Et devant moi la route

(Ou reprendre des petits bout de blog, avec des petits bouts de temps)

Conduire. Un verbe tout simple qui évoque à certains des sueurs froides, à d’autres un ennui sans nom, une corvée. Une simple action factuelle. Chez d’autres encore, conduire est synonyme de plaisir et/ou, d’aventure. Je fais partie de ces derniers.
Observant ma mère conduire, durant mes jeunes années, je me disais que ça avait l’air tout simple et très chouette. J’avais hâte du jour où moi aussi, je pourrai m’asseoir au volant de mon cheval de fer et être libre de mes déplacements.
De fait, l’apprentissage de la conduite fût sportif ; pas tant en terme de difficultés (si on excepte l’obtention du précieux sésame qui est une épopée en soi) qu’en terme d’anecdotes plus ou moins amusantes. Ainsi, lors de ma toute première leçon, et suivant la méthode de mon instructeur, un vieux à moustache quasi-sosie de Guéthenoc, accent inclus, on m’amena sur l’autoroute. Cette méthode n’est pas si rare, mais elle semble susciter quelques frayeurs quand on la mentionne, ce qui se comprend.
La seconde leçon, où Guéthenoc me demanda de faire « un dépassement », je me suis dit « chouette, je suis autorisée à faire un excès de vitesse » (mauvaaaaise interprétation du terme dépassement), et j’appuyai joyeusement à fond sur l’accélérateur et dépassai joyeusement la limite permise, ce qui me valut une sacré semonce, amplement justifiée.
Je me souviens en revanche, du jour où, prenant un virage beaucoup trop vite, je senti la voiture décoller de la route. A cet endroit, il y avait un gros dénivelé et en contrebas, des rochers. Je me souviens de la sensation de terreur instantanée et du « ACCÉLÈRE ! » que j’entendis dans ma tête. Ni une ni deux, j’écrasa le champignon et la voiture resta sur la route. S’en suivit un silence de plusieurs minutes, et la fille de Guéthenoc, mon instructrice, me dit d’une voix blanche « on a failli partir dans le décor là ». « Je sais » fis-je d’une voix neutre. Puis elle me demanda pourquoi j’avais accéléré. Je me souviens avoir failli répondre qu’une voix dans ma tête me l’avais dit avant de me contenter d’un plus sobre « je ne sais pas, c’était instinctif ». Elle ajouta que dans ce type de situation, la plupart des débutants auraient freiné. Si j’avais freiné, la voiture aurait quitté la route, et on aurait fini dans les rochers vingt-cinq mètres plus bas.
Ce détail là est resté dans un coin de ma tête. Comme la sensation d’une connexion, d’un canal possible, que je n’expérimenterai que bien plus tard.

Quand je conduis, je me sens connectée. Il y a la sensation puissante d’être en parfait contrôle, et la responsabilité énorme qui en incombe, le leurre de se croire tout puissant et d’en être le jouet. Conduire, c’est pour moi quasiment un processus chamanique, où on est à la fois passif (parce qu’assis en analysant constamment des informations qui évoluent et changent à chaque seconde) et actif (la voiture qui se déplace, que l’on déplace), la nécessité d’observer, d’être attentif à l’environnement et de constamment s’adapter. Ouvert, réceptif mais concentré parce que la rêverie passive peut nous faire basculer dans un accident. C’est un moment de concentration et, dans le même temps, un moment de réception et d’ouverture. Pour moi qui ne suit pas cavalière (en même temps. personne ne m’a jamais vu à cheval), la conduite automobile, conjuguée à certaines musiques, est la pratique ordinaire qui m’a permis de mieux comprendre, d’expérimenter la rune Eh de façon plus prosaïque. Je suis heureuse quand je dois prendre la route, et avaler des kilomètres, même et surtout sur des autoroutes mornes dépourvues d’attraits, parce que tout se concentre sur les innombrables changements qui ne cessent jamais, et sur la connexion avec la Brochette. Connexion qui m’a plus d’une fois permis d’éviter un accident, plus ou moins grave. Comme la voiture qui roule tranquillement devant nous, avec les bonnes distances de sécurité, et puis, on nous dit « augmente la distance, il va y avoir une couille ». Mettre de la distance, et paf, la voiture qui fait une suite de nawak. Sans distance ajoutée, il y aurait eu au moins de la tôle froissée. Sans doute pire à 130 km/h.

Clairement, plutôt que de vivre la conduite comme un pensum atroce et stressant, je suis contente que ce soit pour moi un moment de connexion avec la Brochette, un moment où, comme je ne peux pas le regarder et être influencée par son éventuelle esthétique, je me trouve plus réceptive aux énergies des lieux traversés, aux changements et évolutions plus ou moins subtiles des endroits, des régions. Sentir les frontières-charnières, qui ont parfois à voir et parfois rien, avec les frontières des communes ou régions.

(Et ceci sans compter d’autres aspects, et notamment « le véhicule », mais pour une autre fois….)

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J’arrive où je suis étranger.

Revenir en arrière. Jusqu’où ?
La réponse à ma question, l’an dernier pendant un week-end consacré au Seiðr.
Où il est question de quelque chose qui traverse un océan.
Ma soudaine envie de vomir. Personne n’est au courant. Cela fait du sens. (La vrai réponse est beaucoup plus précise.)
Et dix mois. Dix mois. Dix mois plus tard.
L’avion qui décolle, et le laridé qui tourne en boucle sur mon MP3, dissimulé par mes cheveux. La terre qui s’éloigne, minuscule, dans le froid de janvier. Tout est derrière moi, ou alors loin, loin devant. Loin devant, vers l’ouest et dans le futur. J’ai en tête la légende familiale qui dit qu’à chaque génération nous partons un peu plus à l’ouest. Tout ce que j’ai en tête, c’est la musique entêtante qui ne cesse de tourner et de retourner, pendant les 7h de vol, comme un transe lancinante, une injonction à ne pas penser. Rester concentrée sur l’objectif. Omni mea mecum porto. Je transporte avec moi tous mes biens. Tout ce que je possède d’important, ce que j’emporte, tient dans deux valises. Et deux caisses miaulantes.
Le reste, qui se compose pour la plupart de livres, est dans le container d’un port. Je les attendrai trois mois. Me demandant si je récupérerai un jour mes affaires, certains souvenirs. Mais en cet instant, l’instant du départ et de l’arrivée, je n’ai rien.
J’arrive sur une terre où je n’ai jamais mis les pieds, ma seule incursion de l’autre côté de l’Atlantique, dans un autre pays, remonte à mes 11 ans. Une expérience pas très heureuse où j’ai eu la sensation que le pays trop vaste, trop distordu. allait m’avaler. Qui es-tu ? Je suis le pays.
Mais où est ton cheval de peau, orné de runes ? Il est de l’autre côté de la mer. Donné à mon Watcher.
Mais où est la face ricanante de ton Renard, ornée d’ocre rouge ? Elle est là-bas, sous la garde de Écoute-les-voix.
Mais où sont les parties matérielles de ton Âme, faites de laine retordue, de crocs et d’os. Où sont les creux de terre pour les offrandes, où est le grès qui La referme ? Ils ne sont pas avec moi.

J’arrive où je suis étrangère, et où je ne connais rien. La terre ne résonne pas, je ne connais pas son chant, je suis sourde aux inflexions de leurs voix, incapable d’en déchiffrer le rythme, l’articulation, la syntaxe. Les Esprits d’ici ont un langage qui m’est totalement inconnu, totalement différent, et que je ne comprends pas.
La Terre dort sous la neige et dans le froid. Ici est un autre monde, et le réseau est indisponible. Littéralement et métaphoriquement. Indescriptible sensation. Celle d’un décalage. Il n’y a pas que pour les prises de courant, le réseau téléphonique et tout le palpable qu’ici est un autre monde.
Tout est flou, la sensation tenace de marcher sur un chemin de traverse. Les fils sont tordues. Comme si une vibration avait changée.
À la première nuit d’un sommeil de plomb accompagnée d’une dent brisée, suivront les nuits d’insomnie sans relâche. Savoir que je suis éveillée quand ils dorment et que je dors quand ils s’éveillent. Ne plus arpenter. Écho de là-bas, me disant que je ne suis pas la seule.
D’une certaine manière, j’ai la sensation qu’il est normal que la Brochette m’ait demandée de laisser certains de mes outils rituels en Europe. La certitude qu’ici, ils seraient faussés. Pas tous, mais ceux qui me servent à voyager.
Les rêves qui disparaissent. Le silence.
Tout est un Silence de neige. Est-ce le Pays qui l’hiver dort ?
Essayer de ritualiser. De faire des offrandes. Rien. Cet hydromel – au demeurant absolument déguelasse, le Melmor est un délice à côté – versé dans le récipient de secours n’est pas une offrande accompagnée d’une prière aux Dieux, aux Esprits, et à « Ces Étranges Ancêtres Qui… ». Il aurait dû. Mais non. C’est juste un liquide sirupeux et trop acide versé dans un mug de porcelaine, accompagné par des sons articulés dans une langue indo-européenne.
Non, poser trois cailloux et une guimbarde avec un pauvre lumignon ne remplace pas son autel. Cela en tient lieu. Un faire-comme. Un faire-comme honorable, toujours mieux que rien, mais cela reste un faire-comme. Les intentions, surtout les bonnes intentions et le symbolisme, c’est bien joli et c’est sans doute pas mal, en tout cas peut-être préférable à rien, mais non, ce n’est pas pareil.
Non une tasse de porcelaine achetée avec trois de ses sœurs chez Emmaüs ne remplace pas les bols rituels qui ont servis quotidiennement ou presque pendant trois ans. Non les os et la peau d’un animal ne se remplacent pas par une jolie image découpée dans un magazine. On lit partout que « le pouvoir est dans la sorcière, pas dans les outils ». Mouais. Outre que je ne suis pas une sorcière, j’ai envie de dire que, indeed, pas besoin d’outils pour jeter des sorts. Et pas besoin d’un autel en plastoc avec des merdes fabriquées en Chine pour célébrer un sabbat. Par contre, venez pas me dire que les objets fabriqués dans certaines conditions spécifiques, suite à certaines demandes / besoins spécifiques sont parfaitement interchangeable avec un gobelet vide du fastfood local. Sinon, bah écoutez, prenez de la poudre de perlimpimpin pour soigner une pathologie donnée à la place du traitement initialement prévu (allopathique ou non) et expliquez au malade que c’est parce qu’il a pas cru en lui. C’est vrai après tout, on est tellement fort aujourd’hui, les mythes avec des objets sacrés ou rituels, les croyances etc, c’est de la merde, que chacun fasse sa petite cuisine et tout est permis. Il faudrait surtout pas se montrer rabat-joie, sinon, on a rien compris.
Oui, on peut faire de la sorcellerie en faisant la cuisine, et faire pas mal de détournement d’objets rituels, me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’explique juste qu’on ne crée pas des outils /vecteurs en un coup de cuillère à pot parce que’on l’a décidé. Cela se fait à l’usage. Comme on ne se fait pas un meilleur ami en deux discussions sur Cul de Chèvre et qu’on ne se marie, en principe, pas à la première rencontre (en tout cas, pas trop dans nos contrées).

N’oubliez pas l’armée des trolls. Toujours. Et son étendard loufoque indiquant « Tout est pour la Bête ! ». Et dans l’appartement trouvé, découvrir, punaisé au tableau en liège, une petite carte d’un restaurant appelé « La Bête ». Se faire troller, encore, encore et encore par la même chaîne d’informations, en binaire, blanc et noir.
Reconnecter les informations. S’inscrire à la bibliothèque et commencer l’épluchage de la base de données.

Reconstituer les chaînes. Retrouver ses cartons, un mercredi, comme de juste, tandis que les jours rallongent et que les températures commencent à être timidement dans le positif. Avril est là. Retrouver ses affaires, et ses précieux petits trésors, sans valeur sur le plan financier, mais combien plus sur d’autres plans.
Et tandis que l’on réarrange son autel dans sa chambre à coucher, se rendre compte que les nuits sont devenues un peu moins anarchiques. Que les rêves sont revenus, plus étranges et porteurs de sens que jamais, comme souvent pour moi à cette période.


Le véritable travail va pouvoir commencer. Apprendre à connaître la terre où je vis désormais. M’initier à leur langage, leurs offrandes. Écouter leur chant et trouver le rythme, la syntaxe, l’articulation souple pour que le mouvement se fasse. Une expérience nouvelle, ne jamais cesser d’apprendre. Ne jamais croire que l’on sait tout, on pourrait être très surpris. Continuer d’avancer. Chaque terre est différente et c’est à celui qui arrive d’apprendre d’elle. Certains « apprivoisements », certaines rencontres se font facilement, d’autres sont plus malaisés. Il est des endroits où la terre nous appelle, d’autre où elle nous repousse. Chaque route est différente, et nous ne venons ni avec le même regard, ni avec la même terre sous nos pieds. Comme les plantes, certains d’entre nous poussent à merveille dans les forêts d’érables et d’autres s’épanouissent mieux dans les vieilles pierres d’une ville médiévale.

La prose des Bâtards (les problématiques dans le Culte des Ancêtres)

Un dernier article avant un déménagement au loin… Je ne reviendrai pas avant un bon moment. 

Il n’y a plus que la Patagonie, la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud Je suis en route J’ai toujours été en route Je suis en route avec la petite Jehanne de France. (Blaise Cendrars – La prose du transsibérien)

Le culte des Ancêtres occupe une bonne place -sinon la place principale- dans les cultes traditionnels. C’est plus ou moins visibles suivant les groupes et les axes reconstructionnistes et autres, mais au niveau francophone, on assiste à une visibilité de plus en plus importante de cette pratique. Dans la théorie, il est facile de synthétiser rapidement le principe : celui d’honorer ses ascendants. Toujours dans la pratique, il est également relativement facile de de faire quelques synthèses de pistes pour les cas « problématiques » : vous avez été adopté(e) ? Tant mieux, vous avez à la fois vos lignées adoptives et vos lignées génétiques à honorer. Vous avez eu des conflits familiaux graves / familles abusives ? Concentrez-vous sur les « bons » ancêtres et de toutes façons, vous n’êtes pas un individu sorti de nul part, vous êtes sur terre parce que des gens se sont battus, ont survécus et que tout ne tourne pas autour de vous. D’accord, tout ca n’est pas faux, loin de là. D’accord cela ouvre des pistes.

Sauf que, tout ces pistes théoriques, prêtes à bouffer, c’est de la théorie justement. Et le sujet du culte aux Ancêtres, c’est toujours de la théorie, sauf quand il s’agit des nôtres. Quand il s’agit de notre histoire -ou non-histoire- familiale. Arriver la grande gueule en bandoulière avec des réponses toutes faites, c’est ce que vous pouvez vous permettre de faire quand vous n’êtes pas concernés, parce que la théorie prend tout en compte, sauf l’énorme potentiel explosif et sensible dont cette question est porteuse.

Pour certains, il est facile de s’exciter sur une image d’Épinal de sa famille (Parfois, « les fantasmes ancestraux », ca me fait penser au délire de Gardner qui a prétendu avoir été initié et avoir reçu des infos trop trues de Dorothy Clutterbuck, histoire de rendre plus crédible et plus badass ce qu’il avait reconstruit (remarquez, il y a peut-être des wiccans tradz qui s’ignorent. Ok, j’arrête de troller) que d’oublier ses paradoxes, d’oublier ses douleurs. Quelque part, tant mieux pour eux. Sauf quand ils se servent de leur vision (qui n’est jamais qu’un prisme lacunaire : chaque fois que nous considérons quelque chose, ce n’est de toute façon qu’un prisme lacunaire. C’est pareil pour les problèmes, sauf que c’est plus difficile d’échapper à un prisme problématique que de se mettre la tête dans le sable) pour essayer de l’imposer aux autres, ou pire de les rabrouer ou de les tancer sur ce qu’ils devraient faire et ne pas faire. Franchement, quand vous n’êtes pas directement concerné, soit vous y allez mollo, soit vous fermez votre putain de gueule avec vos généralisations sur qui / quoi / pourquoi on devrait honorer ci ou mi. Idem pour les discours du type « mais si tu né/e, c’est que tu l’as choisi, donc… » (les dérives du New Âge et ses ravages : avoir ce type de philosophie n’est pas intrinsèquement un problème, ce qui est un problème, c’est quand la personne s’en sert pour donner des leçons). Les gens qui arrivent la gueule enfarinée avec des discours tout fait sur ce type de question ont généralement une famille relativement simple, ou alors c’est ce qu’il aimerait croire (un peu comme quand j’entends les généralisations idéalistes/idéalisées pour correspondre à « un certain modèle moral », généralisations du type « nos ancêtres ne divorçaient pas ». Ou encore plus fendard quand cela implique les délires du style « l’homosexualité existait moins qu’aujourd’hui ». Haha. Mais bien sûr. Les divorces existaient, ils étaient peut-être moins fréquents effectivement, mais peut-être qu’ils étaient moins fréquents parce que les lois le rendait beaucoup plus complexe, pas parce que les gens avaient une morale « tellement différente de celle de nos jours sur la question. » Tout est relatif : ce type de question demande une énorme quantité de recherches pour ne pas sombrer dans le cliché bas de gamme. Quant à l’homosexualité, je n’ai pas assez de données pour y répondre (à part que les catégorisations hétéro/homo etc, semblent dater de l’ère victorienne), alors plutôt que de dire une connerie, je me contenterai de dire que cela demande des recherches. Peut-être qu’effectivement, elle était moins fréquente qu’aujourd’hui, peut-être pas (je dis bien « fréquente » pas « visible »).

Et que fait-on, quand il n’y a pas d’histoire familiale ? Parce que vos racines n’ont cessées de bouger au cours des quatre générations précédentes, qu’il n’y a eu aucune transmission ? Quand vous avez été coupé(e) de votre histoire par des parents / grand-parents qui pour X raisons ont refusés de transmettre « le flambeau » ? Et que fait-on, quand tout ce que vous découvrez, génération après génération, c’est la répétition d’une histoire dramatique, malsaine, et pas seulement le fait d’un individu isolé ? Et que fait-on quand on n’a pas de « terre natale », quand on appartient aux déracinés, à ceux qui passent leur vie, et dont les ascendants ont passés leur vie à devoir oublier le passé ? Quand les archives qui pourraient contenir votre histoire ont toutes été brûlées par les conflits successifs qui ont déchiré une partie de l’Europe ? Parce que cette région d’où certains de vos ancêtres viennent, a été une poudrière ? Ou quand vous êtes un(e) enfant « non conforme au cahier des charges familiales » et que par le truchement de votre éducation, on vous a non seulement fait comprendre que vous ne faisiez pas partie de la famille, mais que l’on vous a violemment fermé la porte à toute coutume, langue, histoire, culture, souvenir ? (Franchement, pour moi, des gens qui se sont conduits comme ça ne méritent ni que l’on fleurisse une tombe -qu’ils ne méritent pas-, ni qu’on les honorent.). Le problème du problème, c’est quand cela ne se résume pas une seule génération, mais quand l’on constate que ce type d’histoire se répète, des parents, des grands-parents, et encore avant. Après, il ne reste souvent pas grand chose de tangible, et pour moi, il y a une différence entre honorer des ancêtres « imaginaires » et avoir des souvenirs concrets de transmission. Quand on cumule toute une suite d’axes à problèmes, ça devient velue comme thématique. On pourrait imaginer que effectivement, retrouver quelques « ancêtres référents » aide, et d’une certaine manière, c’est le cas. Mais de manière un peu grinçante, j’ai eu l’occasion de constater que très vite parfois on vient vous dire que, quand même, ce n’est pas comme vos ancêtres de sang et que pourquoi vous ne… (« Merde ! » comme dirait Léodagan.) Parfois, on peut retrouver certains ancêtres qui se pointent, et petit à petit, retisser le lien. Parfois. Pas toujours. J’avoue que quand on constate que finalement, tout est mort à ce niveau là (parce que parfois,  il ne reste plus personne de vivant, histoire de bien couronner le tout), je vous avoue que je ne sais pas comment on fait. Je n’ai pas de réponse, et j’ai pu constater que cette problématique est beaucoup plus courante qu’on ne le pense. Comme pour beaucoup de sujets : on trouve beaucoup de sources quand cela se passe bien, moins quand ca se passe mal. Et généralement, les cas où il est fait mention de situations qui se passent moins bien, soit c’est quand la personne a résolu sa problématique, soit quand elle a décidé qu’elle ne ferait pas çi ou ça pour telles et telles raisons. L’entre-deux, faut gratter nettement plus pour avoir des infos. En même temps, je ne cherche pas de réponses toutes faites, justement parce que je crois que dans ce domaine, les réponses toutes faites ne marchent pas. Oui, on peut honorer ses ancêtres de manière généraliste, mais est-ce que, en terme d’impact et de force, cela suffit à compenser les autres défaillances ? En d’autres termes, est-ce que ce rempart suffit pour contenir toute l’étendue d’eau qui par ailleurs menace ?

Par dessus le marché, le pompon, c’est quand des gens viennent vous dire QUI vous devriez prier parce que vos ancêtres venaient de là, et qu’ils ont lus deux fiches wikipédia et pensent vous apporter la civilisation. Jusqu’à preuve du contraire, laissez une personne suivre son chemin. C’est le sien, pas le vôtre. D’autant que les évolutions arrivent au fur et à mesure d’un cheminement, à vouloir les forcer, on risque juste de « braquer » la personne et à la bloquer. Ou qu’elle peut avoir d’autres processus nécessaires à explorer au préalable, quitte à se rendre compte qu’en fin de compte, telle option n’en était pas une et qu’elle s’avère finalement caduque. De plus, des histoires « d’adoptions » peuvent arriver à plusieurs niveaux : non seulement les adoptions passées mais aussi toutes les adoptions actuelles : adoption par une terre, une région, un pays. Adoption par une lignée qui nous intègre, lignées perdues qui en fait rejaillissent sous forme d’un Allié, d’un panthéon etc. Je pense qu’en terme de « culte des Ancêtres », il y a autant de solutions, de problématiques, de parcours, de fonctionnement qu’il y a de personnes.

Minuit dans les eaux de la baie

Auteur(e) inconnu(e)

Revenir en arrière, jusqu’à Samhain dernier. Le concert de Wardruna et l’entrée en fanfare dans une nouvelle année complètement et totalement placée sous le signe du chamboulement et d’un nouveau cri de guerre : « Tout est pour la Bête. »
Revenir en arrière, avant, encore avant. Il y a bien longtemps, retour passager dans le pays natal de ma grand-mère. Quelques jours avant Samhain, pour un au revoir inconscient. Repenser aux parallèles curieux avec l’année en cours, et au texte de l’an dernier.
Quelques jours avant Samhain, cette année. Beaucoup plus à l’ouest. En Bretagne, encore.
Et le boulanger aux yeux bleus, affublé désormais d’un petit mesquin borgne, qui m’a dit un dimanche matin de fin d’hiver, pointant l’index vers moi : « Toi si tu as l’occasion d’aller en Bretagne, tu y vas. » Je lève un sourcil, répond que je ne connais personne en Bretagne, donc que je ne vois pas bien comment ce serait possible, mais d’accord. Il insiste. Je me demande intérieurement quelle goblinesquerie cela promet.
J’irai pourtant en Bretagne. Deux fois.
Un voyage à Lammas, sous les auspices de Lugh et d’autres déités, dans une cité ancienne, dont m’avait parlé jadis une copine de fac qui n’arrêtait pas de me dire « qu’un jour [je] devrai aller y faire un saut » parce qu’elle est sûre que j’aimerais.
Nuit dans les bois.
Clairière en forêt.
Landes vertes et bleues.
Tourne la roue.
Comme une offrande, je dédie « la prochaine fois que je me baignerai dans l’océan » aux Déités et Esprits des Lieux. Une offrande, la promesse du dépassement de soi et de l’accomplissement.
Sentir la Brochette qui s’efface et tandis que je descend un escalier sous terre, jaillit la curieuse sensation que si je devais rester là, ils partiraient. Je n’en pense rien, je constate.
Concrètement, il y a des chances pour que la prochaine fois que je me baigne, ce soit de l’autre-côté de la Grande Mare.
Et pourtant.
Samhain, la fin de l’année. Le train, la route, vers l’ouest. J’ai toujours été en route comme dirait le poète manchot né en Suisse filant vers l’est. Je suis en route encore, vers la presqu’île de Crozon où nous allons célébrer la fête où les voiles sont les plus fins. La fête des Morts. La bouteille de Chouchen qui s’écrase dans la cour.
De jour, les Sources, les Eglises. La Mer. Les Eaux, les eaux. L’appareil photo argentique qui capote : le retardeur de temps qui bloquait la possibilité de nouvelles images. Sous la mécanique physique, la mécanique céleste. Le tout dans un hasard tout à fait hasardeux. Le pragmatique n’empêche pas le trollage.
La forêt de Huelgoat et ses amanites. La Mare aux Fées. Tourne la roue, avance le cadran, coule la source.
La nuit qui tombe, la voiture qui roule.
Le Menez Hom. Les vents. Les tremblements. Aucune envie de monter là haut vu ce qui circule.
Retour à la maison. Blót sur la plage.
La veille il y a eu ce chant retrouvé sur la jetée, celui-là et l’autre. Un de ceux que Freyr chantait dans un rêve de Lammas.
J’ai prévu de me baigner dans la baie de Crozon. Il est minuit, et je marche vers l’eau. Chantonne. Quant au reste…
Les eaux noires de l’océan, le phare de Douarnenez qui brille au loin. A. qui a décidé de marcher un peu dans l’eau et qui me dira après coup « je ne pensais pas que tu allais vraiment te baigner. » J’ai dit baigner. Pas « marcher dans l’eau ». Présent performatif, ou presque.
L’énergie de l’océan et des vagues noires. Marée descendante. Très différent du jour, et peut-être, peut-être particulièrement en cette nuit de Samhain. Vaguement conscience que l’eau est froide, mais j’ai l’habitude de me baigner dans des mers froides. La Baltique, les Hébrides, la Mer du Nord…
Je nage et les lumières clignotent, et brièvement, la conscience aîgue de tous les navires fracassés. Des sirènes et des gens qui attendent dehors, de nuit, avec la peur grandissante de savoir qui n’est pas rentré. Les naufrages. Les eaux de la baie qui palpitent. Les fils qui tirent. La douleur et le désespoir qui suitent du phare, là bas. Tous les noyés et les corps décomposés, les âmes dans le palais de Rán. La bague que je Lui ai offerte. Offerte il y a longtemps par ma mère. D’argent portant une aigue-marine et gravée « Semper Eadem ». Puisque j’ai pris l’habitude de toujours lui faire une offrande spéciale avant de mettre ne serait-ce qu’un pied dans l’eau.
La profondeur noire perlée d’argent à la surface et soudainement l’injonction. Stop. Pas plus loin.
Pas plus loin. Demi-tour. Maintenant. Maintenant ! Je savais que parfois il est en barque, et c’est logique, mais c’était pas vraiment attendu, quoique pas inattendu non plus.
Je m’en retourne.
Promesse tenue.
Retour à la maison pour un Sumbel entamé par le whisky breton, en pyjama. Tout le monde qui va progressivement se coucher. Reste les Trois Marcheurs.
Nouvelle Année et depuis mon duvet, j’entend la pluie sur le toit.
La nuit durant les morts dedans me guettent, et les Ancêtres se mélangent, s’entrecroisent, les noms s’échangent et un Vieux me donne à choisir entre un coquillage, une sélénite curieuse qui semble porter des oreilles de souris et une pierre trou(v)ée.
Nouvelle Année.

Un voyage avec les Dieux (II) : de la Wicca au Polythéisme

Suite d’un premier poste datant d’il y a presque deux ans (ou « tentons de retracer le plus honnêtement possible un parcours et son évolution »).

Auteur(e) inconnu(e)

J’ai été wiccane à une époque. Enfin, plus précisément, j’ai mis le mot « wicca » sur ma pratique. Parce que cela me paraissait convenir, faute de vocabulaire plus précis. Quand j’ai commencé, je n’avais même pas internet. En revenant en arrière, je souris un peu en repensant à toutes ces heures passées dans la forêt anglaise à entrer en contact avec les Esprits des lieux et autres. Me souviens aussi d’une promesse, que l’on peut juger tout à fait stupide, de servir les Dieux et les Esprits. J’avoue, j’avais 17 ans (on n’est pas sérieuse quand…), je venais de dévorer la série des Zimmer Bradley et je me disais que c’était moche qu’il n’y ait plus personne (mais lol) pour s’occuper des anciennes déités et du petit peuple et se souvenir des anciennes croyances. Alors du coup, je me dis qu’autant que je me propose. Ce que je fais. Je me dis qu’au moins, je servirai à quelque chose. Je ne sais pas ce que j’étais vraiment. La place d’une Grande Déesse pour remplacer un Dieu monothéiste, oui, sans doute. Je me souviens de cette sensation, quand tout va mal, que je n’arrive pas encore à puiser dans cette croyance suffisamment de force pour surmonter ce qui arrive. Avec le recul, je me dis que la wicca a sans doute beaucoup de défauts, mais elle a aussi le mérite d’être un très bon pont entre le catholicisme (puisque n’ayant pas élevée dans une autre religion, je peux difficilement juger d’une pertinence à ce niveau là) et le polythéisme, (au moins dans mon cas). Elle est facilement accessible, après, le temps et la pratique personnelle, les rencontres, font que, éventuellement, les choses évoluent. Le mécanisme de retour aux vieilles prières de mon enfance, non pas enseignées dans la famille, mais fruit d’une demande personnelle. J’ai très tôt demandé à faire de l’Eveil religieux, proposé par mon école catholique, puis les Jeannettes ensuite, pour apprendre à survivre dans la nature et pour pouvoir prier. Quand je relis mes carnets de Jeannette, leur contenu me fait plutôt sourire. On est à un cheveu du Druidisme et de l’Asatrù en fait. Un cheveu. Je me demande à quel point certains de ces principes m’ont travaillés jusqu’à ce que j’en arrive là où je suis actuellement.

Je me demandais à l’époque, âgée de 18 ans, comment des Dieux « spécialisés » et épars pouvaient avoir autant de force que la croyance en une seule entité. Ils m’apparaissent bien fragile contre tout ce qui rôde et menace aux alentours. Passé les deux premières années de dénigrement, la wicca traditionnelle (comprendre « gardnérienne ») m’attire beaucoup plus. Je passe de « bouh pratiquer nu c’est le mal et l’initiation c’est une connerie » à « ouais, ca a l’air de bien roxer quand même ». Finalement, après un passage par une autre tradition plus ou moins « dérivée de », je me ferai initiée. Premier degré.J’avais aussi reniflé du côté du Druidisme et de l’OBOD pendant un moment, mais il y a plusieurs détails qui me font dire que ce n’est pas vraiment la voie à emprunter à ce moment. Donc je n’y vais pas.

Je m’inscris au Lotus, qui n’était pas encore l’Ordre de Dea. Pas vraiment pour trouver ma déesse patronne qui est, à cette époque j’en suis convaincue, pas encore revenue de ce type de raisonnement, la Morrigan, mais pour trouver mon Dieu patron. Le coup d’être prêtresse ne me fait ni chaud ni froid, puisque à cette époque la « finalisation » n’implique pas de devenir prêtresse, et que cette idée me laisse perplexe pour diverses raisons personnelles, qui évolueront plus ou moins après coup. J’ai fait partie de cette catégorie de personnes qui veulent absolument trouver leurs référents, et je n’ai pas encore cesser de tout diviser en deux catégories. Le Dieu Patron m’intrigue vachement par contre. Mais pour avoir accès à ce cheminement là, il faut passer par la voie de la Patronne. Je me dis « ok, lol ». On est en 2010. J’avais déjà tenté une fois les cours de Morgane Lafey en 2007, mais clairement, un certain nombre de points m’avaient grave soûlée et j’étais partie. Je savais plus ou moins avant même de commencer que ça n’était pas pour moi, mais je voulais essayer quand même. A la fois par amour de la connaissance, parce que j’essais toujours d’apprendre un maximum de choses qui pourront m’être utiles un jour, et parce que je voulais voir si le contenu pouvait m’amener à avoir sur certains points une autre vision que celle qui étaient la mienne. Précisément sur les points qui m’énervaient. Je ne prétendrai pas que c’était une bonne ou une mauvaise optique, parce que je n’en sais rien, je suis simplement honnête. On peut trouver que c’est une attitude discutable, ce qu’elle est très certainement. Je trouvais que « ces histoires de déités liées au sol, c’était pourri et que toutes sortes d’idées sur « la femme naturelle » et le végétarisme me donnait envie d’ouvrir ma grande trappe pour rappeler qu’il y avait d’autres visions », et je voulais voir si je pouvais arriver à dépasser mes préjugés et éventuellement pouvoir avoir des éléments me permettant de modérer ma répulsion et peut-être m’apporter quelque chose. Bien évidemment, je ne l’avais pas dit en tant que tel. Je m’étais simplement promis à moi-même de ne pas faire trop de vagues, et j’avais promis, en remplissant le formulaire, de ne pas foutre le boxon, par respect pour le travail fourni, et de le faire sérieusement. J’ai sincèrement essayé, et ca a sincèrement foiré.

Sur la Wicca, de second degré point. Parce qu’on me répond que l’initiation c’est de l’égo, que c’est mauvais pour moi, que ca foutra le bordel dans ma vie, que je n’en ai pas besoin. Mouais. Dans un premier temps, je le vis plutôt mal, et la réponse me paraît un peu bancale, donc je réfléchis très vite à une autre manière d’avoir mon second degré, comme si c’était un diplôme ou une ceinture de judo. Je trouve. J’aurais pu. Mais, plus par application d’un phénomène de raison que par réelle sagesse, je me dis que je vais attendre. Si je dois vraiment être initiée un jour, alors je le serai. Mais peut-être qu’il y a autre chose qui m’attend. Autre chose de préférable par rapport à mon cheminement. J’attends et les choses évoluent. Clairement, j’ai bien fait : vu ma tendance à être psychorigide sur les engagements, je ne sais pas comment j’aurais géré le fait de m’engager à transmettre certaines connaissances et manières de pratiquer, alors que concrètement, je n’y adhère plus du tout.

D’abord parce que petit à petit, ces histoires de divinités à visage humain commencent à se craqueler. J’y vois une forme d’anthropocentrisme. Je veux dire, on n’est jamais qu’un organisme vivant parmi tant d’autres, je ne vois pas pourquoi les Dieux se préoccuperaient autant de nous. Si la nature est tellement présente dans une croyance, comme c’est le cas de la Wicca, alors franchement, je vois pas pourquoi la « Grande Déesse » nous placeraient au centre. On est libres, libres de vivre, libres de crever. Libres de tout saccager mais il n’y aura pas de Deux Ex Machina pour nous sauver. Clairement, il y a des contradictions qui surviennent de plus en plus. Pareil avec la division du Féminin et du Masculin. Toutes ces tableaux de correspondances etc, ça m’évoque de plus en plus violemment les préjugés autour du genre et le « bleu pour les garçons, rose pour les filles ». Les constructions sociales. Pareil pour toutes sortes de discours un peu trop facile sur la spiritualité, le « en ne faisant de mal à personne, bla bla bla » et parce que je trouve que plus on gratte, moins certaines choses me paraissent construites et cohérentes.

Avec le Lotus, j’apprends à honorer tour à tour différentes déesses, et petit à petit, de nouvelles conceptions germent dans mon esprit. C’est avec mon opération des yeux que je me remets à rêver d’un Vieux moisi habillé en bleu. Et je ressors de mes archives une quantité de rêves.

Des connexions toujours plus nombreuses, et le doute s’installe. Le doute par rapport à la définition de ce que je suis, de ce que je crois. Définitivement, les anciennes étiquettes ne collent plus, si tant est qu’elles ont un jour réellement collées. Je constate qu’effectivement, les Dieux ont des énergies très différentes, me rendant bien compte que certaines « collent » et que certaines « ne collent pas ». Ou plus exactement, je m’en rends à nouveau compte. Je relis mes anciens carnets qui, s’ils n’étaient pas aussi minutieux et précis qu’ils le sont maintenant (parce que c’est connu, recopier des rituels et des invocations d’internet, c’est beaucoup plus valable que votre propre cheminement. Rétrospectivement, j’ai envie de me secouer comme un prunier) comportent toutes sortes d’informations intéressantes et révélatrices. Notamment du fait que, loin de considérer que toutes les Déités ne sont qu’une seule et même entité, il y avait déjà des distinguos qui s’étaient établis en 2006. Et au cours de la même année, je note « cette phrase culte » qui dit que je m’éloigne finalement du panthéon celtique et surtout nordique, et que de toutes façons, à l’exception de Loki, Odin et Hel, ca n’a jamais vraiment collé. » En fait, ils ne sont partis que pour mieux revenir. Ou je ne m’en suis éloignée que pour m’en rapprocher, tout dépend.

Je commence à lire des blogs anglophones. Et il y a un mot qui commence à germer dans mon esprit. Un mot que j’ai plus ou moins peur de formuler. Et un soir, au téléphone avec une amie, je lui dit « mais en fait, je crois que je suis polythéiste. » Elle explose de rire et me rétorque « putain, mais c’est maintenant que tu t’en aperçois ? » Encore une fois, cette sensation -toujours régulièrement d’actualité- que quand je prends conscience d’une chose, c’est en fait Captain Obivous qui s’exprime et que tout le monde autour de moi a compris depuis belle lurette.

Finalement, je quitte le Lotus, après avoir remplie et rendue la dernière leçon. En guise de Déesse Patronne et de découvertes, j’ai croisé un Vieux Moisi qui m’a emmené sur d’autres chemins, ce qui ne m’a pas empêché de prêter certains serments à une Certaine Dame. Même si je ne suis pas allée « tout au bout », j’aurai appris certaines choses et cela a très certainement eu un impact sur ma pratique. Sans l’avoir fait, je ne sais pas si mon cheminement aurait évolué aussi radicalement. Mon champs d’exploration des déités se rétrécit d’une certaine manière. Malgré quelques touches en dehors des celtes et des nordiques, la majorité des mes accointances et de mes pratiques tournaient autour de ces deux panthéons. Avec, comme cela est arrivé, quelques incursions slaves et baltes.

Et puis pendant un long moment, seulement les scandinaves. Et un chemin à l’intérieur du chemin. Inattendue, comme toujours et passionnante comme de juste, bien que franchement pas facile (et en plus j’en redemande, chuis maso). Mais ceci sera pour un autre temps.

Prière de ne pas déplacer les fantômes

The Six of Swords by Krista Gibbard

Une inscription sur un carton blanc posé sur une étagère. Prière de ne pas déplacer les fantômes. Une allusion, si ma mémoire est bonne, à Marcel Proust. Une maison tourangelle près de l’Indre, et le jour du Solstice d’hiver de cette année là, passé en barque sur la rivière, entre les brumes et les arbres morts. De vieux souvenirs qui reviennent hanter les vivants, portés par les morts.

Freyfaxi, festival des récoltes.
Un blót à Freyr. Honorer les récoltes et les bienfaits de la vie. Sacrifier à certaines Disír une bouteille d’hydromel qui a traversée la France d’ouest en est. Il ouvre la bouteille. Le goulot explose et lui entaille le pouce. Avec le sang, il trace une othala sur la jambe de son pantalon.

Le blót est fini, et reposant mon tambour en hauteur, mon poignet vient heurter le goulot brisé de la bouteille, et me coupe. Retirer son bracelet, le poser soigneusement. Celui là le second qui me soigne, vérifie la coupure qui ne nécessite pas de sutures.
Je rentre chez moi et deux jours plus tard, je me rend compte que j’ai oublié mon bracelet chez lui. Lui qui est parti vivre 600 km à l’ouest. Cet autre ami au téléphone, qui me dit comme un présage ou un écho, à moitié perché, à demi hilare que les Dieux m’appellent en Bretagne. Je lève les yeux au ciel. Faut arrêter quoi.

Mais quoi ? Encore ? Il y a eu cette première occurrence il y a plusieurs années. Je le prend comme une boutade et rien de plus. Le premier me dit qu’il n’a pas retrouvé mon bracelet. Je l’ai « probablement perdu dans le métro ». C’est un possible, mais je sais que c’est faux. Je m’en serais rendue compte. Pas ce bracelet là. Un cadeau précieux, cadeau de mon père pour mes 18 ans. Un bracelet norvégien en argent du début du siècle dernier.
La nuit je rêve. Je rêve que mon Watcher revient chez moi, avec mon bracelet enveloppé dans une étoffe rouge et noir. Je rêve que toute cette minuscule histoire a provoquée des remous.
Je lui écris pour lui dire. Marquant la datation du phénomène. Et je renonce.

Je rêve.
Je rêve d’un champ lourd d’épis, et de Freyr qui m’apprend les chants pour faire pousser les récoltes. Pour que les arbres se chargent de fruits. Pour que les paissent les animaux et que vêlent les vaches. Je rêve de cette mélodie entêtante que j’aurai pourtant oubliée au matin. Et même à travers la distance nocturne, je me demande pourquoi c’est à moi que l’on apprend cela, parce que concrètement, cela ne m’est d’aucune utilité à l’heure actuelle. Il me répond malicieusement que ma vie changera, et que, « tu verras, un jour cela te sera utile. Tu ne me crois pas aujourd’hui, mais un jour, tu verras. Je te le promet. »

Je serai moi aussi 600km à l’ouest, dans un village de granit quand un soir, la lumière clignote sur mon téléphone. Ces mots laconiques d’un Watcher concis « J’ai retrouvé ton bracelet ». Et ma perplexité. Ce trouble. Mon rêve disait vrai. Mes rêves disent toujours vrais au bout du compte. Et quand j’articule ces mots assise à la table en bois, dans la maison bruissante de Leurs Voix, dans le foyer d’Amis qui m’ont accueillie, o/On me répond en pouffant de rire « Non, sans blagues ! Il t’a fallu tout ce temps pour t’en rendre compte. »
Il me reviendra effectivement, contre toute attente. Je ne m’y attendais plus en fait.

De l’ouest et vers le sud ensuite.
De tissage de frith et de la gravure sur une roche calcaire. De l’ocre mêlée de sang qui orne désormais une paroi auprès d’une montagne, dans une ancienne forêt. Les sentiers, les routes, la grotte, la source de l’H. Une curieuse rencontre d’un type surgi de nul part. Quelques mots en provençal, semblables à une comptine d’enfant que l’on martèle du bout de la langue contre les dents du haut, les dents du bas « pour ne pas se faire bouffer son âme ». J’ai parfois envie de répondre que d’âme je n’ai pas. « Mais si on La réveille, Elle risque d’être über vénère non ? » « Ouais, ca peut. »
Concrètement, je suis pas bien faite pour rester longtemps dans ce paysage de garrigue. Un constat de plus. Je ne suis pas faite pour rester où que ce soit à l’heure actuelle de toutes façons. Sauf si un jour… néanmoins il y a un sauf et un si dans ce morceau. Sans oublier un morceau de laine, qui est tout sauf un morceau de laine, précieusement conservé. Parce qu’un jour… Un jour, oui.
Tout s’entremêle et je songe à ces paroles anciennes, écrites en mars 2009 sur un blog effacé depuis.

« Alors ils n’ont rien dit. Alors ils ont posé le geis quand celui‐là est monté affronter le dragon, osant demander s’il valait la peine d’attendre, s’il y a avait encore un après. Il est entré dans une colère noire, la fureur des impuissants, des seigneurs de guerre désarmés, privés de leur conseiller. Et ils les ont fait taire. Mais même les plus petites choses trouvent des yeux pour les regarder, mais même les plus grands secrets peuvent se répéter, mais même les rumeurs les plus vagues trouvent des voix pour les relayer. Et il arrive que toutes ces histoires chuchotées entre deux portes trouvent, on ne sait comment, le chemin jusqu’à un être improbable qui les garde précieusement enfouies en lui. 
La nuit tombe sur le royaume et elle sera bientôt là.
Ca ressemble à de la fiction, mais la réalité dépasse toujours la fiction. C’est toujours le conteur qui écarquille les yeux pour mieux raconter. »

Il n’était question que de transposer une vérité plate et ordinaire en quelque chose de plus ample. Extraire l’essence du moment, au lieu de le cantonner à sa signification basique. Et comme les prophéties et les oracles, on les interprète comme on veut. Ou comme et quand on peut.

Aller et revenir.
Et en guise d’automne, en guise d’équinoxe, c’est de nouveau la Mort qui frappe à la porte de chez moi. Sans mélodrames, accueillie avec un pragmatisme qui n’est pourtant pas sans difficultés. C’est que parfois, l’ordinaire et les paperasses, l’équilibre des chiffres virtuels régissant nos vies et les actes des lois sont plus durs à gérer que la disparition corporelle.

Constater avec un certain effarement qu’il n’y a de place que pour les religions officielles. Quand on n’est pas « affilié » à une guilde, alors vous êtes considéré comme un genre de rônin. Et vous avez droit à des « je ne sais pas si tu es croyante, mais ». Ouais bordel, je suis croyante. Je crois en ma capacité de réussite. Je crois aux Dieux, je crois à la valeur des Serments. Aux Esprits des Lieux ici bien avant nous. Je crois aux Ancêtres, où qu’ils soient. Je n’ai jamais été le genre de personne qui garde sa gueule fermée pour faire plaisir. Sous le toit d’autrui, oui, si cela m’est demandée, parce que c’est le toit d’autrui.
Comme cela m’exaspère rapidement ce discours de guimauve se voulant porteur de réconfort (c’est joli mais ca règle pas nos emmerdes pragmatiques. Désolée d’être terre à terre. Ou non, pas désolée en fait.). Autre constat : le New Age joli tout plein, et les belles paroles ne sont souvent proférées que pour être des miroirs tout faits, renvoyant une image supposée gratifiante à la personne qui s’empresse de les dire ou de les écrire. « Tu sais, la mort n’est pas une fin ». « Tu sais, c’est un nouveau départ ». (You don’t say ? Et c’est à moi que tu dis ça ? Sans blague.)

Je finis par me dire que bien souvent, oui, bien souvent, les gens ne savent pas quoi dire, et que ceux qui veulent absolument sortir des phrases supposées nous « guider », viennent en fait se comporter comme des gourous voulant se coucher avec la satisfaction d’avoir bien agi. Si vous refusez cette main tendue que vous n’avez par ailleurs ni demandé ni souhaité, alors vous êtes quelqu’un de trop négatif et on ne peut pas « vous aider ». Comprendre que vous ne permettez pas à l’autre de se sentir exister. On croirait voir les USA qui veulent imposer leur aide sur le terrain à un pays qui n’a rien demandé, parce que les USA, ils sont trop gentils. J’appelle ça de l’impérialisme moi. Bref. Sujet complexe qui demande un jour un peu de débroussaillage.

L’équinoxe, cette période charnière-étrange. Do not go gentle into that good night. Dylan Thomas revient hanter le flux du conscient.
Chanter les runes, tordre les doigts. Deux équinoxes. Intérieur et extérieur. Honorer Sága. Parce que tout est toujours pour la Bête, et jamais sans un certain swag.
Vies parallèles.
A l’ouest, à l’ouest.

Mais l’histoire vraie, où est-elle ? Je ne sais pas, et c’est pourquoi mes phrases restent suspendues comme des vêtements dans une armoire, en attendant que quelqu’un les porte.
V. Woolf – Les Vagues

[SYLPHE] Dans les poches d’un Sorciéron…

Je suis un sorciéron indiscipliné-ciéron. Comprendre par là que généralement, mes affaires sont toutes en vrac dans mon sac ordinaire. Mis à part un « crane bag » qui regroupe des éléments en lien avec certains esprits et/où un taf particulier en cours (contenu que je ne montre pas, sauf rares exceptions), le reste de mon « matos » se trouve pêle-mêle avec mes affaires ordinaires, ce qui génère des « Et meeeerde, j’ai perdu mon pass Navigo ! » (phrase récurrente, suivie de quelques minutes de recherches fiévreuses avant de découvrir que non, il est soigneusement rangé, pour ne pas le perdre, dans la poche du sac de mon tambour, pour la plus grande exaspération de mes coreligionnaires… Pardon les gars.) « Merde, je sais plus ce que j’ai foutu de mon flacon d’ocre ! » Au fur et à mesure de mes pérégrinations, j’accumule toutes sortes de trouvailles dans mon sac : mousse, petits os, cailloux etc. Du coup, quand j’arrive au travail le lundi matin, c’est toujours un joyeux bordel entre mes affaires regular, et la boussole / cran d’arrêt / allume-feux / encens.

Le matos le plus important, celui à avoir toujours sur soi, c’est à mes yeux plutôt du matériel « de bon sens » : boussole, couteau, allume-feux, cordelette. Suivant mes déplacements, j’y ajoute une lampe frontale, une lacrymo, une trousse à pharmacie -avec couverture de survie, pince à tiques, par exemple. Parce que si vous vous savez que vous êtes en accord avec les énergies bienveillantes de la Terre-Mère (sarcasme), les tiques, elles, ne sont pas au courant, et que la maladie de Lyme, c’est de la merde.

Finalement, après le mois d’août passé à courir après mes affaires, j’ai utilisé un reste de laine qui m’avait servi pour un autre projet pour crafter un pochon un peu plus grand histoire de rassembler mon merdier (ou au moins essayer). J’avais déjà un pochon pour mes runes que j’avais acheté chez Claire, mais celui là, il était important que je le fabrique moi-même. La bête a été fabriquée avec de la laine de base et de la fat über laine des Ateliers de l’Awen qui déchire sa race (celle qui est bleue/jaune/verte etc).

Le pendentif date d’il y a 10 ans. Je l’avais acheté quand je faisais ma prépa en Bretagne. J’avais fait un rêve où je portais un médaillon avant de tomber sur celui là dans une boutique, l’exacte reproduction de celui que je portais dans mon rêve. (Y’avait un mec tout chelou genre habillé à la scandinave qui me disait « on ne tue pas les porteurs de ce signe, en désignant mon médaillon. J’avais trouvé ça marrant.)
Je vais tâche de me discipliner et de mettre toutes mes affaires au même endroit. Dont ma « pierre de foyer » et mes perles de prières. La pierre de foyer c’était un délire de l’époque où je jouais à World of Warcraft, elle sert à revenir « chez soi », et j’en avais faite une en pâte fimo et je l’utilisais dans le cadre de certaines de mes pratiques. C’est toujours plus ou moins le cas. (Perte de crédibilité : 50 points à votre réputation). Quant aux perles, j’ai beau en fabriquer des très belles en pierre, je préfère utiliser celles en bois, toutes bêtes, pour la simple et bonne raison qu’elles me servent pour tout le monde, et que je les trimballe en toutes circonstances, y compris au lit. Autant qu’elles ne soient pas fragile, mon matos ayant intérêt à être tout terrain.
S »y ajoutent toutes sortes de merdier. J’avais au départ brodée une pochette pour les rêves, mais en fait, je m’en sers davantage pour ranger plantes et encens. J’ai pas assez de discipline pour avoir des pochettes pour chaque pratique, des carnets pour tel ou tel type de récit, des colliers réservés à ci ou à mi. Pareil pour le couteau, par sa lame courbe, il sert surtout à couper les plantes etc, mais en fait, j’ai souvent uniquement le Muela offert par mon père, qui avait la manie de m’offrir des couteaux de là où il allait en voyage. Parfois je rajoute un canif etc. Un jour je vais me faire contrôler par un flic et j’aurai des ennuis. L’encens c’est bien pratique, mais j’avoue que j’en ai rarement spontanément sur moi.

(And now you shall see Odin)

Parmi les bricoles que je mets dedans, des baumes, des os, des trucs ramassés sur le bord des chemins (plus mes poches, souvent pleines de détritus que je ramasse quand je suis en forêt ou sur la plage. Parfois, contribuer à nettoyer un peu l’endroit de la saleté déposée par les humains, c’est les meilleurs offrandes. Il n’y a pas forcément besoin d’avoir toutes sortes de trucs sophistiqués. D’autant que certains Esprits des Lieux n’aiment pas trop qu’une personne surgit de nulle part se mette à faire des offrandes spontanées etc.) Avoir un ou deux cathéter c’est pratique quand on doit prendre du sang, c’est plus simple et plus « sécuritaire » que les couteaux. Généralement j’en ai deux, cela permet d’en passer un à quelqu’un si besoin. Evidemment, ils sont à jeter après usage : on n’utilise pas de cathéter déjà utilisé (sauf si on le garde strictement pour soi) si on les passe à quelqu’un d’autre. On remet la canule après usage et on le jette. (Risques HIV / hépatites, toussa… Je sais je suis reloue avec ça, mais malheureusement, c’est une donnée qui tend à être de plus en plus zappée à l’heure actuelle.)

Et sinon, des huiles / baumes / onguents de fabrication perso. De l’ocre et autres. (PAs tout en même temps, c’est suivant les périodes, l’inspiration et les nécessités du moment…)

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