[Odin Project #13] Les enfants d’Odin [généalogie]

On prête parfois à Odin d’être à l’origine de la plupart des Ases, ce qui me semble quelque peu exagéré, même si on peut lui rattacher la paternité d’un certain nombre d’enfants (et de petits-enfants par déduction). Probablement en raison de certains de ses heiti (je pense à Père-de-Tout, mais le rapprochement initial ne vient pas de moi), mais aussi de la création des humains telle que racontée dans la Gylfaginning (Ask et Embla). A noter que dans la Rígsþula (Chant de Rígr), c’est Heimdall, qui sous le nom de Rígr, engendre la race humaine : certains auteurs [encore une fois qui ? Je ne me souviens plus] ont suggéré que ce Rígr pourrait en réalité être Odin. Je ne sais vraiment quoi en penser, là au pied levé, je partage davantage à titre d’anecdote.

[La graphie des noms est celle utilisée par John Lindow]

Balder (M) : Second fils d’Odin après Thor. Frigg est sa mère.

Hermód (M) : Hermód est-il le fils ou un homme de main d’Odin ? John Lindow explique qu’il pourrait très bien être à l’origine un héros humain -le même type de paradigme se pose quant à l’origine de Bragi, qui a très bien pu être un scalde divinisé. Il précise aussi que l’histoire de la mort de Balder est parfois présentée comme se jouant entre trois frères (donc Balder, Hermód et Hödr) : j’avais lu -reste à retrouver la source : Turville-Petre ?- que le fait que cela se produise au sein d’une même famille (y compris en incluant Loki) pourrait être un exemple d’un règlement fratricide tel que cela pouvait se passer à l’époque.

Höd (M) : Fils aveugle d’Odin. [sa cécité n’est pas mentionnée dans tous les textes]. De manière assez surprenante, lui aussi survit au Ragnarök. Pas plus que pour Hermód le fait que sa mère soit Frigg n’est systématiquement mentionné.

Sæming (M) : Mentionné dans l’Histoire des rois de Norvège, soit fils d’Odin, soit fils de Freyr, cela n’est clair. Dans le prologue des Eddas, il est nommé comme étant le fils de Skadi et d’Odin (en plus d’autres fils non cités). A noter que j’ai parfois lu que l’union d’Odin et de Skadi avait donné naissance aux Sames [?].

Sága (F) : Sa parenté n’est pas claire non plus, il est parfois mentionné qu’elle est la fille d’Odin. En tout cas sa mère est inconnue.  Lindow mentionne qu’en considérant l’étymologie de son nom, certains spécialistes pensent que Sága pourrait être un autre nom de Frigg.

Thor (M) : Fils d’Odin et de Jörd.

Vídar (M) : Fils d’Odin et de Gríd, une géante.

Váli (M) : Dans le Skáldskaparmál, un kenning le désigne comme étant « le fils d’Odin et de Rind ».

Et à propos de Týr ? Toujours dans le Skáldskaparmál, un kenning le désigne sous le nom de « fils d’Odin ». Cependant, dans la Hymiskviða (Chant d’Hymir), qui raconte l’expédition de Thor et Týr chez le géant Hymir, on apprend que ce dernier est le père de Týr. Quant à l’identité de sa mère, elle pose apparemment problème à beaucoup de spécialistes : soit elle est une Ase, et autant l’union entre une géante et un ase ne pose pas de problèmes, autant l’inverse, déjà plus (pour diverses raisons, bla bla bla). Soit elle est une géante, ce qui pose un autre paradigme. Ceci étant, le cas de cette déité demanderait un approfondissement spécifique parce qu’il est assez particulier. [Personnellement, vu l’évolution des fonctions respectives de Týr et d’Odin, et d’autres détails,  j’ai un peu du mal à le considérer comme son fils.]

Sources : 
Norse mythology, John Lindow
A Piece of Horse Liver, Jón Hnefill Aðalsteinsson
Norse mythology, Kathleen Daly

[Odin Project #7] Odin est-il impliqué dans la mort de Balder ?

« Odin’s last words to Baldr » (1908) by W. G. Collingwood.

La mort de Balder est abordée dans plusieurs textes : dans la Gylfaginning (chapitre 49), dans la Völuspá (31 et 32) et les Baldrs draumar.

Je n’en resituerai pas le contexte, qui a déjà été abordé plusieurs fois sur ce blog, me contentant de rappeler que Loki pousse Hödr à décocher la flèche fatale. Ici commence l’interprétation.

Loki n’est pas directement puni : ce n’est pas lui que Vali, le fils engendré par Odin et Rind, tuera. C’est Hödr. Loki sera châtié suite à ce qui se passe dans la Lokasenna, où il explique être la raison pour laquelle Balder n’est pas présent au banquet (= la raison pour laquelle il est mort) [strophe 28]. Suite à cette déclaration, ni Frigg ni Odin ne répondent.
Les raisons pour lesquels Loki a poussé Hödr a commettre le meurtre ne sont jamais développées. On dit simplement qu’il était jaloux de Balder, ce dernier étant aimé de tous. A noter que là où dans les Eddas poétiques, Balder est un dieu disons « bien sous tous rapports », la description qu’en fait Saxo Grammaticus dans La Geste des Danois est quelque peu différente : Balderus (qui est présenté sous un jour beaucoup moins sympathique) se retrouve en compétition avec Hotherus (=Hödr, sauf que Hotherus n’est pas aveugle) pour gagner l’amour d’une femme, Nanna et finalement, Hotherus tuera Balderus. Si ma mémoire est bonne, il n’y a pas d’équivalent de Loki dans le panthéon germanique, il est une figure propre au panthéon nordique (je distingue germanique et nordique pour des raisons également évoquées précédemment sur ce blog).

Essayons de regarder la mort de Balder en retirant Loki de l’équation. La façon dont Balder est tué présente un certain nombre de traits avec un épisode de la Saga de Gautrek où (en gros, hein) un mec nommé Starkaðr survit à toutes sortes d’aventures et finit par faire un simulacre de sacrifice à Odin : il fait semblant de s’offrir à lui, avec une corde non tendue autour du cou et une branche d’osier comme lance. Sauf que d’un seul coup, la corde se tend et le pend, tandis que l’osier devient une lance et lui transperce le corps. La plante inoffensive qui se transforme en arme mortelle est commune aux deux histoires.

Il existe un certain nombre de parallèles entre Odin et Hödr. Un certain nombre de heiti décrivent Odin comme borgne ou même aveugle. Le nom de Hödr est traduit par « guerrier ». Dans la description des deux, il y a une certaine « schématisation » qui est commune, au moins en apparence. Je ne sais pas si une analyse plus poussée de l’origine du nom de Hödr ne se rattacherait pas à l’étymologie du nom Odin.

En admettant cette hypothèse, reste la question du « pourquoi » ? Pourquoi Odin sacrifierait-il son fils « aimé de tous » -et sa mort ne le réjouit absolument pas ? Plusieurs hypothèses complémentaires :

1/ La première (la mienne) : c’est que Odin, en tant que « responsable » des dieux, (comme vu ici) est chargé aussi du futur de tous. Il doit faire des choix, aussi douloureux soit-il en gardant à l’esprit l’évolution des mondes. Il est donc pas impossible de penser qu’il ait sacrifié Balder au destin (et un sacrifice qui ne vous coûte rien n’est pas un sacrifice, je fais une distinction entre cette notion et celle de don). Le destin n’étant pas ici une entité incontrôlable à laquelle les dieux sont soumis (bien que cela soit le cas dans les mythes nordiques : mêmes les dieux sont soumis aux lois du Wyrd) mais disons le calcul froid et pragmatique d’un stratège qui doit abandonner en apparence pour pouvoir remporter la bataille plus tard. Balder, comme Hel, sont peut-être des ajouts tardifs, approximativement du Xe siècle (je cite de mémoire, m’en souvenant quand j’avais fait les recherches sur Hel / Dame Holle et la Cailleach en juin 2011) : il est vrai que, même si je ne suis pas absolument convaincue par le rapprochement de Balder avec une figure christique, il n’est pas déraisonnable de penser que la façon dont il est présenté préfigure une certaine évolution.

2/ Cela nous mène à la seconde hypothèse, avancée par Patrick Guelpa. Odin et les autres Ases sont des figures d’un monde ancien, Balder représente le futur. On peut y voir la passation des anciennes puissances à des nouvelles, avant que ne s’écroule « l’ancien monde » (littéralement, Ragnarök signifie « Crépuscule des Puissances).

3/ Enfin, la troisième interprétation, celle qui est plusieurs fois reprises et étayée par K. Gundarsson : on retrouve la mort comme constante chez Odin, y compris dans la poésie, qui est utilisée par les skaldes pour se souvenir des morts, et honorer leurs exploits. [Note : on retrouve cela chez Saga, la fille d’Odin. Elle figure parmi les suivantes de Frigg -souvent douze, mais leur nombre varie suivant les textes- et on dit qu’elle se rappelle de toutes les histoires et de la généalogie des familles]. Ce que murmure Odin à l’oreille de Balder au moment où celui-ci est sur le bûcher funéraire, pourrait donc être la généalogie des Ases. Autrement dit, la possibilité de remonter à la source et de redécouvrir les anciens dieux une fois le Ragnarök passé, puisque Balder, et un certain nombre d’autres dieux, survivent et reviennent. Il aurait donc volontairement « préservé » Balder comme une sauvegarde de mémoire pour ne pas qu’ils soient tous oubliés.

Loin de s’exclure, ces trois possibilités dressent un tableau intéressant. Loki, loin d’avoir été la « source » de sa mort, n’aurait été qu’un exécuteur ignorant -ou pas d’ailleurs- le plan derrière. Bien que ses actions sèment généralement une belle pagaille, il est aussi celui qui permet de les résoudre, et qui permet d’en tirer, au moins des avantages, sinon de rétablir un certain statu quo. Ceci amènerait des débats intéressant, à voir pour une autre fois.

Sources : 

Our Troth, vol.1
Norse mythology
, John Lindow
La Völuspá, Essai sur l’ancienne poésie islandaise, Patrick Guelpa
Wotan – The road to Valhalla, Kvedulf Gundarsson
Mythes et Dieux de la Scandinavie ancienne, Georges Dumézil

[Sigyn Project – Jour 24] Jouer !

J’ai finalement assez peu parlé de Narvi et Vali. Avec Sigyn, cette triade pourrait nous apporter un message simple, mais pas toujours aisé à mettre en œuvre : ne pas trop se prendre au sérieux, de profiter des plaisirs simples de la vie et s’amuser. Prendre plaisir à faire des choses toutes bêtes comme griffonner sur une feuille de papier avec pleins de couleurs parce que cela nous éclate, faire la bombe à eau en plongeant, courir après les feuilles. Ne pas trop chercher à vouloir se cantonner à l’image sérieuse que l’on attend de nous, la vie est trop courte. Tant pis si on a l’air un peu con à chantonner en effeuillant une marguerite, ou si on a envie de sortir un vieux jouet de notre enfance.

Auteur inconnu

Faire de la balançoire et fermer les yeux en sentant l’air nous fouetter la figure, chercher des coquillages, ramasser des feuilles jaunies pour décorer le bol de l’entrée, partager un bon gâteau en famille, grignoter des sucreries ou du pain et du fromage en bavardant dans un parc, se blottir dans le creux de sa couette avec ses chats et faire un jeu de société, sortir les pastels et dessiner un arc-en-ciel… autant de trucs simples. Tellement simple qu’ils en paraissent idiots. Des choses simples qui sont à la portée de toutes les bourses. Si simples qu’il n’y a aucune excuse pour ne pas s’accorder le temps de le faire de temps en temps et pourtant, combien sommes-nous à faire passer ces choses là à la trappe en premier ? Parce que pas le temps, parce que le travail, les études, parce que, parce que. Parce qu’il est parfois plus simple de se mettre une chape de béton sur les épaules, de se regarder dans le miroir avec toutes nos responsabilités, qu’elles soient dans le domaine familial, professionnel, spirituel ou tout à la fois.

Mais la vie n’est pas faite que de responsabilités. Elle est aussi faite de tous ces moments là qui ne servent à rien, qui ne doivent servir à rien d’autres qu’à nous apporter un peu de légèreté et de douceur. Si on oblitère complètement cet aspect, alors tout le reste devient progressivement de plus en plus lourd, et si on n’ey prend pas garde, il peut finir par nous écraser totalement. Cet aspect mutin de Sigyn est tout aussi important que l’autre. Elle est à la fois l’enfant qui joue de manière insouciante avec des fleurs et celle qui porte le bol dans la caverne. L’un ne va pas sans l’autre.

Quand j’ai commencé à travailler avec Narvi, je ne savais pas comment faire. Je me sentais maladroite et gauche, je n’avais aucune idée de la manière adéquate pour débuter. Je me sentais beaucoup trop cynique et tranchante pour utiliser mes méthodes habituelles, qui sont parfois assez trash. Autant je n’hésite pas à bourriner pour bosser avec certains, autant, je m’étais dit que j’allais devoir changer mon fusil d’épaule. En même temps, c’est une vue de l’esprit : on projette une fragilité présumée sur eux, et totu ce qu’on lit n’aide pas forcément à trouver sa manière de procéder (C’est depuis ce moment là que je ne lis plus rien avant d’entamer un travail. Ce n’est qu’après avoir commencé que je regarde rapidement ce que d’autres peuvent en dire, histoire d’avoir d’autres visions, mais je n’épluche pas tout, cela ne m’intéresse pas et je ne souhaite pas être trop influencée). En les visualisant comme des enfants, on peut rapidement perdre de vue qu’ils ne sont pas humains. J’ai du faire exactement le même type d’erreur que ceux qui ne voient en Sigyn qu’une femme abusée. Bref, j’ai finalement eu l’idée de jouer avec Narvi. Et c’est comme ca que je me suis retrouvé à sortir les petits bâteaux Vulli avec lesquels je jouais enfant, à me faire couler un bain et à vouloir jouer avec. Je passe sur le moment awkward où on réalise qu’on est à poil dans sa baignoire à vouloir entrer en contact avec une déité qui a l’apparence d’un petit garçon de huit ans. -___- Grand moment de solitude et de « I have no fucking idea what I’m doing ». Le plus dur ? Arrêter de se regarder et de projeter ce dont on pense qu’on a l’air (« on va passer pour des qu’on peut pas se permettre de passer pour » comme ils diraient dans Kaamelott), lâcher prise et prendre du recul. C’est là qu’on se dit « ouais ben bordel de merde, peut-être que je voyage facilement ou quoi, mais là, c’est du challenge. » S’amuser, jouer, garder une âme d’enfant, c’est un putain de challenge, mais c’est aussi nécessaire que toutes ces histoires d’ancrage/purification/protection/visualisation etc.

[Sigyn Project – Jour 10] Dame du Silence

Bien que je ne la connaisse pas depuis longtemps, Sigyn m’apparaît comme une déesse lointaine. Pas vraiment éthérée ou évanescente, lointaine. Elle est toute entière dévouée à sa tâche, à sa famille et toute son attention se concentre là-dessus. Il me semble qu’elle n’intervient dans la vie d’une personne que lors d’une épreuve particulièrement difficile pour elle, pour lui insuffler courage et persévérance.

Ce n’est pas une déesse prolixe, mais aucune des déesses de la mythologie nordique ne l’est, du moins pas celles que j’ai approché. Chez Sigyn, son silence est parfois pris pour de la timidité, mais je trouve pas qu’elle soit réellement timide. Elle n’a simplement pas envie de parler, elle n’a rien à dire. Son silence est celui de ceux qui ont quelque chose à faire et qui s’emploie à le faire plutôt que d’en parler. Elle ne demande rien, ne réclame rien : que voulez-vous lui dire ? « Courage » ? Ce mot est superflu. Ce n’est pas tant qu’il n’y ait rien à dire, c’est plutôt que la façon d’exprimer est dérisoire par rapport à ce que l’on voudrait dire. Elle est au-delà des mots.

Certains perçoivent Sigyn comme une pauvre femme abusée, une victime ou un parangon d’abnégation. Je ne pense pas qu’elle soit aucune de ces choses. Elle a fait son propre choix et il ne nous appartient pas d’en discuter ou de venir la voir avec commisération pour la plaindre. Elle ne se plaint pas et le faire à sa place me semble déplacé. Exactement comme ne voir qu’en Narvi et Vali deux pauvres petites victimes. Certes, ils sont les victimes innocentes, un dommage collatéral, mais je suis mal à l’aise quand je lis qu’il faudrait pleurer pour eux trois, qu’il faut éprouver de la compassion pour la famille détruite de Loki. C’est en quelque sorte se mettre dans une position qu’il ne nous appartient pas d’occuper. Une forme d’orgueil, comme si avions le droit de décider ce qu’il sont ou que nous avions le pouvoir d’interférer avec leurs trajectoires. Ils apparaissent fragiles, mais je ne sais pas s’ils le sont ou si ce sont uniquement le fruit de nos projections qui nous les font paraître fragile. Certes il n’est pas question non plus d’occulter leurs destins, mais quelque soit l’optique dans laquelle on les considère, il faut garder à l’esprit que comme toutes les déités, nous ne pouvons jamais réellement les comprendre et les considérer dans leur intégrité. Nous ne percevons que des fragments et nos perceptions sont faussées.
C’est en cela que je les trouve difficile à approcher : existe-t-il seulement une manière correcte de le faire ? Le fait qu’ils ne semblent pas « venir » spontanément dans la vie des gens de manière courante pourrait indiquer qu’ils ne désire qu’une chose : qu’on leur foute la paix sans en rajouter en plus avec nos gros sabots et nos maladresses.

Je ne sais pas quoi leurs dire, je ne sais pas quoi faire. Alors je ferme ma gueule. Je me contente d’être la plus factuelle possible quand je fais certaines dévotions, je laisse une offrande et je les laisse décider. Par rapport à toutes les déités nordiques avec qui j’ai eu l’occasion de travailler, je trouve que ce sont eux qui font le plus réfléchir sur la question de notre ego, de la place que nous avons le droit de prendre, sur la question de la pudeur et du respect.

[Sigyn Project – Jour 2] Rencontre avec Sigyn

De la même manière que j’avais participé au Odin Project pendant le mois de novembre, je participerai (de manière beaucoup plus épisodique ceci dit) au Sigyn Project, lancé par Galina Krasskova, qui se déroulera pendant le mois de février . Le principe est simple : un mois de dévotion/d’écriture autour de cette déesse.

Je ne connais Sigyn que depuis peu de temps, vraiment peu de temps si l’on considère que Loki traîne dans ma pratique depuis pratiquement dix ans. Pendant longtemps, je ne savais même pas qu’elle existait. Il faut dire qu’à part quelques exceptions, la mythologie nordique ne m’attirait pas vraiment. Enfin, pour être plus précise, la culture, la langue et les runes m’attiraient mais la mythologie ne m’intéressait que d’un point de vue littéraire, absolument pas religieux. Et les quelques personnes Asatrù que j’avais pu croiser ne m’ont jamais donné envie d’en apprendre plus, bien au contraire.

Ensuite, quand j’ai commencé à creuser un tout petit peu plus et que j’ai appris l’existence des deux épouses de Loki, j’ai tout d’abord confondu Sigyn et Sif. Ce n’est que quand j’ai enfin eu envie de déblayer tout ca sérieusement – ca remonte à moins d’un an tout de même- que j’ai compris mon erreur. Honte sur moi.

D’une manière étrange, c’est par Narvi et Vali que j’en suis venue à Sigyn. Une nuit, vers le mois d’octobre, j’ai fait un rêve où je les voyais tous les trois. Une vision fugitive, disparue aussitôt apparue. Il m’en était resté pourtant une impression très étrange d’une grande force et d’amour, un équilibre entre timidité, fugacité et ténacité. Alors j’ai commencé à travailler avec Narvi (plus qu’avec Vali, je ne voulais pas trop faire d’amalgames entre les deux).
Pendant ce travail, je sentais parfois la présence discrète de Sigyn, comme si elle venait voir.

Une fois, durant le mois de novembre, alors que j’étais occupée à faire une méditation, je l’ai vue. Je ne l’ai pas rencontré pendant ma méditation, c’était une image qui s’est superposée pendant quelques fractions de secondes par-dessus le reste. Elle avait l’air jeune, mais pas autant qu’on la décrit parfois -mais ca ne veut déjà pas dire grand chose quand il s’agit d’humains, alors pour les dieux, les notions de jeunesse et de vieillesse me semblent assez aléatoires- elle avait de longs cheveux bruns détachés et un air vaguement pré-raphaélite, l’air doux, mais avec cette lueur au fond des yeux et l’expression volontaire de quelqu’un qui ne se laisse pas faire. Ca m’avait scotchée cette rencontre imprévue.
Le mois dernier, il y a eu ce matin avant l’aube, où je me suis réveillée sous l’effet de la douleur, et le premier mot qui m’est venu à l’esprit est son nom. Je ne sais pas pourquoi, je suppose que j’avais rêvée d’elle.

Elle est une de ces déités qui traînent discrètement, au fond. La main qui écarte très doucement le voilage pour jeter un œil et le laisse retomber quand vous essayez de l’apercevoir. Comme souvent avec ce type d’énergie, je ne sais pas trop comment faire, par manque d’habitude. Je sais qu’elle « passe » et quand je la sens, je ne me focalise pas dessus, sinon sa présence s’évanouit.

[Odin Project – Jour 5] Odin & Rind

J’ai beaucoup d’affection pour Rind, peut-être parce que je me retrouve dans son refus, même si dans les deux cas, cela n’aura servi à rien en fin de compte.
Il y a maintenant plus de deux ans, j’ai fais un rêve assez particulier. Dans ce rêve, assez long et complexe, il y a un homme qui porte un anneau en or à l’index gauche. À un moment du rêve, il est assis à une table et fait tourner l’anneau autour de son doigt. Il m’explique qu’il a trois femmes. « Avec la première tout est fini, avec la seconde c’est sur le point de se finir, mais je cherche encore la troisième. » me dit-il avant de me fixer. Je suis debout et je me sens mal à l’aise. D’un côté, j’ai envie de lui demander plus de précisions et de l’autre, je n’en ai aucune envie. L’atmosphère est très bizarre, et je voudrais qu’il arrête de me regarder fixement. Bien sûr, quand j’ai fais ce rêve, je ne savais pas qui était ce mec. Il faudra bien d’autres rêves et un en particulier pour que je revienne à celui là, et que faisant des recherches sur Odin, je découvre qu’il avait eu trois femmes, qui pour certains représentent le passé, le présent et le futur.

Je savais qui étaient Jörd et Frigg, mais pas qui était Rind.
Suivant les sources, Rind est présentée tantôt comme une géante, tantôt comme une déesse, tantôt comme la fille de Billing, un roi ruthène. Après la mort de Balder, Odin consulte une voyante qui lui conseille  de séduire Rind pour qu’elle lui donne un fils qui pourra venger Balder. Le père de Rind se désespère de voir sa fille refuser tous les prétendants et doit faire face à une invasion ennemie quand un borgne se présente et s’enquiert des raisons de son tourment. Apprenant ces raisons, Odin -puisque c’est bien évidemment de lui dont il s’agit- se propose pour mener les troupes de Billing au combat. Après qu’il ait, bien évidemment, remporté la victoire, Billing lui demande ce qu’il désire en échange. Odin demande alors la permission de faire la cour à Rind. Billing espère que sa fille fera un accueil favorable à cet homme qui, malgré les années, est toujours de bel stature. Sauf que Rind ne l’entend pas de cette oreille, et d’après Guerber, elle le frappe quand il essaye de l’embrasser. (Ca me fait hurler de rire ce passage, qui me rappelle irrésistiblement un de mes rêves, bien que les circonstances ne soient pas les mêmes :o)

So Odin, still unknown, presented himself before the princess, who scornfully rejected his proposal, and rudely boxed his ears when he attempted to kiss her.

Odin s’incline, mais sachant qu’elle est la seule femme à pouvoir lui donner le fils qui vengera la mort de Balder, il décide de changer de tactique. Il revêt la forme d’un forgeron et lui offre de somptueux bijoux mais il se fait rembarrer exactement pareil qu’avant. Il prend alors l’apparence d’un jeune guerrier fringant, en se disant que ca fera vaciller le cœur de la jouvencelle, sauf que quand il s’agenouille devant elle, elle lui flanque un coup de pied qui le fait tomber à genoux. (Je trouve très symbolique le fait qu’elle le rejette trois fois). C’en est trop pour lui (j’imagine qu’il ne s’est pas souvent fait rembarrer de la sorte le Borgne), il pointe sur elle un bâton runique (un nidh) et elle tombe inanimée. (Note : je connaissais l’histoire dans les grandes lignes, mais j’ai clairement fait des recherches plus poussées pour écrire cet article, et ces détails -que je ne connaissais pas- me laissent un peu sur le cul parce qu’il y a un peu plus d’un mois, j’ai fais un rêve qui présente certaines similitudes. Notamment la gifle et le fait de tomber inanimée.) Rien ne semble pouvoir la sortir de sa torpeur quand une vieille nommée Vecha se présente et déclare pouvoir guérir la princesse. Elle lui donne d’abord un bain de pied. Ce dernier n’ayant eu aucun effet, elle déclare qu’un traitement plus sévère doit être envisagé : Rind doit être attachée et elle doit rester seule avec elle pour que le traitement fonctionne. Billing hésite mais il souhaite plus que tout sauver sa fille, et accepte. La vieille, qui est Odin déguisé, dissipe l’enchantement et à l’aide d’autres runes, la fait tomber sous son charme pour que Rind accepte de l’épouser.

L’utilisation d’un charme pour la faire tomber sous son emprise rappelle directement cette strophe du Hávamál

J’en connais un seizième :
Si je vois une fille
Dont j’aimerais gagner l’amour,
Je peux retourner ses pensées et toucher son cœur de telle façon
Que toute femme à la peau blanche se donnera à moi.
(strophe 161)

Certaines versions parlent d’un enchantement, d’autres, moins nombreuses, font clairement état d’un viol, et suite à cet incident, Odin aurait été banni, ses frère Vili et Vé prenant la relève. Cet épisode explique notamment l’allusion de Loki qui accuse Frigg d’avoir couché avec les frères d’Odin dans la Lokasenna.

Gardez le silence Frigg ! Vous êtes la femme de Fjorgyn
Mais toujours à convoiter l’amour ;
Ainsi Vili et Ve, vous la femme de Vithrir,
Se sont tous les deux étendues sur vos seins !
(strophe 26)

Souvent les auteurs font état de périphrase pour désigner cet épisode, pas très glorieux pour Odin, il faut bien le dire. Je trouve cela un peu dommage de ne pas appeler les choses par leurs noms ou de tronquer le récit (c’est pareil avec l’histoire de Günnlod, certains auteurs se contentant de dire qu’Odin « leurre » Günnlod. En fait, il prend l’apparence d’un géant -Bolverk- et la séduit pour coucher avec elle et lui piquer l’hydromel. C’est au passage quelque chose que j’ai apprécié avec Kevin Crossley-Holland – et avec la traduction française- c’est qu’il dit les choses de façon très simple et très belle, sans tourner autour.) Par la suite, Rind donne naissance à Vali, qui est adulte en un jour. Ce qui est marrant, c’est que le fils d’Odin et le fils de Loki porte le même prénom. J’ai entraperçu des sources disant que ce serait le même, il faudrait que je creuse tout ca, mais pas aujourd’hui.

Rind symbolise la terre gelée après le Ragnarök, par contre, je suis mitigée quant au parallèle entre Odin et le soleil. Dans la mythologie nordique, le soleil est féminin.

Sources :
H. A Guerber, Mythes of Nothern Land
John Lindow, Handbook of Norse Mythology
La Lokasenna
Le Hávamál
Cette histoire est racontée dans la Geste des Danois, rédigée par Saxo Grammaticus au XIIIe siècle.

Après avoir beaucoup hésité à le poster, voici un petit texte personnel que j’ai écris, par rapport à une partie de ce que m’inspirent Narvi et Vali.

C’est presque rien pourtant.
Trois lignes, une vision. Pratiquement rien.
A la limite du Vide, de l’Inexistant.
C’est pour ainsi dire rien.
Oubliés. Trop anciens. Disparus.
Deux feuilles mortes balayées dans le vent.
Une inscription dans le sable.
Un hurlement.
De fait, ce n’est rien. Ce n’est plus. Cela a-t-il seulement été ?
Notes de bas de page.
Discussions linguistiques.
Ajouts syntaxiques.
Alors c’est tout ?
C’est tout – Rien que ca – Uniquement ca – Juste cela – « C’est connu ».
Effacés.
Dommages collatéraux.
Sacrifices acceptables.
Pulvérisés.
Et pourtant :
Un bord de mer.
Une ombre derrière un arbre.
Quelque chose encore demeure.
Constant, immuable.

Aranna © 2012

Des Autels, des Déités, des Connexions

Je réfléchissais hier à toutes ces histoires d’autels comme support pour honorer les Dieux (les autels ne servent pas qu’à ca, mais c’est plus précisément de ce contexte dont il est question) et pour établir des connexions avec eux.

Dans le principe, je comprend tout à fait cette histoire de dévotion et de contact avec les énergies d’une déité. Dans la pratique, c’est un peu plus subtil, non pas parce en raison d’une difficulté quelconque, mais plus simplement parce que ce n’est pas mon mode de fonctionnement.

Je pense qu’il existe autant de raisons de dresser un autel qu’il y a d’autels. Chaque autel est le reflet d’une relation particulière, d’une prière, d’un désir, d’un éclat au fond de l’âme. Ils peuvent être utile pour approcher une déité, pour se familiariser avec son énergie, pour pouvoir l’approcher. Parfois. Pas toujours. L’hypothèse qui suit ne reflète pas une vérité générale, loin de là. C’est plutôt une furieuse impression par rapport à mon parcours.
Parfois, les déités arrivent en tapinois (« l’un derrière l’autre en tapinant » comme on dirait dans Kaamelott :o) et se révèlent petit à petit tandis que nous mûrissons lentement sur l’arbre à Pensées. Parfois elles se pointent d’un seul coup sans prévenir : un rêve, une inclinaison soudaine, une intuition, un film ou un livre qui débloque un niveau caché… et hop ! Dans ce cas, on peut se sentir un peu paumé. Parfois c’est facile, le moteur tourne et on embraye naturellement. Et parfois on est comme un con derrière un volant.

Je ne sais pas comment cela se passe pour les autres personnes, mais dans mon cas, jusqu’à récemment, je n’avais encore jamais dressé d’autel dédié à une déité particulière (j’entends par là un autre autel que le principal sur lequel nous travaillons).
Je l’ai fait quand j’ai commencé à travailler avec Frigg. C’était quelque chose d’impérieux, de soudain, un équilibre étrange entre le « terriblement sérieux » et le « franchement marrant« . Ca m’a été utile même si dans ce genre de contexte, dire « c’est inutile » ou « c’est utile » paraît peu approprié en fin de compte. Disons que j’en ai retiré quelque chose. J’ai fait pareil avec Narvi et Vali. Quand je ne « connais » pas une déité, ca a un côté éclatant de remuer la Tanière sens-dessus-dessous pour essayer de faire un truc pas trop moche. Une sorte de préparation à la fête, une joyeuse cavalcade, peu importe la/les déité(s) en question.

Par contre, je n’ai jamais eu d’autels pour Loki ou Morrigan (et d’autres). Je n’en ressens pas le besoin. Si je devais utiliser une comparaison, je dirais bien que je n’ai pas plus besoin d’autel pour ressentir leurs énergies et être en connexion avec eux que d’avoir une photo de mon mari dans mon portefeuille pour le reconnaître. C’est un peu pareil pour les offrandes, ce n’est pas parce qu’on ne les place pas dans un endroit spécifique délimité suivant des pointillés qu’il n’y en a pas. D’ailleurs, des offrandes, si elles sont le plus souvent matérialisées sous des formes matérielles, peuvent prendre une multitude de formes, exactement comme les autels.
Ca ne veut pas dire que je n’en ferai jamais -il y a un sacré putain de paquets de choses pour lesquelles j’avais dit « jamais » avant de recroqueviller les orteils et de dire « eeeeuuuuuh, en faaaaiiit… »- juste que pour moi, avoir un autel ne dois jamais être un impératif, un truc que l’on se force à faire.
C’est un truc personnel, pas tellement dans le sens « visibilité », (pour certaines personnes c’est le cas, pour moi non, ou plutôt, ca dépend des fois) plutôt dans le sens « expression » : un espace de pensée, un travail de recherche, une événement vécu, un moment de lecture… Tout cela peut aussi, d’une certaine manière être un autel et/ou une offrande.

[édit : je me rend compte que je n’avais pas précisé certaines choses. À la maison, il y a en permanence l’autel « de base » qui recouvre et exprime toutes sortes de concepts. Dans l’article, je parlais plus particulièrement des autels en plus de celui de base, qui sont dédiés à une déités spécifique. Ne pas avoir d’autel du tout, oui, ca me manquerait.

]

Avant d’approcher Narvi (et Vali)

Comme je le disais dans mon poste d’hier, j’ai décidé de scinder mon approche de Narvi et Vali. Ne pas les considérer comme un tout indissociable, mais bien comme deux déités distinctes, avec leurs propres caractères. Par un équilibre entre hasard et facilité, j’ai donc commencé à approcher Narvi. Je dis « approcher » parce que je ne pense pas qu’on puisse les appeler : plus que les autres, ce sont eux qui décident de venir ou pas. S’ils ne veulent pas, ils ne veulent pas.
Avant de commencer, je pense qu’il est important de préciser un point de ma pensée : je pense qu’il n’est pas bon de l’enfermer dans son statut de pauvre petit garçon éventré par son grand frère. Ce n’est pas faux, certes, et personne n’a jamais dit le contraire, mais le réduire à ca n’est pas la vérité non plus. Un peu comme si vous enfermiez une personne victime de violence, de viol ou d’une agression dans ce rôle : elle ne sera plus qu’une victime. Hors, quoi qu’un individu ait traversé dans sa vie, il n’est, il ne doit pas être que ça. Je ne sais pas pourquoi, mais il me paraît important de ne pas l’approcher avec pitié ou tristesse ou pire, commisération. Il faut être calme, détendu, de bonne humeur (surtout pas stressé ou en colère), garder en mémoire l’histoire dans un coin de son esprit mais ne pas déverser son « oh c’est affreux, pauvre petit », j’ai eu droit à ce type de réaction enfant, pour des raisons toutes à fait différentes, mais je me souviens avoir détesté ça : ca ne m’incitait pas à avoir de la sympathie pour l’adulte qui me disait cela, bien au contraire, j’avais juste envie de le fuir.

Tout repose sur l’équilibre de ces deux axes : les considérer individuellement sans pour autant oublier le frangin, ne pas se focaliser sur leurs morts tout en la considérant et en la gardant en mémoire. C’est ce que la personne m’expliquait dans mon rêve, de façon plus imagée et énigmatique, mais l’idée est là.

Narvi et Vali

Narvi (parfois orthographié Narfi) et Vali sont les deux enfants que Loki a eu avec Sigyn. C’est dans la Lokasenna (les sarcasmes de Loki) que leur destinée, particulièrement funeste, nous est relatée. Une fois Loki attrapé, les dieux changent Vali en loup. Ce dernier déchiquète son frère dont les intestins servent à attacher Loki à son rocher.
Skadi (dont le père Thjazi a été tué par Loki) place un serpent venimeux au dessus de Loki, laissant le venin tomber goutte à goutte sur lui. Sigyn porte un bol pour recueillir le venin en question, mais chaque fois qu’elle doit le vider, le venin du serpent tombe sur Loki qui se tort de douleur, provoquant ainsi les tremblements de terre.

D’après les quelques recherches que j’ai pu faire -peu de sources « anciennes » les mentionne- Vali est lié aux forêts et Narvi à la mer.

En fait, je ne pensais pas que je les croiserais un jour. J’emploie le terme croisé parce que je les ai vu avec Sigyn dans un rêve. Fugitivement, timidement. Disparus aussitôt aperçus. C’était une sensation assez étrange parce qu’au moment où je les vois, je sais que ce sont eux, à moitié dissimulé derrière un brouillard.
J’ai repensé à leur histoire. Leurs histoires devraient-on dire en réalité. Ils sont constamment associés l’un à l’autre, ou considéré uniquement en tant que fils de Loki. C’est d’ailleurs pour punir ce dernier qu’ils ont été tués, de simple dommages collatéraux oubliés par tout le monde. Une note de bas de page, quelques lignes.

Cette nuit j’ai refait un rêve où une personne que je ne pouvais pas voir, cachée dans les brumes, m’expliquait tout cela. Je me souviens de ce qu’elle me disait, et qu’on étaient au pied d’un arbre, rien d’autres. Je pense que les considérer en tant que dualité constante est une erreur : on abrège leurs identités, et sous couleur de leur rendre hommage, je pense qu’on les dilue encore plus. Ils n’ont pas la même personnalité, la même énergie. Et même si jusqu’à présent je n’ai pas vu énormément de choses, j’ai la sensation que Vali est beaucoup plus farouche que Narvi, plus vieux aussi. Narvi a une énergie vraiment spécial, quelque chose que je ne saurai pas encore définir. Je ne sais même pas si je le pourrais.

Pour être honnête, je ne sais même pas comment faire : j’ai toujours eu affaire à des bourrins. Mes déesses sont des bourrines, mes dieux des grandes gueules. Moi je suis bornée et il faut me botter le cul pour que quelque chose me rentre dans le crâne. Pire qu’un épagneul breton. Là, il ne peut pas être question de tout cela. Et pour la première fois, je me sens con, à me dandiner sur une jambe, puis sur l’autre, sans savoir comment on pose le pied par terre.
J’ai toujours beaucoup, beaucoup, beaucoup travaillé avec mes rêves : je m’en souviens très facilement, et je les note maintenant depuis plus de dix ans (pas toujours avec autant de sérieux et de régularité qu’il faudrait mais bon…). Ils constituent une part importante de ma pratique, qui se divise en phase active (le jour) et passive (la nuit). Comme je le dis souvent, on verra bien. Je pense en tout cas que je ne vais pas travailler avec les deux en même temps : quand j’étais enfant, je détestais qu’on m’assimile tout le temps à ma sœur, et pareil pour elle. On se ressemblait physiquement beaucoup, mis à part la couleur de nos yeux et de nos cheveux et parfois des gens nous confondaient. Ca nous mettait en colère, parce qu’on voulait être reconnue en tant qu’individu à part entière et pas en tant que sœur de Machine. C’est peut-être une approche stupide, peut-être pas. On verra.