La prose des Bâtards (les problématiques dans le Culte des Ancêtres)

Un dernier article avant un déménagement au loin… Je ne reviendrai pas avant un bon moment. 

Il n’y a plus que la Patagonie, la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud Je suis en route J’ai toujours été en route Je suis en route avec la petite Jehanne de France. (Blaise Cendrars – La prose du transsibérien)

Le culte des Ancêtres occupe une bonne place -sinon la place principale- dans les cultes traditionnels. C’est plus ou moins visibles suivant les groupes et les axes reconstructionnistes et autres, mais au niveau francophone, on assiste à une visibilité de plus en plus importante de cette pratique. Dans la théorie, il est facile de synthétiser rapidement le principe : celui d’honorer ses ascendants. Toujours dans la pratique, il est également relativement facile de de faire quelques synthèses de pistes pour les cas « problématiques » : vous avez été adopté(e) ? Tant mieux, vous avez à la fois vos lignées adoptives et vos lignées génétiques à honorer. Vous avez eu des conflits familiaux graves / familles abusives ? Concentrez-vous sur les « bons » ancêtres et de toutes façons, vous n’êtes pas un individu sorti de nul part, vous êtes sur terre parce que des gens se sont battus, ont survécus et que tout ne tourne pas autour de vous. D’accord, tout ca n’est pas faux, loin de là. D’accord cela ouvre des pistes.

Sauf que, tout ces pistes théoriques, prêtes à bouffer, c’est de la théorie justement. Et le sujet du culte aux Ancêtres, c’est toujours de la théorie, sauf quand il s’agit des nôtres. Quand il s’agit de notre histoire -ou non-histoire- familiale. Arriver la grande gueule en bandoulière avec des réponses toutes faites, c’est ce que vous pouvez vous permettre de faire quand vous n’êtes pas concernés, parce que la théorie prend tout en compte, sauf l’énorme potentiel explosif et sensible dont cette question est porteuse.

Pour certains, il est facile de s’exciter sur une image d’Épinal de sa famille (Parfois, « les fantasmes ancestraux », ca me fait penser au délire de Gardner qui a prétendu avoir été initié et avoir reçu des infos trop trues de Dorothy Clutterbuck, histoire de rendre plus crédible et plus badass ce qu’il avait reconstruit (remarquez, il y a peut-être des wiccans tradz qui s’ignorent. Ok, j’arrête de troller) que d’oublier ses paradoxes, d’oublier ses douleurs. Quelque part, tant mieux pour eux. Sauf quand ils se servent de leur vision (qui n’est jamais qu’un prisme lacunaire : chaque fois que nous considérons quelque chose, ce n’est de toute façon qu’un prisme lacunaire. C’est pareil pour les problèmes, sauf que c’est plus difficile d’échapper à un prisme problématique que de se mettre la tête dans le sable) pour essayer de l’imposer aux autres, ou pire de les rabrouer ou de les tancer sur ce qu’ils devraient faire et ne pas faire. Franchement, quand vous n’êtes pas directement concerné, soit vous y allez mollo, soit vous fermez votre putain de gueule avec vos généralisations sur qui / quoi / pourquoi on devrait honorer ci ou mi. Idem pour les discours du type « mais si tu né/e, c’est que tu l’as choisi, donc… » (les dérives du New Âge et ses ravages : avoir ce type de philosophie n’est pas intrinsèquement un problème, ce qui est un problème, c’est quand la personne s’en sert pour donner des leçons). Les gens qui arrivent la gueule enfarinée avec des discours tout fait sur ce type de question ont généralement une famille relativement simple, ou alors c’est ce qu’il aimerait croire (un peu comme quand j’entends les généralisations idéalistes/idéalisées pour correspondre à « un certain modèle moral », généralisations du type « nos ancêtres ne divorçaient pas ». Ou encore plus fendard quand cela implique les délires du style « l’homosexualité existait moins qu’aujourd’hui ». Haha. Mais bien sûr. Les divorces existaient, ils étaient peut-être moins fréquents effectivement, mais peut-être qu’ils étaient moins fréquents parce que les lois le rendait beaucoup plus complexe, pas parce que les gens avaient une morale « tellement différente de celle de nos jours sur la question. » Tout est relatif : ce type de question demande une énorme quantité de recherches pour ne pas sombrer dans le cliché bas de gamme. Quant à l’homosexualité, je n’ai pas assez de données pour y répondre (à part que les catégorisations hétéro/homo etc, semblent dater de l’ère victorienne), alors plutôt que de dire une connerie, je me contenterai de dire que cela demande des recherches. Peut-être qu’effectivement, elle était moins fréquente qu’aujourd’hui, peut-être pas (je dis bien « fréquente » pas « visible »).

Et que fait-on, quand il n’y a pas d’histoire familiale ? Parce que vos racines n’ont cessées de bouger au cours des quatre générations précédentes, qu’il n’y a eu aucune transmission ? Quand vous avez été coupé(e) de votre histoire par des parents / grand-parents qui pour X raisons ont refusés de transmettre « le flambeau » ? Et que fait-on, quand tout ce que vous découvrez, génération après génération, c’est la répétition d’une histoire dramatique, malsaine, et pas seulement le fait d’un individu isolé ? Et que fait-on quand on n’a pas de « terre natale », quand on appartient aux déracinés, à ceux qui passent leur vie, et dont les ascendants ont passés leur vie à devoir oublier le passé ? Quand les archives qui pourraient contenir votre histoire ont toutes été brûlées par les conflits successifs qui ont déchiré une partie de l’Europe ? Parce que cette région d’où certains de vos ancêtres viennent, a été une poudrière ? Ou quand vous êtes un(e) enfant « non conforme au cahier des charges familiales » et que par le truchement de votre éducation, on vous a non seulement fait comprendre que vous ne faisiez pas partie de la famille, mais que l’on vous a violemment fermé la porte à toute coutume, langue, histoire, culture, souvenir ? (Franchement, pour moi, des gens qui se sont conduits comme ça ne méritent ni que l’on fleurisse une tombe -qu’ils ne méritent pas-, ni qu’on les honorent.). Le problème du problème, c’est quand cela ne se résume pas une seule génération, mais quand l’on constate que ce type d’histoire se répète, des parents, des grands-parents, et encore avant. Après, il ne reste souvent pas grand chose de tangible, et pour moi, il y a une différence entre honorer des ancêtres « imaginaires » et avoir des souvenirs concrets de transmission. Quand on cumule toute une suite d’axes à problèmes, ça devient velue comme thématique. On pourrait imaginer que effectivement, retrouver quelques « ancêtres référents » aide, et d’une certaine manière, c’est le cas. Mais de manière un peu grinçante, j’ai eu l’occasion de constater que très vite parfois on vient vous dire que, quand même, ce n’est pas comme vos ancêtres de sang et que pourquoi vous ne… (« Merde ! » comme dirait Léodagan.) Parfois, on peut retrouver certains ancêtres qui se pointent, et petit à petit, retisser le lien. Parfois. Pas toujours. J’avoue que quand on constate que finalement, tout est mort à ce niveau là (parce que parfois,  il ne reste plus personne de vivant, histoire de bien couronner le tout), je vous avoue que je ne sais pas comment on fait. Je n’ai pas de réponse, et j’ai pu constater que cette problématique est beaucoup plus courante qu’on ne le pense. Comme pour beaucoup de sujets : on trouve beaucoup de sources quand cela se passe bien, moins quand ca se passe mal. Et généralement, les cas où il est fait mention de situations qui se passent moins bien, soit c’est quand la personne a résolu sa problématique, soit quand elle a décidé qu’elle ne ferait pas çi ou ça pour telles et telles raisons. L’entre-deux, faut gratter nettement plus pour avoir des infos. En même temps, je ne cherche pas de réponses toutes faites, justement parce que je crois que dans ce domaine, les réponses toutes faites ne marchent pas. Oui, on peut honorer ses ancêtres de manière généraliste, mais est-ce que, en terme d’impact et de force, cela suffit à compenser les autres défaillances ? En d’autres termes, est-ce que ce rempart suffit pour contenir toute l’étendue d’eau qui par ailleurs menace ?

Par dessus le marché, le pompon, c’est quand des gens viennent vous dire QUI vous devriez prier parce que vos ancêtres venaient de là, et qu’ils ont lus deux fiches wikipédia et pensent vous apporter la civilisation. Jusqu’à preuve du contraire, laissez une personne suivre son chemin. C’est le sien, pas le vôtre. D’autant que les évolutions arrivent au fur et à mesure d’un cheminement, à vouloir les forcer, on risque juste de « braquer » la personne et à la bloquer. Ou qu’elle peut avoir d’autres processus nécessaires à explorer au préalable, quitte à se rendre compte qu’en fin de compte, telle option n’en était pas une et qu’elle s’avère finalement caduque. De plus, des histoires « d’adoptions » peuvent arriver à plusieurs niveaux : non seulement les adoptions passées mais aussi toutes les adoptions actuelles : adoption par une terre, une région, un pays. Adoption par une lignée qui nous intègre, lignées perdues qui en fait rejaillissent sous forme d’un Allié, d’un panthéon etc. Je pense qu’en terme de « culte des Ancêtres », il y a autant de solutions, de problématiques, de parcours, de fonctionnement qu’il y a de personnes.

Nature, gentille nature ?

La nature, ou plus précisément la place de la nature est souvent au coeur de la pratique païenne contemporaine.

Ceci étant -et ceci est mon point de vue personnel sur la question, je n’oblige personne à y adhérer- je trouve un peu curieux le positionnement que beaucoup semblent avoir : la nature est notre amie, notre mère, nous sommes ses enfants, et de ce fait, nous avons une relation privilégiée avec. Mmmh, oui et non. Je comprends qu’elle puisse occuper pour certain une place prépondérante, maintenant, malgré tout, cette vision me semble biaisée.

La figure de « Mère Nature » semble une vision relativement contemporaine, et remonte, si ma mémoire est bonne, au XIXe siècle. Paradoxalement, c’est aussi la période de la Révolution Industrielle, et je pense que ce n’est pas sans avoir un lien : c’est au moment où nous sommes devenus moins sujets à ses aléas que nous avons commencé, d’une certaine manière, à l’idéaliser.

Je trouve relativement facile d’idéaliser et d’adorer la Nature quand on rentre chez soi le soir et que l’on va faire ses courses au supermarché du coin. La Nature n’est pas ma Mère, ma Copine, et je ne suis pas sa fille. Ce n’est pas pour autant que je ne la respecte pas ou que je n’essaie pas de faire ce qu’il faut, à mon échelle, pour tenter de participer à sa préservation, ni que je ne l’apprécie pas et que je ne reconnais pas ses bienfaits. C’est juste que dans mon optique, se proclamer « fille de la nature » etc, parce que l’on sait utiliser les simples et que l’on vit près d’un bout de forêt, c’est à la fois une vision simpliste et anthropocentrée. Ce n’est pas parce qu’on l’aime ou qu’on fait des câlins à des arbres que la nature vous épargnera. Ce n’est pas parce qu’on suit une religion / spiritualité axée sur ses cycles que l’on acquiert un statut privilégié. Et je pense que c’est facile de le faire, parce que, que l’on vive à la campagne ou en ville, on évolue tout de même dans une civilisation qui nous permet d’avoir un filet de sureté : les infrastructures, les hôpitaux, la possibilité de ne pas être touché par la famine, de trouver un point d’eau, etc, nous permet en quelque sorte cette candeur. En se positionnant comme « enfant de Mère Gaïa » et autres appellations, on retrouve finalement une optique similaire -mais ici inversée-  à celle que décrit la Bible, dans laquelle la nature et les animaux sont placés sur terre pour le bien-être de l’humain.

Oh c’est cool, t’es trop chou l’arbre, tu es un chêne et je vais te faire un gros câlin, puis je vais te laisser une offrande, on est frangin toi et moi. Comme s’il était impensable que l’arbre puisse n’en avoir rien à foutre de notre gueule, comme si, par ce geste, on cherchait à ce que la nature nous accorde un statut privilégié. Bernique.
La Nature était là avant nous, elle sera là après nous. Je ne pense pas non plus que l’humain a détruit la nature, là aussi, c’est une vision humano-centrée : elle existera après nous [note : bien que l’écosystème actuel tel que nous le connaissons peut lui disparaître. Une terre peuplée de bactéries évoluant dans un milieu extrême peut être considéré comme « une persistance de la nature », maintenant, est-ce que c’est ce que nous souhaitons, est-ce comme cela que nous pouvons envisager les choses, c’est une autre paire de manches.] J’avais il y a un certain temps vu des photos du site de Tchernobyl : la nature a repris ses droits, s’est adaptée. Après quelques générations d’aberrations, il y a des animaux qui sont revenus. En revanche, nous continuons d’en payer le prix, et les générations futures ne seront pas plus épargnées que nous. Peut-être parce que nous vivons plus longtemps, parce que peut-être, nous sommes moins adaptables au niveau biologique. Nous avons contribué, certes, à l’extinction de centaines espèces, mais c’est surtout notre propre espèce que nous allons exterminer [note : je ne suis pas en train de dire « les autres on s’en branle », c’est une tentative de contextualisation]. Dire que l’humain va détruire la terre, en tant que tel, je suis sceptique : je ne renie absolument pas l’impact désastreux, à la fois de la surpopulation (élargissons la problématique du « il faudra nourrir tout le monde », « oui la terre peut nourrir tout le monde ») et de notre mode de vie occidental, mais je pense que nous avons surtout réussi à programmer un environnement qui nous sera invivable (en pensant de manière globale, je ne suis pas assez calée pour me lancer dans un discours géopolitique). Entendons-bien, ce n’est pas un appel pour cesser les efforts dans ce domaine ou une excuse pour s’en foutre, bien au contraire. C’est simplement une tentative pour sortir du discours et du cadre dans lequel l’humain, en bien comme en mal, se trouve au centre du paradigme, comme si nous étions l’espèce qui a le plus d’importance.

En forêt, je tends à me considérer davantage comme une invitée. Je n’ai pas de statut spécial, je n’ai rien de particulier. Je sais juste reconnaître certaines plantes, je demande si je peux prélever certains végétaux. Parfois ils disent oui, parfois non. Le fait d’être païen / animistes / ou whatever ne nous donnent aucun DROIT, tout au plus cela participe à une certaine vision, un certain idéal, mais en aucun cas, à mes yeux, cela n’implique une reconnaissance (au sens « valeur ») intrinsèque de notre être de la part de la nature, des esprits du lieux, des esprits et autres.

Quand j’avais 18 ans, j’avais lu pas mal de trucs sur les arbres nos amis etc, une sorte de discours dominant qui dit qu’en gros, les arbres sont nos potes et nous aime. Je suis tombée des nues quand, en Angleterre, j’ai pendant un été tenté de travailler avec toutes les essences présentes dans la forêt alentours. Je suis arrivée, avec mon pentacle au cou, mes dix-huit balais et mon enthousiasme en bandoulière, et je me suis mangée une tarte magistrale quand des arbres m’ont envoyée me faire foutre, ou m’ont ignoré. Quand l’esprit du Prunellier m’a dit ok pour prendre des épines, mais qu’il voulait du sang en retour. Mais hein, quoi comment ? Depuis quand les arbres nous envoient chier ? Depuis quand les esprits réclament du sang ? Bah oui. Les esprits, les arbres et les Dieux ne sont pas tenus de nous aimer et ils ne nous doivent rien. Et parfois, proposer une contre-partie n’est pas suffisante : la nature n’est pas un magasin où on paye par chèque à la fin. Elle est un écosystème composée de je ne sais combien d’organisme, dans lequel nous avons une part, sans plus. Elle n’est pas tenue de nous aimer ou de nous accorder un traitement de faveur, que l’on soit païen ou non. Les esprits ne sont pas tenus d’être sympa avec nous. Ils ne sont pas tenus de nous répondre. Et ils n’ont pas nécessairement besoin de nous, ni même envie de nous voir. Se positionner en tant que « gentil » ou « méchant », « amis » ou « ennemis » n’est qu’une manière commode pour éviter de regarder les faits en face.

(Diaporama trouvé sur tumblr, auteur(e) inconnu(e))

[PBP] R – La technique du Rebrousse-Chemin

Le fait de ne pas tenir ses promesses

Le titre de ce poste est spécialement dédicacé à G. Y. 😉 et tiré de la série Kaamelott.

Perceval : 
Bon, 
alors 
maintenant
 la 
technique 
du 
rebrousse‐chemin.
 Mettons 
que
 vous
 soyez
 en 
déplacement
 militaire 
[…] faut 
bien 
retenir 
le 
code
 du
 chef 
de 
file. 
S’il 
dit 
«  À l’attaque »,
 « À 
l’assaut » 
ou
 « Chargez »,
 vous
 partez 
à 
l’arrière
 pendant que 
la 
troupe
 avance
 et 
vous
 rentrez
 à 
Kaamelott.
 C’est 
le 
rebrousse‐chemin.

Les relations que l’on entretient avec les déités / esprits  sont parfois -heureusement ou malheureusement- assez semblables à celles que l’on peut avoir avec des humains. Il y a des hauts, et il y a des bas.
C’est facile de se consacrer à une déité et de prendre des engagements ou de faire une promesse quand tout va bien, quand la relation est agréable. Ca l’est beaucoup moins quand on est dans une période de creux, qu’on se ramasse des gadins, que certaines situations spirituelles se compliquent.

Tout dépend comment l’on considère les choses : prenons le parallèle avec les Handfasting. Certains promettent « pour cette vie et dans les autres », d’autres « jusqu’à ce que la mort nous sépare », d’autres encore choisissent une durée définie quitte à se ré-engager par la suite, enfin, d’autres diront « tant que l’amour durera ». Quitte à passer pour une réactionnaire, je suis dubitative sur cette dernière option. C’est tellement facile « bon, ok, tant que je t’aime, je veux bien être avec toi, mais si on ne s’aime plus, allez, tschüβ » (le β n’existe plus, je sais, mais je l’aime bien, c’est mon côté hipster.) Les tendances sociales actuelles sont tellement dans cette optique là, quand ca ne marche plus, qu’on ne s’éclate plus au pieu, après avoir eu un enfant ou deux, que le partenaire vieillit ou est malade, hop, poubelle. Le partenaire est chiant ou devient bizarre ? Poubelle.
Ben voyons, on prête serment quand c’est facile et quand ca devient un challenge, on adopte le rebrousse-chemin.

Avec les déités c’est un peu pareil.  C’est trop facile de se consacrer  à une déité et de prêter serment pour ensuite dire « ah non, c’est trop craignos, ou tiens, Machin(e) m’attire et me correspond plus, hop, je vais me consacrer à elle/lui. » Franchement, on rigole là ?

Tout dépend du type de serment que vous prêtez, on est d’accord. On est d’accord aussi que, parfois, il y a des évolutions et des événements qui font « que ». Et que parfois, il arrive que les relations changent et que les chemins se séparent, que de nouvelles routes s’ouvrent ensuite à nous.

Certaines personnes choisissent de se consacrer à certaines déités pour un temps donné, ce qui est loin d’être idiot. Plutôt que de faire un comparatif du « mon serment il est plus true que le tien », réfléchissez par rapport ce que vous allez promettre.
J’ai eu l’occasion de constater que quand ca n’allait pas avec une déité, il y en avait parfois d’autres qui se pointaient. Parfois cela apporte d’autres points de vue, de travailler sur d’autres choses qui viennent nous appuyer et de travailler sur nous aussi, lissant la situation emmêlée. Ceci dit, méfiez-vous si l’une d’elle se pointe avec « la solution miracle ». C’est probablement un attrape-couillon (ou c’est dans la tête), il suffit d’avoir un peu de bon sens pour s’en rendre compte : les offres pour gagner des sommes folles sans travailler et en investissant 1€, vous avez, à juste titre, du mal à y croire et vous flairez l’arnaque ? Là c’est pareil. Que ce soit « réel » (on se comprend) ou dans votre tête, ce n’est pas une bonne idée de sauter sur la proposition. Dans le second cas vous allez juste rendre la situation encore plus inextricable et évitez de vous pencher sur ce qui pose réellement problème, dans le premier, vous allez vous retrouver dans la merde.

Le monde actuel semble largement justifier et même encourager les mensonges et les fausses promesses. Combien de fois ai-je entendue adolescente « ah ah, les promesses n’engagent que ceux qui y croient ? », ce qui me rendait folle de rage. C’est encore plus épineux dans le monde professionnel, ou les fausses promesses sont non seulement largement employées, mais en plus valorisées et vous valent de passer pour une personne « rusée et capable ». Mouais. Il n’empêche que même dans le monde humains, ca a des conséquences. Tôt ou tard.

Comment pouvez-vous espérer que l’autre sera réglo dans une situation donnée si vous-même ne l’êtes pas ? Vous finirez par passer pour un/e menteur/se de première, une personne versatile, peu fiable et un jour, vous aurez besoin d’aide et ne la trouverez pas, ou alors vous tomberez sur plus rusé que vous.

Sans aller jusqu’à vouloir se comporter comme un paladin, évitez de faire des promesses à tout bout de champs si c’est au bout du compte pour ne pas les tenir.

Suivant les personnes, il y a différentes conceptions des « codes » de relations avec les déités / esprits. Il y a celles qui considèrent que les rapports sont de l’ordre du donnant-donnant, d’autres qui considèrent qu’ils ne nous doivent rien et qu’il faut au maximum tenter de négocier, mais c’est tout.
Ces deux conceptions influençent pas mal la façon dont on peut réagir si quelque chose se passe mal. A titre d’information factuelle, d’après Boyer, les relations entres les gens et les dieux nordiques dans la Scandinavie ancienne étaient de l’ordre du donnant-donnant, et si quelque chose se passait mal, les gens n’hésitaient pas à mettre un dieu « au coin » pendant quelques temps (toujours d’après lui, ils firent pareil avec Jésus au début de l’implantation du Christianisme. A voir, mais c’est marrant : j’imagine le Père Blaize de Kaamelott expliquer à un viking qu’on ne met pas la statue de Jésus en punition dans la stalle avec les animaux de ferme, bref).

Pour certains on est en droit de gueuler, pour d’autres, on doit fermer sa mouille et endurer. Personnellement, si j’avais envie de fermer ma gueule et de me laisser faire sans protester, j’irais voir dans une autre religion si j’y suis. Mais c’est un point de vue. J’ai tendance à penser qu’une volée d’injures et d’interjections grossières vaut mieux que de rompre une promesse. D’autres hurleraient au blasphème. (ca aussi, c’est toute une notion intéressante : le blasphème existe-il dans un contexte « néo/païen » ? je suis perplexe.)

(Hergé)

Au niveau de la pratique, c’est un peu nébuleux à expliquer, mais j’ai tendance à penser que si l’on brise un serment ou un engagement, même factuel, on « brise » soi-même ses capacités. Un peu comme si on avait un passeport et un visa pour aller à l’étranger, et qu’un fois sur place, on se mettait à enfreindre la loi, et qu’on se faisait confisquer passeport et visa, puis expulser du pays avec interdiction d’y revenir. Parfois vous n’aurez qu’une amende ou une garde à vue, mais vous êtes « grillé » et vous courez potentiellement le risque d’avoir plus de problèmes ou de ne pas être cru si vous avez ensuite un souci. Sans oubliez la baffe cosmique possible (« sans compter ce que va dire Tintin »).

La peur de certaines Déités [en lien avec le Loki Project #17]

En lien avec le Loki Project parce que la réflexion diverge, mais à la base elle était reliée. 

Tomasz Alen Kopera

Loki est un dieu qui a tendance à faire peur. Odin aussi d’ailleurs. Il(s) n’est /ne sont pas le(s) seul(s), on entend souvent les mêmes noms revenir quand il est question de cette peur, de cette intimidation.
On assiste à une curieuse dichotomie : ceux qui font peur. Ceux qui ne font pas peur. Les personnes qui disent « cette déité me fait peur, parce que… » ou à l’inverse « cette déité ne me fait pas peur, parce que… ».

Je trouve ca curieux comme manière de penser. Tous les dieux sont terrifiants : ce sont des dieux. Ils sont infiniment plus puissants que nous ne le serons jamais. Ce que je trouve étrange, c’est cette reconnaissance de la possible peur dans certains cas, et pas dans d’autres, comme si une partie d’entre eux pouvaient être domestiqués, adoucis, au point qu’il soit envisageable de se dire « ceux là c’est bon, on sait à quoi s’attendre ».

Peu importe leurs fonctions, leurs noms, les visages que vous en percevez ou vos interactions avec elles. Peu importe l’intimité de vos relations, votre expérience, leur sexe, leur panthéon : elles peuvent se montrer terrifiantes, pas forcément au sens effrayantes, plutôt dans le sens anglais awe : une combinaison de surprise, de peur, de crainte, de respect et d’émerveillement. Je pense que c’est le meilleur mot qui existe, en tout cas je n’en ai pas trouvé d’autre qui convienne.

Nous plaquons sur leurs apparences supposées des avis préconçus, en fonction de ce qu’on entends sur elle, des mythes à leurs propos, de leurs fonctions, de leurs apparences aussi. Mais au niveau des expériences, quand il n’y a que l’énergie brute, et suivant la nature de l’expérience en question, on se rend compte que telle gentille déesse que la tendance générale tend à dépeindre disons sous les traits d’une banale ménagère cantonnée aux fonctions domestiques possède une énergie colossale, tout aussi capable de vous terrasser qu’une autre.

J’ai parfois l’impression qu’il y a toute une mythologie néopaïenne et contemporaine autour des dieux et des déesses : on se construit des réferentiels énergétiques : avec telle déité il faut faire attention. Celle là est parfaite pour tel et tel type de travaux. Ce faisant, on finit par rajouter des couches de perceptions préfabriquées sur des déités. Il est vrai que cela rend sans doute les travaux de groupes plus « facile », que les débutants voient le boulot nécessaire devenir moins tendu.

Mais au final, on rajoute une gaine de plastique sur le lien que l’on commence par tisser entre elles et nous. Parfois cela permet de rendre les choses plus faciles mais parfois on masque des problèmes qui surgiront inévitablement plus tard, peut-être plus violents, plus graves, plus remuants.

Par moment, en plus de cette « mythologie artificielle UPG-esque » j’ai l’impression qu’il y a en plus des distinctions implicites de déités « classes » et « des moins classes ». Je me demande pourquoi je n’entends que rarement parler de Frigg. Je me demande combien bosse avec la Cailleach. Je me demande pourquoi les gens semblent toujours ramasser les mêmes « dieux et déesses patronnes ». Et dans quelle mesure il y a un implicite sociale quant à la corrélation « une femme a une déesse patronne », « un homme a généralement un dieu patron ». Soyons clairs : je ne me souviens pas avoir entendu une personne sérieuse le dire. Je l’ai parfois lu il y a quelques années, mais venant de gens qui débutent, je considère que c’est une simplification « spatiale » de débutants. A mes débuts je considérais plus ou moins les choses sous cet angle là d’ailleurs. Je me suis échinée à me chercher « une déesse patronne », pour finalement avoir un revirement de situation plutôt comique. Si vous vous cherchez absolument une patronne, gardez en tête qu’elle peut avoir une paire de couilles. Je dis ca, je dis rien. (Ces questionnements sont davantage des modélisations de phénomènes observés qu’une collecte de faits exprimés par des personnes ou des entités sociales.)

Loki est un trickster lié au chaos. Un trickster. Imprévisible donc (merci Captain Obvious). Se demander dans quoi on va mettre les pieds est compréhensible, mais si l’éventuelle peur que vous ressentez est liée à cet aspect, gardez en tête que si vous devez vous ramassez une gamelle avec une déité, peu importe qu’elle symbolise l’amour, les tâches domestiques, la mort ou le chaos (cf. Khaos : Travailler avec des déités « sombres » : l’autoroute vers les emmerdes ?). Vous la mangerez la gamelle.

(Note : Ceci dit pour moi le contexte de travail est important : est-ce que c’est la déité qui se pointe ou vous qui allez la chercher ? )

[PBP] J – Joie (et Wunjo)

Pas vraiment inspirée, et je suis d’humeur vraiment sarcastique aujourd’hui. Une envie d’ouvrir la boîte à claques et d’en sortir mon colt 45. On va essayer d’écrire sans trop de licornes décapitées. 

La joie.

On utilise le plus souvent ce terme pour désigner un état de bien-être, un contentement durable ou passager.

Au-delà de la signification qu’elle revêt la plupart du temps dans le langage courant, la joie m’évoque l’alignement, la conscience spirituelle, le fait d’être en phase. Le rune Wunjo est souvent décrite -réduite- à la joie, à un truc positif. « Génial super, tout va bien se passer ». Pour moi Wunjo est surtout une rune de canalisation du pouvoir, de l’énergie. Une rune d’extase, avec toute l’ambiguïté du terme.

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[PBP] J – Se faire jeter par une déité

Tout d’abord, rendons à César ce qui est à César : c’est l’article de Nemn qui m’a fait penser à cela. Petite précision : j’entend ici la pratique dans un sens « travail avec une déité », le contexte « uniquement » religieux (quand on honore une déité par exemple) ne nécessitant pas forcément « d’interactions ».

On parle souvent des déités qui occupent une place dans notre pratique, moins de celles qui l’ont jalonnés au fil des ans, et encore moins de celles avec qui nous avons tenté de travailler pour se faire claquer la porte au nez. La question du « établir un contact avec une déité » demanderait un article séparé à elle seule, tout dépend des personnes et de leurs pratiques, mais il est généralement admis que l’avoir honorée et la connaître un minimum est une sorte de pré-requis,   le respect de base. Après, il y a des personnes qui tentent d’établir un contact volontaire (elles souhaitent travailler avec telle déité pour telle(s) raison(s) ), celles qui restent « open » et attendent de ressentir qui se pointent pour démarrer une approche. Par le passé, je me suis trouvée au milieu de ces deux tendances, c’est moins vrai ces derniers temps, où pour ce qui est de démarrer un travail particulier ou de pratiquer avec une déité, j’attends de voir qui se pointe, d’avoir des indications et/ou des ressentis particuliers, généralement par le biais de mes rêves.

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[PBP] D – Devotion is always a matter of love

Le terme dévotion vient du latin devotio, qui comporte plusieurs sens dont : 1/action de se dévouer, vœu par lequel on s’engage. 2/dévouement, attachement sans réserve.
Il est intéressant de mentionner que le verbe devoto peut signifier 1/invoquer une divinité. 2/soumettre à des enchantements.
(source)

Dans le sens où ce mot est employé actuellement, je pense que l’on pourrait raisonnablement accepter de définir de manière générique le terme dévotion comme « une action de d’honorer une déité et de lui témoigner notre attachement. »
Cet attachement peut se témoigner de biens des manières, il y a des tâches que nous faisons spontanément, d’autres qui nous sont demandées. Il y a des chemins que nous voulons emprunter, d’autres qui nous sont proposés. Je ne pense pas que l’on soit « obligé » : c’est trop facile de dire « on m’a forcé », c’est une déresponsabilisation. Je pense que nous avons le choix, ou que nous avons eu le choix, et que pour X raisons, nous avons choisi. Mais c’est tellement plus facile de dire qu’on nous a forcé que d’avouer que l’on a accepté, par amour, par curiosité, par égo, par défi, par peur.

Nous n’aimons pas toutes les déités que nous considérons avec la même force, et elles n’ont pas toutes le même impact en permanence dans nos vies. Certaines sont plus ou moins présentes, pour un temps plus ou moins long. Certaines ne font que passer, d’autres restent. Cela ne signifie pas qu’on ne peut pas rendre hommage à une déité de manière plus formelle : les rapports avec les déités ressemblent, à certains égards, beaucoup à nos rapports avec les autres. Nous ne sommes pas obligés d’aimer ou de nous entendre avec tout le monde. On peut parfois être amenés à entretenir des rapports plus formels, ou à présenter nos excuses par rapport à certaines choses (ce qui ne veut pas dire que ces excuses, même dans un « cadre formel » sont dépourvues de sentiments.). Il est possible à mon sens, de « saluer » une déité sans pour autant entretenir un rapport dévotionnel. Pour autant, il n’y a pas de dévotion « mécanique ». Si elle est mécanique, elle est de nature formel et agit comme un lien « social ».

La dévotion est toujours une question d’amour, quel que soit le degré de cet amour ou la façon dont il s’exprime. Dans l’absolu il n’y a pas de sentiers qui valent mieux qu’un autre.
C’est le lien que nous forgeons entre elle et nous, les manifestations de cette réciprocité, notre manière à nous de les soutenir, de les maintenir vivantes, présentes mais aussi de construire, de consolider la relation que nous entretenons. C’est quelque chose d’éminent personnel, d’intime. Je suis toujours un peu perplexe quand des gens expriment publiquement l’amour que leur inspire certaines déités : d’un côté je les admire. De l’autre, je me demande si ce ne sont pas des choses que nous devrions garder pour nous : nous ne savons pas quel impact nos mots ont sur les autres, ce qu’ils ont vécu, peut-être qu’en les étalant à la vue du premier venu, nous dénaturons ces sentiments, leur puissance, leur pouvoir.

Certaines dévotions sont douces comme des pluies de printemps, d’autres nous arrachent le cœur et l’âme, nous entraînant sur des sentiers que nous n’aurions jamais pensé emprunter. Certaines nous réchauffent comme un feu de cheminée et d’autres nous irradient comme des explosions nucléaires.

[PBP] B – Les relations bilatérales et American Gods

American Gods est un roman de Neil Gaiman. Un roman très intéressant à plusieurs titres. Certes l’histoire est très bien construite et l’écriture est agréable, mais c’est aussi un livre extrêmement riche à d’autres niveaux. Je pense qu’il fait partie des livres à lire absolument quand on est païen. Cela fait un moment que je voulais aborder ce sujet, et je ne suis pas sûre d’y arriver parfaitement, mais je vais quand même  tenter d’expliquer pourquoi sans trop spoiler si vous ne l’avez pas lu.
Quand on le lit, une des choses qui frappe, c’est la compréhension des dieux par l’auteur. On trouve rarement des interprétations contemporaines aussi fidèles de leurs personnalités, de leurs comportements, de leurs essences et par ricochet, l’explication de ce que j’appelle « les relations bilatérales ».

Les déités sont parfois considérées comme étant uniquement des archétypes, comme si elles n’existaient pas réellement. Bien que je comprenne le raisonnement à la base de cette hypothèse, ce n’est pas mon ressenti. Pour moi, même si les déités peuvent effectivement des expressions archétypales et exister à la fois en nous et comme représentation, elles existent bel et bien. J’aimerais aussi souligner qu’on ne demande pas à un chrétien -pour faire très simple- de dire que Dieu est un archétype s’il ne veut pas passer pour un original. Alors pourquoi, en tant que païen, devrait-on avoir à le faire ? Je ne parle pas de « figures de regroupement » comme « La Déesse » et « Le Dieu » qui eux m’apparaissent comme des « simplifications » archétypales généralistes (regroupements avec lequel j’ai vraiment beaucoup de mal aujourd’hui pour diverses raisons, mais ce n’est pas la question).

Dans American Gods, il est entre autre question de ce que deviennent les dieux dans des pays dont ils ne sont pas originaires, et dans un monde qui peu à peu cesse de croire en eux. Je pense que nous transportons les dieux avec nous, partout où nous allons. À partir du moment où nous les prions quelque part, elles se mettent à exister dans cet endroit. D’une certaine manière, je trouve que la citation latine ci-dessous résume très bien cela :

Omnia mea mecum porto
Je transporte avec moi tous mes biens.
(Citation attribuée par Cicéron à Bias de Priène)

Pour cette raison, je pense que les querelles des dieux du sol, et la question qui y est rattachée, à savoir prier les dieux de son sol est un peu obsolète. Pour ne citer qu’un exemple historique, le culte d’Isis a été exporté et s’est implanté jusque dans le sud de l’Angleterre et certains historiens pensent que la représentation de la Vierge Marie tenant Jésus dans ses bras est une adaptation de statues plus anciennes représentant Isis tenant Horus. Dans ce genre de cas, quels dieux faut-il privilégier ? Les « purs et vrais » ou les multitudes de déités qui sont venues se greffer ? À ce moment là, aux États-Unis et au Canada, on ne devrait prier que les déités amérindiennes. À moins bien sûr qu’on ne prenne également en considération la tendancieuse question du sang. Pour pousser encore plus loin le raisonnement, Odin (puisqu’il est l’exemple que je connais le mieux) étant sans doute une déité d’origine plus modeste (pour le quart d’heure amusant, Dumézil émet l’hypothèse qu’il aurait pu être… un gobelin au départ !) et il est probable qu’il aurait pris la place d’autres déités (Tyr par exemple) : faut-il le prier en considérant son aspect originel ou son aspect plus tardif ? Et encore je ne parle pas de la façon de les vénérer. Voilà pourquoi je trouve que ce genre de questionnement n’a vraiment lieu d’être, du moins dans ma pratique actuelle. Après, je suppose que cela à un sens pour les gens qui le font. Ou du moins, je l’espère.

Pour se recentrer sur la question du départ, dans American Gods donc, les dieux sont moribonds. Plus personnes ne croient en eux et leur puissance décline inexorablement. Toute la question de l’article pourraient se résumer à cela : si plus personne ne croit en eux, les dieux disparaissent. Pour que cela n’arrive pas, Voyageur tente de jouer une dernière carte, culottée et désespérée, et de rameuter tous les dieux qui ont survécus pour essayer un ultime truc.

Tout au long du roman, c’est quelque chose qui ressort de manière flagrante : les dieux ont besoin de nous. Poussé à l’extrême, c’est presque tragique en fait. Cela ressort de manière grinçante dans certains comportements, notamment celui de Voyageur/Wednesday, qui passe un temps non négligeable à coucher avec des filles pour tenter de retrouver un peu de pouvoir/d’énergie.
À un certain niveau, cela me fait penser aux articles de certains blogs en langue anglaise sur certains phénomènes et types de dévotion qui seraient assez rares. A un niveau d’interprétation purement logique, presque mathématique, je dirais que suivant l’état dans lequel les dieux se trouvent, il serait compréhensible que ces phénomènes ne soient pas aussi rares que certaines personnes semblent le penser.

D’un point de vue statistique, je pense que les paganismes contemporains sont très minoritaires. Les Déités n’ont peut-être plus grand monde de qui elles peuvent attendre offrandes, prières et dévotions. [note : pas des dévotions « mécaniques », quelque chose qui vient du cœur. De notre âme. Avec de réels sentiments. Pas pour se faire bien voir ou par acquis de conscience, même si parfois c’est mieux que rien notamment si on a eu des problèmes avec certaines déités.] Pour cette raison, elles sont peut-être plus proches de nous qu’elles ne l’ont jamais été.

Voilà pourquoi je parle de relations bilatérales : les déités ont des effets sur nos vies, mais nos actions et nos comportements en ont également sur eux. Si nous les oublions, si nous cessons de croire en eux, ils se dilueront et je crois que oui, oui les dieux peuvent disparaître. Peut-être pas inexorablement, probablement que tant qu’il restera une trace d’eux, ils pourront revenir, mais ils ne pourront jamais revenir à l’identique (les dieux évoluent, du moins je le pense). C’est une des raisons pour lesquelles je ne veux pas « gommer » les détails gênants de leurs histoires, des mythes, de leurs caractères. Pour moi on les prend comme ils sont ou alors on ne prend pas. On a le droit de pas être d’accord avec tout, on a le droit de préférer certains aspects, mais on n’a pas le droit de leurs faire subir un toilettage comme si les dieux étaient des caniches abricots.

Je ne prétends pas qu’American Gods soit l’exacte vérité, mais ce livre a le mérite de présenter les choses de manière très imagée, compréhensible par tous, sans pour autant manquer de profondeur. En même temps, même si sa lecture (ses lectures plutôt) m’ont fait réfléchir à deux ou trois trucs, ca m’a nettement plus remué le jour où j’ai fait un rêve pendant lequel je me retrouvais dans le livre, à discuter avec Voyageur et Neil Gaiman.
Le plus étrange étant sans doute mon évolution dans la compréhension du passage cité ci-dessous : la première fois que j’ai lu le roman, vers 2008, je comprenais parfaitement la fille. J’étais plus de son avis. Quand je l’ai lu pour la seconde fois, en octobre, je comprenais plutôt le point de vue de Voyageur.
Cela, ajouté à d’autres détails, m’a fait sentir que, sans doute, mes croyances, ou plutôt ma façon de croire et de considérer les choses dans leur ensemble avait beaucoup évoluée depuis le début de ma pratique. Dire où j’en suis est nettement plus compliqué. D’abord parce que ce n’est pas forcément très net, je pense qu’il y a pleins de choses qui se recoupent. Ensuite parce que ce ne sont pas forcément des choses avec lesquelles je suis à l’aise.

Et dites-moi : en tant que païenne, qui révérez-vous ?
— Qui je révère ?
— Tout à fait. J’imagine que vous avez un éventail de choix assez large. Alors, pour qui est dressé votre autel personnel ? Devant qui vous inclinez-vous ? Qui priez-vous à l’aube et au crépuscule ?
Les lèvres de la jeune femme s’agitèrent un certain temps sans qu’elle émette le moindre son, puis elle déclara :
« Le principe féminin. C’est un truc pour se fortifier, vous voyez ? »
— Parfaitement. Et a-t-il un nom, ce principe féminin ?
— C’est la déesse qui est en chacune de nous, répondit la fille à la boucle de sourcil, en prenant des couleurs. Elle n’a pas besoin de nom.
— Ah, fit Voyageur avec un large sourire de chimpanzé.
Traduction de Michel Pagel – p.321-322

And tell me, as a pagan, who do you worship?”
“Worship?”
“That’s right. I imagine you must have a pretty wide-open field. So to whom do you set up your household altar? To whom do you bow down? To whom do you pray at dawn and at dusk?”
Her lips described several shapes without saying anything before she said, “The female principle. It’s an empowerment thing. You know?”
“Indeed. And this female principle of yours. Does she have a name?”
“She’s the goddess within us all,” said the girl with the eyebrow ring, color rising to her cheek. “She doesn’t need a name.”
“Ah,” said Wednesday, with a wide monkey grin.
American Gods – p. 243-244

Les Dieux sont comme les Chats

Note : Peut-être qu’aux yeux de certain(e)s, la comparaison pourra paraître irrespectueuse. Pourtant, je ne pense pas qu’elle le soit. Et je pense que les Dieux n’ont pas besoin de zélotes pour parler en leurs noms et s’ils ne sont pas d’accord, ils sont assez grand pour nous coller un coup de pieds aux fesses comme des grands.

Vous ne décidez pas vraiment d’avoir un chat. Vous ne les possédez pas et ne les posséderez jamais. C’est lui qui veut bien rester chez vous, et rien ne l’empêche un jour de se sauver pour ne plus revenir. Vous vous dites que vous allez en prendre un. Mais un, hein. Un seul. Et puis sans avoir compris comment, vous voilà accompagné d’une cohorte de félins. Pourtant, vous êtes certain d’avoir été d’accord pour un seul. Vous avez ouvert la porte et en voilà d’autres. Et une fois qu’ils sont là, il n’est pas franchement possible de claquer la porte. Vous êtes responsable de vos actes.

Les Chats ont tous leur caractère : certain sont pot de colle, d’autres ne se laissent pas approcher. Il y a des chats avec qui vous aurez une vraie relation et d’autres que vous pourrez à peine apercevoir et qui refuseront toujours de s’approcher de vous.Certains vont venir sur vos genoux alors que vous n’avez aucune envie qu’ils viennent. Certains se laisser gratouiller, les autres vont être faussement calme et vous griffer sans que vous compreniez. Il y en a qui sont sauvages, d’autres aventureux et certains casaniers. Certains encore sont possessifs, et vont décider qui vous pouvez fréquenter, et si un nouveau venu -humain ou animal- ne leurs plait pas, attendez-vous à des désagréments. Certains ne supporteront pas de rester seuls. Ceux-là demanderont plus d’attention. Certains supporteront les chiens et les enfants. D’autres pas.
Il y en a des très beaux, des petits, des gros mastards et des vieux pelés-mités avec une fourrure rêche et un œil en moins. Ce n’est pas pour autant que vous les aimerez plus ou moins en fonction de ces critères. Et ce n’est pas parce qu’un chat n’est pas câlin qu’il ne vous aime pas. Il a juste, comme vous, sa propre personnalité. Vous ne pouvez pas le forcer à être quelque chose d’autres et lui doit faire avec qui vous êtes. Il en a peut-être que vous n’aimerez pas, et réciproquement.

Vous veillez à ce qu’ils aillent bien, à ce que les gamelles soient bien remplies et l’eau changée. Tous n’acceptent pas le même genre de nourriture, et en apparence, certains sont plus compliqués que d’autres.
Quand ils sortent la nuit, vous vous demandez s’ils reviendront. Et si certains ne reviennent pas, cela vous inquiète, parce que vous avez fini par les connaître, vous avez établi une relation, même si extérieurement, ce sont tous des quadrupèdes à moustaches.

Vous posez certaines limites, qui évoluent avec le temps et en fonction des spécimens, et quoi que vous ayez pu décidé au départ, soyez sûr qu’au fil des années, les choses changeront. Pas toutes, bien sûr, certaines limites sont et resteront posées. Certaines. Soyez sûr aussi que, quoique vous fassiez, il y aura des moments où ce sera le bordel. Parce que les chats gratteront à la porte de votre chambre à trois heures du matin, et que, merde, c’est pas le moment putain de bordel.  Ils risquent de foutre en l’air une partie de vos précieuses petites possessions matérielles, et crac le joli pot en porcelaine, et gnak, les décorations de Noël. Sur le coup vous allez râler, parce que vous y teniez quand même à ces petites choses matérielles. Vous y étiez accrochés. Et puis, vous réalisez que ce n’est pas le plus important, on relativise, même si ca n’empêche pas toujours la colère. Même si ca n’empêche pas de jeter une savate au chat qui court souvent plus vite que vous. Les chats s’en foutent. Vous ne projetez pas sur un chat vos espoirs non aboutis et les déceptions de votre enfance. Vous ne leur demandez pas de réussir. Et vous savez qu’ils sont différents de vous, que ce sont des chats. Ca ne veut pas dire que vous faites forcément des comparaisons ou qu’il y a une échelle de valeur, c’est un fait irréfutable. Un chat est un chat.

Les chats se moquent éperdument de savoir à quoi vous ressemblez physiquement ou combien vous gagnez ou même ce que vous avez pu faire un jour. Ils regardent ce que vous faites là, maintenant, par rapport à eux. Et quand vous rentrez, que ce n’est décidément pas un bon jour, vous êtes content qu’ils soient là. Parce que sans eux, votre vie paraîtrait bien vide. Parce que vous n’imaginez pas ou plus une vie autrement.
Parce qu’ils n’iront pas vous reprochez d’avoir fait ci ou ça. Parce que quoiqu’ils puissent faire, dans le fond vous les aimez. Vous tenez à eux. Et qu’à leur manière, ils tiennent à vous, ils ont besoin de vous, et ils prennent soin de vous. À leurs manières. Parce que ce sont des chats, pas des humains.
Même quand ils vous font tourner en bourrique, même quand parfois vous rentrez chez vous épuisé pour découvrir qu’ils ont fracassé la précieuse théière de votre grand-mère, tout ce qu’il vous restait d’elle. Sur le coup vous hurlez, et il y en a un qui se prend un coup de pied aux fesses. Puis après, vous ramassez. Quand ils viennent vous donner un coup de tête en ronronnant, la plupart du temps, vous passez l’éponge, même si vous auriez préféré que la théière soit toujours intacte.
Quand les chats meurent, une partie du cerveau se dit que c’est la vie. Une autre se demande si on les reverra. L’autre est bouleversé parce qu’au fil du temps, vous avez beaucoup appris. Parce que chaque relation qui se créée ne saurait être comparée à une autre et est, dans son essence irremplaçable.

Vous donnerez beaucoup et vous recevrez aussi beaucoup. Et comme dans beaucoup de relations, certaines personnes comprendront, d’autres ne comprendront jamais ce que vous pouvez avoir avec les chats. Il y a des gens qui viendront vous faire des leçons, comme quoi il ne faut pas faire ci ou ca, ou qu’à leur avis un chat c’est dehors et que ça a intérêt à être utile parce que sinon… Ou que vous avez un grain, ou que… Parce que peu importe que ce soit des chats et vous un humain, et même si c’est un mot qu’on met à toutes les sauces, qu’on utilise parfois à tout bout de champs, ca s’appelle l’amour et certaines personnes ne le comprennent jamais, ne le supportent pas.