J’arrive où je suis étranger.

Revenir en arrière. Jusqu’où ?
La réponse à ma question, l’an dernier pendant un week-end consacré au Seiðr.
Où il est question de quelque chose qui traverse un océan.
Ma soudaine envie de vomir. Personne n’est au courant. Cela fait du sens. (La vrai réponse est beaucoup plus précise.)
Et dix mois. Dix mois. Dix mois plus tard.
L’avion qui décolle, et le laridé qui tourne en boucle sur mon MP3, dissimulé par mes cheveux. La terre qui s’éloigne, minuscule, dans le froid de janvier. Tout est derrière moi, ou alors loin, loin devant. Loin devant, vers l’ouest et dans le futur. J’ai en tête la légende familiale qui dit qu’à chaque génération nous partons un peu plus à l’ouest. Tout ce que j’ai en tête, c’est la musique entêtante qui ne cesse de tourner et de retourner, pendant les 7h de vol, comme un transe lancinante, une injonction à ne pas penser. Rester concentrée sur l’objectif. Omni mea mecum porto. Je transporte avec moi tous mes biens. Tout ce que je possède d’important, ce que j’emporte, tient dans deux valises. Et deux caisses miaulantes.
Le reste, qui se compose pour la plupart de livres, est dans le container d’un port. Je les attendrai trois mois. Me demandant si je récupérerai un jour mes affaires, certains souvenirs. Mais en cet instant, l’instant du départ et de l’arrivée, je n’ai rien.
J’arrive sur une terre où je n’ai jamais mis les pieds, ma seule incursion de l’autre côté de l’Atlantique, dans un autre pays, remonte à mes 11 ans. Une expérience pas très heureuse où j’ai eu la sensation que le pays trop vaste, trop distordu. allait m’avaler. Qui es-tu ? Je suis le pays.
Mais où est ton cheval de peau, orné de runes ? Il est de l’autre côté de la mer. Donné à mon Watcher.
Mais où est la face ricanante de ton Renard, ornée d’ocre rouge ? Elle est là-bas, sous la garde de Écoute-les-voix.
Mais où sont les parties matérielles de ton Âme, faites de laine retordue, de crocs et d’os. Où sont les creux de terre pour les offrandes, où est le grès qui La referme ? Ils ne sont pas avec moi.

J’arrive où je suis étrangère, et où je ne connais rien. La terre ne résonne pas, je ne connais pas son chant, je suis sourde aux inflexions de leurs voix, incapable d’en déchiffrer le rythme, l’articulation, la syntaxe. Les Esprits d’ici ont un langage qui m’est totalement inconnu, totalement différent, et que je ne comprends pas.
La Terre dort sous la neige et dans le froid. Ici est un autre monde, et le réseau est indisponible. Littéralement et métaphoriquement. Indescriptible sensation. Celle d’un décalage. Il n’y a pas que pour les prises de courant, le réseau téléphonique et tout le palpable qu’ici est un autre monde.
Tout est flou, la sensation tenace de marcher sur un chemin de traverse. Les fils sont tordues. Comme si une vibration avait changée.
À la première nuit d’un sommeil de plomb accompagnée d’une dent brisée, suivront les nuits d’insomnie sans relâche. Savoir que je suis éveillée quand ils dorment et que je dors quand ils s’éveillent. Ne plus arpenter. Écho de là-bas, me disant que je ne suis pas la seule.
D’une certaine manière, j’ai la sensation qu’il est normal que la Brochette m’ait demandée de laisser certains de mes outils rituels en Europe. La certitude qu’ici, ils seraient faussés. Pas tous, mais ceux qui me servent à voyager.
Les rêves qui disparaissent. Le silence.
Tout est un Silence de neige. Est-ce le Pays qui l’hiver dort ?
Essayer de ritualiser. De faire des offrandes. Rien. Cet hydromel – au demeurant absolument déguelasse, le Melmor est un délice à côté – versé dans le récipient de secours n’est pas une offrande accompagnée d’une prière aux Dieux, aux Esprits, et à « Ces Étranges Ancêtres Qui… ». Il aurait dû. Mais non. C’est juste un liquide sirupeux et trop acide versé dans un mug de porcelaine, accompagné par des sons articulés dans une langue indo-européenne.
Non, poser trois cailloux et une guimbarde avec un pauvre lumignon ne remplace pas son autel. Cela en tient lieu. Un faire-comme. Un faire-comme honorable, toujours mieux que rien, mais cela reste un faire-comme. Les intentions, surtout les bonnes intentions et le symbolisme, c’est bien joli et c’est sans doute pas mal, en tout cas peut-être préférable à rien, mais non, ce n’est pas pareil.
Non une tasse de porcelaine achetée avec trois de ses sœurs chez Emmaüs ne remplace pas les bols rituels qui ont servis quotidiennement ou presque pendant trois ans. Non les os et la peau d’un animal ne se remplacent pas par une jolie image découpée dans un magazine. On lit partout que « le pouvoir est dans la sorcière, pas dans les outils ». Mouais. Outre que je ne suis pas une sorcière, j’ai envie de dire que, indeed, pas besoin d’outils pour jeter des sorts. Et pas besoin d’un autel en plastoc avec des merdes fabriquées en Chine pour célébrer un sabbat. Par contre, venez pas me dire que les objets fabriqués dans certaines conditions spécifiques, suite à certaines demandes / besoins spécifiques sont parfaitement interchangeable avec un gobelet vide du fastfood local. Sinon, bah écoutez, prenez de la poudre de perlimpimpin pour soigner une pathologie donnée à la place du traitement initialement prévu (allopathique ou non) et expliquez au malade que c’est parce qu’il a pas cru en lui. C’est vrai après tout, on est tellement fort aujourd’hui, les mythes avec des objets sacrés ou rituels, les croyances etc, c’est de la merde, que chacun fasse sa petite cuisine et tout est permis. Il faudrait surtout pas se montrer rabat-joie, sinon, on a rien compris.
Oui, on peut faire de la sorcellerie en faisant la cuisine, et faire pas mal de détournement d’objets rituels, me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’explique juste qu’on ne crée pas des outils /vecteurs en un coup de cuillère à pot parce que’on l’a décidé. Cela se fait à l’usage. Comme on ne se fait pas un meilleur ami en deux discussions sur Cul de Chèvre et qu’on ne se marie, en principe, pas à la première rencontre (en tout cas, pas trop dans nos contrées).

N’oubliez pas l’armée des trolls. Toujours. Et son étendard loufoque indiquant « Tout est pour la Bête ! ». Et dans l’appartement trouvé, découvrir, punaisé au tableau en liège, une petite carte d’un restaurant appelé « La Bête ». Se faire troller, encore, encore et encore par la même chaîne d’informations, en binaire, blanc et noir.
Reconnecter les informations. S’inscrire à la bibliothèque et commencer l’épluchage de la base de données.

Reconstituer les chaînes. Retrouver ses cartons, un mercredi, comme de juste, tandis que les jours rallongent et que les températures commencent à être timidement dans le positif. Avril est là. Retrouver ses affaires, et ses précieux petits trésors, sans valeur sur le plan financier, mais combien plus sur d’autres plans.
Et tandis que l’on réarrange son autel dans sa chambre à coucher, se rendre compte que les nuits sont devenues un peu moins anarchiques. Que les rêves sont revenus, plus étranges et porteurs de sens que jamais, comme souvent pour moi à cette période.


Le véritable travail va pouvoir commencer. Apprendre à connaître la terre où je vis désormais. M’initier à leur langage, leurs offrandes. Écouter leur chant et trouver le rythme, la syntaxe, l’articulation souple pour que le mouvement se fasse. Une expérience nouvelle, ne jamais cesser d’apprendre. Ne jamais croire que l’on sait tout, on pourrait être très surpris. Continuer d’avancer. Chaque terre est différente et c’est à celui qui arrive d’apprendre d’elle. Certains « apprivoisements », certaines rencontres se font facilement, d’autres sont plus malaisés. Il est des endroits où la terre nous appelle, d’autre où elle nous repousse. Chaque route est différente, et nous ne venons ni avec le même regard, ni avec la même terre sous nos pieds. Comme les plantes, certains d’entre nous poussent à merveille dans les forêts d’érables et d’autres s’épanouissent mieux dans les vieilles pierres d’une ville médiévale.

[PBP] U – Quand nous « updatons » certaines relations

"Under the Veil" par Patricia Ariel

« Under the Veil »de Patricia Ariel © 2013
(avec son aimable permission)

Pardon pour l’anglicisme, je triche un peu avec la lettre U du Pagan Blog Project

Aller consciemment à la rencontre d’une déité, c’est bien, mais dans les faits, elle ne vous doit rien, et elle ne vous répondra peut-être pas. Je l’ai déjà expliqué à plusieurs reprises, notamment dans Se faire jeter par une déité (et l’exemple principal cité est plutôt ironique maintenant). La plupart du temps, cela n’a rien de personnel.

Parfois, je ne dirais pas que c’est personnel, parce que ce n’est pas « contre » vous, mais cela peut indiquer soit qu’il y a d’autres voies par lesquelles il est nécessaire que vous passiez avant, ou parce que vous avez une certaine vision préformatée de cette déité. Ce qui peut arriver quand on lit trop les fiches de présentation des déités, malheureusement souvent lacunaires, trop généralistes et répétitives à force de se baser sur les mêmes sources. En résumé, on finit par avoir une sorte de « perception sociale » de telle ou telle déité plutôt que d’essayer de se faire notre propre opinion, parce que c’est plus facile, parce qu’on a plus ou moins d’affinités avec, parce que l’on risque de devoir se remettre en question, parce qu’on a pas envie de faire comme tout le monde, parce que…
Il est vrai que nous avons tous plus ou moins des déités qui nous « attirent » plus que d’autres, et que plus on essaie de creuser, plus les liens se complexifient, l’ensemble devenant de plus en plus subtiles, comme un château de cartes. Pour peu que des personnes travaillent avec plusieurs panthéons, il est humainement compréhensible que l’on ne puisse pas faire des recherches approfondies sur toutes les déités qui les composent.

Par le passé, j’ai mentionné plusieurs fois que je m’étais pris une crampe de la part de Freyja. A la fin du Mois pour Frigg, il s’est passé quelque chose qui m’a laissé perplexe sur le coup, quelque chose que j’ai mis du temps à voir. Freyja s’est pointé. Des rêves, d’autres signes, et trois fois le même lapsus énorme dans la journée, devant des témoins-ciéron qui m’ont gentiment charrié.
J’ai traîné des pieds, parce que j’étais convaincue que j’allais encore me prendre une porte. En soit, se prendre une porte, ce n’est pas grave, mais quelque part, cela devait faire mal à mon égo. « Arrête de projeter, ferme ta gueule et vas-y » m’a dit celle-ci. J’y suis donc allée.

Je ne me suis pas fait jetée, mais effectivement, il y a eu une remise de pendule à l’heure, bien comme il faut.

Effectivement, je dois avouer que, même si je savais intellectuellement que Freyja était une déesse très complexe, j’avais et j’ai toujours des préjugés sur Elle, alors que ce n’est pas approprié. Plutôt que d’essayer de faire un réel effort, je l’avais ni plus ni moins rangée dans la case dans laquelle on la place le plus souvent : déesse de l’amour, de la liberté, de la sexualité et aussi -en arial taille 10 tout en bas- comme une déesse liée à la guerre. Et aussi parce qu’elle est une déesse très connue, ou plutôt, dont le nom circule beaucoup, je l’avais rangé de côté, peut-être parce que j’ai un gros côté « hipster pagan ». C’était en partie conscient, en partie inconscient. Mais toujours est-il que, si je l’avais honoré une fois ou deux, je n’ai pas fait l’effort d’aller me faire mon avis par moi-même et de réfléchir plus sérieusement sur elle, comme je l’ai fait avec Odin ou Frigg (pour ne citer qu’eux). Ce n’est pas surprenant que ce soit arrivé à la fin du mois d’août, après avoir parlé de Frigg et Freyja dans quelques articles. J’en étais restée à des conclusions et à des visions adolescentes, sans les faire mûrir, sans évoluer, sans rester ouverte d’esprit.

Est-ce que ca fait mal ? Disons que ce n’est pas très confortable, et que ça, plus d’autres choses que je ne développerai pas, vous vous sentez un peu piteux et pour être honnête, vous ne l’avez pas volé.
Dans ce cas de figure là, que faire ?
Présenter ses excuses et reconnaître les faits/se regarder en face sans chercher à se justifier dans un premier temps.
Se remuer pour faire ce que l’on vous demande dans un second temps.
Et ensuite ? Ne pas passer trente-six ans à se flageller, c’est inutile et pleurer en se regardant le nombril n’aide absolument pas, au contraire, on tombe dans un autre travers. Dédramatiser, ne pas se prendre au sérieux, rire un bon coup, retenir la leçon, et continuer à avancer : on fera d’autres erreurs, des petites ou des grandes, mais on ne cesse jamais d’apprendre. Ne plus en faire, c’est se fossiliser.

[PBP] T – Tribu

Auteur inconnu

L’importance de la tribu n’est pas dans le fait de pouvoir faire de super rituels de groupe ou de pouvoir faire des festivals païens. C’est sympa, mais ce n’est qu’une façade, la partie visible de l’iceberg.

Les grandes épiphanies, les révélations ne surgissent pas au milieu d’une célébration avec treize personnes, un soir de pleine lune, en plein été au fond de la forêt. Elles ne s’accompagnent pas du glamour d’un bel autel avec un rite parfaitement organisé. Elles se cachent dans le travail quotidien, dans les messages impromptus, dans les tirages en compagnie d’une copine et d’un verre de jus de fruit au milieu d’une nuit d’automne.

Une tribu n’a pas besoin d’être définie, avec le nom des membres couchés sur le papier et d’avoir une page Facebook, un blog et des outils de communications. Votre tribu de Sorciérons, ce sont ceux qui sont proches de vous, sur qui vous pouvez compter quand il y a un coup de mou dans votre pratique, quand il y a des phases de doute. Ce sont ceux à qui vous pouvez téléphoner, parler de ce qui vous tracassent, des phases de changements. Ce sont ceux qui vous écoutent, même s’il ne savent pas quoi vous dire. Ce sont ceux qui savent vous dire quand ils ne sont pas d’accord avec vous, qui sont en mesure de vous dire de faire attention quand cela est nécessaire. Qui vous diront quand ils ne savent pas, quand ils pensent que vous allez vous manger un mur. Qui seront là même si vous vous le mangez, sans vous jeter, même si parfois ils lèveront un sourcil et vous diront qu’ils vous avaient prévenu. Ce sont ceux avec qui vous passerez des soirées d’enfer ou aurez des délires débiles. Avec qui vous partagerez le bon, le meilleur et le moins bon. Tous les sorciérons ne s’entendront pas toujours tous bien : les liens évoluent en permanence, et le fait d’être ami avec deux personnes ne présagent pas que ces personnes le seront entre elles, ni qu’elles doivent essayer.

Plus le temps passe, plus je me demande à quoi cela sert ces questionnements de « je pratique en solitaire mais je voudrais pratiquer en groupe. » « Ah tu as de la chance de pouvoir faire des rituels avec un cercle, moi je ne peux pas. » A mon sens, il n’y a pas vraiment de pratique solitaire opposée à une pratique de groupe. Il y a des phases où on a la possibilité et l’envie de ritualiser de manière formelle au sein d’une structure et des phases pour le travail personnel. Si ces phases peuvent coexister temporellement, ce n’est ni une nécessité ni une généralité.
Je pense que beaucoup de gens confondent « célébration collective » et « cercle de sorciérons ». Une célébration collective purement spirituelle ne demande pas de liens approfondis. Et un cercle de sorciérons n’a pas forcément besoin de se réunir et de pratiquer des sortilèges en groupe. S’il peut et s’il le souhaite, ca peut être génial. Mais ca peut aussi être la bérézina : je ne pense pas que toutes les pratiques magiques, toutes les énergies personnelles et conceptions à ce niveau-là puissent systématiquement s’accorder. Parfois, je me demande si beaucoup de groupes de pratique ne volent pas en éclat parce qu’il est facile de confondre « pratique magique », « pratique spirituelle » et « amitié ». Avoir des croyances communes, des conceptions ou des parcours proches n’est pas forcément un facteur de réussite dans ce domaine.

Vous pouvez trouver relativement des gens pour célébrer un tournant de l’année, mais comme disait Saint-Exupéry « on ne se créé pas de vieux camarades ». Quand  certaines configurations pointent le bout de leurs nez, avoir des personnes qui peuvent vous aider par des tirages, des partages d’expériences, ou simplement une bonne discussion et/ou du réconfort, ca vaut tous les rituels classieux autour d’un feu de camp.

Pratiquer seul/e, par choix ou pour des raisons variées ne fait pas forcément de vous quelqu’un d’isolé. Ce n’est pas parce qu’une personne leade des rituels de groupe qu’elle sera la personne la plus à même de vous conseiller ou de vous écouter. Ce n’est pas parce qu’une personne a seulement 5 ans de pratique et vous 10 que vous ne pouvez pas lui demander de l’aide, que cette aide ne sera pas d’un grand secours. L’âge non plus n’a pas tellement d’importance, c’est plutôt le degré de maturité et d’ouverture d’esprit, de réflexion et d’amour. Je ne parle pas de l’amour neuneu « aseptisé » à grande renfort de citations toutes faites et de phrases bidons. Je parle de la présence et de l’attention, du Regard. Quand vous êtes trempé comme une soupe, les pieds mouillés, en train de claquer des dents, le moral dans les talons avec une nuit blanche derrière vous, vous serez content quand la personne qui arrive vous dise « viens on va se poser, ca va aller ». Dans ce genre d’instant, c’est tout ce qui compte, pas le nombre d’années au compteur, les initiations, les cursus validés et les rituels de groupes leadés.

Aimez les autres pour ce qu’ils sont, pas pour ce qu’ils représentent (ou bien souvent « pour ce que vous pensez qu’ils représentent »).

Frigg, Internet et l’adaptabilité des Dieux (Mois pour Frigg)

Si les déités sont anciennes, il est difficile de retracer leurs évolutions et leurs changements progressifs de manière certaine. Certaines ont sans doute absorbés des caractéristiques qu’elles ne possédaient peut-être pas au départ, d’autres ont sans doute fait des apparitions plus tardives que d’autres. Cela ne les rends pas moins valables que d’autres sur lesquelles on possède plus d’informations rendant parfois un semblant de datation possible.

1. Le bla bla factuel (background technique)

Je suis en train de lire actuellement Helrunar, de Jan Fries, et je trouve que cet auteur apporte des perspectives et des réflexions très intéressantes. Dans la première partie du livre intitulée How did it all begin ? il fait un topo assez complet sur l’histoire et émet une série d’hypothèses, écornant au passage beaucoup de certitudes ou d’idées que l’on nous a inculquées à l’école (au hasard, sur Jules César).

Page 106, il parle de l’évolution de la figure d’Odin, et à propos de la tête de Mimir, il souligne, non sans humour, que les dieux évoluent, et qu’il n’est pas ahurissant de penser que les mythes futurs pourraient présenter un Odin consultant un ordinateur nommé Mimir.

« Perhaps future myths will have Odin consulting a computer called Mimir. »

Si cette théorie peut froisser certains puristes -ce que je comprends-, l’idée que les déités se sont adaptées au monde moderne est très loin d’être une absurdité. Elle est même plutôt logique et cohérente. Si nous avons des détails concernant certains types de cultes, la vision d’ensemble reste lacunaire, autant sur les relations réellement entretenues avec les dieux, que le fonctionnement d’une possible prêtrise. La véracité et l’exactitude des récits sur lesquels les pratiques reconstructionnistes se basent habituellement sont à nuancer. Tel auteur était chrétien (Adam de Brème nous parlant des sacrifices ayant lieu tous les neuf ans à Uppsala) : son témoignage était-il fiable, ou bien a t-il noirci le tableau ? La Germanie de Tacite ? Oui, mais d’après ce que j’ai pu lire, son récit se base sur des témoignages, pas sur une observation (sans rentrer dans d’autres détails). Le regroupement « panthéon germanique » et « panthéon nordique » n’est pas forcément pertinente, et même à l’intérieur du « panthéon nordique », les relations entre la Norvège et l’Islande (colonisée au IXe siècle), plutôt tendues, rendent également fragile une harmonisation « aveugle » entre « les pays scandinaves ». Bref, c’est un merdier sans nom, et tout ce que nous avons relève de la supposition bien plus que de la certitude absolue.

Ceci posé, nous continuerons d’employer le terme « panthéon nordique » par souci de commodité. 😉

Les relations entre les gens et les déités du panthéon nordique auraient été relativement « proches », je ne rentrerai pas dans le détails et l’articulation des relations : c’est simplement que si le blót avait également une fonction de « renforcement des liens entre la divinité et les gens », supposer qu’au moins certaines d’entre elles aient choisis de s’adapter aux modes de vies contemporains et d’être honorées « avec les habitudes actuelles », même sans entrer dans de l’UPG, n’a rien d’inconcevable.

2. Frigg et Internet (avec des bouts d’UPG)

Les déités évoluent donc. Et ainsi que le mentionne Jan Fries dans son ouvrage, considérer Odin comme relié à des bases de données ou même internet n’a rien d’absurde (l’image est plutôt amusante je trouve),

Pour Frigg, c’est encore plus amusant si l’on prend en compte le fait que « web » veut dire « toile ». La toile du web (pléonasme). Le maillage entre les différentes informations, les croisements, les « nœuds » de la toile (les routeurs), les différents fils composant le wyrd (l’IP) etc.

Au niveau de la pratique, j’avais déjà eu l’occasion de constater que, si, si, les dieux savaient s’adapter, n’avaient pas perdu leur humour et rien de leur caractère au passage. Très récemment, au cours de ce mois pour Frigg, il s’est passé deux choses assez « marrantes » (sur le coup c’était moyen tout de même) qui ont fini par faire « tilt » et par aboutir à cet article. Les deux anecdotes sont relativement parlantes au niveau de la connexion (sans jeu de mots) entre cette déesse et le web.
Ou comment quand elle a décidé que ca allait filer droit, vous faites pas le mariole. Et elle est assez stricte sur certains points : imaginez quelqu’un qui veut se connecter à son jeu en ligne favori, « bon mon taf de recherche et le ménage je le ferai plus tard », et après avoir échangé quelques boutades avec un pote sur le fait « qu’on va se faire déchirer, le taf est pas fait », paf, plus de serveur. « Nous nous excusons de la gêne occasionnée. Nous travaillons à la résolution du souci technique ». * soupirs * Y’a pas mort d’hommes, mais c’est chiant.
Frigg c’est ca : si vous avez la flemme de faire le boulot, vous vous retrouverez avec un filtre de contrôle parental. Et pas de pizza pour dîner non. Sinon c’est pas drôle.

Parfios je me dis qu’elle et Odin formeraient un drôle de couple geek à l’heure actuelle. En fait, je les imagine bien tous en train de faire une Lan-party ou un raid sur Wow. « Bon, Thor, tu tank. Le Vieux, tu DPS, Loki qui joue un voleur spé assassinat, Eir qui heal. »