[SYLPHE] Dans les poches d’un Sorciéron…

Je suis un sorciéron indiscipliné-ciéron. Comprendre par là que généralement, mes affaires sont toutes en vrac dans mon sac ordinaire. Mis à part un « crane bag » qui regroupe des éléments en lien avec certains esprits et/où un taf particulier en cours (contenu que je ne montre pas, sauf rares exceptions), le reste de mon « matos » se trouve pêle-mêle avec mes affaires ordinaires, ce qui génère des « Et meeeerde, j’ai perdu mon pass Navigo ! » (phrase récurrente, suivie de quelques minutes de recherches fiévreuses avant de découvrir que non, il est soigneusement rangé, pour ne pas le perdre, dans la poche du sac de mon tambour, pour la plus grande exaspération de mes coreligionnaires… Pardon les gars.) « Merde, je sais plus ce que j’ai foutu de mon flacon d’ocre ! » Au fur et à mesure de mes pérégrinations, j’accumule toutes sortes de trouvailles dans mon sac : mousse, petits os, cailloux etc. Du coup, quand j’arrive au travail le lundi matin, c’est toujours un joyeux bordel entre mes affaires regular, et la boussole / cran d’arrêt / allume-feux / encens.

Le matos le plus important, celui à avoir toujours sur soi, c’est à mes yeux plutôt du matériel « de bon sens » : boussole, couteau, allume-feux, cordelette. Suivant mes déplacements, j’y ajoute une lampe frontale, une lacrymo, une trousse à pharmacie -avec couverture de survie, pince à tiques, par exemple. Parce que si vous vous savez que vous êtes en accord avec les énergies bienveillantes de la Terre-Mère (sarcasme), les tiques, elles, ne sont pas au courant, et que la maladie de Lyme, c’est de la merde.

Finalement, après le mois d’août passé à courir après mes affaires, j’ai utilisé un reste de laine qui m’avait servi pour un autre projet pour crafter un pochon un peu plus grand histoire de rassembler mon merdier (ou au moins essayer). J’avais déjà un pochon pour mes runes que j’avais acheté chez Claire, mais celui là, il était important que je le fabrique moi-même. La bête a été fabriquée avec de la laine de base et de la fat über laine des Ateliers de l’Awen qui déchire sa race (celle qui est bleue/jaune/verte etc).

Le pendentif date d’il y a 10 ans. Je l’avais acheté quand je faisais ma prépa en Bretagne. J’avais fait un rêve où je portais un médaillon avant de tomber sur celui là dans une boutique, l’exacte reproduction de celui que je portais dans mon rêve. (Y’avait un mec tout chelou genre habillé à la scandinave qui me disait « on ne tue pas les porteurs de ce signe, en désignant mon médaillon. J’avais trouvé ça marrant.)
Je vais tâche de me discipliner et de mettre toutes mes affaires au même endroit. Dont ma « pierre de foyer » et mes perles de prières. La pierre de foyer c’était un délire de l’époque où je jouais à World of Warcraft, elle sert à revenir « chez soi », et j’en avais faite une en pâte fimo et je l’utilisais dans le cadre de certaines de mes pratiques. C’est toujours plus ou moins le cas. (Perte de crédibilité : 50 points à votre réputation). Quant aux perles, j’ai beau en fabriquer des très belles en pierre, je préfère utiliser celles en bois, toutes bêtes, pour la simple et bonne raison qu’elles me servent pour tout le monde, et que je les trimballe en toutes circonstances, y compris au lit. Autant qu’elles ne soient pas fragile, mon matos ayant intérêt à être tout terrain.
S »y ajoutent toutes sortes de merdier. J’avais au départ brodée une pochette pour les rêves, mais en fait, je m’en sers davantage pour ranger plantes et encens. J’ai pas assez de discipline pour avoir des pochettes pour chaque pratique, des carnets pour tel ou tel type de récit, des colliers réservés à ci ou à mi. Pareil pour le couteau, par sa lame courbe, il sert surtout à couper les plantes etc, mais en fait, j’ai souvent uniquement le Muela offert par mon père, qui avait la manie de m’offrir des couteaux de là où il allait en voyage. Parfois je rajoute un canif etc. Un jour je vais me faire contrôler par un flic et j’aurai des ennuis. L’encens c’est bien pratique, mais j’avoue que j’en ai rarement spontanément sur moi.

(And now you shall see Odin)

Parmi les bricoles que je mets dedans, des baumes, des os, des trucs ramassés sur le bord des chemins (plus mes poches, souvent pleines de détritus que je ramasse quand je suis en forêt ou sur la plage. Parfois, contribuer à nettoyer un peu l’endroit de la saleté déposée par les humains, c’est les meilleurs offrandes. Il n’y a pas forcément besoin d’avoir toutes sortes de trucs sophistiqués. D’autant que certains Esprits des Lieux n’aiment pas trop qu’une personne surgit de nulle part se mette à faire des offrandes spontanées etc.) Avoir un ou deux cathéter c’est pratique quand on doit prendre du sang, c’est plus simple et plus « sécuritaire » que les couteaux. Généralement j’en ai deux, cela permet d’en passer un à quelqu’un si besoin. Evidemment, ils sont à jeter après usage : on n’utilise pas de cathéter déjà utilisé (sauf si on le garde strictement pour soi) si on les passe à quelqu’un d’autre. On remet la canule après usage et on le jette. (Risques HIV / hépatites, toussa… Je sais je suis reloue avec ça, mais malheureusement, c’est une donnée qui tend à être de plus en plus zappée à l’heure actuelle.)

Et sinon, des huiles / baumes / onguents de fabrication perso. De l’ocre et autres. (PAs tout en même temps, c’est suivant les périodes, l’inspiration et les nécessités du moment…)

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Leurs murmures

River Spirit by Dan Jones

Ce sont leurs murmures qui viennent à moi, dans les situations les plus diverses.

Cette voix qui répète en boucle que je dois être à 15h à la mairie pour déposer un dossier. Et moi qui ait la flemme. Son énervement, palpable, tangible. L’heure qui tourne en boucle. Je renonce à comprendre, je me précipite. Arrivée à la mairie, à l’heure dite, on me dit que ce n’est que sur rendez-vous. Avant d’ajouter avec un sourire que j’ai beaucoup de chance, parce que justement la personne de 15h a annulé, et que je peux prendre sa place

C’est souvent.

Dans les situations sociales, où Ils prennent le relais de mon skill social quasi nul. Me demandant de me taire « NON, TA GUEULE, PAS CA ». Ou me soufflant des réponses.
Je ne sais jamais quoi faire de toutes façons, alors souvent, je les écoute.

C’est une image claire, précise dans ma tête. Et un « fais ça. Maintenant. » Non, mais je vais pas faire ça, c’est incongru. Et l’image d’un renard qui arrive, la gueule écumante. Fais-le, fais-le, fais-le. Maintenant. Go, go, go.
Et moi qui le fait.

White noise. La coupure totale. Quelques instants d’inconscience, de silence absolu, parfait, total.

La fracture.

Ce sont leurs explications. Leurs manières de poser précis des choses que je ne pourraient pas comprendre autrement.
Ce sont leurs voix qui me murmurent, quand je suis assise en silence devant mon autel, n’articulant pas ce qui me tracasse, une possible voie à emprunter. Une manière de faire. Des instructions précises. Auxquelles je ne crois tout d’abord pas. Et puis, comme il faut bien une manière de faire, je fais, me disant que leur(s) méthode(s) en vaut/valent bien d’autres.

Ce sont les rêves dans lesquels ils me parlent, les images et sensations persistantes jusqu’au matin.

La personne qui me souffle de partir vivre en Bretagne. J’y suis allée.
Le Vieux qui m’intime l’ordre de quitter cet endroit où je meurs en silence. Je suis partie. Contre le bon sens commun. Et j’ai bien fait.
Ces rêves qui me poussent finalement à demander si je peux participer à tel événement.

Je ne sais pas si c’est une bonne méthode. Mais il faut bien prendre une décision quant aux chemins à arpenter. Mais il faut bien, parfois, trancher. Et les écouter vaut une autre méthode. Parce qu’au final, tous les calculs sont vains. Ils ne m’ont jamais conseillé de faire quelque chose que ma morale – pour le peu que j’en ai, cette morale archaïque et distordue, en retrait des Normes habituelles- désapprouve.

Alors je les écoute.

Je ne sais pas si je peux dire, si je pourrais dire « écoutez-les ». Je peux seulement dire que c’est ce que je fais. Et que je ne le regrette pas.

Ils m’aident quand je n’ai pas de repères. Me retiennent quand l’agitation du monde me donne envie de hurler. Ils m’ont empêché de faire ou de dire des choses que j’aurais regretté. Ils m’ont poussé à en faire d’autres, qui ont eu un impact certain.

Je pourrais ne pas. Et je ne saurais pas ce qu’aurait été ma vie aujourd’hui. Sans doute plus conforme, sans doute plus terne. Plus confortable. Moins alignée. Ce serait un peu moins ma vie, et un peu plus celle que la Société veut pour moi.

Les Esprits n’arrêtent jamais de parler.
Est-ce que je me demande si je suis folle ? Si c’est dans ma tête ?
Bien sûr que oui.

Mais j’ai rencontré pleins de gens, qui ne le disent pas forcément, qui agissent de même.
Bien sûr qu’on se demande si on prend la bonne décision. Evidemment que l’on se dit parfois que tout ca n’est qu’un murmure de l’inconscient ou une excuse. Surtout quand cela ne correspond pas à ces foutues Normes.

Mais au final, je ne le regrette pas.
Je ne sais pas ce que sera ma vie, mais je sais ce qu’elle est, pour au moins un instant, le temps d’un battement de cœur. Et juste pour cet instant, ma vie vaut la peine d’être vécue dans la peau que je porte. Dans les flots de mon sang. Je suis exactement où je dois être. J’aurais pu être une autre personne. M’éloigner un instant du sentier. Je ne l’ai pas fait.

Ils ont fait changé un nombre incroyable de choses.
Et toutes en valaient la peine. Toutes en valent pleinement la peine.

Je ne dirais pas que c’est toujours facile. Je ne dirais pas que ce chemin là est simple, aisé ou qu’il est compréhensible. Parce que je ne sais pas ce qui m’attend au tournant. Mais vous non plus.

Je n’ai pas de mérite, la seule chose que je fais, c’est de les écouter. Je suis incapable de théoriser, je fais, c’est tout. Il y a des personnes bien plus douées que moi qui seraient capables d’expliquer cela bien mieux que je ne tente de le faire.
Ce n’est pas la seule voie, c’est un fait. Certain(e)s trouveront que c’est bien commode, c’est peut-être le cas. C’est juste ma vie, et je n’oblige personne à être d’accord ou à faire de même.

J’ai juste observé que, malgré les demandes incongrues, malgré les choix délicats, malgré l’incompréhension, quand je les ignore trop longtemps, tout part en vrille. Faites-vos jeux, rien ne va plus. Et qu’il suffit que je change une toute petite chose, que j’écoute une infime demande pour que tout rentre dans l’ordre. Alors au final, je lâche prise.

Peut-être qu’au jour de ma mort, je le regretterai. Peut-être.
Et peut-être pas.

Aujourd’hui, la seule chose que je regrette, c’est de ne pas les avoir écouté plus tôt. Parce qu’ils m’ont conduit sur des sentiers que je n’aurais jamais arpenté autrement, et que ces sentiers valent la rocaille des chemins que l’on prend pour les parcourir.

La nuit, en silence. Le jour, dans le vacarme quotidien. Au milieu d’une conversation. Ils me raccordent.

Je les appelles affectueusement « Ma Brochette ». Histoire de lâcher du lest, de garder une dose d’humour (et de l’humour, ils n’en manquent pas). Ma Brochette. Les Esprits.
Et leurs voix, qui déferlent. Les images, persistantes. Leurs présences, qui m’accompagnent. Leurs murmures, incessant, tenaces. Pas toujours aimables, pas toujours chaleureux, mais perspicaces, toujours.

Soul Map

Avant toute chose, un peu de contextualisation : Je suis loin d’être une fan inconditionnelle de Raven Kaldera, pour diverses raisons, mais notamment parce qu’il a une fâcheuse tendance à ne citer aucune source dans ses livres. Ils sont bourrés d’informations qui mêlent allègrement UPG et lore, mais sans distinction, de témoignages divers et variés qui ne sont pas sans intérêts, mais je n’aime pas que l’on me sorte tout et n’importe quoi sans indiquer clairement ce qui ressort de l’étude des textes et ce qui ressort du travail / ressenti personnel. La majeure partie de son travail est certes axé sur des figures sur lesquels les textes ne comportent que peu de mentions, mais à mes yeux, ce n’est pas une raison. Il écrit bien, et certaines histoires sont très joliment relatées, mais qu’on ne me fasse pas passer une vision personnelle pour un fait, merci.

La Soul Map ne fait pas exception à cette tendance : il s’agit d’une méthode de divination qu’il a mise au point (?) et qui trace en quelque sorte une « cartographie de l’âme, des corps », âme étant à prendre au sens large, étant donné la multiplicité des concepts nordiques à ce niveau là. Sauf que d’où sortent ces concepts ? En lisant le volume 1 de Our Troth, on retrouve des indications très précises sur ces différentes « parties de l’âme » (dans le chapitre Soul, Death & Rebirth) : hugr, munr, önd, hamr, hamingja, etc (note : là aussi, voir les ressources sur lesquelles ces passages s’appuient). Je suppose que ce n’est pas le seul ouvrage qui en parle, et putain, la moindre des choses, c’est de créditer ses sources. Prendre des concepts et s’appuyer sur le travail d’autres personnes pour en faire une méthode de divination, ca passe. Nous présenter ca comme un lapin bondissant du chapeau d’un magicien, nope. Bref, fin du quart d’heure casse-couille.

Cette méthode est une création moderne (mais de toutes façons, si ma mémoire est bonne, le fait de tirer les runes n’est pas non plus avéré. Le coup de Tacite parlant de bâtonnets de divination et que tout le monde se dit « ah ouais c’est des runes » : en fait on en sait foutrement rien. C’est une manie actuelle. * corrigez moi si je me trompe * Et passons sur le coup de la rune blanche, l’invention foireuse de Ralph Blum, ou sur les postures runiques (mises au point par Edred Thorsson ?). C’est juste pour situer : à une époque j’ai utilisé la rune blanche, et testé les postures pour voir ce que ca donnait -c’est-à-dire pas grand chose dans mon cas-.) mais j’avoue, c’est plutôt foutrement accurate. Un peu violent aussi. Un peu comme se prendre un TGV en pleine tronche. Ce n’est pas le genre de tirage que l’on fait souvent, plutôt un bilan de la situation, un peu comme un bilan de santé avec analyses sanguines et tout le tintouin. J’ai découvert ce concept en novembre 2012, et j’ai eu l’occasion de l’utiliser plusieurs fois, sur moi et sur d’autres personnes. Prévoyez du temps, de la tranquillité et une boîte de mouchoirs (et éventuellement de la gnôle, y’en a parfois qui ont soif pendant qu’on tire). De quoi manger aussi, et du temps pour vous reposer après coup. Je ne blague pas.

Ici, le lien (sur le site de Kaldera) qui explique la méthode en détails.

Après l’avoir fait deux ou trois fois (et m’être bien em…bêtée avec les petits galets pour le premier tour) j’ai chopé des galets de couleurs en verre, ceux qu’on met dans un aquarium. C’est déjà plus pratique que X sortes de mini cailloux. Et puis, j’ai décidé de broder la mienne (j’ai pas assez de trucs à faire).
C’était chiant. Mais c’était vraiment chiant. Et long. Et chiant. Surtout pour les noms en runes en dessous de chaque plot. Sans rires, une fois pas deux.

La bête, face endroit

Et comme je trouvais que l’envers serait tout nu, j’ai décidé de broder un dragon (tant qu’on y est, pourquoi s’emmerder à faire simple ?)

Le dragon vu de plus près (oui, il a une tête de… non je peux pas me résoudre à le dire) :

J’avais trouvé le motif en fouinant sur Pinterest, au cas où ca intéresse quelqu’un, voilà le dessin, si jamais vous avez envie de vous éclater par un mercredi pluvieux. [édit : à la base, c’est un flash pour les tatouages, il a été dessiné par cette personne]

dragon_broderie

Ce n’est pas très compliqué à faire, il faut juste du temps et de la patience (mon stock de patience est généralement assez limité). J’ai bidouillé des flèches brodées en « double faces » pour maintenir ensemble les deux pans de tissus, envers et endroit. La broderie est du coup réversible, on ne voit pas les nœuds. Tout a été monté et brodé à la main, avec des inclusions de tissus. Après l’avoir finie, il y a eu deux-trois bidouillages / procédures perso  (comme pour un tirage, histoire de dire « bonjour, s’il vous plait et merci » parce que j’essaie de ne pas me comporter comme une malotrue).

Au niveau des interprétations, je suis en train de faire des recherches complémentaires, d’abord histoire de savoir d’où sort chaque « plot », de comprendre quelles significations avaient / ont ces ces concepts, leurs évolutions, l’origine de leur nom, voir ce qui est « avéré »et ce qui est une supposition etc. Éventuellement, il me semble que certains (comme la « mægen ») peuvent même être « divisé » en deux, pour avoir des réponses / aperçus plus précis. Ca ne retire pas le fait que cette méthode fonctionne très bien, mais quand j’utilise quelque chose, j’aime bien comprendre comment ça marche, d’où ca vient, le pourquoi du comment, etc.

[Odin Project #16] L’émerveillement et la terreur

Pour raconter certaines histoires, il faudrait commencer par jeter la navette. Tisser et retisser. Reprendre le fil, encore et encore. Le relancer comme une valse sans fin.

Le moment où la jauge monte, et ce milliardième de seconde, l’instant fracturé qui dure à peine où l’on réalise brutalement que tout ceci est bel et bien réel. Que les dieux existent, même si ce n’est pas sur ce plan là. Et que non seulement ils existent, mais qu’ils sont infiniment plus puissant, plus vaste que nous ne serons jamais en mesure de le comprendre. Que si, après toute une vie de travail, de pratique, de dévotion, d’apprentissage et de connaissance, nous parvenons à en comprendre une minuscule partie, alors cela ne sera déjà pas si mal. Que juste quand nous pensons avoir franchi un cap, le seuil se dérobe sous nos pas.
Cet instant là, le point de rupture, l’alignement des chiffres et le cadenas qui cède, la sensation, palpable qui nous étreint, presque jusqu’à nous dissoudre. Jusqu’ici, c’était une possibilité, et cette possibilité là devient douloureusement réelle. Qu’ils peuvent nous disloquer l’âme, l’esprit et le corps. Nous briser. Et l’énergie qui ruisselle, jusqu’à ce que l’on se retrouve à marcher sur la frontière entre l’extase et la douleur. Que même s’ils ne le font pas exprès, l’accident peut survenir. Un bruit, quelqu’un frappant à la porte, l’alignement légèrement décalé, et nous finirons rompu, brisé.

C’est peut-être dans notre tête.
C’est peut-être réel.
Mais aucune alternative n’est confortable.

Ils diront que nous sommes fous. Bon à être mis dans des cages chimiques. Mais qu’est-ce que c’est que ces tarés qui croient que les Anciens Dieux existent ? Qui croient en eux ? Qui les aiment ? Ha ha ha ha.

J’ai ris comme eux il y a longtemps. Après tout soyons sérieux, les Dieux, ce sont des projections, non ? Par la suite j’ai moins ri. Bien fait pour moi. Un juste retour des choses.

Décalage. L’en-dedans. L’en-dehors. De l’être, du temps, des perceptions. Et au milieu, la vibration électrique. Le rythme cardiaque erratique. L’Adieu aux Certitudes comme d’autres renoncent aux armes.

Il y a un mot anglais, « awe » qui est utilisé pour décrire un émerveillement, mais un émerveillement, plein de terreur, d’effroi. L’éclair qui déchire le ciel et vous donne la chair de poule, le grondement de l’orage et le rideau de pluie qui claque, pendant que vous restez dessous, sans trop comprendre pourquoi. Certains nomment ça la joie des imbéciles. Si ça les rassure.

Je veux bien continuer de la ressentir, la joie des imbéciles.

Margaret Seidler

Deux types de tirage sur les Ancêtres et la Hamingja

Deux tirages créés et testés sur des Sorciérons consentants ce week-end et qui a donné de très bons résultats.
Ils se basent sur les conceptions nordiques de « l’âme » (pour faire simple parce que la définition de l’âme est en réalité très complexe et se divise en plusieurs catégories) et des lignées (hamingja, « réincarnation » -entre guillemets aussi parce que le copié-collé de concepts, c’est moyennement pertinent- au sein de sa lignée, etc.)

1. Analyse des lignées

Ce premier tirage permet de faire un rapide bilan des rapports avec la lignée paternelle et maternelle. Il est important de préciser que le terme « passé » ne se limite pas à trois ou quatre générations. 😉
On peut déjà voir des équilibres, déséquilibres, nœuds et autres influences générales qui peuvent aiguiller pour des travaux ultérieurs.

tirageancetres

Ce tirage permet d’avoir un aperçu de l’état de son âme et de faire le point sur sa relation avec les lignées paternelles et maternelles (un aperçu parce que l’écheveau est beaucoup plus dense si l’on détaille).

1 / 4 / 5 / 6 : Concerne le soi.
2 / 7 / 8 / 9 : Concerne la lignée paternelle.
3 / 10 / 11 / 12 : Concerne la lignée maternelle.

1 : L’énergie, la nature de son âme, son état comme une sorte de « maître étalon ». Un référentiel en quelques sortes.
2 : Un bilan de la relation entre son âme et sa lignée paternelle.
3  : Un bilan de la relation entre son âme et sa lignée maternelle.

4 : Le résumé de ce que l’âme a vécu, éprouvé dans le passé.
5 : L’état de l’âme au moment de la conception.
6 : L’état actuel de l’âme.

7 : Le résumé des relations passées avec la lignée paternelle.
8 : L’influence au moment de la conception, l’état de l’âme et son rapport à la lignée paternelle à ce moment.
9 : Le point sur les relations actuelles de l’âme avec la lignée paternelle.

10 : Le résumé des relations passées avec la lignée maternelle.
11 : L’influence au moment de la conception, l’état de l’âme et son rapport à la lignée maternelle à ce moment.
12 : Le point sur les relations actuelles de l’âme avec la lignée maternelle.

2. Analyse de la Hamingja

Ce second tirage (fait plutôt sur la lignée maternelle pour diverses raisons un peu longue à expliquer ce soir, on peut tout à fait le faire uniquement pour la lignée paternelle, deux tirages pour les deux lignées, ou un seul pour les deux lignées) permet de donner un aperçu de la hamingja, en très gros la « chance » (ou malchance) familiale, la « force » d’une famille, son « énergie ». Il y a un « détail » qui me paraît important de mentionner : sans rentrer dans des analyses de relations complexes / relations ou « absence-de » avec sa famille, si une personne est là, c’est parce qu’un jour, un ancêtre a survécu au dépend de quelqu’un d’autre, consciemment ou non. C’est utile pour comprendre de manière grossière le fonctionnement de cette force, le soutien possible mais aussi certains nœuds, baffes dans la tronche etc.

tiragehamingja

1 / 4 : La nature de l’énergie / la composante / le trait caractéristique de la hamingja.

2 / 5 : L’aspect constructif, la force qu’elle peut nous apporter.

3 / 6 : Les aspects potentiellement conflictuel.

Je tire d’abord 1, 2 et 3 (avouez que 9, 42 et 64 ca ferait hyper classe, on appellerait ca des valeurs, mais ca serait pas bien pertinent Sire. ) pour donner un aperçu de ces trois parties et je précise ensuite par les cartes 4, 5 et 6.

[PBP] S – Le Sexe

Auteur inconnu

(Un peu en vrac… j’ai pas les idées forcément très organisées)

Le sexe est un sujet plutôt absent, un peu comme la douleur d’ailleurs. Quand il en est fait mention, on a l’impression que c’est soit un aspect hyper technique niveau pratique, soit un outil et basta.

Premièrement, je distingue ce qui est souvent désigné par le terme « magie sexuelle », et le sexe, purement et simplement. Ce ne sont que mes impressions, mais quand il y a des étiquettes « magie sexuelle », j’ai souvent la sensation qu’on tombe dans le rituel à la con « pour s’attacher un partenaire pour la vie », « pour qu’il reste fidèle » comme si baiser était une recette de détartrant naturel. Allons-y, et classons la magie par couleur aussi, ca vous dit, un joli nuancier de fil à broder DMC ? Soyons sérieux deux putain de minutes, ces histoires de magie rouge, blanche, noire, jaune devant et marron derrière, c’est de la merde.
Certains iront vous parler des dangers qu’il y a à vouloir s’attacher quelqu’un ou le charmer grâce à des rituels. Attention à votre karma, au triple retour, au poulailler des voisins… Ce que j’ai observé, c’est qu’à chaque rituel, vous renforcez un lien, et qu’au bout d’un moment, l’effet se dissipe. Pour que cela fonctionne, il faut augmenter la charge à chaque nouvelle tentative. Comme une drogue. Et comme avec une drogue, vous deviendrez accroc, et le jour où vous voudrez décrocher, bonjour les dégâts. Après, faites comme vous voulez, c’est votre tronche et c’est pas mon problème.

Il n’y pas besoin de faire du tantrisme ou de mettre sur pied des rituels sophistiqués, j’ai même tendance à dire, au contraire. Sur la question de « la vraie magie c’est de faire l’amour avec une personne que l’on aime » ou « il n’y a pas besoin d’être amoureux », je ne pense pas qu’il y ait une réponse définitive. Parfois vous aimez la personne et c’est merdique. Parfois c’est de l’attirance et ca fait des étincelles, bref, ca dépend de paramètres variables, y compris suivant les moments, pas uniquement en fonction des partenaires. La seule et unique base, à mes yeux c’est : « Entre adultes. Consentants. » Après, faites ce que vous voulez, comme vous voulez, avec qui voulez, et aussi nombreux que vous voulez. Je ne crois pas non plus qu’il faille un pôle biologique (on va dire ca comme ça) féminin et un masculin.

Niveau pratique, on peut utiliser (j’aime pas ce mot, mais je n’en ai pas d’autres) l’acte sexuel (quel qu’il soit) pour provoquer une transe. J’aurais du mal à l’expliquer, mais la base de chaque transe est une question d’alignement, alignement qui est ensuite décomposé et qui permet de voyager. Si on regarde disons, le filage, la poterie au tour et le tambour et le sexe, on peut trouver une base commune : on démarre centré, et on déploie le mouvement, sa répétition créant une espèce de vibration sur laquelle on « navigue ». S’il n’y a pas de centrage, ca part en vrille et le fil se casse, la terre se façonne de travers et tout s’affaisse, au tambour on fait du random dans sa tête, etc. D’une certaine manière, la représentation des neuf mondes nordiques avec Helheim en bas et Asgard en haut, j’ai du mal : pour moi, ils sont tous centrés, et plus ou moins imbriqués. (Il y a des années j’avais fait un rêve où je trouvais une espèce d’objet métallique composé de neuf anneaux réunis en leurs centres, j’y ai repensé l’autre soir.)
Si on additionne disons, sexe et douleur, on peut créer une sorte de détonateur, même si je serais vraiment bien en peine d’expliquer comme cela fonctionne : si je devais employer une image, je dirais que c’est comme retordre deux fils ensembles pour une confectionner un plus costaud.

Ca permet aussi, dans certains cas, de rediriger l’énergie vers un but, suivant les actes, on peut plus ou moins modeler l’énergie avec des ajouts additionnels (souffle, chant, etc.).

Fin du côté technique un peu brouillon.

Pour le reste, quoi dire ? Pas grand chose. Un pas grand chose sans doute plus important que tout le reste mentionné ci-dessus.
Je ne crois pas qu’il y ait un amour pour les chats, un amour pour son conjoint et un pour les Déités. C’est le même à mon avis. Et toujours à mon avis, parfois c’est un peu le bordel, tout se mélange. Sauf que chut, faut pas le dire.
Il est souvent question de la vie quotidienne, et que les actes de cette dernière peuvent aussi être une dévotion : faire la vaisselle, ranger, se laver. Je rajouterais aussi le sexe. Le sexe peut être aussi une forme de dévotion (qu’il y ait de l’amour dans l’acte pur ou pas, même si je considère que l’acte de dévotion est de toutes façons une forme d’amour). Si vous arrivez à faire des petites cases et à aimer votre conjoint de 20h à minuit, vos ami/e/s de 15h à 18h et vos Dieux de 9h à 12h, comment dire… au secours ?

Le rêve de l’Aconit

Il y a parfois des synchronicités amusantes.

Cette nuit, j’ai rêvé que je me retrouvais en Finlande, avec un vieux same (Perceval power !) qui m’emmenait faire un voyage à dos de rennes. Une fois descendue du renne, il y avait plein d’aconit partout. J’étais littéralement fascinée, me demandait si cette plante poussait réellement dans cette partie du monde, et je les approchais pour les photographier, avant de me rendre compte qu’au pied de celle que je regardais, il y avait un curieux petit animal, qui ressemblait vaguement à un dragon miniature. Un animal comme je ne pense pas qu’il en existe en Matérialité. Il me regardais, les yeux mi-clos, et je lui demandais si j’avais le droit de le photographier. Il acquiesçait et me faisait comprendre que je pouvais prélever un peu d’aconit si je le souhaitais. Il m’y autorisait. Donc acte, cueillette de la main gauche et remerciements/échanges d’usage. En revanche, il se montrait très agressif envers la personne qui m’accompagnait -pas le vieux, quelqu’un d’autre-  et ne la laissait pas approcher.
Ensuite je testais la plante. je la tenais dans ma main gauche et j’étais complètement tripée. Il y avait à ce moment là beaucoup d’autres gens dans mon rêve, et tous disaient que j’étais folle de faire un truc pareil. Je ne comprenais pas pourquoi, et personne ne voulait me donner un morceau de tissu pour envelopper le végétal. Personne sauf une amie qui expliquait aux gens que « j’étais comme ça ».

En sortant de chez le médecin, j’ai pris un chemin différent pour rentrer, sans raison valable, et je me suis trouvée devant une sorte de « jardin-nature » destiné aux enfants, mais ouvert à tous. J’y suis entrée, par curiosité. Au fond du jardin, il y avait une section « le jardin de sorcières ». Et il y avait de l’aconit, bien cachée au centre de la section. J’en ai pris, avec les mêmes formules d’usage que dans mon rêve.

Je trouve ça marrant.

Par rapport au rêve, ce n’est pas la première fois que le duo plante/animal onirique se présente. J’ai rencontré plusieurs fois la belladone sous la forme d’une espèce de wombat violacé dans mes rêves avant de faire le lien et de comprendre pas mal de choses. La seule chose que je regrette, c’est de ne pas être en mesure de les dessiner, je devrais au moins essayer.

[Loki Project #5- PBP] Nauthiz / la nécessité

Sans partir sur une analyse en détail de la rune, des textes et de tout le tintouin, Nauthiz est décrite comme la rune de la nécessité, du besoin et de la détresse et du feu (mais du « feu de détresse »). Elle est associée à Skuld, la Norne « du futur ».
Si les Nornes sont souvent liées aux aspects passé / présent / futur, l’analyse de leurs noms respectifs montre que c’est plutôt « ce qu’il est advenu », « ce qui est en train de se produire » et « ce qu’il adviendra » ou un truc du genre (je ne me souviens plus exactement de la teneur exacte du propos et je suis incapable de me souvenir de qui ils sont et où je les ai lu…) et qu’en gros, c’était assez corrélé aux temps de conjugaisons en anglais.

C’est un détail et à première vue on peut penser que c’est anodin, alors que non. La notion de futur dénote des événements figés « qui vont se produire obligatoirement », tandis que la notion de « ce qu’il adviendra » montre simplement une évolution possible. C’était beaucoup plus flagrant en anglais, parce que le temps induisait implicitement la notion d’évolution, de potentialité.

Nauthiz est souvent perçue dans un sens négatif, et en général elle n’est pas très appréciée. Quand j’ai retravaillé progressivement avec chaque rune -de manière volontairement intuitive- j’ai constaté que cette rune faisait ressortir nos difficultés personnelles et les problèmes auxquels il était nécessaire de faire face pour que l’on puisse avancer, les blocages dans l’orlög en gros. Ce qui est intéressant, c’est que le terme Wyrd peut se rapprocher étymologiquement de werden en allemand, c’est à dire devenir (je ne me souviens plus du mot en vieil anglais) : la question qui pointe étant « peut-on changer son destin ? » et je ferai une réponse de normand, « oui et non ». Pour faire court : je pense (je n’ai pas de certitudes par rapport à la question -ca m’empêche pas de dormir la nuit- et cette vision n’engage que moi) et qu’on ne change peut-être pas les grandes lignes, mais on peut choisir comment on va gérer cela. Ceci étant, on n’est pas « seul face à son destin » mais plutôt un fil au sein d’une toile : nos actes et notre comportement par rapport aux autres, et les autres par rapport à nous, influencent aussi les choses.
Curieusement, j’ai aussi trouvé que cette rune avait un lien avec les pulsions sexuelles, alors que je ne m’y attendais pas. Le désir lancinant qui nous ronge intérieurement, la pulsion qui devient un truc obsessionnel qui nous bouffe et oblitère toute autre pensée possible. C’était assez particulier comme expérience, et inattendu, même si en réfléchissant ca n’est pas tellement incohérent.

Quel rapport avec Loki ?

Celui de la nécessité. En relisant John Lindow mardi, il souligne que Loki est globalement négatif « au passé » et « au futur » mais qu’au présent, il est davantage une aide, bien que cette aide soit ambigüe.

He is the enemy of the gods in the far mythic past, and he reverts to this status as the mythic future approaches and arrives. In the mythic present he is ambiguous, “numbered among the æsir.”

Norse Mythology p. 219

Loki est souvent celui qui se charge « du sale boulot » :
– par exemple, dans la Gylfaginning, il est celui qui se transforme en jument pour distraire l’étalon du géant qui réclame Freyja, la lune et le soleil s’il gagne son pari. Il offre ensuite Sleipnir (donc son fils) à Odin.
L’histoire de la chevelure coupée de Sif 
– Et même l’histoire de la mort de Balder : il n’est pas invraisemblable de supposer que Loki soit, pour diverses raisons, l’agent d’Odin.

En plus de ces quelques exemples, Loki peut être vu comme une figure nécessaire : Gundarsson explique que, sans Loki, c’est Odin qui serait vu comme « l’affreux jojo » du panthéon nordique, et je crois qu’il n’est pas le seul. il est intéressant de souligner que Loki et Odin sont les deux dieux « craintus » par excellence, y compris aujourd’hui. Contrairement à ce que l’on serait parfois tenté de croire, Odin est toujours redouté, notamment parce qu’on dit qu’il n’est pas fiable (ce qui est à moitié vrai, et je ne suis personnellement pas tout à fait d’accord avec cette vision, même si je reconnais être assez partiale sur la question :p)

A un niveau UPG-esque, Loki aime bien faire sauter nos vieilles certitudes moisies et nous mettre le nez dans la merde, histoire qu’on se rende bien compte que la situation est moisie et que ca pue. Il n’a aucun scrupule à rajouter une couche d’emmerdes si on n’a pas compris le message. Alors on se retrouve à devoir prendre des solutions drastiques, pas toujours plaisantes, mais nécessaire si on veut se sortir du mauvais pas.

La rune nauthiz est également rattachée à Sigyn (toujours niveau UPG), même si j’avoue ne pas m’être vraiment penchée sur la question.

[PBP] J – Se faire jeter par une déité

Tout d’abord, rendons à César ce qui est à César : c’est l’article de Nemn qui m’a fait penser à cela. Petite précision : j’entend ici la pratique dans un sens « travail avec une déité », le contexte « uniquement » religieux (quand on honore une déité par exemple) ne nécessitant pas forcément « d’interactions ».

On parle souvent des déités qui occupent une place dans notre pratique, moins de celles qui l’ont jalonnés au fil des ans, et encore moins de celles avec qui nous avons tenté de travailler pour se faire claquer la porte au nez. La question du « établir un contact avec une déité » demanderait un article séparé à elle seule, tout dépend des personnes et de leurs pratiques, mais il est généralement admis que l’avoir honorée et la connaître un minimum est une sorte de pré-requis,   le respect de base. Après, il y a des personnes qui tentent d’établir un contact volontaire (elles souhaitent travailler avec telle déité pour telle(s) raison(s) ), celles qui restent « open » et attendent de ressentir qui se pointent pour démarrer une approche. Par le passé, je me suis trouvée au milieu de ces deux tendances, c’est moins vrai ces derniers temps, où pour ce qui est de démarrer un travail particulier ou de pratiquer avec une déité, j’attends de voir qui se pointe, d’avoir des indications et/ou des ressentis particuliers, généralement par le biais de mes rêves.

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[PBP] F – Futhark

Note : cet article ne traite que de la divination et des énergies des runes, j’essayerai de faire un jour une autre partie sur les utilisations magiques des runes

Première(s) rencontre(s)

Ma première rencontre avec les runes… et en le relisant, gros « hum, pardon les conneries ». « Le rune » mais lol… source Le monde des alphabets, paru en 1998

Je ne me souviens pas précisément du moment où j’ai fait la connaissance des runes : il me semble que cela remonte bien avant ma découverte du paganisme. J’étais passionnée par les alphabets anciens, les langues et les codes secrets et on m’avait offert un livre dessus quand j’étais au collège (je devais avoir aux alentours de 13 ans). Je passais des après-midi à essayer de comprendre les glyphes maya, en piquant des crises de rage parce que je ne pouvais pas lire ce qui était marqué, et quand je lisais que les savants n’avaient pas réussi à toutes les déchiffrer. Ca me mettait dans une colère noire de penser que tout avait été détruit et que nous étions maintenant privé de cette connaissance. Bref. Dans ce livre, il y avait aussi l’alphabet cyrilliques et les runes, et je m’étais mis à les apprendre tous les deux, pour pouvoir m’en servir pour écrire sans que l’on comprenne. En 3e, avec une amie, nous échangions nos petits mots comme ça, parfois en mixant les deux alphabets pour être certaines que personne ne pouvaient comprendre.
Je pensais à l’époque que plus personne ne savaient les utiliser, qu’elles étaient désormais inutiles et cela me rendait triste. Je me disais qu’un jour, j’aimerai les comprendre comment elles étaient utilisées, pourquoi. Pourquoi elles avaient disparues (puisque c’était ce que le livre disait).
Et puis j’ai un peu grandi et j’ai eu d’autres sujets de préoccupations. Quelques années de creux avant qu’elles ne reviennent un jour, mentionnées dans des livres. J’allais à la bibliothèque de ma fac et je cherchais les livres dessus (j’étais dans une fac avec un département nordique).

Le début du travail avec les runes

Ce n’est qu’en rencontrant la personne qui est devenue par la suite ma meilleure amie que j’ai commencé à travailler avec. Je me souviens de la tonne de recherche que j’ai fait à cette époque, puisque ce n’est qu’à ce moment que j’ai eu internet chez moi (et que je me suis rendue compte que, ô miracle, je n’étais pas toute seule, cela parait fou dit maintenant).

Je les ai d’abord synthétisées, comme on le voit souvent. Fehu = le bétail etc. Je me suis mise à lire deux ou trois trucs de mythologies nordiques, mais je ne faisais pas le lien. Je travaillais avec elles de manière désincarnées, on peut dire. C’est triste à dire, mais pour moi, c’était un outil de divination et un système d’écriture. Point. Je les ai appris relativement vite et j’ai commencé à essayer la méthode conseillée par Freya Aswynn : dessiner les runes sur des gâteaux et les manger. Cela n’a jamais donné grand chose pour moi : à la fois parce qu’avec le recul je pense que la façon dont nous souhaitons approfondir la compréhension d’un système dépend de notre personnalité, et parce que de toutes façons, je ne voyais pas le lien avec les mythes et encore moins avec Odin (je ne vais pas revenir sur la question des rapports entre le Vieux et moi, j’en ai déjà parlé) cela me gonflait qu’on me dise que je ne pouvais pas les comprendre si je les sortais du système : j’estimais me débrouiller très bien avec, que je m’intéressais suffisamment à la linguistique et à leurs significations, et basta. Puis j’ai découvert les oghams, et je me suis mis à mieux les comprendre que les runes, que j’ai laissé de côté niveau divination pour ne les employer que dans des travaux magiques.
Quelques années plus tard, j’ai testé les fameuses « positions runiques » décrites par Edred Thorsson avec Ulvaten. Cela faisait un moment que je n’avais plus remis la tête dedans, et je me souviens d’ailleurs m’être trompée de rune, confondant Ansuz et Fehu (bravo). Toujours est-il qu’à part des crampes dans les bras et des fous rires, cela n’a pas du tout été concluant comme expérience, cela nous a vite gonflé et on a laissé tomber.

Méthode de travail personnelle

J’y suis revenue « vraiment » l’an dernier, après plusieurs années de haut et de bas à tenter de creuser la question plus profondément, et il m’est alors venue en tête une idée.
M’inspirant des principes du journal créatif, je me suis plongée dans l’étude des runes de la manière suivante : d’abord un travail sur le souffle, en m’imprégnant de l’énergie de la rune et en la chantant. Ensuite une méditation/voyage. Noter les rêves qui se présentent et leurs significations, et puis dessiner la rune telle que je la ressens. Sans chercher à étudier le concept ou relire les travaux d’autres auteurs en parallèle.
Au départ, je publiais les dessins sur mon blog perso, et puis très vite c’est devenu trop personnel pour que j’ai envie de le partager, même avec des ami(e)s (j’en ai partagé un pour l’occasion).
Je me suis rendue compte que les rêves que je faisais étaient systématiquement en lien avec la rune étudiée, et que des connexions entre les différentes runes se faisaient, alors que je n’y aurais jamais pensé auparavant, des utilisations magiques pas forcément toujours citées. En tout cas, cette méthode est la plus pertinente pour moi : cela ne veut pas dire que, intrinsèquement c’est la meilleure, mais en tout cas, c’est celle avec laquelle j’ai les résultats les plus concluants.
Le plus flagrant, c’est que toutes sortes de choses se sont débloquées suite à ce recommencement d’apprentissage ; en parallèle, je me suis plongée dans l’étude des textes, et il faut bien reconnaître que cela n’a absolument rien à voir avec des fiches de présentation de chaque rune. Je ne sais pas si c’est le fait de commencer à avoir de la « reconnaissance » de leurs background respectifs qui a fait que j’ai mieux compris certaines subtilités, ou si c’est le fait de les étudier de manière « organique » qui m’a amenée à considérer ce background comme quelque chose de primordial, mais le fait est que l’angle d’étude a considérablement évolué.

Divination runique ?

Je ne sais plus trop quoi penser de ces histoires de divination par les runes. D’un côté, cela donne indéniablement de « bons » résultats (suivant les cas) et même s’il n’est pas historiquement avéré qu’elles servaient à la divination, nombreuses sont les personnes qui le font aujourd’hui et nos pratiques ne sont pas celles des premiers siècles. De l’autre, je comprend ceux pour qui les runes ne sont pas un outil de divination. Elles ont vraiment une énergie et une histoire particulière et si je l’ai beaucoup fait à une époque, l’idée de me lever le matin et de piocher « la rune du jour » me laisse plus que perplexe aujourd’hui. Je reconnais ne pas avoir d’attitude stable à ce niveau là (après avoir été un peu casse-couille cet automne à ce sujet), bien que je tende à réserver le tirage des runes pour des cas particuliers ou quand la question est en adéquation avec certains travaux ou certaines personnes. Ceci étant, étant donné la quantité d’imbécilités que j’ai faites dans le passé (et pas seulement avec les runes, hum), je ne me vois pas trop donner d’avis péremptoire sur la question et je préfère laisser chacun réfléchir à ce qu’il souhaite faire.

L’énergie des runes

Les runes possèdent des énergies vraiment particulières, propres à chacune : pour cette raison, je trouve qu’il est souvent plus efficace de faire ses recherches et un travail personnel pour ensuite mieux les comprendre : certaines nuances, certaines indications peuvent être très personnelles et ne pas se retrouver forcément partout. Quand je tire les runes, je serais souvent bien en peine de mettre le tirage par écrit en le résumant. Parce qu’elles ne sont pas résumables à des significations précises. Tirer « laguz » et dire, « c’est la rune de l’eau, de l’inconscient » n’est pas toujours pertinent : je sais qu’elle apparait parfois pour désigner des cycles temporels, mais des cycles liés à l’évolution personnelle, pas forcément aux saisons ou à une durée calendaire. C’est un peu si on se branchait sur un canal particulier, et que chaque rune venait murmurer son histoire, son message à l’oreille. Dans le même ordre idée, je tire rarement une nombre de runes précis quand j’ai besoin d’expliquer une situation ou de creuser une piste. Je me contente de demander aux esprits des runes si l’un deux à quelque chose de spécial à me dire, et là commence l’histoire. Comme dans les histoires écrites, parfois il y a une introduction et une mise en situation, et parfois tout commence directement, in medias res. Parfois, la réponse possède même un « style » particulier, exactement comme celui d’un écrivain : j’ai refait récemment l’expérience suite à un changement qui m’a beaucoup perturbée, et je me suis retrouvée à 4h30 du matin, assise devant l’autel, à écouter l’histoire, jusqu’à ce que Perthro tombe, indiquant ici « suite dans le prochain tome à paraître ». Comme il n’est la plupart du temps pas encore écrit, je sais que ce que je vais faire, les tressaillements qui seront engendrés (par moi aussi bien que par d’autres) seront peut-être très différents.

Chaque rune possède plus ou moins son caractère, et elles n’interagissent pas exactement de la même manière avec tous le monde. On s’entend bien avec certaines, avec d’autres, c’est parfois plus difficile. Il peut, à mon sens, même arriver que certaines runes très positives dans les tirages d’une autre personne soit plutôt mauvais signe dans le sien. Ce n’est pas quelque chose de figé : il y a des runes qui me crispaient il y a dix ans et avec lesquelles cela va aujourd’hui, et vice versa. Il y a des runes qui parfois, me font juste l’effet d’une blague énorme genre « Ha ha ha ha ! See you next time. Ha ha ha ».

Cela se complique quand on fait des tirages pour une autre personne, parce qu’il faut distinguer ses relations personnelles, et ce qu’elles vont exprimer à l’autre personne : il faut arriver à savoir si l’on est qu’un simple « canal » et que la réponse est directement liée à autrui (ce qui arrive souvent quand l’autre personne connaît aussi les runes) ou bien si c’est à vous que l’on parle. Ce n’est pas toujours simple et il n’y a pas de règle précise et absolue. Il arrive qu’une personne ne connaisse rien aux runes et que pourtant, la réponse lui soit directement adressée.

Qui parle ?

C’est un peu le même type de « problème » par rapport à Odin : parfois j’ai l’impression que chaque rune parle dans une langue et sur un registre différent, et qu’il faut effectuer une traduction simultanée de chaque signal. Parfois, quand on teste plusieurs signaux pour une même rune, le message sera complètement différent, et pourtant chacune des réponses demeure pertinentes. Ce n’est que mon ressenti, bien sûr, et il vaut ce qu’il vaut, mais parfois c’est lui qui répond, parfois les runes directement, et si demander un angle pur décrypter la réponse aide parfois, il faut dire que parfois on vous laisse vous démerdez -en se marrant un bon coup à vos dépend en prime quand vous pédalez dans la semoule.