Un voyage avec les Dieux (II) : de la Wicca au Polythéisme

Suite d’un premier poste datant d’il y a presque deux ans (ou « tentons de retracer le plus honnêtement possible un parcours et son évolution »).

Auteur(e) inconnu(e)

J’ai été wiccane à une époque. Enfin, plus précisément, j’ai mis le mot « wicca » sur ma pratique. Parce que cela me paraissait convenir, faute de vocabulaire plus précis. Quand j’ai commencé, je n’avais même pas internet. En revenant en arrière, je souris un peu en repensant à toutes ces heures passées dans la forêt anglaise à entrer en contact avec les Esprits des lieux et autres. Me souviens aussi d’une promesse, que l’on peut juger tout à fait stupide, de servir les Dieux et les Esprits. J’avoue, j’avais 17 ans (on n’est pas sérieuse quand…), je venais de dévorer la série des Zimmer Bradley et je me disais que c’était moche qu’il n’y ait plus personne (mais lol) pour s’occuper des anciennes déités et du petit peuple et se souvenir des anciennes croyances. Alors du coup, je me dis qu’autant que je me propose. Ce que je fais. Je me dis qu’au moins, je servirai à quelque chose. Je ne sais pas ce que j’étais vraiment. La place d’une Grande Déesse pour remplacer un Dieu monothéiste, oui, sans doute. Je me souviens de cette sensation, quand tout va mal, que je n’arrive pas encore à puiser dans cette croyance suffisamment de force pour surmonter ce qui arrive. Avec le recul, je me dis que la wicca a sans doute beaucoup de défauts, mais elle a aussi le mérite d’être un très bon pont entre le catholicisme (puisque n’ayant pas élevée dans une autre religion, je peux difficilement juger d’une pertinence à ce niveau là) et le polythéisme, (au moins dans mon cas). Elle est facilement accessible, après, le temps et la pratique personnelle, les rencontres, font que, éventuellement, les choses évoluent. Le mécanisme de retour aux vieilles prières de mon enfance, non pas enseignées dans la famille, mais fruit d’une demande personnelle. J’ai très tôt demandé à faire de l’Eveil religieux, proposé par mon école catholique, puis les Jeannettes ensuite, pour apprendre à survivre dans la nature et pour pouvoir prier. Quand je relis mes carnets de Jeannette, leur contenu me fait plutôt sourire. On est à un cheveu du Druidisme et de l’Asatrù en fait. Un cheveu. Je me demande à quel point certains de ces principes m’ont travaillés jusqu’à ce que j’en arrive là où je suis actuellement.

Je me demandais à l’époque, âgée de 18 ans, comment des Dieux « spécialisés » et épars pouvaient avoir autant de force que la croyance en une seule entité. Ils m’apparaissent bien fragile contre tout ce qui rôde et menace aux alentours. Passé les deux premières années de dénigrement, la wicca traditionnelle (comprendre « gardnérienne ») m’attire beaucoup plus. Je passe de « bouh pratiquer nu c’est le mal et l’initiation c’est une connerie » à « ouais, ca a l’air de bien roxer quand même ». Finalement, après un passage par une autre tradition plus ou moins « dérivée de », je me ferai initiée. Premier degré.J’avais aussi reniflé du côté du Druidisme et de l’OBOD pendant un moment, mais il y a plusieurs détails qui me font dire que ce n’est pas vraiment la voie à emprunter à ce moment. Donc je n’y vais pas.

Je m’inscris au Lotus, qui n’était pas encore l’Ordre de Dea. Pas vraiment pour trouver ma déesse patronne qui est, à cette époque j’en suis convaincue, pas encore revenue de ce type de raisonnement, la Morrigan, mais pour trouver mon Dieu patron. Le coup d’être prêtresse ne me fait ni chaud ni froid, puisque à cette époque la « finalisation » n’implique pas de devenir prêtresse, et que cette idée me laisse perplexe pour diverses raisons personnelles, qui évolueront plus ou moins après coup. J’ai fait partie de cette catégorie de personnes qui veulent absolument trouver leurs référents, et je n’ai pas encore cesser de tout diviser en deux catégories. Le Dieu Patron m’intrigue vachement par contre. Mais pour avoir accès à ce cheminement là, il faut passer par la voie de la Patronne. Je me dis « ok, lol ». On est en 2010. J’avais déjà tenté une fois les cours de Morgane Lafey en 2007, mais clairement, un certain nombre de points m’avaient grave soûlée et j’étais partie. Je savais plus ou moins avant même de commencer que ça n’était pas pour moi, mais je voulais essayer quand même. A la fois par amour de la connaissance, parce que j’essais toujours d’apprendre un maximum de choses qui pourront m’être utiles un jour, et parce que je voulais voir si le contenu pouvait m’amener à avoir sur certains points une autre vision que celle qui étaient la mienne. Précisément sur les points qui m’énervaient. Je ne prétendrai pas que c’était une bonne ou une mauvaise optique, parce que je n’en sais rien, je suis simplement honnête. On peut trouver que c’est une attitude discutable, ce qu’elle est très certainement. Je trouvais que « ces histoires de déités liées au sol, c’était pourri et que toutes sortes d’idées sur « la femme naturelle » et le végétarisme me donnait envie d’ouvrir ma grande trappe pour rappeler qu’il y avait d’autres visions », et je voulais voir si je pouvais arriver à dépasser mes préjugés et éventuellement pouvoir avoir des éléments me permettant de modérer ma répulsion et peut-être m’apporter quelque chose. Bien évidemment, je ne l’avais pas dit en tant que tel. Je m’étais simplement promis à moi-même de ne pas faire trop de vagues, et j’avais promis, en remplissant le formulaire, de ne pas foutre le boxon, par respect pour le travail fourni, et de le faire sérieusement. J’ai sincèrement essayé, et ca a sincèrement foiré.

Sur la Wicca, de second degré point. Parce qu’on me répond que l’initiation c’est de l’égo, que c’est mauvais pour moi, que ca foutra le bordel dans ma vie, que je n’en ai pas besoin. Mouais. Dans un premier temps, je le vis plutôt mal, et la réponse me paraît un peu bancale, donc je réfléchis très vite à une autre manière d’avoir mon second degré, comme si c’était un diplôme ou une ceinture de judo. Je trouve. J’aurais pu. Mais, plus par application d’un phénomène de raison que par réelle sagesse, je me dis que je vais attendre. Si je dois vraiment être initiée un jour, alors je le serai. Mais peut-être qu’il y a autre chose qui m’attend. Autre chose de préférable par rapport à mon cheminement. J’attends et les choses évoluent. Clairement, j’ai bien fait : vu ma tendance à être psychorigide sur les engagements, je ne sais pas comment j’aurais géré le fait de m’engager à transmettre certaines connaissances et manières de pratiquer, alors que concrètement, je n’y adhère plus du tout.

D’abord parce que petit à petit, ces histoires de divinités à visage humain commencent à se craqueler. J’y vois une forme d’anthropocentrisme. Je veux dire, on n’est jamais qu’un organisme vivant parmi tant d’autres, je ne vois pas pourquoi les Dieux se préoccuperaient autant de nous. Si la nature est tellement présente dans une croyance, comme c’est le cas de la Wicca, alors franchement, je vois pas pourquoi la « Grande Déesse » nous placeraient au centre. On est libres, libres de vivre, libres de crever. Libres de tout saccager mais il n’y aura pas de Deux Ex Machina pour nous sauver. Clairement, il y a des contradictions qui surviennent de plus en plus. Pareil avec la division du Féminin et du Masculin. Toutes ces tableaux de correspondances etc, ça m’évoque de plus en plus violemment les préjugés autour du genre et le « bleu pour les garçons, rose pour les filles ». Les constructions sociales. Pareil pour toutes sortes de discours un peu trop facile sur la spiritualité, le « en ne faisant de mal à personne, bla bla bla » et parce que je trouve que plus on gratte, moins certaines choses me paraissent construites et cohérentes.

Avec le Lotus, j’apprends à honorer tour à tour différentes déesses, et petit à petit, de nouvelles conceptions germent dans mon esprit. C’est avec mon opération des yeux que je me remets à rêver d’un Vieux moisi habillé en bleu. Et je ressors de mes archives une quantité de rêves.

Des connexions toujours plus nombreuses, et le doute s’installe. Le doute par rapport à la définition de ce que je suis, de ce que je crois. Définitivement, les anciennes étiquettes ne collent plus, si tant est qu’elles ont un jour réellement collées. Je constate qu’effectivement, les Dieux ont des énergies très différentes, me rendant bien compte que certaines « collent » et que certaines « ne collent pas ». Ou plus exactement, je m’en rends à nouveau compte. Je relis mes anciens carnets qui, s’ils n’étaient pas aussi minutieux et précis qu’ils le sont maintenant (parce que c’est connu, recopier des rituels et des invocations d’internet, c’est beaucoup plus valable que votre propre cheminement. Rétrospectivement, j’ai envie de me secouer comme un prunier) comportent toutes sortes d’informations intéressantes et révélatrices. Notamment du fait que, loin de considérer que toutes les Déités ne sont qu’une seule et même entité, il y avait déjà des distinguos qui s’étaient établis en 2006. Et au cours de la même année, je note « cette phrase culte » qui dit que je m’éloigne finalement du panthéon celtique et surtout nordique, et que de toutes façons, à l’exception de Loki, Odin et Hel, ca n’a jamais vraiment collé. » En fait, ils ne sont partis que pour mieux revenir. Ou je ne m’en suis éloignée que pour m’en rapprocher, tout dépend.

Je commence à lire des blogs anglophones. Et il y a un mot qui commence à germer dans mon esprit. Un mot que j’ai plus ou moins peur de formuler. Et un soir, au téléphone avec une amie, je lui dit « mais en fait, je crois que je suis polythéiste. » Elle explose de rire et me rétorque « putain, mais c’est maintenant que tu t’en aperçois ? » Encore une fois, cette sensation -toujours régulièrement d’actualité- que quand je prends conscience d’une chose, c’est en fait Captain Obivous qui s’exprime et que tout le monde autour de moi a compris depuis belle lurette.

Finalement, je quitte le Lotus, après avoir remplie et rendue la dernière leçon. En guise de Déesse Patronne et de découvertes, j’ai croisé un Vieux Moisi qui m’a emmené sur d’autres chemins, ce qui ne m’a pas empêché de prêter certains serments à une Certaine Dame. Même si je ne suis pas allée « tout au bout », j’aurai appris certaines choses et cela a très certainement eu un impact sur ma pratique. Sans l’avoir fait, je ne sais pas si mon cheminement aurait évolué aussi radicalement. Mon champs d’exploration des déités se rétrécit d’une certaine manière. Malgré quelques touches en dehors des celtes et des nordiques, la majorité des mes accointances et de mes pratiques tournaient autour de ces deux panthéons. Avec, comme cela est arrivé, quelques incursions slaves et baltes.

Et puis pendant un long moment, seulement les scandinaves. Et un chemin à l’intérieur du chemin. Inattendue, comme toujours et passionnante comme de juste, bien que franchement pas facile (et en plus j’en redemande, chuis maso). Mais ceci sera pour un autre temps.

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Prière de ne pas déplacer les fantômes

The Six of Swords by Krista Gibbard

Une inscription sur un carton blanc posé sur une étagère. Prière de ne pas déplacer les fantômes. Une allusion, si ma mémoire est bonne, à Marcel Proust. Une maison tourangelle près de l’Indre, et le jour du Solstice d’hiver de cette année là, passé en barque sur la rivière, entre les brumes et les arbres morts. De vieux souvenirs qui reviennent hanter les vivants, portés par les morts.

Freyfaxi, festival des récoltes.
Un blót à Freyr. Honorer les récoltes et les bienfaits de la vie. Sacrifier à certaines Disír une bouteille d’hydromel qui a traversée la France d’ouest en est. Il ouvre la bouteille. Le goulot explose et lui entaille le pouce. Avec le sang, il trace une othala sur la jambe de son pantalon.

Le blót est fini, et reposant mon tambour en hauteur, mon poignet vient heurter le goulot brisé de la bouteille, et me coupe. Retirer son bracelet, le poser soigneusement. Celui là le second qui me soigne, vérifie la coupure qui ne nécessite pas de sutures.
Je rentre chez moi et deux jours plus tard, je me rend compte que j’ai oublié mon bracelet chez lui. Lui qui est parti vivre 600 km à l’ouest. Cet autre ami au téléphone, qui me dit comme un présage ou un écho, à moitié perché, à demi hilare que les Dieux m’appellent en Bretagne. Je lève les yeux au ciel. Faut arrêter quoi.

Mais quoi ? Encore ? Il y a eu cette première occurrence il y a plusieurs années. Je le prend comme une boutade et rien de plus. Le premier me dit qu’il n’a pas retrouvé mon bracelet. Je l’ai « probablement perdu dans le métro ». C’est un possible, mais je sais que c’est faux. Je m’en serais rendue compte. Pas ce bracelet là. Un cadeau précieux, cadeau de mon père pour mes 18 ans. Un bracelet norvégien en argent du début du siècle dernier.
La nuit je rêve. Je rêve que mon Watcher revient chez moi, avec mon bracelet enveloppé dans une étoffe rouge et noir. Je rêve que toute cette minuscule histoire a provoquée des remous.
Je lui écris pour lui dire. Marquant la datation du phénomène. Et je renonce.

Je rêve.
Je rêve d’un champ lourd d’épis, et de Freyr qui m’apprend les chants pour faire pousser les récoltes. Pour que les arbres se chargent de fruits. Pour que les paissent les animaux et que vêlent les vaches. Je rêve de cette mélodie entêtante que j’aurai pourtant oubliée au matin. Et même à travers la distance nocturne, je me demande pourquoi c’est à moi que l’on apprend cela, parce que concrètement, cela ne m’est d’aucune utilité à l’heure actuelle. Il me répond malicieusement que ma vie changera, et que, « tu verras, un jour cela te sera utile. Tu ne me crois pas aujourd’hui, mais un jour, tu verras. Je te le promet. »

Je serai moi aussi 600km à l’ouest, dans un village de granit quand un soir, la lumière clignote sur mon téléphone. Ces mots laconiques d’un Watcher concis « J’ai retrouvé ton bracelet ». Et ma perplexité. Ce trouble. Mon rêve disait vrai. Mes rêves disent toujours vrais au bout du compte. Et quand j’articule ces mots assise à la table en bois, dans la maison bruissante de Leurs Voix, dans le foyer d’Amis qui m’ont accueillie, o/On me répond en pouffant de rire « Non, sans blagues ! Il t’a fallu tout ce temps pour t’en rendre compte. »
Il me reviendra effectivement, contre toute attente. Je ne m’y attendais plus en fait.

De l’ouest et vers le sud ensuite.
De tissage de frith et de la gravure sur une roche calcaire. De l’ocre mêlée de sang qui orne désormais une paroi auprès d’une montagne, dans une ancienne forêt. Les sentiers, les routes, la grotte, la source de l’H. Une curieuse rencontre d’un type surgi de nul part. Quelques mots en provençal, semblables à une comptine d’enfant que l’on martèle du bout de la langue contre les dents du haut, les dents du bas « pour ne pas se faire bouffer son âme ». J’ai parfois envie de répondre que d’âme je n’ai pas. « Mais si on La réveille, Elle risque d’être über vénère non ? » « Ouais, ca peut. »
Concrètement, je suis pas bien faite pour rester longtemps dans ce paysage de garrigue. Un constat de plus. Je ne suis pas faite pour rester où que ce soit à l’heure actuelle de toutes façons. Sauf si un jour… néanmoins il y a un sauf et un si dans ce morceau. Sans oublier un morceau de laine, qui est tout sauf un morceau de laine, précieusement conservé. Parce qu’un jour… Un jour, oui.
Tout s’entremêle et je songe à ces paroles anciennes, écrites en mars 2009 sur un blog effacé depuis.

« Alors ils n’ont rien dit. Alors ils ont posé le geis quand celui‐là est monté affronter le dragon, osant demander s’il valait la peine d’attendre, s’il y a avait encore un après. Il est entré dans une colère noire, la fureur des impuissants, des seigneurs de guerre désarmés, privés de leur conseiller. Et ils les ont fait taire. Mais même les plus petites choses trouvent des yeux pour les regarder, mais même les plus grands secrets peuvent se répéter, mais même les rumeurs les plus vagues trouvent des voix pour les relayer. Et il arrive que toutes ces histoires chuchotées entre deux portes trouvent, on ne sait comment, le chemin jusqu’à un être improbable qui les garde précieusement enfouies en lui. 
La nuit tombe sur le royaume et elle sera bientôt là.
Ca ressemble à de la fiction, mais la réalité dépasse toujours la fiction. C’est toujours le conteur qui écarquille les yeux pour mieux raconter. »

Il n’était question que de transposer une vérité plate et ordinaire en quelque chose de plus ample. Extraire l’essence du moment, au lieu de le cantonner à sa signification basique. Et comme les prophéties et les oracles, on les interprète comme on veut. Ou comme et quand on peut.

Aller et revenir.
Et en guise d’automne, en guise d’équinoxe, c’est de nouveau la Mort qui frappe à la porte de chez moi. Sans mélodrames, accueillie avec un pragmatisme qui n’est pourtant pas sans difficultés. C’est que parfois, l’ordinaire et les paperasses, l’équilibre des chiffres virtuels régissant nos vies et les actes des lois sont plus durs à gérer que la disparition corporelle.

Constater avec un certain effarement qu’il n’y a de place que pour les religions officielles. Quand on n’est pas « affilié » à une guilde, alors vous êtes considéré comme un genre de rônin. Et vous avez droit à des « je ne sais pas si tu es croyante, mais ». Ouais bordel, je suis croyante. Je crois en ma capacité de réussite. Je crois aux Dieux, je crois à la valeur des Serments. Aux Esprits des Lieux ici bien avant nous. Je crois aux Ancêtres, où qu’ils soient. Je n’ai jamais été le genre de personne qui garde sa gueule fermée pour faire plaisir. Sous le toit d’autrui, oui, si cela m’est demandée, parce que c’est le toit d’autrui.
Comme cela m’exaspère rapidement ce discours de guimauve se voulant porteur de réconfort (c’est joli mais ca règle pas nos emmerdes pragmatiques. Désolée d’être terre à terre. Ou non, pas désolée en fait.). Autre constat : le New Age joli tout plein, et les belles paroles ne sont souvent proférées que pour être des miroirs tout faits, renvoyant une image supposée gratifiante à la personne qui s’empresse de les dire ou de les écrire. « Tu sais, la mort n’est pas une fin ». « Tu sais, c’est un nouveau départ ». (You don’t say ? Et c’est à moi que tu dis ça ? Sans blague.)

Je finis par me dire que bien souvent, oui, bien souvent, les gens ne savent pas quoi dire, et que ceux qui veulent absolument sortir des phrases supposées nous « guider », viennent en fait se comporter comme des gourous voulant se coucher avec la satisfaction d’avoir bien agi. Si vous refusez cette main tendue que vous n’avez par ailleurs ni demandé ni souhaité, alors vous êtes quelqu’un de trop négatif et on ne peut pas « vous aider ». Comprendre que vous ne permettez pas à l’autre de se sentir exister. On croirait voir les USA qui veulent imposer leur aide sur le terrain à un pays qui n’a rien demandé, parce que les USA, ils sont trop gentils. J’appelle ça de l’impérialisme moi. Bref. Sujet complexe qui demande un jour un peu de débroussaillage.

L’équinoxe, cette période charnière-étrange. Do not go gentle into that good night. Dylan Thomas revient hanter le flux du conscient.
Chanter les runes, tordre les doigts. Deux équinoxes. Intérieur et extérieur. Honorer Sága. Parce que tout est toujours pour la Bête, et jamais sans un certain swag.
Vies parallèles.
A l’ouest, à l’ouest.

Mais l’histoire vraie, où est-elle ? Je ne sais pas, et c’est pourquoi mes phrases restent suspendues comme des vêtements dans une armoire, en attendant que quelqu’un les porte.
V. Woolf – Les Vagues

Une normalité païenne ? (I)

Une petite captatio benevolentiae : ceci est une tentative d’analyse factuelle sur un sujet tendax. 

Combien de fois j’ai lu « Je suis païen/ne, et j’ai une vie normale, je suis une personne ordinaire ». Peut-être pour combattre les supposés clichés sur la marginalité de celles et ceux qui suivent une voie différente et mal connue par le plus grand nombre, ce qui est compréhensible. Pour autant, faut-il revendiquer une normalité (avec tout ce que cette notion a de flou) pour asseoir sa légitimité ? Est-ce que, loin de de contribuer à nous rendre « acceptables » pour la Société, la revendication d’une quelconque normalité ne contribue pas au contraire à créer une dichotomie, sous-entendant qu’il y a en fait deux types de « païens » : ceux qui sont « normaux » et ceux qui ne le sont pas, ces derniers n’étant alors que des marginaux, et non de « vrais païens acceptés et acceptables par une hypothétique communauté païenne ?

Comment elle se définit cette normalité ? Par le suivi d’une vie aux critères sociaux acceptables, parce que répondant aux grands courants qui structurent nos vies occidentales dans un XXIe siècle en proie à de grands questionnements et évolutions ? Par le fait d’être neurotypique ? Et qu’est-ce qu’on fait de ceux qui s’écartent, volontairement ou non, de cette norme finalement imaginaire, on les fout au placard et on leurs demande de fermer leurs gueules pour ne pas entacher les jolies images d’Epinal d’un paganisme policé et lissé pour être validé par l’ensemble d’une société qui, pardon, n’en a rien à battre de notre gueule ?

Plus que la notion de norme stricte, qui sous-entendrait que nous nous référons tous aux mêmes critères, je préfère considérer l’existence d’un certain nombre de variables, propres aux groupes et aux sous-groupes qui évoluent en se côtoyant au sein d’une société qui n’est qu’un résumé de façade de tous ces groupes. La somme de toutes ces variables constituent une moyenne, ou même une médiane, et c’est par rapport à cette moyenne ou/et à cette médiane qu’un individu ou un groupe d’individu est aspecté.

Cette idée que, si nous nous présentons comme de gentilles personnes normales, sans aspérités, sans problèmes, alors tout ira bien et la Société nous accueillera les bras ouverts, relève non seulement d’une utopie touchant à la stupidité crasse, mais est aussi un mécanisme pervers qui sous couleur de « tolérance » peut au contraire amener les individus à devenir des persécuteurs de tout ce qui échappe à cette norme du « païen bisounours » (notamment en terme de pratique). Plus on va vouloir tendre vers une « moyenne molle », alors plus les écarts de part et d’autre de cette moyenne vont se situer aux extrémités. Et si l’on avait la curiosité de faire la médiane, sans doute l’image du « païen de base » serait très différente de celle que dresse cette fameuse « moyenne molle ».
Dans certains articles récents paru dans la presse en ligne française (dont celui là) deux tendances se détachent invariablement : d’un côté celle du hippie new ageux qui nous fait du gloubi boulga de croyances aka, une personne un peu conne et irréaliste qui n’a pas grandie dans sa tête et qu’on va regarder en se marrant sous cape. De l’autre, celle du polythéiste (reconstruct’ ou non) qui, parce qu’attaché à son sol et à sa culture, est forcément un sale nazi raciste et que, rappelons-le, le nazisme c’est mal, donc montrons les du doigts, bouh les pas beaux, au bûcher.

Partant de cet exemple, on ne peut pas en vouloir aux gens qui veulent absolument montrer une image acceptable du paganisme dans le but de lui donner plus de crédibilité. Le mécanisme étant tout à fait compréhensible. Le problème, c’est que loin de contribuer à combler le schisme entre « le new ageux con comme la lune » (+ 15 en critique s’il marche pieds nus et mange bio) et le « nazillon blondinet » (+ 15 en critique s’il prie des déités germaniques/nordiques), ca ne fait que l’empirer et ca entretient la dynamique qui est à l’origine de ce type d’interprétation manichéenne. Il n’y pas deux tendances schématiques, mais trois groupes : ceux aux deux extrémités du spectre, et la majorité qui devient une norme, composée d’individus qui auront tendance à présenter un aspect lissé pour y entrer, puisque ce n’est qu’une fois lissée que cette norme devient acceptable. Comme dit plus haut, ce mécanisme est compréhensible, et je n’ai pas d’alternatives pertinentes à proposer. Le problème, en quelques sortes, ce n’est pas tant de vouloir expliquer que non, nous sommes pas composés d’individus excentriques appartenant soit à un groupe A, soit à un groupe C, c’est que du coup au sein de la norme (on va dire le groupe B) il peut parfois s’effectuer un processus conduisant les individus trop susceptibles (ou que l’on soupçonne trop susceptibles) de la décaler vers un des pôles A ou C, et ce faisant, ces mêmes individus se retrouveront effectivement dans les pôles extrêmes (en général ce processus a tendance à être passivement actif : il y a une « morale dominante » et les individus dégagent d’eux-même quand tout le monde explique que « c’est pas bien », dans certains cas, il se produit des pics où l’on crie haro sur le baudet. Le fait étant que ce ne sont pas toujours les mêmes facteurs qui conduisent à ce genre de pics, mais plutôt un ensemble de situations / détails qui vont conduire à une réaction chimique explosive. Plus la situation se complexifie en présence d’un certains nombre d’individus disparates, plus vite on arrive au point godwin et à la désignation d’un bouc émissaire pour ramener le calme dans le groupe.)
Si l’on considère la tendance individualiste, dans laquelle ce sont les individus qui façonnent le groupe, on peut supposer que ces individus auront tendances à influencer de manière plus neutre les pôles A ou C dans lesquels ils auront été « rejetés ». Si l’on considère au contraire la tendance holistique (dans laquelle ce sont les groupes qui façonnent les individus) on peut supposer que, au contraire, les tendances de ces pôles A ou C exerceront alors une influence déterminante sur les individus qui s’y retrouvent. En pratique les mécanismes d’influences ne me semblent pas aussi déterminés et faciles à analyses. Ceci étant, cela m’amène à dégager deux questionnements : premièrement, un groupe qui souhaite se positionner de manière forte gagne t-il véritablement quelque chose en se composant d’individus dont les normes sont consensuelles, puisqu’il n’a alors pas grand chose de « fort » à opposer aux autres groupes considérés comme « marginaux et non représentatifs » ? (Sinon on pourrait supposer qu’il s’auto-régulerait de lui même et que, par exemple, le paganisme serait moins enclin à être présenté encore et toujours par le prisme de ces extrêmes. Exception faite bien sûr du fait que le spectaculaire et le racoleur attire le chaland.) Et là encore, ce fonctionnement est à considéré à plusieurs niveaux puisqu’il n’existe pas de classification unique. Un même individu peut se retrouver classé comme A, B ou C suivant le référent analytique. Je m’explique : je suis peut-être une A suivant certaines personnes. Pour d’autres sans doute une B et enfin pour d’autres encore, une C. Pourtant je suis toujours moi-même. A la lecture de mon blog, il y a certainement des gens pour qui je suis une connasse new age, pour d’autre une païenne typique et enfin pour d’autres encore, je suis juste une sale nazie. Pourtant, ma personnalité propre n’a pas changé, c’est seulement sa perception qui est différente suivant mon interlocuteur. (Vous pouvez bien me classer dans ce que vous voulez, personnellement je m’en branle).

Sur le plan global, nous avons donc défini une sorte de norme, et deux pôles satellites gravitant aux abords de cette norme. Mais si l’on considère intrinsèquement chaque groupe, on constatera que pour chacun de ces pôles A, B et C, il existe aussi une norme et des pôles satellites. En fait, analyser les normes et ces pôles conduit à établir progressivement de plus en plus de division au fur et à mesure que l’on pousse son analyse, un peu comme la division de la matière qui finit par aboutir à l’atome, qui ne peut être divisé. (En fait, techniquement l’atome peut aussi être divisé en plusieurs particules subatomiques. Dont les quarks, qui sont de manière très drôles, des particules dites « sociables », qui ne sont jamais seules. Elles ont des masses croissantes, des noms choupis et pour chaque quark, on retrouve un antiquark. C’est pratiquement le concept de l’âme sœur expliqué par la physique des particules, c’est adorable.) A l’inverse, plus on s’éloigne de la connaissance et des fonctionnement de ces groupes, moins leurs subtilités deviennent intelligibles et plus on est tenté de tout mettre sous la même dénomination.

Bref, nous voilà bien avancé puisque la norme est donc relative et ne peut en somme être aspectée que suivant des référentiels évolutifs. Si l’on reprend donc l’analyse du groupe majoritaire B qui se présente comme étant « normal », on constate que la norme à partir de laquelle ce groupe tente de se définir est la norme sociale courante actuelle en vigueur dans une certaine partie de la société occidentale contemporaine. En d’autres termes, nous avons un groupe qui tente de se faire accepter par une norme qui n’a pas beaucoup de points communs avec lui, et qui répercute ensuite cette norme à laquelle la plupart des païens se sentent étranger sur d’autres sous-groupes. Bisous l’uniformisation. Concrètement, les normes sociales actuelles en vigueur sous nos latitudes ne prennent pas en compte les Esprits, les Dieux (à l’exception de la figure monothéiste) etc. Et nous, on tente joyeusement d’expliquer que mais si, on les prend en compte, mais on est normal. On est différent, mais un peu normal quand même. (Alors qu’en fait, ne vous inquiétez pas, on passe tous plus ou moins pour des con/ne/s). Et encore pour le moment, je m’en tient à une analyse purement factuelle de la « normalité », sans rentrer dans la question des cas neurotypiques / neuro-atypiques, des rapports avec les Esprits, de la magie et de tout le bordel.

Je pense que se proclamer comme normal dans ce cas de figure là, et créer scission communautaire sur scission communautaire, en voulant plus ou moins éliminer ceux qui ne rentrent pas dans nos critères, c’est, sur le long terme, reconnaître que finalement, il n’existe pas de norme païenne, pas plus qu’il n’y a de communauté païenne au singulier. Donc, quelque part, à moins de concilier l’inconciliable, ce qui n’aura jamais lieu pour des raisons évidentes (je ne dit pas qu’il faudrait ou qu’il serait souhaitable d’arriver à concilier inconciliable) on pourrait même douter du fait qu’il existera un jour une « communauté païenne unie. »
Comme je l’ai dit plus haut, je n’ai pas d’alternative à proposer et que cela revient à poser l’éternelle question « faut-il tout accepter ? A quel moment il faut dire stop ? » Loin de toute prise en compte des critères moraux (qui sont individuels) j’en souligne juste le paradoxe (trouver une norme aux seins de groupes qui n’ont dans le fond pas grand chose à voir, « paganisme » étant un vaste mot qui est comme dire « croyant » : il ne suppose absolument pas que les personnes aient dans le fond grand chose de commun sur le plan à la fois philosophique, religieux, moral, économique, social, politique etc.) et le processus d’exécution, ainsi qu’un éventuel impact supposé sur le long terme (mais je ne suis pas exactement une optimiste, plutôt une réaliste cynique). Continuer d’entretenir l’idée d’une norme païenne de référence est-il donc pertinent ? J’en sais rien.

 

Beltane : Sexe & fidélité

Auteur inconnu

Nous entrons dans la période de Beltane (ou de Walpurgis ou autre même, comme vous voulez), probablement la fête/sabbat la/le plus populaire avec Samhain.
Je ne ferai pas de redite sur la symbolique de Beltane, parce que l’on en trouve partout, avec des listes d’offrandes appropriées, les déités ad hoc, les pierres, les arcanes du tarot et toutes les correspondances habituelles qui personnellement, me laissent perplexe.

Non, à la place, je voudrais en profiter pour faire quelques articles et parler de sexe, d’amour, etc.
C’est marrant comme ce sujet là est en fin de compte relativement peu abordé dans le paganisme : on parle de nudité rituelle, en se demandant si oui ou non c’est nécessaire / bien / pertinent, si les gens ne vont pas nous reluquer. On parle de féminin sacrée et de lunes rouges (le terme factuel c’est menstruations, règles.) et de sexualité sacrée en terme de symbolisme.

Le paganisme ne possède pas de vision ou de morale unique autour de ces sujets, et pour cause : il n’y a pas « un paganisme unique ». Il y a DES paganismes. Et au sein de ces paganismes, il y a une multitude de personnes qui ont des avis personnels, des conceptions et des pratiques pouvant être très différentes, même au sein d’un même rameau. Ce qui suit est donc à la fois, une réflexion qui reflète mon point de vue personnel sur la question, une réflexion un peu en vrac. Avant de venir me raconter vos vies ou m’expliquer en quoi vous êtes différents, notez que cette réflexion contient des schématisations qui seront probablement perçues comme étant réductrices. Ceci étant, ces réflexions sont révélatrices de mon expérience et de mes interactions avec d’autres personnes et ne proviennent pas d’extrapolations purement intellectuelles.

Le sujet de la sexualité est un bon révélateur de la façon de penser et des « normes » au sein d’une société ou d’un groupe (ou sous-groupe).
A ce titre là, je n’ai pas constaté de grandes différences entre « le paganisme » (ce paganisme mondialisé qui se trouve fortement influencé par la wicca éclectique de Scott Cunningham (au passage assez différente de la wicca dite « traditionnelle ». A force, on a abouti à une espèce d’uniformisation des pratiques / traditions et à ce que je vais nommer un peu méchamment le « païen standard », celui là même sur lequel les médias s’appuient et écrivent des articles et dont au final on ne sait pas trop si cela finit par devenir consternant, drôle, encourageant ou lassant.) et la « morale généralement rencontrée en France » (comprendre par là que la « morale dominant » certains groupes / milieux sociaux particulier parce que présentant un ensemble de normes et autres plus marqués ne sont pas inclus ici. Aka : venez pas me faire chier en me parlant d’extrémistes religieux ou du « bobo parisien ».)

Par exemple concernant le mariage, (et/ou le Handfasting puisque c’est souvent la dénomination du « mariage païen ». Qui soit dit en passant commence à avoir la côte auprès d’athées qui veulent une cérémonie « plus classe » que la Mairie : mais ouais, vous ne vous mariez pas à l’Eglise parce que vous voulez pas faire semblant ou parce que c’est chiant de se taper 9 mois de préparation avec un prêtre, par contre pas de soucis quand c’est un Handfasting. Vous voulez un mariage qui ait de la gueule et qui soit pas une signature de paperasses dans une mairie ? Alors écrivez-le vous même en puisant dans vos valeurs humanistes ou les coutumes de vos régions ou alors vous n’avez qu’à avoir une religion. Merde à la fin.) la société actuelle (laïque dans le cas présent) tend à tisser ensemble la signification du mariage et de l’amour. Si on se marie, c’est que l’on s’aime (la réciproque « si on s’aime on se marie » me semble de moins en moins perçue comme étant vraie, du moins dans nos générations). Cette interprétation se retrouve dans les termes employés dans les cérémonies du Handfasting : « jusqu’à ce que la mort nous sépare », « pour cette vie et dans les autres » ou « tant que l’amour durera ».

Il y aurait beaucoup à dire d’ailleurs sur les « conditions » d’engagement, sur ce que referment les termes « tant que l’amour durera ». Mais il y a encore plus à dire sur la conception de la fidélité. La notion de fidélité est toujours présente dans le cas des mariages civiles, même si le divorce pour adultère a été aboli en 1975. J’y vois une notion religieuse qui n’a rien à faire dans un cadre laïque, et ca m’avait posé problème (et je ne m’étais privée de poser pleins de questions à la mairie, au grand désespoir de l’adjoint au Maire, qui m’a répondu que les gens ne posaient pas autant de questions juridiques.) Ca me pose toujours problème. Tout ce que j’avais eu comme réponses de la part d’amis païens c’est « le mariage, c’est ça. Si tu ne veux pas, tu ne te marie pas. »
Donc, premièrement, outre le fait que le mariage civil, c’est le code napoléonien qui s’invite dans ta culotte, nous en sommes toujours à une espèce de division binaire : soit tu n’es pas marié/e, et alors tu n’as pas d’engagement avec ton/ta partenaire. Soit tu es marié/e, et alors tu es prié/e d’être fidèle.
Donc la fidélité, c’est la monogamie et uniquement la monogamie ? Pas d’autres interprétations de ce terme ? Au niveau légal, je comprend à quelles fins ça a été mis en place (pour éviter les enfants naturels, comme on disait pour désigner les bâtards, parce que le mariage, c’est d’abord une question de filiation et de préservation des patrimoines, eh oui.) mais ce que je ne comprend pas, c’est premièrement, en quoi on copie-colle ce paradigme légal dans notre paradigme religieux (ou spirituel), deuxièmement, les réactions binaires de la majorité des gens avec qui j’ai eu l’occasion d’en parler (et plusieurs années après, je me souviens très bien de qui m’a répondu quoi.). Soit tu fais un truc et tu fais comme tout le monde. Soit si tu veux rester libre, tu ne le fais pas. Mais quant à interpréter au niveau personnel certaines définitions, c’est non, même si le/la partenaire est d’accord et que le couple a un point de vue particulier sur la question, la gentille société païenne va lui expliquer en quoi c’est-pas-bien.
Et que dit la gentille société païenne (toujours en généralisant, pour rappel) : en gros, les paradigmes sont les suivants : soit tu es marié/e et tu es monogame. Ou tu es monogame tout court. Soit tu n’es pas monogame, et alors tu couches forcément avec le premier venu/la première venue (et surtout/souvent si tu es une fille, tu es une salope. Un mec ca passe socialement mieux. Par contre, un homme qui clame au et fort sa fidélité etc, c’est souvent que les autres ne le croient pas. Bah oui, un homme ca peut pas être fidèle, c’est pas dans sa « nature ». Surtout appliquons bien des préjugés sur les gens en fonction de leur sexe au lieu de respecter leur individualité…). Bah oui, c’est blanc ou noir, faudrait surtout pas donner dans la nuance, ça serait dommage.

Sauf que, pour moi par exemple, fidélité n’est pas un synonyme de monogamie sexuelle. La fidélité peut s’entendre de beaucoup de manières différentes, et du moment que les choses avec le/les partenaires sont claires, alors pas de problème. (Un couple / une personne peut aussi décider que pour lui/elle fidélité = monogamie, pas de problème non plus. Le fait d’adopter cette vision ne devrait pas le rendre « vieux jeu » ou ringard, hors, là aussi, parfois le respect des choix et des visions d’autrui n’est pas toujours au rendez-vous. Comme s’il y avait un prérequis social en terme de nombre de partenaires, en terme de nombre de relations passées, etc.)
Dans le code civil par exemple, il est précisé que les époux ont l’obligation de vivre ensemble. On ne peut pas changer le code civil, par contre, dans le cas d’un mariage religieux (païen ici), on peut se mettre d’accord sur les termes du contrat, d’où le fait que je trouve plutôt comique que les autres païens viennent vous dire ou mettre leur grain de sel sur des questions qui dans le fond ne les concernent pas (parce que dés que vous ouvrirez votre gueule sur un sujet, on vous le fera remarquer. Et dés que vous ne marchez pas dans le troupeau, attendez-vous à vous faire mater bête). C’est marrant dans le fond : chacun revendique sa spécificité, sa liberté de penser ou de culte, ses différences, et au final, la majorité c’est quoi ? Un gloubi-boulga de bons sentiments, d’uniformisation spirituelle et une morale commune.

J’ai croisé des gens qui disent que « si tu es heureux/se, tu n’as pas envie d’aller voir ailleurs. » Bon, donc j’en déduis que tous les couples / individus qui pratiquent le polyamour sont des connards et des connasses frustré/e/s mal dans leurs peaux ? Mais ouais attendez, on va vers le paganisme parce qu’on se sent mal et qu’on étouffe dans le dogme judéo-chrétien et que la Femme n’a pas assez de place et de liberté. Pis quand on sera dans le Paganisme, on va réinventer le dogme judéo-chrétien, classer les femmes dans trois catégories en fonctions de l’état de leur utérus (non pardon, ca c’est juste la Wicca).

En soit, pour tenter de conclure cet article un peu brouillon, l’important n’est pas tant de trouver une morale commune. Ce qui me semble important, c’est que chacun (individu et/ou couple) soit clair avec ce qu’il est prêt ou non à faire et à ne pas faire. A être honnête, et à trouver des accords communs. A ne pas appliquer son cadre / paradigme aux autres et inversement, à ne pas les laisser nous appliquer les leurs.

[Une suite est à suivre] 

[PBP] R – Le rapport à l’argent et le paganisme

L’idée que l’argent est quelque chose de sale, de dangereux qui risque de corrompre la spiritualité est une idée largement répandue, au moins dans la « communauté païenne française ». Combien de fois peut-on lire « la spiritualité ne devrait pas être payante » ou « les vrais enseignements sont gratuits ? » ou « payer pour des cours, ah non, jamais de la vie, cela doit être gratuit ! »

J’ai l’impression que c’est propre à la France / Suisse / Belgique, les québécois me semblant plus « détendus » par rapport à l’épineuse question d’un échange pécunier.

Premièrement, c’est une idée propre à notre culture catholique où l’argent est vu comme quelque chose d’impur, de sale, dont il convient de se méfier. Dans la culture protestante au contraire, la richesse est vue comme un signe d’élection divine (Max Weber dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme explique très bien tout ca). Il est intéressant de constater que, bien que nous travaillons à nous détacher de la culture chrétienne, cette approche perdure : bien que cela soit plus marqué chez les blogueurs américains que chez les anglais, les premiers sont nettement moins frileux que nous dans ce domaine.
Sur les blogs américains, il n’est pas très rare de trouver un bouton « donate » paypal ou qu’en échange des services que certaines proposent, qu’elles demandent une éventuelle participation financière. Dans la majorité des cas, ces participations sont facultatives, et leur montant laissé à la discrétion du consultant. Personne ne s’en offusque. En France, si quelqu’un faisait la même chose, il y a fort à parier qu’on ne le lui dirait peut-être pas ouvertement, mais que dans son dos, les langues iraient bon train. « Mais pour qui cette personne se prend, gna gan gna ». (Si certain/e/s ont des doutes quant à l’existence de ragots dans la magnifique « petite communauté païenne française », c’est qu’ils vivaient au Pays des Licornes.)

L’idée que le spirituel doit être une chose gratuite est tout à fait compréhensible, louable et défendable. Mais l’idée qu’une personne propose un service contre de l’argent l’est tout autant. Cela vous choque ? C’est probable étant donné le mode de pensée dominant à ce niveau là. Mais regardons un peu ce qu’est l’argent. A la base, l’argent est simplement une façon plus pratique (parce que plus simple à évaluer et facilement transportable) d’effectuer une transaction marchande. En d’autres termes, la fonction de l’argent est factuelle, rien de plus. La façon dont on le perçoit aujourd’hui s’est considérablement dénaturée : qu’on le recherche avidement ou qu’on le fuit comme la peste, ce n’est pas une attitude saine, c’est le signe d’un problème. En d’autres termes, si vous considérez que l’argent en lui-même est un problème, c’est que vous avez un problème avec. Si vous considérez que l’argent va souiller un échange ou dénaturer la nature de quelque chose, c’est parce qu’il y a un risque que votre attitude à vous change et dénature la valeur de cet échange. L’argent est intrinsèquement inerte : ce qui le rend destructeur ou puissant, c’est la puissance que vous lui accordez, et qui elle, est effectivement une menace potentielle, suivant que vous parveniez ou non à la gérer, parce qu’elle pourra vous influencer et modifier votre attitude.

Prenons un exemple tout simple : la question des formations et des cours autour du paganisme. Certains diront « je ne devrais pas avoir à payer pour avoir accès à un cours » (la question de « l’éducation gratuite est un pendant que je développerai un peu plus loin). D’autres diront qu’il est normal de payer.

Donc, vous n’avez pas à payer des cours, ok, et la personne qui les met à disposition le fait bénévolement, « parce qu’elle aime ça, qu’elle a envie, parce que c’est de l’égo, parce qu’elle se prend pour ce qu’elle n’est pas, parce qu’elle a une vraie morale spirituelle, parce qu’elle a un cœur pur, parce qu’elle a un vrai background de witch » et pour tout un tas de raisons qui relèvent plus ou moins du bullshit. (Les raisons citées sont la transcription pure et simple de que ce j’ai eu l’occasion de lire et d’entendre au cours d’un certain nombre d’années par rapport à X personnes, francophones ou non.) Admettons. Donc vous n’avez pas à payer, vous êtes libre de faire ce que vous voulez dans le fond. Vous pouvez vous casser plus ou moins courtoisement sans rien dire, faire le dilettante parce que vous avez voulu essayer au petit bonheur la chance parce qu’il y avait une étiquette clignotante au bout, parce que vous n’avez ni l’intelligence, ni les couilles, ni la discipline de bosser seul/e. [Je ne cite que les raisons « moyennement sympas », il est implicitement entendu que ce ne sont heureusement pas les seules raisons qui existent et que les personnes clean, sérieuses, fauchées ou non existent.] La personne qui fait le cours ? Elle peut se gratter, osef, c’était gratuit, après moi le déluge. Admettons. Si cela avait été payant, il y a fort à parier que vous auriez réfléchi à deux fois avant de faire le jobard. Pourquoi ? Parce que le pognon ça ne pousse pas sur les arbres. Le respect d’autrui, de son temps et les éventuelles personnes dont vous avez pris la place par contre, elles peuvent aller chercher la capitale de l’Arménie sur une carte de la Turquie, hein, c’est pas un problème.

Et pareil du côté des « enseignants ». « Si les gens ne payent pas, je peux leurs dire d’aller se faire foutre si cela se passe mal, je suis libre de changer à tout moment les termes du contrat. Je n’ai pas à les tenir informés de certaines évolutions. Déjà que je leurs propose un cours gratuit, ils ne vont pas venir me faire chier aussi. » [Là aussi, il est implicitement entendu que non, tous ne sont pas comme ca, bla bla bla, c’est comme avec le premier exemple. 🙂 ]

Félicitation. Votre moralité évolue en fonction du Dieu Pognon. Vous n’avez pas un rapport factuel avec et le rapport donnant-donnant que l’argent sert à établir, il est au rayon SF/Fantasy pour vous. (Et les Dieux et les Esprits, vous les honorez pourquoi ? Pour qu’ils vous fassent des cadeaux ?)

Le problème, c’est que RIEN n’est gratuit. Non, non. RIEN. Oui, on voit beaucoup passer de petites vignettes proclamant que « toutes les bonnes choses sont gratuites », etc, mais encore une fois, c’est parce que vous ne vous basez que sur le Dieu Pognon. L’amour est gratuit ? Mais oui, bien sûr. Donc l’affection, le temps, l’écoute, l’attention et tout le reste que vous donnez à une personne, ca n’existe pas ? Si un échange n’est pas marqué par une transaction financière, ce n’est pas un échange… Donner de son temps, c’est gratuit, ca n’a pas de valeur, c’est connu. Si je poursuis sur cette idée, si votre temps n’a pas de valeur, on peut donc le dépenser comme bon nous semble, aucun problème. Tiens, on rejoint non seulement l’idée du début, mais aussi une idée généralement répandue : si vous n’avez pas de travail, vous avez tout le temps pour vous et aucune obligation (et un détour par le Travail Invisible, un.)

La gratuité comme preuve de pureté, de grandeur et de bonnes intentions, j’y crois moyen. Attendre une reconnaissance des gens, un statut pagano-social, une visibilité sous prétexte qu’on leur offre quelque chose, c’est aussi se faire payer. Et pas de la manière la plus anodine/la plus propre.

Au final, cela finira par avoir un impact sur « la communauté païenne idéale » que certains voudraient construire. Quelle communauté voulez-vous ? Une communauté qui puisse grandir ? Pour cela il faudra qu’elle apprenne à dédramatiser son rapport à l’argent. Il n’y a rien de sale ou de malsain à proposer quelque chose contre de l’argent. On bave sur les anglophones,  -bien que franchement, leur communauté soit très loin d’être idéale, il suffit de regarder certains débats hyper violents- mais s’ils peuvent monter des rassemblements, avoir pleins de cours, des organisations etc, c’est aussi parce que le rapport au fric est moins tendu qu’ici. Parce qu’en plus, malheureusement, on a l’impression parfois que l’argent sert de régulateur pour s’assurer que les gens ne fassent pas n’importe quoi. Parce que sinon, c’est du je-m’en-foutisme à tous les étages quasi-garanti, tant que cela sera le cas, et tant que beaucoup auront l’attitude décrite plus haut avec la gratuité, on n’en sortira pas.

J’entends déjà les braillements venir : « ouiiii mais il y a des prix qui sont abusés, il y a des gens qui vont se prendre pour des gourous, il y en a qui… »

– Combien de personnes dans « le paganisme », qu’il soit francophone ou anglophone, pouvez-vous citer qui soit pleines aux as. Combien ? (Maintenant, j’aimerais bien connaître le montant du compte en banque de certains auteurs « new-âge » très en vogue dont les citations gnan gnan partagées sur les réseaux sociaux nous font saigner les yeux.)
– Vous êtes grand/es. Rien ne vous oblige à casquer des mille et des cents. Ou alors si vous n’êtes pas capable de dire « je trouve cela exorbitant » et de ne pas le prendre, et si la gratuité est une excuse à la moutonnerie, c’est grave.
– Pourquoi tout de suite tomber dans les extrêmes ? Vous partez donc du principe que les gens vont forcément tenter de s’enrichir à vos dépends. Que cela sera forcément injustifié. Pas une minute il ne vous vient à l’esprit que peut-être les montants seront « à discrétion » ou qu’il sera possible de négocier. Intéressant et révélateur.
– Encore une fois, au risque de radoter, l’argent est juste une valeur d’échange. Il y a autant sinon plus de risques de se faire « avoir » en faisant un troc qu’en scellant l’échange contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Vous n’évitez pas le problème avec le troc, vous le contournez si vous le faites « par défaut » (c’est-à-dire si la personne avec qui vous souhaitez troquer ne propose rien qui vous intéresse. Sinon, c’est autre chose.)

Si le fait de faire payer vous pose vraiment problème :

– Est-ce que c’est par jalousie envers les personnes qui le font ? Parce que vous n’osez pas le faire, parce que vous aimeriez peut-être le faire et que vous n’osez pas ? Parce que vous avez peur qu’elles puissent vivre la vie dont elles ont toujours rêvé alors que vous pas ? Encore une fois, au passage, ce serait intéressant de voir le nombre de personnes qui rêveraient de vivre de leur/s Art/s et le rapport qu’elles entretiennent avec l’argent.

– Est-ce que vous offrez quelque chose gratuitement parce que vous n’osez pas demander une contrepartie, même petite, en échange ? Pas forcément à cause du regard des autres, mais parce que vous ne vous sentez pas assez légitime ou que vous avez peur que votre travail ne soit pas assez bon. Sur la question de la légitimité, ce qui compte c’est la valeur de chaque travail que vous faites. Pas vos titres ou les trucs sortis du passé. Votre travail présent. Après, c’est à vous de l’évaluer avec justesse (plus facile à dire qu’à faire). Sur la question du « j’ai peur que mon travail ne soit pas assez bon, si j’étais caustique, je répondrais « donc si c’est gratuit, on peut fourguer de la merde à des gens crédules sans soucis ? » Si ce n’est pas ça, cela relève du même angle que la légitimité.

Il n’est pas question de faire payer pour tout, nous sommes d’accord. Le but de ce pavé -quoique lacunaire- étant simplement de secouer un peu les idées reçues sur « l’argent c’est le diable ». C’est à relativiser, à voir au cas par cas, en fonction des situations et voir nos propres réactions, essayer de les comprendre plutôt que de se forger un dogme tout fait, bien pratique mais au final assez peu pertinent.

[PBP] P – Déités patronnes

Une dénomination généraliste 

Auteur inconnu

La question du dieu patron ou de la déesse patronne surgit souvent, que ce soit dans les conversations ou dans les articles, mais au fur et à mesure, bien que ce soit les mêmes termes qui reviennent, je me demande si nous ne regroupons pas des choses différentes sous un terme qui serait en définitive générique. Un peu comme employer le terme « païen », un « mot-parapluie », pour reprendre l’expression anglaise.

Je ne pense pas qu’il existe intrinsèquement une « bonne » et une « mauvaise » définition de ce qu’est ou n’est pas une déité patronne : c’est davantage une question de :

1/ types de croyances
2/ un manque au niveau du vocabulaire et l’absence de termes de références qui rendent cette dénomination particulièrement visible.

Ci-dessous, la « base » qui me semble la plus « factuelle » et dont la définition très large peut être employée dans bon nombres de typologies (à noter que, dans ce sens, c’est une conception contemporaine : pour résumer rapidement, les idées de « patron/nes » concernaient davantage des catégories de gens que des individus).

La déité patronne occupe la place principale ou une place particulière au sein de la pratique dévotionnelle / magique / etc. 

Ensuite, des variantes qui synthétisent grosso-modo ce que j’ai pu lire, entendre ou voir autour de la conception de la déité patronne.

1. On peut avoir deux/plusieurs déités patronnes (souvent réparties en féminin/masculin mais pas toujours).
2. On ne peut avoir qu’une seule déité patronne.
3. On peut en changer au cours de notre vie/évolution de notre pratique.
4. On ne peut pas en changer.
5. On ne choisit pas sa déité patronne, c’est elle qui vous choisit.
6. Tout le monde a une déité patronne.
7. Tout le monde n’a pas de déité patronne.
8. Les femmes ont une déesse patronne, les hommes un dieu patron.
9. Le genre (biologique ou autre) d’un individu n’a rien à voir avec « le genre » de la déité patronne.
10. Le choix d’une déité patronne a des répercussions sur tous les domaines de la vie.
11. On peut se choisir une déité patronne.

Ces visions contradictoires sont en fait corrélées à ce que j’appelle la « théologie individuelle », c’est à dire la façon que chacun à d’envisager le « Schmilblick divin ».
L’idée de changer de déité patronne parce qu’on se rend compte qu’elle ne nous correspond plus, ou d’en avoir plusieurs est pour moi incohérente par rapport à ma façon de voir les choses. Par contre, pour une personne qui considère que les déités sont des facettes d’une entité ou que la/les déités patronnes agissent comme des guides, il y a une certaine cohésion entre la façon de penser et la façon d’agir, que l’on soit d’accord ou pas avec cette conception du monde.

Le « Syndrome de la Déesse Patronne »

Parfois quand on débute, on est tenté se chercher une déité référente, ou deux. Ou on cherche absolument à se trouver une patronne -plus rarement un patron. On épluche les bouquins pour piocher dans les panthéons qui nous plaise les figures que l’on trouve parlantes par rapport à nous-même et à notre vie, on cherche fiévreusement les siiiiiiiiiignes. Tant qu’à faire, on essaie de chercher les plus « trues » possibles : les plus darkos / polyvalentes / inconnues, hipster-pagan power.
En fait on pédale dans la semoule et on se met le nez dans le guidon : c’est ce que j’appelle le Syndrome de la Déesse Patronne. Que l’on considère que sa déité patronne relève d’un choix personnel et conscient ou d’un « appel », je ne vois personnellement pas l’intérêt de faire des listes pour essayer d’établir celles qui nous parlent. C’est un peu comme de vouloir choisir un conjoint en regardant des fiches de sites de rencontres : ce n’est pas parce que sur le papier tout correspond que cela donnera quelque chose de constructif.

La véritable question, si vous êtes êtes dans la recherche plus ou moins frénétique, c’est « pourquoi cherchez-vous une déité patronne ? » Est-ce que c’est une façon pour vous de vous sentir protégé(e) et aimé(e) pour palier un manque affectif ? Qu’est-ce que vous pensez que cela va vous apporter ? Est-ce que c’est par manque de repères, parce que vous vous sentez perdu(e) ? Est-ce que, par le biais de cette recherche, vous essayez en fait de mieux vous connaître ? Est-ce que c’est pour appartenir à « un groupe », même de manière figurative ? Est-ce que c’est juste par curiosité ? Et une fois que vous l’aurez trouvée, ou que vous penserez l’avoir trouvée, qu’est-ce que vous ferez ? Vous allez dire « je suis prêtre/sse de Machin ou de Bidule ? » Pourquoi faire ?

Encore une fois, il n’y a pour moi pas de bonnes ou de mauvaises manières de procéder ou de raisons de le faire. Il est simplement important d’être conscient de ses motivations personnelles, ca évite de potentiels et dantesques emmerdements par la suite.
A une époque, j’étais comme ça. Je me suis frénétiquement cherché une « déesse patronne », j’ai épluché les bouquins, j’ai demandé des signes comme on demande des bonbons, sans réfléchir. Et parce que je ne savais pas gérer certaines choses, certains détails, je n’ai pas vu ce qui s’approchait en réalité et le tout a été méchamment hard core à démêler. Il n’y a pas eu que du mauvais : si je n’avais pas été dans cette recherche, je n’aurais pas fait certains choix, et sans ces choix, je n’en serais pas là aujourd’hui et honnêtement, même si j’avais cette possibilité, je ne changerais rien, ou presque. Je serais juste peut-être un peu moins aveugle, et encore. Mais étant donné la façon dont tout s’est débloqué, il est possible qu’un jour j’ai un autre discours, et que je me rende compte que finalement, ca m’a amené à un dramatique point de non-retour. C’est une possibilité que je n’exclue pas, mais je n’ai aucun moyen de le savoir.

Déités patronnes, tutélaires, guides, etc.

Note : Ces tentatives de définitions sont corrélées à ma façon de voir le Schmilblik 😉 Ca ne veut pas dire que les autres façons de considérer les choses sont plus ou moins valables, juste qu’elles sont différentes et à prendre comme tel. 

La déité patronne 

Pas forcément toujours celle qui a la place la plus importante en terme de temps de pratique, mais qui occupe une place à part. Celle qui « chapeaute un peu tout ce qui se passe sur le territoire breton » comme dirait l’autre dans Kaamelott.
De la manière dont je considère les choses, il n’y a qu’une seule déité patronne : c’est clairement elle qui se pointe au moment où elle le juge opportun, et sa venue peut faire évoluer un certain nombre de choses, que ce soit au niveau de la pratique, des conceptions spirituelles ou de la vie quotidienne.

Ce n’est pas forcément une déité que l’on apprécie, au moins au début, mais on apprend à faire avec. Je tend à considérer qu’on a le choix dans notre pratique, mais un choix qui se pose de manière parfois un peu tordue, Il n’est pas impossible que la DP nous offre le choix : oui ou non, mais tous les choix ont des conséquences, et parfois refuser peut foutre autant le boxon que d’accepter. Tout dépend des gens, des sentiers, des déités, des potentialités, bref, il me paraît délicat d’établir une vérité générale quand il y a autant de variables à prendre en compte.

L’autre paramètre ambivalent concerne l’hypothétique « ressemblance personnelle » : j’ai cherché pendant la déesse qui pourrait être ma patronne, et je m’arrêtais toujours sur celle qui me paraissaient être en adéquation avec mon caractère ou mes centres d’intérêt. Aujourd’hui, je pense que c’est une optique de recherche un peu stérile ; la DP n’est pas un pote et elle n’a pas forcément à nous ressembler. J’ai souvent lu des avis disant « je me demandais pourquoi j’étais attirée par telle déité / pourquoi cette déité se pointait et c’est parce que j’ai ci et ca comme centre d’intérêt / parce que je suis comme ça / parce que j’aime ca ». Je suis plutôt dubitative : non pas qu’il n’y ai pas de raisons valables, non pas que ca soit toujours faux, mais plutôt parce que j’ai l’impression qu’on cherche à justifier ou à légitimer quelque chose qui n’a pas à être légitimé ou justifié. Sauf si on n’existe que par le biais de la validation sociale, ce qui est une autre paire de manches.

Dieu patron ou Déesse patronne n’est pas non plus synonyme de protecteur/trice. La DP n’est pas un ange gardien qui est là pour nous protéger, pas plus que les autres guides ou esprits. Ils peuvent avoir cette fonction là mais ce n’est pas leur rôle, et tout dépend de leurs caractères. Il y en a qui vont vous prévenir ou mettre un filet de sécurité quand d’autres vont vous regarder vous planter et vous dire froidement « bon, maintenant tu sais que ca n’est pas une bonne idée. La prochaine fois tu réfléchiras. »

La question du « à quoi ca sert une déité patronne (encore plus si elle peut potentiellement foutre le bordel dans sa vie ») est déjà pour moi plus controversée Je ne vois pas trop l’intérêt de se poser une telle question, premièrement parce qu’on ne se réveille pas en se disant « tiens j’aimerais bien avoir une déité patronne », d’une part. Ensuite parce que l’important, c’est « quelle genre de personne vous devenez » . On peut avoir un cheminement que certains considéreraient comme tordu et être heureux. On peut avoir une spiritualité socialement acceptable et ne pas être heureux. Et vice-versa. L’important n’est pas ce dont vous ou votre spiritualité avez l’air. L’important est ce que vous ressentez. ce que vous vivez.
Certains redressent les gens et leurs arrachent les masques qu’ils portent pour les pousser dans la « bonne » voie. D’autres viennent et vous obligent à travailler sur vous pour guérir, pour que vous soyez ensuite en mesure de faire certaines choses. D’autres encore vous vous mettre au pied du mur et vous forcent à affronter vos peurs pour que vous vous en débarrassiez… etc. Effectivement. Mais il en a aussi qui vous remettent le nez dans la merde, encore et encore, jusqu’à ce que vous vous leviez et que vous assumiez vos actes ou que vous vous bougiez le derche pour faire évoluer votre vie. Je ne crois pas qu’ils se pointent dans nos vies pour nous sauver ou au nom d’un quelconque « amour rédempteur » (mais l’amour n’est pas absent pour autant, loin de là) ou pour nous punir, par sadisme ou quoi. Je pense qu’ils procèdent simplement de la manière qui sera la plus efficace. Suivant la personnalité, la manière la plus efficace revêt différents aspects. Je pense qu’ils ont un intérêt à se manifester dans la vie de bipèdes, et je ne vois pas en quoi c’est choquant. Vous donnez et vous recevez. Je me demande si l’éponge que j’achète pour faire la vaisselle va bien me servir. Je ne me demande pas si l’homme que j’aime va me servir à quelque chose. Pareil pour les dieux que je prie. Si les dieux et les humains doivent obligatoirement « servir » à quelque chose pour vous, franchement j’ai peur.

Est-ce que tout le monde a une DP ?
J’avoue que je n’en sais rien. Au sus et au vu de que j’ai lu / entendu, je serais tenté de dire qu’il est probable que non. Mais que la réponse soit oui ou non, j’avoue qu’elle me gêne autant parce que dans un cas comme dans l’autre, cela sous entend une sorte de condescendance et de prétention par rapport aux autres, à leurs chemins et à leurs évolutions. Et je ne suis pas omnisciente.

Est-ce que l’on peut changer de DP ?
Franchement j’ai du mal avec cette optique. Autant les déités tutélaires peuvent changer, venir et repartir, et encore plus les déités guides, autant, pour moi, le ou la DP ne change pas. On n’est pas forcément toujours hyper « en phase » avec eux et les rapports ne sont pas toujours facile, mais se dire « nan celle là ne me va pas, j’en veux une autre », c’est un peu comme essayer de modifier la structure de son visage par une opération de chirurgie esthétique : l’apparence sera différente, mais vos caractéristiques génétiques ne changeront pas.

Pareil au niveau des engagements : parfois j’ai l’impression que la conception des engagements spirituels est devenue assez similaire à la façon dont certaines personnes considèrent le mariage : c’est pour le meilleur et si le ou la partenaire déçoit ou ne correspond plus aux attentes, hop on divorce et on va chercher mieux. Qu’une relation soit spirituelle ou physique, je considère que c’est du boulot pour tout le monde : l’harmonie n’est pas toujours obtenue en un claquement de doigts. Le fait de se consacrer à une déité n’est pas anodin, et si parfois il y a des choses qui peuvent changer, des passations qui peuvent se faire dans certains cas, l’idée de dire « ah je me suis consacrée à toi mais en fait non »… comment dire… c’est foireux ?
Les cas où je comprends mieux la démarche des personnes  qui font ca a été expliqué précédemment, mais dans mon fonctionnement, très concrètement, si je me pointe voir mon DP pour lui dire « ah ouais mais non », je vais juste me ramasser une balayette et me manger une beigne dans la tronche.

Les femmes ont une déesse patronne, les hommes un dieu patron :
Rien à voir. Là honnêtement, quand je lis des trucs pareils, j’ai juste envie de me bidonner. Vous pouvez être une femme et avoir un dieu patron. Ca ne fait pas de vous « une femme incomplète qui refuse sa féminité, qui n’assume pas son pouvoir féminin » ou je ne sais quelle connerie. Et vice-versa.
Franchement ce genre d’idée me parait aussi absurde que le fait de considérer que hors du couple hétérosexuel à visée reproductive, point de salut.
Nan mais sincèrement, imposer à une personne une piste de pratique basée sur son genre biologique, que ce soit par similitude ou complémentarité, c’est aussi con que les gens qui disent à une lesbienne que c’est ‘passager et que c’est parce qu’elle n’a pas rencontrée le bonhomme qui lui faut.’ Primaire et bas de plafond comme raisonnement.
Inversement, le fait d’être un homme avec un dieu patron ou une femme avec une déesse patronne ne fait pas de vous quelqu’un qui a « un problème ou qui refuse la complémentarité ». Sans rires.

Les déités tutélaires

Le cas des déités tutélaires est quelque peu différents. Ce sont en quelques sortes celles qui sont nos « référentes », mais subalternes à la DP. Pas qu’elles soient moins importantes en soi, c’est juste qu’elles ont un peu moins d’influences, ou des « consignes » plus restreintes, pour le reste elles sont très proche de la conception du DP que l’on retrouve généralement.
Autant je considère qu’on n’a qu’une seule déité patronne, autant je pense qu’on peut avoir plusieurs tutélaires. Dans le cas de mon cheminement, j’avais expliqué sur un forum particulier m’être consacrée à une certaine déesse. Ceci étant, elle n’est pas ma « patronne » au sens où je tends à définir ce concept, mais davantage une tutélaire. Le pourquoi du comment est somme toute assez factuel.

Les déités guides

Les déités guides sont celles qui viennent et reviennent de façon régulièrement,  suivant les cycles de l’année, les périodes personnelles ou suivant leurs propres « agenda » (enfin, en ce qui concerne « l’agenda », je tend à penser qu’ils en ont tous un, les dieux et les déesses ne sont pas à notre service, quand on a besoin on réclame, mais c’est un autre sujet.) Les rapports sont plus « libres » dans le sens où il est plutôt rare que l’on ait un engagement sur le long terme avec une déité guide, contrairement au « patron » (suivant les déités en question, certaines sont plus ou moins exigeantes en la matière d’ailleurs.)
Je n’inclue pas dans les déités guides celles qui ne viennent qu’une seule fois pour un travail ou passage précis et qui peuvent ne plus jamais revenir ensuite.

La peur de certaines Déités [en lien avec le Loki Project #17]

En lien avec le Loki Project parce que la réflexion diverge, mais à la base elle était reliée. 

Tomasz Alen Kopera

Loki est un dieu qui a tendance à faire peur. Odin aussi d’ailleurs. Il(s) n’est /ne sont pas le(s) seul(s), on entend souvent les mêmes noms revenir quand il est question de cette peur, de cette intimidation.
On assiste à une curieuse dichotomie : ceux qui font peur. Ceux qui ne font pas peur. Les personnes qui disent « cette déité me fait peur, parce que… » ou à l’inverse « cette déité ne me fait pas peur, parce que… ».

Je trouve ca curieux comme manière de penser. Tous les dieux sont terrifiants : ce sont des dieux. Ils sont infiniment plus puissants que nous ne le serons jamais. Ce que je trouve étrange, c’est cette reconnaissance de la possible peur dans certains cas, et pas dans d’autres, comme si une partie d’entre eux pouvaient être domestiqués, adoucis, au point qu’il soit envisageable de se dire « ceux là c’est bon, on sait à quoi s’attendre ».

Peu importe leurs fonctions, leurs noms, les visages que vous en percevez ou vos interactions avec elles. Peu importe l’intimité de vos relations, votre expérience, leur sexe, leur panthéon : elles peuvent se montrer terrifiantes, pas forcément au sens effrayantes, plutôt dans le sens anglais awe : une combinaison de surprise, de peur, de crainte, de respect et d’émerveillement. Je pense que c’est le meilleur mot qui existe, en tout cas je n’en ai pas trouvé d’autre qui convienne.

Nous plaquons sur leurs apparences supposées des avis préconçus, en fonction de ce qu’on entends sur elle, des mythes à leurs propos, de leurs fonctions, de leurs apparences aussi. Mais au niveau des expériences, quand il n’y a que l’énergie brute, et suivant la nature de l’expérience en question, on se rend compte que telle gentille déesse que la tendance générale tend à dépeindre disons sous les traits d’une banale ménagère cantonnée aux fonctions domestiques possède une énergie colossale, tout aussi capable de vous terrasser qu’une autre.

J’ai parfois l’impression qu’il y a toute une mythologie néopaïenne et contemporaine autour des dieux et des déesses : on se construit des réferentiels énergétiques : avec telle déité il faut faire attention. Celle là est parfaite pour tel et tel type de travaux. Ce faisant, on finit par rajouter des couches de perceptions préfabriquées sur des déités. Il est vrai que cela rend sans doute les travaux de groupes plus « facile », que les débutants voient le boulot nécessaire devenir moins tendu.

Mais au final, on rajoute une gaine de plastique sur le lien que l’on commence par tisser entre elles et nous. Parfois cela permet de rendre les choses plus faciles mais parfois on masque des problèmes qui surgiront inévitablement plus tard, peut-être plus violents, plus graves, plus remuants.

Par moment, en plus de cette « mythologie artificielle UPG-esque » j’ai l’impression qu’il y a en plus des distinctions implicites de déités « classes » et « des moins classes ». Je me demande pourquoi je n’entends que rarement parler de Frigg. Je me demande combien bosse avec la Cailleach. Je me demande pourquoi les gens semblent toujours ramasser les mêmes « dieux et déesses patronnes ». Et dans quelle mesure il y a un implicite sociale quant à la corrélation « une femme a une déesse patronne », « un homme a généralement un dieu patron ». Soyons clairs : je ne me souviens pas avoir entendu une personne sérieuse le dire. Je l’ai parfois lu il y a quelques années, mais venant de gens qui débutent, je considère que c’est une simplification « spatiale » de débutants. A mes débuts je considérais plus ou moins les choses sous cet angle là d’ailleurs. Je me suis échinée à me chercher « une déesse patronne », pour finalement avoir un revirement de situation plutôt comique. Si vous vous cherchez absolument une patronne, gardez en tête qu’elle peut avoir une paire de couilles. Je dis ca, je dis rien. (Ces questionnements sont davantage des modélisations de phénomènes observés qu’une collecte de faits exprimés par des personnes ou des entités sociales.)

Loki est un trickster lié au chaos. Un trickster. Imprévisible donc (merci Captain Obvious). Se demander dans quoi on va mettre les pieds est compréhensible, mais si l’éventuelle peur que vous ressentez est liée à cet aspect, gardez en tête que si vous devez vous ramassez une gamelle avec une déité, peu importe qu’elle symbolise l’amour, les tâches domestiques, la mort ou le chaos (cf. Khaos : Travailler avec des déités « sombres » : l’autoroute vers les emmerdes ?). Vous la mangerez la gamelle.

(Note : Ceci dit pour moi le contexte de travail est important : est-ce que c’est la déité qui se pointe ou vous qui allez la chercher ? )