Beltane : Sexe & fidélité

Auteur inconnu

Nous entrons dans la période de Beltane (ou de Walpurgis ou autre même, comme vous voulez), probablement la fête/sabbat la/le plus populaire avec Samhain.
Je ne ferai pas de redite sur la symbolique de Beltane, parce que l’on en trouve partout, avec des listes d’offrandes appropriées, les déités ad hoc, les pierres, les arcanes du tarot et toutes les correspondances habituelles qui personnellement, me laissent perplexe.

Non, à la place, je voudrais en profiter pour faire quelques articles et parler de sexe, d’amour, etc.
C’est marrant comme ce sujet là est en fin de compte relativement peu abordé dans le paganisme : on parle de nudité rituelle, en se demandant si oui ou non c’est nécessaire / bien / pertinent, si les gens ne vont pas nous reluquer. On parle de féminin sacrée et de lunes rouges (le terme factuel c’est menstruations, règles.) et de sexualité sacrée en terme de symbolisme.

Le paganisme ne possède pas de vision ou de morale unique autour de ces sujets, et pour cause : il n’y a pas « un paganisme unique ». Il y a DES paganismes. Et au sein de ces paganismes, il y a une multitude de personnes qui ont des avis personnels, des conceptions et des pratiques pouvant être très différentes, même au sein d’un même rameau. Ce qui suit est donc à la fois, une réflexion qui reflète mon point de vue personnel sur la question, une réflexion un peu en vrac. Avant de venir me raconter vos vies ou m’expliquer en quoi vous êtes différents, notez que cette réflexion contient des schématisations qui seront probablement perçues comme étant réductrices. Ceci étant, ces réflexions sont révélatrices de mon expérience et de mes interactions avec d’autres personnes et ne proviennent pas d’extrapolations purement intellectuelles.

Le sujet de la sexualité est un bon révélateur de la façon de penser et des « normes » au sein d’une société ou d’un groupe (ou sous-groupe).
A ce titre là, je n’ai pas constaté de grandes différences entre « le paganisme » (ce paganisme mondialisé qui se trouve fortement influencé par la wicca éclectique de Scott Cunningham (au passage assez différente de la wicca dite « traditionnelle ». A force, on a abouti à une espèce d’uniformisation des pratiques / traditions et à ce que je vais nommer un peu méchamment le « païen standard », celui là même sur lequel les médias s’appuient et écrivent des articles et dont au final on ne sait pas trop si cela finit par devenir consternant, drôle, encourageant ou lassant.) et la « morale généralement rencontrée en France » (comprendre par là que la « morale dominant » certains groupes / milieux sociaux particulier parce que présentant un ensemble de normes et autres plus marqués ne sont pas inclus ici. Aka : venez pas me faire chier en me parlant d’extrémistes religieux ou du « bobo parisien ».)

Par exemple concernant le mariage, (et/ou le Handfasting puisque c’est souvent la dénomination du « mariage païen ». Qui soit dit en passant commence à avoir la côte auprès d’athées qui veulent une cérémonie « plus classe » que la Mairie : mais ouais, vous ne vous mariez pas à l’Eglise parce que vous voulez pas faire semblant ou parce que c’est chiant de se taper 9 mois de préparation avec un prêtre, par contre pas de soucis quand c’est un Handfasting. Vous voulez un mariage qui ait de la gueule et qui soit pas une signature de paperasses dans une mairie ? Alors écrivez-le vous même en puisant dans vos valeurs humanistes ou les coutumes de vos régions ou alors vous n’avez qu’à avoir une religion. Merde à la fin.) la société actuelle (laïque dans le cas présent) tend à tisser ensemble la signification du mariage et de l’amour. Si on se marie, c’est que l’on s’aime (la réciproque « si on s’aime on se marie » me semble de moins en moins perçue comme étant vraie, du moins dans nos générations). Cette interprétation se retrouve dans les termes employés dans les cérémonies du Handfasting : « jusqu’à ce que la mort nous sépare », « pour cette vie et dans les autres » ou « tant que l’amour durera ».

Il y aurait beaucoup à dire d’ailleurs sur les « conditions » d’engagement, sur ce que referment les termes « tant que l’amour durera ». Mais il y a encore plus à dire sur la conception de la fidélité. La notion de fidélité est toujours présente dans le cas des mariages civiles, même si le divorce pour adultère a été aboli en 1975. J’y vois une notion religieuse qui n’a rien à faire dans un cadre laïque, et ca m’avait posé problème (et je ne m’étais privée de poser pleins de questions à la mairie, au grand désespoir de l’adjoint au Maire, qui m’a répondu que les gens ne posaient pas autant de questions juridiques.) Ca me pose toujours problème. Tout ce que j’avais eu comme réponses de la part d’amis païens c’est « le mariage, c’est ça. Si tu ne veux pas, tu ne te marie pas. »
Donc, premièrement, outre le fait que le mariage civil, c’est le code napoléonien qui s’invite dans ta culotte, nous en sommes toujours à une espèce de division binaire : soit tu n’es pas marié/e, et alors tu n’as pas d’engagement avec ton/ta partenaire. Soit tu es marié/e, et alors tu es prié/e d’être fidèle.
Donc la fidélité, c’est la monogamie et uniquement la monogamie ? Pas d’autres interprétations de ce terme ? Au niveau légal, je comprend à quelles fins ça a été mis en place (pour éviter les enfants naturels, comme on disait pour désigner les bâtards, parce que le mariage, c’est d’abord une question de filiation et de préservation des patrimoines, eh oui.) mais ce que je ne comprend pas, c’est premièrement, en quoi on copie-colle ce paradigme légal dans notre paradigme religieux (ou spirituel), deuxièmement, les réactions binaires de la majorité des gens avec qui j’ai eu l’occasion d’en parler (et plusieurs années après, je me souviens très bien de qui m’a répondu quoi.). Soit tu fais un truc et tu fais comme tout le monde. Soit si tu veux rester libre, tu ne le fais pas. Mais quant à interpréter au niveau personnel certaines définitions, c’est non, même si le/la partenaire est d’accord et que le couple a un point de vue particulier sur la question, la gentille société païenne va lui expliquer en quoi c’est-pas-bien.
Et que dit la gentille société païenne (toujours en généralisant, pour rappel) : en gros, les paradigmes sont les suivants : soit tu es marié/e et tu es monogame. Ou tu es monogame tout court. Soit tu n’es pas monogame, et alors tu couches forcément avec le premier venu/la première venue (et surtout/souvent si tu es une fille, tu es une salope. Un mec ca passe socialement mieux. Par contre, un homme qui clame au et fort sa fidélité etc, c’est souvent que les autres ne le croient pas. Bah oui, un homme ca peut pas être fidèle, c’est pas dans sa « nature ». Surtout appliquons bien des préjugés sur les gens en fonction de leur sexe au lieu de respecter leur individualité…). Bah oui, c’est blanc ou noir, faudrait surtout pas donner dans la nuance, ça serait dommage.

Sauf que, pour moi par exemple, fidélité n’est pas un synonyme de monogamie sexuelle. La fidélité peut s’entendre de beaucoup de manières différentes, et du moment que les choses avec le/les partenaires sont claires, alors pas de problème. (Un couple / une personne peut aussi décider que pour lui/elle fidélité = monogamie, pas de problème non plus. Le fait d’adopter cette vision ne devrait pas le rendre « vieux jeu » ou ringard, hors, là aussi, parfois le respect des choix et des visions d’autrui n’est pas toujours au rendez-vous. Comme s’il y avait un prérequis social en terme de nombre de partenaires, en terme de nombre de relations passées, etc.)
Dans le code civil par exemple, il est précisé que les époux ont l’obligation de vivre ensemble. On ne peut pas changer le code civil, par contre, dans le cas d’un mariage religieux (païen ici), on peut se mettre d’accord sur les termes du contrat, d’où le fait que je trouve plutôt comique que les autres païens viennent vous dire ou mettre leur grain de sel sur des questions qui dans le fond ne les concernent pas (parce que dés que vous ouvrirez votre gueule sur un sujet, on vous le fera remarquer. Et dés que vous ne marchez pas dans le troupeau, attendez-vous à vous faire mater bête). C’est marrant dans le fond : chacun revendique sa spécificité, sa liberté de penser ou de culte, ses différences, et au final, la majorité c’est quoi ? Un gloubi-boulga de bons sentiments, d’uniformisation spirituelle et une morale commune.

J’ai croisé des gens qui disent que « si tu es heureux/se, tu n’as pas envie d’aller voir ailleurs. » Bon, donc j’en déduis que tous les couples / individus qui pratiquent le polyamour sont des connards et des connasses frustré/e/s mal dans leurs peaux ? Mais ouais attendez, on va vers le paganisme parce qu’on se sent mal et qu’on étouffe dans le dogme judéo-chrétien et que la Femme n’a pas assez de place et de liberté. Pis quand on sera dans le Paganisme, on va réinventer le dogme judéo-chrétien, classer les femmes dans trois catégories en fonctions de l’état de leur utérus (non pardon, ca c’est juste la Wicca).

En soit, pour tenter de conclure cet article un peu brouillon, l’important n’est pas tant de trouver une morale commune. Ce qui me semble important, c’est que chacun (individu et/ou couple) soit clair avec ce qu’il est prêt ou non à faire et à ne pas faire. A être honnête, et à trouver des accords communs. A ne pas appliquer son cadre / paradigme aux autres et inversement, à ne pas les laisser nous appliquer les leurs.

[Une suite est à suivre] 

Et au quotidien ?

Auteur inconnu

Sur News & Liens païens, Morganna a récemment demandé « comment on vivait notre paganisme au quotidien, si on le vivait au grand jour, etc. »

Que répondre ? Au quotidien, je le vis bien, merci, ca baigne.

Est-ce que je le vis au grand jour ?

La famille 
Ma famille est au courant (en même temps je n’ai pas une grande famille), elle est au courant depuis que tout a commencé : j’avais fait un autel et déclaré que maintenant c’était comme ça. Vlan, en plein dans le vif du sujet. En même temps, il y a eu des signes avant-coureurs, puis c’est pas comme si ma mère ne nous avait pas sorti son « Grand Albert » quand j’étais petite, comme si on ne m’avait pas offert mon pendule à l’âge de 6 ans, bref…  Ça n’a pas été facile tous les jours, notamment parce que les parents s’inquiètent, et qu’à l’adolescence, il suffit que vous ayiez des problèmes ou une mauvaise note en maths pour que vos parents mettent cela sur le dos « de vos croyances. » C’est normal, ce sont des parents, ils sont inquiets et leur réaction est normale. C’est plutôt le contraire qui serait surprenant. Je ne vais pas développer le passé, justement parce que c’est le passé. Ma mère est morte depuis (pas de condoléances, merci, ça me lourde) et mon père s’y est fait. Il a même fallu le modérer parce qu’il avait -et a encore- parfois des accès d’enthousiasme, comme annoncer dans un B&B perdu dans le Lake District que ma sœur et moi étions des sorcières. Ou au dîner, il se mettait à dire « oui les Chrétiens ils me font chier, les païens c’est mieux, ils ont une déesse et un dieu, on baise pas tout seul, merde. » « C’est un peu plus compliqué que ça, mais merci Papa. Passe moi le pain s’il-te-plaît ».
Il est toujours aussi open avec les années, même si j’ai eu droit une fois ou deux à : « mais pourtant on vous a élevées normalement, comme se fait-il que vous soyez aussi « hors des sentiers battus ? » (enfin, parfois c’est exprimé de manière moins sympa, il faut le dire). Mon oncle avait fait mon thème astral à ma naissance, et annoncé que j’avais de grandes dispositions pour devenir avocate. Parfois j’ai envie de dire à mon père que pour « l’avocat et le médecin, c’est mort, mais pour la fille-aînée-chelou et la taxidermiste en devenir, c’est en bonne voie. »

Nous avons récemment eu une discussion passionnante sur les mythes nordiques et le chamanisme, suite à ma lecture d’un bouquin de Juha Pentikäinen, et j’en ai profité pour lui dire que pour moi, les dieux ne sont pas des personnages d’histoires ou des archétypes. Qu’ils existent réellement et que je crois en leur existence. Histoire de.

Je suis mariée avec un autre païen, donc au quotidien, pas de problèmes. On a fait un Handfasting il y a quelques années. La mairie, ça faisait chier, donc que avec les témoins. L’union des mains avec famille et amis, chez mon père. On avait fait passer un texte, précisé les grandes lignes du rituel avec explication. Sur le texte que tout le monde pouvait lire, on avait bien ajouté une note, comme quoi ceux qui étaient gênés, parce que cela leur paraissait étrange ou en contradiction avec leurs croyances (mon meilleur ami est chrétien, d’autres sont athées, agnostiques, etc.) qu’ils fassent selon leur cœur. Une des surprises les plus marquantes du rituel, c’est que tout le monde a lu le texte.

Et au travail ?
Au travail, non. Je n’aimerais pas que quelqu’un vienne me parler de sa religion en détail, donc je ne parle pas de la mienne. Je considère que ça n’a pas sa place dans le milieu professionnel, c’est hors de propos. Par contre, il y a déjà eu un collègue qui m’a demandé de but en blanc si je croyais en Dieu. De son propre aveu, il voulait aborder la conversation et croyait choisir un truc neutre. (°__°) Je n’en parle jamais, plus maintenant. Je l’avais fait à une époque où j’avais commencé ma vie pro et où le climat pro était détendu, mais au fur et à mesure, mon environnement professionnel a évolué, idem pour ma religion, et je n’ai plus aucune envie d’en parler. Trop personnel. Par contre, quand/si on me pose une question de but en blanc, sois je ne répond pas ou élude, parfois, je répond franchement. Pour l’instant, je n’ai jamais eu d’hostilités déclarées, même si dans un de mes boulots, un de mes supérieur plutôt cool m’avait averti qu’il ne fallait surtout pas que ça remonte aux oreilles de la direction, sans quoi je pourrais avoir de graves problèmes. Au travail en tout cas, quand j’étais au lycée, c’était un peu plus folklorique.

Pareil, avec le mariage, les questions récurrentes sont « et tu te maries à l’église aussi ou juste à la mairie ? » Dans mon précédent taf, ca avait donné lieu à une discussion absurde avec une collègue, pour qui, si ça n’était pas Christianisme / Judaïsme / Islam, c’était athée. Maintenant si je répond -parfois je laisse la question en suspend et change de sujet- je répond que j’ai fait un mariage religieux, tout en précisant « pas à l’Eglise », sans préciser. Parce que trop souvent, en France, c’est un peu « catholique » ou « athée » dans la tête des gens.

Amis/ connaissances
Ça dépend. Mes amis proches sont tous au courant, à plus forte raison que l’immense majorité d’entre eux sont des sorciérons. Pour les autres, ils savent plus ou moins, sans rentrer dans le détail (et je n’irais pas leurs donner l’adresse de ce blog par exemple.)

À une époque, je portais des signes distinctifs reconnaissables, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, le symbole en question n’étant pas très connu. J’ai plus tendance à le planquer si je sais que des gens peuvent comprendre, pas par timidité ou peur, juste parce que ça ne les concernent pas et que je n’ai pas envie d’avoir des questions.
À ce propos, j’ai remarqué que quand on reste dans le factuel, « je suis polythéiste », les gens comprennent globalement, on ne rentre pas dans le détail et c’est marre. Le reste, à savoir, le type de pratique, l’implication d’autres esprits, le niveau de relation et toute la cuisine, ça ne regarde personne et je n’en parle pas. Je ne vois pas l’intérêt de parler de médecines alternatives, de « magie » et d’autres trucs, cela ne sert à rien, si ce n’est à créer une sorte de case « bizarre » dans la tête des gens. Il y a un monde entre dire « je suis polythéiste » et dire « je suis polythéiste, on peut parler avec les dieux, faire des voyages etc. » Dans le premier cas, c’est un fait. On est d’accord ou pas avec, mais c’est une donnée. Dans le second cas, c’est la porte ouverte aux emmerdes de tous poils, aux discussions sans fin, et éventuellement à une stigmatisation ou classification. Que quelqu’un me dise « je suis Chrétien ». Ok. « Je suis Catholique et quand je communie, bla bla bla » d’une part cela peut ne pas m’intéresser, peut me mettre mal à l’aise, et je pourrais m’interroger, non sans une certaine légitimité, sur l’état de santé mentale de la personne qui m’explique que le vin et le pain se transforment en chair et en sang. Je sais bien que ce n’est pas « réellement » le cas, mais c’est un exemple, juste pour mesurer la situation.

Quand j’ai débuté, j’aimais bien en parler. Un peu trop sans doute, l’enthousiasme des débutants. Aujourd’hui, plus vraiment, ce en quoi je crois ayant considérablement évolué ces dernières années. C’est un cheminement personnel et je n’ai ni à le partager en détails avec le premier venu, ni à faire un coming out. Cela fait partie de moi : je ne montre pas mes tatouages à tout le monde. Mes croyances, et plus spécialement le « comment, pourquoi » ou « quel degré de relation avec les Déités », c’est pareil.

Je ne le cache pas non plus. Maintenant, j’avoue que si je voulais émigrer dans un pays où on me pose la question de mes croyances, et que cela pouvait me nuire, je ne sais pas ce que je répondrais. Je refuse de mentir, dans le meilleur des cas, j’élude. Mais si ce cas de figure se présentait, je ne sais pas : est-ce que je continuerais de « tenir mes positions » au risque de me voir refuser l’entrée ou est-ce que je ferais profil bas ? Bonne question, pour laquelle je n’ai pas de réponse : c’est typiquement le genre de situation facile à projeter quand on est assis au chaud devant son écran avec une tasse de thé. Quand on y est, et suivant les raisons, c’est une autre paire de manches.

Frigg et Freyja, une seule et même déesse ? (Mois pour Frigg)

Frigg, par Marikobard

Si Frigg et Freyja sont présentées comme deux déesses distinctes, elles présentent un certain nombre de points communs qui ont conduits certains spécialistes à se demander si elles n’étaient pas, à l’origine, une seule et même déesses.
Je vous propose de faire le point rapidement sur ce qu’en disent certains spécialistes et ensuite ce que j’en pense (ou pas, si vous vous en foutez, j’en ferai pas une jaunisse.)

Ce qu’en disent les spécialistes (bref aperçu)

1. Jan Fries

Dans Helrunar, Jan Fries reprend cette théorie et explique notamment que chez les Anglo-saxons (?) et les Lombards, c’était Freyja qui était l’épouse d’Odin, mais sa sexualité très active la rendait inacceptable pour un pays très prude comme l’Islande -pays dans lequel la poésie amoureuse était par exemple interdite. Parallèle intéressant, je crois que c’est Régis Boyer dans sa traduction des Eddas poétiques qui relie Freyja et ce type de poésie. Pour cette raison, on introduisit Frigg (ou on peut la voir comme une version « chaste » de Freyja, mais je ne suis personnellement pas très fan de cette interprétation, nous verrons pourquoi.)

2. Hilda Ellis Davidson 

Dans Gods and Myths of Northern Europe, elle ne doute pas que Frigg et Freyja soient très fortement connectées. Elle se base notamment sur l’aspect maternel et protecteur de ces deux déesses, qui étaient appelées notamment dans un cadre de fertilité/protection lors de l’accouchement/protection des nouveaux-nés. Cet aspect de Frigg est relié aux fonctions originelles des Vanes. Leurs champs d’interventions pourraient signifier qu’elles sont les deux aspects d’une même déesse, et elle fait ensuite un parallèle avec l’existence de certaines triades comme Asherah, Astarté et Artémis. (Elle inclue à titre d’exemple Skadi comme possible « troisième figure » d’une triade nordique).

3. Britt-Mari Näsström 

Elle pointe également un certain nombre de similitudes entre ces deux déesses, et met en avant le fait que même Sturluson semble parfois faire des confusions entre les deux (je ne détaillerai pas), même si, fidèle aux tendances de son temps, il tend à rattacher Frigg à Junon et Freyja à Vénus. Les deux déesses sont liées aux question de fertilité, ce qui les relient, l’une et l’autre à une sexualité active. Dans la Lokasenna, les deux sont d’ailleurs accusées d’infidélité et/ou d’être licencieuses. Deux autres parallèles : la parenté de Frigg, « fille de Fjörgyn ». Fjörgynn, avec deux -n serait un nom masculin. Si on se base sur la dualité/union Njörd-Nerthus pour Freyja et Fjörgyn (Jörd)- Fjörgynn pour Frigg, on les rattache toutes les deux au même type de parentèle. L’autre parallèle concerne un sort pour guérir les chevaux, qui fait appelle à Frigg et à Freyja. Dernier point (bonus) : les deux possèdent une peau de faucon, même si contrairement à Freyja, on ne voit jamais Frigg s’en servir.

4. Kvedulf Gundarsson

Contrairement aux auteurs ci-dessus, Gundarsson (dans Teutonic Religion) établit clairement la distinction entre Freyja et Frigg ,et explique qu’un lien entre les deux semble hautement improbable, étant données leurs comportements respectifs au niveau sexuel. Le lien entre la mort et Freyja ne se retrouve pour lui pas chez Frigg. Le lien entre Freyja et Odin est relativisé, s’appuyant sur la liberté sexuelle dont fait preuve Freyja, signe d’une union qui, si elle existe, est beaucoup moins socialisée qu’entre Odin et Frigg. Il fait la distinction entre les panthéons germaniques et nordiques, précisant que chez certains peuples germaniques, il était possible d’avoir plus d’une seule femme et précise que seule Frigg donne explicitement des conseils au Vieux et partage avec lui la possibilité de pouvoir s’asseoir sur Hlidhskálf.

Ce que j’en pense

Freyja par Darkliminality

En fait, pas grand chose. Etant donné la complexité et les différentes évolutions des déités dans les grandes branches germaniques et nordiques, un certain manque de sources primaires (à part Sturluson et Saxo Grammaticus -dont les histoires sont parfois très différentes des Eddas, comme par exemple avec Balder- il n’y a semble t-il pas grand chose), le mixage de toutes ces sources qui sont parfois mises sur le même plan dans certaines analyses, je pense que l’on ne peut rien affirmer.
Freyja et Frigg étaient-elle une seule et même déesses ? C’est possible, ou deux déesses issues de la même parentèle et aux fonctions similaires qui ont finit par se confondre, chacune étant plus ou moins présente dans certaines aires géographiques en fonctions des sensibilités communes, avant que la tradition ne soit couchée par écrit ? Très possible aussi.

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le raccourci de Jan Fries, notamment parce que si ma mémoire est bonne, il y a un certain nombre d’endroits en Suède/Danemark (?) qui seraient nommés d’après son nom, et la toponymie serait un indicateur relativement fiable de la popularité d’une déité. Si elle avait été uniquement un aspect « lissé » de Freyja, je ne pense pas qu’on aurait retrouvé sa présence sur le continent. Il serait intéressant de regarder attentivement le folklore et les légendes typiquement islandaises et de gratter un peu. D’autant que qualifier une société de « prude » dix siècles plus tard, quand les sources écrites sont chrétiennes, bon, c’est à prendre avec précaution. Si cela se trouve, c’est exactement l’inverse : pourquoi avoir interdit la poésie amoureuse si la société était si prude que ca ? D’autant que « la société » sans distinction entre les différents milieux, c’est un peu casse-gueule. Enfin, je trouve. Dans la série des parallèles marrants, bon Freyja est connectée aux chats, etc. Je ne sais plus où j’ai lu que lors d’un mariage, on offrait aux jeunes mariés des chatons, comme signe de fertilité et de bonheur.

Toujours de mémoire, je crois que c’est dans le bouquin de Jean Renaud que ce dernier explique qu’Odin était surtout le dieu des classes dirigeantes tandis que les classes plus populaires auraient largement préféré Thor et Freyr. Ca sent un peu le Dumézil, mais on pourrait imaginer que Freyja aurait pu être la préférée des classes populaires, tandis que dans les couches plus favorisées, avec les mariages d’alliance qui étaient plus nécessaires, favoriser une déesse liée à ce domaine et à ses responsabilités auraient pu être une façon de canaliser les jeunes femmes. Encore une fois, c’est supputer sur la façon dont était perçu le mariage dans ces sociétés. Pour le peu que j’en sais à l’heure actuelle, le mariage semblait être surtout une affaire de raison et d’alliance. Est-ce que c’était commun à tous les milieux ou propre à certains d’entre eux ? Quid des différents lieux (Norvège, Danemark, Suède, Islande ?) qui avaient peut-être des façons un peu différentes de voir les choses ? Je n’en sais rien.

Dans le fond, est-ce que c’est si important ?
Qu’elles aient été ou non une seule et même déesse, je pense qu’elles sont maintenant deux déités distinctes. Les spécialistes ne peuvent rien infirmer ou confirmer, et au niveau de la pratique, Frigg et Freyja sont largement reconnues comme deux déesses différentes, même si là aussi, chacun a sa façon de considérer leurs origines respectives.
Au niveau UPG, si elles partagent des attributs en commun, je ne les trouve pas semblables du tout. Ne serait-ce que parce que je me suis toujours jetée par Freyja mais pas par Frigg. C’aurait été plus intéressant si j’avais pu travailler avec les deux et vous donner des pistes un peu plus épaisses, mais ce n’est pas le cas. Je connais en revanche plusieurs personnes qui ont travaillé avec les deux, et parmi elles, aucune ne les a collé dans le même bocal avec la même étiquette dessus.

Frigg la Mère contre Freya la Putain ? (Mois de Frigg)

J’ai parfois la sensation que Frigg brille par son absence : quand on lit des blogs, et dans une moindre mesure des ouvrages sur la mythologie nordique, on constate qu’il y a finalement peu de personnes qui parlent de cette déesse. Elle est rapidement mentionnée, introduite souvent comme étant « la femme d’Odin » et celle qui gère la vie de couple, le mariage, les relations amoureuses (et encore, puisque quand on en vient à la question de la sexualité, la plupart des gens switchent sur Freya) et les enfants. La maison. Elle n’est pas décrite comme une völva, elle n’est pas une « guerrière » au sens où ce mot est le plus couramment employé. Bref, à première vue, j’ai parfois l’impression que Frigg, pour beaucoup trop de monde, c’est la meuf du Vieux, la bobonne au foyer qui s’occupe des moutards et basta. C’est vrai qu’à côté, Freya doit apparaître beaucoup plus « classe » : la femme indépendante, qui baise qui et où elle veut, qui guerroie, chamanise etc. Freya la femme libérée, Frigg la soumise.

Frigg by ~Lhox on deviantART

Le « paganisme féminin » (note : terme qui pour moi ne veut rien dire de base.) qui à force de simplification et de compréhension lacunaire, sous couleur de libération et de pouvoir féminin nous ressort parfois le surgelé décongelé de la Mère ou la Putain. Tellement plus classe d’être une Putain. (note : pour être plus juste, et parce que montrer du doigt un courant est une généralisation réductrice, je devrais dire plutôt dire « un certain nombre de personne qui fragmentent et décomposent pour n’en régurgiter qu’une partie lacunaire », mais c’est tout de suite plus velu)
Ca me rappelle cette vieille dichotomie du féminisme tel que les gens l’entendent : le féminisme c’est écraser les hommes, c’est aller bosser, baiser, faire ce que l’on veut. « Moi je ne suis pas féministe, je suis Mère au Foyer et j’aime ca ». Des claques. Le féminisme, c’est l’idée révolutionnaire que les femmes sont des êtres humains à part entières, libre et autonome, pas des citoyens de seconde zone qui ont à demander la permission de faire quoi que ce soit. Des êtres humains sans tutelle. Quand quelque chose vous gêne dans le féminisme, remplacez le mot « femme » par le mot « noir », « juif », « immigrés », « handicapés ». « Je ne suis pas contre le féminisme, mais regarde, des hommes battus il y en a aussi », alors j’entends la vieille serpillère de mots « je ne suis pas raciste, d’ailleurs j’ai des amis noirs/immigrés/maghrébins etc, mais [insérez ici un paradigme merdique]. Passons sur l’idée que dire « le féminisme » c’est comme dire « le paganisme », il y a un nombre incalculable de courants.
Si, vous pouvez être Femme au Foyer et aimer ca, et être féministe. Le féminisme n’est pas là pour vous dire « il FAUT aller faire ci ou ca », c’est « laissons les femmes faire les choix qu’elles veulent, pour elles, par elles. Sans obéir à un diktat social (rester à la maison correspondre à l’image d’Epinal de la Mère Parfaite) ou parce qu’il n’y a pas de place en crèches et que l’assistante maternelle coûte trop cher. Faire ses choix avec le plus de liberté possible, et pas parce qu’ayant un vagin, on est priées d’occuper cette place là et de fermer nos gueules.

Ca ne vous plait pas ? I don’t give a fuck. 

Voilà pourquoi Frigg comme archétype de la Femme au Foyer Soumise opposée à Freya la Libérée trop true, non seulement je n’y crois pas, mais qu’en plus je trouve ca inepte. Pourquoi vouloir les opposer ? Parce que vous ne parvenez pas à vous extraire de votre éducation monothéiste puritaine ? C’est assez révélateur de cette tendance à nous présenter systématiquement « les fâmes » comme des harpies se crêpant le chignon entre elles, incapables de s’entendre, quand les hommes se regroupent naturellement en fraternité. C’est tellement plus facile, désosser pour mieux réguler. Je ne pense pas avoir retrouvé des mécanismes semblables quand il s’agit des dieux nordiques d’ailleurs.

Il aurait été intéressant que je puisse aussi parler de Freya en détails, mais je ne pratique pas avec elle, ce que j’en connais s’est dessiné à contrario du reste.

Frigg est une déesse puissante : le fait qu’elle gère les affaires domestiques courantes, est un signe de pouvoir si on replace cette fonction dans le contexte de la Scandinavie ancienne. La femme avait toute autorité sous son toit : une fois la poutre du toit franchie, vous étiez sur son domaine. Son toit, ses règles, sa souveraineté. Si la maîtresse de maison vous refusait l’hospitalité, voyageur de passage, vous étiez dans la merde.
Et quid de la sexualité ? Elle est vraiment curieuse cette tendance à ôter de l’énergie de Frigg toute connotation sexuelle pour les confiner à Freya. C’est très post-moderne comme façon de voir, et on retrouve les vieilles antiennes « les gens mariés de toutes façons, ils ne baisent plus ». Mais bien sûr… ou alors c’est l’idée que votre papa et votre maman s’envoient en l’air sans visée procréative qui vous gêne ? Mais si les gens mariés forniquent. Ils y prennent même du plaisir. Sans qu’il y ait un but. Et non, le temps ne détruit pas forcément tout. L’obsolescence programmée n’est pas une fatalité à ce niveau là.

J’ai entendu une fois quelqu’un me dire que Odin n’en avait rien à foutre de Frigg, qu’il se la coltinait comme un mal nécessaire, qu’il ne l’aimait pas. Mais oui, c’est une façon de penser binaire et confortable (sans compter que je ne vois pas en quoi ca nous regarde de toutes manières). Si on schématise, on retrouve d’ailleurs une trame toujours actuelle : deux femmes, et au milieu un homme. Et forcément, les femmes se chamaillent pour un homme (ou pour des fringues, il n’y a qu’à voir l’étouffant renouvellement de créativité dans le domaine du marketing au moment des soldes), elles n’ont pas d’autres centres d’intérêt dans la vie, c’est connu. C’est surtout révélateur comme manière de penser : amusant aussi le nombre de personnes qui essaient de savoir si Frigg et Freya pourrait être une seule et même déesse, parce que quand même, quand on gratte le lien que chacune à avec Odin, et bla bla bla. Sérieusement, merde, vous n’avez que ca comme angle de pratique « essayer de savoir avec qui Odin baise ? » Notons que la question en elle même est intéressante, c’est l’angle d’approche exclusif que je trouve naze. Mais encore plus intéressant c’est « et si elles sont une seule et même déesse, qu’est-ce qui est à l’origine de cette scission ? » Je ne les considère personnellement pas comme ayant été une seule et même déesse, bien que l’on retrouve indéniablement certaines similitudes, comme leurs noms (qui est dans les deux cas, un titre : « Dame »). Elles ont par certains côtés, des choses en commun et d’autres très éloignées. Il n’y en a pas une « plus classe » que l’autre, à condition de ne pas les considérer sous l’angle du « paganisme social » (certaines déités sont classes, d’autres moins, comme la vague des « animaux totems ») qui vend une image et une étiquette pour mieux se rendre intéressant et masquer ses fêlures. Il n’y en a pas une plus puissante ou moins puissante. Elles sont différentes, intéressantes, et je ne perçois pas non plus entre elles de rivalités, bien au contraire.