J’arrive où je suis étranger.

Revenir en arrière. Jusqu’où ?
La réponse à ma question, l’an dernier pendant un week-end consacré au Seiðr.
Où il est question de quelque chose qui traverse un océan.
Ma soudaine envie de vomir. Personne n’est au courant. Cela fait du sens. (La vrai réponse est beaucoup plus précise.)
Et dix mois. Dix mois. Dix mois plus tard.
L’avion qui décolle, et le laridé qui tourne en boucle sur mon MP3, dissimulé par mes cheveux. La terre qui s’éloigne, minuscule, dans le froid de janvier. Tout est derrière moi, ou alors loin, loin devant. Loin devant, vers l’ouest et dans le futur. J’ai en tête la légende familiale qui dit qu’à chaque génération nous partons un peu plus à l’ouest. Tout ce que j’ai en tête, c’est la musique entêtante qui ne cesse de tourner et de retourner, pendant les 7h de vol, comme un transe lancinante, une injonction à ne pas penser. Rester concentrée sur l’objectif. Omni mea mecum porto. Je transporte avec moi tous mes biens. Tout ce que je possède d’important, ce que j’emporte, tient dans deux valises. Et deux caisses miaulantes.
Le reste, qui se compose pour la plupart de livres, est dans le container d’un port. Je les attendrai trois mois. Me demandant si je récupérerai un jour mes affaires, certains souvenirs. Mais en cet instant, l’instant du départ et de l’arrivée, je n’ai rien.
J’arrive sur une terre où je n’ai jamais mis les pieds, ma seule incursion de l’autre côté de l’Atlantique, dans un autre pays, remonte à mes 11 ans. Une expérience pas très heureuse où j’ai eu la sensation que le pays trop vaste, trop distordu. allait m’avaler. Qui es-tu ? Je suis le pays.
Mais où est ton cheval de peau, orné de runes ? Il est de l’autre côté de la mer. Donné à mon Watcher.
Mais où est la face ricanante de ton Renard, ornée d’ocre rouge ? Elle est là-bas, sous la garde de Écoute-les-voix.
Mais où sont les parties matérielles de ton Âme, faites de laine retordue, de crocs et d’os. Où sont les creux de terre pour les offrandes, où est le grès qui La referme ? Ils ne sont pas avec moi.

J’arrive où je suis étrangère, et où je ne connais rien. La terre ne résonne pas, je ne connais pas son chant, je suis sourde aux inflexions de leurs voix, incapable d’en déchiffrer le rythme, l’articulation, la syntaxe. Les Esprits d’ici ont un langage qui m’est totalement inconnu, totalement différent, et que je ne comprends pas.
La Terre dort sous la neige et dans le froid. Ici est un autre monde, et le réseau est indisponible. Littéralement et métaphoriquement. Indescriptible sensation. Celle d’un décalage. Il n’y a pas que pour les prises de courant, le réseau téléphonique et tout le palpable qu’ici est un autre monde.
Tout est flou, la sensation tenace de marcher sur un chemin de traverse. Les fils sont tordues. Comme si une vibration avait changée.
À la première nuit d’un sommeil de plomb accompagnée d’une dent brisée, suivront les nuits d’insomnie sans relâche. Savoir que je suis éveillée quand ils dorment et que je dors quand ils s’éveillent. Ne plus arpenter. Écho de là-bas, me disant que je ne suis pas la seule.
D’une certaine manière, j’ai la sensation qu’il est normal que la Brochette m’ait demandée de laisser certains de mes outils rituels en Europe. La certitude qu’ici, ils seraient faussés. Pas tous, mais ceux qui me servent à voyager.
Les rêves qui disparaissent. Le silence.
Tout est un Silence de neige. Est-ce le Pays qui l’hiver dort ?
Essayer de ritualiser. De faire des offrandes. Rien. Cet hydromel – au demeurant absolument déguelasse, le Melmor est un délice à côté – versé dans le récipient de secours n’est pas une offrande accompagnée d’une prière aux Dieux, aux Esprits, et à « Ces Étranges Ancêtres Qui… ». Il aurait dû. Mais non. C’est juste un liquide sirupeux et trop acide versé dans un mug de porcelaine, accompagné par des sons articulés dans une langue indo-européenne.
Non, poser trois cailloux et une guimbarde avec un pauvre lumignon ne remplace pas son autel. Cela en tient lieu. Un faire-comme. Un faire-comme honorable, toujours mieux que rien, mais cela reste un faire-comme. Les intentions, surtout les bonnes intentions et le symbolisme, c’est bien joli et c’est sans doute pas mal, en tout cas peut-être préférable à rien, mais non, ce n’est pas pareil.
Non une tasse de porcelaine achetée avec trois de ses sœurs chez Emmaüs ne remplace pas les bols rituels qui ont servis quotidiennement ou presque pendant trois ans. Non les os et la peau d’un animal ne se remplacent pas par une jolie image découpée dans un magazine. On lit partout que « le pouvoir est dans la sorcière, pas dans les outils ». Mouais. Outre que je ne suis pas une sorcière, j’ai envie de dire que, indeed, pas besoin d’outils pour jeter des sorts. Et pas besoin d’un autel en plastoc avec des merdes fabriquées en Chine pour célébrer un sabbat. Par contre, venez pas me dire que les objets fabriqués dans certaines conditions spécifiques, suite à certaines demandes / besoins spécifiques sont parfaitement interchangeable avec un gobelet vide du fastfood local. Sinon, bah écoutez, prenez de la poudre de perlimpimpin pour soigner une pathologie donnée à la place du traitement initialement prévu (allopathique ou non) et expliquez au malade que c’est parce qu’il a pas cru en lui. C’est vrai après tout, on est tellement fort aujourd’hui, les mythes avec des objets sacrés ou rituels, les croyances etc, c’est de la merde, que chacun fasse sa petite cuisine et tout est permis. Il faudrait surtout pas se montrer rabat-joie, sinon, on a rien compris.
Oui, on peut faire de la sorcellerie en faisant la cuisine, et faire pas mal de détournement d’objets rituels, me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’explique juste qu’on ne crée pas des outils /vecteurs en un coup de cuillère à pot parce que’on l’a décidé. Cela se fait à l’usage. Comme on ne se fait pas un meilleur ami en deux discussions sur Cul de Chèvre et qu’on ne se marie, en principe, pas à la première rencontre (en tout cas, pas trop dans nos contrées).

N’oubliez pas l’armée des trolls. Toujours. Et son étendard loufoque indiquant « Tout est pour la Bête ! ». Et dans l’appartement trouvé, découvrir, punaisé au tableau en liège, une petite carte d’un restaurant appelé « La Bête ». Se faire troller, encore, encore et encore par la même chaîne d’informations, en binaire, blanc et noir.
Reconnecter les informations. S’inscrire à la bibliothèque et commencer l’épluchage de la base de données.

Reconstituer les chaînes. Retrouver ses cartons, un mercredi, comme de juste, tandis que les jours rallongent et que les températures commencent à être timidement dans le positif. Avril est là. Retrouver ses affaires, et ses précieux petits trésors, sans valeur sur le plan financier, mais combien plus sur d’autres plans.
Et tandis que l’on réarrange son autel dans sa chambre à coucher, se rendre compte que les nuits sont devenues un peu moins anarchiques. Que les rêves sont revenus, plus étranges et porteurs de sens que jamais, comme souvent pour moi à cette période.


Le véritable travail va pouvoir commencer. Apprendre à connaître la terre où je vis désormais. M’initier à leur langage, leurs offrandes. Écouter leur chant et trouver le rythme, la syntaxe, l’articulation souple pour que le mouvement se fasse. Une expérience nouvelle, ne jamais cesser d’apprendre. Ne jamais croire que l’on sait tout, on pourrait être très surpris. Continuer d’avancer. Chaque terre est différente et c’est à celui qui arrive d’apprendre d’elle. Certains « apprivoisements », certaines rencontres se font facilement, d’autres sont plus malaisés. Il est des endroits où la terre nous appelle, d’autre où elle nous repousse. Chaque route est différente, et nous ne venons ni avec le même regard, ni avec la même terre sous nos pieds. Comme les plantes, certains d’entre nous poussent à merveille dans les forêts d’érables et d’autres s’épanouissent mieux dans les vieilles pierres d’une ville médiévale.

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La prose des Bâtards (les problématiques dans le Culte des Ancêtres)

Un dernier article avant un déménagement au loin… Je ne reviendrai pas avant un bon moment. 

Il n’y a plus que la Patagonie, la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud Je suis en route J’ai toujours été en route Je suis en route avec la petite Jehanne de France. (Blaise Cendrars – La prose du transsibérien)

Le culte des Ancêtres occupe une bonne place -sinon la place principale- dans les cultes traditionnels. C’est plus ou moins visibles suivant les groupes et les axes reconstructionnistes et autres, mais au niveau francophone, on assiste à une visibilité de plus en plus importante de cette pratique. Dans la théorie, il est facile de synthétiser rapidement le principe : celui d’honorer ses ascendants. Toujours dans la pratique, il est également relativement facile de de faire quelques synthèses de pistes pour les cas « problématiques » : vous avez été adopté(e) ? Tant mieux, vous avez à la fois vos lignées adoptives et vos lignées génétiques à honorer. Vous avez eu des conflits familiaux graves / familles abusives ? Concentrez-vous sur les « bons » ancêtres et de toutes façons, vous n’êtes pas un individu sorti de nul part, vous êtes sur terre parce que des gens se sont battus, ont survécus et que tout ne tourne pas autour de vous. D’accord, tout ca n’est pas faux, loin de là. D’accord cela ouvre des pistes.

Sauf que, tout ces pistes théoriques, prêtes à bouffer, c’est de la théorie justement. Et le sujet du culte aux Ancêtres, c’est toujours de la théorie, sauf quand il s’agit des nôtres. Quand il s’agit de notre histoire -ou non-histoire- familiale. Arriver la grande gueule en bandoulière avec des réponses toutes faites, c’est ce que vous pouvez vous permettre de faire quand vous n’êtes pas concernés, parce que la théorie prend tout en compte, sauf l’énorme potentiel explosif et sensible dont cette question est porteuse.

Pour certains, il est facile de s’exciter sur une image d’Épinal de sa famille (Parfois, « les fantasmes ancestraux », ca me fait penser au délire de Gardner qui a prétendu avoir été initié et avoir reçu des infos trop trues de Dorothy Clutterbuck, histoire de rendre plus crédible et plus badass ce qu’il avait reconstruit (remarquez, il y a peut-être des wiccans tradz qui s’ignorent. Ok, j’arrête de troller) que d’oublier ses paradoxes, d’oublier ses douleurs. Quelque part, tant mieux pour eux. Sauf quand ils se servent de leur vision (qui n’est jamais qu’un prisme lacunaire : chaque fois que nous considérons quelque chose, ce n’est de toute façon qu’un prisme lacunaire. C’est pareil pour les problèmes, sauf que c’est plus difficile d’échapper à un prisme problématique que de se mettre la tête dans le sable) pour essayer de l’imposer aux autres, ou pire de les rabrouer ou de les tancer sur ce qu’ils devraient faire et ne pas faire. Franchement, quand vous n’êtes pas directement concerné, soit vous y allez mollo, soit vous fermez votre putain de gueule avec vos généralisations sur qui / quoi / pourquoi on devrait honorer ci ou mi. Idem pour les discours du type « mais si tu né/e, c’est que tu l’as choisi, donc… » (les dérives du New Âge et ses ravages : avoir ce type de philosophie n’est pas intrinsèquement un problème, ce qui est un problème, c’est quand la personne s’en sert pour donner des leçons). Les gens qui arrivent la gueule enfarinée avec des discours tout fait sur ce type de question ont généralement une famille relativement simple, ou alors c’est ce qu’il aimerait croire (un peu comme quand j’entends les généralisations idéalistes/idéalisées pour correspondre à « un certain modèle moral », généralisations du type « nos ancêtres ne divorçaient pas ». Ou encore plus fendard quand cela implique les délires du style « l’homosexualité existait moins qu’aujourd’hui ». Haha. Mais bien sûr. Les divorces existaient, ils étaient peut-être moins fréquents effectivement, mais peut-être qu’ils étaient moins fréquents parce que les lois le rendait beaucoup plus complexe, pas parce que les gens avaient une morale « tellement différente de celle de nos jours sur la question. » Tout est relatif : ce type de question demande une énorme quantité de recherches pour ne pas sombrer dans le cliché bas de gamme. Quant à l’homosexualité, je n’ai pas assez de données pour y répondre (à part que les catégorisations hétéro/homo etc, semblent dater de l’ère victorienne), alors plutôt que de dire une connerie, je me contenterai de dire que cela demande des recherches. Peut-être qu’effectivement, elle était moins fréquente qu’aujourd’hui, peut-être pas (je dis bien « fréquente » pas « visible »).

Et que fait-on, quand il n’y a pas d’histoire familiale ? Parce que vos racines n’ont cessées de bouger au cours des quatre générations précédentes, qu’il n’y a eu aucune transmission ? Quand vous avez été coupé(e) de votre histoire par des parents / grand-parents qui pour X raisons ont refusés de transmettre « le flambeau » ? Et que fait-on, quand tout ce que vous découvrez, génération après génération, c’est la répétition d’une histoire dramatique, malsaine, et pas seulement le fait d’un individu isolé ? Et que fait-on quand on n’a pas de « terre natale », quand on appartient aux déracinés, à ceux qui passent leur vie, et dont les ascendants ont passés leur vie à devoir oublier le passé ? Quand les archives qui pourraient contenir votre histoire ont toutes été brûlées par les conflits successifs qui ont déchiré une partie de l’Europe ? Parce que cette région d’où certains de vos ancêtres viennent, a été une poudrière ? Ou quand vous êtes un(e) enfant « non conforme au cahier des charges familiales » et que par le truchement de votre éducation, on vous a non seulement fait comprendre que vous ne faisiez pas partie de la famille, mais que l’on vous a violemment fermé la porte à toute coutume, langue, histoire, culture, souvenir ? (Franchement, pour moi, des gens qui se sont conduits comme ça ne méritent ni que l’on fleurisse une tombe -qu’ils ne méritent pas-, ni qu’on les honorent.). Le problème du problème, c’est quand cela ne se résume pas une seule génération, mais quand l’on constate que ce type d’histoire se répète, des parents, des grands-parents, et encore avant. Après, il ne reste souvent pas grand chose de tangible, et pour moi, il y a une différence entre honorer des ancêtres « imaginaires » et avoir des souvenirs concrets de transmission. Quand on cumule toute une suite d’axes à problèmes, ça devient velue comme thématique. On pourrait imaginer que effectivement, retrouver quelques « ancêtres référents » aide, et d’une certaine manière, c’est le cas. Mais de manière un peu grinçante, j’ai eu l’occasion de constater que très vite parfois on vient vous dire que, quand même, ce n’est pas comme vos ancêtres de sang et que pourquoi vous ne… (« Merde ! » comme dirait Léodagan.) Parfois, on peut retrouver certains ancêtres qui se pointent, et petit à petit, retisser le lien. Parfois. Pas toujours. J’avoue que quand on constate que finalement, tout est mort à ce niveau là (parce que parfois,  il ne reste plus personne de vivant, histoire de bien couronner le tout), je vous avoue que je ne sais pas comment on fait. Je n’ai pas de réponse, et j’ai pu constater que cette problématique est beaucoup plus courante qu’on ne le pense. Comme pour beaucoup de sujets : on trouve beaucoup de sources quand cela se passe bien, moins quand ca se passe mal. Et généralement, les cas où il est fait mention de situations qui se passent moins bien, soit c’est quand la personne a résolu sa problématique, soit quand elle a décidé qu’elle ne ferait pas çi ou ça pour telles et telles raisons. L’entre-deux, faut gratter nettement plus pour avoir des infos. En même temps, je ne cherche pas de réponses toutes faites, justement parce que je crois que dans ce domaine, les réponses toutes faites ne marchent pas. Oui, on peut honorer ses ancêtres de manière généraliste, mais est-ce que, en terme d’impact et de force, cela suffit à compenser les autres défaillances ? En d’autres termes, est-ce que ce rempart suffit pour contenir toute l’étendue d’eau qui par ailleurs menace ?

Par dessus le marché, le pompon, c’est quand des gens viennent vous dire QUI vous devriez prier parce que vos ancêtres venaient de là, et qu’ils ont lus deux fiches wikipédia et pensent vous apporter la civilisation. Jusqu’à preuve du contraire, laissez une personne suivre son chemin. C’est le sien, pas le vôtre. D’autant que les évolutions arrivent au fur et à mesure d’un cheminement, à vouloir les forcer, on risque juste de « braquer » la personne et à la bloquer. Ou qu’elle peut avoir d’autres processus nécessaires à explorer au préalable, quitte à se rendre compte qu’en fin de compte, telle option n’en était pas une et qu’elle s’avère finalement caduque. De plus, des histoires « d’adoptions » peuvent arriver à plusieurs niveaux : non seulement les adoptions passées mais aussi toutes les adoptions actuelles : adoption par une terre, une région, un pays. Adoption par une lignée qui nous intègre, lignées perdues qui en fait rejaillissent sous forme d’un Allié, d’un panthéon etc. Je pense qu’en terme de « culte des Ancêtres », il y a autant de solutions, de problématiques, de parcours, de fonctionnement qu’il y a de personnes.

[SYLPHE] Dans les poches d’un Sorciéron…

Je suis un sorciéron indiscipliné-ciéron. Comprendre par là que généralement, mes affaires sont toutes en vrac dans mon sac ordinaire. Mis à part un « crane bag » qui regroupe des éléments en lien avec certains esprits et/où un taf particulier en cours (contenu que je ne montre pas, sauf rares exceptions), le reste de mon « matos » se trouve pêle-mêle avec mes affaires ordinaires, ce qui génère des « Et meeeerde, j’ai perdu mon pass Navigo ! » (phrase récurrente, suivie de quelques minutes de recherches fiévreuses avant de découvrir que non, il est soigneusement rangé, pour ne pas le perdre, dans la poche du sac de mon tambour, pour la plus grande exaspération de mes coreligionnaires… Pardon les gars.) « Merde, je sais plus ce que j’ai foutu de mon flacon d’ocre ! » Au fur et à mesure de mes pérégrinations, j’accumule toutes sortes de trouvailles dans mon sac : mousse, petits os, cailloux etc. Du coup, quand j’arrive au travail le lundi matin, c’est toujours un joyeux bordel entre mes affaires regular, et la boussole / cran d’arrêt / allume-feux / encens.

Le matos le plus important, celui à avoir toujours sur soi, c’est à mes yeux plutôt du matériel « de bon sens » : boussole, couteau, allume-feux, cordelette. Suivant mes déplacements, j’y ajoute une lampe frontale, une lacrymo, une trousse à pharmacie -avec couverture de survie, pince à tiques, par exemple. Parce que si vous vous savez que vous êtes en accord avec les énergies bienveillantes de la Terre-Mère (sarcasme), les tiques, elles, ne sont pas au courant, et que la maladie de Lyme, c’est de la merde.

Finalement, après le mois d’août passé à courir après mes affaires, j’ai utilisé un reste de laine qui m’avait servi pour un autre projet pour crafter un pochon un peu plus grand histoire de rassembler mon merdier (ou au moins essayer). J’avais déjà un pochon pour mes runes que j’avais acheté chez Claire, mais celui là, il était important que je le fabrique moi-même. La bête a été fabriquée avec de la laine de base et de la fat über laine des Ateliers de l’Awen qui déchire sa race (celle qui est bleue/jaune/verte etc).

Le pendentif date d’il y a 10 ans. Je l’avais acheté quand je faisais ma prépa en Bretagne. J’avais fait un rêve où je portais un médaillon avant de tomber sur celui là dans une boutique, l’exacte reproduction de celui que je portais dans mon rêve. (Y’avait un mec tout chelou genre habillé à la scandinave qui me disait « on ne tue pas les porteurs de ce signe, en désignant mon médaillon. J’avais trouvé ça marrant.)
Je vais tâche de me discipliner et de mettre toutes mes affaires au même endroit. Dont ma « pierre de foyer » et mes perles de prières. La pierre de foyer c’était un délire de l’époque où je jouais à World of Warcraft, elle sert à revenir « chez soi », et j’en avais faite une en pâte fimo et je l’utilisais dans le cadre de certaines de mes pratiques. C’est toujours plus ou moins le cas. (Perte de crédibilité : 50 points à votre réputation). Quant aux perles, j’ai beau en fabriquer des très belles en pierre, je préfère utiliser celles en bois, toutes bêtes, pour la simple et bonne raison qu’elles me servent pour tout le monde, et que je les trimballe en toutes circonstances, y compris au lit. Autant qu’elles ne soient pas fragile, mon matos ayant intérêt à être tout terrain.
S »y ajoutent toutes sortes de merdier. J’avais au départ brodée une pochette pour les rêves, mais en fait, je m’en sers davantage pour ranger plantes et encens. J’ai pas assez de discipline pour avoir des pochettes pour chaque pratique, des carnets pour tel ou tel type de récit, des colliers réservés à ci ou à mi. Pareil pour le couteau, par sa lame courbe, il sert surtout à couper les plantes etc, mais en fait, j’ai souvent uniquement le Muela offert par mon père, qui avait la manie de m’offrir des couteaux de là où il allait en voyage. Parfois je rajoute un canif etc. Un jour je vais me faire contrôler par un flic et j’aurai des ennuis. L’encens c’est bien pratique, mais j’avoue que j’en ai rarement spontanément sur moi.

(And now you shall see Odin)

Parmi les bricoles que je mets dedans, des baumes, des os, des trucs ramassés sur le bord des chemins (plus mes poches, souvent pleines de détritus que je ramasse quand je suis en forêt ou sur la plage. Parfois, contribuer à nettoyer un peu l’endroit de la saleté déposée par les humains, c’est les meilleurs offrandes. Il n’y a pas forcément besoin d’avoir toutes sortes de trucs sophistiqués. D’autant que certains Esprits des Lieux n’aiment pas trop qu’une personne surgit de nulle part se mette à faire des offrandes spontanées etc.) Avoir un ou deux cathéter c’est pratique quand on doit prendre du sang, c’est plus simple et plus « sécuritaire » que les couteaux. Généralement j’en ai deux, cela permet d’en passer un à quelqu’un si besoin. Evidemment, ils sont à jeter après usage : on n’utilise pas de cathéter déjà utilisé (sauf si on le garde strictement pour soi) si on les passe à quelqu’un d’autre. On remet la canule après usage et on le jette. (Risques HIV / hépatites, toussa… Je sais je suis reloue avec ça, mais malheureusement, c’est une donnée qui tend à être de plus en plus zappée à l’heure actuelle.)

Et sinon, des huiles / baumes / onguents de fabrication perso. De l’ocre et autres. (PAs tout en même temps, c’est suivant les périodes, l’inspiration et les nécessités du moment…)

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Oberourien ar speredoù : travailler avec les Esprits

Les Spirit Workers du XXIe en mode commando. Ah bon, ce n’est pas ça ?

Les Spirit Workers du XXIe en mode commando. Ah bon, ce n’est pas ça ?

Ces dernières années, le fait de travailler avec les Esprits est devenu, sinon plus populaire, du moins nettement plus flagrant et exprimé, alors que c’était auparavant une pratique beaucoup plus silencieuse, et qui ne possédait pas nécessairement d’étiquette spécifique pour la qualifier. Avec l’influence grandissante d’un certain nombre de blogs anglo-saxons, le terme de « spirit-working » (travail avec les Esprits) est devenu courant, y compris dans le monde francophone.
Un soir d’août, pendant une sympathique discussion en bonne compagnie, pour rire, nous avons cherché une alternative à la dénomination anglaise de « spirit-worker » (parce que merde à l’hégémonie des ricains), et comme deux d’entre nous parlaient breton, les termes ont été cherchés dans cette langue. Littéralement, « oberourien ar speredoù » désignent les « ouvriers des Esprits ». Dans La légende de la Mort, Anatole Le Braz mentionne que l’Ankou est appelé l’ouvrier de la mort (oberour ar maro). Voilà pour la petite histoire (parce que tout est pour la Bête et pour le swag).

Concrètement, voici une petite introduction au travail avec les Esprits. Introduction qui ne se prétend nullement exhaustive, juste histoire de débroussailler un peu et d’éviter les potentiels foirages monumentaux.

1. Les Esprits ne sont pas vos potes. En tout cas pas au début. Si vous avez certains intérêts en jeu, gardez toujours à l’esprit (haha) que c’est aussi leur cas. Que tout marche sur le principe du donnant-donnant, et que rien n’est gratuit. Comme dans le monde physique, une bonne dose de pragmatisme et de bon sens est foutrement plus que recommandée. Si une proposition vous paraît trop belle pour être vraie, c’est probablement qu’il y a une couille quelque part.

2. Si vous réussissez toujours à faire absolument tout ce que vous voulez, s’ils vous acceptent tous du premier coup, sont sympas et mignons, si tout marche toujours comme sur des roulettes et si vous ne rencontrez jamais aucun obstacle, et qu’il n’y a aucune obligation en retour, alors il y a de fortes chances que : a) ce soit dans votre tête. b) que vous soyez en train de vous faire enfler de manière magistrale.

3. Vous avez envie de bosser avec Eux ? Vous avez vraiment envie de bosser avec Eux ? Ok. Réflechissez bien. Parce que quand le processus sera vraiment entamé, il y a 90% de chances pour qu’à un moment où à un autre, vous ayez envie de vous rouler en boule en position foetale en pleurnichant sur votre désir de retrouver (ou d’avoir) une vie normale. Sauf que, error 404, on ne revient PAS en arrière. Ce n’est pas un jeu de PS4 que l’on met en pause. Ce sera tout le temps, avec des périodes d’intensités variables, des hauts et des bas. Commencer le boulot avec Eux, c’est comme devenir parent : c’est à vie. (Et sans parler de la garde alternée).

4. Entre être un peu trop prudent et se montrer trop laxiste, il est préférable de se montrer un peu trop prudent (sauf circonstances vraiment extrêmes, urgentes etc). Une des modes actuelles c’est de penser-merci les bouquins de wicca 101 et les conneries New Age- que « tous les arbres sont nos amis et veulent bien nous donner de l’énergie » ou de considérer que le travail avec les Esprits, c’est un loisir du dimanche que l’on peut s’accorder quand notre vie est un peu morne et que l’on a du temps libre. Bullshit. Soit vous bossez avec Eux, soit vous ne bossez pas avec Eux. Si vous avez le loisir de pouvoir mettre sur ‘pause’ quand ca vous arrange vous, alors vous ne pratiquez pas, vous faites mumuse. Allez faire du scrapbooking à la place.

5. Il est possible d’entrer en contact avec un certain nombre d’Esprits. Les types d’Esprits (des lieux, plantes, animaux etc) varient suivant les lieux où l’on habite, les personnes, etc. Mais il y a un monde entre percevoir un Esprit une fois, parvenir à communiquer avec lui, conclure un bref échange et en faire réellement un Allié. Dans un certain nombre de littérature, il est par exemple fait mention du parallèle entre la puissance d’un chaman et le nombre de ses Alliés. Avoir un Allié, c’est comme avoir un ami proche. Cela demande du temps, des interactions spécifiques, mais aussi -ce qui est moins souvent dit- des buts et des « procédures » communes.

Pinelopi Vassilaki

6. Encore un postulat politiquement incorrect dans notre société où tout le monde devrait pouvoir tout faire quand et parce qu’il en a envie : non, ce n’est parce que tel ou tel Esprit vous fait kiffer votre mère ou parce que c’est marrant vous avez pleins d’images de lui dans votre piaule qu’il en aura forcément quelque chose à carrer de votre gueule.
Et non ils ne sont pas tous gentils, prêt à vous rendre service et à vous accueillir les bras ouverts parce que vous allez une fois par mois en ballade dans la forêt avec une jolie robe et un panier en osier, une pierre de lune autour du cou. Au passage, j’aimerai un jour voir qui a les couilles d’aller de nuit dans une forêt. Qui avoue s’être pris une flipette de tous les diables. Qui y va avec un couteau de chasse dans le treillis. De mémoire, je me souviens d’une seule et unique personne (je ne citerai pas le pseudo par discrétion, mais je m’en rappelle très bien) qui a avoué un truc du genre sur son blog, une rencontre nocturne avec un blaireau. Et 7 ans après, je pense toujours la même chose : « putain, une qui pratique pas pour le décorum. » Respect Meuf.

7. Avant de conclure le moindre accord, demandez-vous ce que vous attendez réellement de cet accord. Non seulement aujourd’hui, mais aussi demain, et dans le futur. Examinez en soigneusement les termes. Pesez avec attention ce que vous êtes prêts à offrir. Posez vous également la question de savoir pour quelles raisons l’Esprit est prêt à conclure cet accord avec vous. Qu’est-ce que cela lui apporte à lui ? Est-ce que cet accord peut être renégociable ? En bref, comme avec les banques et les assurances, faites gaffe AVANT.

8. Faites attention aux offrandes que vous leurs faites. Il est parfaitement acceptable, voire même recommandable de leurs offrir des denrées alimentaires telles que spiritueux et alcools divers, lait & miel, encens. Par contre, en ce qui concerne les offrandes d’objets qui vous appartiennent, et encore plus, des éléments organiques (cheveux, sang, sperme, etc), faites particulièrement attention. Ce n’est pas pour rien que ce sont des « matériaux de bases » dans la magie traditionnelle : ce sont les plus puissants vecteurs de votre essence. Les éléments organiques ne devraient, à mon avis, jamais au grand jamais offert à des esprits de passage. Vous n’allez pas copuler avec un ou une inconnu(e) sans utiliser de préservatif, pas si vous avez deux sous de bon sens, n’est-ce pas ? Eh bien c’est pareil avec les Esprits. Les offrandes de ce type peuvent se faire avec des Esprits qui sont devenus des Alliés. Sinon, vous pouvez toujours faire le guignol, quand vous enchaînerez les merdes allant des douilles de santé cheloues aux obligations toujours grandissantes etc, vous ne viendrez pas pleurer. C’est Darwin qui sera content.

9. Il y a des Esprits (presque) partout. En ville. A la campagne. Dans les cimetières. Les catacombes. Les carrières. Les chemins. Les parcs. Les greniers. Les jardins. Les haies. Les grottes. Les montagnes. Les sources. Les Cairn. Les dunes. Les écoles. Les plages. La mer. Les calanques. Les volcans. Les caves des immeubles haussmanniens. Etc. On ne les perçoit pas forcément tous tout le temps et partout. Certains peuvent se montrer cool avec vous et pas avec vos amis. Et vice-versa.

10. Les Esprits sont, dans la majorité des cas, plus balèzes et possèdent un aperçu des choses plus larges que nous. Par contre, leur champ d’actions peut se trouver plus ou moins limité suivant leur nature. Et ils ne sont pas forcément au fait des modus operandi contemporains. Ceci peut parfois s’avérer dangereux ou délicat dans certains contextes, mais peut aussi être un formidable avantage dans d’autres circonstances extrêmes quand on est obligé de se montrer plus retors qu’eux.

11. Soyez conscient de vos forces et de vos faiblesses. De vos désirs. Surtout les plus refoulés. De vos mécanismes internes. De la cohésion ou des dissidences au sein d’un groupe si groupe il y a. Parce qu’Ils jouent dessus plus souvent qu’on ne pourrait le penser. Plus vous vous connaissez, moins vous risquez de vous retrouver en bad ou stupidement appâtable. Pareil, prenez conscience de vos limites, de ce que vous êtes prêts à sacrifier, et de votre « stock intouchable ». Et ne dites jamais tout.

12. En guise de conclusion, on peut considérer qu’il n’est pas inutile de se constituer une base de données stratégiques avant tout deal, qu’il soit prévisible ou non. Pour ce faire, lisez/regardez des films : des articles par-ci par là, des contes, des légendes, les mythes, le folklore mais aussi des stratèges, de la fantasy, de la poésie, des romans noirs. Parfois, des films comme la série des Die Hard ou The Expendables peut comporter une petite pépite de quelques dixièmes de secondes qui sera utilisable un jour. Cela peut prêter à sourire, mais ce type de films comporte deux paramètres potentiellement très exploitables et utiles : un humour plus ou moins cynique / lolesque  etc et un effet de surprise : si un Esprit a sans doute déjà été confronté aux trucs des légendes anciennes (qu’il est néanmoins bon de connaître, parce que, oui, ca marche), il y a moins de chance qu’il soit au fait de certains tour de passe passe d’un film d’action avec Bruce Willis. Même si ca peut paraître ridicule. Le ridicule ne tue pas, mais parfois, il sauve.

Dísir & hamingja : quelques pensées

Les dísir (dís au singulier) sont des groupes d’esprits féminins qui veillent sur une personne / une lignée. Leur origine et leur identité n’est pas très claire.
Personnellement, dans ma pratique, je considère que les dísir sont les esprits des ancêtres (de sang ou spirituels, voire des esprits liés à certains lieux) du côté de la lignée maternelle, ou en tout cas une partie, la notion d’ancêtre féminin et de dísir n’étant pas exactement synonymes). Je ne sais pas ce qu’il en est dans les autres cultures / traditions, par rapport à mon histoire familiale, c’est un schéma qui a un sens.
Dans ma conception, c’est la femme qui apporte sa lignée féminine, sa lignée de dísir, au sein de la famille et / ou du / d’un clan. Rien n’est clairement précisé dans les textes et ce n’est pas une conception qui me semble très débattue, du moins chez les francophones : c’est simplement un aperçu / considération qui m’est propre, et que ma pratique personnelle a étayée, même si pour autant, elle n’est pas figée. J’ai entendu un jour un homme invoquer ses disír en mentionnant « vous qui serez un jour rejointes par ma femme », ce qui m’a fait tiquer. Il faudrait que je fasse des recherches plus poussées pour étayer mon hypothèse, mais je crois me souvenir que H.E. Davidson en parle dans son livre Roles of the Northern Goddess. En rejoignant la maison du mari, la femme apporte aussi ses esprits protecteur et sa hamigja, sa chance, et par extension, la chance d’une famille (même si la hamingja n’est pas exclusivement corrélée à la branche féminine).
A ce niveau là, la formule Gibu Auja, retrouvée sur une bractéacte et que l’on peut traduire par « je t’apporte la protection » ou « je partage ma chance avec toi » prend un sens intéressant, plus profond, puisque le terme de chance peut aussi se rapporter à la hamingja. Peut-on partager la hamingja ? J’ai tendance à le penser, pas uniquement dans le cas limitatif des unions matrimoniales, mais aussi au sein des clans, des groupes.

Les dísir sont certes des Esprits protecteurs, mais pour autant, comme dans tout travail avec les Esprits, cela ne veut pas dire qu’ils vont se montrer cool. Je n’ai pas de grande pratique de dévotion vis-à-vis de mes « ancêtres » au sens large, pour des raisons très intimes dont je ne parlerai pas en publique, mais je tends à travailler plus globalement avec mes dísir, et de manière un peu moins restrictive, avec les ancêtres de ma lignée maternelle, à une ou deux exceptions près.

disir 24 05 2013
La première fois que j’ai réellement entamé ce type de travail par le biais d’un rituel inspiré des pratiques du Seiðr (pioché dans le bouquin de Katie Gerarrd, Seidr: The Gate Is Open), c’était l’an dernier au moment de la Fête des Mères. Je me suis pris un chassé, mais quelque chose de concret, de la part d’une partie de la troupe qui m’a fait comprendre deux ou trois trucs (et qui est aussi le pourquoi je ne bosse pas avec tous mes ancêtres). Chaque travail, relation, pratique est intime, et doit être considérée comme telle, aussi ma relative expérience n’est très probablement pas généralisable, mais j’ai constaté que ce type de taf peut être violent. Les dísir peuvent s’impliquer très profondément dans votre cheminement, si c’est dans l’intérêt de la lignée, et pas uniquement le vôtre, ce qui cause parfois des complications, et à ce titre, certaines choses peuvent être violentes. Certains faits peuvent remonter, certains souvenirs, ressentis. Quand elles ont un message à faire passer, elles le font, et si ce message peut aider, cela ne garanti pas qu’il soit facile à mettre en œuvre ou agréable.
Plus que d’autres types d’Esprits (comme les Esprits des lieux ou vos Esprits animaux, végétaux et autres) elles ont tendance à se mêler de votre vie, de vos choix, à les approuver ou au contraire à les désapprouver.

Au cours de l’année écoulée, j’ai eu la surprise de constater que, apparemment, dans certains cas (la schématisation exacte des raisons m’est inconnue) il est possible d’avoir des interactions avec les dísir d’autrui : pas volontairement parce que vous en avez envie, mais parce qu’elles peuvent décider que vous, vous allez faire quelque chose pour aider un de leurs descendants. Sans doute, probablement (tu la sens la formulation de  l’hypothétique ?) peuvent-elles le faire parce que vos propres dísir -si tant ait que vous ayez une certaine relation avec- ont également décidé que ce serait une « bonne » chose (encore une fois, la notion de « bien » est relative, et cette notion n’est pas tant corrélée à votre personne qu’au bien-être de votre propre lignée, ce qui peut être un peu délicat non seulement à concevoir mais aussi à accepter vu notre manière moderne (et occidentale) de placer / considérer le bien-être individuel au centre) que vous fassiez ci ou ca.

 

Leurs murmures

River Spirit by Dan Jones

Ce sont leurs murmures qui viennent à moi, dans les situations les plus diverses.

Cette voix qui répète en boucle que je dois être à 15h à la mairie pour déposer un dossier. Et moi qui ait la flemme. Son énervement, palpable, tangible. L’heure qui tourne en boucle. Je renonce à comprendre, je me précipite. Arrivée à la mairie, à l’heure dite, on me dit que ce n’est que sur rendez-vous. Avant d’ajouter avec un sourire que j’ai beaucoup de chance, parce que justement la personne de 15h a annulé, et que je peux prendre sa place

C’est souvent.

Dans les situations sociales, où Ils prennent le relais de mon skill social quasi nul. Me demandant de me taire « NON, TA GUEULE, PAS CA ». Ou me soufflant des réponses.
Je ne sais jamais quoi faire de toutes façons, alors souvent, je les écoute.

C’est une image claire, précise dans ma tête. Et un « fais ça. Maintenant. » Non, mais je vais pas faire ça, c’est incongru. Et l’image d’un renard qui arrive, la gueule écumante. Fais-le, fais-le, fais-le. Maintenant. Go, go, go.
Et moi qui le fait.

White noise. La coupure totale. Quelques instants d’inconscience, de silence absolu, parfait, total.

La fracture.

Ce sont leurs explications. Leurs manières de poser précis des choses que je ne pourraient pas comprendre autrement.
Ce sont leurs voix qui me murmurent, quand je suis assise en silence devant mon autel, n’articulant pas ce qui me tracasse, une possible voie à emprunter. Une manière de faire. Des instructions précises. Auxquelles je ne crois tout d’abord pas. Et puis, comme il faut bien une manière de faire, je fais, me disant que leur(s) méthode(s) en vaut/valent bien d’autres.

Ce sont les rêves dans lesquels ils me parlent, les images et sensations persistantes jusqu’au matin.

La personne qui me souffle de partir vivre en Bretagne. J’y suis allée.
Le Vieux qui m’intime l’ordre de quitter cet endroit où je meurs en silence. Je suis partie. Contre le bon sens commun. Et j’ai bien fait.
Ces rêves qui me poussent finalement à demander si je peux participer à tel événement.

Je ne sais pas si c’est une bonne méthode. Mais il faut bien prendre une décision quant aux chemins à arpenter. Mais il faut bien, parfois, trancher. Et les écouter vaut une autre méthode. Parce qu’au final, tous les calculs sont vains. Ils ne m’ont jamais conseillé de faire quelque chose que ma morale – pour le peu que j’en ai, cette morale archaïque et distordue, en retrait des Normes habituelles- désapprouve.

Alors je les écoute.

Je ne sais pas si je peux dire, si je pourrais dire « écoutez-les ». Je peux seulement dire que c’est ce que je fais. Et que je ne le regrette pas.

Ils m’aident quand je n’ai pas de repères. Me retiennent quand l’agitation du monde me donne envie de hurler. Ils m’ont empêché de faire ou de dire des choses que j’aurais regretté. Ils m’ont poussé à en faire d’autres, qui ont eu un impact certain.

Je pourrais ne pas. Et je ne saurais pas ce qu’aurait été ma vie aujourd’hui. Sans doute plus conforme, sans doute plus terne. Plus confortable. Moins alignée. Ce serait un peu moins ma vie, et un peu plus celle que la Société veut pour moi.

Les Esprits n’arrêtent jamais de parler.
Est-ce que je me demande si je suis folle ? Si c’est dans ma tête ?
Bien sûr que oui.

Mais j’ai rencontré pleins de gens, qui ne le disent pas forcément, qui agissent de même.
Bien sûr qu’on se demande si on prend la bonne décision. Evidemment que l’on se dit parfois que tout ca n’est qu’un murmure de l’inconscient ou une excuse. Surtout quand cela ne correspond pas à ces foutues Normes.

Mais au final, je ne le regrette pas.
Je ne sais pas ce que sera ma vie, mais je sais ce qu’elle est, pour au moins un instant, le temps d’un battement de cœur. Et juste pour cet instant, ma vie vaut la peine d’être vécue dans la peau que je porte. Dans les flots de mon sang. Je suis exactement où je dois être. J’aurais pu être une autre personne. M’éloigner un instant du sentier. Je ne l’ai pas fait.

Ils ont fait changé un nombre incroyable de choses.
Et toutes en valaient la peine. Toutes en valent pleinement la peine.

Je ne dirais pas que c’est toujours facile. Je ne dirais pas que ce chemin là est simple, aisé ou qu’il est compréhensible. Parce que je ne sais pas ce qui m’attend au tournant. Mais vous non plus.

Je n’ai pas de mérite, la seule chose que je fais, c’est de les écouter. Je suis incapable de théoriser, je fais, c’est tout. Il y a des personnes bien plus douées que moi qui seraient capables d’expliquer cela bien mieux que je ne tente de le faire.
Ce n’est pas la seule voie, c’est un fait. Certain(e)s trouveront que c’est bien commode, c’est peut-être le cas. C’est juste ma vie, et je n’oblige personne à être d’accord ou à faire de même.

J’ai juste observé que, malgré les demandes incongrues, malgré les choix délicats, malgré l’incompréhension, quand je les ignore trop longtemps, tout part en vrille. Faites-vos jeux, rien ne va plus. Et qu’il suffit que je change une toute petite chose, que j’écoute une infime demande pour que tout rentre dans l’ordre. Alors au final, je lâche prise.

Peut-être qu’au jour de ma mort, je le regretterai. Peut-être.
Et peut-être pas.

Aujourd’hui, la seule chose que je regrette, c’est de ne pas les avoir écouté plus tôt. Parce qu’ils m’ont conduit sur des sentiers que je n’aurais jamais arpenté autrement, et que ces sentiers valent la rocaille des chemins que l’on prend pour les parcourir.

La nuit, en silence. Le jour, dans le vacarme quotidien. Au milieu d’une conversation. Ils me raccordent.

Je les appelles affectueusement « Ma Brochette ». Histoire de lâcher du lest, de garder une dose d’humour (et de l’humour, ils n’en manquent pas). Ma Brochette. Les Esprits.
Et leurs voix, qui déferlent. Les images, persistantes. Leurs présences, qui m’accompagnent. Leurs murmures, incessant, tenaces. Pas toujours aimables, pas toujours chaleureux, mais perspicaces, toujours.

[Odin Project #30] Bilan & Fin.

Le mois de novembre se termine, et avec lui le Odin Project. Je ne pensais pas arriver au bout, pas plus que l’an dernier. Peut-être même encore moins, parce qu’en écrire certains d’entre eux a nécessité pas mal de temps, pour vérifier les sources, faire le tri dans les idées qui valsent dans la tête.
Comme l’an dernier, je sens que certaines choses ont évoluées. A cette date l’an dernier, je ne connaissais pas beaucoup la mythologie nordique. Je n’avais jamais lu les Eddas (à part quelques bribes par ci, par là, comme le Runatál ou en diagonal sur un encodage ebook mal foutu sur mon PC) par exemple. Les quelques trucs que je connaissais étant éparses, une sorte de vaste foutoir que j’étais incapable d’organiser et de retenir, de structurer.
De manière amusante, en un an, je suis tombée par hasard et grâce à une amie en particulier, sur toutes sortes de ressources. Mis la main sur des bouquins. Me suis procuré les Eddas. En français. Puis en anglais parce que j’avais envie de pouvoir comparer les traductions. Aujourd’hui ca me fait rire de me rappeler qu’un an seulement, pas mal de choses m’étaient totalement inconnue. Pourtant, je n’irais pas prétendre que je m’y connais « bien ». En fait, paradoxalement, j’ai surtout mesuré ce mois-ci tout ce que je n’étais pas encore capable de saisir, de comprendre. De la somme considérable de tout ce qu’il me reste à apprendre, à explorer. Des interconnexions complexes entre les déités, l’histoire des pays scandinaves, leurs langues, les différents ajouts et modifications, les interprétations faites au fil du temps par les spécialistes. En fait, je pense qu’une vie entière ne suffit pas, et que le « tout » reste inaccessible. Parfois je vais me coucher avec la sensation d’avoir le cerveau qui fume. Et en écrivant ou en cherchant une info précise, dans un but précis, on se rend compte que juste au moment où on pensait avoir un semblant de base, on est en fait avec trois cailloux à la con sous la semelle. Il y a l’Everest. On voudrait le gravir. On pense avoir fait un dixième du chemin quand on regarde en bas et que, ah non, on est juste un sorciéron monté sur une caillasse. Que l’Everest c’est le machin devant nous dont on ne peux même pas voir le sommet. Mais comme le sorciéron est têtu et passionné, il se dit qu’il va essayer quand même. Parce que ca le fait triper, comme les volcans quand il avait huit ans et qu’il passait ses journées à emmerder le mondes avec la classification des types de laves, et qu’il retenait des larmes de déception quand des adultes, croyant lui faire plaisir, lui avait offert un livre pour enfants sur les volcans pour son anniversaire. Croyant le réjouir avec un beau livre illustré quand il aurait souhaité un livre scientifique. Mais il paraît qu’il était trop jeune…

Aujourd’hui, rien à foutre : je ne dépend plus du bon vouloir des adultes pour acheter des livres, et j’ai la chance d’avoir un entourage qui en plus m’encourage. 🙂 Peut-être que je changerai. Peut-être pas. On verra.

Il y a un an, ce blog a vraiment commencé à se remplir, je ne m’attendais à rien, et surtout pas à en être là où je suis aujourd’hui, y compris spirituellement parlant. Mais ca me va. L’aventure est belle ; elle me plaît. Avec ses joies et ses difficultés. Avec ses doutes. Avec ses avancées.

Tout a une fin, et pour décembre, je prend en quelque sorte une pause de ce blog. Je posterai le rappel pour le projet de janvier (qui sera moins demandeur niveau travail personnel). Ce projet aura bien lieu, après on verra. Dans la même optique, je ne terminerai très probablement pas le Pagan Blog Project, en tout cas pas avant 2014. Un temps pour chaque chose, et là le moment pour d’autres apprentissages et travaux est venu.

Auteur inconnu