Deux types de tirage sur les Ancêtres et la Hamingja

Deux tirages créés et testés sur des Sorciérons consentants ce week-end et qui a donné de très bons résultats.
Ils se basent sur les conceptions nordiques de « l’âme » (pour faire simple parce que la définition de l’âme est en réalité très complexe et se divise en plusieurs catégories) et des lignées (hamingja, « réincarnation » -entre guillemets aussi parce que le copié-collé de concepts, c’est moyennement pertinent- au sein de sa lignée, etc.)

1. Analyse des lignées

Ce premier tirage permet de faire un rapide bilan des rapports avec la lignée paternelle et maternelle. Il est important de préciser que le terme « passé » ne se limite pas à trois ou quatre générations. 😉
On peut déjà voir des équilibres, déséquilibres, nœuds et autres influences générales qui peuvent aiguiller pour des travaux ultérieurs.

tirageancetres

Ce tirage permet d’avoir un aperçu de l’état de son âme et de faire le point sur sa relation avec les lignées paternelles et maternelles (un aperçu parce que l’écheveau est beaucoup plus dense si l’on détaille).

1 / 4 / 5 / 6 : Concerne le soi.
2 / 7 / 8 / 9 : Concerne la lignée paternelle.
3 / 10 / 11 / 12 : Concerne la lignée maternelle.

1 : L’énergie, la nature de son âme, son état comme une sorte de « maître étalon ». Un référentiel en quelques sortes.
2 : Un bilan de la relation entre son âme et sa lignée paternelle.
3  : Un bilan de la relation entre son âme et sa lignée maternelle.

4 : Le résumé de ce que l’âme a vécu, éprouvé dans le passé.
5 : L’état de l’âme au moment de la conception.
6 : L’état actuel de l’âme.

7 : Le résumé des relations passées avec la lignée paternelle.
8 : L’influence au moment de la conception, l’état de l’âme et son rapport à la lignée paternelle à ce moment.
9 : Le point sur les relations actuelles de l’âme avec la lignée paternelle.

10 : Le résumé des relations passées avec la lignée maternelle.
11 : L’influence au moment de la conception, l’état de l’âme et son rapport à la lignée maternelle à ce moment.
12 : Le point sur les relations actuelles de l’âme avec la lignée maternelle.

2. Analyse de la Hamingja

Ce second tirage (fait plutôt sur la lignée maternelle pour diverses raisons un peu longue à expliquer ce soir, on peut tout à fait le faire uniquement pour la lignée paternelle, deux tirages pour les deux lignées, ou un seul pour les deux lignées) permet de donner un aperçu de la hamingja, en très gros la « chance » (ou malchance) familiale, la « force » d’une famille, son « énergie ». Il y a un « détail » qui me paraît important de mentionner : sans rentrer dans des analyses de relations complexes / relations ou « absence-de » avec sa famille, si une personne est là, c’est parce qu’un jour, un ancêtre a survécu au dépend de quelqu’un d’autre, consciemment ou non. C’est utile pour comprendre de manière grossière le fonctionnement de cette force, le soutien possible mais aussi certains nœuds, baffes dans la tronche etc.

tiragehamingja

1 / 4 : La nature de l’énergie / la composante / le trait caractéristique de la hamingja.

2 / 5 : L’aspect constructif, la force qu’elle peut nous apporter.

3 / 6 : Les aspects potentiellement conflictuel.

Je tire d’abord 1, 2 et 3 (avouez que 9, 42 et 64 ca ferait hyper classe, on appellerait ca des valeurs, mais ca serait pas bien pertinent Sire. ) pour donner un aperçu de ces trois parties et je précise ensuite par les cartes 4, 5 et 6.

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[PBP] T – Traumatisme et guérison

Artiste inconnu

Quelles raisons, quels événements nous conduisent à un jour nous retrouver sur les voies que nous arpentons aujourd’hui ? Y-a-t-il un jour un déclin qui nous fait sauter le pas, ou une succession de faits qui pris individuellement sont insignifiants ? Je n’en sais rien, je n’ai pas de réponse toute faite à ces questions. Je ne saurais pas dire ce qui m’a amené à cette voie là, au niveau des croyances. Par contre, je sais comment j’en suis venue à m’intéresser à la magie, aux tirages de cartes, aux runes. (Je distingue parcours spirituel et parcours « magique »)

Je voulais contrôler ma vie, et enfant je n’avais aucune prise sur ce que je vivais. J’ai malheureusement été amené très tôt à considérer que les adultes n’étaient ni source de protection, de réconfort ou de fiabilité. Qu’ils avaient leurs propres règles et qu’ils maîtrisaient les règles du jeu. Qu’un enfant est sans défenses, et que je n’avais aucune arme pour me protéger. J’ai grandi avec notamment la terreur du « un jour, on te fera croire que tu vas à la danse / chez une amie / à l’école, et on t’emmènera en pension / à l’asile de fous et tu y resteras jusqu’à ce que tu sois grande / toute ta vie ». J’ai grandie avec la peur que chaque transport en voiture se finisse devant une bâtisse où l’on m’enfermerait, où je serais prisonnière pour le restant de mes jours. Ca et le « tu as rendu ta mère malade, c’est de ta faute, je te tuerai. » La maison n’était pas sûre. L’école non plus, pour d’autres raisons. Tabassages en règle, et « Unetelle n’a jamais de problèmes, débrouilles-toi. » Alors j’ai cherché des armes, une manière de me défendre.Voulu savoir comment me battre, savoir comment on allumait un feu, trouver mon chemin, construire un abri, si un jour je devais fuir.
J’ai commencé à penser à la magie, influencée par mon environnement, par certains livres dans la bibliothèque parentale, par le professeur Tournesol qui retrouve tout avec son pendule. J’en ai demandé un pour Noël, je venais d’entrer au CP. Je suis arrivée à l’école après les vacances et j’ai demandé à mes camarades de me poser des questions auxquelles on pouvait répondre par oui ou par non. Des questions dont j’ignorais les réponses. J’ai fait mouche assez de fois pour faire peur. ma mère m’a menacé de le confisquer si je continuais. Ce n’était pas un jeu. Je me suis dit que je tenais un premier outil. Je m’en servais pour savoir si les adultes tenteraient de me piéger, pour me tenir prête. La magie des adultes, c’était de la merde : souvenir amer d’un panettone rapporté de Sicile par mon père qui promettait une surprise magique. Et en fait de surprise magique, un vulgaire repliage savant qui faisait que la boîte se repliait pour faire sortir le gâteau par le fond. J’en avais été écœurée. Si c’était ca la seule magie que les grandes personnes connaissaient, qu’ils se la gardent.

Plus tard, au collège ca a été un jeu de cartomancie. Je tirais les cartes en rentrant chez moi déjeuner le midi, pour savoir comment je pouvais manipuler ma prof de français, échapper à un truc déplaisant, savoir ce que l’on ne voulais pas me dire. J’y réussissais plutôt bien. L’éthique ? La fin justifie les moyens.
Petit à petit, je suis allée faucher « Le Grand Albert » de ma mère, épluché ses pages, tenté de la faire parler sur ses propres expériences en la matière. « Ce n’est pas un jeu, ce n’est pas pour toi. » Tant mieux, je ne voulais pas d’un jeu. Plus tard encore, avec l’adolescence et les films d’horreurs, je me suis demandée comment me défendre en cas d’attaques de fantômes et autres. Je suis allée chercher Eliphas Lévi, méticuleusement épluché au lieu de faire mes DM de maths. Fait une liste de tout ce qu’il fallait que je lise. Été découragée par la longueur et la complexité des rituels.

Quand j’ai découvert les runes, j’ai jubilé en lisant un avertissement « ce n’est pas un jeu » et lu certains usages particulièrement dangereux. On pouvait tuer, et j’allais les apprendre pour tuer. Pour me venger. Pour détruire la vie de celles et ceux qui m’avaient fait du mal. La vengeance ne sert à rien nous dit la morale. La vengeance n’est pas là pour compenser ou remplacer. Elle n’est pas là pour apaiser une douleur sourde. Pour moi, la vengeance sert à dire à son ennemi : j’ai gagné, tu as perdu. Cela ne me ramènera pas ce que j’ai perdu, mais je t’ai buté, écrasé, anéanti, abattu. J’ai ruiné ton empire et je danse sur ton cadavre. Je ne raconte pas cela pour avoir de la pitié, je n’en veux pas, mais parce que ce sont des faits passés situant un contexte.

Ce n’est qu’à cette époque que croyances et pratiques se sont rejointes. Paradoxale : d’un côté la petite wiccane fluffy de 17 ans qui croit en une Déesse à l’amour infini, mais qui apprend les runes pour se venger, et qui accumule les connaissances en tout genre pour survivre comme d’autres se font un arsenal. Au départ, voilà ce qui m’a amené à « pratiquer consciemment ». Pas l’amour de la Nature, ni la volonté de comprendre ci ou ca. C’était une volonté acharnée et pragmatique.
De manière toute aussi pragmatique, vers l’âge de 10 ans, je me suis dit que je n’y arriverai jamais seule. Que les adultes étaient useless. Que mes ami/e/s ne comprenaient pas. Qu’il me fallait l’aide de Dieu. J’ai dealé mon âme ou 30 ans de service en échange de la connaissance. Je voulais savoir. Que lui par contre, je pouvais lui faire confiance et qu’il me protégerait.

Aujourd’hui, ca fait plutôt rire. Jaune éventuellement. Est-ce que ce deal passé du fond de mon lit en disant mes prières à l’âge de 10 ans a fait de moi ce que je suis aujourd’hui ? Un côté dit que oui. Un côté dit que non. En tout état de cause, difficile de savoir, tout ce que je sais c’est que ce fait n’est pas à considérer sous ma façon de voir actuelle, et que le revoir sous cet angle peut le fausser. Je ne suis pas fan de l’illusion biographique. Facile, 10 ou 15 ans après de revoir un détail et de lui donner une autre interprétation pour qu’il colle à notre actualité.

Quid de la guérison ?
Je ne sais pas si l’on en vient obligatoirement à certains sentiers pour se guérir. Difficile et maladroit de dresser un tableau général au vu de la multiplicité des voies. Par contre, je sais ce que je peux en dire au vu de ma maigre expérience personnelle et de mon point de vue.
Aller voir une déité dans le but unique de se guérir, c’est un peu comme débarquer chez quelqu’un que vous avez croisé dans la rue pour lui demander de vous aider. Un non-sens. Les déités ne sont pas des toubibs, des psy, des parents de substitution. Ils peuvent guérir, ils peuvent soigner, mais ce n’est pas comme coller un pansement sur une plaie béante. Parfois, vous avez besoin d’une opération à cœur ouvert sans anesthésie. Et souvent, d’une pré-opération pour vous rendre compte qu’une opération sera nécessaire. Mais vous ne prenez pas rendez-vous pour la subir, cela vous tombe dessus sans préavis, généralement au moment où vous aimeriez le moins avoir à la subir.

On dit que l’amour soigne. Je suis d’accord. Mais je suis sceptique sur la pertinence d’aimer « dans le but de », c’est un autre type de problème. Par contre, je crois que quand on développe une pratique dévotionnelle -qui n’a pas besoin d’être spectaculaire ou mirobolante- profonde et suivie, que l’on dépasse quelque chose, qu’on apprend à les aimer, comme ils sont, pour ce qu’ils sont, que l’on tisse une trame, faite de claques quand on déconne, d’amour, et de courage, en revenant sur le tissage on se rend compte des accrocs réparés. Qu’à force d’amour, parfois la guérison vient comme du miel sur une brûlure. Un jour s’attendant à saigner on trouve une cicatrice que l’on n’a pas vu se faire. Les Dieux ne nous soigne pas directement, mais ils nous font cavaler, bosser, tisser-défaire-refaire, nous font stopper le véhicule allant droit dans le mur pour emprunter une voie encore moins confortable qui débouche sur un quelque part. En empruntant cette voie, nous nous guérissons nous-même. Ce n’est ni facile, ni rapide, mais quand cela arrive, l’épiphanie ne vient pas avec le tonnerre grondant des révélations théâtrales, elle vient après, quand on a perdu le fil et qu’on le retrouve au milieu de l’écheveau. On donne de sa personne, ils montrent la route. Ainsi se fait l’échange, le don pour le don.

Je pense que la pratique magique sans la pratique dévotionnelle/spirituelle est une impasse, parce que s’il n’y a rien à aimer derrière un rituel, c’est le vide que l’on célèbre. Vous pouvez accumuler les armes, mais si personne ne vous dit comment les employer, vous crèverez la gueule ouverte. L’aspect pratique et l’aspect dévotion vont de pair.

[PBP] K – Khaos

Vénérer des déités dites sombres : l’autoroute vers les emmerdes ?

La semaine dernière, dans le cadre du Pagan Blog Project, j’ai lu un article qui m’a interpellé, par rapport aux liens entre les problèmes que certains païens rencontrent et le fait de suivre des déités chaotiques et/ou sombres.

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[PBP] I – I­­­ðunn

Fin janvier j’ai eu l’occasion de travailler un peu avec Idunna. Ce n’était pas volontaire dans la mesure où je ne suis pas allée la chercher. Je vais très rarement de moi-même vers telle ou telle déité, j’attend plutôt qu’elles se manifestent pour aller voir ce qui se passe (généralement il est vrai qu’il vaut mieux me jouer du tromblon dans les oreilles pour que ca monte au cerveau).

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Travailler avec les déités guerrières 2/2

(Pour compléter un peu le précédent article sur la question.) Un petit récapitulatif et mes réactions par rapport à ce que j’entends parfois par rapport à ces dieux et ces déessses.

Les déités guerrières sont dangereuses 

Comment dire… non. Pas plus que d’autres. Tout dépend de ce que vous recherchez, de comment vous les approchez, de votre nature, de vos peurs, de votre caractère. Je serais bien en peine de vous dire si oui ou non vous allez vous manger une bonne grosse claque, pour la simple et bonne raison que c’est votre chemin, votre vie. Pas la mienne. Et même pour ma pomme, je ne fais jamais de pronostics de ce style. Je me suis déjà fait claquer des portes au nez, ou superbement ignorée. Il m’est arrivé de me faire jeter ou de me faire tirer les oreilles, mais je n’ai pas le souvenir de m’être fait laminer la tronche par une déité (enfin, si, mais pas dans le sens « expérience atroce »). Et les déités qui m’ont envoyé bouler étaient plutôt considérées comme « claires », alors que d’autres qui sont globalement vues comme craignos se sont toujours montrées plutôt « cool » en fait. Intrinsèquement, ca ne veut pas dire que c’est « mieux » ou « plus mal », je suppose que c’est juste en relation avec mon le genre de personne que je suis, à ce que je porte.

Elles sont quand même très sombres ces déités liées à la guerre, pas vrai ?

Encore une fois, oui et non. Certains vous diront qu’elles ne font pas dans la dentelle : ca n’est pas faux mais j’aurais envie de dire ironiquement qu’on peut être très raffiné en matière de cruauté (toute blague mise à part, elles ne sont pas forcément dures). Bref. Elles comportent une part d’ombre, oui, bien sûr, mais elles portent aussi énormément de lumière, si toutefois ce type de division à un sens, ce dont je ne suis absolument pas certaine. Tout dépend de ce qu’on entend par sombre : si par là vous voulez dire « porteuses de mort », j’ai envie de dire que les déesses de fertilités sont pour moi nettement plus flippantes que les déesses de la guerre. Qu’une chose naisse implique qu’un jour cette chose mourra, et au niveau humain et organique (pour ne prendre qu’un minuscule aspect de la notion de fertilité, qui est bien plus vaste et complexe), l’accouchement était et est toujours un passage risqué où se côtoient la vie et la mort (même si aujourd’hui on essaie de faire croire le contraire avec la médicalisation : j’ai parfois l’impression que les gens voudraient croire qu’avec les techniques actuelles, on peut être à 100% certain que tout se passera absolument bien, et qu’on accepte d’autant plus mal quand ca n’est pas le cas. Il n’y a qu’à voir les réactions et autres commentaires sur des articles qui relatent des incidents à ce niveau là : tous sont choqués et pratiquement scandalisés que ca arrive.) Et pour taper dans le détail historique, à Sparte, les seuls habitants honorés d’un épitaphe sur leurs tombes étaient les morts au combat et les femmes mortes en couches. Alors le raccourci guerre = mort = sombre = danger, on a vite touché le fond.

Morrigan 

La Morrigan est une déesse, certes de mort, certes de la guerre, mais aussi de la Souveraineté, de la terre, du lien entre la terre et le pouvoir, et par analogie moderne, du pouvoir de Soi. Le lien entre Morrigan et la guerre n’est pas seulement une question obsolète et étroite de batailles et de carnage, il est aussi la capacité de reprendre le contrôle de sa vie, de trouver la force en soi pour affronter des périodes difficiles, pour établir clairement des barrières pour ne pas se laisser dévorer par une puissance hostile ou un danger. La force guerrière de la Morrigan, ce n’est pas seulement une furie chargeant sur son char à travers le champs de bataille, c’est aussi la personne (homme ou femme) qui dit « non, c’est non ». Non, je ne te rendrais pas service pour me sentir gentille et conforme alors que tu me prends pour une andouille. Non, vous n’avez pas à vous servir de votre statut de supérieur hiérarchique pour faire des plaisanteries déplacées à mon encontre. Non, vous n’avez pas l’autorisation de décider pour moi. Oui, je vais me battre parce que j’estime que la situation présente est une injustice (pour moi ou pour d’autres).

Andraste

Andraste est plus particulièrement la déesse du carnage. Un exemple : en situation d’agression, l’énergie d’Andraste, on pourrait dire que c’est le déclic qui se produit chez la personne agressée et qui va la pousser à réagir, à ne pas se laisser « mettre en boîte » par les conditionnements sociaux ou les règles telles que « on ne frappe pas ».
C’est le moment où on va se mettre à appliquer sur le terrain des cours d’auto-défense pour sauver son intégrité physique, sans être bloqué(e).
Je sais que cela peut paraître un détail, mais quand on lit certains récits d’agression -plus souvent dans le cas d’agressions sexuelles (j’avais lu il y a quelques années une étude sur les victimes de viols et d’agressions sexuelles) il me semble- les réactions des autres sont souvent de l’ordre du « mais pourquoi elle/il (bien que plus rarement) n’a pas réagi ? » Parce que la personne est paralysée,  tétanisée, incapable d’évaluer la situation et parce qu’elle est la plupart du temps profondément modelée par des codes sociaux, et qu’il suffit qu’une situation sorte de l’ordinaire pour faire déconner tout le système, ayant pour résultat que la personne ne parvient pas à réagir, et qu’ensuite, il s’avère malheureusement fréquent qu’on lui demande « mais pourquoi… » ou encore pire « si elle/il n’a pas réagi, c’est qu’elle/il l’a cherché » etc.

Elles me font peur

C’est un truc que je lis souvent, parce que la déité en question se pointe pour que vous bossiez avec (rarement pour un travail volontaire). Demandez vous ce qui vous fait peur chez ces déités. Pas « pourquoi », « quoi ». Qu’est-ce qui vous effraie : est-ce que vous avez peur de vous faire ramasser la tronche avec une bêche ? Peur de regarder en face la part tortueuse de vous-même ? Peur de ne pas y arriver ? Peur de perdre le contrôle ? Peur parce que l’inconnu vous effraie et que toutes les informations que vous pouvez lire à ce sujet vous disent « oh non c’est pas bien c’est dangeureux il ne faut pas ? » A partir de là, si vous êtes honnête avec vous même, vous verrez bien ce qui coince.
En ce qui concerne le fait de se faire ramasser, sincèrement, si vous faites le tour des questions, de vos peurs, de vos problèmes sans vous voiler la face, au moins vous aurez moins de risques de tomber sur une mine antipersonnelle bien planquée. Eventuellement, entreprenez un travail sur vous même avant de démarrer le processus. Après le reste, rien n’est jamais garanti.
Sur la peur de regarder la face « sombre » de vous-même : bah honnêtement, si vous avez déjà peur de voir vos emmerdes, vos blessures et votre chemin, ca peut dégoupiller assez brusquement le tas d’ordures planquées. Et oui, quand on bosse avec elles -mais c’est le cas avec toutes les déitéis quelque part- vous pouvez potentiellement vous retrouvez avec la tête bien enfoncée dans le tas de merde que vous planquiez au fond du jardin. Après, ca n’est pas sans raisons : vous voulez progresser ou continuer à faire semblant en laissant la merde s’accumuler ? Ca n’est pas agréable sur le coup, et même si parfois ce qu’on révèle au grand jour est quelque chose de très positif que l’on fuyait pour ne pas le reconnaître, sur le coup, oui, l’orgueil en prend en coup. On n’en meurt pas, bien au contraire. Vous êtes grand(e)s non ?

 

[PBP] G – La couleur de nos guerres / Travailler avec les déités guerrières 1/2

(1/2 la suite ici)

Je ne sais pas pourquoi nous en venons à emprunter les chemins qui deviennent les nôtres. Je ne sais pas ce que nous recherchons (in)consciemment. Certains disent que c’est pour se guérir. D’autres parce que nous sommes appelés. Pour certains c’est parce que nous ne nous trouvons nul part ailleurs. Il y a peut-être du vrai dans tout, ou alors c’est autre chose, je ne sais pas. Le « pourquoi » ne m’intéresse pas, ni pour interroger le passé ni pour sonder le futur. Je préfère « comment ».

Je ne sais donc pas pourquoi. Mais je me souviens de comment. Au début du comment, j’ai le souvenir d’un chaos épouvantable, de la peur constante de l’abandon. Et au milieu de ce merdier innommable, j’ai le souvenir de la première déesse qui m’a guidée. Et avant qu’elle ait portée un nom, qu’elle ait eu pour moi un visage, j’ai le souvenir de la colère qui m’a poussée à avancer, encore et encore. J’ai le souvenir de Morrigan, la première à être venue, même si ironiquement, je n’ai pas gardé de souvenir précis de son arrivée. J’ai le souvenir de sa force, de sa rage, de son énergie, de sa puissance et de son amour qui étaient là quand absolument rien d’autre n’était certain. J’étais petite à l’époque, et seulement adolescente quand elle a pris un nom et que son existence est devenue quelque chose auquel me raccrocher désespérément.
On me parlait de lumière et de guérison, mais quand vous êtes dans le noir en train de patauger sans même une lanterne, la lumière est une idée abstraite, et la guérison un concept qui vous fait rire jaune, parce que vous n’avez pas la possibilité de vous poser dans un abri pour panser vos blessures. Et de fait, quand j’ai approché les déités lumineuses, je me suis fait rembarrée de partout. Aucune ne venait, aucune n’est jamais venue. Et encore aujourd’hui, ce n’est que tout récemment que la première est venue spontanément à moi, alors que je ne m’y attendais pas. Je ne compte pas le nombre de tentative que j’ai fait pour approcher Freya, et le nombre de portes dans la tronche que je me suis prises.

Je serai bien en pleine de dire de quelle manière « les gens » perçoivent les déités de la guerre ou du carnage (ou les aspects particuliers de ces déités qui sont relatifs à la guerre disons) -sans même parler des déités « sombres »-, parce que je ne suis pas dans leurs têtes ni dans leurs pratiques ni dans leurs expériences. En revanche, je peux essayer d’expliquer comment je les perçois.

Elles peuvent sembler toutes identiques, liées à la mort et à la bataille. Mais elles possèdent toutes des caractéristiques, des énergies différentes et au contraire, loin d’être redondant, travailler avec plusieurs déités de ce type peut justement, à mon avis, aboutir à un travail très complet et s’avérer extrêmement enrichissant et bénéfique. Andraste n’est pas porteuse de la même énergie que Morrigan et encore moins la même que Sekhmet. Certaines de ces déités nous incitent à plonger pleinement dans la bataille, à prendre notre vie à bras le corps et à sortir la tête du remugle. D’autres agissent plus dans l’ombre, comme Odin. On le décrit souvent comme un dieu de la guerre, mais plus que l’aspect « combattant en première ligne », je le vois comme un stratège qui nous enseigne quand lâcher prise ou ce que nous pouvons considérer comme « sacrifice acceptable » et faire avec, comment travailler sur certaines de nos difficultés et nos problèmes pour mieux surmonter une période difficile.

Je ne pense pas être un cas particulier, mais pour ma part, plus on me montre des modèles lumineux, pleins de compassion, d’amour et de mansuétudes, moins je me sens connectée et apte à ressentir ce genre de sentiment. Les déités guerrières ne sont pas liées non seulement à la bataille et à la guerre. Elles sont aussi liées aux sentiments les plus noirs en nous, à ce que nous rejetons le plus et que nous nous interdisons de ressentir ou d’éprouver, par peur que ces sentiments nous contrôlent et parce qu’ils ne sont pas socialement acceptables : la vengeance, la rancune, la haine, la violence, la pulsion de meurtre, la colère, l’envie, la volonté de vaincre, la soif de pouvoir… la liste est longue et j’ai l’impression que ces sentiments sont encore plus taboues dans les « communautés païennes » où tout le monde semble parfois pétrie de bon sentiment et de gentillesse, pour mieux refouler le monstre plus loin sous la terre.
[Edit du 4/5/2013 : non les déités guerrières ne sont pas QUE ca. Et non la guerre n’est pas QUE ca non plus. Je m’arrête simplement sur les aspects que beaucoup semble redouter. Il va de soit qu’elles ont aussi une part « lumineuse » (et fuck, j’en ai ma claque de devoir poser ca en terme de dichotomie à la con, mais faute d’une meilleure image hein…)]

En quelques sortes, travailler avec elles nous place parfois dans des situations où nous ressentons ce genre de sentiments, et elles nous permettent de les reconnaître, d’en avoir pleinement conscience. Elles ne les canalisent pas, mais ce qui nous attends sur le chemin se pose souvent dans une dichotomie ironique ; accepter de les éprouver et soit de se laisser ronger par eux, soit de les dépasser pour accepter le monstre en nous. Accepter notre part d’ombre pour faire rejaillir plus clairement la lumière et accepter nos choix pour ensuite faire la paix avec eux, comme une sorte de processus de guérison. Je ne pense pas que ces sentiments disparaissent totalement. Parfois, certaines circonstances viennent douloureusement nous rappeler les moments les plus noirs de notre vie, et on constate que l’on a pas oublié, que l’on oubliera jamais. Et que l’on ne sera sans doute jamais capable de pardonner -si tant est que l’on en ait l’envie- mais au moins ils cessent de nous ronger lentement comme une maladie honteuse que l’on s’emploie à dissimuler à nous-même et à autrui.