[PBP/Loki Project #19] O – De Loki à Odin

“Nattens tystnad” © Heathen Harnow

Odin est un dieu complexe, c’est le moins que l’on puisse dire.

Les débuts n’ont pas été des plus simples, et pour cause, j’y suis allée à reculons. Il m’a fallu pratiquement neuf ans pour arrêter de faire ma tête de mule. Et quand j’ai commencé à m’y intéresser, le réservoir d’eau suspendu au-dessus de ma tête s’est brutalement rompu, et je me suis pris 30 000 litres d’eau sur la tronche.

Il est souvent décrit, entre autres, comme un dieu de sagesse et de magie, mais les aspects prédominants dans ma pratique sont plutôt ceux de mort et d’extase, et quand j’y pense, les frontières entre ces deux notions sont assez perméables, au moins en terme d’énergie.

Il n’a pas grand chose de calme et de posé, je le ressens parfois comme une sorte de prédateur à l’affût dans le noir, vous guettant avec un large sourire en lame de couteau. Il y a quelque chose de cruel et d’affûté dans cette attente, quelque chose de sourd qui gronde et que l’on perçoit à peine. Formulé de la sorte, cela n’apparaît pas comme particulièrement joyeux, je sais. Je sais aussi que souvent, les rares bribes de ce que je relate à propos de cette découverte et de ce travail peuvent donner une impression de quelque chose de pénible, de terrifiant. Une très mauvaise expérience dont on se méfie. La réalité est différente, bien différente.

Je ne pensais pas qu’il me reconnecterait à la source que j’avais tant cherché avant de laisser tomber. Cet extase là n’a rien de mesurable. Ca a été comme d’être à côté d’un réacteur nucléaire. Quand les alarmes se sont déclenchées, il était trop tard. J’étais devant le réacteur et tout a sauté. L’image est violente, et les radiations l’ont été aussi. Mais violent n’est pas toujours synonyme de nuisible, ou de négatif. La violence dénote aussi une intensité, parfois plus qu’une intention.

Et la mort.

La mort de ce que je connaissais. Parce que toutes les certitudes, certes vacillantes pour certaines, que j’avais eu se sont trouvées balayées. Parce que certains aspects de ma vie ont valsés, certains écartés pendant un moment, d’autres fracassés. Parce que certaines déités ont été littéralement dégagées de ma vie. Tout le monde dehors, hop, circulez y’a plus rien à voir.
Loki était le dieu le plus ancien dans ma pratique. Le premier. Le seul du panthéon nordique que je trouvais intéressant. Et si je n’ai pas toujours fait que des choses intelligentes, censées ou réfléchies, il m’a énormément apporté. Il m’a aidé à une époque où il n’y avait plus rien d’autre. Et c’est par le chaos que j’ai retrouvé le chemin de ma pratique. Il y avait un avant. Il y a eu un après. Une barrière. « Maintenant c’est comme ça. Pour le moment en tout cas. » / « C’est mieux pour toi. Vas-y maintenant. »

Impossible de me reconnecter à ce niveau là. Les frontières sont closes et les demandes de visa balayées du revers de la main. No way.

Et même si aujourd’hui on pourrait dire que les choses se sont assouplies, quand j’écris sur Loki ou quand je pratique, je sens que ca n’a plus rien à voir. Je reste dans le factuelle, parce que de « non factuelle », il n’y a plus que des bribes effilochés qui subsistent encore de l’ancien tissage.

Est-ce que je regrette ? Certains impacts, oui, parce que je me suis sentie coupable. « Si j’étais restée à allumer des bougies blanches à la pleine lune, certaines choses auraient été plus simples » me suis-je souvent dit. (Probablement une connerie de plus à ajouter à mon compteur.)

Est-ce que je regrette ? Parfois, quand je me souviens des morceaux de verre dans le kaléidoscopes, je regrette leurs dessins et leurs enchantements. Mais la musique de leurs couleurs, je n’étais pas en mesure de l’apprécier. Pas comme j’ai pu apprécier une autre musique. Qu’est-ce qu’il y aurait à regretter, quand même les couleurs chantantes se figent, jusqu’à ce que vous les posiez ?

Dans le fond, en dépit des apparences, j’ai au moins autant reçu que donné. Cela n’a pas été facile, en sautillant et en claquant des doigts, apporté sur un plateau d’argent. Mais je mentirais si je disais que, au final, tout m’avait déplu. Je mentirais si je disais que tout était horrible. Je vous mentirais si je vous disais que j’ai continué sur ce chemin là par obligation.

Merci Loki.

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La peur de certaines Déités [en lien avec le Loki Project #17]

En lien avec le Loki Project parce que la réflexion diverge, mais à la base elle était reliée. 

Tomasz Alen Kopera

Loki est un dieu qui a tendance à faire peur. Odin aussi d’ailleurs. Il(s) n’est /ne sont pas le(s) seul(s), on entend souvent les mêmes noms revenir quand il est question de cette peur, de cette intimidation.
On assiste à une curieuse dichotomie : ceux qui font peur. Ceux qui ne font pas peur. Les personnes qui disent « cette déité me fait peur, parce que… » ou à l’inverse « cette déité ne me fait pas peur, parce que… ».

Je trouve ca curieux comme manière de penser. Tous les dieux sont terrifiants : ce sont des dieux. Ils sont infiniment plus puissants que nous ne le serons jamais. Ce que je trouve étrange, c’est cette reconnaissance de la possible peur dans certains cas, et pas dans d’autres, comme si une partie d’entre eux pouvaient être domestiqués, adoucis, au point qu’il soit envisageable de se dire « ceux là c’est bon, on sait à quoi s’attendre ».

Peu importe leurs fonctions, leurs noms, les visages que vous en percevez ou vos interactions avec elles. Peu importe l’intimité de vos relations, votre expérience, leur sexe, leur panthéon : elles peuvent se montrer terrifiantes, pas forcément au sens effrayantes, plutôt dans le sens anglais awe : une combinaison de surprise, de peur, de crainte, de respect et d’émerveillement. Je pense que c’est le meilleur mot qui existe, en tout cas je n’en ai pas trouvé d’autre qui convienne.

Nous plaquons sur leurs apparences supposées des avis préconçus, en fonction de ce qu’on entends sur elle, des mythes à leurs propos, de leurs fonctions, de leurs apparences aussi. Mais au niveau des expériences, quand il n’y a que l’énergie brute, et suivant la nature de l’expérience en question, on se rend compte que telle gentille déesse que la tendance générale tend à dépeindre disons sous les traits d’une banale ménagère cantonnée aux fonctions domestiques possède une énergie colossale, tout aussi capable de vous terrasser qu’une autre.

J’ai parfois l’impression qu’il y a toute une mythologie néopaïenne et contemporaine autour des dieux et des déesses : on se construit des réferentiels énergétiques : avec telle déité il faut faire attention. Celle là est parfaite pour tel et tel type de travaux. Ce faisant, on finit par rajouter des couches de perceptions préfabriquées sur des déités. Il est vrai que cela rend sans doute les travaux de groupes plus « facile », que les débutants voient le boulot nécessaire devenir moins tendu.

Mais au final, on rajoute une gaine de plastique sur le lien que l’on commence par tisser entre elles et nous. Parfois cela permet de rendre les choses plus faciles mais parfois on masque des problèmes qui surgiront inévitablement plus tard, peut-être plus violents, plus graves, plus remuants.

Par moment, en plus de cette « mythologie artificielle UPG-esque » j’ai l’impression qu’il y a en plus des distinctions implicites de déités « classes » et « des moins classes ». Je me demande pourquoi je n’entends que rarement parler de Frigg. Je me demande combien bosse avec la Cailleach. Je me demande pourquoi les gens semblent toujours ramasser les mêmes « dieux et déesses patronnes ». Et dans quelle mesure il y a un implicite sociale quant à la corrélation « une femme a une déesse patronne », « un homme a généralement un dieu patron ». Soyons clairs : je ne me souviens pas avoir entendu une personne sérieuse le dire. Je l’ai parfois lu il y a quelques années, mais venant de gens qui débutent, je considère que c’est une simplification « spatiale » de débutants. A mes débuts je considérais plus ou moins les choses sous cet angle là d’ailleurs. Je me suis échinée à me chercher « une déesse patronne », pour finalement avoir un revirement de situation plutôt comique. Si vous vous cherchez absolument une patronne, gardez en tête qu’elle peut avoir une paire de couilles. Je dis ca, je dis rien. (Ces questionnements sont davantage des modélisations de phénomènes observés qu’une collecte de faits exprimés par des personnes ou des entités sociales.)

Loki est un trickster lié au chaos. Un trickster. Imprévisible donc (merci Captain Obvious). Se demander dans quoi on va mettre les pieds est compréhensible, mais si l’éventuelle peur que vous ressentez est liée à cet aspect, gardez en tête que si vous devez vous ramassez une gamelle avec une déité, peu importe qu’elle symbolise l’amour, les tâches domestiques, la mort ou le chaos (cf. Khaos : Travailler avec des déités « sombres » : l’autoroute vers les emmerdes ?). Vous la mangerez la gamelle.

(Note : Ceci dit pour moi le contexte de travail est important : est-ce que c’est la déité qui se pointe ou vous qui allez la chercher ? )

[Loki Project #16] Trickster. Changeur. Catalyseur.

Auteur inconnu

Ce mois de juillet a commencé par un gag plutôt drôle pour nous, moins pour mes voisins. Ne dites jamais « j’emmerde les voisins du dessous » la veille du mois de Loki. CQFD. Synchronicité, rien de plus. Sans doute.

Les gags se sont multipliés. Un téléphone dont le réseau tombe en rade et des sms absurdes reçus de la part d’un opérateur abasourdi quand je les appelle : « euuuh, je ne comprends vraiment pas ce qui se passe, parce que dans votre dossier tout est ok. Mais en plus il n’y a aucune trace des sms envoyés, normalement l’historique les garde. Je ne comprends vraiment pas ce qui se passe, c’est incompréhensible. » A l’autre bout du fil, on se mord les lèvres pour ne pas rire et on essaie de rassurer le hotliner confus.

Les trains qui déconnent (heureusement rien de méchant contrairement à l’accident de Brétigny). Les imprimantes sont bourrées au travail. Personne ne comprends ce qui se passe. On se planque comme on peut pour rire et annoncer ensuite. « It’s a Loki/lucky Day ». La quasi-homonymie passant inaperçue.

Le reste aussi. Les riens incongrus des jours écoulés sur lesquels on ne s’attarde pas. Une prédilection pour les outils de communications modernes.

La phrase du mois pourrait être : « C’est bizarre / je n’y comprends rien, d’habitude / normalement / techniquement / en principe, ca ne fait pas ca / je n’ai jamais vu ca / c’est pour ainsi dire impossible. »

Ca va Trickster.

Changeur. Catalyseur. Comploteur. Blagueur. Farceur. Pertubateur.

Rien de méchant, rien de grave. Mais…

Mais. Mais la donnée la plus perturbante du mois -pour le moment- c’est de comprendre, de ressentir, de toucher du doigt pourquoi il inquiète autant. D’appréhender pleinement les raisons pour lesquels il est montré du doigt, craint, honni parfois.

Les plaisanteries sont amusantes. Elles pourraient ne pas (pour paraphraser Melville). Il suffirait d’un rien, d’un glissement de quelques millimètres. Une focale très légèrement mal réglée.

Je ne m’étais jamais posée la question, et la potentialité que, éventuellement, « l’humour pouvait parfois être mal dosé », encore moins. Maintenant, étrangement, je le mesure.

Odin & Loki by Kayla Marquez

Ce n’est pas uniquement une exploration intellectuelle, même si le ressenti reste purement hypothétique et sans « application de dommages mesurables » (pour ne pas écrire autre chose. Superstition ? En partie sans doute. Ou pas), il y a quelque chose de pratiquement palpable dans cette potentialité qui ne m’était jamais apparu auparavant. Peut-être parce que mon inconscience m’en tenait éloignée. Peut-être parce que mes affiliations étaient différentes et qu’il y a certaines ambivalences, certaines charges que je suis davantage en mesure de percevoir maintenant. Peut-être parce qu’auparavant, je n’avais pas la sensation de me tenir derrière une invisible barrière électromagnétique. « You shall not pass ». Factuel. Immédiat. Sans appel. Mes cuisantes expériences de la fin de l’automne m’ont probablement appris que tout peut arriver -s’il était besoin de me faire une piqure de rappel- y compris ce qui ne vous semble ni factuel, ni rationnel, ni explicable, ni logique, ni pragmatique. Et que « non », veut dire « non », peu importe les mondes.

Je n’ai pas choisi l’autre côté de cette barrière là. J’aurai donné n’importe quoi pour rester du côté où j’étais. De part et d’autre, on m’a dit « niet ». Enfin, d’un côté il y a eu le silence fataliste. « C’est comme ça ». De l’autre on m’a fait un dessin.

Mais je digresse.

Pour en revenir au sujet, c’est troublant de se rendre compte que les pièces ont deux faces, d’en mesurer le pouvoir brut, les terribles capacités. Un peu comme de se rendre compte que la bombonne de gaz qui nous sert à faire le dîner pourrait se transformer en arme mortelle qui détruirait la maison si elle explosait.

Elle n’explose pas. Mais elle pourrait.

Il est facile de faire n’importe quoi quand on ne mesure par le danger. Ce n’est ni un signe de courage, ni un signe d’intelligence ou d’expérience.
Continuer de faire et d’aimer, continuer à conserver une certaine légèreté quand on a éprouvé ce risque, c’est un art, un apprentissage ; Un exercice d’équilibriste entre la patience, la sagesse (bien que franchement, je n’appliquerais pas ce terme à beaucoup de gens, et encore moins à moi), la « pureté » (pas dans le sens mauvais / bon ou pur / impur, plutôt dans le sens « ne pas se comporter pour éviter ci ou pour gagner ca. La pureté comme un élan du cœur sans calcul, je pense que ca résume bien mon idée). Je suppose que, ce n’est qu’un fois cette sensation ressentie que l’on peut dire que l’on connaît « pas trop mal », une déité.

[Loki Project #14] Le sacrifié : Jésus, Balder, Loki

Balder

Je repensais l’autre jour au lien entre Balder et Loki. A ce que l’on en dit, aux racines de l’histoire, au pourquoi et au comment.

Balder est présenté comme le dieu bien sous tous rapports, celui qui est aimé de tous. Après avoir raconté son rêve à Frigg, sa mère, cette dernière décide de faire prêter serments à tous les êtres pour être certaine qu’aucun mal ne lui soit fait. Elle oublie le gui. Loki rongé de jalousie, s’arrange pour tout mettre en place et guide la main de Hödr dont la flèche de gui va finalement tuer Balder. (Je passe la partie avec la chevauché de Hermod vers Helheim et l’épisode avec la vieille géante -Loki- qui refuse de pleurer Balder. Etc.)
Par la suite, Vali, transformé en loup, tue Narvi. On prend ses intestins pour attacher Loki au rocher. Voilà pour le « background ».

D’un côté, Balder, le « gentil ». De l’autre, Loki, « le méchant ». Balder dont plusieurs auteurs ont pointé l’aspect « christique ». Il est lumineux (ca doit être pratique pour lire la nuit), tout le monde l’aime, son domaine est dans les cieux, il est un des fils du Père-de-Tout, son fils Forseti a hérité de bon nombre de ses aspect et il reviendra après le Ragnarök.

Il est tentant, devant autant de « qualités » de faire Loki une sorte de démon malveillant, jaloux, mauvais, destructeur… Pourtant, quelque chose me chiffonne dans ce parallèle simpliste.

Outre le fait que Balder est apparemment une figure relativement tardive dont certains développements (dans la Geste des Danois) sont plus complexes que dans les Eddas, il y a un truc qui me chiffonne dans ce parallèle, c’est la passivité de Balder.
Balder n’a rien demandé à personne : il ne fait rien, ne dit rien. Il ne demande pas à sa mère de le sauver. Il ne parle pas et on ne sait pas vraiment ce qu’il pense : de là à en faire le Perceval nordique, pourquoi pas.

Ces histoires de Breidablik, son domaine dans les cieux où rien d’impure ou de mauvais -suivant les traductions- ne peut entrer ne me fait pas penser à un quelconque paradis d’où le mal est banni. Pour moi c’est plus simple et plus pragmatique. Il est dit qu’après le Ragnarök, Balder reviendra d’entre les morts : plutôt que de pur/bon, le domaine pourrait être associée aux notions d’innangarðr (à l’intérieur) et d’útangarðr (extérieur) et en gros, ce qui est à l’intérieur est lié au civilisé, adopte les codes, friendly. L’extérieur l’inverse (je simplifie assez méchamment, pardon). Les histoires d’enclos, de forteresse sont assez courantes dans les mythes nordiques (le coup de la construction de la forteresse au début pour laquelle, tiens donc, Loki donne de sa personne, la forteresse de Menglod, bla bla bla). On peut donc prendre ces histoires sur la maison de Balder comme un truc bêtement factuelle : « chez moi y’a que des gens friendly« , ce qui n’est pas con si on se rappelle que sa mère est Frigg (notion d’hospitalité, tout ca). 

Mis à part sa mort, assez dramatique il est vrai, et sa « résurrection » après le Ragnarök, Balder n’a rien de particulier. Sa mort est effectivement un événement qui va accélérer la venue de la fin, mais « si » Frigg n’avait pas cherché à le sauver, « si » Fenrir n’avait pas été enchaîné, « si »…

Jésus n’est pas une figure passive, il est même plutôt révolutionnaire et parfois il pète des câbles pas possibles, comme quand il vire tous les marchands du temple à coup de pieds au cul. Il est né comme un semi-clodo dans une étable, pas dans une baraque cossue avec de la pierre. Il ouvre sa gueule, partage avec ses potes, il y a des théories qui se demande s’il n’avait pas été marié avec Marie-Madeleine… Jésus sait qu’il va mourir, mais il ne cherche pas à fuir sa mort (ou on ne cherche pas à le sauver de la mort).

Balder meurt. Sa femme meurt de chagrin. Frigg a tenté de le sauver mais ca n’a servi à rien, au moins de prime abord. Odin va emmerde une morte pour lui faire cracher le morceau à propos de son fils, là aussi, c’est ce qu’une lecture simple tend à indiquer (je tends à penser que c’est beaucoup plus complexes que cela : Frigg sait tout, logiquement, elle a du savoir qu’il mourrait, mais l’idée qu’elle ait vu aussi sa résurrection après le Ragnarök pourrait expliquer pourquoi elle agit de la sorte. Ceci étant, cette idée de tout savoir d’avance me chiffonne aussi un peu, puisque cela tend à indiquer que le destin est tout puissant, et à réfuter une partie du fonctionnement de l’orlög.)

Il meurt et reviendra et avec les quelques survivants, le monde recommencera. Ok. Mais pour qu’il revienne, le monde doit d’abord être détruit.

Je ne pense pas qu’il soit pertinent de base d’en chercher une, mais puisque ce parallèle est souvent établi, voilà mon interprétation -très-personnelle : pour moi, la « figure christique » (avec d’énormes guillemets) de la mythologie nordique, ce n’est pas Balder. C’est Loki. (et parfois, quand je vois la haine que certains « groupes nordisants » vouent au Christianisme, je me dit que c’est « intéressant » comme parallèle du coup).

Loki aux origines floues, dont « le lignage » est à peu près incertain, mis à part sa mère et son père. Loki qui voyage à travers les mondes et ne se pose vraiment nul part. Loki qui se sacrifie en fin de compte plusieurs fois pour les dieux : pour rapporter leurs attributs, pour la construction de la forteresse autour d’Asgard. Loki qui offre son coursier à Odin. Loki et sa force génératrice d’un changement révolutionnaire. Loki, frère de sang d’Odin, et qui sans doute, fera le sale boulot.

Pourquoi il tue Balder ? Il y pourrait y avoir plusieurs hypothèses, mais s’il ne le tuait pas ; ce dernier aurait sans doute péri au Ragnarök et le monde n’aurait pas recommencé.
Quelque part, il est l’agent du destin qui se sacrifie lui même en faisant tuer Balder. Certes, Balder est mort, mais il n’est pas « aux enfers », il est en Helheim, en sûreté pourrait-on dire. Plutôt bien reçu, avec tous les honneurs et il a la possibilité de rendre certaines choses aux Dieux.

Dans la Lokasenna, Loki met les Dieux face à leurs contradictions, à leur linge sale. Il braille sur les marchands du temple d’une certaine manière.
Il est attrapé. Son fils est massacré. Il est enchaîné et il attendra là la fin des temps. Loki s’est sacrifié, ou a été sacrifié, pour que les autres puissent continuer à vivre.
Sigyn reste auprès de lui, et la figure de la femme restant aux côtés de celui qu’elle aime, tenant le bol, m’évoque la figure de Marie-Madeleine aux pieds de la croix. Rappelons que le crucifiement était un châtiment infamant et que Jésus n’a pas eu droit à des funérailles grandioses.

Encore une fois, je ne pense pas qu’il y ait plus que des similitudes, mais en tant que « forces révolutionnaires de changements » et « sacrifice » je pense qu’il y a un parallèle intéressant qui est plus pertinent si on considère Jésus / Loki plutôt que Jésus / Balder.

[Loki Project #11] uuuuuuuh

Quand je suis tombée sur cette chanson « My Brother, My Ennemy » (qui raconte en gros l’histoire d’amitié / fraternité entre Loki et Odin, et comment tout cela va -mal- finir puisque les paroles sont clairement une engueulade magistrale.) j’ai commencé par être circonspecte (les performances avec deux micros en « live », je me méfie).

En mode « Grumpy Cat »méfiant.

Après, ca a donné ca (bon en un peu plus larmoyant, j’avoue.  -___-) Honnêtement, c’est une putain de performance : c’est hyper difficile de chanter comme ça, avec cette précision, a cappella. J’étais bluffée, ca dépote sa mère.

* Bouuuuuuuuuuuuuuuh *

Les paroles

Odin Loki

The
view from above has no start and no end,
just the fields and the halls and the calls of the men and the
races that rise and get slaughtered again and
barely leave their mark.
Still the
view from above has no start and no end, just the
fields and the halls and the calls of the men and the
races that rise and get slaughtered again and
barely leave their mark. Past the
stones and the ice and the oceans of gray, in the
land where the frost never yields to the day, with the
brutes all around you I spotted your blaze
like fire in the dark.
You
banished all my ancient race to
ice and stone and harsher borders, but
I survived and carved my place where
gods would never dare to wander
Through, ’til you
watched from your forbidden
throne, a single eye
like fire in the dark.
In those early days I shared with no one, an
Allfather’s questions I bared to no one, for
none of my brothers or sons could match me,
thought for thought or plan for plan.
As borders spread I shared with no one,
wars raised kings, I bowed to no one, for
none among my race could match me,
thought for thought or plan for plan,
What the gods couldn’t give I could feel inside you, a
fire too bright for the ice to hide you.
I’d never been terrified by anyone before.
‘Til you came down, the
prayers of men made flesh before me.
I’d never been terrified by anyone before.
And when I asked to make us brothers
and to share all that we were,
how could anyone resist becoming
part of what I thought you were?
And when you asked to make us brothers
and to share all that we were,
how could anyone resist becoming
you?
But as your blood coursed through me
I could feel our powers mix.
My sight, your burn, my sacrifice,
the fears of men, the rage of ice,
my wisdom, cunning, hunger, heart,
your secret plans and secret arts.
But as your blood coursed through me
I could feel our powers mix.
Your sight, my burn, your sacrifice,
the fears of men, the rage of ice,
your wisdom, cunning, hunger, heart,
your secret plans and secret arts.
Chorus:
My brother, my enemy,
don’t dare say the word destiny,
I offered you the best of me,
you turned it into this!
My traitor, oathbreaker,
don’t say you had no choice!
He was my son; it was your promise.
There are things I can’t forgive and this is one.
And though this world may burn I’ll see my justice done.
Where’s the brother I wanted and thought that I knew?
Where’s the love and the oath that I traded with you?
There was poison at work in the ice where you grew
and where you should have stayed.
My brother, my enemy,
my brother, my enemy,
my brother, my enemy,
my brother, my enemy.
I gave you my family, my power, my pride,
shared the food at my table, the seat at my side,
so treat me like a brother and I
wouldn’t be your enemy.
My kingdom I left and
chose you over all my race,
so treat me like a brother
and a brother I will be.
My brother, my enemy,
my brother, my enemy,
my brother, my enemy,
my brother, my enemy.
I realized too late what I’d taken as kin, with your
plots and your smiles and the harshness within.
You came to me for something new.
Was that too much for you to handle?
I opened mountain doors for you.
At first you weren’t so slow to follow
through. You knew we
both had secrets.
You had nothing
left to gain.
Did you never wonder what it
was I plotted for?
It wasn’t war.
Where’s the brother I wanted and thought that I knew?
Where’s the love and the oath that I traded with you?
If you’d kept on pretending it could have stayed true,
at least for me.
At least not in those early
days.
It wasn’t me that changed.
The monsters you bred were a danger to all,
first the wolf that would smother the sun in its jaws,
the the serpent that strangles the world in its coils,
the witch as hard as death.
My brother, my enemy,
my brother, my enemy,
my brother, my enemy,
my brother, my enemy.
My brother, my enemy,
my brother, my enemy,
my brother, my enemy,
my brother, my enemy.
These worlds are my duty to guard and protect.
Your children were my enemies.
I can’t make exceptions before such a threat.
Your children were my enemies. Since the
monsters you bred were a danger to all,
first the wolf that will crush even me in its jaws;
then the serpent whose poison will topple my sons;
the witch who calls the hosts.
My son and heir you banished from
the kingdom you had me abandon,
an island prison, not enough.
You sent your faithful sons to bind him
fast.
With cunning and magic and
lies.
The first crime wasn’t mine. But you did
more,dear Uncle,
took my second son,
my daughter too.
You can’t blame me
You know I can see what the future will be,
I told you what happens if those three go free. These
worlds are my duty to guard and protect,
there was no other way.
If
I pay you back one for
three. Don’t say
there was no other way!
And when I asked to make us brothers and to
share all that we were, how could
anyone resist creating what I thought
we’d make the world?.
And when you asked,
and when I answered,
how could anyone
resist?
Chorus:
My brother, my enemy,
don’t dare say the word destiny,
I offered you the best of me,
you turned it into this!
My traitor, oathbreaker,
don’t say you had no choice!
He was my son; it was your promise.
There are things I can’t forgive of anyone.
Why did you have to do the only one?
The gods up above and the men below
have a single sun to part the snow,
and a single crime we can’t forget:
you ripped him from the skies.
My brother, my enemy,
my brother, my enemy,
my brother, my enemy,
my brother, my enemy.
Your silence pretends you have cause to conceal
some higher agenda you couldn’t reveal.
Don’t think I can’t see jealousy
transparent in your eyes!
My brother, my enemy,
my brother, my enemy,
my brother, my enemy,
my brother, my enemy.
You made yourself my enemy. You
made yourself my enemy. You
gave your sacred word to me, you
made yourself my enemy.
You knew I had my reasons; it’s
not my fault if you can’t see them. You
gave your sacred word to me;
that promise doesn’t end!
The gods up above and the men
below have a single sun to part the snow,
you couldn’t stand to see a brighter
fire in the dark!
Did you forget who taught you to mix
cunning with magic and
lies? You knew that I was
fire in the dark!
I gave you my family, my power, my pride, shared the
food at my table, the seat at my side.
You sent my precious son to join the
shadows in the dark.
Was I so wrong to
act as you do?
And send your precious son to join my
daughter in the dark?
And when I asked,
and when you answered,
how could anyone
forgive?
And when you asked me to release him
and to shed repentant tears,
how dare you demand from me what you would
not give in a thousand years?
Chorus:
My brother, my enemy,
don’t dare say the word destiny,
I offered you the best of me,
you turned it into this!
You
ran and you
hid and you
fought and you
cursed and you
struggled in your shackles as I
watched for lonely centuries.
You chased me,
you found me,
you beat me,
you bound me.
Shrieking in my shackles as you
watched for heartless centuries.
From my throne up above I can see you there,
serene now like a child at prayer,
waiting;
I am
waiting too.
My captor, my enemy,
my captor, my enemy.
Did you never wonder what it
is I’m praying to?
It isn’t you!
My riddle, monster, slaughter, whisper
asker, question, answer.
The sickness creeps through
just as you do,
poison dripping down.
For in the deep there’s a dragon who listens.
And with time we will crack every prison.
And there’s a sickness that creeps
through the rot that you’ve sown
in the tree that deserves to come down!
There’s a sickness, it’s true, that is spreading.
And there’s a sin that takes root in my worlds. For every
child, every man, every
root, every tree, every
stone, every mountain is
crying to me that this
life’s not worth facing, its
wars and its plagues, without the
comfort and sunlight that
you took away, and they
pray not for justice, for-
giveness, or peace
but for
vengeance, vengeance,
vengeance, vengeance!
Dare you bind me?
Time will find me.
Men know,
beasts know,
stones know,
seas know,
stars know,
skies know,
you know,
I know.
Never justice,
never peace,
but
vengeance, vengeance,
vengeance, vengeance!
My brother, my enemy,
don’t dare say one more word to me!
We should have had eternity,
you had to make it end!
Deceiver, corruptor,
my prisoner, my tormenter. So,
treat me like a brother
and I wouldn’t be your enemy.
My traitor, Oathbreaker,
don’t say you had no choice!
He was my son; it was your promise.
There are things I can’t forgive, and this is
one. And though this
world will burn I’ll see my justice
done!
My brother, my enemy,
don’t dare say one more word to me!
We should have had eternity,
you had to make it end!
Deceiver; Corruptor;
my captor, jailer, tormenter.
Treat me like a monster
and a monster I will be!
My traitor, Oathbreaker,
don’t say you had no choice!
He was my son; it was your promise.
There are things I can’t forgive, nor you
and those are all that’s left of me!
I’ll burn this world to see my justice
done!

[Loki Project #10] Loki contre l’ordre social

Loki, le forgeur de mensonges. Loki, à-qui-il-ne-faut-pas-se-fier. Loki-ki joue en première base quand il est question d’affabulations, de tromperies et d’autres réjouissances.

En regardant les mythes le concernant, on s’aperçoit qu’il a effectivement du bagout le rouquin. Il arrive à négocier, à parier, à mettre au point combine, alternatives & autres « duperies ». Pas faux. De là à en faire un dieu des mensonges…

L’équation Loki = dieu menteur, dieu des mensonges est acceptable si on considère que les autres dieux sont honnêtes, francs et qu’ils ne vous racontent jamais d’histoires pour tirer leur épingle du jeu. Je n’en vois pas beaucoup : Thor se déguisant en Freyja, on pourrait considérer qu’il trompe allègrement Thrym. Mais c’est un géant et l’ordre est menacé, donc on ne fait pas trop d’histoires. Odin qui viole Rind ? Ah bah oui mais il fallait bien qu’il ait son fils Vali, le vengeur de Balder (d’ailleurs la dichotomie Balder le bon / Loki le méchant, en voilà une autre connerie). Skadi qui demande un dieu en mariage et doit choisir d’après leurs pieds ? C’est l’ancêtre de la téléréalité divertissant les masses avec des jeux où on prend les gens pour des cons. (enfin, ma misanthropie naturelle a tendance à trouver que la majorité des gens sont cons, abrutis et bien content de l’être. C’est plus confortable pour dormir la nuit.) Le serviteur de Freyr qui menace Gerda pour qu’elle considère la proposition de ce dernier, c’est honnête et réglo, c’est pas du tout de la coercition, non.

On lit toujours l’ambiguité de Loki dans le même sens : soit en positif, soit en négatif.

Métaphoriquement, je trouve que les exemples cités plus haut m’évoquent furieusement un paradigme moderne : l’État à le droit de vous enculer, de vous mentir, de vous voler, de vous ficher, c’est l’État. Faites-le, et vous aurez des problèmes. La figure paradoxale de Loki peut être vue comme ca : d’un côté, Loki, c’est un peu la force de révolte contre le système qui vient foutre la merde. Autre interprétation ; Loki, le chaos, l’illusion, qui dévorent toujours plus de choses. Suivant les personnes, l’une ou l’autre de ces affirmations seront déplaisantes, voir les deux. Mais d’un point de vue analytique, factuelle et pragmatique, ni l’une ni l’autre ne sont complètement réfutable. La seule chose qui fait pencher le paradigme d’un côté ou de l’autre est l’endroit où nous nous situons.

Les tricheries de tous les dieux sont considérées comme acceptables parce qu’elles participent à la conservation de l’ordre social. Les tricheries de Loki vont parfois à l’encontre de cet ordre, et parfois ensuite viennent le rétablir et le renforcer.

[Loki Project #7] Des Offrandes

En ce qui concerne les offrandes, Loki n’est pas un dieu compliqué, c’est le moins que l’on puisse dire : il aime surtout partager ce que l’on a (c’est encore mieux quand on reçoit du monde à la maison ^^). Ceci étant, il apprécie particulièrement les aliments épicés, les biscuits ou… la junk food, les bonbons, mais aussi le tabac (on n’est pas obligé de fumer : une pincée de tabac dans le bol à offrandes passe très bien 😉 )

Quelques idées en vrac (testées et approuvées par les bipèdes de La Tanière ^^)

* Le chili (sin carne chez nous) et de manière générale, toutes les cuisines exotiques.
* Le tabac
* Les bonbons acidulés qui piquent (quand on en trouve sans gélatine animale)
* Les pizzas (spéciale dédicace à N.)
* Les frites
* Les petits piments
* Les cacahuètes (XD)
* Tout ce qui est à la cannelle et/ou au gingembre (je testerai une recette de liqueur à la cannelle dans les temps à venir)
* Le Whisky (mais ce n’est pas un scoop : c’est un alcool qui passe très bien avec la majorité des déités nordiques et celtiques honorées chez nous)
* Quand il y a de la menthe, et plus particulièrement la menthe poivrée.
* Le pop-corn
* La liqueur de cardamome
* Les fruits confits
* Le caramel

Offrandes à Loki – Août 2012