[Odin Project #14] En dépit de ? Non. Avec.

Chaque fois qu’il est question d’aborder les aspects dits « sombres », les côtés délicats d’une déité, ce qu’elle a de plus craignos etc, je suis souvent étonnée de voir que ces aspects sont perçus comme un mal nécessaire, quelque chose que l’on accepte à contre-cœur.

Comment expliquer ?

Tout d’abord, je ne pense pas que ce que nous appelons « les côtés sombres » aient toujours, systématiquement été perçus comme tel. Je pense que, quelques soient les déités que nous approchons, la façon dont elles ont été vues a évolué, non seulement au fil du temps (nombre d’entre elles ont en quelques sortes survécues, dissimulées dans les coutumes, les contes et les chansons, on peut lire en filigrane certaines évolutions.) mais aussi en fonction des personnes qui les vénéraient.
En l’occurrence dans le cas d’Odin, si certaines analyses laissent penser que Thor et Freyr avaient la préférence du peuple, d’autres catégories de personnes devaient sans doute préférer Odin, aspects craignos itou. [Je ne reviendrai pas sur les analyses en question qui ont déjà été mentionnées, au moins en partie, sur ce blog.] Notre attitude par rapport à ce qui est « dans le paganisme » (terme à prendre avec les précautions d’usage, ne pas mettre dans le même panier, et tout le toutim) considéré comme l’aspect « sombre » d’une déité est souvent révélateur de nos craintes, de nos peurs et de notre attitude face à la mort, la douleur, la terreur  et j’en passe.

« Le sombre est un outil. Ou un mal nécessaire ». »Si, si j’accepte cette part d’ombre mais » (et j’ai envie de dire comme dans Game Of Thrones « ma mère m’a appris que tout ce qu’il y avait avant le mot « mais » ne comptait pas ») => cela revient plus ou moins à dire « je ne t’accepte pas comme tu es, mais je vais faire un effort, et je suis bien gentil/le de le faire ». Ou « j’en fais un outil, parce que sinon je ne vois pas de justifications à accepter cette part là ».

Comment dire ?

Quand j’aime une personne, je l’aime comme elle l’est. Avec ses qualités et ses défauts. Et parce qu’elle a certains défauts, je la trouve encore plus attachante et je ne l’en aime que davantage. Ce n’est pas toujours simple, ce n’est pas toujours évident. Mais en fin de compte, on ne trace pas une ligne pour dire « ca je prend » et « ca je laisse ». On ne remodèle pas une personne en fantasmant ce que l’on voudrait qu’elle soit, parce que cela ira mieux avec notre caractère, notre histoire, nos attentes et nos projections.

Avec les déités ce n’est pas différent.
Je n’apprécie pas Odin EN DEPIT de ses aspects craignos. Je l’apprécie AVEC. PARCE QUE.

J’ai parfois lu qu’il ne faut pas. Que ce n’est pas conseillé.

On n’est pas obligé de se focaliser « sur ». Mais ne pas se focaliser sur ne veut pas dire « oublier ou composer avec mauvaise grâce ». Ou en faire « un désagrément obligatoire. »
J’honore Viður.
Et Ygg.
Et Hangaguð.
Et les autres.

Auteur inconnu.

Les aspects craignos comme les aspects très sympathiques. Ceux qui réjouissent le cœur et l’âme comme les autres. Je n’ai pas envie de coller une part de ses aspects au placard, comme s’ils étaient des détails repoussants.
Est-ce que c’est utile ? Mais encore une fois : vous honorez les dieux, vous les priez et vous les aimez parce que c’est UTILE ? Vous aimez votre chat, votre conjoint/e, vos ami/e/s parce qu’ils sont utiles ? Vous faites tout par intérêt ?

Il paraît que c’est dangereux.

Mais VIVRE est dangereux. La vie est une maladie mortelle. Faire l’amour est dangereux : vous pouvez chopper le sida. Aimer est dangereux, on peut vous briser le cœur. Surtout ne traversez pas la rue, vous pourriez vous faire renverser par une voiture.

On fait attention à tout. On doit vivre sainement. Baiser avec des capotes, ne pas boire, ne pas fumer, manger sain et de préférence bio. S’inquiéter des radiations nucléaires, de la fonte des glaces, de l’inflation de ci et de mi…et on souhaite « une pratique spirituelle sans dangers ? »
On a largement de quoi s’inquiéter de manière pragmatique, si c’est pour s’inquiéter et évaluer ses choix spirituels comme on calcule les risques pour un emprunt bancaire, non merci. Pas pour moi. Je comprends que l’on puisse préférer faire autrement. Que l’on choisisse autrement. Ce sont des choses qui vous regardent, et personne d’autres n’a à vous dire quelles routes prendre, quels chemins emprunter. C’est personnel.

Peut-être que je le regretterai un jour. Oui, peut-être. Peut-être pas. Et non, tout n’est pas toujours rose, toujours facile. Mais non, tout n’est pas horrible non plus.
Mais c’est seulement dans les dernières minutes de mon existence que je pourrais peut-être savoir si ce choix là était d’une idiotie folle ou pas. Très prosaïquement, je pense que j’aurai autre chose à penser.

[Odin Project #4] Un dieu fourbe ?

Comme cela a déjà été mentionné plusieurs fois précédemment, Odin était un dieu craint et considéré comme fourbe. Encore aujourd’hui, j’ai été plutôt étonnée, en lisant certains forums et en discutant avec des ami/e/s, il est toujours un dieu dont on se méfie voir dont certains ont peur. Pour certains c’est en raison de ce qu’il dégage comme énergie, pour d’autres c’est parce qu’il est perçu comme prêt à vous rouler dans la farine si le besoin s’en fait sentir (pour résumer brièvement une partie des échanges / lectures. Ceci étant, cela n’est bien évidemment pas une vérité générale.)

Est-ce que cette réputation est justifiée ?
Dans les textes, il est rarement vu sous un jour vraiment positif. Quand il apparaît, sous un déguisement, chez les humains, il y a effectivement du grabuge dans la plupart des cas. Dans Les énigmes de Gestumblindi (une partie de la Hervarar saga) et dans le Vafþrúðnismál, -on va résumer grossièrement- il se pointe pour une partie de devinettes et dans les deux cas, il termine par une pirouette en demandant à Heidrekr et Vafþrúðnir « ce qu’Odin murmura à l’oreille de son fils [Baldr] sur le bûcher funéraire de celui-ci ? » (« Oui, non, zbradaradjian ». Pardon aux familles comme dirait Babette.) Evidemment, les deux gars ne peuvent pas répondre. Le géant reconnaît qu’Odin est le plus sage. Le roi Heidrekr se barre en se transformant en faucon, se fait couper la queue. Dans les deux cas, il s’en tire par une pirouette.

On retrouve au fil des textes, (au pif dans le Hávamál : la strophe 110, faisant état d’un serment prêté sur l’anneau. Serment rompu par Odin.) plusieurs mentions de sa « fourberie ». Je ne rentrerai pas aujourd’hui dans le cas du « Odin, fauteur de malheur ? » mais en gros, il est présenté comme un dieu à qui l’on ne peut pas se fier. Il n’est pas un dieu de la justice comme Tyr et il n’est pas non plus un dieu de la guerre et de la force comme Thor. On ne le voit pas directement sur le champ de bataille, par contre, il les provoque. Il n’arbitre pas les conflits, et il n’hésite pas à favoriser ses préférés, mais c’est souvent à double tranchant.

Odin possède une connaissance redoutable, et il a des moyens pour avoir des informations : ses corbeaux, la pratique du Seiðr, Hliðskjálf… On peut donc raisonnablement supposer qu’il a la possibilité d’être au courant de ce qui peut advenir, ou d’un certain nombre de potentialités. Un stratège ne sait pas à l’avance comment une bataille va tourner, par contre, il sait réagir rapidement aux mouvements de l’ennemi et s’adapter le plus efficacement possibles aux changements et à la topographie d’un terre. La fourberie d’Odin pourrait provenir en partie du fait qu’il s’adapterait en fonction de l’évolution de la situation, quitte à revenir sur sa parole. Ce n’est qu’une supposition, et on pourrait objecter que cela n’est pas une raison (en même temps, dieux ou pas, si nous pouvons avoir notre avis sur quelque chose, premièrement nous ne connaissons pas toutes les motivations et deuxièmement, je pense qu’il est toujours facile d’avoir un avis extérieur…) mais il n’est pas illogique de penser qu’il se contente de faire ce qui est le moins nuisible sur le long terme.
Prenons l’exemple de Tyr qui met sa main en gage dans la gueule de Fenrir pour qu’il se laisse attacher. D’un côté il a rompu un serment, de l’autre il s’est sacrifié « pour le bien général ». Rien ne dit dans le mythe que c’était facile pour lui. C’est un peu complexe à résumer comme ça, mais Odin endosse peut-être lui aussi ce rôle de briseur de serment parce qu’il y est d’une certaine manière tenu par sa position.
Et donc, est-ce que sa réputation est justifiée ? Pour moi, oui et non. Parce qu’on ne peut pas demander à un dieu-stratège qui a sans doute des raisons particulières d’agir de faire autrement pour des raisons X ou Y mais je ne pense pas que le stratège le fasse par pur plaisir. Je ne pense pas que cela l’amuse particulièrement de devoir agir comme il le fait. Ses roueries ne sont pas systématiques et l’interprétation des textes est toujours sujette à caution : on ne sait pas si dans certains cas certains traits n’ont pas été forcés, dans quelle mesure.
Après, il est évident que les buts qu’il poursuit sont particuliers, et pas forcément intelligibles, mais le ranger définitivement dans la case « oui » ou la case « non », c’est premièrement penser que nous sommes en mesure de comprendre parfaitement les dieux, que nous avons suffisamment de preuves irréfutables -d’un point de vue intellectuel / ressources- pour l’affirmer avec certitude. C’est aussi se ranger à ces avis manichéens qui classent les dieux en deux catégories, les « lumineux » et les « sombres », alors que nous n’avons en réalité aucun moyen de mesurer à l’avance l’impact qu’une déité aura sur notre vie. Personne n’est tout bon ou tout mauvais, par contre, se dire que l’on peut potentiellement se faire rouler n’est une idée plaisante pour personne, alors c’est plus facile de s’illusionner, dans un sens ou dans l’autre. Pour moi c’est un peu comme se dire « ah non, l’idée que les dieux puissent être, à leur manière, réels, c’est beaucoup trop flippant, alors je vais dire que ce sont des projections, des archétypes. Ca, ca me fait vachement moins peur. » [note : Je ne dis pas que toutes les personnes considérant les déités comme étant des archétypes le font par peur. 😉 Le sujet avait été abordé un peu plus en détails et de manière plus nuancée ici.]

Le danger n’est pas celui que l’on croit

Une réflexion partielle par rapport à certaines lectures

Sur les blogs américains (davantage que sur les blogs anglais me semble-t-il) on peut trouver de nombreux postes sur les dangers de l’astral et les risques potentiels qui peuvent nous guetter. On trouve aussi des articles sur les conséquences de nos actes, parfois sur la loi du triple retour (à laquelle je ne crois personnellement pas), sur le fait de travailler avec des esprits… C’est très intéressant, mais pour être tout à fait honnête, je ne pense pas que ce soit le principal danger de la magie, de la pratique ou appelez ça comme vous voulez suivant votre chemin.

Il ne me vient pas à l’idée de nier les risques, simplement, à mon avis, ces articles nous encourage à nous focaliser sur des problèmes somme toute assez rares au détriment d’autres sans doute moins spectaculaires mais beaucoup plus réels. Je pense que le principal danger, c’est nous-même. Notre plus grand ennemi et le plus grand risque que nous courons n’est pas niché dans le bas astral en attendant de nous attaquer si nous ne sommes pas protégé ou préparé (d’ailleurs au passage, je ne souscris pas à ces théories du « haut astral » et du « bas astral »), il est bien caché au fond de nous, dans notre égo, nos peurs, notre part sombre.
Pour parler clairement, je n’ai vu personne ne pas se réveiller après un voyage astral, par contre, j’ai vu un certain nombre de personnes perdre les pédales, et pour être parfaitement honnête, j’ai moi aussi perdu les pédales à une époque, et rétrospectivement, je suis reconnaissante de la chance que j’ai eu, à savoir d’avoir des amis qui m’ont parfois mis la tête dans la purée « oh, tu as fini tes conneries ? » même si sur le moment ce n’est ni facile à admettre, ni facile à faire.

Perdre les pédales, qu’est-ce que c’est ? Oh c’est à la fois très simple et délicat à expliquer. Ce sont tous les gens qui s’aveuglent dans leur pratique et deviennent inchiables à fréquenter.
Comment on perd les pédales ? C’est propre à chacun, et je pense qu’on perd tous au moins une fois les pédales. Parfois on se remet en selle, parfois on se viande. Parfois on se remet en selle après s’être mangé une, deux, trois gamelles. Parfois on ne remonte jamais.

En ce qui concerne la pratique spirituelle/magique, je pense que personne ne peut juger les ressentis d’autrui et j’essaie autant que possible de ne pas le faire, ne pas ricaner en disant que ce sont des conneries ou que ca n’existe pas.
Ca ne veut pas dire oui et acquiescer aveuglément chaque fois que l’on vous parle de quelque chose, je définirais plutôt l’acceptation comme un mélange équilibré d’acceptation et de doute cartésien : pourquoi le doute cartésien ? Pas parce que j’attends ou désire qu’on me donne des preuves (soit la personne fantasme soit elle ne fantasme pas, dans les deux cas, je considère que tant qu’elle ne se transforme pas en « trouduc » ca n’est pas mon problème après tout, pas dans le sens « je m’en fous » plutôt dans le sens « ce n’est pas à moi de m’en mêler, et de me trouver impliquée dans quelque chose qui ne me regarde pas »), plutôt parce que j’attends de voir comment cette personne va le vivre, comment elle va évoluer.

Le doute cartésien est important -pour moi en tout cas- parce qu’il permet de se détacher du ressenti émotionnel et de l’emphase que l’on peut être tenter de mettre dans certaines choses. Je vois beaucoup passer sur les blogs ce texte sur le fait d’être prêtresse, comme quoi il ne faut pas se réjouir parce qu’on va souffrir, gna gna gna. Et là, une amie a du finalement m’influencer (;) ) parce que le prendre au pied de la lettre, c’est ni plus ni moins qu’une autoroute vers la transformation en Agnus Dei. Je ne dis pas qu’il n’y ait pas parfois une certaine forme de plaisir dans la souffrance, dans le don absolu (ce qui rejoint la conception de ce que je lis parfois sur l’Ordeal Path), mais ce n’est pas le propos qui me paraît être tenu dans ce texte : « si vous êtes appelées ne vous réjouissez pas ». Ben si on doit faire un truc difficile, autant y prendre du plaisir, même si c’est un plaisir que certains considéreraient comme tordu, parce que sinon, c’est la porte ouverte à n’importe quoi. Souffrir pour souffrir, et se regarder dans le miroir en disant « oh regardez comme je souffre »… je ne ferais pas de commentaires en fait (ce serait intéressant de pouvoir discuter avec l’auteure de ce texte, parce que je pense que nous n’en faisons que des interprétations faussées). Être prêtre/sse, c’est factuel, et il n’y a aucune emphase ou fierté à tirer de cela. Il n’y aucune fierté ou égo à tirer de sa voie, peu importe celle que l’on suit.

A propos de l’évolution dont je parlais plus haut, il y a deux options principales, avec un nombre infini de nuances : soit ses expériences lui permettent de se transformer, d’évoluer de manière positive et de régler certains de ses problèmes ou au moins d’y travailler, soit la personne s’enferme dans sa montagne de merde, devient l’agneau du sacrifice, dégage et méprise tout le monde, se permet de porter des jugements à l’emporte-pièces, a les chevilles qui gonflent, bref, devient inchiable. (Note : comme souligné, c’est à des degrés variables)
C’est la seule chose que j’essaie de considérer, indépendamment de tout le reste, parce que le reste implique un ressenti au niveau des mots, un partage d’expérience, de nommer certains concepts et que personne n’a exactement la même façon d’interpréter, de vivre, de comprendre que son voisin.

C’est une grande difficulté et un questionnement permanent ; mais se demander si on est sain d’esprit, ou si on devient fou est une fausse question. Oui, pour beaucoup de gens vous êtes sans doute fou. Pour certaines personnes, le simple fait d’avoir une spiritualité suffit à faire de vous un illuminé bon pour l’asile. (Mme J.,  ma prof de français en Seconde disait toujours « on est tous fous, les seuls qui ne le soient pas, on les a enfermés pour les protéger de nous ».) La vraie question c’est : vous servez vous de votre spiritualité, de votre chemin pour justifier une fuite de la réalité, un comportement odieux, pour ne pas avoir à affronter vos problèmes avec les autres/vous-même ou pour dissimuler de vieilles blessures au lieu de les guérir ?

Parmi les conseils de base, on trouve souvent celui qui porte sur la nourriture, qu’il faut éviter de manger des aliments « raffinés » : je pense que ce n’est pas uniquement un conseil de diététique, c’est aussi que la nourriture « fraîche » demande du temps pour être préparé. De temps et de la concentration, et ce moment là est une bonne façon de s’ancrer, comme faire le ménage ou toutes les tâches ordinaires qui demandent qu’on se focalise sur « ici et maintenant » au lieu de vagabonder dans sa tête.

[Odin Project – Jour 14] Une présence intoxiquante

Tout d’abord une petite mise au point sur le titre de l’article. Il y a un bout de temps, Shinny Naedune avait publié un article sur Freyr intitulé une présence éblouissante. Cette formulation m’étant restée en tête et sa formulation correspondait à ce que j’avais envie d’exprimer ici.

Étymologiquement, le nom d’Odin vient de la racine ód ou wod, qui signifie fureur, mais qui prend aussi le sens d’intoxication. La sagesse d’Odin n’a rien d’une sagesse contemplative ou calme, bien au contraire, c’est en quelque sorte une sagesse acharnée, une sorte d’entêtement continu. Son énergie ressemble à cela : elle n’a absolument rien de calme et de posée, c’est une force parfois ténue mais constante, une endurance patiente et absolue, qui dévaste tout sur son passage. Elle a tendance à éclipser tout le reste, balayant tout d’un revers de la main comme de vulgaires fétus de paille. C’en est d’ailleurs perturbant : il y a plusieurs déesses avec qui j’ai des affinités que l’on pourrait définir comme assez fortes. Pourtant, soyons franc, aucune ne fait le poids. Quand il y a l’énergie, la présence d’Odin, les autres présences sont secondaires, et pourtant, Morrigan, Hella, la Cailleach ou Hécate ne sont pas des déesses à l’énergie particulièrement discrètes. Aucune des relations que j’ai pu avoir avec les autres déités ne ressemble à cette relation là, et pourtant, certaines d’entre elles sont là depuis le tout début de mon cheminement il y a dix ans. Peu importe ce que vous construisez, ni avec quelle force vous le bâtissez, cette énergie là est capable de tout renverser.

C’est en cela qu’il y a un certain danger dans la présence d’Odin, un danger enivrant mais un danger quand même. Pas qu’il soit particulièrement dangereux en lui-même (bien sûr, il a des aspects redoutables, mais comme ce ne sont pas des que j’ai eu particulièrement l’occasion de voir, je ne m’en rends pas bien compte. Pour autant, je ne doute pas qu’ils existent et qu’il faille faire un minimum attention, bien qu’on ne ne puisse pas franchement dire que je sois d’une nature prudente.) c’est plutôt qu’il peut vous faire vaciller comme une chandelle laissée dehors par une nuit venteuse.

Comme je l’ai mentionné plus haut, son énergie est très particulière et très reconnaissable, mais surtout, je considère qu’elle peut agir comme une drogue, une drogue redoutablement agréable et efficace, et comme avec une drogue, tant que vous n’êtes pas dépendant, cela va (que l’on se comprenne bien :  je n’incite personne à se droguer, j’utilise une image), mais si vous ne faites pas attention, que vous ne vous connaissez pas bien ou que vous êtes fragilisés, vous pouvez très vite vous retrouvez dans une situation qui vous dépasse et je pense qu’on peut se perdre soi-même. Pour autant, je pense que la méfiance ou les avertissements ne servent à rien, pas plus qu’il n’est utile de tenter de le mettre à l’écart, non.
La seule chose qui soient réellement utile, c’est la connaissance de soi et arriver à garder un équilibre pour ne pas réveiller trop de choses à la fois. Je ne dis pas qu’il y a un problème à éprouver une franche préférence pour sa présence, ou qu’il faille se montrer particulièrement vigilant ou méfiant, c’est plus délicat à expliquer que cela. Je dirais plutôt qu’il faut garder un œil sur l’horizon pour continuer à garder le cap. C’est assez sibyllin, je ne saurais pas vraiment l’expliquer moi-même. Sa notion de savoir est complètement corrélée à cette notion d’intoxication pour moi : en gros, si vous cherchez le savoir par goût du pouvoir, vous risquez de ne pas nourrir les choses appropriées en vous, par contre, si vous essayez de les employer pour vous aider, puis pour aider les autres tout en vous réinterrogeant sur vos motivations et en étant prêt à vous remettre en question, vous avez une chances de pouvoir passer la barrière et d’arriver à bon port.

Odin est un dieu ambigu. Très ambigu pour ne pas dire fourbe. On dit qu’il est le dieu des serments, mais aussi un briseur de serments (note : Freya Aswynn pose la question de savoir si originellement, ce aspect fourbe n’était pas plutôt une caractéristique de Tyr qu’Odin aurait par la suite « absorbée », je ne sais pas, c’est à voir…) et tout en lui possède ce double visage, mais par moment, j’aurai presque envie de dire qu’il est comme la magie, qui est à double tranchant, au-delà des considérations binaires du bien et du mal, trop restrictives dans des cas comme ça.
D’un certain côté, il est comme la magie, et toute la difficulté est cet équilibre entre la volonté et la réception. C’est comme pratiquer certains types de rituels : si vous attendez avec trop d’avidité, vous allez vous monter la tête tout seul avec votre égo et finir par imaginer des choses et vous raconter des conneries. Si vous êtes convaincu qu’il ne va rien se passer, vous allez vous fermer directe et ca ne donnera rien. Il faut trouver juste le bon équilibre, arriver à marcher sur le fil pour passer sur l’autre rive sans vous péter la gueule au fond du ravin qui peut être un simple rebord de trottoir ou profond comme la fosse des Mariannes, mais dont vous ne pouvez pas connaître à l’avance la profondeur.