La parole, les serments, les actes.

Au cours de ces deux-trois dernières années, où des changements pour le moins drastiques ont eu lieu à différents niveaux de ma vie (pour ne pas dire tous), j’ai eu l’occasion d’approcher différents groupes et la chance de participer à toutes sortes de rituels, de blots et de sumbel. Comme toujours, je trouve que les généralisations sont sinon dangereuses, au moins délicates. Elles peuvent induire en erreur et conduire autrui à se faire une image faussée ou des présupposés pas forcément valables, et finalement s’avérer néfastes sur le long terme. Il convient donc, comme toujours, de considérer que mes réflexions et mes positions sont relatives à mon expérience, et qu’elles peuvent par conséquence être proches des vôtres ou au contraire diamétralement opposées, ce qui n’en invalide intrinsèquement aucune : elles rendent juste compte de sommes de vécus différents.

La parole d’un individu est une donnée importante dans l’Asatrù. (Un terme que j’ai toujours un peu de mal à employer pour qualifier ma pratique, pour différentes raisons. Néanmoins, il faut reconnaître que, à l’heure actuelle, s’il fallait n’utiliser qu’un seul terme pour essayer de baliser et de qualifier l’ensemble de ma pratique, autant en terme de perception que de rites,ce serait encore celui qui conviendrait le mieux. Je ne suis pas franchement une polythéiste éclectique, pas vraiment « néo-païenne » dans le sens où ce terme semble globalement utilisé à l’heure actuel, et encore moins wiccane et compagnie.)

Lors d’un sumbel, on considère que tout ce qui va être dit doit être considéré avec prudence, puisque que ces mots ont un impact direct sur l’Örlog, et que de manière générale, la destinée (le wyrd) de tous les participant/e/s est liée. En d’autres termes, pour simplifier le schéma, disons qu’une personne s’engageant à faire quelque chose en un temps donné, ne s’engage pas seulement individuellement, mais qu’elle engage toutes les personnes participants à ce sumbel. Cette façon de considérer l’individu, non comme un élément entièrement indépendant libre d’agir à sa guise, mais comme élément intégré et ayant une part de responsabilité dans la vie de son groupe (le kindred ou le clan) et de ses membres pouvant s’expliquer directement dans la structure des anciennes sociétés germaniques et nordiques, (mais aussi, quoique de manière différente, dans bons nombres de sociétés et de structures anciennes) où la survie de tout le groupe dépendait de la solidarité et des capacités d’action de chacun de ses membres. (Notamment au vu des conditions de vie particulièrement difficile en raison du climat, de la pauvreté de la terre et de toute une série de facteurs. Pour rappel, les conquêtes des vikings -qui ne se nommaient pas ainsi eux même, pas plus qu’ils ne devaient utiliser le terme Asatrù- étaient à la base en partie motivées par la nécessité de trouver des terres cultivables.)

Prêter est un serment n’est pas un acte anodin, il s’agit d’un contrat verbal passé entre plusieurs partis : la personne qui prête serment, l’éventuelle autre personne (ou les témoins / membres du clan qui se retrouvent impliqués indirectement mais qui doivent s’assurer que le serment est rempli) et les Dieux. Une des suivantes de Frigg, Vár, est la gardienne des serments. La personne qui n’honore pas l’un de ses serments peut être punie, soit par les membres du clan, qui sont alors en droit de considérer que cette personne n’est pas honorable et ne peut donc pas demeurer dans le clan, mais aussi par les Dieux (c’est aussi une des fonctions de Vár.) La question corollaire qui vient donc généralement immédiatement en tête c’est « oui, mais comment fait-on si, pour une raison indépendante de notre volonté, on se retrouve dans l’incapacité d’honorer un serment ? » Et bien, c’est à vous qu’il incombe de réfléchir auparavant à cet éventuel cas de figure et à formuler votre serment de manière à ce qu’il comporte une porte de sortie pour ne pas se retrouver en porte-à-faux en cas d’incapacité.
Vu par le prisme actuel, on pourrait considérer que cette façon d’agir est semblable à ces petites notes écrites en tout petit à la fin des contrats d’assurance, et que quelque part, c’est un sauf-conduit bien commode. C’est à la fois vrai et faux. Vrai parce qu’à partir du moment où il est possible de trouver une échappatoire, on peut se demander quelle est valeur du serment initial. Il est alors commode de trouver une manière de se défiler pour ne pas avoir à remplir le serment tel qu’il a été passé au départ. Et bien, tout est dans la manière et dans le contenu : si vous passez un serment qui n’implique pas un réel effort de votre part, qui n’est pas un challenge, et que vous évaluez d’office qu’il y a une grande probabilité pour que vous vous rabattiez sur votre porte de sortie, alors ne passez pas de serments. D’autre part, cette « porte de sortie » ne devrait pas être une solution de facilité pour les paresseux mais devrait être tout aussi exigeante, quoique différemment.
Sinon, votre serment n’a pas de valeur. Et si vous ne remplissez pas vos engagements, alors vous n’avez pas de paroles, et si vous n’avez pas de paroles, alors vous n’avez pas de valeurs. Cela peut paraître froid et abominablement cynique, mais il faut garder à l’esprit que, remis dans les contextes anciens évoqués plus haut, toute cette organisation avait un sens capitale. Une petite structure sociale isolée, si elle voulait survivre, ne pouvait pas se permettre certaines libertés que nous pouvons aujourd’hui nous permettre sans plus de dommages que quelques egos froissés et une ou deux jérémiades sur Facebook.

Ceci étant dit, il me paraît important de préciser quelques points qui viendront nuancer quelque peu le propos. Premièrement, la notion du respect de la parole (et autres) ne voulaient pas dire que les ruses et autres fourberies étant inexistantes et que la subtilité étant inconnue, bien au contraire, il y a un certains nombres d’exemples dans ce sens, autant dans les Eddas que dans les Sagas. Voilà pour le premier point.

Le second point, et pas le moindre, étant que le fait de prêter un serment est tout à fait facultatif. Le serment, bien qu’il soit fréquent, surtout dans certaines occasions particulières, comme un sumbel funéraire, par exemple, n’est en aucun cas une obligation et il est bon de s’en souvenir. Le fait de lire et de se documenter est une très bonne chose, mais cela ne se substitue pas à l’expérience ou au vécu. Je me souviens avoir lu une quantité de choses avant d’assister à mon tout premier rituel de groupe, qui s’est avéré être un sumbel funéraire. Auparavant, j’avais bien lu que, effectivement, le degré d’alcoolémie allant croissant, les participant/e/s avaient tendances à se lâcher, tant au niveau des toasts portés qu’au niveau des éventuels serments prononcés. C’est une chose de le lire dans une étude universitaire qui se base en partie sur Beowulf, c’en est une autre que d’y assister (quelques siècles après Beowulf quand même…) et de constater que, outre le degré d’alcool, il y a aussi une énergie très particulière qui se dégage et un effet d’émulation qu’il peut être important de garder en mémoire, avant de faire une éventuelle connerie parce qu’on aura été tenté de rentrer dans la compétition de « kiki-kala-plulongue ».

Certains individus ont les serments faciles et en prêtent souvent, pour des motifs variés et pour des raisons qui les regardent. D’autres le font beaucoup moins aisément et toujours en choisissant leurs formulations avec une précaution de jésuite. Pourquoi ? Les serments peuvent être une arme à double tranchant, et le destin peut s’organiser de tel manière que tenir tel ou tel serment sera de l’ordre de l’impossible (parfois malgré « la police d’assurance ») ou parce que, même pour pouvoir respecter le serment en ayant recours aux « clauses d’urgences », cela vous conduira à agir d’une manière qui amputera vos capacités d’action ou bien aura un coût humain (en terme d’amitiés, de possibles, de tout ce que vous voulez) terrible. En résumé, même avec les intentions les plus sincères, les plus gentilles et les plus pures, vous n’êtes pas à l’abri de vous retrouver dans une merde noire, et qu’il n’est pas impossible que cela donne aux Dieux une latitude d’action sur votre vie dans des domaines ou par des moyens que vous n’auriez peut-être pas souhaité. Leurs agendas ne sont pas les nôtres, même si au bout du compte, il se peut que nous soyons finalement contents de notre sort, un peu de prudence et de bon sens ne nuit jamais.

Maintenant une autre question, peut-être un peu plus polémique, ou à tout le moins, sujette à débats. Une personne qui refuserait au maximum de prêter des serments est-elle lâche ? Une personne qui en prête beaucoup a-t-elle plus de valeurs ou est-elle juste un mariole de plus ? (Ceci étant une formulation volontairement polémique, répondant à des choses que j’ai pu lire sur la Toile, et pas forcément en français.)
Tout est une affaire de mesure, de contexte et d’actes quotidiens.
Dans mon optique -qui rappelons le, ne concerne que moi – à force de prêter des serments, on peut finir par en arriver à des obligations contradictoires (c’est d’ailleurs un ressort largement employé dans un certains nombre d’œuvres de fictions, et ce cas se retrouve fréquemment dans l’histoire) où pour en honorer un, on est obligé d’en bafouer un autre. Après une personne peut aussi en prêter pour des motifs disons relativement secondaires (quoique comportant une part de challenge pour cette personne, et cette notion est relative et propre à  chaque individu : cela dépend aussi bien de ses conditions de vie, que de ses moyens, de sa situation de famille, de santé, etc…)  -voulant par là montrer sa bonne foi- et elle est mesure de les achever les uns après les autres, sans jamais se retrouver prise au piège de ses mots. C’est un choix personnel, et tant qu’il est rempli, les interrogations que cela peut soulever relèveront davantage de l’interprétation de chacun que d’une démarcation claire et nette de « cela a été accompli », « cela n’a pas été accompli ».

Ceci étant, tout ceci laisserait sous-entendre qu’en dehors du serment, il n’y a rien. Hors, le serment est au départ quelque chose de très spécifique qui n’est employé que pour sceller certains accords particuliers ou pour des événements sortant de l’ordinaire. Au quotidien, et dans la majorité des cas, le comportement d’un individu devrait au maximum être en adéquation avec sa parole. Pour parler de manière plus simple : si vous dites que vous allez faire quelque chose, faites-le. Ne promettez pas constamment que vous allez faire quelque chose pour ne jamais le faire.
Dans les concepts scandinaves (et très probablement germaniques, mais je n’ai pas épluché tout ceci, je me garderai donc de toute affirmation catégorique), l’âme se divise en plusieurs parties, et l’une d’elle est le reflet de la force personnelle de l’individu, de sa valeur et de ses capacités personnelles¹. Le fait de manquer à sa parole porte préjudice à ses capacités, et le fait de rester fidèle à sa parole la renforce. En partant de ce principe, on pourrait s’interroger sur la force personnelle et la réelle capacité d’action d’une personne qui a besoin de recourir à des serments de manière fréquentes. A contrario, j’ai tendance a considérer qu’une personne dont les actes sont dans la majorité des cas en accord avec sa parole ne ressentira pas forcément la nécessité de prêter serment pour assurer l’autre partie (ou les Dieux) de sa volonté et de sa valeur, puisque ses actes parlent déjà pour elle au quotidien, le recours à une « garantie supplémentaire » est donc encore plus facultatif.

 1 : Apparemment, ce concept peut être rapproché de la notion de hamingja, mais étant donné que je manque de temps pour démêler sérieusement ces concepts en me fiant à des sources claires et sérieuses, j’ai choisi de ne pas les nommer, quitte à éditer plus tard l’article.

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Peut-on encore parler de Sorcellerie traditionnelle ?

Sporegod, 2011 par Zhectoid

Après une longue période où la wicca a été extrêmement populaire, au point de devenir trop souvent synonyme de néo-paganisme/paganisme pour une grande majorité de personnes mal informées (et qui souvent ne cherchent pas à faire la différence), on assiste depuis quelques années à la présence grandissante d’un ensemble de pratiques regroupées sous le terme fourre-tout de « sorcellerie traditionnelle ». À l’instar de la wicca, on a vu une quantité impressionnante d’ouvrages et de blogs abordant cette branche se réclamant de l’héritage directe d’anciennes pratiques de certaines régions. La « sorcellerie traditionnelle » est souvent désignée sous différentes dénominations, dont pour l’anglais « Hedge Witchery », « Traditional Witchcraft ».
Bien évident, l’immense majorité de ces blogs et de ces ouvrages (plus ou moins sérieux, plus ou moins bien documentés, suivant l’éditeur ou l’auteur) mettent un point d’honneur à expliquer en long, en large et en travers que, non, non, non, rien à voir avec la wicca, cette invention de Gardner. Eux sont bien évidemment plus true, plus authentique, moins fluff et « not for everyone » (J’adore. Genre un sentier, peu importe lequel, est adapté à tout le monde. On n’ose même plus dire qu’un vêtement ou un sport est pour tout le monde, alors le préciser pour la « sorcellerie traditionnelle », quelle blague. Genre c’est un passe-temps que vous pourriez avoir la lubie d’essayer. Quoi que parfois…)
Jusque là, il y a un semblant de cohérence. Sauf que les choses se gâtent quand dans la plupart des cas, il devient subitement question de manière d’invoquer les quatre éléments, de cercle de protection, d’une déesse dominante, d’un dieu cornu, d’outils de pratique et bla, et bla, et bla.
En fait, par moment on a l’impression que la wicca, ca faisait pas assez sérieux depuis qu’elle est devenue éclectique (attendez, on ne va pas accueillir n’importe qui quand même ? Trop mainstream les gens…). Et puis la « wicca traditionnelle » (aka la mal nommée Wicca « gardnérienne », pour ne pas rentrer dans le détail) ca ne sonnait pas assez « certifié authentique A.O.C depuis 1720 ». En plus Garnder aimait se mettre à poil et puis il faut réunir un groupe de personnes, c’est trop compliqué. Non, la « sorcellerie traditionnelle » ca fait tout de suite plus terroir (pas trop quand  même, sinon vous allez passer pour un identitaire), plus vrai, on jette le rede wiccan à la poubelle et puis on peut pratiquer seul/e. En prime, plus on bidouille à sa sauce, mieux c’est et personne ne peut vérifier. Quelle idée de génie !

À la limite, pourquoi pas : intrinsèquement, que chacun se réapproprie un ensemble de pratiques et les adapte à son pagus, à son histoire et que le tout soit diffusé, quelque part, tant mieux. Une tradition qui ne vit pas, qui ne s’adapte pas, qui n’évolue et que l’on ne transmet pas est une tradition qui meurt. Personnellement, je préfère voir voir évolutions et partages plutôt qu’une uniformisation globale faite de tout et de rien, qui ne revêt plus de sens pour personne.
Sauf qu’une tradition n’est pas un truc qui surgit de nul part. Si les traditions sont souvent comparées à des arbres, c’est bien parce qu’elles ont des racines. Une tradition s’inscrit dans une culture (et je parle pas de « culture livresque ». Si, si je précise, parfois il y a des gens qui n’arrivent pas à faire la différence), dans une civilisation. C’est tout un système, exactement comme un organisme vivant, avec son mode de fonctionnement, sa société régit par des processus de fonctionnement et des normes sociales. En dehors de ce système et si ce dernier n’existe plus, alors le reste meurt. Exactement comme un organe doit rapidement être transplanté si on ne veut pas le perdre.
Le principal désaccord que j’ai avec cette tendance (je n’aime pas parler de mode. Je ne pense pas que les gens s’amusent à changer de croyances / pratiques uniquement parce que le voisin le fait. Certes, le voisin les a peut-être inspiré, mais s’il n’y avait eu en eux aucune résonance, alors je doute fort qu’ils aient emprunté ce chemin. Je suis loin d’être une grande humaniste, mais prendre par défaut tous les gens pour des cons, c’est le plus sûr moyen pour qu’ils le deviennent.) n’est pas tant dans le contenu de la tendance en elle-même, mais davantage dans le vocabulaire utilisé pour la désigner. Les mots ne sont pas neutres et la manière dont nous choisissons d’employer tel ou tel terme pour nommer un fait, un processus, un ensemble de croyances participe à son identité et à son ancrage dans la mémoire collective. Hors, les pratiques que l’on trouve sous cette étiquette si elles sont effectivement inspirées de coutumes authentiques, sont trop souvent dénaturées par un processus de regroupement qui finit par leurs faire perdre leur sens premier. (Et premièrement, on peut question l’emploi du singulier dans les termes de « Sorcellerie traditionnelle. » Comme s’il n’y en avait qu’une.)
Je m’explique : c’est probablement une très bonne idée de s’inspirer du folklore d’une région en particulier et de vouloir écrire un livre sur la « Sorcellerie traditionnelle XXXX ». Maintenant, quand on constate que les quelques éléments de la culture locale en la matière se retrouvent sous une articulation qui évoque directement certains ouvrages plus que basiques sur la wicca (l’idée de l’existence d’une grande déesse du coin et de son consort fait notamment fureur), et que l’auteur/e dans son introduction a pris soin de bien dire que ce livre là, attention, c’est du vrai, hein, et que ca vient directement de telle ou telle personne, mais que l’ouvrage est dépourvu de tout élément historique ou permettant de resituer les pratiques dans un contexte social, même généraliste, alors oui, je trouve qu’il y a un très gros problème. Pas tant dans le fait de réécrire la tradition, mais dans le fait de prétendre que c’est la tradition originelle, qu’elle n’a pas changée. On peut agrémenter le tout avec autant de beaux dessins en noir et blanc et de mots de la langue ou du dialecte local, ça n’en reste pas moins du foutage de gueule malhonnête qui se vend pour se qu’il n’est pas. (Et encore, je n’aborde la question de la pertinence du médium de transmission ni ne questionne celle de la sortie du contexte culturelle).
La sorcellerie traditionnelle s’inscrivait dans une société essentiellement rurale qui a aujourd’hui majoritairement disparue en Europe Occidentale. Son fonctionnement, ses mœurs et son architecture ont évolué de manière drastique tout au long du XXe siècle (plus particulièrement à partir de la guerre de 14-18 et quasiment achevé dans les années 60. Cette datation est plus ou moins valable suivant les endroits ou même les pays. En France, c’est globalement pertinent.) La société d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier, et prétendre que les courants de sorcelleries traditionnelles n’ont pas subis eux aussi le contrecoup de cette évolution est absurde. Cela ne veut pas nécessairement dire que tout a disparu : certains éléments ont perduré, certains ont disparu, d’autres se sont probablement ajoutés.
Comme je le disais plus haut, on peut questionner le fait d’utiliser le terme de « Sorcellerie traditionnelle » au singulier pour désigner un ensemble de pratiques censé être propre à chaque région, et donc à chaque groupement établi sur un territoire plus ou moins défini, possédant qui une langue, qui un dialecte, qui un parler avec ses particularités et ses expressions, son histoire, ses coutumes, bref tout son bagage et son système. En gros, est-il possible de parler d’une sorcellerie traditionnelle française, d’une sorcellerie traditionnelle anglaise et de donner, sous couleur d’arpenter un chemin se voulant moins galvaudé, dans la grosse généralisation sans aucun approfondissement sérieux ?
Je suis toujours profondément perplexe de voir des nord-américains faire intervenir leurs ancêtres [insérer un adjectif] de la 5e ou 6e génération pour venir justifier d’adopter tel ou tel sentier culturel alors qu’ils n’ont pas été élevé dans cette culture là, qu’ils n’ont jamais mis un pied sur le Vieux continent. Pas que cela les intéresse -c’est leur droit le plus strict et vouloir renouer le lien avec son histoire familiale est une chose admirable-, mais qu’ils puissent venir se permettre de dicter comment, à leur avis, qui a le droit de faire ci ou ça, et comment on devrait le faire. Exactement comme quand il semble admissible pour certaines personnes de dire que elles, elles sont légitimes pour pratiquer [XY] mais que les gens de telle voie sont des %@#!!* de faire pareil avec la leur. L’altérité, ca vous parle ?
On en vient à l’épineuse question du : faut-il habiter sur une terre, en être originaire ou a minima y avoir habité pour pratiquer la sorcellerie tradz d’un endroit donné ? J’ai tendance à penser qu’en plus des éléments sus-mentionnés, une quantité d’autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte : on peut avoir des connexions spirituelles avec certaines personnes qui ne font pas forcément directement parties de notre lignée génétique, on peut parfois se retrouver dans une position où un certain nombre d’éléments vont nous pousser dans cette voie, il peut y avoir des initiations, on peut être appelé par un endroit sans aucune connexion visible et constater ensuite qu’un ancêtre y a vécu et que cela soit « assimilé » dans la mémoire de la lignée, bref, je ne vois aucune raison de se limiter de manière formelle à quelques données restreintes et je n’ai pas de réponse toute faite et catégorique à donner. De manière empirique, j’ai pu constater que quand une affaire est sérieuse à ce niveau là, c’est rarement sans raison.

Au niveau de la pratique proprement dite, je doute que la sorcière ou le rebouteux ait eu besoin de grand chose d’autre que des objets de tous les jours. À l’heure actuelle, aller se chercher un bâton en forêt est sans doute devenu une sorte d’aventure qui sort de l’ordinaire, avec tout le salamalec que certains sont capables de faire autour. Dans la société rurale, c’était tout bête : les gens possédaient un bâton pour aller garder les bêtes (au pluriel quand ils étaient assez riches pour cela) : la belle affaire que d’aller se chercher un bâton. Certes, il y avait peut-être un bâton particulier, mais si tout le monde savait qui était la sorcière du coin, on se gardait en général bien d’en parler ouvertement.
Pareil pour les formules, mots de pouvoir et autres. Honnêtement, je me permet de douter qu’il était question d’une grande déesse, sauf si on considère la Vierge Marie. Mais pour avoir lu deux ou trois trucs, au moins dans certaines régions, on ne dérangeait pas « la Vierge Marie », on s’adressait spécifiquement à la Vierge de telle chapelle dans tel endroit et on avait recours à la sainte locale, patronne de la source machin, connue pour soigner le type de maux auquel on avait à faire (en tout cas en terre catholique). Dans la « sorcellerie traditionnelle païenne contemporaine », évidemment, le culte des saint/e/s, ça passe modérément, alors il fallait bien adapter un peu le texte d’origine (qui avait peut-être déjà été adapté d’anciennes litanies.)

Du coup, si les pratiques actuelles ont reformulées les pratiques plus anciennes qui ont elles-mêmes été calquées sur d’autres plus anciennes, alors comment on fait ?
Et bien on regarde ce que l’Église interdisait, par exemple. Et on se détend.
Vouloir singer d’anciennes pratiques alors que clairement, tout ce qui les entouraient n’existe plus  (et qu’il est possible que l’on en ait une vision lacunaire) est sans doute modérément pertinent. En revanche, c’est peut-être une bonne manière pour commencer à se cultiver sur la question, en ne se limitant pas à l’aspect sorcellerie d’une société donnée, mais en essayant d’élargir le champs de ses connaissances à son sujet. Parce que concrètement, on trouve pas mal d’articles visant à faire ci ou ça sur la base d’un rituel/autre que l’on a trouvé dans un bouquin et que la personne adapte en toute bonne foi. Sauf que ça serait pas trop mal d’essayer de comprendre pourquoi ce rituel/autre pour cette occasion / lieu / célébration avant de vouloir faire une transposition. Parfois c’est le cas, parfois pas. Bon, l’important c’est d’essayer. Certes, il vaut mieux une action, même pouvant être améliorée, que rien du tout. Sauf qu’au lieu de qualifier sa pratique de « sorcellerie traditionnelle » / « Sorcellerie des campagnes » et autres, il ne serait pas mal d’accepter que ce n’est qu’une réinterprétation moderne de ce qui a pu existé et qui désormais n’existe plus.

La prose des Bâtards (les problématiques dans le Culte des Ancêtres)

Un dernier article avant un déménagement au loin… Je ne reviendrai pas avant un bon moment. 

Il n’y a plus que la Patagonie, la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud Je suis en route J’ai toujours été en route Je suis en route avec la petite Jehanne de France. (Blaise Cendrars – La prose du transsibérien)

Le culte des Ancêtres occupe une bonne place -sinon la place principale- dans les cultes traditionnels. C’est plus ou moins visibles suivant les groupes et les axes reconstructionnistes et autres, mais au niveau francophone, on assiste à une visibilité de plus en plus importante de cette pratique. Dans la théorie, il est facile de synthétiser rapidement le principe : celui d’honorer ses ascendants. Toujours dans la pratique, il est également relativement facile de de faire quelques synthèses de pistes pour les cas « problématiques » : vous avez été adopté(e) ? Tant mieux, vous avez à la fois vos lignées adoptives et vos lignées génétiques à honorer. Vous avez eu des conflits familiaux graves / familles abusives ? Concentrez-vous sur les « bons » ancêtres et de toutes façons, vous n’êtes pas un individu sorti de nul part, vous êtes sur terre parce que des gens se sont battus, ont survécus et que tout ne tourne pas autour de vous. D’accord, tout ca n’est pas faux, loin de là. D’accord cela ouvre des pistes.

Sauf que, tout ces pistes théoriques, prêtes à bouffer, c’est de la théorie justement. Et le sujet du culte aux Ancêtres, c’est toujours de la théorie, sauf quand il s’agit des nôtres. Quand il s’agit de notre histoire -ou non-histoire- familiale. Arriver la grande gueule en bandoulière avec des réponses toutes faites, c’est ce que vous pouvez vous permettre de faire quand vous n’êtes pas concernés, parce que la théorie prend tout en compte, sauf l’énorme potentiel explosif et sensible dont cette question est porteuse.

Pour certains, il est facile de s’exciter sur une image d’Épinal de sa famille (Parfois, « les fantasmes ancestraux », ca me fait penser au délire de Gardner qui a prétendu avoir été initié et avoir reçu des infos trop trues de Dorothy Clutterbuck, histoire de rendre plus crédible et plus badass ce qu’il avait reconstruit (remarquez, il y a peut-être des wiccans tradz qui s’ignorent. Ok, j’arrête de troller) que d’oublier ses paradoxes, d’oublier ses douleurs. Quelque part, tant mieux pour eux. Sauf quand ils se servent de leur vision (qui n’est jamais qu’un prisme lacunaire : chaque fois que nous considérons quelque chose, ce n’est de toute façon qu’un prisme lacunaire. C’est pareil pour les problèmes, sauf que c’est plus difficile d’échapper à un prisme problématique que de se mettre la tête dans le sable) pour essayer de l’imposer aux autres, ou pire de les rabrouer ou de les tancer sur ce qu’ils devraient faire et ne pas faire. Franchement, quand vous n’êtes pas directement concerné, soit vous y allez mollo, soit vous fermez votre putain de gueule avec vos généralisations sur qui / quoi / pourquoi on devrait honorer ci ou mi. Idem pour les discours du type « mais si tu né/e, c’est que tu l’as choisi, donc… » (les dérives du New Âge et ses ravages : avoir ce type de philosophie n’est pas intrinsèquement un problème, ce qui est un problème, c’est quand la personne s’en sert pour donner des leçons). Les gens qui arrivent la gueule enfarinée avec des discours tout fait sur ce type de question ont généralement une famille relativement simple, ou alors c’est ce qu’il aimerait croire (un peu comme quand j’entends les généralisations idéalistes/idéalisées pour correspondre à « un certain modèle moral », généralisations du type « nos ancêtres ne divorçaient pas ». Ou encore plus fendard quand cela implique les délires du style « l’homosexualité existait moins qu’aujourd’hui ». Haha. Mais bien sûr. Les divorces existaient, ils étaient peut-être moins fréquents effectivement, mais peut-être qu’ils étaient moins fréquents parce que les lois le rendait beaucoup plus complexe, pas parce que les gens avaient une morale « tellement différente de celle de nos jours sur la question. » Tout est relatif : ce type de question demande une énorme quantité de recherches pour ne pas sombrer dans le cliché bas de gamme. Quant à l’homosexualité, je n’ai pas assez de données pour y répondre (à part que les catégorisations hétéro/homo etc, semblent dater de l’ère victorienne), alors plutôt que de dire une connerie, je me contenterai de dire que cela demande des recherches. Peut-être qu’effectivement, elle était moins fréquente qu’aujourd’hui, peut-être pas (je dis bien « fréquente » pas « visible »).

Et que fait-on, quand il n’y a pas d’histoire familiale ? Parce que vos racines n’ont cessées de bouger au cours des quatre générations précédentes, qu’il n’y a eu aucune transmission ? Quand vous avez été coupé(e) de votre histoire par des parents / grand-parents qui pour X raisons ont refusés de transmettre « le flambeau » ? Et que fait-on, quand tout ce que vous découvrez, génération après génération, c’est la répétition d’une histoire dramatique, malsaine, et pas seulement le fait d’un individu isolé ? Et que fait-on quand on n’a pas de « terre natale », quand on appartient aux déracinés, à ceux qui passent leur vie, et dont les ascendants ont passés leur vie à devoir oublier le passé ? Quand les archives qui pourraient contenir votre histoire ont toutes été brûlées par les conflits successifs qui ont déchiré une partie de l’Europe ? Parce que cette région d’où certains de vos ancêtres viennent, a été une poudrière ? Ou quand vous êtes un(e) enfant « non conforme au cahier des charges familiales » et que par le truchement de votre éducation, on vous a non seulement fait comprendre que vous ne faisiez pas partie de la famille, mais que l’on vous a violemment fermé la porte à toute coutume, langue, histoire, culture, souvenir ? (Franchement, pour moi, des gens qui se sont conduits comme ça ne méritent ni que l’on fleurisse une tombe -qu’ils ne méritent pas-, ni qu’on les honorent.). Le problème du problème, c’est quand cela ne se résume pas une seule génération, mais quand l’on constate que ce type d’histoire se répète, des parents, des grands-parents, et encore avant. Après, il ne reste souvent pas grand chose de tangible, et pour moi, il y a une différence entre honorer des ancêtres « imaginaires » et avoir des souvenirs concrets de transmission. Quand on cumule toute une suite d’axes à problèmes, ça devient velue comme thématique. On pourrait imaginer que effectivement, retrouver quelques « ancêtres référents » aide, et d’une certaine manière, c’est le cas. Mais de manière un peu grinçante, j’ai eu l’occasion de constater que très vite parfois on vient vous dire que, quand même, ce n’est pas comme vos ancêtres de sang et que pourquoi vous ne… (« Merde ! » comme dirait Léodagan.) Parfois, on peut retrouver certains ancêtres qui se pointent, et petit à petit, retisser le lien. Parfois. Pas toujours. J’avoue que quand on constate que finalement, tout est mort à ce niveau là (parce que parfois,  il ne reste plus personne de vivant, histoire de bien couronner le tout), je vous avoue que je ne sais pas comment on fait. Je n’ai pas de réponse, et j’ai pu constater que cette problématique est beaucoup plus courante qu’on ne le pense. Comme pour beaucoup de sujets : on trouve beaucoup de sources quand cela se passe bien, moins quand ca se passe mal. Et généralement, les cas où il est fait mention de situations qui se passent moins bien, soit c’est quand la personne a résolu sa problématique, soit quand elle a décidé qu’elle ne ferait pas çi ou ça pour telles et telles raisons. L’entre-deux, faut gratter nettement plus pour avoir des infos. En même temps, je ne cherche pas de réponses toutes faites, justement parce que je crois que dans ce domaine, les réponses toutes faites ne marchent pas. Oui, on peut honorer ses ancêtres de manière généraliste, mais est-ce que, en terme d’impact et de force, cela suffit à compenser les autres défaillances ? En d’autres termes, est-ce que ce rempart suffit pour contenir toute l’étendue d’eau qui par ailleurs menace ?

Par dessus le marché, le pompon, c’est quand des gens viennent vous dire QUI vous devriez prier parce que vos ancêtres venaient de là, et qu’ils ont lus deux fiches wikipédia et pensent vous apporter la civilisation. Jusqu’à preuve du contraire, laissez une personne suivre son chemin. C’est le sien, pas le vôtre. D’autant que les évolutions arrivent au fur et à mesure d’un cheminement, à vouloir les forcer, on risque juste de « braquer » la personne et à la bloquer. Ou qu’elle peut avoir d’autres processus nécessaires à explorer au préalable, quitte à se rendre compte qu’en fin de compte, telle option n’en était pas une et qu’elle s’avère finalement caduque. De plus, des histoires « d’adoptions » peuvent arriver à plusieurs niveaux : non seulement les adoptions passées mais aussi toutes les adoptions actuelles : adoption par une terre, une région, un pays. Adoption par une lignée qui nous intègre, lignées perdues qui en fait rejaillissent sous forme d’un Allié, d’un panthéon etc. Je pense qu’en terme de « culte des Ancêtres », il y a autant de solutions, de problématiques, de parcours, de fonctionnement qu’il y a de personnes.

[SYLPHE] D’ac-corps.

Auteur inconnu

Après les différents articles sur le sujet des signes, le deuxième « round de recherche » du groupe SYLPHE porte, au choix, sur le corps ou sur les sacs de sorcière.

La thématique du corps est riche, vaste, complexe. On retrouve fréquemment des axes semblables, par exemple le chemin vers l’acceptation de soi, l’épanouissement, ou encore le côté sacré du corps.

Il y aurait beaucoup à dire sur la façon dont la société actuel perçoit le corps, et les nombreux partages, souvent sensibles, sur les difficultés rencontrés, sur le long parcours nécessaire pour se détacher des postulats parasites sont autant d’illustrations de ces paradigmes.

Certains angles reviennent fréquemment, notamment celui qui vise à redonner au corps son aspect sacré. « Mon corps est un temple que je vais apprendre à honorer » (en gros) probablement par opposition au diktat du « corps impur et imparfait, sale et tabou qu’il convient de cacher ».

Je n’ai jamais été une grande adepte du précepte visant à faire de mon corps un « temple sacré ». Pendant longtemps j’y étais même assez violemment opposée, complètement rebutée par le côté « passif » du concept. Pas intrinsèquement -après tout chacun fait ce qu’il veut- mais parce que je ne voyais pas en quoi cela allait apporter quoi que ce soit de constructif dans mon parcours et par rapport à ma manière de voir la vie.

J’ai longtemps considéré mon corps comme un outil qui avait intérêt à être fonctionnel et opérationnel, n’hésitant pas à me malmener au besoin. Je suis un peu plus détendue sur la question aujourd’hui, mais je comprend toujours pas en quoi on devrait opposer :

* un aspect dit « sacré », avec tout l’attirail qui accompagne généralement ce terme : discours plus ou moins complaisant, déballage de récits où la personne explique en détail qu’elle a pris un bain parfumé et qu’elle s’est mis de la crème pour le corps, qu’elle honore la Déesse au moment de ses cycles menstruels et que ca y est, elle se sent trop femme et qu’elle est bien dans peau. Tant mieux pour toi Chérie (ce n’est pas ironique). Je suis ravie de savoir que des gens se sentent bien dans leur peau et heureux, mais franchement je vois pas en quoi je dois me sentir concernée. Je comprend qu’on tente de combattre les vieilles antiennes sournoisement insérées par l’éducation et qu’on encourage les petits gestes de réappropriation de soi au lieu de se brimer, surtout quand les personnes ont vécues tout un tas d’expériences plus ou moins traumatiques qui les ont déconnectées de leur corps. Je comprends qu’en partageant le bien-être apporté par cette expérience, la personne essaie d’encourager les autres à faire de même. Je trouve ca chouette, ne vous méprenez pas. Sauf que sur moi, c’est un procédé qui ne marche pas. C’est comme la pub ou les discours des commerciaux, j’y suis hermétique (c’est plus ou moins le même procédé que le « oh cette nana a l’air trop bien dans sa peau avec son nouveau shampooing, ses cheveux sont beaux, tiens je vais tester.)

* un aspect plus martial, plus fonctionnel.

C’est assez intéressant cette mise en opposition quasi-systématique et souvent inconsciente, comme si on rattachait l’aspect « sacré » et tout le toutim à un appareil symbolique féminin et l’aspect martial à un appareil symbolique masculin. C’est aussi con que les gens qui pensent qu’une fille féminine ne peut pas être lesbienne parce qu’elle ne correspond pas à l’image / l’idée que EUX se font d’une lesbienne.

Pour moi, ces deux aspects ne se contredisent pas du tout, ce sont juste des « composants »  par contre, ce qui change, c’est la vision de la personne.
Je ne sais pas comment les autres pensent, et encore une fois, je ne suis pas eux, je ne vais pas extrapoler en pensant que je peux penser comme eux et en faire une vision imaginaire très certainement faussée. Par contre, je peux tenter d’expliquer de quelle manière je perçois les choses.

Quand j’étais enfant, ce que je voulais, c’était m’entraîner à repousser mes limites de résistance physique (ce qui s’est traduit à l’adolescence par un certain nombre de pratiques plus ou moins limites. Comme se graver les runes dans le bras pour s’entraîner à encaisser la douleur. En réalité, c’est assez peu judicieux, d’une parce que le paganisme n’a pas besoin qu’on le torpille en adoptant des comportements pouvant conduire les gens qui n’y connaissent rien à faire des généralisations dangereuses. De deux parce que de toutes façons, entre encaisser de la douleur en étant en mode « stoïque » et en état de stress intense parce que dans un contexte de danger, ca n’a rien à voir, à cause de l’adrénaline etc), apprendre tout ce qui pouvait être utile pour la survie, etc. Concrètement, j’apprenais tout ce que j’avais la possibilité d’apprendre au cas où ca me serve un jour. (Allumer un feu, me servir d’une boussole, et j’en passe). Je me souviens avoir piqué une crise quand on m’a dit que les filles ne faisaient pas le service militaire, et que de toutes façons, bientôt il serait supprimé. Du coup j’avais décrété que les filles en Israël, elle avait de la chance parce que elles, elles pouvaient intégrer Tsahal. (Ca a fait hurler de rire mon père qui m’a dit que je n’avais qu’à m’engager dans l’armée. Ma mère a moins aimé par contre).

Ca ne m’empêchait pas d’aimer porter de belles robes (j’avais horreur des pantalons), de jouer à la petite fille modèle et de vouloir un jour me  marier à l’Eglise (mais sans robe blanche parce que le blanc, c’était moche et que je voyais pas l’utilité d’avoir une robe neuve juste pour une journée) et avoir huit enfants.

(Bon, maintenant, ceux qui me connaissent IRL arrêtent de se tenir les côtes ^^).

D’un point de vue pragmatique et factuel, prendre soin de soi au niveau physique, aimer son corps etc, peut aussi être une arme, et une arme redoutable. En fait, quand on y réfléchit, développer ses capacités physiques, que ce soit sur le plan de l’endurance, des arts martiaux, de la confiance en soi, des connaissances intellectuelles, des méthodes de survies, des pratiques sexuelles, de la meilleure façon de se mettre en valeur physiquement, etc, rien n’est intrinsèquement inutile si on sait quand et comment l’appliquer.
Je pars du principe que le corps étant la seule chose que l’on emporte partout avec soi (cette phrase est sponsorisée par Captain Obvious), autant mettre le maximum de chance de son côté en prenant soin de lui, en apprenant à le connaître et en respectant ses besoins, en connaissant ses limites parce qu’on ne sait jamais quand on sera obligé de tirer sur la corde. Parfois ca peut-être pour des choses marrantes dans un cadre sécuritaire, et parfois ca peut être pour des raisons nettement moins drôles. Mais ca, on ne le sait jamais en avance.

En matière de pratiques magiques, ca vaut aussi, aussi bizarre que cela puisse paraître. Parce que certains rituels vous vident. Parce qu’il est préférable de se connaître, d’être honnête et réaliste par rapport à ses forces et ses faiblesses, physique et mentales, sinon ca peut vite virer au merdier intégral. Pas obligatoirement dangereux, mais qui peut au minimum péter gravement l’ambiance. J’ai un souvenir de ce style là, pas très reluisant pour moi, mais j’avais trop cru que j’avais dépassé certains problèmes, sauf que non. Encore aujourd’hui, j’en suis pas fière mais ca m’a servie de leçon.
Certaines pratiques sont plus fatigantes que d’autres, la pratique de la transe par exemple, suppose d’avoir une condition physique de base pas dégueulasse.

Bien qu’elle puisse paraître froide, cette approche n’est pas, à mes yeux, en contradiction avec le fait de s’aimer (ou d’apprendre à s’aimer, quitte à travailler sur certains points, et au niveau psychologique et au niveau physique) et d’honorer son corps.
Nous ne sommes pas égaux en la matière, que ce soit en considérant nos capacités, notre apparence physique, notre état de santé. Il y a un certains nombres de paramètres sur lesquels il est possible d’agir (si on a un problème de déséquilibre alimentaire et que l’on n’aime pas son apparence physique, il est possible, dans une certaine mesure, d’essayer de résoudre une partie du problème, mais aussi de prendre conscience et de tenter de guérir ce qui est à l’origine du problème. Il ne s’agit pas de prétendre que « c’est très simple et qu’il n’y a qu’à » ou de faire des simplifications abusives : mais il y a sans doute des processus et des gestes qui peuvent aider la personne a transformer un cercle vicieux de  destruction en quelque chose de positif. De ce point de vue là, effectivement, le fait d’essayer de porter un nouveau regard sur son corps sans le malmener et en appliquant par exemple certaines méthodes telle que celle expliquée dans le paragraphe sur le sacré, peut produire une charge positive pour la personne, au moins dans certains cas. )

Concernant l’état de santé, la question est autrement plus casse-gueule. Nous avons nos forces et nos faiblesses en la matière, et si certains points peuvent s’améliorer ou être soigné, ou la vie de la personne rendue plus facile avec le temps, certaines choses resteront impossibles. A ce niveau là, les encouragements maladroits et les avis à l’emporte-pièce ou les réflexions déplacées sont plus ou moins courants et pas facile à gérer. Combien de fois j’ai entendu des phrases comme « mais comment tu fais pour être aussi myope ? » ou « mais tu vas devenir aveugle ? » ou « mais à ce niveau là en fait, tu es handicapée ». Ou plus sournois les gens qui ne disent « ah mais ca n’est pas vrai que tu sois myope, souvent tu ne mets pas tes lunettes. » « Oui, dans ces cas là, il y a un truc qui s’appelle les lentilles de contact tu sais ». Une fois, ca passe. A force, j’avais juste envie de leurs coller un taquet dans la face. Je ne suis pas toujours très douée pour savoir quoi dire quand une personne me parle de certains de ses soucis / état de santé, du coup, je tend à la fermer et à me contenter d’écouter, évitant les « je comprends » (bah non, on peut comprends intellectuellement, mais on n’est pas la personne, donc on évite de faire comme si on savait exactement ce qu’elle vit) ou « mais tu as essayé de » et les conseils médicaux ou « tu verras quand » (au pif, quand une personne vous dit qu’elle essaie de concevoir depuis X mois et que ca ne marche pas, ne répondez pas « ca viendra quand tu ne t’y attendras pas » ou « tu es trop stressées » ou « psychologiquement tu n’es pas prête ». Je connais plusieurs personnes qui ont été ou sont dans ce cas là, et franchement, même si votre remarque se veut « gentille et pleine de compassion », si elle rentre dans cette optique, fermez votre mouille.)

Auteur inconnu

Il y aurait encore beaucoup à ajouter, notamment sur la vision d’un corps idéal, et de sa représentation dans les différentes branches du paganisme actuel. Parce que même si cette représentation se veut quelque peut différente des critères de la société de consommation, on assiste quand même à l’élaboration d’un modèle : celui d’une beauté naturelle, de certains marqueurs de féminité (et masculinité, mais je suis moins au fait pour en parler)  dans le rapport à certains grands thèmes comme la maternité ou les règles. Et j’ai souvent l’impression que, consciemment ou non, un certain nombre de personnes essaient de se positionner -en pour ou en contre- par rapport à ce modèle plus ou moins défini.

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Une normalité païenne ? (I)

Une petite captatio benevolentiae : ceci est une tentative d’analyse factuelle sur un sujet tendax. 

Combien de fois j’ai lu « Je suis païen/ne, et j’ai une vie normale, je suis une personne ordinaire ». Peut-être pour combattre les supposés clichés sur la marginalité de celles et ceux qui suivent une voie différente et mal connue par le plus grand nombre, ce qui est compréhensible. Pour autant, faut-il revendiquer une normalité (avec tout ce que cette notion a de flou) pour asseoir sa légitimité ? Est-ce que, loin de de contribuer à nous rendre « acceptables » pour la Société, la revendication d’une quelconque normalité ne contribue pas au contraire à créer une dichotomie, sous-entendant qu’il y a en fait deux types de « païens » : ceux qui sont « normaux » et ceux qui ne le sont pas, ces derniers n’étant alors que des marginaux, et non de « vrais païens acceptés et acceptables par une hypothétique communauté païenne ?

Comment elle se définit cette normalité ? Par le suivi d’une vie aux critères sociaux acceptables, parce que répondant aux grands courants qui structurent nos vies occidentales dans un XXIe siècle en proie à de grands questionnements et évolutions ? Par le fait d’être neurotypique ? Et qu’est-ce qu’on fait de ceux qui s’écartent, volontairement ou non, de cette norme finalement imaginaire, on les fout au placard et on leurs demande de fermer leurs gueules pour ne pas entacher les jolies images d’Epinal d’un paganisme policé et lissé pour être validé par l’ensemble d’une société qui, pardon, n’en a rien à battre de notre gueule ?

Plus que la notion de norme stricte, qui sous-entendrait que nous nous référons tous aux mêmes critères, je préfère considérer l’existence d’un certain nombre de variables, propres aux groupes et aux sous-groupes qui évoluent en se côtoyant au sein d’une société qui n’est qu’un résumé de façade de tous ces groupes. La somme de toutes ces variables constituent une moyenne, ou même une médiane, et c’est par rapport à cette moyenne ou/et à cette médiane qu’un individu ou un groupe d’individu est aspecté.

Cette idée que, si nous nous présentons comme de gentilles personnes normales, sans aspérités, sans problèmes, alors tout ira bien et la Société nous accueillera les bras ouverts, relève non seulement d’une utopie touchant à la stupidité crasse, mais est aussi un mécanisme pervers qui sous couleur de « tolérance » peut au contraire amener les individus à devenir des persécuteurs de tout ce qui échappe à cette norme du « païen bisounours » (notamment en terme de pratique). Plus on va vouloir tendre vers une « moyenne molle », alors plus les écarts de part et d’autre de cette moyenne vont se situer aux extrémités. Et si l’on avait la curiosité de faire la médiane, sans doute l’image du « païen de base » serait très différente de celle que dresse cette fameuse « moyenne molle ».
Dans certains articles récents paru dans la presse en ligne française (dont celui là) deux tendances se détachent invariablement : d’un côté celle du hippie new ageux qui nous fait du gloubi boulga de croyances aka, une personne un peu conne et irréaliste qui n’a pas grandie dans sa tête et qu’on va regarder en se marrant sous cape. De l’autre, celle du polythéiste (reconstruct’ ou non) qui, parce qu’attaché à son sol et à sa culture, est forcément un sale nazi raciste et que, rappelons-le, le nazisme c’est mal, donc montrons les du doigts, bouh les pas beaux, au bûcher.

Partant de cet exemple, on ne peut pas en vouloir aux gens qui veulent absolument montrer une image acceptable du paganisme dans le but de lui donner plus de crédibilité. Le mécanisme étant tout à fait compréhensible. Le problème, c’est que loin de contribuer à combler le schisme entre « le new ageux con comme la lune » (+ 15 en critique s’il marche pieds nus et mange bio) et le « nazillon blondinet » (+ 15 en critique s’il prie des déités germaniques/nordiques), ca ne fait que l’empirer et ca entretient la dynamique qui est à l’origine de ce type d’interprétation manichéenne. Il n’y pas deux tendances schématiques, mais trois groupes : ceux aux deux extrémités du spectre, et la majorité qui devient une norme, composée d’individus qui auront tendance à présenter un aspect lissé pour y entrer, puisque ce n’est qu’une fois lissée que cette norme devient acceptable. Comme dit plus haut, ce mécanisme est compréhensible, et je n’ai pas d’alternatives pertinentes à proposer. Le problème, en quelques sortes, ce n’est pas tant de vouloir expliquer que non, nous sommes pas composés d’individus excentriques appartenant soit à un groupe A, soit à un groupe C, c’est que du coup au sein de la norme (on va dire le groupe B) il peut parfois s’effectuer un processus conduisant les individus trop susceptibles (ou que l’on soupçonne trop susceptibles) de la décaler vers un des pôles A ou C, et ce faisant, ces mêmes individus se retrouveront effectivement dans les pôles extrêmes (en général ce processus a tendance à être passivement actif : il y a une « morale dominante » et les individus dégagent d’eux-même quand tout le monde explique que « c’est pas bien », dans certains cas, il se produit des pics où l’on crie haro sur le baudet. Le fait étant que ce ne sont pas toujours les mêmes facteurs qui conduisent à ce genre de pics, mais plutôt un ensemble de situations / détails qui vont conduire à une réaction chimique explosive. Plus la situation se complexifie en présence d’un certains nombre d’individus disparates, plus vite on arrive au point godwin et à la désignation d’un bouc émissaire pour ramener le calme dans le groupe.)
Si l’on considère la tendance individualiste, dans laquelle ce sont les individus qui façonnent le groupe, on peut supposer que ces individus auront tendances à influencer de manière plus neutre les pôles A ou C dans lesquels ils auront été « rejetés ». Si l’on considère au contraire la tendance holistique (dans laquelle ce sont les groupes qui façonnent les individus) on peut supposer que, au contraire, les tendances de ces pôles A ou C exerceront alors une influence déterminante sur les individus qui s’y retrouvent. En pratique les mécanismes d’influences ne me semblent pas aussi déterminés et faciles à analyses. Ceci étant, cela m’amène à dégager deux questionnements : premièrement, un groupe qui souhaite se positionner de manière forte gagne t-il véritablement quelque chose en se composant d’individus dont les normes sont consensuelles, puisqu’il n’a alors pas grand chose de « fort » à opposer aux autres groupes considérés comme « marginaux et non représentatifs » ? (Sinon on pourrait supposer qu’il s’auto-régulerait de lui même et que, par exemple, le paganisme serait moins enclin à être présenté encore et toujours par le prisme de ces extrêmes. Exception faite bien sûr du fait que le spectaculaire et le racoleur attire le chaland.) Et là encore, ce fonctionnement est à considéré à plusieurs niveaux puisqu’il n’existe pas de classification unique. Un même individu peut se retrouver classé comme A, B ou C suivant le référent analytique. Je m’explique : je suis peut-être une A suivant certaines personnes. Pour d’autres sans doute une B et enfin pour d’autres encore, une C. Pourtant je suis toujours moi-même. A la lecture de mon blog, il y a certainement des gens pour qui je suis une connasse new age, pour d’autre une païenne typique et enfin pour d’autres encore, je suis juste une sale nazie. Pourtant, ma personnalité propre n’a pas changé, c’est seulement sa perception qui est différente suivant mon interlocuteur. (Vous pouvez bien me classer dans ce que vous voulez, personnellement je m’en branle).

Sur le plan global, nous avons donc défini une sorte de norme, et deux pôles satellites gravitant aux abords de cette norme. Mais si l’on considère intrinsèquement chaque groupe, on constatera que pour chacun de ces pôles A, B et C, il existe aussi une norme et des pôles satellites. En fait, analyser les normes et ces pôles conduit à établir progressivement de plus en plus de division au fur et à mesure que l’on pousse son analyse, un peu comme la division de la matière qui finit par aboutir à l’atome, qui ne peut être divisé. (En fait, techniquement l’atome peut aussi être divisé en plusieurs particules subatomiques. Dont les quarks, qui sont de manière très drôles, des particules dites « sociables », qui ne sont jamais seules. Elles ont des masses croissantes, des noms choupis et pour chaque quark, on retrouve un antiquark. C’est pratiquement le concept de l’âme sœur expliqué par la physique des particules, c’est adorable.) A l’inverse, plus on s’éloigne de la connaissance et des fonctionnement de ces groupes, moins leurs subtilités deviennent intelligibles et plus on est tenté de tout mettre sous la même dénomination.

Bref, nous voilà bien avancé puisque la norme est donc relative et ne peut en somme être aspectée que suivant des référentiels évolutifs. Si l’on reprend donc l’analyse du groupe majoritaire B qui se présente comme étant « normal », on constate que la norme à partir de laquelle ce groupe tente de se définir est la norme sociale courante actuelle en vigueur dans une certaine partie de la société occidentale contemporaine. En d’autres termes, nous avons un groupe qui tente de se faire accepter par une norme qui n’a pas beaucoup de points communs avec lui, et qui répercute ensuite cette norme à laquelle la plupart des païens se sentent étranger sur d’autres sous-groupes. Bisous l’uniformisation. Concrètement, les normes sociales actuelles en vigueur sous nos latitudes ne prennent pas en compte les Esprits, les Dieux (à l’exception de la figure monothéiste) etc. Et nous, on tente joyeusement d’expliquer que mais si, on les prend en compte, mais on est normal. On est différent, mais un peu normal quand même. (Alors qu’en fait, ne vous inquiétez pas, on passe tous plus ou moins pour des con/ne/s). Et encore pour le moment, je m’en tient à une analyse purement factuelle de la « normalité », sans rentrer dans la question des cas neurotypiques / neuro-atypiques, des rapports avec les Esprits, de la magie et de tout le bordel.

Je pense que se proclamer comme normal dans ce cas de figure là, et créer scission communautaire sur scission communautaire, en voulant plus ou moins éliminer ceux qui ne rentrent pas dans nos critères, c’est, sur le long terme, reconnaître que finalement, il n’existe pas de norme païenne, pas plus qu’il n’y a de communauté païenne au singulier. Donc, quelque part, à moins de concilier l’inconciliable, ce qui n’aura jamais lieu pour des raisons évidentes (je ne dit pas qu’il faudrait ou qu’il serait souhaitable d’arriver à concilier inconciliable) on pourrait même douter du fait qu’il existera un jour une « communauté païenne unie. »
Comme je l’ai dit plus haut, je n’ai pas d’alternative à proposer et que cela revient à poser l’éternelle question « faut-il tout accepter ? A quel moment il faut dire stop ? » Loin de toute prise en compte des critères moraux (qui sont individuels) j’en souligne juste le paradoxe (trouver une norme aux seins de groupes qui n’ont dans le fond pas grand chose à voir, « paganisme » étant un vaste mot qui est comme dire « croyant » : il ne suppose absolument pas que les personnes aient dans le fond grand chose de commun sur le plan à la fois philosophique, religieux, moral, économique, social, politique etc.) et le processus d’exécution, ainsi qu’un éventuel impact supposé sur le long terme (mais je ne suis pas exactement une optimiste, plutôt une réaliste cynique). Continuer d’entretenir l’idée d’une norme païenne de référence est-il donc pertinent ? J’en sais rien.

 

[PBP] U – UPG

weyoume_tumblrUPG pour Unverified Personal Gnosis (en français Gnose Personnelle non Vérifiées) est une abréviation que l’on rencontre largement dans les textes anglophones et désigne en gros les informations obtenues sur une déité lors d’expériences personnelles. Ces informations ne sont généralement pas vérifiables (en tout cas pas complètement) par le biais des sources primaires.
Voilà pour la définition de base.

Après, ce qui est intéressant, c’est de constater que si ces informations ne sont pas vérifiables par le biais des sources premières, on peut avoir d’autres bribes d’informations qui s’y rattachent en consultant les sources secondaires. Du moins pour certaines d’entre elles. Prenons deux exemples :

* Dans les pratiques contemporaines, Frigg est souvent associée au bleu clair et au blanc. Rien dans les Eddas ou les Sagas ne confirme cette association, mais rien non plus ne vient l’infirmer. Si on regarde dans les sources secondaires purement universitaires, non plus (encore qu’on pourrait commencer à disserter sur le fait qu’aucune plante native d’Islande ne permettait de colorer les tissus en bleu et que l’importation de la guède dans le pays aurait commencée au XVIIe siècle. A vérifier, ce n’est pas une information de première main. Bref, je m’égare). Si on consulte différentes « sources de travail / réflexions » (comme dans Our Troth, pour ne citer que ce bouquin là), que l’on se réfère à des intuitions/ travaux d’autres personnes qui n’ont pas forcément été compulser des livres sur la question, on tombe souvent sur le même ressenti. C’est une UPG, pas très intéressante si on la prend au premier degré (après tout les couleurs et les dieux…), un peu plus « marrante » si on considère les symboliques des couleurs dans la société scandinaves (et non le bleu n’est pas « la couleur de la connaissance » chez eux.)

* Prenons maintenant un autre exemple, celui de la signification de la Valknut. Concrètement, si ma mémoire est bonne, rien dans les textes ne dit en fait explicitement « ce symbole est celui d’Odin ». On l’a retrouvé gravé sur des pierres trouvées sur l’île de Götland, mais comme le souligne H.E. Davidson dans The Lost Beliefs of Northern Europe (page 31), nous ne savons pas si le cavalier sur un cheval à huit pattes est Odin ou un guerrier mort chevauchant vers l’autre monde. De la même façon, le mot valknut, et son lien à Odin est une attribution moderne. Sa signification réelle a fait l’objet de nombreuses spéculations (celles de Rudolf Simek sont particulièrement intéressantes, malheureusement je ne les ai parcourues que sous forme de citations / mentions dans d’autres ouvrages).
En revanche, travailler avec ce symbole apporte un certain nombre d’hypothèses et des résultats parfois assez, euh, fulgurant. Comme il est intéressant de faire des recherches « personnelles et intuitives » sans rien connaître, et de parcourir ensuite certains auteurs (dans le cas présent Gundarsson,  Richardsson etc.) et de faire une drôle de tête quand on se rend compte que l’on retrouve certaines hypothèses personnelles pratiquement mot pour mot (parfois, prévoyez la gnôle, ca fait un putain de choc.) Ce deuxième exemple est intéressant parce que contrairement au premier, on peut trouver des hypothèses d’universitaires (de là à se dire qu’il y a un genre d’UPG de recherche universitaire qu’ils cherchent ensuite à confimer, et qu’ils planent bien eux aussi…) et aussi parce qu’au niveau de la « pratique personnelle et des techniques » c’est un peu plus dense.

Concrètement, l’UPG vient compléter le lore, les sources, pas les contredire, même si les pistes qui s’ouvrent sont parfois assez surprenantes. Morrigan Darkmoon avait d’ailleurs fait un très bon article dessus.

Le détail, qui me fait souvent râler, c’est de ne pas essayer de faire passer de l’UPG pour un truc historique. Et de préciser, autant que possible (parce que parfois dans le corps d’un article, il faudrait limite utiliser plusieurs couleurs de typo) ce qui relève de l’UPG personnelle, de l’UPG personnelle mais partagée par d’autres personnes, de la recherche universitaire, des sources premières, des sources dérivées (contes, légendes, coutumes, linguistique). Question d’honnêteté intellectuelle et surtout, de ne pas « semer ses intuitions personnelles » en les faisant passer pour ce qu’elles ne sont pas, mais aussi de permettre aux gens de pouvoir creuser par eux-même s’ils le désirent au lieu de les amputer et de les rendre dépendant d’une personne (et/ou de ne pas s’approprier le travail d’autrui). Deux personnes (ou plusieurs) ont le droit d’être d’accord et celui de ne pas être d’accord sur une intuition, un ressenti, bref, une UPG.

Autant que possible, de la manière dont je considère les choses : chacun est libre d’avoir une UPG / une pratique, à partir du moment où la personne sait un minimum m’expliquer comment elle en est venue à cette conclusion (sans me dire « on me l’a dit et c’est tout » -sauf si c’est pour des détails, comme les couleurs ou les offrandes, ou même les plantes/animaux, et encore pour ces derniers, un minimum de lien dans la réflexion, c’est mieux.)
L’UPG ne devrait jamais non plus être une manière d’écraser les autres ou une façon de les diriger / les manipuler. Avoir une putain d’UPG « béton » (comme si ca existait) sur une déité ne veut pas dire que l’on vaut mieux que les autres ou que vous avez le droit de leurs dire comment ils doivent la considérer ou pas. Ce n’est pas parce que l’expérience d’une personne ne coïncide pas avec la vôtre que vous devez lui dire que « ah mais non, ce n’est absolument pas ça, d’ailleurs, je suis prêtre/sse de machin/sorcière initiée/spirit-worker/ta mère en slibard, donc moi je sais et pas toi. » Je mentirais si je disais que parfois je lève pas les yeux au ciel en lisant certains trucs (souvent j’ai les mains qui me démangent), mais après tout, je ne marche pas dans les pompes de la personne, et ca peut-être intéressant d’en discuter, pas pour rallier l’autre à ses idées (une discussion qui a pour but de convaincre autrui que l’on a raison part sur de mauvaises bases à mes yeux), ne serait ce que pour voir comment l’autre fonctionne (les gens emploient des mots, sauf que ces mots ne veulent pas dire la même chose pour chacun : et hop problème de communication. Certains sont même spécialistes de ça.) Dans le même ordre d’idée, ce n’est pas parce que vous êtes débutant/e que vous ne pouvez pas avoir d’UPG : c’est un peu comme si on disait « ah non, tu es trop jeune pour avoir une sensibilité (l’exemple n’est pas très bien choisi, mais l’idée est là). Ce n’est pas un « bonus » qui tombe pour fêter vos trois ans de pratique, c’est plutôt le travail quotidien.

Après on a aussi le droit de trouver que l’autre fait de la merde, que ce sont des idioties. De ne pas être d’accord. Si c’est le cas, je pense que l’on est -heureusement- libre de dire « bah écoute, pour moi ca colle pas du tout. je ne suis pas d’accord avec toi, mais après tout, tu es grand/e, tu fais comme tu veux. A l’occasion tient moi au courant. » [Personnellement, si quelqu’un me demande un avis, je lui donne. (Si l’avis consiste à répondre à la question « et à ma place, tu ferais quoi ? La personne peut aller voir ailleurs si elle y est. S’il n’est pas d’accord, il fait comme il veut, c’est pas mon problème.) S’il va pas dans le mur, tant mieux pour lui. S’il va dans le mur, c’est « tant pis pour lui » ou « bien fait pour ta gueule » suivant mon humeur.] Parfois on peut se tromper ? Oui, on peut toujours se tromper, quel que soit le domaine, UPG itou, peu importe le nombre d’années d’XP. On n’arrive pas au level 90 et hop ca y est. 😉

Pour résumer le pavé : Pratiquez. Notez. Lisez. Réfléchissez. Et puis éclatez-vous, merde.

[PBP] T – Tribu

Auteur inconnu

L’importance de la tribu n’est pas dans le fait de pouvoir faire de super rituels de groupe ou de pouvoir faire des festivals païens. C’est sympa, mais ce n’est qu’une façade, la partie visible de l’iceberg.

Les grandes épiphanies, les révélations ne surgissent pas au milieu d’une célébration avec treize personnes, un soir de pleine lune, en plein été au fond de la forêt. Elles ne s’accompagnent pas du glamour d’un bel autel avec un rite parfaitement organisé. Elles se cachent dans le travail quotidien, dans les messages impromptus, dans les tirages en compagnie d’une copine et d’un verre de jus de fruit au milieu d’une nuit d’automne.

Une tribu n’a pas besoin d’être définie, avec le nom des membres couchés sur le papier et d’avoir une page Facebook, un blog et des outils de communications. Votre tribu de Sorciérons, ce sont ceux qui sont proches de vous, sur qui vous pouvez compter quand il y a un coup de mou dans votre pratique, quand il y a des phases de doute. Ce sont ceux à qui vous pouvez téléphoner, parler de ce qui vous tracassent, des phases de changements. Ce sont ceux qui vous écoutent, même s’il ne savent pas quoi vous dire. Ce sont ceux qui savent vous dire quand ils ne sont pas d’accord avec vous, qui sont en mesure de vous dire de faire attention quand cela est nécessaire. Qui vous diront quand ils ne savent pas, quand ils pensent que vous allez vous manger un mur. Qui seront là même si vous vous le mangez, sans vous jeter, même si parfois ils lèveront un sourcil et vous diront qu’ils vous avaient prévenu. Ce sont ceux avec qui vous passerez des soirées d’enfer ou aurez des délires débiles. Avec qui vous partagerez le bon, le meilleur et le moins bon. Tous les sorciérons ne s’entendront pas toujours tous bien : les liens évoluent en permanence, et le fait d’être ami avec deux personnes ne présagent pas que ces personnes le seront entre elles, ni qu’elles doivent essayer.

Plus le temps passe, plus je me demande à quoi cela sert ces questionnements de « je pratique en solitaire mais je voudrais pratiquer en groupe. » « Ah tu as de la chance de pouvoir faire des rituels avec un cercle, moi je ne peux pas. » A mon sens, il n’y a pas vraiment de pratique solitaire opposée à une pratique de groupe. Il y a des phases où on a la possibilité et l’envie de ritualiser de manière formelle au sein d’une structure et des phases pour le travail personnel. Si ces phases peuvent coexister temporellement, ce n’est ni une nécessité ni une généralité.
Je pense que beaucoup de gens confondent « célébration collective » et « cercle de sorciérons ». Une célébration collective purement spirituelle ne demande pas de liens approfondis. Et un cercle de sorciérons n’a pas forcément besoin de se réunir et de pratiquer des sortilèges en groupe. S’il peut et s’il le souhaite, ca peut être génial. Mais ca peut aussi être la bérézina : je ne pense pas que toutes les pratiques magiques, toutes les énergies personnelles et conceptions à ce niveau-là puissent systématiquement s’accorder. Parfois, je me demande si beaucoup de groupes de pratique ne volent pas en éclat parce qu’il est facile de confondre « pratique magique », « pratique spirituelle » et « amitié ». Avoir des croyances communes, des conceptions ou des parcours proches n’est pas forcément un facteur de réussite dans ce domaine.

Vous pouvez trouver relativement des gens pour célébrer un tournant de l’année, mais comme disait Saint-Exupéry « on ne se créé pas de vieux camarades ». Quand  certaines configurations pointent le bout de leurs nez, avoir des personnes qui peuvent vous aider par des tirages, des partages d’expériences, ou simplement une bonne discussion et/ou du réconfort, ca vaut tous les rituels classieux autour d’un feu de camp.

Pratiquer seul/e, par choix ou pour des raisons variées ne fait pas forcément de vous quelqu’un d’isolé. Ce n’est pas parce qu’une personne leade des rituels de groupe qu’elle sera la personne la plus à même de vous conseiller ou de vous écouter. Ce n’est pas parce qu’une personne a seulement 5 ans de pratique et vous 10 que vous ne pouvez pas lui demander de l’aide, que cette aide ne sera pas d’un grand secours. L’âge non plus n’a pas tellement d’importance, c’est plutôt le degré de maturité et d’ouverture d’esprit, de réflexion et d’amour. Je ne parle pas de l’amour neuneu « aseptisé » à grande renfort de citations toutes faites et de phrases bidons. Je parle de la présence et de l’attention, du Regard. Quand vous êtes trempé comme une soupe, les pieds mouillés, en train de claquer des dents, le moral dans les talons avec une nuit blanche derrière vous, vous serez content quand la personne qui arrive vous dise « viens on va se poser, ca va aller ». Dans ce genre d’instant, c’est tout ce qui compte, pas le nombre d’années au compteur, les initiations, les cursus validés et les rituels de groupes leadés.

Aimez les autres pour ce qu’ils sont, pas pour ce qu’ils représentent (ou bien souvent « pour ce que vous pensez qu’ils représentent »).