Un voyage avec les Dieux (II) : de la Wicca au Polythéisme

Suite d’un premier poste datant d’il y a presque deux ans (ou « tentons de retracer le plus honnêtement possible un parcours et son évolution »).

Auteur(e) inconnu(e)

J’ai été wiccane à une époque. Enfin, plus précisément, j’ai mis le mot « wicca » sur ma pratique. Parce que cela me paraissait convenir, faute de vocabulaire plus précis. Quand j’ai commencé, je n’avais même pas internet. En revenant en arrière, je souris un peu en repensant à toutes ces heures passées dans la forêt anglaise à entrer en contact avec les Esprits des lieux et autres. Me souviens aussi d’une promesse, que l’on peut juger tout à fait stupide, de servir les Dieux et les Esprits. J’avoue, j’avais 17 ans (on n’est pas sérieuse quand…), je venais de dévorer la série des Zimmer Bradley et je me disais que c’était moche qu’il n’y ait plus personne (mais lol) pour s’occuper des anciennes déités et du petit peuple et se souvenir des anciennes croyances. Alors du coup, je me dis qu’autant que je me propose. Ce que je fais. Je me dis qu’au moins, je servirai à quelque chose. Je ne sais pas ce que j’étais vraiment. La place d’une Grande Déesse pour remplacer un Dieu monothéiste, oui, sans doute. Je me souviens de cette sensation, quand tout va mal, que je n’arrive pas encore à puiser dans cette croyance suffisamment de force pour surmonter ce qui arrive. Avec le recul, je me dis que la wicca a sans doute beaucoup de défauts, mais elle a aussi le mérite d’être un très bon pont entre le catholicisme (puisque n’ayant pas élevée dans une autre religion, je peux difficilement juger d’une pertinence à ce niveau là) et le polythéisme, (au moins dans mon cas). Elle est facilement accessible, après, le temps et la pratique personnelle, les rencontres, font que, éventuellement, les choses évoluent. Le mécanisme de retour aux vieilles prières de mon enfance, non pas enseignées dans la famille, mais fruit d’une demande personnelle. J’ai très tôt demandé à faire de l’Eveil religieux, proposé par mon école catholique, puis les Jeannettes ensuite, pour apprendre à survivre dans la nature et pour pouvoir prier. Quand je relis mes carnets de Jeannette, leur contenu me fait plutôt sourire. On est à un cheveu du Druidisme et de l’Asatrù en fait. Un cheveu. Je me demande à quel point certains de ces principes m’ont travaillés jusqu’à ce que j’en arrive là où je suis actuellement.

Je me demandais à l’époque, âgée de 18 ans, comment des Dieux « spécialisés » et épars pouvaient avoir autant de force que la croyance en une seule entité. Ils m’apparaissent bien fragile contre tout ce qui rôde et menace aux alentours. Passé les deux premières années de dénigrement, la wicca traditionnelle (comprendre « gardnérienne ») m’attire beaucoup plus. Je passe de « bouh pratiquer nu c’est le mal et l’initiation c’est une connerie » à « ouais, ca a l’air de bien roxer quand même ». Finalement, après un passage par une autre tradition plus ou moins « dérivée de », je me ferai initiée. Premier degré.J’avais aussi reniflé du côté du Druidisme et de l’OBOD pendant un moment, mais il y a plusieurs détails qui me font dire que ce n’est pas vraiment la voie à emprunter à ce moment. Donc je n’y vais pas.

Je m’inscris au Lotus, qui n’était pas encore l’Ordre de Dea. Pas vraiment pour trouver ma déesse patronne qui est, à cette époque j’en suis convaincue, pas encore revenue de ce type de raisonnement, la Morrigan, mais pour trouver mon Dieu patron. Le coup d’être prêtresse ne me fait ni chaud ni froid, puisque à cette époque la « finalisation » n’implique pas de devenir prêtresse, et que cette idée me laisse perplexe pour diverses raisons personnelles, qui évolueront plus ou moins après coup. J’ai fait partie de cette catégorie de personnes qui veulent absolument trouver leurs référents, et je n’ai pas encore cesser de tout diviser en deux catégories. Le Dieu Patron m’intrigue vachement par contre. Mais pour avoir accès à ce cheminement là, il faut passer par la voie de la Patronne. Je me dis « ok, lol ». On est en 2010. J’avais déjà tenté une fois les cours de Morgane Lafey en 2007, mais clairement, un certain nombre de points m’avaient grave soûlée et j’étais partie. Je savais plus ou moins avant même de commencer que ça n’était pas pour moi, mais je voulais essayer quand même. A la fois par amour de la connaissance, parce que j’essais toujours d’apprendre un maximum de choses qui pourront m’être utiles un jour, et parce que je voulais voir si le contenu pouvait m’amener à avoir sur certains points une autre vision que celle qui étaient la mienne. Précisément sur les points qui m’énervaient. Je ne prétendrai pas que c’était une bonne ou une mauvaise optique, parce que je n’en sais rien, je suis simplement honnête. On peut trouver que c’est une attitude discutable, ce qu’elle est très certainement. Je trouvais que « ces histoires de déités liées au sol, c’était pourri et que toutes sortes d’idées sur « la femme naturelle » et le végétarisme me donnait envie d’ouvrir ma grande trappe pour rappeler qu’il y avait d’autres visions », et je voulais voir si je pouvais arriver à dépasser mes préjugés et éventuellement pouvoir avoir des éléments me permettant de modérer ma répulsion et peut-être m’apporter quelque chose. Bien évidemment, je ne l’avais pas dit en tant que tel. Je m’étais simplement promis à moi-même de ne pas faire trop de vagues, et j’avais promis, en remplissant le formulaire, de ne pas foutre le boxon, par respect pour le travail fourni, et de le faire sérieusement. J’ai sincèrement essayé, et ca a sincèrement foiré.

Sur la Wicca, de second degré point. Parce qu’on me répond que l’initiation c’est de l’égo, que c’est mauvais pour moi, que ca foutra le bordel dans ma vie, que je n’en ai pas besoin. Mouais. Dans un premier temps, je le vis plutôt mal, et la réponse me paraît un peu bancale, donc je réfléchis très vite à une autre manière d’avoir mon second degré, comme si c’était un diplôme ou une ceinture de judo. Je trouve. J’aurais pu. Mais, plus par application d’un phénomène de raison que par réelle sagesse, je me dis que je vais attendre. Si je dois vraiment être initiée un jour, alors je le serai. Mais peut-être qu’il y a autre chose qui m’attend. Autre chose de préférable par rapport à mon cheminement. J’attends et les choses évoluent. Clairement, j’ai bien fait : vu ma tendance à être psychorigide sur les engagements, je ne sais pas comment j’aurais géré le fait de m’engager à transmettre certaines connaissances et manières de pratiquer, alors que concrètement, je n’y adhère plus du tout.

D’abord parce que petit à petit, ces histoires de divinités à visage humain commencent à se craqueler. J’y vois une forme d’anthropocentrisme. Je veux dire, on n’est jamais qu’un organisme vivant parmi tant d’autres, je ne vois pas pourquoi les Dieux se préoccuperaient autant de nous. Si la nature est tellement présente dans une croyance, comme c’est le cas de la Wicca, alors franchement, je vois pas pourquoi la « Grande Déesse » nous placeraient au centre. On est libres, libres de vivre, libres de crever. Libres de tout saccager mais il n’y aura pas de Deux Ex Machina pour nous sauver. Clairement, il y a des contradictions qui surviennent de plus en plus. Pareil avec la division du Féminin et du Masculin. Toutes ces tableaux de correspondances etc, ça m’évoque de plus en plus violemment les préjugés autour du genre et le « bleu pour les garçons, rose pour les filles ». Les constructions sociales. Pareil pour toutes sortes de discours un peu trop facile sur la spiritualité, le « en ne faisant de mal à personne, bla bla bla » et parce que je trouve que plus on gratte, moins certaines choses me paraissent construites et cohérentes.

Avec le Lotus, j’apprends à honorer tour à tour différentes déesses, et petit à petit, de nouvelles conceptions germent dans mon esprit. C’est avec mon opération des yeux que je me remets à rêver d’un Vieux moisi habillé en bleu. Et je ressors de mes archives une quantité de rêves.

Des connexions toujours plus nombreuses, et le doute s’installe. Le doute par rapport à la définition de ce que je suis, de ce que je crois. Définitivement, les anciennes étiquettes ne collent plus, si tant est qu’elles ont un jour réellement collées. Je constate qu’effectivement, les Dieux ont des énergies très différentes, me rendant bien compte que certaines « collent » et que certaines « ne collent pas ». Ou plus exactement, je m’en rends à nouveau compte. Je relis mes anciens carnets qui, s’ils n’étaient pas aussi minutieux et précis qu’ils le sont maintenant (parce que c’est connu, recopier des rituels et des invocations d’internet, c’est beaucoup plus valable que votre propre cheminement. Rétrospectivement, j’ai envie de me secouer comme un prunier) comportent toutes sortes d’informations intéressantes et révélatrices. Notamment du fait que, loin de considérer que toutes les Déités ne sont qu’une seule et même entité, il y avait déjà des distinguos qui s’étaient établis en 2006. Et au cours de la même année, je note « cette phrase culte » qui dit que je m’éloigne finalement du panthéon celtique et surtout nordique, et que de toutes façons, à l’exception de Loki, Odin et Hel, ca n’a jamais vraiment collé. » En fait, ils ne sont partis que pour mieux revenir. Ou je ne m’en suis éloignée que pour m’en rapprocher, tout dépend.

Je commence à lire des blogs anglophones. Et il y a un mot qui commence à germer dans mon esprit. Un mot que j’ai plus ou moins peur de formuler. Et un soir, au téléphone avec une amie, je lui dit « mais en fait, je crois que je suis polythéiste. » Elle explose de rire et me rétorque « putain, mais c’est maintenant que tu t’en aperçois ? » Encore une fois, cette sensation -toujours régulièrement d’actualité- que quand je prends conscience d’une chose, c’est en fait Captain Obivous qui s’exprime et que tout le monde autour de moi a compris depuis belle lurette.

Finalement, je quitte le Lotus, après avoir remplie et rendue la dernière leçon. En guise de Déesse Patronne et de découvertes, j’ai croisé un Vieux Moisi qui m’a emmené sur d’autres chemins, ce qui ne m’a pas empêché de prêter certains serments à une Certaine Dame. Même si je ne suis pas allée « tout au bout », j’aurai appris certaines choses et cela a très certainement eu un impact sur ma pratique. Sans l’avoir fait, je ne sais pas si mon cheminement aurait évolué aussi radicalement. Mon champs d’exploration des déités se rétrécit d’une certaine manière. Malgré quelques touches en dehors des celtes et des nordiques, la majorité des mes accointances et de mes pratiques tournaient autour de ces deux panthéons. Avec, comme cela est arrivé, quelques incursions slaves et baltes.

Et puis pendant un long moment, seulement les scandinaves. Et un chemin à l’intérieur du chemin. Inattendue, comme toujours et passionnante comme de juste, bien que franchement pas facile (et en plus j’en redemande, chuis maso). Mais ceci sera pour un autre temps.

[PBP] Q – Questionnements & évolutions

Amusant le paradoxe que forment les interrogations : on se pose plein de questions, on s’interroge, on cherche, mais le plus souvent, j’ai l’impression que l’on ne voit pas les changements les plus évidents, sous notre nez. On continue à chercher, à remuer ciel et terre pour trouver des réponses à des questions qui ne sont plus d’actualité, et un jour, l’évidence nous saute aux yeux. Le questionnement sur « en quoi je crois, ce que je suis, et comment est-ce que je me définirais » me paraît stérile. Parce qu’il nous fige, et nous définit moins par rapport à ce que nous sommes intérieurement que par rapport aux autres, leur donnant un indicateur pour nous appréhender.

Amusant aussi un autre paradoxe : se remettre en question, s’interroger, ne pas accepter bêtement un paradigme est plutôt encouragé « socialement », par les potes et les moins-potes sorciérons. Par contre, ironiquement, le changement fait peur aux gens : l’entourage veut bien qu’on réfléchisse, mais souvent, c’est à condition que nos réponses personnelles aillent dans la direction que les autres jugent souhaitable, pour eux ou pour nous, souvent un peu des deux. Je vais prendre un exemple tout bête, expérimentable en société. Observez une personne qui dit « je ne veux pas d’enfants » et notez la quantité de personnes qui après avoir demandé pourquoi, font observer que « la personne changera d’avis, qu’elle ne s’inquiète pas ». Observez une personne qui dit « je veux des enfants » : personne ne lui répond de ne pas s’inquiéter, qu’elle changera d’avis.
Voilà un exemple illustrant le propos. « Les gens veulent bien que vous changiez, ils vous encourage même à le faire dans certains cas, à condition que vous validiez certains paradigmes. »

En matière de « spiritualités-religions-croyances- et-machins-trucs-bidules -païens » c’est un peu pareil. J’ai parfois la sensation que les autres acceptent le changement d’une personne seulement s’il répond à leur vision de considérer le monde. Sinon, on tente plus ou moins discrètement de signaler à l’autre que « ce sont des bêtises. ». Tout le monde n’est heureusement pas comme ça ou alors ne le dit pas explicitement. Il faut gratter un peu les remarques innocentes. Inversement, avec l’évolution, on peut avoir tendance à jeter aux orties ce que l’on considérait jusque là comme une réflexion valide et valable. Je me demande parfois si ce n’est pas une des raisons qui font que la Wicca (enfin, « la Wicca » telle que j’en entend parler, c’est la Wicca Eccléctique que chacun malaxe à sa sauce, souvent sans remise en contexte et sans approfondissement) est aussi décriée. On ne lui pardonne pas d’être une voie accessible et populaire. Certes, on pourrait discuter des heures de ses faiblesses, mais même si aujourd’hui l’idée d’un « Dieu et d’une Déesse » me fait lever le sourcil, si les incohérences et les reprises gnan gnan que je vois sur 95% des blogs me font grincer des dents, je ne serais pas là aujourd’hui si je n’avais pas un jour trouvé un bouquin de Scott Cunningham. Après tonton Scott, il y a eu la Wicca traditionnelle, initiatique et tout, avant d’arriver au point où j’en suis aujourd’hui : peu importe quelle branche, cela ne m’intéresse plus et j’ai envie de pouffer de rire quand j’entend certains trucs qui me paraissent ineptes. Quand j’avais 17 ans, j’ai eu une période wiccane fluffy-bunny (pas si fluffy que ca par moment d’ailleurs) et je ne comprenais pas d’ailleurs, que tous les païens n’étaient pas des wiccans. Je ne voyais pas la différence. Aujourd’hui, j’ai 28 ans et je suis une polythéiste reloue (bien que non-reconstructionniste :o) . Comme ca c’est dit. Je crois vraiment que accepter ce que l’on a été et l’assumer aide à ne pas devenir trop chiant et à garder les écoutilles ouvertes. Plus ou moins suivant l’humeur du moment, il faut le dire. Je ne sais pas ce que je serais à 38 ans… (si je suis encore en vie).

J’ai l’impression parfois que les gens ont peur : peur que l’autre leur échappe, Peur qu’il se fasse du mal. Peur qu’il tombe dans un piège. Peur qu’il débloque. Je comprend le fonctionnement, et il existe quelques grandes lignes qui permettent de donner une réponse quant à la question « il y a un problème ou pas ? » mais elle reste plus du domaine du « bon sens » que de l’examen de la religion/spiritualité etc.

Chaque fois que vous changerez, que vous évoluerez, attendez-vous à ce que certaines relations évoluent. Ou plutôt, non : attendez-vous à ce que toutes vos relations évoluent. A ce que certaines n’y résistent pas. A ce que la majorité d’entre elle stagnent avant de se déliter ou d’évoluer, à ce que certaines survivent et à ce que de nouvelles rencontres se fassent.
Je n’ai pas d’amis d’enfance. Je n’ai pas d’amitié du collège ou du lycée. Je n’ai pas d’amis de la fac. Quand j’ai progressivement la route du « paganisme », toutes les relations que j’avais se sont délitées. Certaines parce que l’on m’a dit clairement que « tant que je serais dans ce domaine dangereux qui n’allait me mener nulle part, on préférait ne pas me voir, à moi de me demander ce que je préférais dans ma vie ». Certaines parce que je suis allée trop vite et trop fort, trop entière, toute à ma fougue adolescente, pour ne pas me rendre compte qu’un peu de subtilité et de diplomatie m’aurait permis de conserver certaines amitiés. Mais désirais-je les conserver ?

Probablement pas, ce qui ne m’a pas empêchée d’avoir de la peine et de regretter certaines relations.
Je suis d’abord un sorciéron. Et entre le fait d’être un sorciéron, et les gens, les styles ou les choix de vie, je choisirai toujours la voie du sorciéron. Je suis claire avec moi même et je ne prend personne en traître, et je suis prête à discuter de toutes sortes de paramètres. Mais si on me disait « c’est moi ou ta « pratique », tu choisis », ce serait ma pratique.

Perfect Love & Perfect Trust

Aujourd’hui, la Wicca a globalement mauvaise presse pour tout un tas de raison. Les wiccans sont des cons qui n’ont rien compris et qui gonflent tout le monde (j’ai déjà lu des avis à peine plus fins). On met tout de côté sans même chercher à faire l’effort de creuser sous les apparences, parce que de toutes façons « la wicca, c’est de la merde ». Certes, tout le monde n’a pas un avis aussi tranché, et les reproches ne sont pas forcément tous infondés, bref, tout est relatif.  Mais il y a un truc, un détail d’importance. Ce que l’on dit au moment de l’initiation et dont la signification ne se cantonne pas à la Wicca mais peut-être compris dans de nombreux contextes.

Parfait amour et parfaite confiance.

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