Peut-on encore parler de Sorcellerie traditionnelle ?

Sporegod, 2011 par Zhectoid

Après une longue période où la wicca a été extrêmement populaire, au point de devenir trop souvent synonyme de néo-paganisme/paganisme pour une grande majorité de personnes mal informées (et qui souvent ne cherchent pas à faire la différence), on assiste depuis quelques années à la présence grandissante d’un ensemble de pratiques regroupées sous le terme fourre-tout de « sorcellerie traditionnelle ». À l’instar de la wicca, on a vu une quantité impressionnante d’ouvrages et de blogs abordant cette branche se réclamant de l’héritage directe d’anciennes pratiques de certaines régions. La « sorcellerie traditionnelle » est souvent désignée sous différentes dénominations, dont pour l’anglais « Hedge Witchery », « Traditional Witchcraft ».
Bien évident, l’immense majorité de ces blogs et de ces ouvrages (plus ou moins sérieux, plus ou moins bien documentés, suivant l’éditeur ou l’auteur) mettent un point d’honneur à expliquer en long, en large et en travers que, non, non, non, rien à voir avec la wicca, cette invention de Gardner. Eux sont bien évidemment plus true, plus authentique, moins fluff et « not for everyone » (J’adore. Genre un sentier, peu importe lequel, est adapté à tout le monde. On n’ose même plus dire qu’un vêtement ou un sport est pour tout le monde, alors le préciser pour la « sorcellerie traditionnelle », quelle blague. Genre c’est un passe-temps que vous pourriez avoir la lubie d’essayer. Quoi que parfois…)
Jusque là, il y a un semblant de cohérence. Sauf que les choses se gâtent quand dans la plupart des cas, il devient subitement question de manière d’invoquer les quatre éléments, de cercle de protection, d’une déesse dominante, d’un dieu cornu, d’outils de pratique et bla, et bla, et bla.
En fait, par moment on a l’impression que la wicca, ca faisait pas assez sérieux depuis qu’elle est devenue éclectique (attendez, on ne va pas accueillir n’importe qui quand même ? Trop mainstream les gens…). Et puis la « wicca traditionnelle » (aka la mal nommée Wicca « gardnérienne », pour ne pas rentrer dans le détail) ca ne sonnait pas assez « certifié authentique A.O.C depuis 1720 ». En plus Garnder aimait se mettre à poil et puis il faut réunir un groupe de personnes, c’est trop compliqué. Non, la « sorcellerie traditionnelle » ca fait tout de suite plus terroir (pas trop quand  même, sinon vous allez passer pour un identitaire), plus vrai, on jette le rede wiccan à la poubelle et puis on peut pratiquer seul/e. En prime, plus on bidouille à sa sauce, mieux c’est et personne ne peut vérifier. Quelle idée de génie !

À la limite, pourquoi pas : intrinsèquement, que chacun se réapproprie un ensemble de pratiques et les adapte à son pagus, à son histoire et que le tout soit diffusé, quelque part, tant mieux. Une tradition qui ne vit pas, qui ne s’adapte pas, qui n’évolue et que l’on ne transmet pas est une tradition qui meurt. Personnellement, je préfère voir voir évolutions et partages plutôt qu’une uniformisation globale faite de tout et de rien, qui ne revêt plus de sens pour personne.
Sauf qu’une tradition n’est pas un truc qui surgit de nul part. Si les traditions sont souvent comparées à des arbres, c’est bien parce qu’elles ont des racines. Une tradition s’inscrit dans une culture (et je parle pas de « culture livresque ». Si, si je précise, parfois il y a des gens qui n’arrivent pas à faire la différence), dans une civilisation. C’est tout un système, exactement comme un organisme vivant, avec son mode de fonctionnement, sa société régit par des processus de fonctionnement et des normes sociales. En dehors de ce système et si ce dernier n’existe plus, alors le reste meurt. Exactement comme un organe doit rapidement être transplanté si on ne veut pas le perdre.
Le principal désaccord que j’ai avec cette tendance (je n’aime pas parler de mode. Je ne pense pas que les gens s’amusent à changer de croyances / pratiques uniquement parce que le voisin le fait. Certes, le voisin les a peut-être inspiré, mais s’il n’y avait eu en eux aucune résonance, alors je doute fort qu’ils aient emprunté ce chemin. Je suis loin d’être une grande humaniste, mais prendre par défaut tous les gens pour des cons, c’est le plus sûr moyen pour qu’ils le deviennent.) n’est pas tant dans le contenu de la tendance en elle-même, mais davantage dans le vocabulaire utilisé pour la désigner. Les mots ne sont pas neutres et la manière dont nous choisissons d’employer tel ou tel terme pour nommer un fait, un processus, un ensemble de croyances participe à son identité et à son ancrage dans la mémoire collective. Hors, les pratiques que l’on trouve sous cette étiquette si elles sont effectivement inspirées de coutumes authentiques, sont trop souvent dénaturées par un processus de regroupement qui finit par leurs faire perdre leur sens premier. (Et premièrement, on peut question l’emploi du singulier dans les termes de « Sorcellerie traditionnelle. » Comme s’il n’y en avait qu’une.)
Je m’explique : c’est probablement une très bonne idée de s’inspirer du folklore d’une région en particulier et de vouloir écrire un livre sur la « Sorcellerie traditionnelle XXXX ». Maintenant, quand on constate que les quelques éléments de la culture locale en la matière se retrouvent sous une articulation qui évoque directement certains ouvrages plus que basiques sur la wicca (l’idée de l’existence d’une grande déesse du coin et de son consort fait notamment fureur), et que l’auteur/e dans son introduction a pris soin de bien dire que ce livre là, attention, c’est du vrai, hein, et que ca vient directement de telle ou telle personne, mais que l’ouvrage est dépourvu de tout élément historique ou permettant de resituer les pratiques dans un contexte social, même généraliste, alors oui, je trouve qu’il y a un très gros problème. Pas tant dans le fait de réécrire la tradition, mais dans le fait de prétendre que c’est la tradition originelle, qu’elle n’a pas changée. On peut agrémenter le tout avec autant de beaux dessins en noir et blanc et de mots de la langue ou du dialecte local, ça n’en reste pas moins du foutage de gueule malhonnête qui se vend pour se qu’il n’est pas. (Et encore, je n’aborde la question de la pertinence du médium de transmission ni ne questionne celle de la sortie du contexte culturelle).
La sorcellerie traditionnelle s’inscrivait dans une société essentiellement rurale qui a aujourd’hui majoritairement disparue en Europe Occidentale. Son fonctionnement, ses mœurs et son architecture ont évolué de manière drastique tout au long du XXe siècle (plus particulièrement à partir de la guerre de 14-18 et quasiment achevé dans les années 60. Cette datation est plus ou moins valable suivant les endroits ou même les pays. En France, c’est globalement pertinent.) La société d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier, et prétendre que les courants de sorcelleries traditionnelles n’ont pas subis eux aussi le contrecoup de cette évolution est absurde. Cela ne veut pas nécessairement dire que tout a disparu : certains éléments ont perduré, certains ont disparu, d’autres se sont probablement ajoutés.
Comme je le disais plus haut, on peut questionner le fait d’utiliser le terme de « Sorcellerie traditionnelle » au singulier pour désigner un ensemble de pratiques censé être propre à chaque région, et donc à chaque groupement établi sur un territoire plus ou moins défini, possédant qui une langue, qui un dialecte, qui un parler avec ses particularités et ses expressions, son histoire, ses coutumes, bref tout son bagage et son système. En gros, est-il possible de parler d’une sorcellerie traditionnelle française, d’une sorcellerie traditionnelle anglaise et de donner, sous couleur d’arpenter un chemin se voulant moins galvaudé, dans la grosse généralisation sans aucun approfondissement sérieux ?
Je suis toujours profondément perplexe de voir des nord-américains faire intervenir leurs ancêtres [insérer un adjectif] de la 5e ou 6e génération pour venir justifier d’adopter tel ou tel sentier culturel alors qu’ils n’ont pas été élevé dans cette culture là, qu’ils n’ont jamais mis un pied sur le Vieux continent. Pas que cela les intéresse -c’est leur droit le plus strict et vouloir renouer le lien avec son histoire familiale est une chose admirable-, mais qu’ils puissent venir se permettre de dicter comment, à leur avis, qui a le droit de faire ci ou ça, et comment on devrait le faire. Exactement comme quand il semble admissible pour certaines personnes de dire que elles, elles sont légitimes pour pratiquer [XY] mais que les gens de telle voie sont des %@#!!* de faire pareil avec la leur. L’altérité, ca vous parle ?
On en vient à l’épineuse question du : faut-il habiter sur une terre, en être originaire ou a minima y avoir habité pour pratiquer la sorcellerie tradz d’un endroit donné ? J’ai tendance à penser qu’en plus des éléments sus-mentionnés, une quantité d’autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte : on peut avoir des connexions spirituelles avec certaines personnes qui ne font pas forcément directement parties de notre lignée génétique, on peut parfois se retrouver dans une position où un certain nombre d’éléments vont nous pousser dans cette voie, il peut y avoir des initiations, on peut être appelé par un endroit sans aucune connexion visible et constater ensuite qu’un ancêtre y a vécu et que cela soit « assimilé » dans la mémoire de la lignée, bref, je ne vois aucune raison de se limiter de manière formelle à quelques données restreintes et je n’ai pas de réponse toute faite et catégorique à donner. De manière empirique, j’ai pu constater que quand une affaire est sérieuse à ce niveau là, c’est rarement sans raison.

Au niveau de la pratique proprement dite, je doute que la sorcière ou le rebouteux ait eu besoin de grand chose d’autre que des objets de tous les jours. À l’heure actuelle, aller se chercher un bâton en forêt est sans doute devenu une sorte d’aventure qui sort de l’ordinaire, avec tout le salamalec que certains sont capables de faire autour. Dans la société rurale, c’était tout bête : les gens possédaient un bâton pour aller garder les bêtes (au pluriel quand ils étaient assez riches pour cela) : la belle affaire que d’aller se chercher un bâton. Certes, il y avait peut-être un bâton particulier, mais si tout le monde savait qui était la sorcière du coin, on se gardait en général bien d’en parler ouvertement.
Pareil pour les formules, mots de pouvoir et autres. Honnêtement, je me permet de douter qu’il était question d’une grande déesse, sauf si on considère la Vierge Marie. Mais pour avoir lu deux ou trois trucs, au moins dans certaines régions, on ne dérangeait pas « la Vierge Marie », on s’adressait spécifiquement à la Vierge de telle chapelle dans tel endroit et on avait recours à la sainte locale, patronne de la source machin, connue pour soigner le type de maux auquel on avait à faire (en tout cas en terre catholique). Dans la « sorcellerie traditionnelle païenne contemporaine », évidemment, le culte des saint/e/s, ça passe modérément, alors il fallait bien adapter un peu le texte d’origine (qui avait peut-être déjà été adapté d’anciennes litanies.)

Du coup, si les pratiques actuelles ont reformulées les pratiques plus anciennes qui ont elles-mêmes été calquées sur d’autres plus anciennes, alors comment on fait ?
Et bien on regarde ce que l’Église interdisait, par exemple. Et on se détend.
Vouloir singer d’anciennes pratiques alors que clairement, tout ce qui les entouraient n’existe plus  (et qu’il est possible que l’on en ait une vision lacunaire) est sans doute modérément pertinent. En revanche, c’est peut-être une bonne manière pour commencer à se cultiver sur la question, en ne se limitant pas à l’aspect sorcellerie d’une société donnée, mais en essayant d’élargir le champs de ses connaissances à son sujet. Parce que concrètement, on trouve pas mal d’articles visant à faire ci ou ça sur la base d’un rituel/autre que l’on a trouvé dans un bouquin et que la personne adapte en toute bonne foi. Sauf que ça serait pas trop mal d’essayer de comprendre pourquoi ce rituel/autre pour cette occasion / lieu / célébration avant de vouloir faire une transposition. Parfois c’est le cas, parfois pas. Bon, l’important c’est d’essayer. Certes, il vaut mieux une action, même pouvant être améliorée, que rien du tout. Sauf qu’au lieu de qualifier sa pratique de « sorcellerie traditionnelle » / « Sorcellerie des campagnes » et autres, il ne serait pas mal d’accepter que ce n’est qu’une réinterprétation moderne de ce qui a pu existé et qui désormais n’existe plus.

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[SYLPHE] D’ac-corps.

Auteur inconnu

Après les différents articles sur le sujet des signes, le deuxième « round de recherche » du groupe SYLPHE porte, au choix, sur le corps ou sur les sacs de sorcière.

La thématique du corps est riche, vaste, complexe. On retrouve fréquemment des axes semblables, par exemple le chemin vers l’acceptation de soi, l’épanouissement, ou encore le côté sacré du corps.

Il y aurait beaucoup à dire sur la façon dont la société actuel perçoit le corps, et les nombreux partages, souvent sensibles, sur les difficultés rencontrés, sur le long parcours nécessaire pour se détacher des postulats parasites sont autant d’illustrations de ces paradigmes.

Certains angles reviennent fréquemment, notamment celui qui vise à redonner au corps son aspect sacré. « Mon corps est un temple que je vais apprendre à honorer » (en gros) probablement par opposition au diktat du « corps impur et imparfait, sale et tabou qu’il convient de cacher ».

Je n’ai jamais été une grande adepte du précepte visant à faire de mon corps un « temple sacré ». Pendant longtemps j’y étais même assez violemment opposée, complètement rebutée par le côté « passif » du concept. Pas intrinsèquement -après tout chacun fait ce qu’il veut- mais parce que je ne voyais pas en quoi cela allait apporter quoi que ce soit de constructif dans mon parcours et par rapport à ma manière de voir la vie.

J’ai longtemps considéré mon corps comme un outil qui avait intérêt à être fonctionnel et opérationnel, n’hésitant pas à me malmener au besoin. Je suis un peu plus détendue sur la question aujourd’hui, mais je comprend toujours pas en quoi on devrait opposer :

* un aspect dit « sacré », avec tout l’attirail qui accompagne généralement ce terme : discours plus ou moins complaisant, déballage de récits où la personne explique en détail qu’elle a pris un bain parfumé et qu’elle s’est mis de la crème pour le corps, qu’elle honore la Déesse au moment de ses cycles menstruels et que ca y est, elle se sent trop femme et qu’elle est bien dans peau. Tant mieux pour toi Chérie (ce n’est pas ironique). Je suis ravie de savoir que des gens se sentent bien dans leur peau et heureux, mais franchement je vois pas en quoi je dois me sentir concernée. Je comprend qu’on tente de combattre les vieilles antiennes sournoisement insérées par l’éducation et qu’on encourage les petits gestes de réappropriation de soi au lieu de se brimer, surtout quand les personnes ont vécues tout un tas d’expériences plus ou moins traumatiques qui les ont déconnectées de leur corps. Je comprends qu’en partageant le bien-être apporté par cette expérience, la personne essaie d’encourager les autres à faire de même. Je trouve ca chouette, ne vous méprenez pas. Sauf que sur moi, c’est un procédé qui ne marche pas. C’est comme la pub ou les discours des commerciaux, j’y suis hermétique (c’est plus ou moins le même procédé que le « oh cette nana a l’air trop bien dans sa peau avec son nouveau shampooing, ses cheveux sont beaux, tiens je vais tester.)

* un aspect plus martial, plus fonctionnel.

C’est assez intéressant cette mise en opposition quasi-systématique et souvent inconsciente, comme si on rattachait l’aspect « sacré » et tout le toutim à un appareil symbolique féminin et l’aspect martial à un appareil symbolique masculin. C’est aussi con que les gens qui pensent qu’une fille féminine ne peut pas être lesbienne parce qu’elle ne correspond pas à l’image / l’idée que EUX se font d’une lesbienne.

Pour moi, ces deux aspects ne se contredisent pas du tout, ce sont juste des « composants »  par contre, ce qui change, c’est la vision de la personne.
Je ne sais pas comment les autres pensent, et encore une fois, je ne suis pas eux, je ne vais pas extrapoler en pensant que je peux penser comme eux et en faire une vision imaginaire très certainement faussée. Par contre, je peux tenter d’expliquer de quelle manière je perçois les choses.

Quand j’étais enfant, ce que je voulais, c’était m’entraîner à repousser mes limites de résistance physique (ce qui s’est traduit à l’adolescence par un certain nombre de pratiques plus ou moins limites. Comme se graver les runes dans le bras pour s’entraîner à encaisser la douleur. En réalité, c’est assez peu judicieux, d’une parce que le paganisme n’a pas besoin qu’on le torpille en adoptant des comportements pouvant conduire les gens qui n’y connaissent rien à faire des généralisations dangereuses. De deux parce que de toutes façons, entre encaisser de la douleur en étant en mode « stoïque » et en état de stress intense parce que dans un contexte de danger, ca n’a rien à voir, à cause de l’adrénaline etc), apprendre tout ce qui pouvait être utile pour la survie, etc. Concrètement, j’apprenais tout ce que j’avais la possibilité d’apprendre au cas où ca me serve un jour. (Allumer un feu, me servir d’une boussole, et j’en passe). Je me souviens avoir piqué une crise quand on m’a dit que les filles ne faisaient pas le service militaire, et que de toutes façons, bientôt il serait supprimé. Du coup j’avais décrété que les filles en Israël, elle avait de la chance parce que elles, elles pouvaient intégrer Tsahal. (Ca a fait hurler de rire mon père qui m’a dit que je n’avais qu’à m’engager dans l’armée. Ma mère a moins aimé par contre).

Ca ne m’empêchait pas d’aimer porter de belles robes (j’avais horreur des pantalons), de jouer à la petite fille modèle et de vouloir un jour me  marier à l’Eglise (mais sans robe blanche parce que le blanc, c’était moche et que je voyais pas l’utilité d’avoir une robe neuve juste pour une journée) et avoir huit enfants.

(Bon, maintenant, ceux qui me connaissent IRL arrêtent de se tenir les côtes ^^).

D’un point de vue pragmatique et factuel, prendre soin de soi au niveau physique, aimer son corps etc, peut aussi être une arme, et une arme redoutable. En fait, quand on y réfléchit, développer ses capacités physiques, que ce soit sur le plan de l’endurance, des arts martiaux, de la confiance en soi, des connaissances intellectuelles, des méthodes de survies, des pratiques sexuelles, de la meilleure façon de se mettre en valeur physiquement, etc, rien n’est intrinsèquement inutile si on sait quand et comment l’appliquer.
Je pars du principe que le corps étant la seule chose que l’on emporte partout avec soi (cette phrase est sponsorisée par Captain Obvious), autant mettre le maximum de chance de son côté en prenant soin de lui, en apprenant à le connaître et en respectant ses besoins, en connaissant ses limites parce qu’on ne sait jamais quand on sera obligé de tirer sur la corde. Parfois ca peut-être pour des choses marrantes dans un cadre sécuritaire, et parfois ca peut être pour des raisons nettement moins drôles. Mais ca, on ne le sait jamais en avance.

En matière de pratiques magiques, ca vaut aussi, aussi bizarre que cela puisse paraître. Parce que certains rituels vous vident. Parce qu’il est préférable de se connaître, d’être honnête et réaliste par rapport à ses forces et ses faiblesses, physique et mentales, sinon ca peut vite virer au merdier intégral. Pas obligatoirement dangereux, mais qui peut au minimum péter gravement l’ambiance. J’ai un souvenir de ce style là, pas très reluisant pour moi, mais j’avais trop cru que j’avais dépassé certains problèmes, sauf que non. Encore aujourd’hui, j’en suis pas fière mais ca m’a servie de leçon.
Certaines pratiques sont plus fatigantes que d’autres, la pratique de la transe par exemple, suppose d’avoir une condition physique de base pas dégueulasse.

Bien qu’elle puisse paraître froide, cette approche n’est pas, à mes yeux, en contradiction avec le fait de s’aimer (ou d’apprendre à s’aimer, quitte à travailler sur certains points, et au niveau psychologique et au niveau physique) et d’honorer son corps.
Nous ne sommes pas égaux en la matière, que ce soit en considérant nos capacités, notre apparence physique, notre état de santé. Il y a un certains nombres de paramètres sur lesquels il est possible d’agir (si on a un problème de déséquilibre alimentaire et que l’on n’aime pas son apparence physique, il est possible, dans une certaine mesure, d’essayer de résoudre une partie du problème, mais aussi de prendre conscience et de tenter de guérir ce qui est à l’origine du problème. Il ne s’agit pas de prétendre que « c’est très simple et qu’il n’y a qu’à » ou de faire des simplifications abusives : mais il y a sans doute des processus et des gestes qui peuvent aider la personne a transformer un cercle vicieux de  destruction en quelque chose de positif. De ce point de vue là, effectivement, le fait d’essayer de porter un nouveau regard sur son corps sans le malmener et en appliquant par exemple certaines méthodes telle que celle expliquée dans le paragraphe sur le sacré, peut produire une charge positive pour la personne, au moins dans certains cas. )

Concernant l’état de santé, la question est autrement plus casse-gueule. Nous avons nos forces et nos faiblesses en la matière, et si certains points peuvent s’améliorer ou être soigné, ou la vie de la personne rendue plus facile avec le temps, certaines choses resteront impossibles. A ce niveau là, les encouragements maladroits et les avis à l’emporte-pièce ou les réflexions déplacées sont plus ou moins courants et pas facile à gérer. Combien de fois j’ai entendu des phrases comme « mais comment tu fais pour être aussi myope ? » ou « mais tu vas devenir aveugle ? » ou « mais à ce niveau là en fait, tu es handicapée ». Ou plus sournois les gens qui ne disent « ah mais ca n’est pas vrai que tu sois myope, souvent tu ne mets pas tes lunettes. » « Oui, dans ces cas là, il y a un truc qui s’appelle les lentilles de contact tu sais ». Une fois, ca passe. A force, j’avais juste envie de leurs coller un taquet dans la face. Je ne suis pas toujours très douée pour savoir quoi dire quand une personne me parle de certains de ses soucis / état de santé, du coup, je tend à la fermer et à me contenter d’écouter, évitant les « je comprends » (bah non, on peut comprends intellectuellement, mais on n’est pas la personne, donc on évite de faire comme si on savait exactement ce qu’elle vit) ou « mais tu as essayé de » et les conseils médicaux ou « tu verras quand » (au pif, quand une personne vous dit qu’elle essaie de concevoir depuis X mois et que ca ne marche pas, ne répondez pas « ca viendra quand tu ne t’y attendras pas » ou « tu es trop stressées » ou « psychologiquement tu n’es pas prête ». Je connais plusieurs personnes qui ont été ou sont dans ce cas là, et franchement, même si votre remarque se veut « gentille et pleine de compassion », si elle rentre dans cette optique, fermez votre mouille.)

Auteur inconnu

Il y aurait encore beaucoup à ajouter, notamment sur la vision d’un corps idéal, et de sa représentation dans les différentes branches du paganisme actuel. Parce que même si cette représentation se veut quelque peut différente des critères de la société de consommation, on assiste quand même à l’élaboration d’un modèle : celui d’une beauté naturelle, de certains marqueurs de féminité (et masculinité, mais je suis moins au fait pour en parler)  dans le rapport à certains grands thèmes comme la maternité ou les règles. Et j’ai souvent l’impression que, consciemment ou non, un certain nombre de personnes essaient de se positionner -en pour ou en contre- par rapport à ce modèle plus ou moins défini.

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Une normalité païenne ? (I)

Une petite captatio benevolentiae : ceci est une tentative d’analyse factuelle sur un sujet tendax. 

Combien de fois j’ai lu « Je suis païen/ne, et j’ai une vie normale, je suis une personne ordinaire ». Peut-être pour combattre les supposés clichés sur la marginalité de celles et ceux qui suivent une voie différente et mal connue par le plus grand nombre, ce qui est compréhensible. Pour autant, faut-il revendiquer une normalité (avec tout ce que cette notion a de flou) pour asseoir sa légitimité ? Est-ce que, loin de de contribuer à nous rendre « acceptables » pour la Société, la revendication d’une quelconque normalité ne contribue pas au contraire à créer une dichotomie, sous-entendant qu’il y a en fait deux types de « païens » : ceux qui sont « normaux » et ceux qui ne le sont pas, ces derniers n’étant alors que des marginaux, et non de « vrais païens acceptés et acceptables par une hypothétique communauté païenne ?

Comment elle se définit cette normalité ? Par le suivi d’une vie aux critères sociaux acceptables, parce que répondant aux grands courants qui structurent nos vies occidentales dans un XXIe siècle en proie à de grands questionnements et évolutions ? Par le fait d’être neurotypique ? Et qu’est-ce qu’on fait de ceux qui s’écartent, volontairement ou non, de cette norme finalement imaginaire, on les fout au placard et on leurs demande de fermer leurs gueules pour ne pas entacher les jolies images d’Epinal d’un paganisme policé et lissé pour être validé par l’ensemble d’une société qui, pardon, n’en a rien à battre de notre gueule ?

Plus que la notion de norme stricte, qui sous-entendrait que nous nous référons tous aux mêmes critères, je préfère considérer l’existence d’un certain nombre de variables, propres aux groupes et aux sous-groupes qui évoluent en se côtoyant au sein d’une société qui n’est qu’un résumé de façade de tous ces groupes. La somme de toutes ces variables constituent une moyenne, ou même une médiane, et c’est par rapport à cette moyenne ou/et à cette médiane qu’un individu ou un groupe d’individu est aspecté.

Cette idée que, si nous nous présentons comme de gentilles personnes normales, sans aspérités, sans problèmes, alors tout ira bien et la Société nous accueillera les bras ouverts, relève non seulement d’une utopie touchant à la stupidité crasse, mais est aussi un mécanisme pervers qui sous couleur de « tolérance » peut au contraire amener les individus à devenir des persécuteurs de tout ce qui échappe à cette norme du « païen bisounours » (notamment en terme de pratique). Plus on va vouloir tendre vers une « moyenne molle », alors plus les écarts de part et d’autre de cette moyenne vont se situer aux extrémités. Et si l’on avait la curiosité de faire la médiane, sans doute l’image du « païen de base » serait très différente de celle que dresse cette fameuse « moyenne molle ».
Dans certains articles récents paru dans la presse en ligne française (dont celui là) deux tendances se détachent invariablement : d’un côté celle du hippie new ageux qui nous fait du gloubi boulga de croyances aka, une personne un peu conne et irréaliste qui n’a pas grandie dans sa tête et qu’on va regarder en se marrant sous cape. De l’autre, celle du polythéiste (reconstruct’ ou non) qui, parce qu’attaché à son sol et à sa culture, est forcément un sale nazi raciste et que, rappelons-le, le nazisme c’est mal, donc montrons les du doigts, bouh les pas beaux, au bûcher.

Partant de cet exemple, on ne peut pas en vouloir aux gens qui veulent absolument montrer une image acceptable du paganisme dans le but de lui donner plus de crédibilité. Le mécanisme étant tout à fait compréhensible. Le problème, c’est que loin de contribuer à combler le schisme entre « le new ageux con comme la lune » (+ 15 en critique s’il marche pieds nus et mange bio) et le « nazillon blondinet » (+ 15 en critique s’il prie des déités germaniques/nordiques), ca ne fait que l’empirer et ca entretient la dynamique qui est à l’origine de ce type d’interprétation manichéenne. Il n’y pas deux tendances schématiques, mais trois groupes : ceux aux deux extrémités du spectre, et la majorité qui devient une norme, composée d’individus qui auront tendance à présenter un aspect lissé pour y entrer, puisque ce n’est qu’une fois lissée que cette norme devient acceptable. Comme dit plus haut, ce mécanisme est compréhensible, et je n’ai pas d’alternatives pertinentes à proposer. Le problème, en quelques sortes, ce n’est pas tant de vouloir expliquer que non, nous sommes pas composés d’individus excentriques appartenant soit à un groupe A, soit à un groupe C, c’est que du coup au sein de la norme (on va dire le groupe B) il peut parfois s’effectuer un processus conduisant les individus trop susceptibles (ou que l’on soupçonne trop susceptibles) de la décaler vers un des pôles A ou C, et ce faisant, ces mêmes individus se retrouveront effectivement dans les pôles extrêmes (en général ce processus a tendance à être passivement actif : il y a une « morale dominante » et les individus dégagent d’eux-même quand tout le monde explique que « c’est pas bien », dans certains cas, il se produit des pics où l’on crie haro sur le baudet. Le fait étant que ce ne sont pas toujours les mêmes facteurs qui conduisent à ce genre de pics, mais plutôt un ensemble de situations / détails qui vont conduire à une réaction chimique explosive. Plus la situation se complexifie en présence d’un certains nombre d’individus disparates, plus vite on arrive au point godwin et à la désignation d’un bouc émissaire pour ramener le calme dans le groupe.)
Si l’on considère la tendance individualiste, dans laquelle ce sont les individus qui façonnent le groupe, on peut supposer que ces individus auront tendances à influencer de manière plus neutre les pôles A ou C dans lesquels ils auront été « rejetés ». Si l’on considère au contraire la tendance holistique (dans laquelle ce sont les groupes qui façonnent les individus) on peut supposer que, au contraire, les tendances de ces pôles A ou C exerceront alors une influence déterminante sur les individus qui s’y retrouvent. En pratique les mécanismes d’influences ne me semblent pas aussi déterminés et faciles à analyses. Ceci étant, cela m’amène à dégager deux questionnements : premièrement, un groupe qui souhaite se positionner de manière forte gagne t-il véritablement quelque chose en se composant d’individus dont les normes sont consensuelles, puisqu’il n’a alors pas grand chose de « fort » à opposer aux autres groupes considérés comme « marginaux et non représentatifs » ? (Sinon on pourrait supposer qu’il s’auto-régulerait de lui même et que, par exemple, le paganisme serait moins enclin à être présenté encore et toujours par le prisme de ces extrêmes. Exception faite bien sûr du fait que le spectaculaire et le racoleur attire le chaland.) Et là encore, ce fonctionnement est à considéré à plusieurs niveaux puisqu’il n’existe pas de classification unique. Un même individu peut se retrouver classé comme A, B ou C suivant le référent analytique. Je m’explique : je suis peut-être une A suivant certaines personnes. Pour d’autres sans doute une B et enfin pour d’autres encore, une C. Pourtant je suis toujours moi-même. A la lecture de mon blog, il y a certainement des gens pour qui je suis une connasse new age, pour d’autre une païenne typique et enfin pour d’autres encore, je suis juste une sale nazie. Pourtant, ma personnalité propre n’a pas changé, c’est seulement sa perception qui est différente suivant mon interlocuteur. (Vous pouvez bien me classer dans ce que vous voulez, personnellement je m’en branle).

Sur le plan global, nous avons donc défini une sorte de norme, et deux pôles satellites gravitant aux abords de cette norme. Mais si l’on considère intrinsèquement chaque groupe, on constatera que pour chacun de ces pôles A, B et C, il existe aussi une norme et des pôles satellites. En fait, analyser les normes et ces pôles conduit à établir progressivement de plus en plus de division au fur et à mesure que l’on pousse son analyse, un peu comme la division de la matière qui finit par aboutir à l’atome, qui ne peut être divisé. (En fait, techniquement l’atome peut aussi être divisé en plusieurs particules subatomiques. Dont les quarks, qui sont de manière très drôles, des particules dites « sociables », qui ne sont jamais seules. Elles ont des masses croissantes, des noms choupis et pour chaque quark, on retrouve un antiquark. C’est pratiquement le concept de l’âme sœur expliqué par la physique des particules, c’est adorable.) A l’inverse, plus on s’éloigne de la connaissance et des fonctionnement de ces groupes, moins leurs subtilités deviennent intelligibles et plus on est tenté de tout mettre sous la même dénomination.

Bref, nous voilà bien avancé puisque la norme est donc relative et ne peut en somme être aspectée que suivant des référentiels évolutifs. Si l’on reprend donc l’analyse du groupe majoritaire B qui se présente comme étant « normal », on constate que la norme à partir de laquelle ce groupe tente de se définir est la norme sociale courante actuelle en vigueur dans une certaine partie de la société occidentale contemporaine. En d’autres termes, nous avons un groupe qui tente de se faire accepter par une norme qui n’a pas beaucoup de points communs avec lui, et qui répercute ensuite cette norme à laquelle la plupart des païens se sentent étranger sur d’autres sous-groupes. Bisous l’uniformisation. Concrètement, les normes sociales actuelles en vigueur sous nos latitudes ne prennent pas en compte les Esprits, les Dieux (à l’exception de la figure monothéiste) etc. Et nous, on tente joyeusement d’expliquer que mais si, on les prend en compte, mais on est normal. On est différent, mais un peu normal quand même. (Alors qu’en fait, ne vous inquiétez pas, on passe tous plus ou moins pour des con/ne/s). Et encore pour le moment, je m’en tient à une analyse purement factuelle de la « normalité », sans rentrer dans la question des cas neurotypiques / neuro-atypiques, des rapports avec les Esprits, de la magie et de tout le bordel.

Je pense que se proclamer comme normal dans ce cas de figure là, et créer scission communautaire sur scission communautaire, en voulant plus ou moins éliminer ceux qui ne rentrent pas dans nos critères, c’est, sur le long terme, reconnaître que finalement, il n’existe pas de norme païenne, pas plus qu’il n’y a de communauté païenne au singulier. Donc, quelque part, à moins de concilier l’inconciliable, ce qui n’aura jamais lieu pour des raisons évidentes (je ne dit pas qu’il faudrait ou qu’il serait souhaitable d’arriver à concilier inconciliable) on pourrait même douter du fait qu’il existera un jour une « communauté païenne unie. »
Comme je l’ai dit plus haut, je n’ai pas d’alternative à proposer et que cela revient à poser l’éternelle question « faut-il tout accepter ? A quel moment il faut dire stop ? » Loin de toute prise en compte des critères moraux (qui sont individuels) j’en souligne juste le paradoxe (trouver une norme aux seins de groupes qui n’ont dans le fond pas grand chose à voir, « paganisme » étant un vaste mot qui est comme dire « croyant » : il ne suppose absolument pas que les personnes aient dans le fond grand chose de commun sur le plan à la fois philosophique, religieux, moral, économique, social, politique etc.) et le processus d’exécution, ainsi qu’un éventuel impact supposé sur le long terme (mais je ne suis pas exactement une optimiste, plutôt une réaliste cynique). Continuer d’entretenir l’idée d’une norme païenne de référence est-il donc pertinent ? J’en sais rien.

 

Beltane : Sexe & fidélité

Auteur inconnu

Nous entrons dans la période de Beltane (ou de Walpurgis ou autre même, comme vous voulez), probablement la fête/sabbat la/le plus populaire avec Samhain.
Je ne ferai pas de redite sur la symbolique de Beltane, parce que l’on en trouve partout, avec des listes d’offrandes appropriées, les déités ad hoc, les pierres, les arcanes du tarot et toutes les correspondances habituelles qui personnellement, me laissent perplexe.

Non, à la place, je voudrais en profiter pour faire quelques articles et parler de sexe, d’amour, etc.
C’est marrant comme ce sujet là est en fin de compte relativement peu abordé dans le paganisme : on parle de nudité rituelle, en se demandant si oui ou non c’est nécessaire / bien / pertinent, si les gens ne vont pas nous reluquer. On parle de féminin sacrée et de lunes rouges (le terme factuel c’est menstruations, règles.) et de sexualité sacrée en terme de symbolisme.

Le paganisme ne possède pas de vision ou de morale unique autour de ces sujets, et pour cause : il n’y a pas « un paganisme unique ». Il y a DES paganismes. Et au sein de ces paganismes, il y a une multitude de personnes qui ont des avis personnels, des conceptions et des pratiques pouvant être très différentes, même au sein d’un même rameau. Ce qui suit est donc à la fois, une réflexion qui reflète mon point de vue personnel sur la question, une réflexion un peu en vrac. Avant de venir me raconter vos vies ou m’expliquer en quoi vous êtes différents, notez que cette réflexion contient des schématisations qui seront probablement perçues comme étant réductrices. Ceci étant, ces réflexions sont révélatrices de mon expérience et de mes interactions avec d’autres personnes et ne proviennent pas d’extrapolations purement intellectuelles.

Le sujet de la sexualité est un bon révélateur de la façon de penser et des « normes » au sein d’une société ou d’un groupe (ou sous-groupe).
A ce titre là, je n’ai pas constaté de grandes différences entre « le paganisme » (ce paganisme mondialisé qui se trouve fortement influencé par la wicca éclectique de Scott Cunningham (au passage assez différente de la wicca dite « traditionnelle ». A force, on a abouti à une espèce d’uniformisation des pratiques / traditions et à ce que je vais nommer un peu méchamment le « païen standard », celui là même sur lequel les médias s’appuient et écrivent des articles et dont au final on ne sait pas trop si cela finit par devenir consternant, drôle, encourageant ou lassant.) et la « morale généralement rencontrée en France » (comprendre par là que la « morale dominant » certains groupes / milieux sociaux particulier parce que présentant un ensemble de normes et autres plus marqués ne sont pas inclus ici. Aka : venez pas me faire chier en me parlant d’extrémistes religieux ou du « bobo parisien ».)

Par exemple concernant le mariage, (et/ou le Handfasting puisque c’est souvent la dénomination du « mariage païen ». Qui soit dit en passant commence à avoir la côte auprès d’athées qui veulent une cérémonie « plus classe » que la Mairie : mais ouais, vous ne vous mariez pas à l’Eglise parce que vous voulez pas faire semblant ou parce que c’est chiant de se taper 9 mois de préparation avec un prêtre, par contre pas de soucis quand c’est un Handfasting. Vous voulez un mariage qui ait de la gueule et qui soit pas une signature de paperasses dans une mairie ? Alors écrivez-le vous même en puisant dans vos valeurs humanistes ou les coutumes de vos régions ou alors vous n’avez qu’à avoir une religion. Merde à la fin.) la société actuelle (laïque dans le cas présent) tend à tisser ensemble la signification du mariage et de l’amour. Si on se marie, c’est que l’on s’aime (la réciproque « si on s’aime on se marie » me semble de moins en moins perçue comme étant vraie, du moins dans nos générations). Cette interprétation se retrouve dans les termes employés dans les cérémonies du Handfasting : « jusqu’à ce que la mort nous sépare », « pour cette vie et dans les autres » ou « tant que l’amour durera ».

Il y aurait beaucoup à dire d’ailleurs sur les « conditions » d’engagement, sur ce que referment les termes « tant que l’amour durera ». Mais il y a encore plus à dire sur la conception de la fidélité. La notion de fidélité est toujours présente dans le cas des mariages civiles, même si le divorce pour adultère a été aboli en 1975. J’y vois une notion religieuse qui n’a rien à faire dans un cadre laïque, et ca m’avait posé problème (et je ne m’étais privée de poser pleins de questions à la mairie, au grand désespoir de l’adjoint au Maire, qui m’a répondu que les gens ne posaient pas autant de questions juridiques.) Ca me pose toujours problème. Tout ce que j’avais eu comme réponses de la part d’amis païens c’est « le mariage, c’est ça. Si tu ne veux pas, tu ne te marie pas. »
Donc, premièrement, outre le fait que le mariage civil, c’est le code napoléonien qui s’invite dans ta culotte, nous en sommes toujours à une espèce de division binaire : soit tu n’es pas marié/e, et alors tu n’as pas d’engagement avec ton/ta partenaire. Soit tu es marié/e, et alors tu es prié/e d’être fidèle.
Donc la fidélité, c’est la monogamie et uniquement la monogamie ? Pas d’autres interprétations de ce terme ? Au niveau légal, je comprend à quelles fins ça a été mis en place (pour éviter les enfants naturels, comme on disait pour désigner les bâtards, parce que le mariage, c’est d’abord une question de filiation et de préservation des patrimoines, eh oui.) mais ce que je ne comprend pas, c’est premièrement, en quoi on copie-colle ce paradigme légal dans notre paradigme religieux (ou spirituel), deuxièmement, les réactions binaires de la majorité des gens avec qui j’ai eu l’occasion d’en parler (et plusieurs années après, je me souviens très bien de qui m’a répondu quoi.). Soit tu fais un truc et tu fais comme tout le monde. Soit si tu veux rester libre, tu ne le fais pas. Mais quant à interpréter au niveau personnel certaines définitions, c’est non, même si le/la partenaire est d’accord et que le couple a un point de vue particulier sur la question, la gentille société païenne va lui expliquer en quoi c’est-pas-bien.
Et que dit la gentille société païenne (toujours en généralisant, pour rappel) : en gros, les paradigmes sont les suivants : soit tu es marié/e et tu es monogame. Ou tu es monogame tout court. Soit tu n’es pas monogame, et alors tu couches forcément avec le premier venu/la première venue (et surtout/souvent si tu es une fille, tu es une salope. Un mec ca passe socialement mieux. Par contre, un homme qui clame au et fort sa fidélité etc, c’est souvent que les autres ne le croient pas. Bah oui, un homme ca peut pas être fidèle, c’est pas dans sa « nature ». Surtout appliquons bien des préjugés sur les gens en fonction de leur sexe au lieu de respecter leur individualité…). Bah oui, c’est blanc ou noir, faudrait surtout pas donner dans la nuance, ça serait dommage.

Sauf que, pour moi par exemple, fidélité n’est pas un synonyme de monogamie sexuelle. La fidélité peut s’entendre de beaucoup de manières différentes, et du moment que les choses avec le/les partenaires sont claires, alors pas de problème. (Un couple / une personne peut aussi décider que pour lui/elle fidélité = monogamie, pas de problème non plus. Le fait d’adopter cette vision ne devrait pas le rendre « vieux jeu » ou ringard, hors, là aussi, parfois le respect des choix et des visions d’autrui n’est pas toujours au rendez-vous. Comme s’il y avait un prérequis social en terme de nombre de partenaires, en terme de nombre de relations passées, etc.)
Dans le code civil par exemple, il est précisé que les époux ont l’obligation de vivre ensemble. On ne peut pas changer le code civil, par contre, dans le cas d’un mariage religieux (païen ici), on peut se mettre d’accord sur les termes du contrat, d’où le fait que je trouve plutôt comique que les autres païens viennent vous dire ou mettre leur grain de sel sur des questions qui dans le fond ne les concernent pas (parce que dés que vous ouvrirez votre gueule sur un sujet, on vous le fera remarquer. Et dés que vous ne marchez pas dans le troupeau, attendez-vous à vous faire mater bête). C’est marrant dans le fond : chacun revendique sa spécificité, sa liberté de penser ou de culte, ses différences, et au final, la majorité c’est quoi ? Un gloubi-boulga de bons sentiments, d’uniformisation spirituelle et une morale commune.

J’ai croisé des gens qui disent que « si tu es heureux/se, tu n’as pas envie d’aller voir ailleurs. » Bon, donc j’en déduis que tous les couples / individus qui pratiquent le polyamour sont des connards et des connasses frustré/e/s mal dans leurs peaux ? Mais ouais attendez, on va vers le paganisme parce qu’on se sent mal et qu’on étouffe dans le dogme judéo-chrétien et que la Femme n’a pas assez de place et de liberté. Pis quand on sera dans le Paganisme, on va réinventer le dogme judéo-chrétien, classer les femmes dans trois catégories en fonctions de l’état de leur utérus (non pardon, ca c’est juste la Wicca).

En soit, pour tenter de conclure cet article un peu brouillon, l’important n’est pas tant de trouver une morale commune. Ce qui me semble important, c’est que chacun (individu et/ou couple) soit clair avec ce qu’il est prêt ou non à faire et à ne pas faire. A être honnête, et à trouver des accords communs. A ne pas appliquer son cadre / paradigme aux autres et inversement, à ne pas les laisser nous appliquer les leurs.

[Une suite est à suivre] 

[Odin Project #25] Faut-il se méfier d’Odin quand on est une femme ? (2/2)

Lire la première partie de l’article.

Tandis que la première partie faisait un rapide tour de la question, cette seconde partie est davantage destinée à répondre à l’interrogation Odin doit-il est considéré comme un dieu « réservé » aux hommes ? (Voir l’autre article pour l’introduction générale).

C’est une question que l’on peut considérer sur un plan plus général : y’a-t-il des déités qui seraient réservés exclusivement à un genre plutôt qu’à un autre ? D’un point de vue historique -et même si cela n’a rien à voir avec les mythes nordiques- le culte de Mithra était exclusivement l’apanage non seulement des hommes, mais d’une certaine catégories d’hommes. Je suppose que si l’on passe en revue différentes mythologies, on pourrait trouver plusieurs exemples mais je ne m’y connais pas assez (cela ne m’avait pas empêché de prier Mithra quand j’étais ado…). A ma connaissance, il n’y a pas de divinités nordiques qui soient réservées à un genre spécifique.

On peut en arriver à se focaliser uniquement sur les déités féminines/aspect féminin, soit en raison de nos différents fonctionnement au niveau de la pratique (déjà abordé plusieurs fois sur ce blog), soit parce qu’on reste sur un mode de fonctionnement lié au genre biologique (la question du genre a été abordé là) : « biologiquement féminin » = c’est avec les déesses et que l’on contribue à propager ce genre d’idée autour de soi, consciemment ou non.

A propos d’Odin 

Pour en revenir aux déités, premièrement, si généralement elles ont un genre physique marqué sur les illustrations ou dans certains textes, ce genre n’est pas forcément fixé, que ce soit physiquement ou autre. Par exemple, dans le cas d’Odin, il se métamorphose en femme (voir Saxo Grammaticus), mais aussi son côté ergi. Que l’on prenne en compte les changements physiques ou pas, il n’en reste pas moins qu’au niveau énergétique, il possède un côté « passif » et un côté « réceptif ». Hors, Odin est très souvent perçu comme un dieu, non seulement de fureur, mais surtout lié à la guerre. Et un amateur de femmes. D’un point de vue analytique, il est relativement facile de schématiser ceci et le contenu de l’article précédent par :

Odin = guerre + sexe (aka Conan le Barbare) = identification facile sous ses aspects là uniquement (le côté ergi et tout le reste, poubelle) par des hommes qui fantasment un modèle « 100% viril » = opposition « parfaite avec l’archétype « 100% féminin » (comme me l’a fait remarquer une amie) ou présenté comme un danger potentiel. Résultat : une jolie dichotomie superficielle qui tronque au passage Odin de toutes ses ambivalences, de l’intelligence et de sa nature compliqué qui en fond un dieu aussi fascinant que complexe.

Spirituellement, si on se cantonne à ce type d’image, il est certain que « la mythologie populaire païenne » va finir par émettre des avis suivant lesquels « une femme ne peut pas vraiment pratiquer avec Odin ».

La question « une femme peut-elle pratiquer avec Odin ? » est en fait absurde. Elle sous entend, entre autres, que l’on pratique avec les dieux pour obtenir obligatoirement quelque chose d’eux, et que les simplifications n’aidant pas, à part se prendre pour Xena la Guerrière, une femme ne peut pas comprendre/ n’a de toutes façons pas « accès » à ce dieu là.
Je me suis aussi demandé, voyant parfois qu’il est réduit à figurer un pépé débonnaire qui vous file un pdf avec les significations des runes et que, bien souvent, dans les pratiques magiques, les femmes se tournent majoritairement vers Freyja, si ce n’était pas une manière de l’éviter, par peur ou pour autre chose. Cela ne veut pas dire que la pratique de la personne n’est pas sincère, mais qu’à force, si on n’y prend pas garde, on finit par contribuer soi-même à l’enracinement de ce mythe du « Odin est pour les hommes » ou du moins qu’en tant que femme, on ne peut avoir qu’un accès limité, si on n’y prend pas garde.

Certains auteurs, dont Paxson, disent qu’au contraire, les femmes arrivent mieux à percevoir et à supporter certains aspects d’Odin que les « macho », justement en raison de notre nature réceptive. J’étais relativement d’accord avec elle, et je le suis toujours d’une certaine manière mais de façon plus nuancée : je ne vois pas trop la pertinence qu’il y a à vouloir absolument décortiquer tout ca de manière stricte au lieu de considérer l’énergie, le rayonnement d’une déité dans son ensemble. Ce n’est pas tant « penser moins, sentir plus », c’est plus « apprendre à penser en dehors de la boîte ». On met des calques, avec des étiquettes, des noms, une certaines rigidité, quand il faudrait plus de souplesse, d’adaptation, sans tout penser en mode binaire passif / réceptif, masculin / féminin. D’une certaine manière, cela me rappelle les conseils que donne Jan Fries à propos de la pratique du Seidr dans Helrunar, et le coup des « hanches bloqués » et de la nécessité de se laisser aller, de débloquer tout cela si on veut pouvoir bouillonner.

[Odin Project #14] En dépit de ? Non. Avec.

Chaque fois qu’il est question d’aborder les aspects dits « sombres », les côtés délicats d’une déité, ce qu’elle a de plus craignos etc, je suis souvent étonnée de voir que ces aspects sont perçus comme un mal nécessaire, quelque chose que l’on accepte à contre-cœur.

Comment expliquer ?

Tout d’abord, je ne pense pas que ce que nous appelons « les côtés sombres » aient toujours, systématiquement été perçus comme tel. Je pense que, quelques soient les déités que nous approchons, la façon dont elles ont été vues a évolué, non seulement au fil du temps (nombre d’entre elles ont en quelques sortes survécues, dissimulées dans les coutumes, les contes et les chansons, on peut lire en filigrane certaines évolutions.) mais aussi en fonction des personnes qui les vénéraient.
En l’occurrence dans le cas d’Odin, si certaines analyses laissent penser que Thor et Freyr avaient la préférence du peuple, d’autres catégories de personnes devaient sans doute préférer Odin, aspects craignos itou. [Je ne reviendrai pas sur les analyses en question qui ont déjà été mentionnées, au moins en partie, sur ce blog.] Notre attitude par rapport à ce qui est « dans le paganisme » (terme à prendre avec les précautions d’usage, ne pas mettre dans le même panier, et tout le toutim) considéré comme l’aspect « sombre » d’une déité est souvent révélateur de nos craintes, de nos peurs et de notre attitude face à la mort, la douleur, la terreur  et j’en passe.

« Le sombre est un outil. Ou un mal nécessaire ». »Si, si j’accepte cette part d’ombre mais » (et j’ai envie de dire comme dans Game Of Thrones « ma mère m’a appris que tout ce qu’il y avait avant le mot « mais » ne comptait pas ») => cela revient plus ou moins à dire « je ne t’accepte pas comme tu es, mais je vais faire un effort, et je suis bien gentil/le de le faire ». Ou « j’en fais un outil, parce que sinon je ne vois pas de justifications à accepter cette part là ».

Comment dire ?

Quand j’aime une personne, je l’aime comme elle l’est. Avec ses qualités et ses défauts. Et parce qu’elle a certains défauts, je la trouve encore plus attachante et je ne l’en aime que davantage. Ce n’est pas toujours simple, ce n’est pas toujours évident. Mais en fin de compte, on ne trace pas une ligne pour dire « ca je prend » et « ca je laisse ». On ne remodèle pas une personne en fantasmant ce que l’on voudrait qu’elle soit, parce que cela ira mieux avec notre caractère, notre histoire, nos attentes et nos projections.

Avec les déités ce n’est pas différent.
Je n’apprécie pas Odin EN DEPIT de ses aspects craignos. Je l’apprécie AVEC. PARCE QUE.

J’ai parfois lu qu’il ne faut pas. Que ce n’est pas conseillé.

On n’est pas obligé de se focaliser « sur ». Mais ne pas se focaliser sur ne veut pas dire « oublier ou composer avec mauvaise grâce ». Ou en faire « un désagrément obligatoire. »
J’honore Viður.
Et Ygg.
Et Hangaguð.
Et les autres.

Auteur inconnu.

Les aspects craignos comme les aspects très sympathiques. Ceux qui réjouissent le cœur et l’âme comme les autres. Je n’ai pas envie de coller une part de ses aspects au placard, comme s’ils étaient des détails repoussants.
Est-ce que c’est utile ? Mais encore une fois : vous honorez les dieux, vous les priez et vous les aimez parce que c’est UTILE ? Vous aimez votre chat, votre conjoint/e, vos ami/e/s parce qu’ils sont utiles ? Vous faites tout par intérêt ?

Il paraît que c’est dangereux.

Mais VIVRE est dangereux. La vie est une maladie mortelle. Faire l’amour est dangereux : vous pouvez chopper le sida. Aimer est dangereux, on peut vous briser le cœur. Surtout ne traversez pas la rue, vous pourriez vous faire renverser par une voiture.

On fait attention à tout. On doit vivre sainement. Baiser avec des capotes, ne pas boire, ne pas fumer, manger sain et de préférence bio. S’inquiéter des radiations nucléaires, de la fonte des glaces, de l’inflation de ci et de mi…et on souhaite « une pratique spirituelle sans dangers ? »
On a largement de quoi s’inquiéter de manière pragmatique, si c’est pour s’inquiéter et évaluer ses choix spirituels comme on calcule les risques pour un emprunt bancaire, non merci. Pas pour moi. Je comprends que l’on puisse préférer faire autrement. Que l’on choisisse autrement. Ce sont des choses qui vous regardent, et personne d’autres n’a à vous dire quelles routes prendre, quels chemins emprunter. C’est personnel.

Peut-être que je le regretterai un jour. Oui, peut-être. Peut-être pas. Et non, tout n’est pas toujours rose, toujours facile. Mais non, tout n’est pas horrible non plus.
Mais c’est seulement dans les dernières minutes de mon existence que je pourrais peut-être savoir si ce choix là était d’une idiotie folle ou pas. Très prosaïquement, je pense que j’aurai autre chose à penser.

Frigg, Gebo et les sacrifices

Note : toutes les références mythologiques sont faites de mémoire, sans vérification, donc il se peut que je me goure. 

Dans la série des idées reçues, outre ces histoires de foyer que nous avons rapidement vues, il y a en a une autre qui me fait lever le sourcil. « Frigg est une déesse gentille ». Gentille ? Frigg ?

Premièrement, le fait de classer les déités en deux catégories, les gentilles et les « pas gentilles » me laissent perplexe. Pourquoi avoir besoin d’établir une dinstinction pareille ? Pour savoir chez qui allez couiner pour demander tout et n’importe quoi, et les « pas gentilles » dire « ils vaut mieux les laisser tranquilles ? » Sans rires.

Frigg n’est pas gentille. Resituons le contexte.
Elle sait que son fils préféré, Balder, (je n’aime pas beaucoup la notion de chouchou, mais simplement : qui sait, à froid, à sec et sans chercher sur Google, le nom des autres enfants de Frigg et Odin ?) va mourir. Elle fait tout ce qu’elle peut pour que cela n’arrive pas. En pure perte.
A peu près en même temps, elle perd un autre fils, Hödr, l’aveugle qui tire la flèche de gui. Oui, c’est leur second fils. De lui on ne sait pratiquement rien.
Ensuite, elle perdra son mari. Je ne sais plus dans quel texte elle apparaît sous l’identité de l’une de ses suivantes -l’hypothèse la plus souvent avancée étant qu’il s’agit d’une preuve que cette suivante n’est qu’une hypostase. Je suis sans doute partiale, mais personnellement, le thème de la Dame déguisée en une de ses suivantes pour se promener incognito est un thème relativement connu dans la littérature, y’a pas besoin d’aller chercher l’explication de l’hypostase pour ça-  bref, on parle de la mort d’Odin comme sa « seconde souffrance », la première étant la mort de Balder (sympa pour Hödr).

Elle enterre son mari, deux de ses fils, et elle est bonne pour ramasser les morceaux après le Ragnarök. On ne parle pas de sa mort, et en tant que déesse des liens et des fondements de la société, il est plutôt illogique de la voir morte : je ne la vois pas se suicider, comme Nanna, la femme de Balder qui, suivant les versions, se jette sur le bûcher funéraire ou se laisse mourir de chagrin (suivant les versions).

Comme toutes les déités de ce panthéon, elle fait ce qu’elle a faire, quand elle doit le faire.
Quand j’avais effectué un premier travail sur elle, en août dernier, j’avais rapidement listée quelques runes dont les énergies et les concepts brutes me faisaient penser à elle. Parmi ces runes, se trouve Gebo : en la regardant, j’avais trouvé amusant de constater que c’était la seule rune à ne jamais pouvoir être renversée (sauf si l’on utilise la rune Hagalaz sous forme de « flocon ») : Gebo forme un socle, à la fois en tant que concept structurant la société (acte de donner/recevoir) mais aussi codifiant les relations avec l’Autre-monde. En lisant le livre Le monde du double, de Régis Boyer, je me souviens qu’il fait allusion à ce passage du Hávamál souvent cité « mieux vaut ne pas trop donner que trop sacrifier », en y apportant une interprétation intéressante dans laquelle il n’est pas question d’être redevable de quoi que ce soit, mais plutôt comme idée que « il est préférable de réfléchir à deux fois avant d’aller gueuler pour demander un truc aux esprits et aux dieux, parce qu’à force de sacrifices et d’offrandes, il se pourrait bien que ca marche. Et que l’on se retrouve dans la merde. » Gebo en tant qu’assise, Gebo en tant que structure du lien social, même sans rentrer dans la notion de sacrifice, cela colle bien à Frigg (je me rend compte que je fais pour Frigg des articles-miroirs de ceux du Mois pour Odin…). Liens du tissage, liens qui structure, liens de la toile du Wyrd, liens du mariage. Il y aurait beaucoup à dire sur la nature de ces liens, y compris sur la nature de leur magie d’ailleurs.

Elle est la mère d’un dieu très aimé et de celui qui le tuera. Écartons la question du « pourquoi » elle cherche à le protéger, etc.
Nous en discutions une fois avec Ulvaten : Balder est un dieu délicat à comprendre, qui ne peut être perçu seul. Sa compréhension et son existence est intrinsèquement liée à celle d’autres déités.
Balder, dieu un peu trop parfait, dieu tardif qui est mis au monde et aimé pour être sacrifié, pour la renaissance après le Ragnarök. Balder est un dieu aimé, et ce qui rend son histoire touchante en quelque sorte, c’est l’énergie que tout le monde, et notamment Frigg, emploie pour tenter de le sauver. C’est là tout le drame : parce que sinon, un mec qui meurt, la belle affaire. Tous les sacrifices de la mythologie nordique sont intéressants si on regarde, non pas l’action en elle-même, mais ce qu’elle coûte, en souffrance, en larmes, en douleur et en renoncement. Balder est un enjeu, un pari pour l’avenir, et je repense à ce que j’ai écris précédemment sur les sacrifiés ( note : à relativiser d’après certains spécialistes, ainsi que me l’a indiqué Kundry 😉 il faudra que je lise le bouquin cité) et si on continue dans cette optique d’analyse : la jeunesse, la bonne santé, la vie relativement privilégiée, etc, pour que le sacrifice ait de la valeur.
Balder est une offrande, faite par Odin et Frigg, pour que l’histoire continue après le Ragnarök.