Et au quotidien ?

Auteur inconnu

Sur News & Liens païens, Morganna a récemment demandé « comment on vivait notre paganisme au quotidien, si on le vivait au grand jour, etc. »

Que répondre ? Au quotidien, je le vis bien, merci, ca baigne.

Est-ce que je le vis au grand jour ?

La famille 
Ma famille est au courant (en même temps je n’ai pas une grande famille), elle est au courant depuis que tout a commencé : j’avais fait un autel et déclaré que maintenant c’était comme ça. Vlan, en plein dans le vif du sujet. En même temps, il y a eu des signes avant-coureurs, puis c’est pas comme si ma mère ne nous avait pas sorti son « Grand Albert » quand j’étais petite, comme si on ne m’avait pas offert mon pendule à l’âge de 6 ans, bref…  Ça n’a pas été facile tous les jours, notamment parce que les parents s’inquiètent, et qu’à l’adolescence, il suffit que vous ayiez des problèmes ou une mauvaise note en maths pour que vos parents mettent cela sur le dos « de vos croyances. » C’est normal, ce sont des parents, ils sont inquiets et leur réaction est normale. C’est plutôt le contraire qui serait surprenant. Je ne vais pas développer le passé, justement parce que c’est le passé. Ma mère est morte depuis (pas de condoléances, merci, ça me lourde) et mon père s’y est fait. Il a même fallu le modérer parce qu’il avait -et a encore- parfois des accès d’enthousiasme, comme annoncer dans un B&B perdu dans le Lake District que ma sœur et moi étions des sorcières. Ou au dîner, il se mettait à dire « oui les Chrétiens ils me font chier, les païens c’est mieux, ils ont une déesse et un dieu, on baise pas tout seul, merde. » « C’est un peu plus compliqué que ça, mais merci Papa. Passe moi le pain s’il-te-plaît ».
Il est toujours aussi open avec les années, même si j’ai eu droit une fois ou deux à : « mais pourtant on vous a élevées normalement, comme se fait-il que vous soyez aussi « hors des sentiers battus ? » (enfin, parfois c’est exprimé de manière moins sympa, il faut le dire). Mon oncle avait fait mon thème astral à ma naissance, et annoncé que j’avais de grandes dispositions pour devenir avocate. Parfois j’ai envie de dire à mon père que pour « l’avocat et le médecin, c’est mort, mais pour la fille-aînée-chelou et la taxidermiste en devenir, c’est en bonne voie. »

Nous avons récemment eu une discussion passionnante sur les mythes nordiques et le chamanisme, suite à ma lecture d’un bouquin de Juha Pentikäinen, et j’en ai profité pour lui dire que pour moi, les dieux ne sont pas des personnages d’histoires ou des archétypes. Qu’ils existent réellement et que je crois en leur existence. Histoire de.

Je suis mariée avec un autre païen, donc au quotidien, pas de problèmes. On a fait un Handfasting il y a quelques années. La mairie, ça faisait chier, donc que avec les témoins. L’union des mains avec famille et amis, chez mon père. On avait fait passer un texte, précisé les grandes lignes du rituel avec explication. Sur le texte que tout le monde pouvait lire, on avait bien ajouté une note, comme quoi ceux qui étaient gênés, parce que cela leur paraissait étrange ou en contradiction avec leurs croyances (mon meilleur ami est chrétien, d’autres sont athées, agnostiques, etc.) qu’ils fassent selon leur cœur. Une des surprises les plus marquantes du rituel, c’est que tout le monde a lu le texte.

Et au travail ?
Au travail, non. Je n’aimerais pas que quelqu’un vienne me parler de sa religion en détail, donc je ne parle pas de la mienne. Je considère que ça n’a pas sa place dans le milieu professionnel, c’est hors de propos. Par contre, il y a déjà eu un collègue qui m’a demandé de but en blanc si je croyais en Dieu. De son propre aveu, il voulait aborder la conversation et croyait choisir un truc neutre. (°__°) Je n’en parle jamais, plus maintenant. Je l’avais fait à une époque où j’avais commencé ma vie pro et où le climat pro était détendu, mais au fur et à mesure, mon environnement professionnel a évolué, idem pour ma religion, et je n’ai plus aucune envie d’en parler. Trop personnel. Par contre, quand/si on me pose une question de but en blanc, sois je ne répond pas ou élude, parfois, je répond franchement. Pour l’instant, je n’ai jamais eu d’hostilités déclarées, même si dans un de mes boulots, un de mes supérieur plutôt cool m’avait averti qu’il ne fallait surtout pas que ça remonte aux oreilles de la direction, sans quoi je pourrais avoir de graves problèmes. Au travail en tout cas, quand j’étais au lycée, c’était un peu plus folklorique.

Pareil, avec le mariage, les questions récurrentes sont « et tu te maries à l’église aussi ou juste à la mairie ? » Dans mon précédent taf, ca avait donné lieu à une discussion absurde avec une collègue, pour qui, si ça n’était pas Christianisme / Judaïsme / Islam, c’était athée. Maintenant si je répond -parfois je laisse la question en suspend et change de sujet- je répond que j’ai fait un mariage religieux, tout en précisant « pas à l’Eglise », sans préciser. Parce que trop souvent, en France, c’est un peu « catholique » ou « athée » dans la tête des gens.

Amis/ connaissances
Ça dépend. Mes amis proches sont tous au courant, à plus forte raison que l’immense majorité d’entre eux sont des sorciérons. Pour les autres, ils savent plus ou moins, sans rentrer dans le détail (et je n’irais pas leurs donner l’adresse de ce blog par exemple.)

À une époque, je portais des signes distinctifs reconnaissables, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, le symbole en question n’étant pas très connu. J’ai plus tendance à le planquer si je sais que des gens peuvent comprendre, pas par timidité ou peur, juste parce que ça ne les concernent pas et que je n’ai pas envie d’avoir des questions.
À ce propos, j’ai remarqué que quand on reste dans le factuel, « je suis polythéiste », les gens comprennent globalement, on ne rentre pas dans le détail et c’est marre. Le reste, à savoir, le type de pratique, l’implication d’autres esprits, le niveau de relation et toute la cuisine, ça ne regarde personne et je n’en parle pas. Je ne vois pas l’intérêt de parler de médecines alternatives, de « magie » et d’autres trucs, cela ne sert à rien, si ce n’est à créer une sorte de case « bizarre » dans la tête des gens. Il y a un monde entre dire « je suis polythéiste » et dire « je suis polythéiste, on peut parler avec les dieux, faire des voyages etc. » Dans le premier cas, c’est un fait. On est d’accord ou pas avec, mais c’est une donnée. Dans le second cas, c’est la porte ouverte aux emmerdes de tous poils, aux discussions sans fin, et éventuellement à une stigmatisation ou classification. Que quelqu’un me dise « je suis Chrétien ». Ok. « Je suis Catholique et quand je communie, bla bla bla » d’une part cela peut ne pas m’intéresser, peut me mettre mal à l’aise, et je pourrais m’interroger, non sans une certaine légitimité, sur l’état de santé mentale de la personne qui m’explique que le vin et le pain se transforment en chair et en sang. Je sais bien que ce n’est pas « réellement » le cas, mais c’est un exemple, juste pour mesurer la situation.

Quand j’ai débuté, j’aimais bien en parler. Un peu trop sans doute, l’enthousiasme des débutants. Aujourd’hui, plus vraiment, ce en quoi je crois ayant considérablement évolué ces dernières années. C’est un cheminement personnel et je n’ai ni à le partager en détails avec le premier venu, ni à faire un coming out. Cela fait partie de moi : je ne montre pas mes tatouages à tout le monde. Mes croyances, et plus spécialement le « comment, pourquoi » ou « quel degré de relation avec les Déités », c’est pareil.

Je ne le cache pas non plus. Maintenant, j’avoue que si je voulais émigrer dans un pays où on me pose la question de mes croyances, et que cela pouvait me nuire, je ne sais pas ce que je répondrais. Je refuse de mentir, dans le meilleur des cas, j’élude. Mais si ce cas de figure se présentait, je ne sais pas : est-ce que je continuerais de « tenir mes positions » au risque de me voir refuser l’entrée ou est-ce que je ferais profil bas ? Bonne question, pour laquelle je n’ai pas de réponse : c’est typiquement le genre de situation facile à projeter quand on est assis au chaud devant son écran avec une tasse de thé. Quand on y est, et suivant les raisons, c’est une autre paire de manches.

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[Sigyn Project – Jour 10] Dame du Silence

Bien que je ne la connaisse pas depuis longtemps, Sigyn m’apparaît comme une déesse lointaine. Pas vraiment éthérée ou évanescente, lointaine. Elle est toute entière dévouée à sa tâche, à sa famille et toute son attention se concentre là-dessus. Il me semble qu’elle n’intervient dans la vie d’une personne que lors d’une épreuve particulièrement difficile pour elle, pour lui insuffler courage et persévérance.

Ce n’est pas une déesse prolixe, mais aucune des déesses de la mythologie nordique ne l’est, du moins pas celles que j’ai approché. Chez Sigyn, son silence est parfois pris pour de la timidité, mais je trouve pas qu’elle soit réellement timide. Elle n’a simplement pas envie de parler, elle n’a rien à dire. Son silence est celui de ceux qui ont quelque chose à faire et qui s’emploie à le faire plutôt que d’en parler. Elle ne demande rien, ne réclame rien : que voulez-vous lui dire ? « Courage » ? Ce mot est superflu. Ce n’est pas tant qu’il n’y ait rien à dire, c’est plutôt que la façon d’exprimer est dérisoire par rapport à ce que l’on voudrait dire. Elle est au-delà des mots.

Certains perçoivent Sigyn comme une pauvre femme abusée, une victime ou un parangon d’abnégation. Je ne pense pas qu’elle soit aucune de ces choses. Elle a fait son propre choix et il ne nous appartient pas d’en discuter ou de venir la voir avec commisération pour la plaindre. Elle ne se plaint pas et le faire à sa place me semble déplacé. Exactement comme ne voir qu’en Narvi et Vali deux pauvres petites victimes. Certes, ils sont les victimes innocentes, un dommage collatéral, mais je suis mal à l’aise quand je lis qu’il faudrait pleurer pour eux trois, qu’il faut éprouver de la compassion pour la famille détruite de Loki. C’est en quelque sorte se mettre dans une position qu’il ne nous appartient pas d’occuper. Une forme d’orgueil, comme si avions le droit de décider ce qu’il sont ou que nous avions le pouvoir d’interférer avec leurs trajectoires. Ils apparaissent fragiles, mais je ne sais pas s’ils le sont ou si ce sont uniquement le fruit de nos projections qui nous les font paraître fragile. Certes il n’est pas question non plus d’occulter leurs destins, mais quelque soit l’optique dans laquelle on les considère, il faut garder à l’esprit que comme toutes les déités, nous ne pouvons jamais réellement les comprendre et les considérer dans leur intégrité. Nous ne percevons que des fragments et nos perceptions sont faussées.
C’est en cela que je les trouve difficile à approcher : existe-t-il seulement une manière correcte de le faire ? Le fait qu’ils ne semblent pas « venir » spontanément dans la vie des gens de manière courante pourrait indiquer qu’ils ne désire qu’une chose : qu’on leur foute la paix sans en rajouter en plus avec nos gros sabots et nos maladresses.

Je ne sais pas quoi leurs dire, je ne sais pas quoi faire. Alors je ferme ma gueule. Je me contente d’être la plus factuelle possible quand je fais certaines dévotions, je laisse une offrande et je les laisse décider. Par rapport à toutes les déités nordiques avec qui j’ai eu l’occasion de travailler, je trouve que ce sont eux qui font le plus réfléchir sur la question de notre ego, de la place que nous avons le droit de prendre, sur la question de la pudeur et du respect.

[Odin Project – Jour 2]

Quand je me suis réveillée ce matin, les deux premières choses qui sont venues s’écraser dans le conscient de ma tête, c’est les bribes de mon rêve -absurde- et, saisissant mon téléphone, le post de Sarenth par rapport à ce projet.  Je me suis marré. J’y pensais pas plus tard qu’hier, me demandant si ca existait et/ou si on pourrait en faire un. Donc, forcément, j’ai répondu présent. Et forcément, je ne sais pas comment je vais faire.

Je ne sais pas parler des Dieux. C’est moins flagrant avec les Déesses, là j’arrive à en parler un peu, toujours en restant dans le feutré et le superficiel, parce que sinon c’est ingérable. Par contre les Dieux, rien à faire, je n’y arrive pas. C’est quelque chose de beaucoup trop intime pour simplement pouvoir mettre des mots dessus. Oh bien sûr, je sais très bien ce que je ressens, mais même pour moi, je ne le formule jamais en mots. C’est une énergie qui est là, que je reconnais très bien. C’est caché, dissimulé, planqué, invisible aux yeux de tous. Une forme de pudeur.

Je ne suis pas quelqu’un de démonstratif. Je n’exprime que très peu mes sentiments, ce qui ne veut pas dire que je n’en ressens pas. J’en parle toujours par blagues, par allusions, avec des surnoms plus ou moins respectueux. En fait, ce que je ressens est aux antipodes de la futilité et de la désinvolture avec laquelle j’en parle.

Le Loup m’a dit l’autre jour :

En fait les dieux te font tous chier, c’est juste que Loki et Odin un peu moins que les autres.

Silence. Et puis :

— Non.

Mais quand tu dis : « Machin et bidule je les aime pas trop. Et Loki et Odin ca va, je les déteste pas. » ca veut bien dire ce que ca veut dire ?

Re-silence pensif.

Non. Dans le premier cas, c’est un euphémisme. Dans le cas des Deux Autres, c’est une litote. Bon, on peut remettre l’épisode de Merlin maintenant ?

Je vais bien galérer j’vous dis. Me jetez pas des cailloux si ca reste dans le factuel. C’est ce que je fais de mieux.