La parole, les serments, les actes.

Au cours de ces deux-trois dernières années, où des changements pour le moins drastiques ont eu lieu à différents niveaux de ma vie (pour ne pas dire tous), j’ai eu l’occasion d’approcher différents groupes et la chance de participer à toutes sortes de rituels, de blots et de sumbel. Comme toujours, je trouve que les généralisations sont sinon dangereuses, au moins délicates. Elles peuvent induire en erreur et conduire autrui à se faire une image faussée ou des présupposés pas forcément valables, et finalement s’avérer néfastes sur le long terme. Il convient donc, comme toujours, de considérer que mes réflexions et mes positions sont relatives à mon expérience, et qu’elles peuvent par conséquence être proches des vôtres ou au contraire diamétralement opposées, ce qui n’en invalide intrinsèquement aucune : elles rendent juste compte de sommes de vécus différents.

La parole d’un individu est une donnée importante dans l’Asatrù. (Un terme que j’ai toujours un peu de mal à employer pour qualifier ma pratique, pour différentes raisons. Néanmoins, il faut reconnaître que, à l’heure actuelle, s’il fallait n’utiliser qu’un seul terme pour essayer de baliser et de qualifier l’ensemble de ma pratique, autant en terme de perception que de rites,ce serait encore celui qui conviendrait le mieux. Je ne suis pas franchement une polythéiste éclectique, pas vraiment « néo-païenne » dans le sens où ce terme semble globalement utilisé à l’heure actuel, et encore moins wiccane et compagnie.)

Lors d’un sumbel, on considère que tout ce qui va être dit doit être considéré avec prudence, puisque que ces mots ont un impact direct sur l’Örlog, et que de manière générale, la destinée (le wyrd) de tous les participant/e/s est liée. En d’autres termes, pour simplifier le schéma, disons qu’une personne s’engageant à faire quelque chose en un temps donné, ne s’engage pas seulement individuellement, mais qu’elle engage toutes les personnes participants à ce sumbel. Cette façon de considérer l’individu, non comme un élément entièrement indépendant libre d’agir à sa guise, mais comme élément intégré et ayant une part de responsabilité dans la vie de son groupe (le kindred ou le clan) et de ses membres pouvant s’expliquer directement dans la structure des anciennes sociétés germaniques et nordiques, (mais aussi, quoique de manière différente, dans bons nombres de sociétés et de structures anciennes) où la survie de tout le groupe dépendait de la solidarité et des capacités d’action de chacun de ses membres. (Notamment au vu des conditions de vie particulièrement difficile en raison du climat, de la pauvreté de la terre et de toute une série de facteurs. Pour rappel, les conquêtes des vikings -qui ne se nommaient pas ainsi eux même, pas plus qu’ils ne devaient utiliser le terme Asatrù- étaient à la base en partie motivées par la nécessité de trouver des terres cultivables.)

Prêter est un serment n’est pas un acte anodin, il s’agit d’un contrat verbal passé entre plusieurs partis : la personne qui prête serment, l’éventuelle autre personne (ou les témoins / membres du clan qui se retrouvent impliqués indirectement mais qui doivent s’assurer que le serment est rempli) et les Dieux. Une des suivantes de Frigg, Vár, est la gardienne des serments. La personne qui n’honore pas l’un de ses serments peut être punie, soit par les membres du clan, qui sont alors en droit de considérer que cette personne n’est pas honorable et ne peut donc pas demeurer dans le clan, mais aussi par les Dieux (c’est aussi une des fonctions de Vár.) La question corollaire qui vient donc généralement immédiatement en tête c’est « oui, mais comment fait-on si, pour une raison indépendante de notre volonté, on se retrouve dans l’incapacité d’honorer un serment ? » Et bien, c’est à vous qu’il incombe de réfléchir auparavant à cet éventuel cas de figure et à formuler votre serment de manière à ce qu’il comporte une porte de sortie pour ne pas se retrouver en porte-à-faux en cas d’incapacité.
Vu par le prisme actuel, on pourrait considérer que cette façon d’agir est semblable à ces petites notes écrites en tout petit à la fin des contrats d’assurance, et que quelque part, c’est un sauf-conduit bien commode. C’est à la fois vrai et faux. Vrai parce qu’à partir du moment où il est possible de trouver une échappatoire, on peut se demander quelle est valeur du serment initial. Il est alors commode de trouver une manière de se défiler pour ne pas avoir à remplir le serment tel qu’il a été passé au départ. Et bien, tout est dans la manière et dans le contenu : si vous passez un serment qui n’implique pas un réel effort de votre part, qui n’est pas un challenge, et que vous évaluez d’office qu’il y a une grande probabilité pour que vous vous rabattiez sur votre porte de sortie, alors ne passez pas de serments. D’autre part, cette « porte de sortie » ne devrait pas être une solution de facilité pour les paresseux mais devrait être tout aussi exigeante, quoique différemment.
Sinon, votre serment n’a pas de valeur. Et si vous ne remplissez pas vos engagements, alors vous n’avez pas de paroles, et si vous n’avez pas de paroles, alors vous n’avez pas de valeurs. Cela peut paraître froid et abominablement cynique, mais il faut garder à l’esprit que, remis dans les contextes anciens évoqués plus haut, toute cette organisation avait un sens capitale. Une petite structure sociale isolée, si elle voulait survivre, ne pouvait pas se permettre certaines libertés que nous pouvons aujourd’hui nous permettre sans plus de dommages que quelques egos froissés et une ou deux jérémiades sur Facebook.

Ceci étant dit, il me paraît important de préciser quelques points qui viendront nuancer quelque peu le propos. Premièrement, la notion du respect de la parole (et autres) ne voulaient pas dire que les ruses et autres fourberies étant inexistantes et que la subtilité étant inconnue, bien au contraire, il y a un certains nombres d’exemples dans ce sens, autant dans les Eddas que dans les Sagas. Voilà pour le premier point.

Le second point, et pas le moindre, étant que le fait de prêter un serment est tout à fait facultatif. Le serment, bien qu’il soit fréquent, surtout dans certaines occasions particulières, comme un sumbel funéraire, par exemple, n’est en aucun cas une obligation et il est bon de s’en souvenir. Le fait de lire et de se documenter est une très bonne chose, mais cela ne se substitue pas à l’expérience ou au vécu. Je me souviens avoir lu une quantité de choses avant d’assister à mon tout premier rituel de groupe, qui s’est avéré être un sumbel funéraire. Auparavant, j’avais bien lu que, effectivement, le degré d’alcoolémie allant croissant, les participant/e/s avaient tendances à se lâcher, tant au niveau des toasts portés qu’au niveau des éventuels serments prononcés. C’est une chose de le lire dans une étude universitaire qui se base en partie sur Beowulf, c’en est une autre que d’y assister (quelques siècles après Beowulf quand même…) et de constater que, outre le degré d’alcool, il y a aussi une énergie très particulière qui se dégage et un effet d’émulation qu’il peut être important de garder en mémoire, avant de faire une éventuelle connerie parce qu’on aura été tenté de rentrer dans la compétition de « kiki-kala-plulongue ».

Certains individus ont les serments faciles et en prêtent souvent, pour des motifs variés et pour des raisons qui les regardent. D’autres le font beaucoup moins aisément et toujours en choisissant leurs formulations avec une précaution de jésuite. Pourquoi ? Les serments peuvent être une arme à double tranchant, et le destin peut s’organiser de tel manière que tenir tel ou tel serment sera de l’ordre de l’impossible (parfois malgré « la police d’assurance ») ou parce que, même pour pouvoir respecter le serment en ayant recours aux « clauses d’urgences », cela vous conduira à agir d’une manière qui amputera vos capacités d’action ou bien aura un coût humain (en terme d’amitiés, de possibles, de tout ce que vous voulez) terrible. En résumé, même avec les intentions les plus sincères, les plus gentilles et les plus pures, vous n’êtes pas à l’abri de vous retrouver dans une merde noire, et qu’il n’est pas impossible que cela donne aux Dieux une latitude d’action sur votre vie dans des domaines ou par des moyens que vous n’auriez peut-être pas souhaité. Leurs agendas ne sont pas les nôtres, même si au bout du compte, il se peut que nous soyons finalement contents de notre sort, un peu de prudence et de bon sens ne nuit jamais.

Maintenant une autre question, peut-être un peu plus polémique, ou à tout le moins, sujette à débats. Une personne qui refuserait au maximum de prêter des serments est-elle lâche ? Une personne qui en prête beaucoup a-t-elle plus de valeurs ou est-elle juste un mariole de plus ? (Ceci étant une formulation volontairement polémique, répondant à des choses que j’ai pu lire sur la Toile, et pas forcément en français.)
Tout est une affaire de mesure, de contexte et d’actes quotidiens.
Dans mon optique -qui rappelons le, ne concerne que moi – à force de prêter des serments, on peut finir par en arriver à des obligations contradictoires (c’est d’ailleurs un ressort largement employé dans un certains nombre d’œuvres de fictions, et ce cas se retrouve fréquemment dans l’histoire) où pour en honorer un, on est obligé d’en bafouer un autre. Après une personne peut aussi en prêter pour des motifs disons relativement secondaires (quoique comportant une part de challenge pour cette personne, et cette notion est relative et propre à  chaque individu : cela dépend aussi bien de ses conditions de vie, que de ses moyens, de sa situation de famille, de santé, etc…)  -voulant par là montrer sa bonne foi- et elle est mesure de les achever les uns après les autres, sans jamais se retrouver prise au piège de ses mots. C’est un choix personnel, et tant qu’il est rempli, les interrogations que cela peut soulever relèveront davantage de l’interprétation de chacun que d’une démarcation claire et nette de « cela a été accompli », « cela n’a pas été accompli ».

Ceci étant, tout ceci laisserait sous-entendre qu’en dehors du serment, il n’y a rien. Hors, le serment est au départ quelque chose de très spécifique qui n’est employé que pour sceller certains accords particuliers ou pour des événements sortant de l’ordinaire. Au quotidien, et dans la majorité des cas, le comportement d’un individu devrait au maximum être en adéquation avec sa parole. Pour parler de manière plus simple : si vous dites que vous allez faire quelque chose, faites-le. Ne promettez pas constamment que vous allez faire quelque chose pour ne jamais le faire.
Dans les concepts scandinaves (et très probablement germaniques, mais je n’ai pas épluché tout ceci, je me garderai donc de toute affirmation catégorique), l’âme se divise en plusieurs parties, et l’une d’elle est le reflet de la force personnelle de l’individu, de sa valeur et de ses capacités personnelles¹. Le fait de manquer à sa parole porte préjudice à ses capacités, et le fait de rester fidèle à sa parole la renforce. En partant de ce principe, on pourrait s’interroger sur la force personnelle et la réelle capacité d’action d’une personne qui a besoin de recourir à des serments de manière fréquentes. A contrario, j’ai tendance a considérer qu’une personne dont les actes sont dans la majorité des cas en accord avec sa parole ne ressentira pas forcément la nécessité de prêter serment pour assurer l’autre partie (ou les Dieux) de sa volonté et de sa valeur, puisque ses actes parlent déjà pour elle au quotidien, le recours à une « garantie supplémentaire » est donc encore plus facultatif.

 1 : Apparemment, ce concept peut être rapproché de la notion de hamingja, mais étant donné que je manque de temps pour démêler sérieusement ces concepts en me fiant à des sources claires et sérieuses, j’ai choisi de ne pas les nommer, quitte à éditer plus tard l’article.

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[Odin Project #4] Un dieu fourbe ?

Comme cela a déjà été mentionné plusieurs fois précédemment, Odin était un dieu craint et considéré comme fourbe. Encore aujourd’hui, j’ai été plutôt étonnée, en lisant certains forums et en discutant avec des ami/e/s, il est toujours un dieu dont on se méfie voir dont certains ont peur. Pour certains c’est en raison de ce qu’il dégage comme énergie, pour d’autres c’est parce qu’il est perçu comme prêt à vous rouler dans la farine si le besoin s’en fait sentir (pour résumer brièvement une partie des échanges / lectures. Ceci étant, cela n’est bien évidemment pas une vérité générale.)

Est-ce que cette réputation est justifiée ?
Dans les textes, il est rarement vu sous un jour vraiment positif. Quand il apparaît, sous un déguisement, chez les humains, il y a effectivement du grabuge dans la plupart des cas. Dans Les énigmes de Gestumblindi (une partie de la Hervarar saga) et dans le Vafþrúðnismál, -on va résumer grossièrement- il se pointe pour une partie de devinettes et dans les deux cas, il termine par une pirouette en demandant à Heidrekr et Vafþrúðnir « ce qu’Odin murmura à l’oreille de son fils [Baldr] sur le bûcher funéraire de celui-ci ? » (« Oui, non, zbradaradjian ». Pardon aux familles comme dirait Babette.) Evidemment, les deux gars ne peuvent pas répondre. Le géant reconnaît qu’Odin est le plus sage. Le roi Heidrekr se barre en se transformant en faucon, se fait couper la queue. Dans les deux cas, il s’en tire par une pirouette.

On retrouve au fil des textes, (au pif dans le Hávamál : la strophe 110, faisant état d’un serment prêté sur l’anneau. Serment rompu par Odin.) plusieurs mentions de sa « fourberie ». Je ne rentrerai pas aujourd’hui dans le cas du « Odin, fauteur de malheur ? » mais en gros, il est présenté comme un dieu à qui l’on ne peut pas se fier. Il n’est pas un dieu de la justice comme Tyr et il n’est pas non plus un dieu de la guerre et de la force comme Thor. On ne le voit pas directement sur le champ de bataille, par contre, il les provoque. Il n’arbitre pas les conflits, et il n’hésite pas à favoriser ses préférés, mais c’est souvent à double tranchant.

Odin possède une connaissance redoutable, et il a des moyens pour avoir des informations : ses corbeaux, la pratique du Seiðr, Hliðskjálf… On peut donc raisonnablement supposer qu’il a la possibilité d’être au courant de ce qui peut advenir, ou d’un certain nombre de potentialités. Un stratège ne sait pas à l’avance comment une bataille va tourner, par contre, il sait réagir rapidement aux mouvements de l’ennemi et s’adapter le plus efficacement possibles aux changements et à la topographie d’un terre. La fourberie d’Odin pourrait provenir en partie du fait qu’il s’adapterait en fonction de l’évolution de la situation, quitte à revenir sur sa parole. Ce n’est qu’une supposition, et on pourrait objecter que cela n’est pas une raison (en même temps, dieux ou pas, si nous pouvons avoir notre avis sur quelque chose, premièrement nous ne connaissons pas toutes les motivations et deuxièmement, je pense qu’il est toujours facile d’avoir un avis extérieur…) mais il n’est pas illogique de penser qu’il se contente de faire ce qui est le moins nuisible sur le long terme.
Prenons l’exemple de Tyr qui met sa main en gage dans la gueule de Fenrir pour qu’il se laisse attacher. D’un côté il a rompu un serment, de l’autre il s’est sacrifié « pour le bien général ». Rien ne dit dans le mythe que c’était facile pour lui. C’est un peu complexe à résumer comme ça, mais Odin endosse peut-être lui aussi ce rôle de briseur de serment parce qu’il y est d’une certaine manière tenu par sa position.
Et donc, est-ce que sa réputation est justifiée ? Pour moi, oui et non. Parce qu’on ne peut pas demander à un dieu-stratège qui a sans doute des raisons particulières d’agir de faire autrement pour des raisons X ou Y mais je ne pense pas que le stratège le fasse par pur plaisir. Je ne pense pas que cela l’amuse particulièrement de devoir agir comme il le fait. Ses roueries ne sont pas systématiques et l’interprétation des textes est toujours sujette à caution : on ne sait pas si dans certains cas certains traits n’ont pas été forcés, dans quelle mesure.
Après, il est évident que les buts qu’il poursuit sont particuliers, et pas forcément intelligibles, mais le ranger définitivement dans la case « oui » ou la case « non », c’est premièrement penser que nous sommes en mesure de comprendre parfaitement les dieux, que nous avons suffisamment de preuves irréfutables -d’un point de vue intellectuel / ressources- pour l’affirmer avec certitude. C’est aussi se ranger à ces avis manichéens qui classent les dieux en deux catégories, les « lumineux » et les « sombres », alors que nous n’avons en réalité aucun moyen de mesurer à l’avance l’impact qu’une déité aura sur notre vie. Personne n’est tout bon ou tout mauvais, par contre, se dire que l’on peut potentiellement se faire rouler n’est une idée plaisante pour personne, alors c’est plus facile de s’illusionner, dans un sens ou dans l’autre. Pour moi c’est un peu comme se dire « ah non, l’idée que les dieux puissent être, à leur manière, réels, c’est beaucoup trop flippant, alors je vais dire que ce sont des projections, des archétypes. Ca, ca me fait vachement moins peur. » [note : Je ne dis pas que toutes les personnes considérant les déités comme étant des archétypes le font par peur. 😉 Le sujet avait été abordé un peu plus en détails et de manière plus nuancée ici.]

[PBP] R – La technique du Rebrousse-Chemin

Le fait de ne pas tenir ses promesses

Le titre de ce poste est spécialement dédicacé à G. Y. 😉 et tiré de la série Kaamelott.

Perceval : 
Bon, 
alors 
maintenant
 la 
technique 
du 
rebrousse‐chemin.
 Mettons 
que
 vous
 soyez
 en 
déplacement
 militaire 
[…] faut 
bien 
retenir 
le 
code
 du
 chef 
de 
file. 
S’il 
dit 
«  À l’attaque »,
 « À 
l’assaut » 
ou
 « Chargez »,
 vous
 partez 
à 
l’arrière
 pendant que 
la 
troupe
 avance
 et 
vous
 rentrez
 à 
Kaamelott.
 C’est 
le 
rebrousse‐chemin.

Les relations que l’on entretient avec les déités / esprits  sont parfois -heureusement ou malheureusement- assez semblables à celles que l’on peut avoir avec des humains. Il y a des hauts, et il y a des bas.
C’est facile de se consacrer à une déité et de prendre des engagements ou de faire une promesse quand tout va bien, quand la relation est agréable. Ca l’est beaucoup moins quand on est dans une période de creux, qu’on se ramasse des gadins, que certaines situations spirituelles se compliquent.

Tout dépend comment l’on considère les choses : prenons le parallèle avec les Handfasting. Certains promettent « pour cette vie et dans les autres », d’autres « jusqu’à ce que la mort nous sépare », d’autres encore choisissent une durée définie quitte à se ré-engager par la suite, enfin, d’autres diront « tant que l’amour durera ». Quitte à passer pour une réactionnaire, je suis dubitative sur cette dernière option. C’est tellement facile « bon, ok, tant que je t’aime, je veux bien être avec toi, mais si on ne s’aime plus, allez, tschüβ » (le β n’existe plus, je sais, mais je l’aime bien, c’est mon côté hipster.) Les tendances sociales actuelles sont tellement dans cette optique là, quand ca ne marche plus, qu’on ne s’éclate plus au pieu, après avoir eu un enfant ou deux, que le partenaire vieillit ou est malade, hop, poubelle. Le partenaire est chiant ou devient bizarre ? Poubelle.
Ben voyons, on prête serment quand c’est facile et quand ca devient un challenge, on adopte le rebrousse-chemin.

Avec les déités c’est un peu pareil.  C’est trop facile de se consacrer  à une déité et de prêter serment pour ensuite dire « ah non, c’est trop craignos, ou tiens, Machin(e) m’attire et me correspond plus, hop, je vais me consacrer à elle/lui. » Franchement, on rigole là ?

Tout dépend du type de serment que vous prêtez, on est d’accord. On est d’accord aussi que, parfois, il y a des évolutions et des événements qui font « que ». Et que parfois, il arrive que les relations changent et que les chemins se séparent, que de nouvelles routes s’ouvrent ensuite à nous.

Certaines personnes choisissent de se consacrer à certaines déités pour un temps donné, ce qui est loin d’être idiot. Plutôt que de faire un comparatif du « mon serment il est plus true que le tien », réfléchissez par rapport ce que vous allez promettre.
J’ai eu l’occasion de constater que quand ca n’allait pas avec une déité, il y en avait parfois d’autres qui se pointaient. Parfois cela apporte d’autres points de vue, de travailler sur d’autres choses qui viennent nous appuyer et de travailler sur nous aussi, lissant la situation emmêlée. Ceci dit, méfiez-vous si l’une d’elle se pointe avec « la solution miracle ». C’est probablement un attrape-couillon (ou c’est dans la tête), il suffit d’avoir un peu de bon sens pour s’en rendre compte : les offres pour gagner des sommes folles sans travailler et en investissant 1€, vous avez, à juste titre, du mal à y croire et vous flairez l’arnaque ? Là c’est pareil. Que ce soit « réel » (on se comprend) ou dans votre tête, ce n’est pas une bonne idée de sauter sur la proposition. Dans le second cas vous allez juste rendre la situation encore plus inextricable et évitez de vous pencher sur ce qui pose réellement problème, dans le premier, vous allez vous retrouver dans la merde.

Le monde actuel semble largement justifier et même encourager les mensonges et les fausses promesses. Combien de fois ai-je entendue adolescente « ah ah, les promesses n’engagent que ceux qui y croient ? », ce qui me rendait folle de rage. C’est encore plus épineux dans le monde professionnel, ou les fausses promesses sont non seulement largement employées, mais en plus valorisées et vous valent de passer pour une personne « rusée et capable ». Mouais. Il n’empêche que même dans le monde humains, ca a des conséquences. Tôt ou tard.

Comment pouvez-vous espérer que l’autre sera réglo dans une situation donnée si vous-même ne l’êtes pas ? Vous finirez par passer pour un/e menteur/se de première, une personne versatile, peu fiable et un jour, vous aurez besoin d’aide et ne la trouverez pas, ou alors vous tomberez sur plus rusé que vous.

Sans aller jusqu’à vouloir se comporter comme un paladin, évitez de faire des promesses à tout bout de champs si c’est au bout du compte pour ne pas les tenir.

Suivant les personnes, il y a différentes conceptions des « codes » de relations avec les déités / esprits. Il y a celles qui considèrent que les rapports sont de l’ordre du donnant-donnant, d’autres qui considèrent qu’ils ne nous doivent rien et qu’il faut au maximum tenter de négocier, mais c’est tout.
Ces deux conceptions influençent pas mal la façon dont on peut réagir si quelque chose se passe mal. A titre d’information factuelle, d’après Boyer, les relations entres les gens et les dieux nordiques dans la Scandinavie ancienne étaient de l’ordre du donnant-donnant, et si quelque chose se passait mal, les gens n’hésitaient pas à mettre un dieu « au coin » pendant quelques temps (toujours d’après lui, ils firent pareil avec Jésus au début de l’implantation du Christianisme. A voir, mais c’est marrant : j’imagine le Père Blaize de Kaamelott expliquer à un viking qu’on ne met pas la statue de Jésus en punition dans la stalle avec les animaux de ferme, bref).

Pour certains on est en droit de gueuler, pour d’autres, on doit fermer sa mouille et endurer. Personnellement, si j’avais envie de fermer ma gueule et de me laisser faire sans protester, j’irais voir dans une autre religion si j’y suis. Mais c’est un point de vue. J’ai tendance à penser qu’une volée d’injures et d’interjections grossières vaut mieux que de rompre une promesse. D’autres hurleraient au blasphème. (ca aussi, c’est toute une notion intéressante : le blasphème existe-il dans un contexte « néo/païen » ? je suis perplexe.)

(Hergé)

Au niveau de la pratique, c’est un peu nébuleux à expliquer, mais j’ai tendance à penser que si l’on brise un serment ou un engagement, même factuel, on « brise » soi-même ses capacités. Un peu comme si on avait un passeport et un visa pour aller à l’étranger, et qu’un fois sur place, on se mettait à enfreindre la loi, et qu’on se faisait confisquer passeport et visa, puis expulser du pays avec interdiction d’y revenir. Parfois vous n’aurez qu’une amende ou une garde à vue, mais vous êtes « grillé » et vous courez potentiellement le risque d’avoir plus de problèmes ou de ne pas être cru si vous avez ensuite un souci. Sans oubliez la baffe cosmique possible (« sans compter ce que va dire Tintin »).