La prose des Bâtards (les problématiques dans le Culte des Ancêtres)

Un dernier article avant un déménagement au loin… Je ne reviendrai pas avant un bon moment. 

Il n’y a plus que la Patagonie, la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud Je suis en route J’ai toujours été en route Je suis en route avec la petite Jehanne de France. (Blaise Cendrars – La prose du transsibérien)

Le culte des Ancêtres occupe une bonne place -sinon la place principale- dans les cultes traditionnels. C’est plus ou moins visibles suivant les groupes et les axes reconstructionnistes et autres, mais au niveau francophone, on assiste à une visibilité de plus en plus importante de cette pratique. Dans la théorie, il est facile de synthétiser rapidement le principe : celui d’honorer ses ascendants. Toujours dans la pratique, il est également relativement facile de de faire quelques synthèses de pistes pour les cas « problématiques » : vous avez été adopté(e) ? Tant mieux, vous avez à la fois vos lignées adoptives et vos lignées génétiques à honorer. Vous avez eu des conflits familiaux graves / familles abusives ? Concentrez-vous sur les « bons » ancêtres et de toutes façons, vous n’êtes pas un individu sorti de nul part, vous êtes sur terre parce que des gens se sont battus, ont survécus et que tout ne tourne pas autour de vous. D’accord, tout ca n’est pas faux, loin de là. D’accord cela ouvre des pistes.

Sauf que, tout ces pistes théoriques, prêtes à bouffer, c’est de la théorie justement. Et le sujet du culte aux Ancêtres, c’est toujours de la théorie, sauf quand il s’agit des nôtres. Quand il s’agit de notre histoire -ou non-histoire- familiale. Arriver la grande gueule en bandoulière avec des réponses toutes faites, c’est ce que vous pouvez vous permettre de faire quand vous n’êtes pas concernés, parce que la théorie prend tout en compte, sauf l’énorme potentiel explosif et sensible dont cette question est porteuse.

Pour certains, il est facile de s’exciter sur une image d’Épinal de sa famille (Parfois, « les fantasmes ancestraux », ca me fait penser au délire de Gardner qui a prétendu avoir été initié et avoir reçu des infos trop trues de Dorothy Clutterbuck, histoire de rendre plus crédible et plus badass ce qu’il avait reconstruit (remarquez, il y a peut-être des wiccans tradz qui s’ignorent. Ok, j’arrête de troller) que d’oublier ses paradoxes, d’oublier ses douleurs. Quelque part, tant mieux pour eux. Sauf quand ils se servent de leur vision (qui n’est jamais qu’un prisme lacunaire : chaque fois que nous considérons quelque chose, ce n’est de toute façon qu’un prisme lacunaire. C’est pareil pour les problèmes, sauf que c’est plus difficile d’échapper à un prisme problématique que de se mettre la tête dans le sable) pour essayer de l’imposer aux autres, ou pire de les rabrouer ou de les tancer sur ce qu’ils devraient faire et ne pas faire. Franchement, quand vous n’êtes pas directement concerné, soit vous y allez mollo, soit vous fermez votre putain de gueule avec vos généralisations sur qui / quoi / pourquoi on devrait honorer ci ou mi. Idem pour les discours du type « mais si tu né/e, c’est que tu l’as choisi, donc… » (les dérives du New Âge et ses ravages : avoir ce type de philosophie n’est pas intrinsèquement un problème, ce qui est un problème, c’est quand la personne s’en sert pour donner des leçons). Les gens qui arrivent la gueule enfarinée avec des discours tout fait sur ce type de question ont généralement une famille relativement simple, ou alors c’est ce qu’il aimerait croire (un peu comme quand j’entends les généralisations idéalistes/idéalisées pour correspondre à « un certain modèle moral », généralisations du type « nos ancêtres ne divorçaient pas ». Ou encore plus fendard quand cela implique les délires du style « l’homosexualité existait moins qu’aujourd’hui ». Haha. Mais bien sûr. Les divorces existaient, ils étaient peut-être moins fréquents effectivement, mais peut-être qu’ils étaient moins fréquents parce que les lois le rendait beaucoup plus complexe, pas parce que les gens avaient une morale « tellement différente de celle de nos jours sur la question. » Tout est relatif : ce type de question demande une énorme quantité de recherches pour ne pas sombrer dans le cliché bas de gamme. Quant à l’homosexualité, je n’ai pas assez de données pour y répondre (à part que les catégorisations hétéro/homo etc, semblent dater de l’ère victorienne), alors plutôt que de dire une connerie, je me contenterai de dire que cela demande des recherches. Peut-être qu’effectivement, elle était moins fréquente qu’aujourd’hui, peut-être pas (je dis bien « fréquente » pas « visible »).

Et que fait-on, quand il n’y a pas d’histoire familiale ? Parce que vos racines n’ont cessées de bouger au cours des quatre générations précédentes, qu’il n’y a eu aucune transmission ? Quand vous avez été coupé(e) de votre histoire par des parents / grand-parents qui pour X raisons ont refusés de transmettre « le flambeau » ? Et que fait-on, quand tout ce que vous découvrez, génération après génération, c’est la répétition d’une histoire dramatique, malsaine, et pas seulement le fait d’un individu isolé ? Et que fait-on quand on n’a pas de « terre natale », quand on appartient aux déracinés, à ceux qui passent leur vie, et dont les ascendants ont passés leur vie à devoir oublier le passé ? Quand les archives qui pourraient contenir votre histoire ont toutes été brûlées par les conflits successifs qui ont déchiré une partie de l’Europe ? Parce que cette région d’où certains de vos ancêtres viennent, a été une poudrière ? Ou quand vous êtes un(e) enfant « non conforme au cahier des charges familiales » et que par le truchement de votre éducation, on vous a non seulement fait comprendre que vous ne faisiez pas partie de la famille, mais que l’on vous a violemment fermé la porte à toute coutume, langue, histoire, culture, souvenir ? (Franchement, pour moi, des gens qui se sont conduits comme ça ne méritent ni que l’on fleurisse une tombe -qu’ils ne méritent pas-, ni qu’on les honorent.). Le problème du problème, c’est quand cela ne se résume pas une seule génération, mais quand l’on constate que ce type d’histoire se répète, des parents, des grands-parents, et encore avant. Après, il ne reste souvent pas grand chose de tangible, et pour moi, il y a une différence entre honorer des ancêtres « imaginaires » et avoir des souvenirs concrets de transmission. Quand on cumule toute une suite d’axes à problèmes, ça devient velue comme thématique. On pourrait imaginer que effectivement, retrouver quelques « ancêtres référents » aide, et d’une certaine manière, c’est le cas. Mais de manière un peu grinçante, j’ai eu l’occasion de constater que très vite parfois on vient vous dire que, quand même, ce n’est pas comme vos ancêtres de sang et que pourquoi vous ne… (« Merde ! » comme dirait Léodagan.) Parfois, on peut retrouver certains ancêtres qui se pointent, et petit à petit, retisser le lien. Parfois. Pas toujours. J’avoue que quand on constate que finalement, tout est mort à ce niveau là (parce que parfois,  il ne reste plus personne de vivant, histoire de bien couronner le tout), je vous avoue que je ne sais pas comment on fait. Je n’ai pas de réponse, et j’ai pu constater que cette problématique est beaucoup plus courante qu’on ne le pense. Comme pour beaucoup de sujets : on trouve beaucoup de sources quand cela se passe bien, moins quand ca se passe mal. Et généralement, les cas où il est fait mention de situations qui se passent moins bien, soit c’est quand la personne a résolu sa problématique, soit quand elle a décidé qu’elle ne ferait pas çi ou ça pour telles et telles raisons. L’entre-deux, faut gratter nettement plus pour avoir des infos. En même temps, je ne cherche pas de réponses toutes faites, justement parce que je crois que dans ce domaine, les réponses toutes faites ne marchent pas. Oui, on peut honorer ses ancêtres de manière généraliste, mais est-ce que, en terme d’impact et de force, cela suffit à compenser les autres défaillances ? En d’autres termes, est-ce que ce rempart suffit pour contenir toute l’étendue d’eau qui par ailleurs menace ?

Par dessus le marché, le pompon, c’est quand des gens viennent vous dire QUI vous devriez prier parce que vos ancêtres venaient de là, et qu’ils ont lus deux fiches wikipédia et pensent vous apporter la civilisation. Jusqu’à preuve du contraire, laissez une personne suivre son chemin. C’est le sien, pas le vôtre. D’autant que les évolutions arrivent au fur et à mesure d’un cheminement, à vouloir les forcer, on risque juste de « braquer » la personne et à la bloquer. Ou qu’elle peut avoir d’autres processus nécessaires à explorer au préalable, quitte à se rendre compte qu’en fin de compte, telle option n’en était pas une et qu’elle s’avère finalement caduque. De plus, des histoires « d’adoptions » peuvent arriver à plusieurs niveaux : non seulement les adoptions passées mais aussi toutes les adoptions actuelles : adoption par une terre, une région, un pays. Adoption par une lignée qui nous intègre, lignées perdues qui en fait rejaillissent sous forme d’un Allié, d’un panthéon etc. Je pense qu’en terme de « culte des Ancêtres », il y a autant de solutions, de problématiques, de parcours, de fonctionnement qu’il y a de personnes.

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[SYLPHE] Dans les poches d’un Sorciéron…

Je suis un sorciéron indiscipliné-ciéron. Comprendre par là que généralement, mes affaires sont toutes en vrac dans mon sac ordinaire. Mis à part un « crane bag » qui regroupe des éléments en lien avec certains esprits et/où un taf particulier en cours (contenu que je ne montre pas, sauf rares exceptions), le reste de mon « matos » se trouve pêle-mêle avec mes affaires ordinaires, ce qui génère des « Et meeeerde, j’ai perdu mon pass Navigo ! » (phrase récurrente, suivie de quelques minutes de recherches fiévreuses avant de découvrir que non, il est soigneusement rangé, pour ne pas le perdre, dans la poche du sac de mon tambour, pour la plus grande exaspération de mes coreligionnaires… Pardon les gars.) « Merde, je sais plus ce que j’ai foutu de mon flacon d’ocre ! » Au fur et à mesure de mes pérégrinations, j’accumule toutes sortes de trouvailles dans mon sac : mousse, petits os, cailloux etc. Du coup, quand j’arrive au travail le lundi matin, c’est toujours un joyeux bordel entre mes affaires regular, et la boussole / cran d’arrêt / allume-feux / encens.

Le matos le plus important, celui à avoir toujours sur soi, c’est à mes yeux plutôt du matériel « de bon sens » : boussole, couteau, allume-feux, cordelette. Suivant mes déplacements, j’y ajoute une lampe frontale, une lacrymo, une trousse à pharmacie -avec couverture de survie, pince à tiques, par exemple. Parce que si vous vous savez que vous êtes en accord avec les énergies bienveillantes de la Terre-Mère (sarcasme), les tiques, elles, ne sont pas au courant, et que la maladie de Lyme, c’est de la merde.

Finalement, après le mois d’août passé à courir après mes affaires, j’ai utilisé un reste de laine qui m’avait servi pour un autre projet pour crafter un pochon un peu plus grand histoire de rassembler mon merdier (ou au moins essayer). J’avais déjà un pochon pour mes runes que j’avais acheté chez Claire, mais celui là, il était important que je le fabrique moi-même. La bête a été fabriquée avec de la laine de base et de la fat über laine des Ateliers de l’Awen qui déchire sa race (celle qui est bleue/jaune/verte etc).

Le pendentif date d’il y a 10 ans. Je l’avais acheté quand je faisais ma prépa en Bretagne. J’avais fait un rêve où je portais un médaillon avant de tomber sur celui là dans une boutique, l’exacte reproduction de celui que je portais dans mon rêve. (Y’avait un mec tout chelou genre habillé à la scandinave qui me disait « on ne tue pas les porteurs de ce signe, en désignant mon médaillon. J’avais trouvé ça marrant.)
Je vais tâche de me discipliner et de mettre toutes mes affaires au même endroit. Dont ma « pierre de foyer » et mes perles de prières. La pierre de foyer c’était un délire de l’époque où je jouais à World of Warcraft, elle sert à revenir « chez soi », et j’en avais faite une en pâte fimo et je l’utilisais dans le cadre de certaines de mes pratiques. C’est toujours plus ou moins le cas. (Perte de crédibilité : 50 points à votre réputation). Quant aux perles, j’ai beau en fabriquer des très belles en pierre, je préfère utiliser celles en bois, toutes bêtes, pour la simple et bonne raison qu’elles me servent pour tout le monde, et que je les trimballe en toutes circonstances, y compris au lit. Autant qu’elles ne soient pas fragile, mon matos ayant intérêt à être tout terrain.
S »y ajoutent toutes sortes de merdier. J’avais au départ brodée une pochette pour les rêves, mais en fait, je m’en sers davantage pour ranger plantes et encens. J’ai pas assez de discipline pour avoir des pochettes pour chaque pratique, des carnets pour tel ou tel type de récit, des colliers réservés à ci ou à mi. Pareil pour le couteau, par sa lame courbe, il sert surtout à couper les plantes etc, mais en fait, j’ai souvent uniquement le Muela offert par mon père, qui avait la manie de m’offrir des couteaux de là où il allait en voyage. Parfois je rajoute un canif etc. Un jour je vais me faire contrôler par un flic et j’aurai des ennuis. L’encens c’est bien pratique, mais j’avoue que j’en ai rarement spontanément sur moi.

(And now you shall see Odin)

Parmi les bricoles que je mets dedans, des baumes, des os, des trucs ramassés sur le bord des chemins (plus mes poches, souvent pleines de détritus que je ramasse quand je suis en forêt ou sur la plage. Parfois, contribuer à nettoyer un peu l’endroit de la saleté déposée par les humains, c’est les meilleurs offrandes. Il n’y a pas forcément besoin d’avoir toutes sortes de trucs sophistiqués. D’autant que certains Esprits des Lieux n’aiment pas trop qu’une personne surgit de nulle part se mette à faire des offrandes spontanées etc.) Avoir un ou deux cathéter c’est pratique quand on doit prendre du sang, c’est plus simple et plus « sécuritaire » que les couteaux. Généralement j’en ai deux, cela permet d’en passer un à quelqu’un si besoin. Evidemment, ils sont à jeter après usage : on n’utilise pas de cathéter déjà utilisé (sauf si on le garde strictement pour soi) si on les passe à quelqu’un d’autre. On remet la canule après usage et on le jette. (Risques HIV / hépatites, toussa… Je sais je suis reloue avec ça, mais malheureusement, c’est une donnée qui tend à être de plus en plus zappée à l’heure actuelle.)

Et sinon, des huiles / baumes / onguents de fabrication perso. De l’ocre et autres. (PAs tout en même temps, c’est suivant les périodes, l’inspiration et les nécessités du moment…)

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[PBP] U – UPG

weyoume_tumblrUPG pour Unverified Personal Gnosis (en français Gnose Personnelle non Vérifiées) est une abréviation que l’on rencontre largement dans les textes anglophones et désigne en gros les informations obtenues sur une déité lors d’expériences personnelles. Ces informations ne sont généralement pas vérifiables (en tout cas pas complètement) par le biais des sources primaires.
Voilà pour la définition de base.

Après, ce qui est intéressant, c’est de constater que si ces informations ne sont pas vérifiables par le biais des sources premières, on peut avoir d’autres bribes d’informations qui s’y rattachent en consultant les sources secondaires. Du moins pour certaines d’entre elles. Prenons deux exemples :

* Dans les pratiques contemporaines, Frigg est souvent associée au bleu clair et au blanc. Rien dans les Eddas ou les Sagas ne confirme cette association, mais rien non plus ne vient l’infirmer. Si on regarde dans les sources secondaires purement universitaires, non plus (encore qu’on pourrait commencer à disserter sur le fait qu’aucune plante native d’Islande ne permettait de colorer les tissus en bleu et que l’importation de la guède dans le pays aurait commencée au XVIIe siècle. A vérifier, ce n’est pas une information de première main. Bref, je m’égare). Si on consulte différentes « sources de travail / réflexions » (comme dans Our Troth, pour ne citer que ce bouquin là), que l’on se réfère à des intuitions/ travaux d’autres personnes qui n’ont pas forcément été compulser des livres sur la question, on tombe souvent sur le même ressenti. C’est une UPG, pas très intéressante si on la prend au premier degré (après tout les couleurs et les dieux…), un peu plus « marrante » si on considère les symboliques des couleurs dans la société scandinaves (et non le bleu n’est pas « la couleur de la connaissance » chez eux.)

* Prenons maintenant un autre exemple, celui de la signification de la Valknut. Concrètement, si ma mémoire est bonne, rien dans les textes ne dit en fait explicitement « ce symbole est celui d’Odin ». On l’a retrouvé gravé sur des pierres trouvées sur l’île de Götland, mais comme le souligne H.E. Davidson dans The Lost Beliefs of Northern Europe (page 31), nous ne savons pas si le cavalier sur un cheval à huit pattes est Odin ou un guerrier mort chevauchant vers l’autre monde. De la même façon, le mot valknut, et son lien à Odin est une attribution moderne. Sa signification réelle a fait l’objet de nombreuses spéculations (celles de Rudolf Simek sont particulièrement intéressantes, malheureusement je ne les ai parcourues que sous forme de citations / mentions dans d’autres ouvrages).
En revanche, travailler avec ce symbole apporte un certain nombre d’hypothèses et des résultats parfois assez, euh, fulgurant. Comme il est intéressant de faire des recherches « personnelles et intuitives » sans rien connaître, et de parcourir ensuite certains auteurs (dans le cas présent Gundarsson,  Richardsson etc.) et de faire une drôle de tête quand on se rend compte que l’on retrouve certaines hypothèses personnelles pratiquement mot pour mot (parfois, prévoyez la gnôle, ca fait un putain de choc.) Ce deuxième exemple est intéressant parce que contrairement au premier, on peut trouver des hypothèses d’universitaires (de là à se dire qu’il y a un genre d’UPG de recherche universitaire qu’ils cherchent ensuite à confimer, et qu’ils planent bien eux aussi…) et aussi parce qu’au niveau de la « pratique personnelle et des techniques » c’est un peu plus dense.

Concrètement, l’UPG vient compléter le lore, les sources, pas les contredire, même si les pistes qui s’ouvrent sont parfois assez surprenantes. Morrigan Darkmoon avait d’ailleurs fait un très bon article dessus.

Le détail, qui me fait souvent râler, c’est de ne pas essayer de faire passer de l’UPG pour un truc historique. Et de préciser, autant que possible (parce que parfois dans le corps d’un article, il faudrait limite utiliser plusieurs couleurs de typo) ce qui relève de l’UPG personnelle, de l’UPG personnelle mais partagée par d’autres personnes, de la recherche universitaire, des sources premières, des sources dérivées (contes, légendes, coutumes, linguistique). Question d’honnêteté intellectuelle et surtout, de ne pas « semer ses intuitions personnelles » en les faisant passer pour ce qu’elles ne sont pas, mais aussi de permettre aux gens de pouvoir creuser par eux-même s’ils le désirent au lieu de les amputer et de les rendre dépendant d’une personne (et/ou de ne pas s’approprier le travail d’autrui). Deux personnes (ou plusieurs) ont le droit d’être d’accord et celui de ne pas être d’accord sur une intuition, un ressenti, bref, une UPG.

Autant que possible, de la manière dont je considère les choses : chacun est libre d’avoir une UPG / une pratique, à partir du moment où la personne sait un minimum m’expliquer comment elle en est venue à cette conclusion (sans me dire « on me l’a dit et c’est tout » -sauf si c’est pour des détails, comme les couleurs ou les offrandes, ou même les plantes/animaux, et encore pour ces derniers, un minimum de lien dans la réflexion, c’est mieux.)
L’UPG ne devrait jamais non plus être une manière d’écraser les autres ou une façon de les diriger / les manipuler. Avoir une putain d’UPG « béton » (comme si ca existait) sur une déité ne veut pas dire que l’on vaut mieux que les autres ou que vous avez le droit de leurs dire comment ils doivent la considérer ou pas. Ce n’est pas parce que l’expérience d’une personne ne coïncide pas avec la vôtre que vous devez lui dire que « ah mais non, ce n’est absolument pas ça, d’ailleurs, je suis prêtre/sse de machin/sorcière initiée/spirit-worker/ta mère en slibard, donc moi je sais et pas toi. » Je mentirais si je disais que parfois je lève pas les yeux au ciel en lisant certains trucs (souvent j’ai les mains qui me démangent), mais après tout, je ne marche pas dans les pompes de la personne, et ca peut-être intéressant d’en discuter, pas pour rallier l’autre à ses idées (une discussion qui a pour but de convaincre autrui que l’on a raison part sur de mauvaises bases à mes yeux), ne serait ce que pour voir comment l’autre fonctionne (les gens emploient des mots, sauf que ces mots ne veulent pas dire la même chose pour chacun : et hop problème de communication. Certains sont même spécialistes de ça.) Dans le même ordre d’idée, ce n’est pas parce que vous êtes débutant/e que vous ne pouvez pas avoir d’UPG : c’est un peu comme si on disait « ah non, tu es trop jeune pour avoir une sensibilité (l’exemple n’est pas très bien choisi, mais l’idée est là). Ce n’est pas un « bonus » qui tombe pour fêter vos trois ans de pratique, c’est plutôt le travail quotidien.

Après on a aussi le droit de trouver que l’autre fait de la merde, que ce sont des idioties. De ne pas être d’accord. Si c’est le cas, je pense que l’on est -heureusement- libre de dire « bah écoute, pour moi ca colle pas du tout. je ne suis pas d’accord avec toi, mais après tout, tu es grand/e, tu fais comme tu veux. A l’occasion tient moi au courant. » [Personnellement, si quelqu’un me demande un avis, je lui donne. (Si l’avis consiste à répondre à la question « et à ma place, tu ferais quoi ? La personne peut aller voir ailleurs si elle y est. S’il n’est pas d’accord, il fait comme il veut, c’est pas mon problème.) S’il va pas dans le mur, tant mieux pour lui. S’il va dans le mur, c’est « tant pis pour lui » ou « bien fait pour ta gueule » suivant mon humeur.] Parfois on peut se tromper ? Oui, on peut toujours se tromper, quel que soit le domaine, UPG itou, peu importe le nombre d’années d’XP. On n’arrive pas au level 90 et hop ca y est. 😉

Pour résumer le pavé : Pratiquez. Notez. Lisez. Réfléchissez. Et puis éclatez-vous, merde.

Et au quotidien ?

Auteur inconnu

Sur News & Liens païens, Morganna a récemment demandé « comment on vivait notre paganisme au quotidien, si on le vivait au grand jour, etc. »

Que répondre ? Au quotidien, je le vis bien, merci, ca baigne.

Est-ce que je le vis au grand jour ?

La famille 
Ma famille est au courant (en même temps je n’ai pas une grande famille), elle est au courant depuis que tout a commencé : j’avais fait un autel et déclaré que maintenant c’était comme ça. Vlan, en plein dans le vif du sujet. En même temps, il y a eu des signes avant-coureurs, puis c’est pas comme si ma mère ne nous avait pas sorti son « Grand Albert » quand j’étais petite, comme si on ne m’avait pas offert mon pendule à l’âge de 6 ans, bref…  Ça n’a pas été facile tous les jours, notamment parce que les parents s’inquiètent, et qu’à l’adolescence, il suffit que vous ayiez des problèmes ou une mauvaise note en maths pour que vos parents mettent cela sur le dos « de vos croyances. » C’est normal, ce sont des parents, ils sont inquiets et leur réaction est normale. C’est plutôt le contraire qui serait surprenant. Je ne vais pas développer le passé, justement parce que c’est le passé. Ma mère est morte depuis (pas de condoléances, merci, ça me lourde) et mon père s’y est fait. Il a même fallu le modérer parce qu’il avait -et a encore- parfois des accès d’enthousiasme, comme annoncer dans un B&B perdu dans le Lake District que ma sœur et moi étions des sorcières. Ou au dîner, il se mettait à dire « oui les Chrétiens ils me font chier, les païens c’est mieux, ils ont une déesse et un dieu, on baise pas tout seul, merde. » « C’est un peu plus compliqué que ça, mais merci Papa. Passe moi le pain s’il-te-plaît ».
Il est toujours aussi open avec les années, même si j’ai eu droit une fois ou deux à : « mais pourtant on vous a élevées normalement, comme se fait-il que vous soyez aussi « hors des sentiers battus ? » (enfin, parfois c’est exprimé de manière moins sympa, il faut le dire). Mon oncle avait fait mon thème astral à ma naissance, et annoncé que j’avais de grandes dispositions pour devenir avocate. Parfois j’ai envie de dire à mon père que pour « l’avocat et le médecin, c’est mort, mais pour la fille-aînée-chelou et la taxidermiste en devenir, c’est en bonne voie. »

Nous avons récemment eu une discussion passionnante sur les mythes nordiques et le chamanisme, suite à ma lecture d’un bouquin de Juha Pentikäinen, et j’en ai profité pour lui dire que pour moi, les dieux ne sont pas des personnages d’histoires ou des archétypes. Qu’ils existent réellement et que je crois en leur existence. Histoire de.

Je suis mariée avec un autre païen, donc au quotidien, pas de problèmes. On a fait un Handfasting il y a quelques années. La mairie, ça faisait chier, donc que avec les témoins. L’union des mains avec famille et amis, chez mon père. On avait fait passer un texte, précisé les grandes lignes du rituel avec explication. Sur le texte que tout le monde pouvait lire, on avait bien ajouté une note, comme quoi ceux qui étaient gênés, parce que cela leur paraissait étrange ou en contradiction avec leurs croyances (mon meilleur ami est chrétien, d’autres sont athées, agnostiques, etc.) qu’ils fassent selon leur cœur. Une des surprises les plus marquantes du rituel, c’est que tout le monde a lu le texte.

Et au travail ?
Au travail, non. Je n’aimerais pas que quelqu’un vienne me parler de sa religion en détail, donc je ne parle pas de la mienne. Je considère que ça n’a pas sa place dans le milieu professionnel, c’est hors de propos. Par contre, il y a déjà eu un collègue qui m’a demandé de but en blanc si je croyais en Dieu. De son propre aveu, il voulait aborder la conversation et croyait choisir un truc neutre. (°__°) Je n’en parle jamais, plus maintenant. Je l’avais fait à une époque où j’avais commencé ma vie pro et où le climat pro était détendu, mais au fur et à mesure, mon environnement professionnel a évolué, idem pour ma religion, et je n’ai plus aucune envie d’en parler. Trop personnel. Par contre, quand/si on me pose une question de but en blanc, sois je ne répond pas ou élude, parfois, je répond franchement. Pour l’instant, je n’ai jamais eu d’hostilités déclarées, même si dans un de mes boulots, un de mes supérieur plutôt cool m’avait averti qu’il ne fallait surtout pas que ça remonte aux oreilles de la direction, sans quoi je pourrais avoir de graves problèmes. Au travail en tout cas, quand j’étais au lycée, c’était un peu plus folklorique.

Pareil, avec le mariage, les questions récurrentes sont « et tu te maries à l’église aussi ou juste à la mairie ? » Dans mon précédent taf, ca avait donné lieu à une discussion absurde avec une collègue, pour qui, si ça n’était pas Christianisme / Judaïsme / Islam, c’était athée. Maintenant si je répond -parfois je laisse la question en suspend et change de sujet- je répond que j’ai fait un mariage religieux, tout en précisant « pas à l’Eglise », sans préciser. Parce que trop souvent, en France, c’est un peu « catholique » ou « athée » dans la tête des gens.

Amis/ connaissances
Ça dépend. Mes amis proches sont tous au courant, à plus forte raison que l’immense majorité d’entre eux sont des sorciérons. Pour les autres, ils savent plus ou moins, sans rentrer dans le détail (et je n’irais pas leurs donner l’adresse de ce blog par exemple.)

À une époque, je portais des signes distinctifs reconnaissables, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, le symbole en question n’étant pas très connu. J’ai plus tendance à le planquer si je sais que des gens peuvent comprendre, pas par timidité ou peur, juste parce que ça ne les concernent pas et que je n’ai pas envie d’avoir des questions.
À ce propos, j’ai remarqué que quand on reste dans le factuel, « je suis polythéiste », les gens comprennent globalement, on ne rentre pas dans le détail et c’est marre. Le reste, à savoir, le type de pratique, l’implication d’autres esprits, le niveau de relation et toute la cuisine, ça ne regarde personne et je n’en parle pas. Je ne vois pas l’intérêt de parler de médecines alternatives, de « magie » et d’autres trucs, cela ne sert à rien, si ce n’est à créer une sorte de case « bizarre » dans la tête des gens. Il y a un monde entre dire « je suis polythéiste » et dire « je suis polythéiste, on peut parler avec les dieux, faire des voyages etc. » Dans le premier cas, c’est un fait. On est d’accord ou pas avec, mais c’est une donnée. Dans le second cas, c’est la porte ouverte aux emmerdes de tous poils, aux discussions sans fin, et éventuellement à une stigmatisation ou classification. Que quelqu’un me dise « je suis Chrétien ». Ok. « Je suis Catholique et quand je communie, bla bla bla » d’une part cela peut ne pas m’intéresser, peut me mettre mal à l’aise, et je pourrais m’interroger, non sans une certaine légitimité, sur l’état de santé mentale de la personne qui m’explique que le vin et le pain se transforment en chair et en sang. Je sais bien que ce n’est pas « réellement » le cas, mais c’est un exemple, juste pour mesurer la situation.

Quand j’ai débuté, j’aimais bien en parler. Un peu trop sans doute, l’enthousiasme des débutants. Aujourd’hui, plus vraiment, ce en quoi je crois ayant considérablement évolué ces dernières années. C’est un cheminement personnel et je n’ai ni à le partager en détails avec le premier venu, ni à faire un coming out. Cela fait partie de moi : je ne montre pas mes tatouages à tout le monde. Mes croyances, et plus spécialement le « comment, pourquoi » ou « quel degré de relation avec les Déités », c’est pareil.

Je ne le cache pas non plus. Maintenant, j’avoue que si je voulais émigrer dans un pays où on me pose la question de mes croyances, et que cela pouvait me nuire, je ne sais pas ce que je répondrais. Je refuse de mentir, dans le meilleur des cas, j’élude. Mais si ce cas de figure se présentait, je ne sais pas : est-ce que je continuerais de « tenir mes positions » au risque de me voir refuser l’entrée ou est-ce que je ferais profil bas ? Bonne question, pour laquelle je n’ai pas de réponse : c’est typiquement le genre de situation facile à projeter quand on est assis au chaud devant son écran avec une tasse de thé. Quand on y est, et suivant les raisons, c’est une autre paire de manches.

[PBP] K – Khaos

Vénérer des déités dites sombres : l’autoroute vers les emmerdes ?

La semaine dernière, dans le cadre du Pagan Blog Project, j’ai lu un article qui m’a interpellé, par rapport aux liens entre les problèmes que certains païens rencontrent et le fait de suivre des déités chaotiques et/ou sombres.

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Travailler avec les déités guerrières 2/2

(Pour compléter un peu le précédent article sur la question.) Un petit récapitulatif et mes réactions par rapport à ce que j’entends parfois par rapport à ces dieux et ces déessses.

Les déités guerrières sont dangereuses 

Comment dire… non. Pas plus que d’autres. Tout dépend de ce que vous recherchez, de comment vous les approchez, de votre nature, de vos peurs, de votre caractère. Je serais bien en peine de vous dire si oui ou non vous allez vous manger une bonne grosse claque, pour la simple et bonne raison que c’est votre chemin, votre vie. Pas la mienne. Et même pour ma pomme, je ne fais jamais de pronostics de ce style. Je me suis déjà fait claquer des portes au nez, ou superbement ignorée. Il m’est arrivé de me faire jeter ou de me faire tirer les oreilles, mais je n’ai pas le souvenir de m’être fait laminer la tronche par une déité (enfin, si, mais pas dans le sens « expérience atroce »). Et les déités qui m’ont envoyé bouler étaient plutôt considérées comme « claires », alors que d’autres qui sont globalement vues comme craignos se sont toujours montrées plutôt « cool » en fait. Intrinsèquement, ca ne veut pas dire que c’est « mieux » ou « plus mal », je suppose que c’est juste en relation avec mon le genre de personne que je suis, à ce que je porte.

Elles sont quand même très sombres ces déités liées à la guerre, pas vrai ?

Encore une fois, oui et non. Certains vous diront qu’elles ne font pas dans la dentelle : ca n’est pas faux mais j’aurais envie de dire ironiquement qu’on peut être très raffiné en matière de cruauté (toute blague mise à part, elles ne sont pas forcément dures). Bref. Elles comportent une part d’ombre, oui, bien sûr, mais elles portent aussi énormément de lumière, si toutefois ce type de division à un sens, ce dont je ne suis absolument pas certaine. Tout dépend de ce qu’on entend par sombre : si par là vous voulez dire « porteuses de mort », j’ai envie de dire que les déesses de fertilités sont pour moi nettement plus flippantes que les déesses de la guerre. Qu’une chose naisse implique qu’un jour cette chose mourra, et au niveau humain et organique (pour ne prendre qu’un minuscule aspect de la notion de fertilité, qui est bien plus vaste et complexe), l’accouchement était et est toujours un passage risqué où se côtoient la vie et la mort (même si aujourd’hui on essaie de faire croire le contraire avec la médicalisation : j’ai parfois l’impression que les gens voudraient croire qu’avec les techniques actuelles, on peut être à 100% certain que tout se passera absolument bien, et qu’on accepte d’autant plus mal quand ca n’est pas le cas. Il n’y a qu’à voir les réactions et autres commentaires sur des articles qui relatent des incidents à ce niveau là : tous sont choqués et pratiquement scandalisés que ca arrive.) Et pour taper dans le détail historique, à Sparte, les seuls habitants honorés d’un épitaphe sur leurs tombes étaient les morts au combat et les femmes mortes en couches. Alors le raccourci guerre = mort = sombre = danger, on a vite touché le fond.

Morrigan 

La Morrigan est une déesse, certes de mort, certes de la guerre, mais aussi de la Souveraineté, de la terre, du lien entre la terre et le pouvoir, et par analogie moderne, du pouvoir de Soi. Le lien entre Morrigan et la guerre n’est pas seulement une question obsolète et étroite de batailles et de carnage, il est aussi la capacité de reprendre le contrôle de sa vie, de trouver la force en soi pour affronter des périodes difficiles, pour établir clairement des barrières pour ne pas se laisser dévorer par une puissance hostile ou un danger. La force guerrière de la Morrigan, ce n’est pas seulement une furie chargeant sur son char à travers le champs de bataille, c’est aussi la personne (homme ou femme) qui dit « non, c’est non ». Non, je ne te rendrais pas service pour me sentir gentille et conforme alors que tu me prends pour une andouille. Non, vous n’avez pas à vous servir de votre statut de supérieur hiérarchique pour faire des plaisanteries déplacées à mon encontre. Non, vous n’avez pas l’autorisation de décider pour moi. Oui, je vais me battre parce que j’estime que la situation présente est une injustice (pour moi ou pour d’autres).

Andraste

Andraste est plus particulièrement la déesse du carnage. Un exemple : en situation d’agression, l’énergie d’Andraste, on pourrait dire que c’est le déclic qui se produit chez la personne agressée et qui va la pousser à réagir, à ne pas se laisser « mettre en boîte » par les conditionnements sociaux ou les règles telles que « on ne frappe pas ».
C’est le moment où on va se mettre à appliquer sur le terrain des cours d’auto-défense pour sauver son intégrité physique, sans être bloqué(e).
Je sais que cela peut paraître un détail, mais quand on lit certains récits d’agression -plus souvent dans le cas d’agressions sexuelles (j’avais lu il y a quelques années une étude sur les victimes de viols et d’agressions sexuelles) il me semble- les réactions des autres sont souvent de l’ordre du « mais pourquoi elle/il (bien que plus rarement) n’a pas réagi ? » Parce que la personne est paralysée,  tétanisée, incapable d’évaluer la situation et parce qu’elle est la plupart du temps profondément modelée par des codes sociaux, et qu’il suffit qu’une situation sorte de l’ordinaire pour faire déconner tout le système, ayant pour résultat que la personne ne parvient pas à réagir, et qu’ensuite, il s’avère malheureusement fréquent qu’on lui demande « mais pourquoi… » ou encore pire « si elle/il n’a pas réagi, c’est qu’elle/il l’a cherché » etc.

Elles me font peur

C’est un truc que je lis souvent, parce que la déité en question se pointe pour que vous bossiez avec (rarement pour un travail volontaire). Demandez vous ce qui vous fait peur chez ces déités. Pas « pourquoi », « quoi ». Qu’est-ce qui vous effraie : est-ce que vous avez peur de vous faire ramasser la tronche avec une bêche ? Peur de regarder en face la part tortueuse de vous-même ? Peur de ne pas y arriver ? Peur de perdre le contrôle ? Peur parce que l’inconnu vous effraie et que toutes les informations que vous pouvez lire à ce sujet vous disent « oh non c’est pas bien c’est dangeureux il ne faut pas ? » A partir de là, si vous êtes honnête avec vous même, vous verrez bien ce qui coince.
En ce qui concerne le fait de se faire ramasser, sincèrement, si vous faites le tour des questions, de vos peurs, de vos problèmes sans vous voiler la face, au moins vous aurez moins de risques de tomber sur une mine antipersonnelle bien planquée. Eventuellement, entreprenez un travail sur vous même avant de démarrer le processus. Après le reste, rien n’est jamais garanti.
Sur la peur de regarder la face « sombre » de vous-même : bah honnêtement, si vous avez déjà peur de voir vos emmerdes, vos blessures et votre chemin, ca peut dégoupiller assez brusquement le tas d’ordures planquées. Et oui, quand on bosse avec elles -mais c’est le cas avec toutes les déitéis quelque part- vous pouvez potentiellement vous retrouvez avec la tête bien enfoncée dans le tas de merde que vous planquiez au fond du jardin. Après, ca n’est pas sans raisons : vous voulez progresser ou continuer à faire semblant en laissant la merde s’accumuler ? Ca n’est pas agréable sur le coup, et même si parfois ce qu’on révèle au grand jour est quelque chose de très positif que l’on fuyait pour ne pas le reconnaître, sur le coup, oui, l’orgueil en prend en coup. On n’en meurt pas, bien au contraire. Vous êtes grand(e)s non ?

 

[PBP] G – La couleur de nos guerres / Travailler avec les déités guerrières 1/2

(1/2 la suite ici)

Je ne sais pas pourquoi nous en venons à emprunter les chemins qui deviennent les nôtres. Je ne sais pas ce que nous recherchons (in)consciemment. Certains disent que c’est pour se guérir. D’autres parce que nous sommes appelés. Pour certains c’est parce que nous ne nous trouvons nul part ailleurs. Il y a peut-être du vrai dans tout, ou alors c’est autre chose, je ne sais pas. Le « pourquoi » ne m’intéresse pas, ni pour interroger le passé ni pour sonder le futur. Je préfère « comment ».

Je ne sais donc pas pourquoi. Mais je me souviens de comment. Au début du comment, j’ai le souvenir d’un chaos épouvantable, de la peur constante de l’abandon. Et au milieu de ce merdier innommable, j’ai le souvenir de la première déesse qui m’a guidée. Et avant qu’elle ait portée un nom, qu’elle ait eu pour moi un visage, j’ai le souvenir de la colère qui m’a poussée à avancer, encore et encore. J’ai le souvenir de Morrigan, la première à être venue, même si ironiquement, je n’ai pas gardé de souvenir précis de son arrivée. J’ai le souvenir de sa force, de sa rage, de son énergie, de sa puissance et de son amour qui étaient là quand absolument rien d’autre n’était certain. J’étais petite à l’époque, et seulement adolescente quand elle a pris un nom et que son existence est devenue quelque chose auquel me raccrocher désespérément.
On me parlait de lumière et de guérison, mais quand vous êtes dans le noir en train de patauger sans même une lanterne, la lumière est une idée abstraite, et la guérison un concept qui vous fait rire jaune, parce que vous n’avez pas la possibilité de vous poser dans un abri pour panser vos blessures. Et de fait, quand j’ai approché les déités lumineuses, je me suis fait rembarrée de partout. Aucune ne venait, aucune n’est jamais venue. Et encore aujourd’hui, ce n’est que tout récemment que la première est venue spontanément à moi, alors que je ne m’y attendais pas. Je ne compte pas le nombre de tentative que j’ai fait pour approcher Freya, et le nombre de portes dans la tronche que je me suis prises.

Je serai bien en pleine de dire de quelle manière « les gens » perçoivent les déités de la guerre ou du carnage (ou les aspects particuliers de ces déités qui sont relatifs à la guerre disons) -sans même parler des déités « sombres »-, parce que je ne suis pas dans leurs têtes ni dans leurs pratiques ni dans leurs expériences. En revanche, je peux essayer d’expliquer comment je les perçois.

Elles peuvent sembler toutes identiques, liées à la mort et à la bataille. Mais elles possèdent toutes des caractéristiques, des énergies différentes et au contraire, loin d’être redondant, travailler avec plusieurs déités de ce type peut justement, à mon avis, aboutir à un travail très complet et s’avérer extrêmement enrichissant et bénéfique. Andraste n’est pas porteuse de la même énergie que Morrigan et encore moins la même que Sekhmet. Certaines de ces déités nous incitent à plonger pleinement dans la bataille, à prendre notre vie à bras le corps et à sortir la tête du remugle. D’autres agissent plus dans l’ombre, comme Odin. On le décrit souvent comme un dieu de la guerre, mais plus que l’aspect « combattant en première ligne », je le vois comme un stratège qui nous enseigne quand lâcher prise ou ce que nous pouvons considérer comme « sacrifice acceptable » et faire avec, comment travailler sur certaines de nos difficultés et nos problèmes pour mieux surmonter une période difficile.

Je ne pense pas être un cas particulier, mais pour ma part, plus on me montre des modèles lumineux, pleins de compassion, d’amour et de mansuétudes, moins je me sens connectée et apte à ressentir ce genre de sentiment. Les déités guerrières ne sont pas liées non seulement à la bataille et à la guerre. Elles sont aussi liées aux sentiments les plus noirs en nous, à ce que nous rejetons le plus et que nous nous interdisons de ressentir ou d’éprouver, par peur que ces sentiments nous contrôlent et parce qu’ils ne sont pas socialement acceptables : la vengeance, la rancune, la haine, la violence, la pulsion de meurtre, la colère, l’envie, la volonté de vaincre, la soif de pouvoir… la liste est longue et j’ai l’impression que ces sentiments sont encore plus taboues dans les « communautés païennes » où tout le monde semble parfois pétrie de bon sentiment et de gentillesse, pour mieux refouler le monstre plus loin sous la terre.
[Edit du 4/5/2013 : non les déités guerrières ne sont pas QUE ca. Et non la guerre n’est pas QUE ca non plus. Je m’arrête simplement sur les aspects que beaucoup semble redouter. Il va de soit qu’elles ont aussi une part « lumineuse » (et fuck, j’en ai ma claque de devoir poser ca en terme de dichotomie à la con, mais faute d’une meilleure image hein…)]

En quelques sortes, travailler avec elles nous place parfois dans des situations où nous ressentons ce genre de sentiments, et elles nous permettent de les reconnaître, d’en avoir pleinement conscience. Elles ne les canalisent pas, mais ce qui nous attends sur le chemin se pose souvent dans une dichotomie ironique ; accepter de les éprouver et soit de se laisser ronger par eux, soit de les dépasser pour accepter le monstre en nous. Accepter notre part d’ombre pour faire rejaillir plus clairement la lumière et accepter nos choix pour ensuite faire la paix avec eux, comme une sorte de processus de guérison. Je ne pense pas que ces sentiments disparaissent totalement. Parfois, certaines circonstances viennent douloureusement nous rappeler les moments les plus noirs de notre vie, et on constate que l’on a pas oublié, que l’on oubliera jamais. Et que l’on ne sera sans doute jamais capable de pardonner -si tant est que l’on en ait l’envie- mais au moins ils cessent de nous ronger lentement comme une maladie honteuse que l’on s’emploie à dissimuler à nous-même et à autrui.