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Était-ce un don de Dieu¹,
Était-ce la loi de Laima²,
L’étranger rencontra l’étrangère,
Et ils s’aimèrent leur vie durant.

I

Un seul soleil, une seule terre,
Mais pas de langue partagée :
j’ai traversé la rivière,
Déjà la langue avait changé.

II

Saule³ a mené ses chevaux
Se baigner dans la mer ;
Elle est assise sur la colline,
Les rênes d’or à la main.

III

Où emportes-tu ta maison, Saule,
Le soir en te couchant ?
– Au milieu de la mer, sur l’eau,
À la pointe d’un roseau d’or.

IV

Extrait de Dainas, Poèmes lettons traduits et présentés par Nadine Vitols Dixon.

1 : Dievs, un Dieu qui au fil des siècles a été amalgamé au Dieu chrétien.
2 : Déesse de la Destinée mais aussi du bonheur, la plus souvent invoquée dans les Dainas.
3 : Mère Soleil, déesse solaire, une des plus importantes.

 

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[PBP] T – Traumatisme et guérison

Artiste inconnu

Quelles raisons, quels événements nous conduisent à un jour nous retrouver sur les voies que nous arpentons aujourd’hui ? Y-a-t-il un jour un déclin qui nous fait sauter le pas, ou une succession de faits qui pris individuellement sont insignifiants ? Je n’en sais rien, je n’ai pas de réponse toute faite à ces questions. Je ne saurais pas dire ce qui m’a amené à cette voie là, au niveau des croyances. Par contre, je sais comment j’en suis venue à m’intéresser à la magie, aux tirages de cartes, aux runes. (Je distingue parcours spirituel et parcours « magique »)

Je voulais contrôler ma vie, et enfant je n’avais aucune prise sur ce que je vivais. J’ai malheureusement été amené très tôt à considérer que les adultes n’étaient ni source de protection, de réconfort ou de fiabilité. Qu’ils avaient leurs propres règles et qu’ils maîtrisaient les règles du jeu. Qu’un enfant est sans défenses, et que je n’avais aucune arme pour me protéger. J’ai grandi avec notamment la terreur du « un jour, on te fera croire que tu vas à la danse / chez une amie / à l’école, et on t’emmènera en pension / à l’asile de fous et tu y resteras jusqu’à ce que tu sois grande / toute ta vie ». J’ai grandie avec la peur que chaque transport en voiture se finisse devant une bâtisse où l’on m’enfermerait, où je serais prisonnière pour le restant de mes jours. Ca et le « tu as rendu ta mère malade, c’est de ta faute, je te tuerai. » La maison n’était pas sûre. L’école non plus, pour d’autres raisons. Tabassages en règle, et « Unetelle n’a jamais de problèmes, débrouilles-toi. » Alors j’ai cherché des armes, une manière de me défendre.Voulu savoir comment me battre, savoir comment on allumait un feu, trouver mon chemin, construire un abri, si un jour je devais fuir.
J’ai commencé à penser à la magie, influencée par mon environnement, par certains livres dans la bibliothèque parentale, par le professeur Tournesol qui retrouve tout avec son pendule. J’en ai demandé un pour Noël, je venais d’entrer au CP. Je suis arrivée à l’école après les vacances et j’ai demandé à mes camarades de me poser des questions auxquelles on pouvait répondre par oui ou par non. Des questions dont j’ignorais les réponses. J’ai fait mouche assez de fois pour faire peur. ma mère m’a menacé de le confisquer si je continuais. Ce n’était pas un jeu. Je me suis dit que je tenais un premier outil. Je m’en servais pour savoir si les adultes tenteraient de me piéger, pour me tenir prête. La magie des adultes, c’était de la merde : souvenir amer d’un panettone rapporté de Sicile par mon père qui promettait une surprise magique. Et en fait de surprise magique, un vulgaire repliage savant qui faisait que la boîte se repliait pour faire sortir le gâteau par le fond. J’en avais été écœurée. Si c’était ca la seule magie que les grandes personnes connaissaient, qu’ils se la gardent.

Plus tard, au collège ca a été un jeu de cartomancie. Je tirais les cartes en rentrant chez moi déjeuner le midi, pour savoir comment je pouvais manipuler ma prof de français, échapper à un truc déplaisant, savoir ce que l’on ne voulais pas me dire. J’y réussissais plutôt bien. L’éthique ? La fin justifie les moyens.
Petit à petit, je suis allée faucher « Le Grand Albert » de ma mère, épluché ses pages, tenté de la faire parler sur ses propres expériences en la matière. « Ce n’est pas un jeu, ce n’est pas pour toi. » Tant mieux, je ne voulais pas d’un jeu. Plus tard encore, avec l’adolescence et les films d’horreurs, je me suis demandée comment me défendre en cas d’attaques de fantômes et autres. Je suis allée chercher Eliphas Lévi, méticuleusement épluché au lieu de faire mes DM de maths. Fait une liste de tout ce qu’il fallait que je lise. Été découragée par la longueur et la complexité des rituels.

Quand j’ai découvert les runes, j’ai jubilé en lisant un avertissement « ce n’est pas un jeu » et lu certains usages particulièrement dangereux. On pouvait tuer, et j’allais les apprendre pour tuer. Pour me venger. Pour détruire la vie de celles et ceux qui m’avaient fait du mal. La vengeance ne sert à rien nous dit la morale. La vengeance n’est pas là pour compenser ou remplacer. Elle n’est pas là pour apaiser une douleur sourde. Pour moi, la vengeance sert à dire à son ennemi : j’ai gagné, tu as perdu. Cela ne me ramènera pas ce que j’ai perdu, mais je t’ai buté, écrasé, anéanti, abattu. J’ai ruiné ton empire et je danse sur ton cadavre. Je ne raconte pas cela pour avoir de la pitié, je n’en veux pas, mais parce que ce sont des faits passés situant un contexte.

Ce n’est qu’à cette époque que croyances et pratiques se sont rejointes. Paradoxale : d’un côté la petite wiccane fluffy de 17 ans qui croit en une Déesse à l’amour infini, mais qui apprend les runes pour se venger, et qui accumule les connaissances en tout genre pour survivre comme d’autres se font un arsenal. Au départ, voilà ce qui m’a amené à « pratiquer consciemment ». Pas l’amour de la Nature, ni la volonté de comprendre ci ou ca. C’était une volonté acharnée et pragmatique.
De manière toute aussi pragmatique, vers l’âge de 10 ans, je me suis dit que je n’y arriverai jamais seule. Que les adultes étaient useless. Que mes ami/e/s ne comprenaient pas. Qu’il me fallait l’aide de Dieu. J’ai dealé mon âme ou 30 ans de service en échange de la connaissance. Je voulais savoir. Que lui par contre, je pouvais lui faire confiance et qu’il me protégerait.

Aujourd’hui, ca fait plutôt rire. Jaune éventuellement. Est-ce que ce deal passé du fond de mon lit en disant mes prières à l’âge de 10 ans a fait de moi ce que je suis aujourd’hui ? Un côté dit que oui. Un côté dit que non. En tout état de cause, difficile de savoir, tout ce que je sais c’est que ce fait n’est pas à considérer sous ma façon de voir actuelle, et que le revoir sous cet angle peut le fausser. Je ne suis pas fan de l’illusion biographique. Facile, 10 ou 15 ans après de revoir un détail et de lui donner une autre interprétation pour qu’il colle à notre actualité.

Quid de la guérison ?
Je ne sais pas si l’on en vient obligatoirement à certains sentiers pour se guérir. Difficile et maladroit de dresser un tableau général au vu de la multiplicité des voies. Par contre, je sais ce que je peux en dire au vu de ma maigre expérience personnelle et de mon point de vue.
Aller voir une déité dans le but unique de se guérir, c’est un peu comme débarquer chez quelqu’un que vous avez croisé dans la rue pour lui demander de vous aider. Un non-sens. Les déités ne sont pas des toubibs, des psy, des parents de substitution. Ils peuvent guérir, ils peuvent soigner, mais ce n’est pas comme coller un pansement sur une plaie béante. Parfois, vous avez besoin d’une opération à cœur ouvert sans anesthésie. Et souvent, d’une pré-opération pour vous rendre compte qu’une opération sera nécessaire. Mais vous ne prenez pas rendez-vous pour la subir, cela vous tombe dessus sans préavis, généralement au moment où vous aimeriez le moins avoir à la subir.

On dit que l’amour soigne. Je suis d’accord. Mais je suis sceptique sur la pertinence d’aimer « dans le but de », c’est un autre type de problème. Par contre, je crois que quand on développe une pratique dévotionnelle -qui n’a pas besoin d’être spectaculaire ou mirobolante- profonde et suivie, que l’on dépasse quelque chose, qu’on apprend à les aimer, comme ils sont, pour ce qu’ils sont, que l’on tisse une trame, faite de claques quand on déconne, d’amour, et de courage, en revenant sur le tissage on se rend compte des accrocs réparés. Qu’à force d’amour, parfois la guérison vient comme du miel sur une brûlure. Un jour s’attendant à saigner on trouve une cicatrice que l’on n’a pas vu se faire. Les Dieux ne nous soigne pas directement, mais ils nous font cavaler, bosser, tisser-défaire-refaire, nous font stopper le véhicule allant droit dans le mur pour emprunter une voie encore moins confortable qui débouche sur un quelque part. En empruntant cette voie, nous nous guérissons nous-même. Ce n’est ni facile, ni rapide, mais quand cela arrive, l’épiphanie ne vient pas avec le tonnerre grondant des révélations théâtrales, elle vient après, quand on a perdu le fil et qu’on le retrouve au milieu de l’écheveau. On donne de sa personne, ils montrent la route. Ainsi se fait l’échange, le don pour le don.

Je pense que la pratique magique sans la pratique dévotionnelle/spirituelle est une impasse, parce que s’il n’y a rien à aimer derrière un rituel, c’est le vide que l’on célèbre. Vous pouvez accumuler les armes, mais si personne ne vous dit comment les employer, vous crèverez la gueule ouverte. L’aspect pratique et l’aspect dévotion vont de pair.

[PBP] S – Le Sexe

Auteur inconnu

(Un peu en vrac… j’ai pas les idées forcément très organisées)

Le sexe est un sujet plutôt absent, un peu comme la douleur d’ailleurs. Quand il en est fait mention, on a l’impression que c’est soit un aspect hyper technique niveau pratique, soit un outil et basta.

Premièrement, je distingue ce qui est souvent désigné par le terme « magie sexuelle », et le sexe, purement et simplement. Ce ne sont que mes impressions, mais quand il y a des étiquettes « magie sexuelle », j’ai souvent la sensation qu’on tombe dans le rituel à la con « pour s’attacher un partenaire pour la vie », « pour qu’il reste fidèle » comme si baiser était une recette de détartrant naturel. Allons-y, et classons la magie par couleur aussi, ca vous dit, un joli nuancier de fil à broder DMC ? Soyons sérieux deux putain de minutes, ces histoires de magie rouge, blanche, noire, jaune devant et marron derrière, c’est de la merde.
Certains iront vous parler des dangers qu’il y a à vouloir s’attacher quelqu’un ou le charmer grâce à des rituels. Attention à votre karma, au triple retour, au poulailler des voisins… Ce que j’ai observé, c’est qu’à chaque rituel, vous renforcez un lien, et qu’au bout d’un moment, l’effet se dissipe. Pour que cela fonctionne, il faut augmenter la charge à chaque nouvelle tentative. Comme une drogue. Et comme avec une drogue, vous deviendrez accroc, et le jour où vous voudrez décrocher, bonjour les dégâts. Après, faites comme vous voulez, c’est votre tronche et c’est pas mon problème.

Il n’y pas besoin de faire du tantrisme ou de mettre sur pied des rituels sophistiqués, j’ai même tendance à dire, au contraire. Sur la question de « la vraie magie c’est de faire l’amour avec une personne que l’on aime » ou « il n’y a pas besoin d’être amoureux », je ne pense pas qu’il y ait une réponse définitive. Parfois vous aimez la personne et c’est merdique. Parfois c’est de l’attirance et ca fait des étincelles, bref, ca dépend de paramètres variables, y compris suivant les moments, pas uniquement en fonction des partenaires. La seule et unique base, à mes yeux c’est : « Entre adultes. Consentants. » Après, faites ce que vous voulez, comme vous voulez, avec qui voulez, et aussi nombreux que vous voulez. Je ne crois pas non plus qu’il faille un pôle biologique (on va dire ca comme ça) féminin et un masculin.

Niveau pratique, on peut utiliser (j’aime pas ce mot, mais je n’en ai pas d’autres) l’acte sexuel (quel qu’il soit) pour provoquer une transe. J’aurais du mal à l’expliquer, mais la base de chaque transe est une question d’alignement, alignement qui est ensuite décomposé et qui permet de voyager. Si on regarde disons, le filage, la poterie au tour et le tambour et le sexe, on peut trouver une base commune : on démarre centré, et on déploie le mouvement, sa répétition créant une espèce de vibration sur laquelle on « navigue ». S’il n’y a pas de centrage, ca part en vrille et le fil se casse, la terre se façonne de travers et tout s’affaisse, au tambour on fait du random dans sa tête, etc. D’une certaine manière, la représentation des neuf mondes nordiques avec Helheim en bas et Asgard en haut, j’ai du mal : pour moi, ils sont tous centrés, et plus ou moins imbriqués. (Il y a des années j’avais fait un rêve où je trouvais une espèce d’objet métallique composé de neuf anneaux réunis en leurs centres, j’y ai repensé l’autre soir.)
Si on additionne disons, sexe et douleur, on peut créer une sorte de détonateur, même si je serais vraiment bien en peine d’expliquer comme cela fonctionne : si je devais employer une image, je dirais que c’est comme retordre deux fils ensembles pour une confectionner un plus costaud.

Ca permet aussi, dans certains cas, de rediriger l’énergie vers un but, suivant les actes, on peut plus ou moins modeler l’énergie avec des ajouts additionnels (souffle, chant, etc.).

Fin du côté technique un peu brouillon.

Pour le reste, quoi dire ? Pas grand chose. Un pas grand chose sans doute plus important que tout le reste mentionné ci-dessus.
Je ne crois pas qu’il y ait un amour pour les chats, un amour pour son conjoint et un pour les Déités. C’est le même à mon avis. Et toujours à mon avis, parfois c’est un peu le bordel, tout se mélange. Sauf que chut, faut pas le dire.
Il est souvent question de la vie quotidienne, et que les actes de cette dernière peuvent aussi être une dévotion : faire la vaisselle, ranger, se laver. Je rajouterais aussi le sexe. Le sexe peut être aussi une forme de dévotion (qu’il y ait de l’amour dans l’acte pur ou pas, même si je considère que l’acte de dévotion est de toutes façons une forme d’amour). Si vous arrivez à faire des petites cases et à aimer votre conjoint de 20h à minuit, vos ami/e/s de 15h à 18h et vos Dieux de 9h à 12h, comment dire… au secours ?

Perfect Love & Perfect Trust

Aujourd’hui, la Wicca a globalement mauvaise presse pour tout un tas de raison. Les wiccans sont des cons qui n’ont rien compris et qui gonflent tout le monde (j’ai déjà lu des avis à peine plus fins). On met tout de côté sans même chercher à faire l’effort de creuser sous les apparences, parce que de toutes façons « la wicca, c’est de la merde ». Certes, tout le monde n’a pas un avis aussi tranché, et les reproches ne sont pas forcément tous infondés, bref, tout est relatif.  Mais il y a un truc, un détail d’importance. Ce que l’on dit au moment de l’initiation et dont la signification ne se cantonne pas à la Wicca mais peut-être compris dans de nombreux contextes.

Parfait amour et parfaite confiance.

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[PBP] D – Devotion is always a matter of love

Le terme dévotion vient du latin devotio, qui comporte plusieurs sens dont : 1/action de se dévouer, vœu par lequel on s’engage. 2/dévouement, attachement sans réserve.
Il est intéressant de mentionner que le verbe devoto peut signifier 1/invoquer une divinité. 2/soumettre à des enchantements.
(source)

Dans le sens où ce mot est employé actuellement, je pense que l’on pourrait raisonnablement accepter de définir de manière générique le terme dévotion comme « une action de d’honorer une déité et de lui témoigner notre attachement. »
Cet attachement peut se témoigner de biens des manières, il y a des tâches que nous faisons spontanément, d’autres qui nous sont demandées. Il y a des chemins que nous voulons emprunter, d’autres qui nous sont proposés. Je ne pense pas que l’on soit « obligé » : c’est trop facile de dire « on m’a forcé », c’est une déresponsabilisation. Je pense que nous avons le choix, ou que nous avons eu le choix, et que pour X raisons, nous avons choisi. Mais c’est tellement plus facile de dire qu’on nous a forcé que d’avouer que l’on a accepté, par amour, par curiosité, par égo, par défi, par peur.

Nous n’aimons pas toutes les déités que nous considérons avec la même force, et elles n’ont pas toutes le même impact en permanence dans nos vies. Certaines sont plus ou moins présentes, pour un temps plus ou moins long. Certaines ne font que passer, d’autres restent. Cela ne signifie pas qu’on ne peut pas rendre hommage à une déité de manière plus formelle : les rapports avec les déités ressemblent, à certains égards, beaucoup à nos rapports avec les autres. Nous ne sommes pas obligés d’aimer ou de nous entendre avec tout le monde. On peut parfois être amenés à entretenir des rapports plus formels, ou à présenter nos excuses par rapport à certaines choses (ce qui ne veut pas dire que ces excuses, même dans un « cadre formel » sont dépourvues de sentiments.). Il est possible à mon sens, de « saluer » une déité sans pour autant entretenir un rapport dévotionnel. Pour autant, il n’y a pas de dévotion « mécanique ». Si elle est mécanique, elle est de nature formel et agit comme un lien « social ».

La dévotion est toujours une question d’amour, quel que soit le degré de cet amour ou la façon dont il s’exprime. Dans l’absolu il n’y a pas de sentiers qui valent mieux qu’un autre.
C’est le lien que nous forgeons entre elle et nous, les manifestations de cette réciprocité, notre manière à nous de les soutenir, de les maintenir vivantes, présentes mais aussi de construire, de consolider la relation que nous entretenons. C’est quelque chose d’éminent personnel, d’intime. Je suis toujours un peu perplexe quand des gens expriment publiquement l’amour que leur inspire certaines déités : d’un côté je les admire. De l’autre, je me demande si ce ne sont pas des choses que nous devrions garder pour nous : nous ne savons pas quel impact nos mots ont sur les autres, ce qu’ils ont vécu, peut-être qu’en les étalant à la vue du premier venu, nous dénaturons ces sentiments, leur puissance, leur pouvoir.

Certaines dévotions sont douces comme des pluies de printemps, d’autres nous arrachent le cœur et l’âme, nous entraînant sur des sentiers que nous n’aurions jamais pensé emprunter. Certaines nous réchauffent comme un feu de cheminée et d’autres nous irradient comme des explosions nucléaires.

[Sigyn Project – Jour 14] Amor omnia vincit

Le 14 février est parfois décrit comme étant la fête de Vali¹ (le fils d’Odin et de Rind) et est prétexte à une célébration de l’amour. Bien qu’il semble que cette célébration soit une réinterprétation moderne sans véritables sources historiques (après, je ne suis pas une spécialiste non plus), cela m’a donné matière à réflexion.

J’avoue avoir un peu de mal à comprendre le lien entre la célébration de l’amour et Vali, qui venge la mort de Balder. Autant pour le rôle que joue ce dernier dans la mythologie que par rapport à la relation entre Odin et Rind. (Enfin, je ne suis pas allée leur demander. Autant il y a des questions qu’il m’arrive de vouloir éclaircir pendant mes voyages, autant, sur certains points sensibles, je préfère m’abstenir.) Bref, le parallèle pur et dur entre Vali et l’amour, j’ai du mal à le percevoir, et je ne souscris pas à cette interprétation (mais peut-être qu’il y a des gens à qui cela parle ? J’avoue que j’aimerais bien avoir leurs avis sur la question.)

Au sujet d’une éventuelle célébration de l’amour, j’aurais tendance à le placer plutôt vers le printemps. Ceci étant certains détails m’inciteraient à considérer le 14 février comme la fête de Sigyn, et de l’amour. Premièrement, l’homonymie des deux Vali est une chose qui m’interpelle. J’en avais déjà brièvement parlé dans un article, et émis le souhait de me pencher un jour sur la question. Je n’ai pas plus de précision à ce jour, mais cela constitue une sorte de connecteur logique -un peu tordu je l’admet- qui m’amène à donner plus de précision par rapport à mon postulat personnel, à savoir, le 14 février en tant que jour de Sigyn et de l’amour.

Étymologiquement, le nom de Sigyn pourrait signifier « amie de la victoire ». Dégagée de toute considération guerrière -encore que- il ne semble pas incohérent d’extrapoler et de dire que Sigyn est l’expression même de la victoire de l’amour (d’où la citation latine utilisée comme titre « Amor omnia vincit » : l’amour triomphe toujours. Je ne vais pas faire l’historique de cette citation qui est aussi le nom d’un tableau, mais à l’origine, ce serait une citation de Virgile dans Les Bucoliques -encore une fois si je dis pas de conneries). La victoire de Sigyn n’est pas une victoire guerrière, écrasante. C’est une victoire patiente, la victoire du cœur et du don absolu, de la fidélité et de la confiance sans faille  (pour moi, « sans faille » ne veut pas dire  « sans doute »). Une victoire tellement discrète qu’il en devient facile de la transformer en soumission, de la tourner en dérision.

À un niveau peut-être plus dérangeant, il y a une question que j’aimerais soulever : sans Sigyn, le Ragnarök tel qu’il est décrit aurait-il pu avoir lieu ? C’est Sigyn qui seule reste auprès de Loki enchaîné, jour après jour, alors qu’il est soumis à une torture sisyphienne (néologisme hein, pardon). Par sa présence, elle lui permet de ne pas sombrer totalement, et cette minuscule parcelle de conscience qu’il lui reste, qui le ronge inlassablement, on peut imaginer que c’est celle qui lui donne la force de briser ses chaînes en même temps que Fenrir, et de partir pour la bataille finale.

Sigyn, l’amour victorieux, est aussi une actrice du Crépuscule. Cette part d’amour que d’aucuns trouve négligeable contribue finalement lui aussi à renverser le monde. Quelque part, sans amour, peut-être que Loki n’aurait pas trouvé la force de se relever et d’y prendre part. Quand le monde s’effondre, on constate que finalement, l’amour a joué un rôle peut être encore plus important que toutes les armées dont les forces réunies ne peuvent en définitive pas changer la donne.

Célébrer Sigyn, l’amour qu’elle porte aux siens, sa foi en ceux qu’elle aime même à travers les pires épreuves. Ce n’est pas, comme on a parfois tendance à le croire à l’heure actuelle, quelque chose de fluffy et de facile, de ridiculement facile. De si ridiculement facile et tellement galvaudé qu’il suffit parfois de prononcer ce mot pour se rendre compte qu’il doit beaucoup gêner, et qu’il est aisé de le ranger sous des étiquettes duveteuses ou new-âgeuse pour mieux s’en moquer.
C’est en quelque sorte, se remémorer le fait que rien n’est jamais totalement perdu. Que nous ne sommes jamais seul(e)s. Qu’aucune situation n’est totalement sans espoir, et que, pour reprendre -encore !- Tolkien (enfin, à moins que le film ne m’ait absorbé les neurones, pardonnez-moi mais j’ai la flemme d’aller éplucher mon volume) « Même la plus petite personne peut changer le cours du destin ». Et que même quand la nuit est la plus sombre, l’aube viendra.

1 : Voir Essential Asatrú, Diane L. Paxson, p. 112

Les Dieux sont comme les Chats

Note : Peut-être qu’aux yeux de certain(e)s, la comparaison pourra paraître irrespectueuse. Pourtant, je ne pense pas qu’elle le soit. Et je pense que les Dieux n’ont pas besoin de zélotes pour parler en leurs noms et s’ils ne sont pas d’accord, ils sont assez grand pour nous coller un coup de pieds aux fesses comme des grands.

Vous ne décidez pas vraiment d’avoir un chat. Vous ne les possédez pas et ne les posséderez jamais. C’est lui qui veut bien rester chez vous, et rien ne l’empêche un jour de se sauver pour ne plus revenir. Vous vous dites que vous allez en prendre un. Mais un, hein. Un seul. Et puis sans avoir compris comment, vous voilà accompagné d’une cohorte de félins. Pourtant, vous êtes certain d’avoir été d’accord pour un seul. Vous avez ouvert la porte et en voilà d’autres. Et une fois qu’ils sont là, il n’est pas franchement possible de claquer la porte. Vous êtes responsable de vos actes.

Les Chats ont tous leur caractère : certain sont pot de colle, d’autres ne se laissent pas approcher. Il y a des chats avec qui vous aurez une vraie relation et d’autres que vous pourrez à peine apercevoir et qui refuseront toujours de s’approcher de vous.Certains vont venir sur vos genoux alors que vous n’avez aucune envie qu’ils viennent. Certains se laisser gratouiller, les autres vont être faussement calme et vous griffer sans que vous compreniez. Il y en a qui sont sauvages, d’autres aventureux et certains casaniers. Certains encore sont possessifs, et vont décider qui vous pouvez fréquenter, et si un nouveau venu -humain ou animal- ne leurs plait pas, attendez-vous à des désagréments. Certains ne supporteront pas de rester seuls. Ceux-là demanderont plus d’attention. Certains supporteront les chiens et les enfants. D’autres pas.
Il y en a des très beaux, des petits, des gros mastards et des vieux pelés-mités avec une fourrure rêche et un œil en moins. Ce n’est pas pour autant que vous les aimerez plus ou moins en fonction de ces critères. Et ce n’est pas parce qu’un chat n’est pas câlin qu’il ne vous aime pas. Il a juste, comme vous, sa propre personnalité. Vous ne pouvez pas le forcer à être quelque chose d’autres et lui doit faire avec qui vous êtes. Il en a peut-être que vous n’aimerez pas, et réciproquement.

Vous veillez à ce qu’ils aillent bien, à ce que les gamelles soient bien remplies et l’eau changée. Tous n’acceptent pas le même genre de nourriture, et en apparence, certains sont plus compliqués que d’autres.
Quand ils sortent la nuit, vous vous demandez s’ils reviendront. Et si certains ne reviennent pas, cela vous inquiète, parce que vous avez fini par les connaître, vous avez établi une relation, même si extérieurement, ce sont tous des quadrupèdes à moustaches.

Vous posez certaines limites, qui évoluent avec le temps et en fonction des spécimens, et quoi que vous ayez pu décidé au départ, soyez sûr qu’au fil des années, les choses changeront. Pas toutes, bien sûr, certaines limites sont et resteront posées. Certaines. Soyez sûr aussi que, quoique vous fassiez, il y aura des moments où ce sera le bordel. Parce que les chats gratteront à la porte de votre chambre à trois heures du matin, et que, merde, c’est pas le moment putain de bordel.  Ils risquent de foutre en l’air une partie de vos précieuses petites possessions matérielles, et crac le joli pot en porcelaine, et gnak, les décorations de Noël. Sur le coup vous allez râler, parce que vous y teniez quand même à ces petites choses matérielles. Vous y étiez accrochés. Et puis, vous réalisez que ce n’est pas le plus important, on relativise, même si ca n’empêche pas toujours la colère. Même si ca n’empêche pas de jeter une savate au chat qui court souvent plus vite que vous. Les chats s’en foutent. Vous ne projetez pas sur un chat vos espoirs non aboutis et les déceptions de votre enfance. Vous ne leur demandez pas de réussir. Et vous savez qu’ils sont différents de vous, que ce sont des chats. Ca ne veut pas dire que vous faites forcément des comparaisons ou qu’il y a une échelle de valeur, c’est un fait irréfutable. Un chat est un chat.

Les chats se moquent éperdument de savoir à quoi vous ressemblez physiquement ou combien vous gagnez ou même ce que vous avez pu faire un jour. Ils regardent ce que vous faites là, maintenant, par rapport à eux. Et quand vous rentrez, que ce n’est décidément pas un bon jour, vous êtes content qu’ils soient là. Parce que sans eux, votre vie paraîtrait bien vide. Parce que vous n’imaginez pas ou plus une vie autrement.
Parce qu’ils n’iront pas vous reprochez d’avoir fait ci ou ça. Parce que quoiqu’ils puissent faire, dans le fond vous les aimez. Vous tenez à eux. Et qu’à leur manière, ils tiennent à vous, ils ont besoin de vous, et ils prennent soin de vous. À leurs manières. Parce que ce sont des chats, pas des humains.
Même quand ils vous font tourner en bourrique, même quand parfois vous rentrez chez vous épuisé pour découvrir qu’ils ont fracassé la précieuse théière de votre grand-mère, tout ce qu’il vous restait d’elle. Sur le coup vous hurlez, et il y en a un qui se prend un coup de pied aux fesses. Puis après, vous ramassez. Quand ils viennent vous donner un coup de tête en ronronnant, la plupart du temps, vous passez l’éponge, même si vous auriez préféré que la théière soit toujours intacte.
Quand les chats meurent, une partie du cerveau se dit que c’est la vie. Une autre se demande si on les reverra. L’autre est bouleversé parce qu’au fil du temps, vous avez beaucoup appris. Parce que chaque relation qui se créée ne saurait être comparée à une autre et est, dans son essence irremplaçable.

Vous donnerez beaucoup et vous recevrez aussi beaucoup. Et comme dans beaucoup de relations, certaines personnes comprendront, d’autres ne comprendront jamais ce que vous pouvez avoir avec les chats. Il y a des gens qui viendront vous faire des leçons, comme quoi il ne faut pas faire ci ou ca, ou qu’à leur avis un chat c’est dehors et que ça a intérêt à être utile parce que sinon… Ou que vous avez un grain, ou que… Parce que peu importe que ce soit des chats et vous un humain, et même si c’est un mot qu’on met à toutes les sauces, qu’on utilise parfois à tout bout de champs, ca s’appelle l’amour et certaines personnes ne le comprennent jamais, ne le supportent pas.