Freyja et Frigg, deux aspects de la Souveraineté

Peu d’articles en ce moment, il faut dire que ma vie regular est plutôt plus qu’occupée par divers changements, des drôles et des beaucoup beaucoup moins drôles. Passons.

Jusqu’à il y a quelques mois, je n’avais jamais vraiment bossé avec Freyja (je pourrais en dire autant avec Freyr, on verra, j’ai un peu du mal à rassembler mes idées, et encore plus de difficultés à trouver du temps pour écrire). Elle était une déesse que j’avais essayé plusieurs fois d’approcher, sans succès. Et puis, en septembre dernier, il y avait eu quelques taunts. En partie suite au mois de Frigg, mais aussi sûrement en raison de changements dans la trame, changements que je ne pouvais pas encore percevoir, mais qui n’ont eu de cesse de se produire. L’année sorciéron a été ouverte quelques jours avant Samhaïn, avec le concert de Wardruna et son déroulement what-the-fuckesque, et ça continue.

C’est avec un week-end de pratique du Seiðr qui a eu lieu en mars dernier que j’ai commencé à établir consciemment  certains liens, et à expérimenter un certain nombre de choses. Analyse des données, expériences palpables et levée(s) de sourcils autour de moi.

Plus j’y pense et plus je trouve que toutes les interrogations qu’il y a autour de Frigg et de Freyja sont fascinantes, et qu’elles ont à la fois lieues et pas lieues d’être.
Freyja est souvent réduite à une déesse de l’amour (lol, il n’y a qu’à voir le nombre de rituels dans ce sens qui font appel à Elle), parfois ce champ est quelque peu élargi à la sexualité et à la sorcellerie. Frigg, elle, c’est la déesse du foyer bien rangé et des naissances. Re-lol. Bah oui, des fois que les Déités déborderaient des petites cases et viendraient perturber nos classements Dewey…

Auteur(e) inconnu(e)

La question de la Souveraineté est souvent infiniment plus discrète : Freyja est la femme indépendante qui a la liberté de disposer de son corps. Frigg est davantage rapprochée de l’archétype de la Reine. Pourtant, là aussi, ces deux notions sont, pour moi, interdépendantes. Je vais essayer de démêler un peu le boxon.
Freyja est effectivement une figure d’indépendance particulière. Son infidélité et sa licence sexuelle sont souvent mis en exergue. Même si dans les textes, on la dit mariée à Oðr et qu’elle le pleure quand il disparaît, ce lien est presque anecdotique, et plusieurs auteurs se demandent si ce dernier ne serait pas en réalité Odin, ce qui n’est pas pour arranger les problèmes linguistiques et autres qui se posent par rapport à l’unicité de Freyja / Frigg. (Apparamment, ce problème se pose surtout dans les sources scandinaves, côté germanique, c’est la même. Frau Holda qui combine un certain nombre d’attributs de Frigg et de Freyja est d’ailleurs un cas intéressant). Freyja fait partie de la famille des Vanes, apparentée à la fertilité des champs, des animaux, des gens (bref, liés à la troisième fonction de Dumézil). En terme de Souveraineté, elle ne représente pas uniquement une certaine liberté et la possibilité de jouir de son corps comme elle l’entend, même si cet aspect peut et fait effectivement partie de la notion de souveraineté de soi. Elle est également liée à la Terre, au royaume fertile dont la fertilité permet la vie, l’équilibre et la continuation. Son aspect lié à la guerre et à la mort (comme dans la figure de son frère) fait également partie de cette souveraineté : dans les mythes scandinaves (et pas uniquement je crois) le roi est tenu pour responsable en cas de famines et de mauvaises récoltes, et il peut être sacrifié  si les circonstances l’exigent. La figure de Freyr, le jumeau de Freyja n’est donc pas uniquement à considérer sous un angle « cool et facile » (comme tous les Dieux en fait, pardonnez, je radote). Par rapport à ce dernier, je trouve néanmoins qu’elle possède un côté beaucoup plus sauvage, plus brut. Je ne la rattache pas aux terres cultivées, plutôt à la vitalité sauvage et aux forêts. (Elle est par bien des aspects une déesse aussi liminale qu’Hécate ou Morrigan).

Le fait que les Eddas mentionnent dans plusieurs textes qu’elle est une déesse convoitée par tous, et notamment les Jötuns est intéressant à ce propos : sa souveraineté, son pouvoir est sa force intérieure, et de ce pouvoir personnel qu’elle détient dépend l’équilibre et la prospérité, la vitalité, le jaillissement, et le fait que les Ases et les Vanes font tout pour que les Jötuns ne lui mettent pas la main dessus dénote pour moi son importance sur le plan de l’équilibre cosmique (comme Iðun d’ailleurs).

Et Frigg ? la Souveraineté de Frigg est davantage « interne » quand on pourrait qualifier celle de Freyja « d’externe », pour rappeler les notions d’ Innangard et d’Utangard. Ceci ne les mets par pour autant en position de rivalité contrairement à ce que l’on retrouve souvent, mais plutôt comme une illustration de la complémentarité des forces, complémentarité nécessaire pour que le monde ne sombre pas dans un chaos dévastateur. Frigg, comme Odin, fait partie des Ases, et peut être reliée à la première fonction dumézilienne, celle de la classe dirigeante. Son aspect familial n’est pas si innocent que ça si on sort un peu du contexte moderne dans lequel la famille s’arrête souvent à la famille nucléaire. Si on élargit la notion de famille à celle de famille élargie, ou de clan, Frigg est celle qui facilite les relations entre tous les membres, qui est la tisseuse et la garante du frith. Sa souveraineté est celle d’une reine. Elle assure la cohésion d’un groupe, en se tenant au centre de la toile. Les notions d’hospitalité et de diplomatie lui sont intimement corrélée. Dans quelques textes, on la voit parfois, soit en bisbille avec Odin sur certains sujets concernant un peuple, soit en tant qu’intervenante, quand elle apporte à un couple royal une pomme en leur promettant un héritier. Dans ce domaine de fertilité humaine, et de continuité du lignage, elle peut plus ou moins être rapprochée de Freyja, même si comme nous l’avons vu précédemment, la notion de fertilité de cette dernière est en réalité beaucoup plus large. Frigg est la mère du clan, qui pourvoit aux besoins de ce dernier, sur le plan humain et sur le plan matériel, en s’assurant qu’il ne manque rien. Sans la présence de Frigg, c’est le chaos interne. Ses interventions sont d’ailleurs généralement « équilibrantes » au sein des Ases et des Vanes. Ainsi, c’est également une lecture possible de son intervention pour tenter de préserver Balder : elle tente malgré tout de maintenir un équilibre qui menace de s’effondrer, en se conciliant les bonnes volontés de presque toutes les créatures.
On peut considérer, vu par un prisme moderne, qu’en n’assurant pas de fonction régulatrice au niveau du respect des lois et de l’ordre (au moins de manière directe) Frigg n’est pas « moderne », d’où peut-être le fait qu’elle soit à l’heure actuelle moins populaire que Freyja, puisque Frigg possède des attributs et un exercice que nous pourrions être tenté(e)s de percevoir comme rétrograde ou vieux jeu. Pourtant, je pense qu’il faut se garder toujours analyser les fonctions des déités par notre prisme actuel, en gardant à l’esprit qu’ils reflètent avant tout la société qui les honoraient, et pas forcément la nôtre, pour le meilleur comme pour le pire. Tout comme considérer certaines Déités comme ne pouvant être comprises « que » par les hommes ou « que » par les femmes est un mécanisme d’analyse qui peut se comprendre d’un point de vue purement analytique, mais qui au final nous prive de certaines richesses. Nous ne sommes pas obligés de nous cantonner à notre genre biologique pas plus que nous sommes obligés de faire exactement pareil que les sociétés anciennes. Essayer de comprendre et de décortiquer un mode de fonctionnement ne veut pas dire l’approuver sans réserve ou le copier bêtement, tout comme il est possible d’aborder certaines questions -par exemple ici celle de la souveraineté de Freyja et Frigg- avec un angle de vue contemporain, sans dénaturer l’ancien parce qu’on aimerait qu’il colle à nos idéaux présents, tout en l’interrogeant et en essayant de prendre du recul par rapport à nos observations.

Il y aurait beaucoup à dire encore sur le sujet, autant pour Freyja que pour Frigg, mais un certain nombre de ces notions ont déjà été abordées, au moins de manière rapide, au sein d’une certain nombre d’articles passés. De manière intéressante, c’est en relisant une adaptation de la légende arthurienne que l’idée d’écrire cet article a plus ou moins germé. La dualité Freyja / Frigg n’est pas sans m’évoquer, au moins de très loin, la dualité que forment Morgane et Guenièvre dans les différentes versions / réécritures des mythes arthuriens.

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[Odin Project #13] Les enfants d’Odin [généalogie]

On prête parfois à Odin d’être à l’origine de la plupart des Ases, ce qui me semble quelque peu exagéré, même si on peut lui rattacher la paternité d’un certain nombre d’enfants (et de petits-enfants par déduction). Probablement en raison de certains de ses heiti (je pense à Père-de-Tout, mais le rapprochement initial ne vient pas de moi), mais aussi de la création des humains telle que racontée dans la Gylfaginning (Ask et Embla). A noter que dans la Rígsþula (Chant de Rígr), c’est Heimdall, qui sous le nom de Rígr, engendre la race humaine : certains auteurs [encore une fois qui ? Je ne me souviens plus] ont suggéré que ce Rígr pourrait en réalité être Odin. Je ne sais vraiment quoi en penser, là au pied levé, je partage davantage à titre d’anecdote.

[La graphie des noms est celle utilisée par John Lindow]

Balder (M) : Second fils d’Odin après Thor. Frigg est sa mère.

Hermód (M) : Hermód est-il le fils ou un homme de main d’Odin ? John Lindow explique qu’il pourrait très bien être à l’origine un héros humain -le même type de paradigme se pose quant à l’origine de Bragi, qui a très bien pu être un scalde divinisé. Il précise aussi que l’histoire de la mort de Balder est parfois présentée comme se jouant entre trois frères (donc Balder, Hermód et Hödr) : j’avais lu -reste à retrouver la source : Turville-Petre ?- que le fait que cela se produise au sein d’une même famille (y compris en incluant Loki) pourrait être un exemple d’un règlement fratricide tel que cela pouvait se passer à l’époque.

Höd (M) : Fils aveugle d’Odin. [sa cécité n’est pas mentionnée dans tous les textes]. De manière assez surprenante, lui aussi survit au Ragnarök. Pas plus que pour Hermód le fait que sa mère soit Frigg n’est systématiquement mentionné.

Sæming (M) : Mentionné dans l’Histoire des rois de Norvège, soit fils d’Odin, soit fils de Freyr, cela n’est clair. Dans le prologue des Eddas, il est nommé comme étant le fils de Skadi et d’Odin (en plus d’autres fils non cités). A noter que j’ai parfois lu que l’union d’Odin et de Skadi avait donné naissance aux Sames [?].

Sága (F) : Sa parenté n’est pas claire non plus, il est parfois mentionné qu’elle est la fille d’Odin. En tout cas sa mère est inconnue.  Lindow mentionne qu’en considérant l’étymologie de son nom, certains spécialistes pensent que Sága pourrait être un autre nom de Frigg.

Thor (M) : Fils d’Odin et de Jörd.

Vídar (M) : Fils d’Odin et de Gríd, une géante.

Váli (M) : Dans le Skáldskaparmál, un kenning le désigne comme étant « le fils d’Odin et de Rind ».

Et à propos de Týr ? Toujours dans le Skáldskaparmál, un kenning le désigne sous le nom de « fils d’Odin ». Cependant, dans la Hymiskviða (Chant d’Hymir), qui raconte l’expédition de Thor et Týr chez le géant Hymir, on apprend que ce dernier est le père de Týr. Quant à l’identité de sa mère, elle pose apparemment problème à beaucoup de spécialistes : soit elle est une Ase, et autant l’union entre une géante et un ase ne pose pas de problèmes, autant l’inverse, déjà plus (pour diverses raisons, bla bla bla). Soit elle est une géante, ce qui pose un autre paradigme. Ceci étant, le cas de cette déité demanderait un approfondissement spécifique parce qu’il est assez particulier. [Personnellement, vu l’évolution des fonctions respectives de Týr et d’Odin, et d’autres détails,  j’ai un peu du mal à le considérer comme son fils.]

Sources : 
Norse mythology, John Lindow
A Piece of Horse Liver, Jón Hnefill Aðalsteinsson
Norse mythology, Kathleen Daly

[PBP] U – UPG

weyoume_tumblrUPG pour Unverified Personal Gnosis (en français Gnose Personnelle non Vérifiées) est une abréviation que l’on rencontre largement dans les textes anglophones et désigne en gros les informations obtenues sur une déité lors d’expériences personnelles. Ces informations ne sont généralement pas vérifiables (en tout cas pas complètement) par le biais des sources primaires.
Voilà pour la définition de base.

Après, ce qui est intéressant, c’est de constater que si ces informations ne sont pas vérifiables par le biais des sources premières, on peut avoir d’autres bribes d’informations qui s’y rattachent en consultant les sources secondaires. Du moins pour certaines d’entre elles. Prenons deux exemples :

* Dans les pratiques contemporaines, Frigg est souvent associée au bleu clair et au blanc. Rien dans les Eddas ou les Sagas ne confirme cette association, mais rien non plus ne vient l’infirmer. Si on regarde dans les sources secondaires purement universitaires, non plus (encore qu’on pourrait commencer à disserter sur le fait qu’aucune plante native d’Islande ne permettait de colorer les tissus en bleu et que l’importation de la guède dans le pays aurait commencée au XVIIe siècle. A vérifier, ce n’est pas une information de première main. Bref, je m’égare). Si on consulte différentes « sources de travail / réflexions » (comme dans Our Troth, pour ne citer que ce bouquin là), que l’on se réfère à des intuitions/ travaux d’autres personnes qui n’ont pas forcément été compulser des livres sur la question, on tombe souvent sur le même ressenti. C’est une UPG, pas très intéressante si on la prend au premier degré (après tout les couleurs et les dieux…), un peu plus « marrante » si on considère les symboliques des couleurs dans la société scandinaves (et non le bleu n’est pas « la couleur de la connaissance » chez eux.)

* Prenons maintenant un autre exemple, celui de la signification de la Valknut. Concrètement, si ma mémoire est bonne, rien dans les textes ne dit en fait explicitement « ce symbole est celui d’Odin ». On l’a retrouvé gravé sur des pierres trouvées sur l’île de Götland, mais comme le souligne H.E. Davidson dans The Lost Beliefs of Northern Europe (page 31), nous ne savons pas si le cavalier sur un cheval à huit pattes est Odin ou un guerrier mort chevauchant vers l’autre monde. De la même façon, le mot valknut, et son lien à Odin est une attribution moderne. Sa signification réelle a fait l’objet de nombreuses spéculations (celles de Rudolf Simek sont particulièrement intéressantes, malheureusement je ne les ai parcourues que sous forme de citations / mentions dans d’autres ouvrages).
En revanche, travailler avec ce symbole apporte un certain nombre d’hypothèses et des résultats parfois assez, euh, fulgurant. Comme il est intéressant de faire des recherches « personnelles et intuitives » sans rien connaître, et de parcourir ensuite certains auteurs (dans le cas présent Gundarsson,  Richardsson etc.) et de faire une drôle de tête quand on se rend compte que l’on retrouve certaines hypothèses personnelles pratiquement mot pour mot (parfois, prévoyez la gnôle, ca fait un putain de choc.) Ce deuxième exemple est intéressant parce que contrairement au premier, on peut trouver des hypothèses d’universitaires (de là à se dire qu’il y a un genre d’UPG de recherche universitaire qu’ils cherchent ensuite à confimer, et qu’ils planent bien eux aussi…) et aussi parce qu’au niveau de la « pratique personnelle et des techniques » c’est un peu plus dense.

Concrètement, l’UPG vient compléter le lore, les sources, pas les contredire, même si les pistes qui s’ouvrent sont parfois assez surprenantes. Morrigan Darkmoon avait d’ailleurs fait un très bon article dessus.

Le détail, qui me fait souvent râler, c’est de ne pas essayer de faire passer de l’UPG pour un truc historique. Et de préciser, autant que possible (parce que parfois dans le corps d’un article, il faudrait limite utiliser plusieurs couleurs de typo) ce qui relève de l’UPG personnelle, de l’UPG personnelle mais partagée par d’autres personnes, de la recherche universitaire, des sources premières, des sources dérivées (contes, légendes, coutumes, linguistique). Question d’honnêteté intellectuelle et surtout, de ne pas « semer ses intuitions personnelles » en les faisant passer pour ce qu’elles ne sont pas, mais aussi de permettre aux gens de pouvoir creuser par eux-même s’ils le désirent au lieu de les amputer et de les rendre dépendant d’une personne (et/ou de ne pas s’approprier le travail d’autrui). Deux personnes (ou plusieurs) ont le droit d’être d’accord et celui de ne pas être d’accord sur une intuition, un ressenti, bref, une UPG.

Autant que possible, de la manière dont je considère les choses : chacun est libre d’avoir une UPG / une pratique, à partir du moment où la personne sait un minimum m’expliquer comment elle en est venue à cette conclusion (sans me dire « on me l’a dit et c’est tout » -sauf si c’est pour des détails, comme les couleurs ou les offrandes, ou même les plantes/animaux, et encore pour ces derniers, un minimum de lien dans la réflexion, c’est mieux.)
L’UPG ne devrait jamais non plus être une manière d’écraser les autres ou une façon de les diriger / les manipuler. Avoir une putain d’UPG « béton » (comme si ca existait) sur une déité ne veut pas dire que l’on vaut mieux que les autres ou que vous avez le droit de leurs dire comment ils doivent la considérer ou pas. Ce n’est pas parce que l’expérience d’une personne ne coïncide pas avec la vôtre que vous devez lui dire que « ah mais non, ce n’est absolument pas ça, d’ailleurs, je suis prêtre/sse de machin/sorcière initiée/spirit-worker/ta mère en slibard, donc moi je sais et pas toi. » Je mentirais si je disais que parfois je lève pas les yeux au ciel en lisant certains trucs (souvent j’ai les mains qui me démangent), mais après tout, je ne marche pas dans les pompes de la personne, et ca peut-être intéressant d’en discuter, pas pour rallier l’autre à ses idées (une discussion qui a pour but de convaincre autrui que l’on a raison part sur de mauvaises bases à mes yeux), ne serait ce que pour voir comment l’autre fonctionne (les gens emploient des mots, sauf que ces mots ne veulent pas dire la même chose pour chacun : et hop problème de communication. Certains sont même spécialistes de ça.) Dans le même ordre d’idée, ce n’est pas parce que vous êtes débutant/e que vous ne pouvez pas avoir d’UPG : c’est un peu comme si on disait « ah non, tu es trop jeune pour avoir une sensibilité (l’exemple n’est pas très bien choisi, mais l’idée est là). Ce n’est pas un « bonus » qui tombe pour fêter vos trois ans de pratique, c’est plutôt le travail quotidien.

Après on a aussi le droit de trouver que l’autre fait de la merde, que ce sont des idioties. De ne pas être d’accord. Si c’est le cas, je pense que l’on est -heureusement- libre de dire « bah écoute, pour moi ca colle pas du tout. je ne suis pas d’accord avec toi, mais après tout, tu es grand/e, tu fais comme tu veux. A l’occasion tient moi au courant. » [Personnellement, si quelqu’un me demande un avis, je lui donne. (Si l’avis consiste à répondre à la question « et à ma place, tu ferais quoi ? La personne peut aller voir ailleurs si elle y est. S’il n’est pas d’accord, il fait comme il veut, c’est pas mon problème.) S’il va pas dans le mur, tant mieux pour lui. S’il va dans le mur, c’est « tant pis pour lui » ou « bien fait pour ta gueule » suivant mon humeur.] Parfois on peut se tromper ? Oui, on peut toujours se tromper, quel que soit le domaine, UPG itou, peu importe le nombre d’années d’XP. On n’arrive pas au level 90 et hop ca y est. 😉

Pour résumer le pavé : Pratiquez. Notez. Lisez. Réfléchissez. Et puis éclatez-vous, merde.

Playlist pour Frigg

Sans titre-1

Madredeus – O Pastor
Miranda Sex Garden – A Fairytale About Slavery
Hocico – The Shapes of Things to Come
Guillaume de Machaut – Qui es promesse / Ha ! Fortune 
Theatre of Tragedy – A Distance There Is
B.O La leçon de pianoThe Heart Asks Pleasure First
Thorn AgramBralu Kapi
BattleloreValier, Queens of the Valar
SatyriconMother North 

Frigg, par Aneesa Erinn Adams

Rétrospective sur le travail avec Frigg (Mois pour Frigg)

Auteur inconnu

Il y a des déités, au hasard Loki et Odin, qui sont du genre très actives, le type qui se pointe dans la vie des gens de manière impromptue et qui vous traînent rapidement vers certains objectifs. Ils sont du genre assez explicites quand ils s’y mettent.
Il y en a d’autres, comme Frigg, qui arrivent discrètement, tellement discrètement que vous vous demandez comment faire avec eux. Frigg n’est pas très explicite. Elle ne vous demande pas de grande chose. En fait, au début, elle vous regarde vous débrouiller sans rien dire, avec un sourire en coin qui me fait irrésistiblement penser à Mme B., ma prof de français au collège. Elle vous connaît, elle vous observe, elle sait pourquoi vous tournez en rond avec cet air de carpe koï noyée dans une mare, elle sait aussi ce que vont engendrer vos tentatives, et elle connaît la signification de certaines choses auxquelles vous ne pensez pas. Mais elle ne dit rien. Elle reste là et elle vous laisse la possibilité de démarrer consciemment quelque chose ou de le refuser. Contrairement à notre duo-mortel qui débaroule et qui se fout royalement de votre consentement -au moins au début, j’ai eu l’occasion de constater que souvent, après vous avoir bien fait passé par les montagnes russes, ils vous laissent le choix. Quel choix avez-vous envie de faire, c’est une autre histoire…- Frigg attend que vous vous bougiez les fesses et dites « oui » ou « non », plutôt cohérent avec son aspect mainstream j’ai envie de dire.

Elle vous regarde, avec vos préjugés, vos galères, vos remugles, vos difficultés et votre bonne volonté enfantine. Elle ne débarque pas avec le mode d’emploi « tu vois je suis comme ça. Ca maintenant c’est terminé et tu es prié(e) de faire ça. » Non. Par contre vous pouvez vous retrouver assez brusquement à shapeshifter en Bree Van de Kamp.

L’importance du foyer propre et clean, de l’ordre.
L’extension du microcosme intérieur au macrocosme visible, à l’environnement immédiat. Il n’y a pas de réelle dichotomie entre le spirituel et le matériel. C’est souvent nous qui en mettons une, par réaction ou parce que nous continuons à aller dans le sens de ce que l’on fantasme ou de ce que l’on nous a appris. Pas plus que les déités n’aient réellement des petites cases bien définies avec des fonctions claires et distinctes. Oui, elles ont souvent une fonction principale, mais on peut retrouver cette fonction chez d’autres, et inversement. Ce n’est pas un coloriage de vitrail avec « prière de ne pas dépasser », c’est plutôt un kaléidoscope.
Je me demande si ce n’est pas pour nous rassurer que nous tentons de les englober dans une définition précise, parce que nous sommes incapables de les saisir dans leurs globalités.
On devrait être reconnaissant de ne pas être seul à prier une déité. Ce n’est pas un hasard si certaines déités « fortes » ont pas mal de suivants, ce n’est pas -uniquement- la fascination qu’elles exercent ou leurs attributs, ou une question de classe. C’est une question de répartition des charges. On n’est jamais que des humains, certes, sympa, pas trop cons, etc, mais même dans leurs « bons » côtés, les dieux sont terrassant, écrasant. On parle beaucoup des dangers du « horsing » parce que ci, ca, gna gna gna. Mais leurs énergies pures et simples peuvent nous disloquer, nous briser. En tout cas nous faire violemment réaliser que si on comprend 0,1% de la déité, c’est déjà très bien. Et pour rappel, l’amour est surtout redoutable et flippant. Dixit la personne qui a dit « X. a un amour abomiffreux » au lieu « X. a un humour abomiffreux ». Bref.

Pour établir un parallèle avec la Photographie, le Foyer constitue la focale du travail. Si la focale n’est pas bien réglée, vous ne pouvez pas faire de taf correct. Après avoir maîtrisé à la perfection, après avoir intégré les bases, les règles, les différentes étapes, vous pourrez vous en éloigner. Sinon, c’est juste du patouillage brouillon au petit bonheur la chance.
Le Foyer est le centre, après vous pouvez remonter les fils, un après après l’autre. Fils qui s’avèrent très vite connectés entre eux. Et là, tiens, la déesse du Foyer devient plus complexe, et sans parler de leurs rapports entre eux.

Frigg comme déesse de cohésion et du lien social ?
Oh oui. Je me suis fait assez tirer l’oreille et réprimander pour mon comportement, avec, une fois ces histoires de discipline et de ménage posées, pas mal de consignes sur ce que j’avais intérêt à faire. Elle ne file pas de modus operandi, elle vous laisser vous creuser les méninges, mais les vieilles habitudes et les schémas de pensées moisies, on vous les étiquette rapidement comme « à jeter ».
Marrant, mais elle a beau rester en retrait, je la soupçonne très fortement d’être « celle qui ouvre la porte ». Quelque chose comme « bon, ca va, tu as compris les bases, maintenant, on va te faire comprendre les choses de manière globale. Et si je t’entend dire un seul gros mot, je te lave la bouche au savon. C’est ma parentèle, c’est moi qui décide, et tu as intérêt à apprendre les bonnes manières, espèce de fille de ferme mal dégrossie. » Très sincèrement, quand elle est comme ça, même le Vieux ne la ramène pas, non, il préfère fumer sa pipe peinard au coin du feu et vous regarder genre « ah moi j’y suis pour rien, tu te démerdes gamine, c’est pas mes oignons. »

Auteur inconnu

Frigg, Mère-de-Tout
Ces histoires de Frigg comme « Mère-de-Tout » que l’on pose souvent en miroir de l’aspect Père-de-Tout chez le Vieux, je le vois pas relié directement à ces histoires de maison/foyer/bébés/maternité/maman. Frigg est plus subtile, parce que les quelques déesses-mères que j’ai pu croiser, je les trouve plutôt étouffantes et totalitaires, prompts à vous faire subir un lavage de cerveau. Je comprend pas pourquoi on fait toujours de ces déesses des figures sympas, cool et gentilles, alors que sincèrement, elles ont un côté monstrueux qui ferait presque passer Fenrir pour un gros loup en peluche.
C’est davantage lié au côté « régulation des liens sociaux » : commencer à bosser avec Frigg, c’est un peu se retrouver obligé d’avoir une vision plus nuancée et de considérer les déités de la mythologie nordique (au moins pour les Ases) dans leur ensemble. Vous ne pouvez plus dire « bon, alors toi je t’aime pas, donc je te laisse de côté, je ferai semblant de pas te voir. » parce qu’alors vous vous allez vous retrouver avec le goudron et les plumes. Ou des ennuis juste dans le champ d’attribution principal de la déité en question, juste pour que vous puissiez avoir l’opportunité de réfléchir et d’être moins psychorigide. Vous suivez ou vous ne suivez pas. Mais ouais, vous ne pouvez pas faire le tri en disant « celui ca va, celui là je veux pas. » C’est à prendre ou à laisser.
On peut le voir comme de la coercition, mais cela n’en est pas. C’est même très cohérent si l’on considère les notions d’iinnangard et d’utangard. Vous êtes dedans, ou vous êtes dehors, il n’y a pas de milieu confortable. Ceux qui ont la voix de Cersei Lannister dans la tête ont gagné : Frigg est une reine. Et je peux vous dire qu’une reine qui ne dit rien signifie beaucoup de choses, mais pas forcément qu’elle ne soit ni dangereuse ni puissante. Ne pas oublier que la Maîtresse du Foyer est celle qui détient les clés.

Frigg et Dame Holle (Mois pour Frigg)

Issue du folklore germanique,on retrouve la trace de Dame Holle dans le conte éponyme des frères Grimm.

Elle possède un certain nombre de caractéristiques qui peuvent faire penser à Hel, Perchta ou même à la Cailleach. J’en avais déjà parlé il y a deux ans en ce qui concerne les parallèles avec Hel et la Cailleach, je voudrais maintenant faire un lien sommaire entre Dame Holle et Frigg par le biais du contenu du conte plutôt que faire une compilation d’articles existants ici et là.

Je ne raconterai pas le conte en détails, mais voici un certain nombre d’éléments clés qui me semblent parlant pour mettre en regard ces deux déesses.

La fillette
La marâtre / la vieille
Le filage
Le sang
Le puits / la traversée du puits / la noyade
Les tâches ménagères
La neige / les plumes
L’épine

Catrin Welz-Stein – Frau Holle

Premièrement, la cellule familiale telle qu’elle est présentée : une fillette aux prises avec sa marâtre, accablée par cette dernière suite à la mort de sa mère. On a là une filiation uniquement féminine, le père est absent du récit. Le personnage de Dame Holle est à mettre en part, à la fois parce qu’elle semble à première vue génétiquement à part et extérieure au premier cercle constitué de la marâtre / la fillette / l’autre fillette, fille de sang.
Elle semble néanmoins être accessible par une série de processus lié au sang : la première fille saigne en filant, la seconde saigne aussi en se blessant sur une épine.
Les images que ces deux processus similaires comportent sont extrêmement intéressantes. De part la présence du sang et du fil imprégné de celui-ci (en raison d’un travail acharné dans le premier cas, d’une tricherie dans le second), je ne peux m’empêcher de voir dans la figure de cette Dame Holle une résurgence des Disir, ces figures féminines veillant sur une lignée : on peut y lire presque photographiquement le fait de remonter le fil de son sang, le fil de son wyrd, de sa lignée.

Frigg, comme on l’a vu au cours de certains articles précédents, est une déesse du foyer, pas uniquement aux sens tâches ménagères, mais aussi au sens de protection, de lignée (Frigg comme possible Dise des Ases, comme Freya, Dise des Vanes). Lien filage / wyrd / sang / lignée / Frigg (déjà abordé, je ne reviens pas dessus).

Par rapport à l’épine sur laquelle se blesse l’autre fillette, je ne peux m’empêcher de penser à Brunhilde, à la rune Thurisaz, aux épines noires et blanches, gardiennes de la haie (pour la petite anecdote, l’épine noire a effectivement tendance à demander un paiement avec du sang, à plus forte raisons pour certains travaux / passages), mais aussi à ce qui nous attend si on tente de grugger les esprits.

Le puits dans lequel sombre la bobine est une porte évidente vers l’autre-monde. Plus que l’aspect mort/résurrection, j’y vois davantage le fait d’ouvrir les portes, de traverser le passage, de franchir la haie vers le monde des esprits. Processus de transe, mais aussi de descente dans le monde d’en bas, à la rencontre de ses ancêtres.

Toujours dans la thématique du voyage vers l’Autre-Monde, en me rappelant ma lecture d’hier et la mention faite par Britt-Mari Näsström de la présence des noms de Freyja et Frigg dans un charme destiné à guérir les chevaux, je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle sans doute hasardeux puisque les branches germaniques et nordiques ne peuvent être prises d’un seul bloc mais sont à distinguer. Je pense ici notamment à certains aspects de la magie scandinave et au bâton de Nid, une tête de cheval fiché sur une pique, à Sleipnir, le coursier d’Odin… bref à la figure du cheval comme moyen de transport physique et rituel/magique. Le fait que Frigg soit cité, avec Freyja fait que je m’interroge par rapport à un possible lien : Cheval / Frigg / Freyja / Seiðr / Voyage dans l’Autre-Monde / Descente dans le puit / Protection pour ce type de travaux ?

Je ne m’attarderais pas non plus sur la symbolique des tâches ménagères d’un point de vue global, obvious aussi : gestion de la maisonnée, position de la maîtresse de maison, etc.
On peut aussi lire dans le rapport « tu as bien fait ton travail, je te récompense » la continuité d’un rapport donnant-donnant, de la notion d’hospitalité (dans le Hávamál, il est également mentionné l’importance d’être un bon invité, de respecter les règles, bref, de ne pas se comporter comme un malotru.)

Sur la symbolique de l’arbre en général et du pommier en particulier : Frigg est une déesse de fertilité/sexualité, même si cette symbolique est curieusement souvent laissée de côté. (D’ailleurs une pensée éclair : la fertilité physique sous-entend puberté et relation sexuelle. Le fait de saigner peut faire également penser aux premières règles. Le fait de se piquer sur une épine renverrait-elle ici à une métaphore sexuelle évidente : Frigg déesse des liens du mariage à mettre en parallèle avec Dame Holle –qui reçoit les deux fillettes de la même manière : s’il y a eu « tricherie » de la part de la seconde, ce n’est pas pour cela qu’elle est punit, c’est parce qu’elle n’a pas fait son travail.)
Dans la saga des Volsung Frigg offre une pomme à un couple royal qui n’a pas eu d’enfant, et la femme mettra par la suite au monde un fils.

La neige que la fillette est chargée de faire tomber n’est pas sans me rappeler la Chasse Sauvage ou les esprits liés à cette période de l’année, mais aussi à la nuit des Mères. Les dates de la Chasse Sauvage varient suivant les régions, et elles coïncident parfois avec la période de la Nuit des Mères. De mémoire dans Witchcraft Medecine, il est mentionné quand dans le folklore germanique, Dame Holle mène la Chasse Sauvage et que son consort est Wotan. No comment.
Le lien plumes / flocons me fait penser, outre au manteau en plumes de faucon que Frigg possède, mais aussi, du coup, à la métamorphose et au fait de voyager dans le monde des esprits ou parmi les esprits.
Autre analyse probablement tordue et erronée mais tant pis, le lien entre l’édredon et la pratique de l’utiseta, un peu semblable au parallèle avec le cheval fait plus haut.
De manière plus généraliste, le lien entre le lit comme objet de magie et corrélé à Frigg.

A la fin, Dame Holle contrôle l’ouvrage : Frigg en tant que dirigeante de la maisonnée est la figure qui régule, vérifie, check les stocks, s’assure que tout fonctionne correctement. Pas par maniaquerie particulière, mais parce que c’était une question de vie ou de mort. Autant en ce qui concernait les réserves de nourritures, de semences que concernant le filage du lin, qui a joué un rôle primordial dans l’économie et l’expansion des vikings. En contrôlant l’ouvrage et en s’assurant qu’elle soit apte à le faire correctement et sans renâcler, on pourrait dire que Dame Holle vérifie en réalité que la fillette soit capable de survivre, et avec elle toute la lignée.
Il y a une double initiation ici : celle de l’aptitude à fonder son foyer, mais aussi de voyager à travers le monde, d’en connaître, de transmettre et de garder vivant l’esprit de la lignée. Mise en perspective intéressante si on regarde du côté de la Scandinavie ancienne au sein de laquelle les relations avec les êtres de l’Autre-Monde faisaient partie intégrante de la vie quotidienne. On pourrait également ajouter une autre supposition : celle de la magie de Frigg, tellement intégrée à la vie quotidienne qu’elle en est devenue pour ainsi dire invisible, absorbée dans les coutumes et les habitudes familiales diverses. Invisibles, mais toujours vivantes, parce que passées dans l’inconscient collectif.

Dame Holle est présentée sous un jour globalement bienveillant, mais en fait elle est neutre. Ce qui est en fait une figure essentiellement bénévolente, c’est parce que nous la voyons par le prisme de la première fillette. Frigg est un peu comme cela : on la présente généralement comme coolos et gentille, mais au niveau « pratique », si vous ne faites pas le travail correctement ou si vous glandez, vous pouvez manger une baffe bien concrète, garanti sur facture.


Sources : Contes pour les enfants et la maison, Les frères Grimm, José Corti. Page 155. Les notes additionnelles mentionnent que ce conte fût raconté à Wilhem Grimm le 13 octobre 1811 par sa future femme, Henriette Dorotha Wild (je trouve ca assez énorme :p )

Frigg et Freyja, une seule et même déesse ? (Mois pour Frigg)

Frigg, par Marikobard

Si Frigg et Freyja sont présentées comme deux déesses distinctes, elles présentent un certain nombre de points communs qui ont conduits certains spécialistes à se demander si elles n’étaient pas, à l’origine, une seule et même déesses.
Je vous propose de faire le point rapidement sur ce qu’en disent certains spécialistes et ensuite ce que j’en pense (ou pas, si vous vous en foutez, j’en ferai pas une jaunisse.)

Ce qu’en disent les spécialistes (bref aperçu)

1. Jan Fries

Dans Helrunar, Jan Fries reprend cette théorie et explique notamment que chez les Anglo-saxons (?) et les Lombards, c’était Freyja qui était l’épouse d’Odin, mais sa sexualité très active la rendait inacceptable pour un pays très prude comme l’Islande -pays dans lequel la poésie amoureuse était par exemple interdite. Parallèle intéressant, je crois que c’est Régis Boyer dans sa traduction des Eddas poétiques qui relie Freyja et ce type de poésie. Pour cette raison, on introduisit Frigg (ou on peut la voir comme une version « chaste » de Freyja, mais je ne suis personnellement pas très fan de cette interprétation, nous verrons pourquoi.)

2. Hilda Ellis Davidson 

Dans Gods and Myths of Northern Europe, elle ne doute pas que Frigg et Freyja soient très fortement connectées. Elle se base notamment sur l’aspect maternel et protecteur de ces deux déesses, qui étaient appelées notamment dans un cadre de fertilité/protection lors de l’accouchement/protection des nouveaux-nés. Cet aspect de Frigg est relié aux fonctions originelles des Vanes. Leurs champs d’interventions pourraient signifier qu’elles sont les deux aspects d’une même déesse, et elle fait ensuite un parallèle avec l’existence de certaines triades comme Asherah, Astarté et Artémis. (Elle inclue à titre d’exemple Skadi comme possible « troisième figure » d’une triade nordique).

3. Britt-Mari Näsström 

Elle pointe également un certain nombre de similitudes entre ces deux déesses, et met en avant le fait que même Sturluson semble parfois faire des confusions entre les deux (je ne détaillerai pas), même si, fidèle aux tendances de son temps, il tend à rattacher Frigg à Junon et Freyja à Vénus. Les deux déesses sont liées aux question de fertilité, ce qui les relient, l’une et l’autre à une sexualité active. Dans la Lokasenna, les deux sont d’ailleurs accusées d’infidélité et/ou d’être licencieuses. Deux autres parallèles : la parenté de Frigg, « fille de Fjörgyn ». Fjörgynn, avec deux -n serait un nom masculin. Si on se base sur la dualité/union Njörd-Nerthus pour Freyja et Fjörgyn (Jörd)- Fjörgynn pour Frigg, on les rattache toutes les deux au même type de parentèle. L’autre parallèle concerne un sort pour guérir les chevaux, qui fait appelle à Frigg et à Freyja. Dernier point (bonus) : les deux possèdent une peau de faucon, même si contrairement à Freyja, on ne voit jamais Frigg s’en servir.

4. Kvedulf Gundarsson

Contrairement aux auteurs ci-dessus, Gundarsson (dans Teutonic Religion) établit clairement la distinction entre Freyja et Frigg ,et explique qu’un lien entre les deux semble hautement improbable, étant données leurs comportements respectifs au niveau sexuel. Le lien entre la mort et Freyja ne se retrouve pour lui pas chez Frigg. Le lien entre Freyja et Odin est relativisé, s’appuyant sur la liberté sexuelle dont fait preuve Freyja, signe d’une union qui, si elle existe, est beaucoup moins socialisée qu’entre Odin et Frigg. Il fait la distinction entre les panthéons germaniques et nordiques, précisant que chez certains peuples germaniques, il était possible d’avoir plus d’une seule femme et précise que seule Frigg donne explicitement des conseils au Vieux et partage avec lui la possibilité de pouvoir s’asseoir sur Hlidhskálf.

Ce que j’en pense

Freyja par Darkliminality

En fait, pas grand chose. Etant donné la complexité et les différentes évolutions des déités dans les grandes branches germaniques et nordiques, un certain manque de sources primaires (à part Sturluson et Saxo Grammaticus -dont les histoires sont parfois très différentes des Eddas, comme par exemple avec Balder- il n’y a semble t-il pas grand chose), le mixage de toutes ces sources qui sont parfois mises sur le même plan dans certaines analyses, je pense que l’on ne peut rien affirmer.
Freyja et Frigg étaient-elle une seule et même déesses ? C’est possible, ou deux déesses issues de la même parentèle et aux fonctions similaires qui ont finit par se confondre, chacune étant plus ou moins présente dans certaines aires géographiques en fonctions des sensibilités communes, avant que la tradition ne soit couchée par écrit ? Très possible aussi.

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le raccourci de Jan Fries, notamment parce que si ma mémoire est bonne, il y a un certain nombre d’endroits en Suède/Danemark (?) qui seraient nommés d’après son nom, et la toponymie serait un indicateur relativement fiable de la popularité d’une déité. Si elle avait été uniquement un aspect « lissé » de Freyja, je ne pense pas qu’on aurait retrouvé sa présence sur le continent. Il serait intéressant de regarder attentivement le folklore et les légendes typiquement islandaises et de gratter un peu. D’autant que qualifier une société de « prude » dix siècles plus tard, quand les sources écrites sont chrétiennes, bon, c’est à prendre avec précaution. Si cela se trouve, c’est exactement l’inverse : pourquoi avoir interdit la poésie amoureuse si la société était si prude que ca ? D’autant que « la société » sans distinction entre les différents milieux, c’est un peu casse-gueule. Enfin, je trouve. Dans la série des parallèles marrants, bon Freyja est connectée aux chats, etc. Je ne sais plus où j’ai lu que lors d’un mariage, on offrait aux jeunes mariés des chatons, comme signe de fertilité et de bonheur.

Toujours de mémoire, je crois que c’est dans le bouquin de Jean Renaud que ce dernier explique qu’Odin était surtout le dieu des classes dirigeantes tandis que les classes plus populaires auraient largement préféré Thor et Freyr. Ca sent un peu le Dumézil, mais on pourrait imaginer que Freyja aurait pu être la préférée des classes populaires, tandis que dans les couches plus favorisées, avec les mariages d’alliance qui étaient plus nécessaires, favoriser une déesse liée à ce domaine et à ses responsabilités auraient pu être une façon de canaliser les jeunes femmes. Encore une fois, c’est supputer sur la façon dont était perçu le mariage dans ces sociétés. Pour le peu que j’en sais à l’heure actuelle, le mariage semblait être surtout une affaire de raison et d’alliance. Est-ce que c’était commun à tous les milieux ou propre à certains d’entre eux ? Quid des différents lieux (Norvège, Danemark, Suède, Islande ?) qui avaient peut-être des façons un peu différentes de voir les choses ? Je n’en sais rien.

Dans le fond, est-ce que c’est si important ?
Qu’elles aient été ou non une seule et même déesse, je pense qu’elles sont maintenant deux déités distinctes. Les spécialistes ne peuvent rien infirmer ou confirmer, et au niveau de la pratique, Frigg et Freyja sont largement reconnues comme deux déesses différentes, même si là aussi, chacun a sa façon de considérer leurs origines respectives.
Au niveau UPG, si elles partagent des attributs en commun, je ne les trouve pas semblables du tout. Ne serait-ce que parce que je me suis toujours jetée par Freyja mais pas par Frigg. C’aurait été plus intéressant si j’avais pu travailler avec les deux et vous donner des pistes un peu plus épaisses, mais ce n’est pas le cas. Je connais en revanche plusieurs personnes qui ont travaillé avec les deux, et parmi elles, aucune ne les a collé dans le même bocal avec la même étiquette dessus.