[Introduction au culte des Ancêtres] Problématique générale et vision moderniste

Note : Tous les cas de figure ne seront pas abordés, autrement il faudrait carrément un ouvrage sur la question. Il s’agit simplement de commencer à faire du déblayage sur la question. 

En guise d’introduction

Le culte des Ancêtres est devenu un sujet qui a largement resurgi ces quelques dernières années. Il ne va pas sans susciter de nombreuses questions et problématiques. C’est globalement un sujet qui peut rapidement devenir épineux car très personnel. Il est donc parfois délicat de conserver suffisamment de recul, pour diverses raisons.
Malgré -ou peut être en raison de- tous les articles que l’on peut lire sur la question, certaines interrogations demeurent : le culte des Ancêtres ne va pas toujours de soi, et malheureusement, certaines personnes, en raison de leur histoire familiale, se sentent plus paumée qu’autre chose.
J’ai décidé de me lancer et de faire une suite d’article sur le sujet, dans l’espoir que ceux-ci puissent éventuellement être utiles à quelqu’un.
Je n’ai pas la prétention d’avoir des réponses toutes faites ou d’être en mesure de dire que, si c’est votre cas, « tout va s’arranger, ne vous inquiétez pas, vous n’avez qu’à suivre le tutoriel et au final, ça va aller comme sur des roulettes ». Au contraire, je pense que ce type d’attitude est non seulement contre-productive, mais qu’elle est en plus irrespectueuse de l’histoire intime et du vécu de chacun et de chaque famille. Je ne condamne pas les auteurs de ce genre d’articles : je suis certaine qu’ils tentent de faire de leur mieux, et faire quelque chose est toujours préférable à l’inaction. Cependant, il est délicat de traiter de situations que l’on n’a pas nécessairement expérimenté soi-même. Ce qui est un peu la raison pour laquelle je me suis décidée. Mon histoire familiale est très loin d’être idyllique, et ce sur plusieurs générations. Elle n’est pas non plus typique, loin de là, je le reconnais. Du coup, j’ai été amené à reconsidérer toutes sortes de paramètres auxquels je n’aurais pas forcément pensé autrement, ce qui est naturel. Je n’ai évidemment pas la prétention de tout savoir sur la question (très loin de là) ni d’avoir dans ma famille/histoire tous les exemples, et si je fais preuve de maladresse en m’aventurant dans une extrapolation intellectuelle à des fins de démonstrations et que vous vous sentez offensé/e, je m’en excuse par avance. De même, gardez en tête que j’honore principalement des déités germaniques et nordiques, (On peut considérer que je suis asatrú , même si je n’utilise pas beaucoup le terme pour moi-même, pour différentes raisons.) ma vision des choses est donc influencée par ce prisme, et elle ne sera peut-être pas la vôtre.
Toutes les personnes n’ont cependant pas de difficultés à honorer leurs Ancêtres, ni n’ont eu dans leur famille de problèmes particuliers. Et c’est très bien. D’une certaine manière, j’espère qu’elles représentent la majorité (mais quelque part, au vu des nombreuses discussions sur le sujet que j’ai pu avoir avec toutes sortes de personnes différentes, de tous les âges, de tous les horizons et des deux sexes, j’avoue que j’en doute). Que ces personnes sans « épines » ne sentent pas offensées non plus : qu’elles savourent simplement leur chance, et puissent-elles continuer sur cette voie et transmettre à leurs éventuel/le/s descendant/e/s cette chance, et mesurer leurs paroles avant d’émettre d’éventuels propos blessants pour ceux qui tentent de redresser la barre.

Une autre raison qui m’a poussée à écrire sur le sujet, c’est que la majorité des articles que j’ai pu lire concernant les Ancêtres provenaient d’auteurs américains et anglophones. À l’instar d’une majorité de sujets me direz-vous. Nous sommes très contents de les trouver, et encore une fois, c’est bien que des gens se bougent le cul. Maintenant, pour tout un tas de raisons, je ne sais pas s’il est très probant de perpétuellement se baser sur l’expérience d’américains, pas plus qu’il ne me semble culturellement et spirituellement viable d’envier le fonctionnement d’un système qui repose sur une toute autre façon de vivre. À chaque endroit ses coutumes, sa façon de vivre et d’appréhender le monde. Elles sont différentes, et c’est tant mieux. (Mais cela, je n’ai pu le constater et l’éprouver que depuis que je vis moi-même de l’autre côté de l’Atlantique. Et non, je ne pense pas être en train de « m’américaniser », loin de là même. Mais ceci est une autre histoire.)

La vision moderniste

La vision actuelle du culte des Ancêtres possède des éléments plutôt marrants quand on y pense. Elle est assez mignonne, souvent pleine de bons sentiments contemporains et de généralités qui sont davantage révélateurs de notre société actuelle que des anciennes sociétés traditionnelles (concept somme toute relativement vague, puisqu’il ne marque pas les époques de manière précise. Une société traditionnelle : oui, mais quand ? Celle d’avant la Seconde Guerre mondiale ? Le XIXe siècle ? Avant la Révolution française – ou d’autres périodes génératrices de changements pour les autres pays, par exemple la révolution industrielle anglaise ?)
Prenons par exemple les arguments les plus facilement avancés en la matière :
• « Mais c’est important de rendre hommage à ceux à qui vous devez la vie. Et puis ils ont plus d’intérêts que les Esprits ou les Dieux à venir vous aider. Ils vous aiment et c’est directement dans leur intérêts que vous alliez bien et que le succès couronne vos entreprises. » (Pour reprendre peu ou prou ce que j’ai pu lire dans ce domaine). Ce postulat n’est pas totalement faux sur certains points, mais la manière dont il est présenté soulève un certain nombre de points délicats.
Premier problème : la façon de présenter la vie comme un cadeau. Je passerai sur le fait que tout le monde peut ne pas la considérer sous cet angle, pour arriver à un autre point que peu semblent relever : le fait que tous les enfants et descendants n’étaient pas considérés comme des dons, mais parfois bel et biens comme des fardeaux, des bouches inutiles qu’il allait falloir nourrir. La notion de l’enfant-merveilleux, de l’enfant-trésor, puisque les problématiques diverses conduisent à un nombre croissant de couples infertiles/stériles, et qu’il en résulte un nombre significativement restreint d’enfant, mais pour compenser, la science tente de pallier ce problème en proposant « un enfant de plus en parfait ». J’ai vu un documentaire intitulé Naître en 2040 dans lequel un professeur explique qu’il est ridicule et impensable de penser que l’on retournera à un modèle de familles nombreuses, et que compte tenu d’un certain nombre de paramètres, dont l’augmentation des perturbateurs endocriniens et de la pollution (sans même rentrer dans les explications socio-culturelles et économiques) conjugués avec l’augmentation e l’âge moyen de la p/maternité (parce que le sperme produit est de moins bonne qualité avec l’âge), les familles de 2040 n’auront vraisemblablement qu’un seul enfant, et que pour la majorité d’entres elles, la science interviendra puisqu’il faudra bien présenter « un enfant-trésor » quasi-parfait. Ça vous fait froid dans le dos ? Moi aussi, je n’ai pas pu aller au bout du documentaire.
Autre problème : celui des bâtards, ou comme ils étaient désignés dans le droit, des « enfants naturels » (notion qui, en France, apparaît à la fin du XIVe siècle, et ne disparaîtra qu’en… 2005. Et oui. En l’an 2000, la France a d’ailleurs été condamnée par la Cour européenne des Droits de l’homme pour avoir fait la distinction entre un enfant illégitime et un enfant légitime dans une histoire d’héritage.) qui peut créer de gros problèmes, non seulement durant la vie de l’enfant, pour lui-même (reconnaissance juridique, mais aussi au niveau des mentalités : la fameuse question de ce que j’appelle la régulation horizontale, c’est-à-dire le côté « surveillance par les pairs » pour s’assurer que la société (ou un groupe donné) fonctionne comme elle devrait, par opposition à la « régulation verticale » qui est effectuée par les instances étatiques. Pour donner un exemple concret et bien marquant, dans les camps de concentration, la surveillance des déportés étaient majoritairement effectuées par d’autres déportés. C’est de la régulation horizontale.) mais par la suite au niveau de la lignée, soit en raison de secrets, ou d’abandons (ou autres) qui vont générer, par exemple, des non-dits que les descendants auront à gérer, qu’ils en soient ou non conscients, mais aussi dans certains cas, par rapport à la hamigja familiale qui peut s’en trouver affectée. Cette notion d’enfant qui est forcément un don est globalement une vision moderne, mais qui plus est, moderne-aisée (par comparaison avec le mode de vie du paysan moyen vivant au XVIIe dans une région où l’agriculture est difficile) et empreinte de christianisme (notion de l’enfant qui est un don de Dieu) : les anciens du premier siècle ne s’embarrassaient probablement pas d’autant de considération (je reste volontairement dans le vague sur les précisions/localisation).
On pourrait entrer dans le détail des pratiques abortives (très anciennes) et de l’infanticide, mais le sujet étant assez spécifique, je passerai pour le moment dessus.

Dans la série « vision moderniste », j’appelle à la barre tous les clichés à base de « nos ancêtres ne divorçaient pas » et autres poncifs du genre. Oui, c’est connu. (Ici disons que nous parlons pour la période 1805-1955.) Nos ancêtres ne divorçaient pas, ne commettaient pas l’adultère (voir plus haut sur les enfants naturels), étaient travailleurs, ne se laissaient pas aller, se battaient courageusement pour la patrie (laquelle au fait ?) et tout le tintouin. C’est connu. Il n’y avait pas de problèmes d’alcoolisme, pas de femmes ou d’enfants battus, pas de suicides (je demande les statistiques en la matière pour la Bretagne entre 1850 et 1930, qu’on « rigole »), et pas de mariages qui finissaient en eaux de boudins, pas de filles-mères chassées de chez elles, pas de petites bonnes qui ont finies sur le pavé et pas de gamins morts sur les plaines de Russie et de Crimée parce qu’ils s’étaient enrôlés à la place de bourgeois personnes plus riches qui les avaient payés pour prendre leur circonscription à leur  place. (Je n’aborde même pas les histoires d’homosexualité). Concrètement, pour reprendre l’exemple du divorce,ce qui est sûr, c’est qu’il était beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui et très mal vu, au moins en province. Que les femmes étaient souvent sans ressources propres. Voilà qui réduisait en tout cas les probabilités, mais cela existait. En témoignerait mon arrière-grand-père, cultivateur dans l’Alsace du début du XXe siècle, qui divorça deux fois.
Je ne suis pas en train de dire que c’était mieux ou moins bien, le but n’est pas de porter un jugement sur le mode de vie et les mœurs de nos ancêtres. Pas plus que je ne regrette qu’on essaie de s’inspirer de ce que leur mode de vie peut avoir d’inspirant. Il ne s’agit pas de faire un procès, simplement de relativiser un discours qui me paraît parfois un peu trop idéalisé et à des années-lumières de ce qu’a pu être l’existence de certains. Trop de distance entre le fantasme et la réalité me semble nuisible : on pourrait croire, à en entendre parfois certains discours, que si notre histoire familiale ne s’inscrit pas dans une image d’Épinal, alors elle n’est pas digne d’être honorée et que nos ancêtres en deviennent d’un seul coup des gens justes bons pour les oubliettes. Hors, nous n’avons pas vécu leurs vies, et considérer leurs vies passées sans tenter de les passer à la brosse à reluire pour le confort de sa conscience ou pour qu’elle soit plus reluisante (aux yeux de qui ?) me paraît être justement un exercice de fidélité à ces mêmes ancêtres. Comme tout un chacun, ils ont eu leurs forces et leurs faiblesses. Ils ont fait certaines choses qui méritent d’être honorées et d’autres qu’il est peut-être préférable de passer sous silence (j’ai dit passé sous silence, pas oublié). En somme, ils ont été comme vous et moi.
On ne jette pas une personne à la poubelle parce qu’elle n’est pas en tout point conforme à ses attentes. Pourquoi devrait-on agir de la sorte quand il s’agit de sa lignée ?

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La prose des Bâtards (les problématiques dans le Culte des Ancêtres)

Un dernier article avant un déménagement au loin… Je ne reviendrai pas avant un bon moment. 

Il n’y a plus que la Patagonie, la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud Je suis en route J’ai toujours été en route Je suis en route avec la petite Jehanne de France. (Blaise Cendrars – La prose du transsibérien)

Le culte des Ancêtres occupe une bonne place -sinon la place principale- dans les cultes traditionnels. C’est plus ou moins visibles suivant les groupes et les axes reconstructionnistes et autres, mais au niveau francophone, on assiste à une visibilité de plus en plus importante de cette pratique. Dans la théorie, il est facile de synthétiser rapidement le principe : celui d’honorer ses ascendants. Toujours dans la pratique, il est également relativement facile de de faire quelques synthèses de pistes pour les cas « problématiques » : vous avez été adopté(e) ? Tant mieux, vous avez à la fois vos lignées adoptives et vos lignées génétiques à honorer. Vous avez eu des conflits familiaux graves / familles abusives ? Concentrez-vous sur les « bons » ancêtres et de toutes façons, vous n’êtes pas un individu sorti de nul part, vous êtes sur terre parce que des gens se sont battus, ont survécus et que tout ne tourne pas autour de vous. D’accord, tout ca n’est pas faux, loin de là. D’accord cela ouvre des pistes.

Sauf que, tout ces pistes théoriques, prêtes à bouffer, c’est de la théorie justement. Et le sujet du culte aux Ancêtres, c’est toujours de la théorie, sauf quand il s’agit des nôtres. Quand il s’agit de notre histoire -ou non-histoire- familiale. Arriver la grande gueule en bandoulière avec des réponses toutes faites, c’est ce que vous pouvez vous permettre de faire quand vous n’êtes pas concernés, parce que la théorie prend tout en compte, sauf l’énorme potentiel explosif et sensible dont cette question est porteuse.

Pour certains, il est facile de s’exciter sur une image d’Épinal de sa famille (Parfois, « les fantasmes ancestraux », ca me fait penser au délire de Gardner qui a prétendu avoir été initié et avoir reçu des infos trop trues de Dorothy Clutterbuck, histoire de rendre plus crédible et plus badass ce qu’il avait reconstruit (remarquez, il y a peut-être des wiccans tradz qui s’ignorent. Ok, j’arrête de troller) que d’oublier ses paradoxes, d’oublier ses douleurs. Quelque part, tant mieux pour eux. Sauf quand ils se servent de leur vision (qui n’est jamais qu’un prisme lacunaire : chaque fois que nous considérons quelque chose, ce n’est de toute façon qu’un prisme lacunaire. C’est pareil pour les problèmes, sauf que c’est plus difficile d’échapper à un prisme problématique que de se mettre la tête dans le sable) pour essayer de l’imposer aux autres, ou pire de les rabrouer ou de les tancer sur ce qu’ils devraient faire et ne pas faire. Franchement, quand vous n’êtes pas directement concerné, soit vous y allez mollo, soit vous fermez votre putain de gueule avec vos généralisations sur qui / quoi / pourquoi on devrait honorer ci ou mi. Idem pour les discours du type « mais si tu né/e, c’est que tu l’as choisi, donc… » (les dérives du New Âge et ses ravages : avoir ce type de philosophie n’est pas intrinsèquement un problème, ce qui est un problème, c’est quand la personne s’en sert pour donner des leçons). Les gens qui arrivent la gueule enfarinée avec des discours tout fait sur ce type de question ont généralement une famille relativement simple, ou alors c’est ce qu’il aimerait croire (un peu comme quand j’entends les généralisations idéalistes/idéalisées pour correspondre à « un certain modèle moral », généralisations du type « nos ancêtres ne divorçaient pas ». Ou encore plus fendard quand cela implique les délires du style « l’homosexualité existait moins qu’aujourd’hui ». Haha. Mais bien sûr. Les divorces existaient, ils étaient peut-être moins fréquents effectivement, mais peut-être qu’ils étaient moins fréquents parce que les lois le rendait beaucoup plus complexe, pas parce que les gens avaient une morale « tellement différente de celle de nos jours sur la question. » Tout est relatif : ce type de question demande une énorme quantité de recherches pour ne pas sombrer dans le cliché bas de gamme. Quant à l’homosexualité, je n’ai pas assez de données pour y répondre (à part que les catégorisations hétéro/homo etc, semblent dater de l’ère victorienne), alors plutôt que de dire une connerie, je me contenterai de dire que cela demande des recherches. Peut-être qu’effectivement, elle était moins fréquente qu’aujourd’hui, peut-être pas (je dis bien « fréquente » pas « visible »).

Et que fait-on, quand il n’y a pas d’histoire familiale ? Parce que vos racines n’ont cessées de bouger au cours des quatre générations précédentes, qu’il n’y a eu aucune transmission ? Quand vous avez été coupé(e) de votre histoire par des parents / grand-parents qui pour X raisons ont refusés de transmettre « le flambeau » ? Et que fait-on, quand tout ce que vous découvrez, génération après génération, c’est la répétition d’une histoire dramatique, malsaine, et pas seulement le fait d’un individu isolé ? Et que fait-on quand on n’a pas de « terre natale », quand on appartient aux déracinés, à ceux qui passent leur vie, et dont les ascendants ont passés leur vie à devoir oublier le passé ? Quand les archives qui pourraient contenir votre histoire ont toutes été brûlées par les conflits successifs qui ont déchiré une partie de l’Europe ? Parce que cette région d’où certains de vos ancêtres viennent, a été une poudrière ? Ou quand vous êtes un(e) enfant « non conforme au cahier des charges familiales » et que par le truchement de votre éducation, on vous a non seulement fait comprendre que vous ne faisiez pas partie de la famille, mais que l’on vous a violemment fermé la porte à toute coutume, langue, histoire, culture, souvenir ? (Franchement, pour moi, des gens qui se sont conduits comme ça ne méritent ni que l’on fleurisse une tombe -qu’ils ne méritent pas-, ni qu’on les honorent.). Le problème du problème, c’est quand cela ne se résume pas une seule génération, mais quand l’on constate que ce type d’histoire se répète, des parents, des grands-parents, et encore avant. Après, il ne reste souvent pas grand chose de tangible, et pour moi, il y a une différence entre honorer des ancêtres « imaginaires » et avoir des souvenirs concrets de transmission. Quand on cumule toute une suite d’axes à problèmes, ça devient velue comme thématique. On pourrait imaginer que effectivement, retrouver quelques « ancêtres référents » aide, et d’une certaine manière, c’est le cas. Mais de manière un peu grinçante, j’ai eu l’occasion de constater que très vite parfois on vient vous dire que, quand même, ce n’est pas comme vos ancêtres de sang et que pourquoi vous ne… (« Merde ! » comme dirait Léodagan.) Parfois, on peut retrouver certains ancêtres qui se pointent, et petit à petit, retisser le lien. Parfois. Pas toujours. J’avoue que quand on constate que finalement, tout est mort à ce niveau là (parce que parfois,  il ne reste plus personne de vivant, histoire de bien couronner le tout), je vous avoue que je ne sais pas comment on fait. Je n’ai pas de réponse, et j’ai pu constater que cette problématique est beaucoup plus courante qu’on ne le pense. Comme pour beaucoup de sujets : on trouve beaucoup de sources quand cela se passe bien, moins quand ca se passe mal. Et généralement, les cas où il est fait mention de situations qui se passent moins bien, soit c’est quand la personne a résolu sa problématique, soit quand elle a décidé qu’elle ne ferait pas çi ou ça pour telles et telles raisons. L’entre-deux, faut gratter nettement plus pour avoir des infos. En même temps, je ne cherche pas de réponses toutes faites, justement parce que je crois que dans ce domaine, les réponses toutes faites ne marchent pas. Oui, on peut honorer ses ancêtres de manière généraliste, mais est-ce que, en terme d’impact et de force, cela suffit à compenser les autres défaillances ? En d’autres termes, est-ce que ce rempart suffit pour contenir toute l’étendue d’eau qui par ailleurs menace ?

Par dessus le marché, le pompon, c’est quand des gens viennent vous dire QUI vous devriez prier parce que vos ancêtres venaient de là, et qu’ils ont lus deux fiches wikipédia et pensent vous apporter la civilisation. Jusqu’à preuve du contraire, laissez une personne suivre son chemin. C’est le sien, pas le vôtre. D’autant que les évolutions arrivent au fur et à mesure d’un cheminement, à vouloir les forcer, on risque juste de « braquer » la personne et à la bloquer. Ou qu’elle peut avoir d’autres processus nécessaires à explorer au préalable, quitte à se rendre compte qu’en fin de compte, telle option n’en était pas une et qu’elle s’avère finalement caduque. De plus, des histoires « d’adoptions » peuvent arriver à plusieurs niveaux : non seulement les adoptions passées mais aussi toutes les adoptions actuelles : adoption par une terre, une région, un pays. Adoption par une lignée qui nous intègre, lignées perdues qui en fait rejaillissent sous forme d’un Allié, d’un panthéon etc. Je pense qu’en terme de « culte des Ancêtres », il y a autant de solutions, de problématiques, de parcours, de fonctionnement qu’il y a de personnes.

Et au quotidien ?

Auteur inconnu

Sur News & Liens païens, Morganna a récemment demandé « comment on vivait notre paganisme au quotidien, si on le vivait au grand jour, etc. »

Que répondre ? Au quotidien, je le vis bien, merci, ca baigne.

Est-ce que je le vis au grand jour ?

La famille 
Ma famille est au courant (en même temps je n’ai pas une grande famille), elle est au courant depuis que tout a commencé : j’avais fait un autel et déclaré que maintenant c’était comme ça. Vlan, en plein dans le vif du sujet. En même temps, il y a eu des signes avant-coureurs, puis c’est pas comme si ma mère ne nous avait pas sorti son « Grand Albert » quand j’étais petite, comme si on ne m’avait pas offert mon pendule à l’âge de 6 ans, bref…  Ça n’a pas été facile tous les jours, notamment parce que les parents s’inquiètent, et qu’à l’adolescence, il suffit que vous ayiez des problèmes ou une mauvaise note en maths pour que vos parents mettent cela sur le dos « de vos croyances. » C’est normal, ce sont des parents, ils sont inquiets et leur réaction est normale. C’est plutôt le contraire qui serait surprenant. Je ne vais pas développer le passé, justement parce que c’est le passé. Ma mère est morte depuis (pas de condoléances, merci, ça me lourde) et mon père s’y est fait. Il a même fallu le modérer parce qu’il avait -et a encore- parfois des accès d’enthousiasme, comme annoncer dans un B&B perdu dans le Lake District que ma sœur et moi étions des sorcières. Ou au dîner, il se mettait à dire « oui les Chrétiens ils me font chier, les païens c’est mieux, ils ont une déesse et un dieu, on baise pas tout seul, merde. » « C’est un peu plus compliqué que ça, mais merci Papa. Passe moi le pain s’il-te-plaît ».
Il est toujours aussi open avec les années, même si j’ai eu droit une fois ou deux à : « mais pourtant on vous a élevées normalement, comme se fait-il que vous soyez aussi « hors des sentiers battus ? » (enfin, parfois c’est exprimé de manière moins sympa, il faut le dire). Mon oncle avait fait mon thème astral à ma naissance, et annoncé que j’avais de grandes dispositions pour devenir avocate. Parfois j’ai envie de dire à mon père que pour « l’avocat et le médecin, c’est mort, mais pour la fille-aînée-chelou et la taxidermiste en devenir, c’est en bonne voie. »

Nous avons récemment eu une discussion passionnante sur les mythes nordiques et le chamanisme, suite à ma lecture d’un bouquin de Juha Pentikäinen, et j’en ai profité pour lui dire que pour moi, les dieux ne sont pas des personnages d’histoires ou des archétypes. Qu’ils existent réellement et que je crois en leur existence. Histoire de.

Je suis mariée avec un autre païen, donc au quotidien, pas de problèmes. On a fait un Handfasting il y a quelques années. La mairie, ça faisait chier, donc que avec les témoins. L’union des mains avec famille et amis, chez mon père. On avait fait passer un texte, précisé les grandes lignes du rituel avec explication. Sur le texte que tout le monde pouvait lire, on avait bien ajouté une note, comme quoi ceux qui étaient gênés, parce que cela leur paraissait étrange ou en contradiction avec leurs croyances (mon meilleur ami est chrétien, d’autres sont athées, agnostiques, etc.) qu’ils fassent selon leur cœur. Une des surprises les plus marquantes du rituel, c’est que tout le monde a lu le texte.

Et au travail ?
Au travail, non. Je n’aimerais pas que quelqu’un vienne me parler de sa religion en détail, donc je ne parle pas de la mienne. Je considère que ça n’a pas sa place dans le milieu professionnel, c’est hors de propos. Par contre, il y a déjà eu un collègue qui m’a demandé de but en blanc si je croyais en Dieu. De son propre aveu, il voulait aborder la conversation et croyait choisir un truc neutre. (°__°) Je n’en parle jamais, plus maintenant. Je l’avais fait à une époque où j’avais commencé ma vie pro et où le climat pro était détendu, mais au fur et à mesure, mon environnement professionnel a évolué, idem pour ma religion, et je n’ai plus aucune envie d’en parler. Trop personnel. Par contre, quand/si on me pose une question de but en blanc, sois je ne répond pas ou élude, parfois, je répond franchement. Pour l’instant, je n’ai jamais eu d’hostilités déclarées, même si dans un de mes boulots, un de mes supérieur plutôt cool m’avait averti qu’il ne fallait surtout pas que ça remonte aux oreilles de la direction, sans quoi je pourrais avoir de graves problèmes. Au travail en tout cas, quand j’étais au lycée, c’était un peu plus folklorique.

Pareil, avec le mariage, les questions récurrentes sont « et tu te maries à l’église aussi ou juste à la mairie ? » Dans mon précédent taf, ca avait donné lieu à une discussion absurde avec une collègue, pour qui, si ça n’était pas Christianisme / Judaïsme / Islam, c’était athée. Maintenant si je répond -parfois je laisse la question en suspend et change de sujet- je répond que j’ai fait un mariage religieux, tout en précisant « pas à l’Eglise », sans préciser. Parce que trop souvent, en France, c’est un peu « catholique » ou « athée » dans la tête des gens.

Amis/ connaissances
Ça dépend. Mes amis proches sont tous au courant, à plus forte raison que l’immense majorité d’entre eux sont des sorciérons. Pour les autres, ils savent plus ou moins, sans rentrer dans le détail (et je n’irais pas leurs donner l’adresse de ce blog par exemple.)

À une époque, je portais des signes distinctifs reconnaissables, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, le symbole en question n’étant pas très connu. J’ai plus tendance à le planquer si je sais que des gens peuvent comprendre, pas par timidité ou peur, juste parce que ça ne les concernent pas et que je n’ai pas envie d’avoir des questions.
À ce propos, j’ai remarqué que quand on reste dans le factuel, « je suis polythéiste », les gens comprennent globalement, on ne rentre pas dans le détail et c’est marre. Le reste, à savoir, le type de pratique, l’implication d’autres esprits, le niveau de relation et toute la cuisine, ça ne regarde personne et je n’en parle pas. Je ne vois pas l’intérêt de parler de médecines alternatives, de « magie » et d’autres trucs, cela ne sert à rien, si ce n’est à créer une sorte de case « bizarre » dans la tête des gens. Il y a un monde entre dire « je suis polythéiste » et dire « je suis polythéiste, on peut parler avec les dieux, faire des voyages etc. » Dans le premier cas, c’est un fait. On est d’accord ou pas avec, mais c’est une donnée. Dans le second cas, c’est la porte ouverte aux emmerdes de tous poils, aux discussions sans fin, et éventuellement à une stigmatisation ou classification. Que quelqu’un me dise « je suis Chrétien ». Ok. « Je suis Catholique et quand je communie, bla bla bla » d’une part cela peut ne pas m’intéresser, peut me mettre mal à l’aise, et je pourrais m’interroger, non sans une certaine légitimité, sur l’état de santé mentale de la personne qui m’explique que le vin et le pain se transforment en chair et en sang. Je sais bien que ce n’est pas « réellement » le cas, mais c’est un exemple, juste pour mesurer la situation.

Quand j’ai débuté, j’aimais bien en parler. Un peu trop sans doute, l’enthousiasme des débutants. Aujourd’hui, plus vraiment, ce en quoi je crois ayant considérablement évolué ces dernières années. C’est un cheminement personnel et je n’ai ni à le partager en détails avec le premier venu, ni à faire un coming out. Cela fait partie de moi : je ne montre pas mes tatouages à tout le monde. Mes croyances, et plus spécialement le « comment, pourquoi » ou « quel degré de relation avec les Déités », c’est pareil.

Je ne le cache pas non plus. Maintenant, j’avoue que si je voulais émigrer dans un pays où on me pose la question de mes croyances, et que cela pouvait me nuire, je ne sais pas ce que je répondrais. Je refuse de mentir, dans le meilleur des cas, j’élude. Mais si ce cas de figure se présentait, je ne sais pas : est-ce que je continuerais de « tenir mes positions » au risque de me voir refuser l’entrée ou est-ce que je ferais profil bas ? Bonne question, pour laquelle je n’ai pas de réponse : c’est typiquement le genre de situation facile à projeter quand on est assis au chaud devant son écran avec une tasse de thé. Quand on y est, et suivant les raisons, c’est une autre paire de manches.