Que dire, que faire ?

tumblr_nfrlv4oTir1sm9wdio1_400Je réalise que je suis restée absente bien longtemps de ce blog. Des choses à faire, un emploi du temps pas franchement souple et très chargé, la vie réelle très demandeuse (et la vie réelle est une priorité par rapport à l’autre, qui ne présente que des fragments).

Les réactions de ces 48 dernières heures me laissent profondément perplexe. J’ai appris tout ce qui se passait par une amie qui m’a envoyé un lien. Ma première réaction a été de me demander si mes amis allaient tous bien. En mixage instantané avec, il faut bien le dire, une colère noire. Je ne suis pas le genre de personne qui pleure, je suis plutôt le genre qui se durcit et analyse les choses, et qui parfois, peut prendre des décisions ou dire des choses assez terribles. Donc généralement, je me tais, et j’attends que tout redescende.

Une copine à moi se trouvait dans un des lieux touchés. Elle était sous le choc, et quand je l’ai appelée, je me souviens de sa voix, hachée, de ses larmes. « Oh Aranna, j’ai eu tellement peur. » Et sa voix, qui me dit « Mais tu m’appelles, tu as tellement d’autres soucis, d’autres choses à faire, je sais que les appels internationaux coûtent cher et que tu es en difficultés. » Non copine, peut-être que oui, je galère, que oui ma vie a pris une tournure bien étrange depuis des mois, et peut-être même des années. Mais non, là, tout de suite, je me fous éperdument de savoir combien mon opérateur téléphonique me prendra pour cet appel. Je suis juste reconnaissante de savoir que tu n’as rien, que tu es en sécurité. Que tous les gens que je connais et que j’aime vont bien.

Et puis toutes ces réactions. Et je repense, sans trop savoir pourquoi, à ce vieil article, écrit il y a presque 3 ans, au moment d’un massacre dans une école américaine. Le retour de la Cailleach et la question de la compassion publique.

J’y repense à cause de tout ce que je vois défiler, sur différentes plates-formes, de la part de différentes personnes, aux bords politiques parfois diamétralement opposés. Je m’interroge sur ce classement que je vois fleurir sur ces réseaux. Ceux qui ressentent le besoin de montrer leur compassion et leurs prières (ce qui n’est pas nécessairement négatif, loin de là, et je parle déjà de cette réflexion dans l’article.) Et parfois, de manière un peu twistée, sur les jugements par rapport aux autres réactions.
Je ne suis pas le genre de personne qui étale ses sentiments. Mon éducation a très profondément ancré en moi une certaine distance et un certain refus des réactions publiques dithyrambiques. « Cela ne se fait pas. » On n’étale pas sa colère, sa douleur, sa peine, tout son remugle intérieur devant autrui. On le garde ou on l’exprime avec mesure et justesse. Je ne prétendrai pas avoir toujours sacrifié à cet impératif, mais il laisse sa marque dans mes manières de réagir. Et donc, je me demande, quel besoin de juger les réactions d’autrui : la personne qui réagit avec colère, pourquoi ne pas la laisser exprimer sa colère ? La personne qui réagit avec peine, pourquoi ne pas la laisser exprimer sa peine ? Et, la personne qui, en apparence, ne réagit pas, pourquoi en tirer des conclusions hâtives et la placer arbitrairement dans une case ? Pourquoi ne pas tout simplement se dire que les réseaux sociaux ne sont que des apparences, et que cette volonté de ne pas faire d’amalgames devraient peut-être aussi d’appliquer à tous ceux dont la ou les réactions diffèrent de la « nôtre ». ¨Puisqu’au final, c’est souvent de cela dont il s’agit. Celui ou celle qui ne s’inscrit pas dans le schéma majoritaire se voit souvent pointé du doigt, ou tancé. Directement ou indirectement. Mais, dans le fond, pourquoi ? On juge certaines réactions indignes, indécentes, non tournée vers la compassion, d’autres larmoyantes… J’en comprends intellectuellement bien les différents processus, les différentes motivations. Il n’en reste pas moins que la question que cela m’évoque c’est : « est-ce que cela veut dire que, dans le fond, il n’existe pas de places pour les réactions non normées ?  » Est-ce que, dans le fond, cette manière de réagir et de très vite condamner, n’est pas quelque peu ambivalente ?
Surtout quand cela se base sur des réactions de quelques lignes sur des réseaux numériques. Est-ce que ces incompréhensions, ces abîmes qui se creusent en quelques lignes et créée un fossé abyssal, ne sont pas justement ce qu’il y a de plus dangereux ? Je veux dire, au final, que ce soit par un silence obstiné ou par le spectre des différentes réactions, tous ces gens réagissent, tous ces gens ont été touchés, parce que tous, sont concernés ou potentiellement concernés. N’est-pas le plus important ? Accepter que l’autre puisse ne pas être pareil que nous, dans sa manière d’appréhender le monde, d’interagir avec lui et d’y réagir, dans les mouvements que nos actes font résonner dans la toile, n’est-ce pas cela, accepter autrui ? Alors, dans ces procédures de condamnation, n’est-ce pas justement le contraire qui s’exprime ?

Personnellement, je pense que les prières ne servent pas à grand chose de concret. Mon passé catholique (et très fervent, puisque j’ai tout de même, plusieurs années durant, envisagé d’entrer dans les ordres) me fait dire que non, la prière n’est jamais inutile. En tout cas, si des personnes en ressentent le besoin, quelque soit la manière dont ces prières s’expriment ou leurs croyances éventuelles, alors, qu’elles le fassent.
Mon côté pragmatique et mon intérêt pour le survivalisme en revanche, me fait dire que pleurer les morts, c’est joli mais ca ne préserve pas les vivants.
Que faire alors ?
Et bien, pour y répondre sans entrer dans la politique ou d’autres débats plus ardus (ce qui n’a jamais été le but du blog. En outre, l’analyse politique me dépasse largement), j’aurais quelques suggestions.
Chacun et chacune peut, en fonction de sa personne (on se connaît mieux que quiconque, et chaque personnalité, différente et unique, peut apporter quelque chose. Il n’y a jamais d’inutilité totale dans l’action concrète) acquérir des savoirs et des connaissances qui pourraient s’avérer utiles.
Par exemple, en faisant une formation de secourisme (même l’auto-formation, avec des vidéos, des livres et des connaissances médicales basiques, telles qu’on les apprenaient chez les Guides peut s’avérer utile). En resserrant les liens avec les personnes que l’on apprécie, même plus ou moins (tant qu’elles ne sont ni nuisibles ni toxiques), avec son clan (qu’il soit de sang, de cœur, de pensée, etc…). Et essayant de ne pas créer de clivages inutiles, y compris avec ceux qui ne partagent pas votre pensée politique ou religieuse. (Non, claquer la porte à un ami d’enfance en lui disant « tu es un sale facho » n’apporte rien de constructif. Par contre, si les deux personnes sont intelligentes, il peut y avoir un consensus : « ok, nous savons que nous ne partageons pas les mêmes idées. D’un commun accord, nous ne aborderons pas quand nous sommes en présence l’un de l’autre. », c’est dèjà éviter les clivages et les éloignements. Et nota bene : J’ai choisi un exemple, cette démonstration est à remettre dans tous les contextes et tous les schémas. J’aurais aussi pu dire « si vous êtes nationaliste, ne claquez pas la porte à un ami d’enfance sous prétexte que… » etc.)
Ensuite voici une suggestion qui sera sans doute perçue comme plus « polémique », mais  qu’il m’apparaît important de mentionner, justement parce qu’on voit rarement ce type de proposition fait dans l’optique que j’ai en tête.
Apprenez à vous servir d’une arme par exemple. Tout simplement parce que, dans les clubs de tirs, on n’apprends pas seulement à tirer, mais aussi à charger et à décharger une arme. On est en mesure de voir si elle a le cran de sécurité enclenchée ou non. On apprends aussi à ne pas se blesser stupidement avec si jamais un jour on doit en manipuler une (ne serait-ce que pour en repousser une). Ces suggestions ne sont pas faites dans un but d’appel à la violence, (et j’apprécierais de ne pas voir circuler sur internet des citations tronquées de cet article) : c’est une question de pragmatisme. Elles sont proposées dans un esprit de bon sens. Si un jour quelqu’un devait braquer une arme sur vous, et que vous êtes en mesure de voir que le cran de sécurité n’est pas retiré, alors peut-être serez-vous en mesure une autre décision que si vous ne pouviez pas le vérifier. Par exemple.
Apprenez quelques techniques de survivalisme, comme retirer des menottes faites avec des liens en plastique. Etc.
Encore une fois, tout ceci n’est pas dit dans un but belliqueux, bien au contraire. Je pense qu’être en pleine possession de ses moyens et savoir que l’on possède quelques connaissances pouvant éventuellement nous permettre de réagir de façon à maximiser nos chances et celles de nos proches évite aussi de se sentir totalement démuni et agressif gratuitement. (Au passage, il me paraît primordial de bien recentrer le propos : non je ne suis en aucun cas en train de sous-entendre que les victimes l’ont bien cherché et que s’ils avaient su ci ou mi, ils auraient eu la vie sauve, etc. Non. Ni de près ni de loin. Je suis juste en train de proposer des actions potentiellement constructives.)
C’est en tout cas l’optique que j’ai toujours essayé de mettre en pratique dans ma vie : apprendre, apprendre, apprendre. Accroître ses connaissances et ses savoirs-faire dans les domaines les plus divers (du jardinage à la broderie en passant par les langues et le survivalisme), la connaissance sert toujours. En revanche, se rendre compte de son ignorance dans un moment critique, ca fait mal.

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La prose des Bâtards (les problématiques dans le Culte des Ancêtres)

Un dernier article avant un déménagement au loin… Je ne reviendrai pas avant un bon moment. 

Il n’y a plus que la Patagonie, la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud Je suis en route J’ai toujours été en route Je suis en route avec la petite Jehanne de France. (Blaise Cendrars – La prose du transsibérien)

Le culte des Ancêtres occupe une bonne place -sinon la place principale- dans les cultes traditionnels. C’est plus ou moins visibles suivant les groupes et les axes reconstructionnistes et autres, mais au niveau francophone, on assiste à une visibilité de plus en plus importante de cette pratique. Dans la théorie, il est facile de synthétiser rapidement le principe : celui d’honorer ses ascendants. Toujours dans la pratique, il est également relativement facile de de faire quelques synthèses de pistes pour les cas « problématiques » : vous avez été adopté(e) ? Tant mieux, vous avez à la fois vos lignées adoptives et vos lignées génétiques à honorer. Vous avez eu des conflits familiaux graves / familles abusives ? Concentrez-vous sur les « bons » ancêtres et de toutes façons, vous n’êtes pas un individu sorti de nul part, vous êtes sur terre parce que des gens se sont battus, ont survécus et que tout ne tourne pas autour de vous. D’accord, tout ca n’est pas faux, loin de là. D’accord cela ouvre des pistes.

Sauf que, tout ces pistes théoriques, prêtes à bouffer, c’est de la théorie justement. Et le sujet du culte aux Ancêtres, c’est toujours de la théorie, sauf quand il s’agit des nôtres. Quand il s’agit de notre histoire -ou non-histoire- familiale. Arriver la grande gueule en bandoulière avec des réponses toutes faites, c’est ce que vous pouvez vous permettre de faire quand vous n’êtes pas concernés, parce que la théorie prend tout en compte, sauf l’énorme potentiel explosif et sensible dont cette question est porteuse.

Pour certains, il est facile de s’exciter sur une image d’Épinal de sa famille (Parfois, « les fantasmes ancestraux », ca me fait penser au délire de Gardner qui a prétendu avoir été initié et avoir reçu des infos trop trues de Dorothy Clutterbuck, histoire de rendre plus crédible et plus badass ce qu’il avait reconstruit (remarquez, il y a peut-être des wiccans tradz qui s’ignorent. Ok, j’arrête de troller) que d’oublier ses paradoxes, d’oublier ses douleurs. Quelque part, tant mieux pour eux. Sauf quand ils se servent de leur vision (qui n’est jamais qu’un prisme lacunaire : chaque fois que nous considérons quelque chose, ce n’est de toute façon qu’un prisme lacunaire. C’est pareil pour les problèmes, sauf que c’est plus difficile d’échapper à un prisme problématique que de se mettre la tête dans le sable) pour essayer de l’imposer aux autres, ou pire de les rabrouer ou de les tancer sur ce qu’ils devraient faire et ne pas faire. Franchement, quand vous n’êtes pas directement concerné, soit vous y allez mollo, soit vous fermez votre putain de gueule avec vos généralisations sur qui / quoi / pourquoi on devrait honorer ci ou mi. Idem pour les discours du type « mais si tu né/e, c’est que tu l’as choisi, donc… » (les dérives du New Âge et ses ravages : avoir ce type de philosophie n’est pas intrinsèquement un problème, ce qui est un problème, c’est quand la personne s’en sert pour donner des leçons). Les gens qui arrivent la gueule enfarinée avec des discours tout fait sur ce type de question ont généralement une famille relativement simple, ou alors c’est ce qu’il aimerait croire (un peu comme quand j’entends les généralisations idéalistes/idéalisées pour correspondre à « un certain modèle moral », généralisations du type « nos ancêtres ne divorçaient pas ». Ou encore plus fendard quand cela implique les délires du style « l’homosexualité existait moins qu’aujourd’hui ». Haha. Mais bien sûr. Les divorces existaient, ils étaient peut-être moins fréquents effectivement, mais peut-être qu’ils étaient moins fréquents parce que les lois le rendait beaucoup plus complexe, pas parce que les gens avaient une morale « tellement différente de celle de nos jours sur la question. » Tout est relatif : ce type de question demande une énorme quantité de recherches pour ne pas sombrer dans le cliché bas de gamme. Quant à l’homosexualité, je n’ai pas assez de données pour y répondre (à part que les catégorisations hétéro/homo etc, semblent dater de l’ère victorienne), alors plutôt que de dire une connerie, je me contenterai de dire que cela demande des recherches. Peut-être qu’effectivement, elle était moins fréquente qu’aujourd’hui, peut-être pas (je dis bien « fréquente » pas « visible »).

Et que fait-on, quand il n’y a pas d’histoire familiale ? Parce que vos racines n’ont cessées de bouger au cours des quatre générations précédentes, qu’il n’y a eu aucune transmission ? Quand vous avez été coupé(e) de votre histoire par des parents / grand-parents qui pour X raisons ont refusés de transmettre « le flambeau » ? Et que fait-on, quand tout ce que vous découvrez, génération après génération, c’est la répétition d’une histoire dramatique, malsaine, et pas seulement le fait d’un individu isolé ? Et que fait-on quand on n’a pas de « terre natale », quand on appartient aux déracinés, à ceux qui passent leur vie, et dont les ascendants ont passés leur vie à devoir oublier le passé ? Quand les archives qui pourraient contenir votre histoire ont toutes été brûlées par les conflits successifs qui ont déchiré une partie de l’Europe ? Parce que cette région d’où certains de vos ancêtres viennent, a été une poudrière ? Ou quand vous êtes un(e) enfant « non conforme au cahier des charges familiales » et que par le truchement de votre éducation, on vous a non seulement fait comprendre que vous ne faisiez pas partie de la famille, mais que l’on vous a violemment fermé la porte à toute coutume, langue, histoire, culture, souvenir ? (Franchement, pour moi, des gens qui se sont conduits comme ça ne méritent ni que l’on fleurisse une tombe -qu’ils ne méritent pas-, ni qu’on les honorent.). Le problème du problème, c’est quand cela ne se résume pas une seule génération, mais quand l’on constate que ce type d’histoire se répète, des parents, des grands-parents, et encore avant. Après, il ne reste souvent pas grand chose de tangible, et pour moi, il y a une différence entre honorer des ancêtres « imaginaires » et avoir des souvenirs concrets de transmission. Quand on cumule toute une suite d’axes à problèmes, ça devient velue comme thématique. On pourrait imaginer que effectivement, retrouver quelques « ancêtres référents » aide, et d’une certaine manière, c’est le cas. Mais de manière un peu grinçante, j’ai eu l’occasion de constater que très vite parfois on vient vous dire que, quand même, ce n’est pas comme vos ancêtres de sang et que pourquoi vous ne… (« Merde ! » comme dirait Léodagan.) Parfois, on peut retrouver certains ancêtres qui se pointent, et petit à petit, retisser le lien. Parfois. Pas toujours. J’avoue que quand on constate que finalement, tout est mort à ce niveau là (parce que parfois,  il ne reste plus personne de vivant, histoire de bien couronner le tout), je vous avoue que je ne sais pas comment on fait. Je n’ai pas de réponse, et j’ai pu constater que cette problématique est beaucoup plus courante qu’on ne le pense. Comme pour beaucoup de sujets : on trouve beaucoup de sources quand cela se passe bien, moins quand ca se passe mal. Et généralement, les cas où il est fait mention de situations qui se passent moins bien, soit c’est quand la personne a résolu sa problématique, soit quand elle a décidé qu’elle ne ferait pas çi ou ça pour telles et telles raisons. L’entre-deux, faut gratter nettement plus pour avoir des infos. En même temps, je ne cherche pas de réponses toutes faites, justement parce que je crois que dans ce domaine, les réponses toutes faites ne marchent pas. Oui, on peut honorer ses ancêtres de manière généraliste, mais est-ce que, en terme d’impact et de force, cela suffit à compenser les autres défaillances ? En d’autres termes, est-ce que ce rempart suffit pour contenir toute l’étendue d’eau qui par ailleurs menace ?

Par dessus le marché, le pompon, c’est quand des gens viennent vous dire QUI vous devriez prier parce que vos ancêtres venaient de là, et qu’ils ont lus deux fiches wikipédia et pensent vous apporter la civilisation. Jusqu’à preuve du contraire, laissez une personne suivre son chemin. C’est le sien, pas le vôtre. D’autant que les évolutions arrivent au fur et à mesure d’un cheminement, à vouloir les forcer, on risque juste de « braquer » la personne et à la bloquer. Ou qu’elle peut avoir d’autres processus nécessaires à explorer au préalable, quitte à se rendre compte qu’en fin de compte, telle option n’en était pas une et qu’elle s’avère finalement caduque. De plus, des histoires « d’adoptions » peuvent arriver à plusieurs niveaux : non seulement les adoptions passées mais aussi toutes les adoptions actuelles : adoption par une terre, une région, un pays. Adoption par une lignée qui nous intègre, lignées perdues qui en fait rejaillissent sous forme d’un Allié, d’un panthéon etc. Je pense qu’en terme de « culte des Ancêtres », il y a autant de solutions, de problématiques, de parcours, de fonctionnement qu’il y a de personnes.

Oberourien ar speredoù : travailler avec les Esprits

Les Spirit Workers du XXIe en mode commando. Ah bon, ce n’est pas ça ?

Les Spirit Workers du XXIe en mode commando. Ah bon, ce n’est pas ça ?

Ces dernières années, le fait de travailler avec les Esprits est devenu, sinon plus populaire, du moins nettement plus flagrant et exprimé, alors que c’était auparavant une pratique beaucoup plus silencieuse, et qui ne possédait pas nécessairement d’étiquette spécifique pour la qualifier. Avec l’influence grandissante d’un certain nombre de blogs anglo-saxons, le terme de « spirit-working » (travail avec les Esprits) est devenu courant, y compris dans le monde francophone.
Un soir d’août, pendant une sympathique discussion en bonne compagnie, pour rire, nous avons cherché une alternative à la dénomination anglaise de « spirit-worker » (parce que merde à l’hégémonie des ricains), et comme deux d’entre nous parlaient breton, les termes ont été cherchés dans cette langue. Littéralement, « oberourien ar speredoù » désignent les « ouvriers des Esprits ». Dans La légende de la Mort, Anatole Le Braz mentionne que l’Ankou est appelé l’ouvrier de la mort (oberour ar maro). Voilà pour la petite histoire (parce que tout est pour la Bête et pour le swag).

Concrètement, voici une petite introduction au travail avec les Esprits. Introduction qui ne se prétend nullement exhaustive, juste histoire de débroussailler un peu et d’éviter les potentiels foirages monumentaux.

1. Les Esprits ne sont pas vos potes. En tout cas pas au début. Si vous avez certains intérêts en jeu, gardez toujours à l’esprit (haha) que c’est aussi leur cas. Que tout marche sur le principe du donnant-donnant, et que rien n’est gratuit. Comme dans le monde physique, une bonne dose de pragmatisme et de bon sens est foutrement plus que recommandée. Si une proposition vous paraît trop belle pour être vraie, c’est probablement qu’il y a une couille quelque part.

2. Si vous réussissez toujours à faire absolument tout ce que vous voulez, s’ils vous acceptent tous du premier coup, sont sympas et mignons, si tout marche toujours comme sur des roulettes et si vous ne rencontrez jamais aucun obstacle, et qu’il n’y a aucune obligation en retour, alors il y a de fortes chances que : a) ce soit dans votre tête. b) que vous soyez en train de vous faire enfler de manière magistrale.

3. Vous avez envie de bosser avec Eux ? Vous avez vraiment envie de bosser avec Eux ? Ok. Réflechissez bien. Parce que quand le processus sera vraiment entamé, il y a 90% de chances pour qu’à un moment où à un autre, vous ayez envie de vous rouler en boule en position foetale en pleurnichant sur votre désir de retrouver (ou d’avoir) une vie normale. Sauf que, error 404, on ne revient PAS en arrière. Ce n’est pas un jeu de PS4 que l’on met en pause. Ce sera tout le temps, avec des périodes d’intensités variables, des hauts et des bas. Commencer le boulot avec Eux, c’est comme devenir parent : c’est à vie. (Et sans parler de la garde alternée).

4. Entre être un peu trop prudent et se montrer trop laxiste, il est préférable de se montrer un peu trop prudent (sauf circonstances vraiment extrêmes, urgentes etc). Une des modes actuelles c’est de penser-merci les bouquins de wicca 101 et les conneries New Age- que « tous les arbres sont nos amis et veulent bien nous donner de l’énergie » ou de considérer que le travail avec les Esprits, c’est un loisir du dimanche que l’on peut s’accorder quand notre vie est un peu morne et que l’on a du temps libre. Bullshit. Soit vous bossez avec Eux, soit vous ne bossez pas avec Eux. Si vous avez le loisir de pouvoir mettre sur ‘pause’ quand ca vous arrange vous, alors vous ne pratiquez pas, vous faites mumuse. Allez faire du scrapbooking à la place.

5. Il est possible d’entrer en contact avec un certain nombre d’Esprits. Les types d’Esprits (des lieux, plantes, animaux etc) varient suivant les lieux où l’on habite, les personnes, etc. Mais il y a un monde entre percevoir un Esprit une fois, parvenir à communiquer avec lui, conclure un bref échange et en faire réellement un Allié. Dans un certain nombre de littérature, il est par exemple fait mention du parallèle entre la puissance d’un chaman et le nombre de ses Alliés. Avoir un Allié, c’est comme avoir un ami proche. Cela demande du temps, des interactions spécifiques, mais aussi -ce qui est moins souvent dit- des buts et des « procédures » communes.

Pinelopi Vassilaki

6. Encore un postulat politiquement incorrect dans notre société où tout le monde devrait pouvoir tout faire quand et parce qu’il en a envie : non, ce n’est parce que tel ou tel Esprit vous fait kiffer votre mère ou parce que c’est marrant vous avez pleins d’images de lui dans votre piaule qu’il en aura forcément quelque chose à carrer de votre gueule.
Et non ils ne sont pas tous gentils, prêt à vous rendre service et à vous accueillir les bras ouverts parce que vous allez une fois par mois en ballade dans la forêt avec une jolie robe et un panier en osier, une pierre de lune autour du cou. Au passage, j’aimerai un jour voir qui a les couilles d’aller de nuit dans une forêt. Qui avoue s’être pris une flipette de tous les diables. Qui y va avec un couteau de chasse dans le treillis. De mémoire, je me souviens d’une seule et unique personne (je ne citerai pas le pseudo par discrétion, mais je m’en rappelle très bien) qui a avoué un truc du genre sur son blog, une rencontre nocturne avec un blaireau. Et 7 ans après, je pense toujours la même chose : « putain, une qui pratique pas pour le décorum. » Respect Meuf.

7. Avant de conclure le moindre accord, demandez-vous ce que vous attendez réellement de cet accord. Non seulement aujourd’hui, mais aussi demain, et dans le futur. Examinez en soigneusement les termes. Pesez avec attention ce que vous êtes prêts à offrir. Posez vous également la question de savoir pour quelles raisons l’Esprit est prêt à conclure cet accord avec vous. Qu’est-ce que cela lui apporte à lui ? Est-ce que cet accord peut être renégociable ? En bref, comme avec les banques et les assurances, faites gaffe AVANT.

8. Faites attention aux offrandes que vous leurs faites. Il est parfaitement acceptable, voire même recommandable de leurs offrir des denrées alimentaires telles que spiritueux et alcools divers, lait & miel, encens. Par contre, en ce qui concerne les offrandes d’objets qui vous appartiennent, et encore plus, des éléments organiques (cheveux, sang, sperme, etc), faites particulièrement attention. Ce n’est pas pour rien que ce sont des « matériaux de bases » dans la magie traditionnelle : ce sont les plus puissants vecteurs de votre essence. Les éléments organiques ne devraient, à mon avis, jamais au grand jamais offert à des esprits de passage. Vous n’allez pas copuler avec un ou une inconnu(e) sans utiliser de préservatif, pas si vous avez deux sous de bon sens, n’est-ce pas ? Eh bien c’est pareil avec les Esprits. Les offrandes de ce type peuvent se faire avec des Esprits qui sont devenus des Alliés. Sinon, vous pouvez toujours faire le guignol, quand vous enchaînerez les merdes allant des douilles de santé cheloues aux obligations toujours grandissantes etc, vous ne viendrez pas pleurer. C’est Darwin qui sera content.

9. Il y a des Esprits (presque) partout. En ville. A la campagne. Dans les cimetières. Les catacombes. Les carrières. Les chemins. Les parcs. Les greniers. Les jardins. Les haies. Les grottes. Les montagnes. Les sources. Les Cairn. Les dunes. Les écoles. Les plages. La mer. Les calanques. Les volcans. Les caves des immeubles haussmanniens. Etc. On ne les perçoit pas forcément tous tout le temps et partout. Certains peuvent se montrer cool avec vous et pas avec vos amis. Et vice-versa.

10. Les Esprits sont, dans la majorité des cas, plus balèzes et possèdent un aperçu des choses plus larges que nous. Par contre, leur champ d’actions peut se trouver plus ou moins limité suivant leur nature. Et ils ne sont pas forcément au fait des modus operandi contemporains. Ceci peut parfois s’avérer dangereux ou délicat dans certains contextes, mais peut aussi être un formidable avantage dans d’autres circonstances extrêmes quand on est obligé de se montrer plus retors qu’eux.

11. Soyez conscient de vos forces et de vos faiblesses. De vos désirs. Surtout les plus refoulés. De vos mécanismes internes. De la cohésion ou des dissidences au sein d’un groupe si groupe il y a. Parce qu’Ils jouent dessus plus souvent qu’on ne pourrait le penser. Plus vous vous connaissez, moins vous risquez de vous retrouver en bad ou stupidement appâtable. Pareil, prenez conscience de vos limites, de ce que vous êtes prêts à sacrifier, et de votre « stock intouchable ». Et ne dites jamais tout.

12. En guise de conclusion, on peut considérer qu’il n’est pas inutile de se constituer une base de données stratégiques avant tout deal, qu’il soit prévisible ou non. Pour ce faire, lisez/regardez des films : des articles par-ci par là, des contes, des légendes, les mythes, le folklore mais aussi des stratèges, de la fantasy, de la poésie, des romans noirs. Parfois, des films comme la série des Die Hard ou The Expendables peut comporter une petite pépite de quelques dixièmes de secondes qui sera utilisable un jour. Cela peut prêter à sourire, mais ce type de films comporte deux paramètres potentiellement très exploitables et utiles : un humour plus ou moins cynique / lolesque  etc et un effet de surprise : si un Esprit a sans doute déjà été confronté aux trucs des légendes anciennes (qu’il est néanmoins bon de connaître, parce que, oui, ca marche), il y a moins de chance qu’il soit au fait de certains tour de passe passe d’un film d’action avec Bruce Willis. Même si ca peut paraître ridicule. Le ridicule ne tue pas, mais parfois, il sauve.

[PBP] S – Le Sexe

Auteur inconnu

(Un peu en vrac… j’ai pas les idées forcément très organisées)

Le sexe est un sujet plutôt absent, un peu comme la douleur d’ailleurs. Quand il en est fait mention, on a l’impression que c’est soit un aspect hyper technique niveau pratique, soit un outil et basta.

Premièrement, je distingue ce qui est souvent désigné par le terme « magie sexuelle », et le sexe, purement et simplement. Ce ne sont que mes impressions, mais quand il y a des étiquettes « magie sexuelle », j’ai souvent la sensation qu’on tombe dans le rituel à la con « pour s’attacher un partenaire pour la vie », « pour qu’il reste fidèle » comme si baiser était une recette de détartrant naturel. Allons-y, et classons la magie par couleur aussi, ca vous dit, un joli nuancier de fil à broder DMC ? Soyons sérieux deux putain de minutes, ces histoires de magie rouge, blanche, noire, jaune devant et marron derrière, c’est de la merde.
Certains iront vous parler des dangers qu’il y a à vouloir s’attacher quelqu’un ou le charmer grâce à des rituels. Attention à votre karma, au triple retour, au poulailler des voisins… Ce que j’ai observé, c’est qu’à chaque rituel, vous renforcez un lien, et qu’au bout d’un moment, l’effet se dissipe. Pour que cela fonctionne, il faut augmenter la charge à chaque nouvelle tentative. Comme une drogue. Et comme avec une drogue, vous deviendrez accroc, et le jour où vous voudrez décrocher, bonjour les dégâts. Après, faites comme vous voulez, c’est votre tronche et c’est pas mon problème.

Il n’y pas besoin de faire du tantrisme ou de mettre sur pied des rituels sophistiqués, j’ai même tendance à dire, au contraire. Sur la question de « la vraie magie c’est de faire l’amour avec une personne que l’on aime » ou « il n’y a pas besoin d’être amoureux », je ne pense pas qu’il y ait une réponse définitive. Parfois vous aimez la personne et c’est merdique. Parfois c’est de l’attirance et ca fait des étincelles, bref, ca dépend de paramètres variables, y compris suivant les moments, pas uniquement en fonction des partenaires. La seule et unique base, à mes yeux c’est : « Entre adultes. Consentants. » Après, faites ce que vous voulez, comme vous voulez, avec qui voulez, et aussi nombreux que vous voulez. Je ne crois pas non plus qu’il faille un pôle biologique (on va dire ca comme ça) féminin et un masculin.

Niveau pratique, on peut utiliser (j’aime pas ce mot, mais je n’en ai pas d’autres) l’acte sexuel (quel qu’il soit) pour provoquer une transe. J’aurais du mal à l’expliquer, mais la base de chaque transe est une question d’alignement, alignement qui est ensuite décomposé et qui permet de voyager. Si on regarde disons, le filage, la poterie au tour et le tambour et le sexe, on peut trouver une base commune : on démarre centré, et on déploie le mouvement, sa répétition créant une espèce de vibration sur laquelle on « navigue ». S’il n’y a pas de centrage, ca part en vrille et le fil se casse, la terre se façonne de travers et tout s’affaisse, au tambour on fait du random dans sa tête, etc. D’une certaine manière, la représentation des neuf mondes nordiques avec Helheim en bas et Asgard en haut, j’ai du mal : pour moi, ils sont tous centrés, et plus ou moins imbriqués. (Il y a des années j’avais fait un rêve où je trouvais une espèce d’objet métallique composé de neuf anneaux réunis en leurs centres, j’y ai repensé l’autre soir.)
Si on additionne disons, sexe et douleur, on peut créer une sorte de détonateur, même si je serais vraiment bien en peine d’expliquer comme cela fonctionne : si je devais employer une image, je dirais que c’est comme retordre deux fils ensembles pour une confectionner un plus costaud.

Ca permet aussi, dans certains cas, de rediriger l’énergie vers un but, suivant les actes, on peut plus ou moins modeler l’énergie avec des ajouts additionnels (souffle, chant, etc.).

Fin du côté technique un peu brouillon.

Pour le reste, quoi dire ? Pas grand chose. Un pas grand chose sans doute plus important que tout le reste mentionné ci-dessus.
Je ne crois pas qu’il y ait un amour pour les chats, un amour pour son conjoint et un pour les Déités. C’est le même à mon avis. Et toujours à mon avis, parfois c’est un peu le bordel, tout se mélange. Sauf que chut, faut pas le dire.
Il est souvent question de la vie quotidienne, et que les actes de cette dernière peuvent aussi être une dévotion : faire la vaisselle, ranger, se laver. Je rajouterais aussi le sexe. Le sexe peut être aussi une forme de dévotion (qu’il y ait de l’amour dans l’acte pur ou pas, même si je considère que l’acte de dévotion est de toutes façons une forme d’amour). Si vous arrivez à faire des petites cases et à aimer votre conjoint de 20h à minuit, vos ami/e/s de 15h à 18h et vos Dieux de 9h à 12h, comment dire… au secours ?

[PBP] S – Le Sang

Auteur inconnu

Le sang n’est pas seulement un fluide vital transportant les nutriments et alimentant notre organisme en oxygène. Il est aussi un vecteur énergétique extrêmement puissant dans certains rituels.

La plupart du temps, quand il est fait mention du sang dans les rituels modernes, il s’agit de sang menstruel, parce qu’il ne faut « blesser personne » etc.
Personnellement, je ne l’utilise pas. Non pas que je dénie sa puissance ou quoi, simplement cela ne me parle pas. Premièrement, histoire de chipoter, ce n’est pas réellement du sang, mais des cellules mortes provenant de l’endomètre. J’ai pratiqué un temps, il y a quelques années, avec le sang menstruel, l’énergie des lunes rouges etc, mais ce n’est pas mon truc, ca me gave et les déités avec qui je pratique la plupart du temps n’en ont pas grand chose à secouer du sang menstruel. Ce sont des cellules mortes, et la notion de sacrifice ou de don par le biais de quelque chose de mort, comment dire… La première fois que j’ai fais une offrande de sang, c’était il y a bientôt 10 ans. J’étais partie cueillir des épines de prunellier, et j’avais demandé à l’arbre quelle offrande elle souhaitait. La réponse m’avait horrifié alors : « mais comment ? Mais elle ne peut pas me demander du sang, etc. » Je me souviens avoir glissé en voulant repartir, et m’être blessée sur les épines d’une branche, d’avoir saigné. « Ce n’est pas plus compliqué que ça » avais-je entendu.

Il m’arrive d’employer du sang, notamment pour consacrer certaines huiles ou pour activer certains outils. Je réserve à cet effet un cathéter et je me pique simplement sur un doigt ou la main. Plus facile qu’avec une aiguille ou un couteau, plus hygiénique aussi. Il m’est aussi arrivée de me consacrer à une certaine déité en utilisant mon sang, pour sceller l’accord. Dans ces conditions, je suis sceptique quand j’entend ou que je lis que l’on peut se « détacher » d’un accord ou d’un serment. Les pactes qui incluent du sang ne sont pas anodins et quant à les révoquer, euh, on peut revenir dessus, mais je ne crois pas que l’on puisse les effacer. Il vaut mieux réfléchir avant, au risque de se retrouver dans des situations inextricables, mais j’ai parfois la sensation que « irrévocable » est un mot qui n’a plus de sens aujourd’hui. Même et surtout concernant les pactes de sang que l’on fait à l’adolescence ou dans l’enfance, parce que ca fait « sérieux » ou que l’on a vu ca dans un film. Malheureusement, si on nous prévient des maladies que l’on peut contracter, personne ne préviens des conséquences que ce type d’accords peut avoir. Les maladies que l’on peut attraper ne sont pas uniquement physiologiques : avec l’échange de sang, je crois profondément que l’on lie sa chance, sa malchance et certains « bagages ». Je crois que c’est en Chine, on disait que si mari et femme mélangeaient leurs sangs dans un bol, ils ne pouvaient pas se mêler, parce qu’ils n’étaient pas de la même « essence », alors que celui d’une mère et son enfant, par exemple, le pouvait. (A voir, j’ai du lire cela quand j’avais 15 ans. ^^’ )

Je me demande d’ailleurs ce qu’il en est au niveau des transfusions sanguines : on peut se retrouver à être lié à une personne ou à une lignée que l’on ne connaît pas, mais cela fait partie des sujets que personne n’aborde jamais. Je suppose que si une personne disait qu’elle refuse de donner son sang pour ce type de raison ou qu’elle est prête à risquer sa vie plutôt que de se retrouver avec des liens provenant de lignées pourries ou avec toutes sortes de conséquences sur le dos, ce n’est pas politiquement correcte. Cela ferait hurler pas mal de mondes, et elle se ferait vite taxer de débiles superstitieux ou de connards égoïstes, ou alors on lui dirait « mais non tu n’as rien compris ». Ou on dirait qu’elle ne sait pas ce que c’est, la mort et qu’elle changerait d’avis. (Quant à moi je n’en sais rien, je n’ai pas de réponses et cela fait partie des questions que je me pose parfois. Donner mon sang n’étant de toutes façons pas possibles pour diverses raisons).
Dans le même ordre d’idée, je suppose que les personnes qui travaillent avec leurs ancêtres peuvent considérer les personnes qui ont donner leurs organes ou leur sang si elles connaissent des gens dans leur entourage qui sont dans ce cas là, si elles l’ont été. C’est typiquement un cas de configuration assez nouveau, qui n’existaient pas il y a simplement une centaine d’années (les premières transfusions sanguines telles qu’on les connait ont eu lieu au début du XXe siècle).

Je me demande parfois si le fait que certaines personnes tournent facilement de l’œil à la vue du sang ne relève pas d’une réaction énergétique, en plus du reste. Le sang pulse énormément, et il ne me paraît pas inconcevable que certains « déconnectent » en cas d’afflux trop brusque d’énergies, un peu comme des plombs qui sautent.

[PBP] R – Le rapport à l’argent et le paganisme

L’idée que l’argent est quelque chose de sale, de dangereux qui risque de corrompre la spiritualité est une idée largement répandue, au moins dans la « communauté païenne française ». Combien de fois peut-on lire « la spiritualité ne devrait pas être payante » ou « les vrais enseignements sont gratuits ? » ou « payer pour des cours, ah non, jamais de la vie, cela doit être gratuit ! »

J’ai l’impression que c’est propre à la France / Suisse / Belgique, les québécois me semblant plus « détendus » par rapport à l’épineuse question d’un échange pécunier.

Premièrement, c’est une idée propre à notre culture catholique où l’argent est vu comme quelque chose d’impur, de sale, dont il convient de se méfier. Dans la culture protestante au contraire, la richesse est vue comme un signe d’élection divine (Max Weber dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme explique très bien tout ca). Il est intéressant de constater que, bien que nous travaillons à nous détacher de la culture chrétienne, cette approche perdure : bien que cela soit plus marqué chez les blogueurs américains que chez les anglais, les premiers sont nettement moins frileux que nous dans ce domaine.
Sur les blogs américains, il n’est pas très rare de trouver un bouton « donate » paypal ou qu’en échange des services que certaines proposent, qu’elles demandent une éventuelle participation financière. Dans la majorité des cas, ces participations sont facultatives, et leur montant laissé à la discrétion du consultant. Personne ne s’en offusque. En France, si quelqu’un faisait la même chose, il y a fort à parier qu’on ne le lui dirait peut-être pas ouvertement, mais que dans son dos, les langues iraient bon train. « Mais pour qui cette personne se prend, gna gan gna ». (Si certain/e/s ont des doutes quant à l’existence de ragots dans la magnifique « petite communauté païenne française », c’est qu’ils vivaient au Pays des Licornes.)

L’idée que le spirituel doit être une chose gratuite est tout à fait compréhensible, louable et défendable. Mais l’idée qu’une personne propose un service contre de l’argent l’est tout autant. Cela vous choque ? C’est probable étant donné le mode de pensée dominant à ce niveau là. Mais regardons un peu ce qu’est l’argent. A la base, l’argent est simplement une façon plus pratique (parce que plus simple à évaluer et facilement transportable) d’effectuer une transaction marchande. En d’autres termes, la fonction de l’argent est factuelle, rien de plus. La façon dont on le perçoit aujourd’hui s’est considérablement dénaturée : qu’on le recherche avidement ou qu’on le fuit comme la peste, ce n’est pas une attitude saine, c’est le signe d’un problème. En d’autres termes, si vous considérez que l’argent en lui-même est un problème, c’est que vous avez un problème avec. Si vous considérez que l’argent va souiller un échange ou dénaturer la nature de quelque chose, c’est parce qu’il y a un risque que votre attitude à vous change et dénature la valeur de cet échange. L’argent est intrinsèquement inerte : ce qui le rend destructeur ou puissant, c’est la puissance que vous lui accordez, et qui elle, est effectivement une menace potentielle, suivant que vous parveniez ou non à la gérer, parce qu’elle pourra vous influencer et modifier votre attitude.

Prenons un exemple tout simple : la question des formations et des cours autour du paganisme. Certains diront « je ne devrais pas avoir à payer pour avoir accès à un cours » (la question de « l’éducation gratuite est un pendant que je développerai un peu plus loin). D’autres diront qu’il est normal de payer.

Donc, vous n’avez pas à payer des cours, ok, et la personne qui les met à disposition le fait bénévolement, « parce qu’elle aime ça, qu’elle a envie, parce que c’est de l’égo, parce qu’elle se prend pour ce qu’elle n’est pas, parce qu’elle a une vraie morale spirituelle, parce qu’elle a un cœur pur, parce qu’elle a un vrai background de witch » et pour tout un tas de raisons qui relèvent plus ou moins du bullshit. (Les raisons citées sont la transcription pure et simple de que ce j’ai eu l’occasion de lire et d’entendre au cours d’un certain nombre d’années par rapport à X personnes, francophones ou non.) Admettons. Donc vous n’avez pas à payer, vous êtes libre de faire ce que vous voulez dans le fond. Vous pouvez vous casser plus ou moins courtoisement sans rien dire, faire le dilettante parce que vous avez voulu essayer au petit bonheur la chance parce qu’il y avait une étiquette clignotante au bout, parce que vous n’avez ni l’intelligence, ni les couilles, ni la discipline de bosser seul/e. [Je ne cite que les raisons « moyennement sympas », il est implicitement entendu que ce ne sont heureusement pas les seules raisons qui existent et que les personnes clean, sérieuses, fauchées ou non existent.] La personne qui fait le cours ? Elle peut se gratter, osef, c’était gratuit, après moi le déluge. Admettons. Si cela avait été payant, il y a fort à parier que vous auriez réfléchi à deux fois avant de faire le jobard. Pourquoi ? Parce que le pognon ça ne pousse pas sur les arbres. Le respect d’autrui, de son temps et les éventuelles personnes dont vous avez pris la place par contre, elles peuvent aller chercher la capitale de l’Arménie sur une carte de la Turquie, hein, c’est pas un problème.

Et pareil du côté des « enseignants ». « Si les gens ne payent pas, je peux leurs dire d’aller se faire foutre si cela se passe mal, je suis libre de changer à tout moment les termes du contrat. Je n’ai pas à les tenir informés de certaines évolutions. Déjà que je leurs propose un cours gratuit, ils ne vont pas venir me faire chier aussi. » [Là aussi, il est implicitement entendu que non, tous ne sont pas comme ca, bla bla bla, c’est comme avec le premier exemple. 🙂 ]

Félicitation. Votre moralité évolue en fonction du Dieu Pognon. Vous n’avez pas un rapport factuel avec et le rapport donnant-donnant que l’argent sert à établir, il est au rayon SF/Fantasy pour vous. (Et les Dieux et les Esprits, vous les honorez pourquoi ? Pour qu’ils vous fassent des cadeaux ?)

Le problème, c’est que RIEN n’est gratuit. Non, non. RIEN. Oui, on voit beaucoup passer de petites vignettes proclamant que « toutes les bonnes choses sont gratuites », etc, mais encore une fois, c’est parce que vous ne vous basez que sur le Dieu Pognon. L’amour est gratuit ? Mais oui, bien sûr. Donc l’affection, le temps, l’écoute, l’attention et tout le reste que vous donnez à une personne, ca n’existe pas ? Si un échange n’est pas marqué par une transaction financière, ce n’est pas un échange… Donner de son temps, c’est gratuit, ca n’a pas de valeur, c’est connu. Si je poursuis sur cette idée, si votre temps n’a pas de valeur, on peut donc le dépenser comme bon nous semble, aucun problème. Tiens, on rejoint non seulement l’idée du début, mais aussi une idée généralement répandue : si vous n’avez pas de travail, vous avez tout le temps pour vous et aucune obligation (et un détour par le Travail Invisible, un.)

La gratuité comme preuve de pureté, de grandeur et de bonnes intentions, j’y crois moyen. Attendre une reconnaissance des gens, un statut pagano-social, une visibilité sous prétexte qu’on leur offre quelque chose, c’est aussi se faire payer. Et pas de la manière la plus anodine/la plus propre.

Au final, cela finira par avoir un impact sur « la communauté païenne idéale » que certains voudraient construire. Quelle communauté voulez-vous ? Une communauté qui puisse grandir ? Pour cela il faudra qu’elle apprenne à dédramatiser son rapport à l’argent. Il n’y a rien de sale ou de malsain à proposer quelque chose contre de l’argent. On bave sur les anglophones,  -bien que franchement, leur communauté soit très loin d’être idéale, il suffit de regarder certains débats hyper violents- mais s’ils peuvent monter des rassemblements, avoir pleins de cours, des organisations etc, c’est aussi parce que le rapport au fric est moins tendu qu’ici. Parce qu’en plus, malheureusement, on a l’impression parfois que l’argent sert de régulateur pour s’assurer que les gens ne fassent pas n’importe quoi. Parce que sinon, c’est du je-m’en-foutisme à tous les étages quasi-garanti, tant que cela sera le cas, et tant que beaucoup auront l’attitude décrite plus haut avec la gratuité, on n’en sortira pas.

J’entends déjà les braillements venir : « ouiiii mais il y a des prix qui sont abusés, il y a des gens qui vont se prendre pour des gourous, il y en a qui… »

– Combien de personnes dans « le paganisme », qu’il soit francophone ou anglophone, pouvez-vous citer qui soit pleines aux as. Combien ? (Maintenant, j’aimerais bien connaître le montant du compte en banque de certains auteurs « new-âge » très en vogue dont les citations gnan gnan partagées sur les réseaux sociaux nous font saigner les yeux.)
– Vous êtes grand/es. Rien ne vous oblige à casquer des mille et des cents. Ou alors si vous n’êtes pas capable de dire « je trouve cela exorbitant » et de ne pas le prendre, et si la gratuité est une excuse à la moutonnerie, c’est grave.
– Pourquoi tout de suite tomber dans les extrêmes ? Vous partez donc du principe que les gens vont forcément tenter de s’enrichir à vos dépends. Que cela sera forcément injustifié. Pas une minute il ne vous vient à l’esprit que peut-être les montants seront « à discrétion » ou qu’il sera possible de négocier. Intéressant et révélateur.
– Encore une fois, au risque de radoter, l’argent est juste une valeur d’échange. Il y a autant sinon plus de risques de se faire « avoir » en faisant un troc qu’en scellant l’échange contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Vous n’évitez pas le problème avec le troc, vous le contournez si vous le faites « par défaut » (c’est-à-dire si la personne avec qui vous souhaitez troquer ne propose rien qui vous intéresse. Sinon, c’est autre chose.)

Si le fait de faire payer vous pose vraiment problème :

– Est-ce que c’est par jalousie envers les personnes qui le font ? Parce que vous n’osez pas le faire, parce que vous aimeriez peut-être le faire et que vous n’osez pas ? Parce que vous avez peur qu’elles puissent vivre la vie dont elles ont toujours rêvé alors que vous pas ? Encore une fois, au passage, ce serait intéressant de voir le nombre de personnes qui rêveraient de vivre de leur/s Art/s et le rapport qu’elles entretiennent avec l’argent.

– Est-ce que vous offrez quelque chose gratuitement parce que vous n’osez pas demander une contrepartie, même petite, en échange ? Pas forcément à cause du regard des autres, mais parce que vous ne vous sentez pas assez légitime ou que vous avez peur que votre travail ne soit pas assez bon. Sur la question de la légitimité, ce qui compte c’est la valeur de chaque travail que vous faites. Pas vos titres ou les trucs sortis du passé. Votre travail présent. Après, c’est à vous de l’évaluer avec justesse (plus facile à dire qu’à faire). Sur la question du « j’ai peur que mon travail ne soit pas assez bon, si j’étais caustique, je répondrais « donc si c’est gratuit, on peut fourguer de la merde à des gens crédules sans soucis ? » Si ce n’est pas ça, cela relève du même angle que la légitimité.

Il n’est pas question de faire payer pour tout, nous sommes d’accord. Le but de ce pavé -quoique lacunaire- étant simplement de secouer un peu les idées reçues sur « l’argent c’est le diable ». C’est à relativiser, à voir au cas par cas, en fonction des situations et voir nos propres réactions, essayer de les comprendre plutôt que de se forger un dogme tout fait, bien pratique mais au final assez peu pertinent.

[PBP] Q – Le quotidien et la vie spirituelle

Auteur inconnu

Le quotidien et sa routine est souvent un facteur de difficultés pour certains. Comment prendre ou trouver le temps de faire tout ce que l’on aimerait faire quand on doit gérer une journée de travail (ou des études, des révisions et un job d’étudiant), un temps de transports dans la plupart des cas, s’occuper de sa maison, des animaux et des enfants quand il y en a, les tâches administratives, les courses…

J’entends souvent dire « j’aimerais bien mais je n’ai pas le temps » et comme réponse « c’est que tu n’as pas envie de prendre le temps, quand on veux, on peut. » Dans les deux cas, je suis sceptique. Pour commencer par répondre sur le deuxième propos, ce n’est, à mon humble avis, pas une réponse qui est d’une grande aide. Elle est culpabilisante et n’aide en rien. Toujours à mon humble avis, quand une personne exprime une difficulté ou une frustration parce qu’elle n’arrive pas à faire quelque chose qu’elle souhaite, la renvoyer dans ses buts en lui rétorquant YAKA-FOKTU, c’est comment dire… useless, alors qu’un ou deux « trucs » ou lui demander ce qui cloche exactement, c’est plus utile.

J’écarterai les conseils du genre « demande à ton/ta partenaire de t’aider », supposant que les gens le savent, et ont demandé, et sont déjà dans ce cas de figure ou ne peuvent pas forcément l’être pour diverses raisons. Les détails ne me regardent pas d’une part, d’autre part, si vous n’y aviez pas déjà pensé, je peux rien pour vous.

1. Vos priorités dans votre pratique quotidienne

Qu’est-ce que qui pose problème exactement, ou en d’autres termes, si on vous donne un créneau de 20 minutes, qu’est-ce que vous aimeriez avoir le temps de faire dans votre pratique ?

  • Essayez d’établir deux ou trois (pas plus) choses que vous voudriez faire chaque jour, dans l’idéal, et qui vous semble indispensable dans votre pratique. Par exemple, pratiquer une respiration en profondeur, prendre quelques minutes pour faire des offrandes. Faire un tirage « du jour » et faire une méditation et avancer une lecture. Ne vous fixez pas de grands objectifs s’étalant sur la durée, pas pour commencer. Quand on commence à se dégoter des « niches temporelles », il vaut viser modeste, des petites choses indépendantes. Si vous vous fixer un objectif sur la durée, le risque est de se dire « bon aujourd’hui tant pis, je le ferai demain », et vous connaissez la suite…
  • Déterminez « une majeure » et « une mineure » : laquelle est vraiment prioritaire (dans VOTRE conception et VOTRE pratique, pas celle d’un autre) et prendra un peu plus de temps. Toujours dans le cas des 20 minutes, on peut dire, 13 min pour la majeure, 7 min pour la mineure. Notez que c’est un exemple, il n’est pas question de chronométrer, c’est pour donner un ordre d’idée… et tout va dépendre de l’organisation de votre journée. C’est plus facile et probant de se dégager tous les jours 5 minutes que de fantasmer toute la semaine sur le week-end en se disant « que l’on prendra le temps » etc, résultat des courses : la plupart du temps, on fait beaucoup de choses, mais pas celles que l’on avait escomptées.
  • Regardez à quoi ressemble votre emploi du temps : il y a sans doute des moment où les activités profanes peuvent se combiner avec vos priorités. Par exemple, si vous prenez le train, vous pouvez peut-être combiner votre transport avec une méditation ou une respiration (si le train est plein et que vous n’avez pas la possibilité de vous asseoir) ? J’ai une amie qui faisait ça il y a quelques années 😉 Avez-vous une pause déjeuner que vous pouvez prendre seul(e) de temps en temps ? Un endroit calme où vous aimez vous poser ?

2. Répartition du temps spirituel / profane

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, mais il y a sans doute un schéma global qui se répète. Suivant les périodes, il y a des moments plus ou moins chargés. Je crois que l’essentiel, c’est d’être clair sur ses souhaits et réaliste par rapport au temps dont on peut disposer. Peut-être n’avez vous pas la possibilité de faire certaines choses tous les jours pour X raisons que vous n’avez pas à justifier. L’important, c’est qu’il y a une certaine régularité, de ne pas culpabiliser et de ne pas se comparer aux autres.

  • Comme mentionné précédemment, il y a toutes sortes de moments quotidiens où le sacré et le profane (si on peut dire) peuvent s’interpoler. Quelques exemples en vrac :
    – Profiter d’un passage d’aspirateur pour purifier
    – Faire sa purification personnelle sous la douche
    – Faire une offrande pendant que l’on prépare le repas, ou garder une bougie dans la cuisine et l’allumer à ce moment là.
    – Profiter de la vaisselle pour faire une respiration en profondeur.
    – Allumer un bâton d’encens après la douche pendant que l’on s’habille ou se déshabille. Prendre 30 secondes, juste 30 secondes pour remercier ou faire de courtes dévotions ou s’adresser aux dieux, guides etc si c’est dans notre pratique
    – Prêter attention à ce qui nous entoure, même si on ne sort que le temps de gagner la gare ou la station de bus.
  • Parfois, faire des mini-planning pour le ménage par exemple, aide à y passer moins de temps : tous les jours nettoyer une zone, avec une fois par mois plus de temps pour les tâches moins courantes. C’est quelque chose que j’ai personnellement essayé, et honnêtement le but est de libérer le week-end et de ne pas se retrouver de temps en temps avec une monstrueuse journée de corvée. (Même si une amie m’a traitée de Bree Van de Kamp, elle a reconnue que c’était bien pratique).
  • Une autre démarche que je trouve intéressante : le projet 333, basé sur le minimalisme, qui consiste notamment à réduire sa garde-robe à un certain nombre d’items pour une durée limitée (je ne détaille pas plus, le lien explique tout très bien). Tout le monde ne sera pas intéressé, mais c’est une façon de voir qui est à essayer, et honnêtement, oui cela simplifie la vie. 😉 L’intérêt étant de se libérer l’esprit.

3. La vision de votre pratique

J’ai l’impression qu’un des problèmes pour l’inclusion de la spiritualité dans la vie quotidienne réside pour une bonne part dans l’image que l’on a de la première. Il est tentant, mais pas forcément pertinent, de se cantonner à une espèce d’Image d’Epinal de la pratique. L’idée que l’on doit obligatoirement se trouver en pleine nature, ou célébrer en groupe, ou aborer telle ou telle tenue ou faire un rituel sophistiqué n’est pas seulement utopique, elle est aussi empoisonnante.
Elle est empoisonnante parce que plus notre idéal se situe loin de ce que nous avons la possibilité de faire réellement au quotidien, plus on se sent incapable de l’atteindre et plus on est tenté de renoncer ou pire, de se culpabiliser.
Malgré la liberté apparente, il y a bel et bien des « standards fantasmés » de ce que doit être une pratique spirituelle et/ou magique. Qu’il faut revêtir une tenue rituelle, prendre une douche avant, organiser son espace, dresser un autel, projeter un cercle, faire des dévotions longues et compliquées… sinon vous n’êtes pas un « true » mais un « wannabe ». Et bien c’est de la merde. Le perfectionnisme est une forme d’immobilisme. Ne pas faire en se disant que l’on attendra pour « bien faire », c’est se noyer dans du béton sur le long terme. (J’ai tendance à être comme ca, du coup, je met mille ans pour répondre à certains mails ou pour écrire certaines choses, c’est nul.)

Vous en venez aux voies du paganisme pour trouver une religion/spiritualité qui vous correspond et vous vous enfermez dans des dogmes à la con, dictés et relayés par des articles de blog ou par des images sociales de personnes que vous ne connaissez pas. Franchement, autant aller à l’église le dimanche matin à ce moment là.

Sauvez une étoile : ouvrez le bocal.
(auteur du gif inconnu)

Qu’est-ce que votre pratique spirituelle/magique pour vous ? Qu’est-ce qui vous convient et qu’est-ce qui ne vous convient pas ? Il ne s’agit pas de faire « à la carte » -une réflexion que j’ai parfois eu « ah oui, le paganisme/la wicca/le machin/le bidule, vous prenez ce qui vous plaît vous laissez le reste ». Non. Il s’agit simplement de rester réaliste et pragmatique. Je vais prendre un exemple simple, qui m’a (nous) a longtemps concerné, le Loup et moi. Quand on voulait faire les Esbats de pleine lune, bien comme il faut, façon Wicca traditionnelle, on se prenait la tête, on était crevés, stressés, il fallait se motiver pour faire les préparatifs, ca prenait une plombe, résultat : enguelades, célébration merdique, stress, couchés crevés ou on renonçait parce que ca nous soûlait. Bénéfice : ZÉRO. NADA. C’était une attitude de merde : on s’obstinait mais ca n’était pas pour nous.
Aujourd’hui, après que « Mister Destructor » soit passé par là et que j’ai eu l’épiphanie un après-midi en me disant « putain, mon autel, ca correspond plus », et qu’il m’ait fallut des mois pour me rendre que compte que, tiens, ma façon de considérer les choses avait radicalement changé (pour le plus grand amusement d’une amie qui m’a dit par la suite « mais c’était grillé Choupette, tu étais la seule à pas le voir »), le reste s’est arrangé aussi. C’est assez curieux de mesurer les profondes évolutions après coup, parce qu’on ne les a pas vu venir, elles se sont faites en mode fufu dans un coin.
Aujourd’hui, la Tanière est devenue un endroit curieux, avec plusieurs autels, où on croise un Loup qui fait ses offrandes le matin et où le Sorcièron tire les cartes dans le salon le soir, tout en bavardant et en buvant un thé. Où souvent, les discussions nocturnes au chaud sous la couette passent allègrement du récit de la journée à des débats sur les Eddas et des spéculations sur ses protagonistes. Et la célébration des récoltes ne s’est pas faite skyclad dans un cercle, mais dans une forêt danoise, avec une bouteille de bière. Sans doute beaucoup moins classieux, mais franchement plus fun. Pour nous.
L’important, c’est de ne pas fantasmer sur ce que l’on aimerait être ou sur l’image que l’on aimerait renvoyer, mais d’être sincère sur ce que l’on est, ce qui nous épanouit, ce qui nous va et ce que l’on aime. Tant que l’on essaie de coller à une image ou de faire « comme d’autres que l’on admire », ca n’apporte rien. Alors oui, il y a des personnes pour qui certains types de pratiques vont très bien, et ils trouvent leur épanouissement là-dedans, ce n’est pas parce que ce n’est pas votre cas qu’il faut dénigrer leur pratique. Mais ce n’est pas parce que d’autres y trouvent leur compte que vous y trouverez le vôtre non plus.

Si vous rentrez le soir, que vous avez prévu disons, d’aller saluer vos guides, qu’est-ce qu’il vaut mieux : passer 2h à faire des préparatifs, être crevé et que cela ne donne rien ? Ou allumer une bougie et avoir plus de temps pour votre but ? D’autres personnes préféreront le faire rarement, mais en y mettant les formes, c’est une question de choix, de pratique, de point de vue et de personnalité. Peu importe, mais de manière générale, si ca coince trop longtemps, trop violemment et que cela vous dévore, c’est très certainement qu’il y a quelque chose à repenser.