit être prise dans son intégralité, alors on voit des détails qui se détachent petit à petit et nous aident à mieux comprendre la peinture dans son ensemble.

[Edit du 3/11 : Après je peux comprendre son point de vue [celui de Star Foster] dans la mesure où il y a disons, des déités / entités que certaines personnes honorent, et j’avoue ne pas comprendre. Du tout. Ou lever le sourcil, ou même plus. (J’ai un exemple très précis en tête). Mais si je veux être honnête, je dois avouer que mon avis est corrélé à mon cheminement. Ce qui est valable pour moi ne l’est pas forcément pour les autres et peut-être que je serais surprise de partager avec ces personnes à propos de leurs expériences. Pour autant, accepter la pertinence du point de vue / chemin d’autrui au sein de la structure de cette personne ne veux pas dire que je suis obligée moi même de changer la construction de ma structure et d’y inclure (au niveau dévotion / pratiques etc) la déité/entité en question, tout comme la personne n’a pas à vouloir m’obliger à l’accepter, tant que chacun pratique dans son coin.]

[PBP] K – Khaos

Vénérer des déités dites sombres : l’autoroute vers les emmerdes ?

La semaine dernière, dans le cadre du Pagan Blog Project, j’ai lu un article qui m’a interpellé, par rapport aux liens entre les problèmes que certains païens rencontrent et le fait de suivre des déités chaotiques et/ou sombres.

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Travailler avec les déités guerrières 2/2

(Pour compléter un peu le précédent article sur la question.) Un petit récapitulatif et mes réactions par rapport à ce que j’entends parfois par rapport à ces dieux et ces déessses.

Les déités guerrières sont dangereuses 

Comment dire… non. Pas plus que d’autres. Tout dépend de ce que vous recherchez, de comment vous les approchez, de votre nature, de vos peurs, de votre caractère. Je serais bien en peine de vous dire si oui ou non vous allez vous manger une bonne grosse claque, pour la simple et bonne raison que c’est votre chemin, votre vie. Pas la mienne. Et même pour ma pomme, je ne fais jamais de pronostics de ce style. Je me suis déjà fait claquer des portes au nez, ou superbement ignorée. Il m’est arrivé de me faire jeter ou de me faire tirer les oreilles, mais je n’ai pas le souvenir de m’être fait laminer la tronche par une déité (enfin, si, mais pas dans le sens « expérience atroce »). Et les déités qui m’ont envoyé bouler étaient plutôt considérées comme « claires », alors que d’autres qui sont globalement vues comme craignos se sont toujours montrées plutôt « cool » en fait. Intrinsèquement, ca ne veut pas dire que c’est « mieux » ou « plus mal », je suppose que c’est juste en relation avec mon le genre de personne que je suis, à ce que je porte.

Elles sont quand même très sombres ces déités liées à la guerre, pas vrai ?

Encore une fois, oui et non. Certains vous diront qu’elles ne font pas dans la dentelle : ca n’est pas faux mais j’aurais envie de dire ironiquement qu’on peut être très raffiné en matière de cruauté (toute blague mise à part, elles ne sont pas forcément dures). Bref. Elles comportent une part d’ombre, oui, bien sûr, mais elles portent aussi énormément de lumière, si toutefois ce type de division à un sens, ce dont je ne suis absolument pas certaine. Tout dépend de ce qu’on entend par sombre : si par là vous voulez dire « porteuses de mort », j’ai envie de dire que les déesses de fertilités sont pour moi nettement plus flippantes que les déesses de la guerre. Qu’une chose naisse implique qu’un jour cette chose mourra, et au niveau humain et organique (pour ne prendre qu’un minuscule aspect de la notion de fertilité, qui est bien plus vaste et complexe), l’accouchement était et est toujours un passage risqué où se côtoient la vie et la mort (même si aujourd’hui on essaie de faire croire le contraire avec la médicalisation : j’ai parfois l’impression que les gens voudraient croire qu’avec les techniques actuelles, on peut être à 100% certain que tout se passera absolument bien, et qu’on accepte d’autant plus mal quand ca n’est pas le cas. Il n’y a qu’à voir les réactions et autres commentaires sur des articles qui relatent des incidents à ce niveau là : tous sont choqués et pratiquement scandalisés que ca arrive.) Et pour taper dans le détail historique, à Sparte, les seuls habitants honorés d’un épitaphe sur leurs tombes étaient les morts au combat et les femmes mortes en couches. Alors le raccourci guerre = mort = sombre = danger, on a vite touché le fond.

Morrigan 

La Morrigan est une déesse, certes de mort, certes de la guerre, mais aussi de la Souveraineté, de la terre, du lien entre la terre et le pouvoir, et par analogie moderne, du pouvoir de Soi. Le lien entre Morrigan et la guerre n’est pas seulement une question obsolète et étroite de batailles et de carnage, il est aussi la capacité de reprendre le contrôle de sa vie, de trouver la force en soi pour affronter des périodes difficiles, pour établir clairement des barrières pour ne pas se laisser dévorer par une puissance hostile ou un danger. La force guerrière de la Morrigan, ce n’est pas seulement une furie chargeant sur son char à travers le champs de bataille, c’est aussi la personne (homme ou femme) qui dit « non, c’est non ». Non, je ne te rendrais pas service pour me sentir gentille et conforme alors que tu me prends pour une andouille. Non, vous n’avez pas à vous servir de votre statut de supérieur hiérarchique pour faire des plaisanteries déplacées à mon encontre. Non, vous n’avez pas l’autorisation de décider pour moi. Oui, je vais me battre parce que j’estime que la situation présente est une injustice (pour moi ou pour d’autres).

Andraste

Andraste est plus particulièrement la déesse du carnage. Un exemple : en situation d’agression, l’énergie d’Andraste, on pourrait dire que c’est le déclic qui se produit chez la personne agressée et qui va la pousser à réagir, à ne pas se laisser « mettre en boîte » par les conditionnements sociaux ou les règles telles que « on ne frappe pas ».
C’est le moment où on va se mettre à appliquer sur le terrain des cours d’auto-défense pour sauver son intégrité physique, sans être bloqué(e).
Je sais que cela peut paraître un détail, mais quand on lit certains récits d’agression -plus souvent dans le cas d’agressions sexuelles (j’avais lu il y a quelques années une étude sur les victimes de viols et d’agressions sexuelles) il me semble- les réactions des autres sont souvent de l’ordre du « mais pourquoi elle/il (bien que plus rarement) n’a pas réagi ? » Parce que la personne est paralysée,  tétanisée, incapable d’évaluer la situation et parce qu’elle est la plupart du temps profondément modelée par des codes sociaux, et qu’il suffit qu’une situation sorte de l’ordinaire pour faire déconner tout le système, ayant pour résultat que la personne ne parvient pas à réagir, et qu’ensuite, il s’avère malheureusement fréquent qu’on lui demande « mais pourquoi… » ou encore pire « si elle/il n’a pas réagi, c’est qu’elle/il l’a cherché » etc.

Elles me font peur

C’est un truc que je lis souvent, parce que la déité en question se pointe pour que vous bossiez avec (rarement pour un travail volontaire). Demandez vous ce qui vous fait peur chez ces déités. Pas « pourquoi », « quoi ». Qu’est-ce qui vous effraie : est-ce que vous avez peur de vous faire ramasser la tronche avec une bêche ? Peur de regarder en face la part tortueuse de vous-même ? Peur de ne pas y arriver ? Peur de perdre le contrôle ? Peur parce que l’inconnu vous effraie et que toutes les informations que vous pouvez lire à ce sujet vous disent « oh non c’est pas bien c’est dangeureux il ne faut pas ? » A partir de là, si vous êtes honnête avec vous même, vous verrez bien ce qui coince.
En ce qui concerne le fait de se faire ramasser, sincèrement, si vous faites le tour des questions, de vos peurs, de vos problèmes sans vous voiler la face, au moins vous aurez moins de risques de tomber sur une mine antipersonnelle bien planquée. Eventuellement, entreprenez un travail sur vous même avant de démarrer le processus. Après le reste, rien n’est jamais garanti.
Sur la peur de regarder la face « sombre » de vous-même : bah honnêtement, si vous avez déjà peur de voir vos emmerdes, vos blessures et votre chemin, ca peut dégoupiller assez brusquement le tas d’ordures planquées. Et oui, quand on bosse avec elles -mais c’est le cas avec toutes les déitéis quelque part- vous pouvez potentiellement vous retrouvez avec la tête bien enfoncée dans le tas de merde que vous planquiez au fond du jardin. Après, ca n’est pas sans raisons : vous voulez progresser ou continuer à faire semblant en laissant la merde s’accumuler ? Ca n’est pas agréable sur le coup, et même si parfois ce qu’on révèle au grand jour est quelque chose de très positif que l’on fuyait pour ne pas le reconnaître, sur le coup, oui, l’orgueil en prend en coup. On n’en meurt pas, bien au contraire. Vous êtes grand(e)s non ?

 

[PBP] G – La couleur de nos guerres / Travailler avec les déités guerrières 1/2

(1/2 la suite ici)

Je ne sais pas pourquoi nous en venons à emprunter les chemins qui deviennent les nôtres. Je ne sais pas ce que nous recherchons (in)consciemment. Certains disent que c’est pour se guérir. D’autres parce que nous sommes appelés. Pour certains c’est parce que nous ne nous trouvons nul part ailleurs. Il y a peut-être du vrai dans tout, ou alors c’est autre chose, je ne sais pas. Le « pourquoi » ne m’intéresse pas, ni pour interroger le passé ni pour sonder le futur. Je préfère « comment ».

Je ne sais donc pas pourquoi. Mais je me souviens de comment. Au début du comment, j’ai le souvenir d’un chaos épouvantable, de la peur constante de l’abandon. Et au milieu de ce merdier innommable, j’ai le souvenir de la première déesse qui m’a guidée. Et avant qu’elle ait portée un nom, qu’elle ait eu pour moi un visage, j’ai le souvenir de la colère qui m’a poussée à avancer, encore et encore. J’ai le souvenir de Morrigan, la première à être venue, même si ironiquement, je n’ai pas gardé de souvenir précis de son arrivée. J’ai le souvenir de sa force, de sa rage, de son énergie, de sa puissance et de son amour qui étaient là quand absolument rien d’autre n’était certain. J’étais petite à l’époque, et seulement adolescente quand elle a pris un nom et que son existence est devenue quelque chose auquel me raccrocher désespérément.
On me parlait de lumière et de guérison, mais quand vous êtes dans le noir en train de patauger sans même une lanterne, la lumière est une idée abstraite, et la guérison un concept qui vous fait rire jaune, parce que vous n’avez pas la possibilité de vous poser dans un abri pour panser vos blessures. Et de fait, quand j’ai approché les déités lumineuses, je me suis fait rembarrée de partout. Aucune ne venait, aucune n’est jamais venue. Et encore aujourd’hui, ce n’est que tout récemment que la première est venue spontanément à moi, alors que je ne m’y attendais pas. Je ne compte pas le nombre de tentative que j’ai fait pour approcher Freya, et le nombre de portes dans la tronche que je me suis prises.

Je serai bien en pleine de dire de quelle manière « les gens » perçoivent les déités de la guerre ou du carnage (ou les aspects particuliers de ces déités qui sont relatifs à la guerre disons) -sans même parler des déités « sombres »-, parce que je ne suis pas dans leurs têtes ni dans leurs pratiques ni dans leurs expériences. En revanche, je peux essayer d’expliquer comment je les perçois.

Elles peuvent sembler toutes identiques, liées à la mort et à la bataille. Mais elles possèdent toutes des caractéristiques, des énergies différentes et au contraire, loin d’être redondant, travailler avec plusieurs déités de ce type peut justement, à mon avis, aboutir à un travail très complet et s’avérer extrêmement enrichissant et bénéfique. Andraste n’est pas porteuse de la même énergie que Morrigan et encore moins la même que Sekhmet. Certaines de ces déités nous incitent à plonger pleinement dans la bataille, à prendre notre vie à bras le corps et à sortir la tête du remugle. D’autres agissent plus dans l’ombre, comme Odin. On le décrit souvent comme un dieu de la guerre, mais plus que l’aspect « combattant en première ligne », je le vois comme un stratège qui nous enseigne quand lâcher prise ou ce que nous pouvons considérer comme « sacrifice acceptable » et faire avec, comment travailler sur certaines de nos difficultés et nos problèmes pour mieux surmonter une période difficile.

Je ne pense pas être un cas particulier, mais pour ma part, plus on me montre des modèles lumineux, pleins de compassion, d’amour et de mansuétudes, moins je me sens connectée et apte à ressentir ce genre de sentiment. Les déités guerrières ne sont pas liées non seulement à la bataille et à la guerre. Elles sont aussi liées aux sentiments les plus noirs en nous, à ce que nous rejetons le plus et que nous nous interdisons de ressentir ou d’éprouver, par peur que ces sentiments nous contrôlent et parce qu’ils ne sont pas socialement acceptables : la vengeance, la rancune, la haine, la violence, la pulsion de meurtre, la colère, l’envie, la volonté de vaincre, la soif de pouvoir… la liste est longue et j’ai l’impression que ces sentiments sont encore plus taboues dans les « communautés païennes » où tout le monde semble parfois pétrie de bon sentiment et de gentillesse, pour mieux refouler le monstre plus loin sous la terre.
[Edit du 4/5/2013 : non les déités guerrières ne sont pas QUE ca. Et non la guerre n’est pas QUE ca non plus. Je m’arrête simplement sur les aspects que beaucoup semble redouter. Il va de soit qu’elles ont aussi une part « lumineuse » (et fuck, j’en ai ma claque de devoir poser ca en terme de dichotomie à la con, mais faute d’une meilleure image hein…)]

En quelques sortes, travailler avec elles nous place parfois dans des situations où nous ressentons ce genre de sentiments, et elles nous permettent de les reconnaître, d’en avoir pleinement conscience. Elles ne les canalisent pas, mais ce qui nous attends sur le chemin se pose souvent dans une dichotomie ironique ; accepter de les éprouver et soit de se laisser ronger par eux, soit de les dépasser pour accepter le monstre en nous. Accepter notre part d’ombre pour faire rejaillir plus clairement la lumière et accepter nos choix pour ensuite faire la paix avec eux, comme une sorte de processus de guérison. Je ne pense pas que ces sentiments disparaissent totalement. Parfois, certaines circonstances viennent douloureusement nous rappeler les moments les plus noirs de notre vie, et on constate que l’on a pas oublié, que l’on oubliera jamais. Et que l’on ne sera sans doute jamais capable de pardonner -si tant est que l’on en ait l’envie- mais au moins ils cessent de nous ronger lentement comme une maladie honteuse que l’on s’emploie à dissimuler à nous-même et à autrui.

[Odin Project – Jour 25] Considérer les aspects délicats d’Odin

C’est un sujet assez délicat à aborder, et j’y pensais hier soir. Le fait est que ce matin, grâce à un groupe Facebook, j’ai eu l’occasion de suivre un lien pointant sur un article qui aborde justement cette question.
Si l’auteure de l’article parle principalement d’Apollon, elle mentionne aussi Odin au passage. Et il faut le reconnaître, c’est totalement justifié. Les présentations basiques d’Odin incluent sa fonction de Père de Tout, de dieu lié à la guerre, à la magie et à la sagesse. En général, ce sont les trois principales fonctions qui sont mises en valeur et elles donnent une vision d’Odin que je trouve exagérément méliorative. En même temps, ma vision est complètement personnelle.
J’ai longtemps considéré qu’il était avant tout un menteur, un tricheur, un meurtrier, un arnaqueur, un violeur, un fourbe, un traître et une grande-gueule (comme ca c’est dit). Même si je n’ai plus la même approche de lui qu’il y a huit ans et que mon ressenti personnel à clairement changé, cela ne veut pas dire pour autant que j’ai oblitéré ces aspects de ma vision de lui. C’est quelque chose de très compliqué à expliquer pour moi parce que de nombreux paramètres parfois contradictoires entrent en ligne de compte, je vais tâcher de faire ca le plus simplement possible, et pour que ca soit plus compréhensible et pour ne pas me perdre.

* Ainsi que je l’ai déjà expliqué avant, je considère que les Déités sont clairement au-dessus des clivages traditionnels « bien » ou « mal » et que nous ne pouvons en réalité pas vraiment les englober, les comprendre dans leur totalité.
* Je pense que les aspects qui se présentent à nous ET qui nous posent problèmes sont en grande partie révélateur de nos propres  problèmes ou/et de notre personnalité.
* Paradoxalement, se focaliser uniquement sur les cotés « positifs » ne nous protégera pas des autres, pas plus que se focaliser sur les « mauvais » ou délicats ne nous en protège mais que cela ne les « provoquera » pas non plus. (Mais si un travail ne nous apporte rien, pourquoi l’entreprendre ?)

Je ne pense pas que les dieux soient particulièrement sadiques ou sympathiques au point de prendre en compte nos considérations personnelles, ou qu’ils en aient tellement à faire de notre avis qu’ils veuillent s’attacher à nous prouver le contraire sur un détail de leur « personne » : je pense que, globalement, les raisons pour lesquelles ils débarquent ne sont pas prédictibles ou explicables -même si on comprend (parfois)  pourquoi après coup– et que c’est pour ca que pleurnicher « ouin pourquoi moi » est 100% stérile comme attitude et à part nous focaliser sur notre nombril, ca n’apporte pas grand chose.
Le seul vrai truc que notre attitude peut changer, c’est notre capacité à accepter certaines choses, certains faits, certains changements et à rester debout et à ne pas tomber dans certains pièges.
Supposons que j’ai peur disons, du chaos et que je travaille avec Loki (j’essaie de prendre un exemple qui ne me touche pas directement, c’est plus factuel) : la nature de Loki est intrinsèquement chaotique, ne pas avoir peur du chaos et l’accepter pleinement ne m’empêchera pas de me retrouver confronté(e) avec son chaos, exactement comme en avoir peur ne l’accentuera pas. La seule et unique chose que ma peur va influence, c’est la façon dont je vais personnellement réagir et éventuellement rebondir.
Pour Odin c’est pareil, ce n’est pas parce qu’une personne ne redoute pas un de ses aspects qu’elle ne s’y trouvera pas confrontée, ce n’est pas parce qu’elle le redoute qu’elle va s’en manger une double dose : différents aspects relativement désagréables -pour ne pas dire très- font partie intégrante de sa nature, et qu’on l’accepte ou pas, il en a stricto sensu rien à branler. Par contre, si on se focalise dessus, on peut passer à côté de certains aspects nettement plus faciles, et si on en rigole en pensant que « lâcher prise » à ce niveau là va nous permettre d’éviter les gouttes, on se fourre le doigt dans l’oeil jusqu’à l’omoplate. J’ai eu l’occasion, au cours du mois écoulé, de me ramasser deux gamelles bien monumentales. Là aussi c’est factuel : quand vous travaillez avec un dieu, il n’y a pas de « règles de sécurité » pour empêcher une tuile de vous écraser façon Tex Avery. Que vous soyez conscient ou non, que vous travaillez sur vous ou non, que vous soyez sceptique ou non, ca ne changera pas la trajectoire du projectile. Par contre, votre travail sur vous et ses nombreuses ramifications changeront radicalement la façon dont vous encaisserez la tuile sur le crâne. C’est en fin de compte le seul point sur lequel j’ai peut-être évoluée en dix ans, et encore, je n’en suis pas certaine finalement. Se juger soi-même, sans se transformer en pauvre victime ou en bourreaux sanguinaire mais en essayant de rester neutre est sans doute la chose la plus délicate sur terre.

Au début du projet, j’ai parlé de l’histoire d’Odin et de Rind. Je crois que c’est, avec l’histoire de Narvi et Vali, et l’exil des enfants de Loki et d’Angerboda, les trois choses que j’ai le plus de mal à accepter : mais en même temps, qu’est-ce que vous voulez accepter ? Il n’y a pas d’avis à avoir ou de position à prendre, c’est peut-être ca qui est le plus difficile.
C’est vrai que c’est très déroutant d’avoir dans sa pratique un lien avec Narvi -dont les intestins ont servis à attacher Loki à son rocher, pour rappel- et avec Odin, qui a transformé Vali en loup et qui l’a poussé à massacrer son frère. Il faut passer au-dessus de ca, le savoir et pourtant parvenir à ne pas se permettre d’éprouver une opinion. Ca n’a pas directement de rapport mais on ne peut pas dire que j’ai la moindre affinité pour Tyr, pourtant je me rappellerai toujours un rêve que j’ai fait cet été dans lequel je me faisais sermonner par Frigg qui me disait « on ne te demande pas ton avis et on ne te demande même pas d’apprécier ou de considérer tout le monde, on te demande juste de nous connaître, d’apprendre nos alliances, de savoir qui on est, le reste ca n’est pas ton problème. » Well done…

Ca n’est simple pour personne, et d’une certaine manière, ca ne devrait pas l’être : que cela ne le soit pas signifie que nous réfléchissons, que nous tentons d’agir sur ce que nous sommes pour devenir ce que nous souhaitons être. Nous avons beau savoir que les déités ne sont pas parfaites, je pense que c’est très difficile à assumer pour nous à l’heure actuelle. Je pense que ca l’est encore plus quand on attend de nos croyances qu’elles nous donnent un code morale ou un garde-fou pour savoir comment faire. Même si nous sommes influencés par les autres religions et croyances (j’inclue l’athéisme dedans) dans lesquelles nous avons grandis, nous avons souhaité en sortir et nous nous retrouvons « libres » en quelque sorte.
Et avoir le pouvoir de décider de sa liberté est une responsabilité écrasante et je pense que plus nous acceptons d’être libre, moins nous avons besoin de trouver des modèles, et moins nous avons tendance à rechercher des modèles de perfection : chercher un modèle de perfection quelque part, c’est attendre qu’on vous dise comment vous comporter, comment vivre, comment croire, comment aimer, comment mourir. Alors, oui, bien sûr, on retrouve ces aspects gnomiques dans le Hávamál, mais à aucun moment ce n’est une obligation ou une règle absolue. Odin se contente de partager ce qu’il a appris, je pense qu’il se moque pas mal de savoir ce qu’on va en faire. Lui en tout cas se contente d’être ce qu’il est, c’est nous qui ne supportons pas de savoir qu’il peut aussi être un parjure ou un assassin. Et le réduire à ces qualificatifs comme tenter de les effacer ne change rien.
Même Balder, une fois devenu invulnérable, se met à se comporter comme un vantard et à faire son kéké, lui non plus n’est pas parfait, même si sa description tend à montrer qu’il s’agit probablement d’un dieu plus tardif, un peu comme certaines descriptions et attributs de Hela.

On dit souvent que la société a évoluée, et que donc il est normal que certains de ces aspects nous gêne. Je suis sceptique. Dans le cas d’Odin, je pense qu’il a toujours fait peur : d’après différentes sources que j’ai pu lire, il était plus souvent vénéré par superstition ou par crainte, par respect ou par obligation que par amour ou ferveur.
Odin est assez craignos, il faut le reconnaître. Et je pense que c’est pas nouveau, et on le sent quand beaucoup d’auteurs utilisent des périphrases pour décrire certains de ces actes, j’ai parfois l’impression qu’il y a une gêne ou une volonté de minimiser certains aspects plutôt atroces ou concernant tout ce qui a trait au sexe.

Je ne sais pas vraiment comment je fais au quotidien. J’ai beau savoir tout ce que j’écris, j’ai beau ne pas aimer certains de ses côtés (notamment le côté possessif) ca ne change rien à mon ressenti. C’est paradoxal je sais, et je ne saurais pas vraiment expliquer comment ou pourquoi.  (Que je sois peut-être juste stupide ou masochiste n’est pas à exclure.) Pour répondre à un point exprimé dans l’article, je pense qu’il faut faire une distinction entre ce que nos déités sont et ce que nous essayons d’encourager comme valeur. Se baser sur notre valeur et ne pas prendre les leurs comme une indication.

Je ne sais pas si les Déités peuvent changer, mais clairement, nous, nous pouvons changer et contribuer à faire changer le monde.

La Cailleach et Holda (Dame Holle / Hel)

Holda

Holda

Holda, parfois également appelée Dame Holle est une déesse germanique protectrice des enfants, des femmes enceintes, des animaux, du foyer mais aussi de l’hiver. On retrouve le personnage de Dame Holle dans de nombreuses légendes, notamment dans le conte éponyme des frères Grimm. Hel, la déesse des enfers glacés de la tradition nordique, fille de Loki et de la géante Angerboda, est certainement un développement plus tardif de certains des aspects de Holda. Holda et Dame Holle sont également liés à  l’hiver, à la sorcellerie et à la mort. Holda peut se rapprocher d’un certain nombre de déesses comme Cerrydwen, Baba Yaga ou encore La Cailleach, et serait elle-même reliée à Berchta et Nerthus.

Des déesses psychopompes et de transformations

Une réprésentation de La Cailleach, très proche de celle de Hel

Une représentation de La Cailleach, très proche de celle de Hel

La Cailleach est considérée comme la gardienne des sources sacrées et des puits, puits qui est dans le conte la demeure de Dame Holle dans le conte de Grimm. Les puits sont des portes vers l’autre monde, le monde d’en-bas, puits que traverse d’ailleurs la petite fille du conte. Freya Aswynn note que Holda a donné son nom à la Hollande, en anglais Netherlands (Pays-Bas), ce qui suggère un lien avec les mondes inférieurs chamaniques, caractéristique directement reliée à Hel. Holda possède également un bassin par le biais duquel les âmes des enfants à naître pénètrent dans notre monde et de nombreux bassins et fontaines lui étaient consacrés.
Hel guide les âmes des morts, spécialement ceux qui sont mort de maladie, de vieillesse ou qui ont été assassinés. Elle veille spécialement sur les âmes des enfants, des nouveaux-nés et des mères mortes en couches.
Les lieux consacrés à La Cailleach sont les lochs, les montagnes et les cairns. Ces derniers balisent des sentiers, marquent le sommet des montagnes ou des sites funéraires. Holda, Dame Holle, Hel et La Cailleach ont en commun d’être des déesses psychopompes associées à la mort.

Sorcellerie, Séduction, Souveraineté

Holda et La Cailleach partagent l’aspect de la Sorcière. En Allemagne, Holda est la meneuse de la Chasse Sauvage tandis que le terme cailleach est utilisé pour désigner les sorcières, dans les textes folkloriques écossais et irlandais.
En revanche, il n’y a guère que La Cailleach qui soit liée aux aspects de souveraineté et de séduction, en cela, elle m’évoque la Morrigan ou même la Sheela-Na-Gig.

Des archétypes de Déesse-Mère

Si pour Holda le rapprochement avec la Déesse-Mère est évident, il l’est sans doute un peu moins pour La Cailleach. Elle n’est peut-être pas directement associée aux femmes enceintes et au foyer, mais elle est décrite comme la créatrice des lochs et des  montagnes qu’elle façonne avec son marteau. Elle est en outre, comme nous l’avons dit plus haut, liée à la souveraineté et donc directement à la terre, au pays. La Cailleach est une déesse de la Terre-Mère. Le fait que l’Écosse ne soit pas une terre des plus hospitalière, au climat rude et aux terres difficiles à cultiver explique sans doute que le visage de celle que l’on dit être sa créatrice ne soit pas des plus faciles.

Leurs représentations

La Cailleach et Dame Holle présentent un certain nombre de traits communs. Tout d’abord dans la manière dont elles sont représentées. Ces deux déesses sont des figures de l’hiver autour desquelles tournent des légendes similaires : en Écosse, lorsque la neige tombe, on dit que La Cailleach secoue son plaid, tandis qu’en Hollande, on dit que « Dame Holle secoue son édredon ».

Au niveau de leur représentation respective, on retrouve des caractéristiques communes : de manière générale, leur aspect physique est globalement repoussant et présente des caractéristiques effrayantes : La Cailleach est décrite comme une vieille dame aux traits si émaciés qu’ils la font ressembler à une tête de mort, à la peau bleu. Holda n’a pas toujours l’aspect de la déesse bienveillante et est parfois décrite comme une vieille sorcière au physique ingrat. Cependant, pour Holda et plus encore pour Hel, la christianisation semble les avoir dôtés d’aspects négatifs qu’elles ne possédaient pas forcément au départ.

Extrait du site Thalia Took

Hel est décrite comme ayant le visage séparé en deux parties distinctes : l’une resplendissante de beauté et l’autre pourrie et rongée par les vers.Bien que cette comparaison soit à nuancer, on peut remarquer que La Cailleach et Bride sont parfois décrite comme étant les deux aspects des saisons. Dans certaines versions, La Cailleach et Bride ne sont qu’une seule et même déesse qui change de forme (ce changement de forme se retrouve aussi dans les contes relatifs aux aspects séducteur de La Cailleach, aspect lié à la souveraineté), dans d’autre, elle laisse simplement la place à la jeune Bride, attendant le retour de la saison froide.

La Cailleach, comme la Dame Holle du conte de Grimm ont des dents d’une taille démesurée : celles de La Cailleach sont de couleur rouge, couleurs associée à l’autre monde dans les traditions celtes et elle est parfois dépeintes comme ayant des dents d’ours ou de sanglier. Ces dents sont associées à la mort mais sans doute peut on les rapprocher du processus de démembrement chamanique.

Un très bel article de La Fille d’Airmeith sur Holda qui m’a été d’une aide précieuse pour écrire le mien.