[PBP] E comme les erreurs et les excuses…

… au sein de notre pratique. Ou « je comprend vite mais il faut m’expliquer longtemps« .

Il y a assez peu de temps que je travaille vraiment avec le panthéon nordique et que je suis à même de comprendre certaines subtilités. Si Loki est sans doute la déité la plus ancienne que j’ai approché dans ce panthéon là, pendant très longtemps, la plupart des autres ne m’intéressaient pas. Si j’avais lu quelques textes comme le Hávamál, et avait connaissance de certaines notions, l’ensemble restait flou pour moi. Je ne comprenais ni certaines nuances ni les rapports globaux. J’avais décrété que cela ne m’intéressait pas, et les quelques personnes dont la pratique était axée sur ce panthéon ne m’avaient absolument pas donné envie de creuser la question, au contraire. Cela avait provoqué une sorte de blocage qui, lié à mon caractère pas toujours subtile, a donné des résultats pas très heureux. Bien sûr, je connaissais les runes, plutôt bien même. Mais elles étaient désincarnés dans le sens où je les avais ôtés de leurs contextes respectifs. C’est un point sur lequel j’ai bien changé d’avis aujourd’hui, et je ne pense plus qu’on puisse vraiment essayer de les comprendre si on les coupe de leurs racines, elles sont, d’une certaine manière, l’opposé des outils factuels. Mais ce n’est pas vraiment la question non plus.

Je l’ai déjà dit pendant le Odin Project, mais je vais le redire aujourd’hui. Je n’aimais pas Odin. Je ne savais pas vraiment pourquoi, sans doute un mélange entre la façon dont il est présenté et son « opposition » à Loki (même si pense que cette opposition est davantage le résultat de certains points de vues qu’un fait, mais en la matière, les faits sont toujours des éléments discutables), le fait qu’il ait une importance prépondérante pour beaucoup de groupes. Le mélange de ces éléments avec ma tendance à prendre souvent, consciemment ou non, le contre-pieds des avis collectifs, j’avais décrété que je ne pouvais pas le blairer. Je pensais que le fait de travailler avec Loki, en plus de certains surnoms -quoique très factuels pour certains- peu élogieux et exprimer ma répugnance (c’en était) pour lui suffiraient à m’en tenir éloignée à vie. Las. C’était stupide, dans le fond comme dans la forme, et si j’avais mieux compris les interactions entre les déités nordiques j’aurais vite vu que c’était stérile (en plus d’être immature et débile, mais, il n’y a pas besoin de lire les Eddas pour s’en rendre compte. Il faut juste quelques coups de pieds au cul et quelques années de plus au compteur.) Quand il a débarqué, ca m’a vraiment fait chier. Oh, il a mis longtemps avant de se faire comprendre. Il a fallu plusieurs années pour que je me retrouve au pied du mur, et même au pied du mur, je lui ai dit que s’il voulait vraiment se pointer… et quand bien même, je ne l’apprécierais jamais. Jamais. Bon, finalement, j’ai eu de la chance parce que j’aurai vraiment pu me prendre une tarte en pleine poire, mais ca s’est bien passé, ceci étant, j’avais trop d’orgueil pour accepter vraiment certaines choses, alors il a fallut faire des choix. Soit j’acceptais que je m’étais royalement planté, je changeais mon fusil d’épaule et j’ouvrais ma putain de porte, soit je pouvais continuer à me draper dans mon orgueil à la con, et bref.

L’été dernier, j’avais fait un rêve avec Frigg, qui me gourmandait sur mon attitude. En gros, elle m’avait filé un livre avec la généalogie de tout le monde, et je devais apprendre. Et en voyant un certain nom, je m’exclamais « ah nan lui je peux pas le blairer ». Elle me demandait juste si je voulais les suivre, et je disais « oui ». Elle me répondait alors que, mes avis personnels, ils n’en avaient stricto sensu rien à carrer (elle l’a dit de manière beaucoup plus polie, elle parle bien Frigg) de mes avis perso, et que soit je voulais, soit je voulais pas. Que j’étais priée de connaître tout le monde et de fermer ma grande mouille. On ne me demandait pas d’apprécier tout le monde, juste de les connaître, de manière à pouvoir entretenir des « relations diplomatiques » avec eux, et que je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer pour moi. J’ai même pas oser moufté.
J’avais pas trop compris le rêve sur le coup. C’était avant le Odin Project, avant tout ca. Frigg est la première qui se soit pointé, je veux dire, vraiment pointé. Le genre où vous vous retrouvez à faire un autel à 4 plombes du mat’ parce que vous avez ca en boucle dans la tête et que, merde, vous aimeriez bien dormir. Et pendant que vous le faite, vous vous demandez si vous êtes subitement devenu barge ou bien quoi. J’ai au moins eu le « bon sens » de l’écouter, même si ce n’est pas vraiment du bon sens, plutôt la pétoche que l’on ressent quand on rentre au milieu de la nuit et que notre mère nous attends dans la cuisine parce qu’elle nous avait défendu de sortir, et qu’on sait que ca va barder pour notre matricule. On parle souvent des côtés creepy d’Odin, je peux vous dire que Frigg me fait carrément plus flipper.

Le dieu en question que j’avais désigné dans le fameux bouquin, c’était Tyr. On peut pas dire que mon attitude était factuelle, et on peut pas dire que c’était mes oignons non plus. De fil en aiguilles, je me suis mise à penser à tout ca de manière plus rationnelle, de regarder tous les liens entretenus et les relations complexes. Non seulement par rapport à lui mais aux autres. Et un jour, pendant un « blót » (je met le mot entre guillemets, parce qu’étant donné que mes seuls repères sont des textes, et que je n’ai jamais assisté à un « vrai » blót, même si nous nous basons sur des ressources fiables, de façon purement intellectuelles, il y a un doute, et je n’ai pas d’autres expériences me permettant d’établir des comparaisons factuelles), je lui ai présenté mes excuses (pas qu’à lui tant qu’à faire et c’était un peu plus complexe, mais passons.)

Tout récemment, je me suis retrouvée à « accompagner/guider » quelqu’un pendant un rituel, et il s’avère qu’une des déités faisaient parties de celles à qui j’avais présenté des excuses. Je me souviens de la sensation au moment des offrandes. Que, effectivement, certains panthéons sont plus « soudés » que d’autres, mais qu’en matière de panthéon nordique, entretenir des relations qui soient au minimum de courtoisie est une base fondamentale. Je me suis demandé ce qui aurait pu se passer « si ».

[Sigyn Project – Jour 28] Bilan / réflexions en vrac

[note du 6/03 : suite à une conversation avec Valiel, j’ai précisé certains points importants en bleu. J’espère avoir été plus claire, mais je sais que j’ai une approche assez « froide » et que mes explications sont parfois un peu tordues et que j’ai tendance à faire des ellipses dans mon raisonnement.

Ainsi s’achève le mois de février et avec lui, le Sigyn Project. Sigyn est une déesse que je connais malgré tout assez peu, beaucoup moins que certaines de mes amies qui ont d’ailleurs des interprétations et théories très intéressantes (mais il ne m’appartient pas d’en parler).

Je n’aime pas beaucoup parler de mes relations avec les différentes déités : certaines sont extrêmement fortes, d’autres l’ont été. D’autres encore sont plus factuelles, mais dans tous les cas, je préfère garder pour moi le niveau de relations que j’ai avec toutes, surtout par pudeur mais aussi parce que j’ai du mal à comprendre en quoi l’expérience du « je » peut-être intéressante pour une autre personne. Nous sommes tous unique, et je ne suis pas certaine qu’essayer de trouver des points de repères autre que le factuel fasse réellement avancer les choses.

En quelque sorte, je trouve cela malsain de comparer la relation que l’on entretient soit avec telle déité avec celle que l’on pense que les autres entretiennent avec elle. Ce n’est rien de plus qu’une projection, une manière de se situer dans une norme, dans le but de trouver sa place ou d’acquérir un statut, que ce dernier trouve sa place dans une sorte de moyenne ou qu’il s’en distingue. [note : ce qui m’interpelle et qui m’inquiète quelque part -bien que le terme soit un peu fort- c’est qu’on finisse par aplatir nos différences et les diversités de nos pratiques, de manière consciente ou inconsciente- en se confortant -consciemment ou non- à des définitions. Que l’on change ou que l’on évolue dans sa pratique n’est pas le souci, au contraire, c’est plutôt que je me demande quelles richesses un changement « provoqué rapidement et artificiellement suite à « une intoxication » est réellement plus profitable que la lente maturation apportée par une pratique personnelle, des expériences concluantes et des méga-gamelles.]

Bref, je n’en comprend pas l’intérêt (tout comme je ne comprends pas l’intérêt de disséquer sa pratique perso -que ce soit sur des blogs ou des forums- ou de lire des blogs dans cette optique, cela amène juste une sorte de « mondialisation /normalisation » des sentiers et des sentiments hiérarchiques avec son lot de remugle égotique et de disputes à la con sur « qui est un(e) vrai(e) spirit-worker/prêtresse/chaman gna gna gna ». Et au passage, j’inclue dans ce genre de schémas les gens qui se présente « a contrario » : je ne suis ni … ni … Je sais que mon point de vue assez tranché, et que là aussi, cette réflexion ne peut avoir lieu que quand la somme de partage existante est suffisamment conséquente. Toute existence de blog peut être soumise à la même analyse d’ailleurs. [Ce qui m’interpelle, c’est moins la question du partage intrinsèque que ce qui se cache derrière. Pas seulement le « pourquoi nous partageons et à quoi cela sert » mais « comment ces partages sont perçus et qu’est-ce qu’ils induisent ». En soit, le fait de se mettre des étiquettes ou de parler en détail de sa pratique n’est pas un problème, pas plus que le fait de se définir à contrario de ces étiquettes/pratique, c’est plutôt toutes les discussions et prises de positions tendues qui peuvent en découler. Ces réactions peuvent produire des rapports « de force » et des avis pas nécessairement toujours constructifs genre « les X que j’ai croisé, c’était de la merde sauf rares exceptions ». D’autre part, j’ai été surprise ces derniers temps par des articles qui semblent exprimer parfois un regret, comme si le fait de ne pas pouvoir se définir de telle ou telle manière devenait « un problème ». Dire « je suis ça » n’est pas un souci en soit ; c’est plutôt toutes ces histoires de contestations/réactions genre « non toi tu es pas un(e) vrai(e) parce que… » ou « j’aurais voulu être ca, mais en fait en lisant les autres je me rends compte que non, je peux pas » et je me demande ce que cela peut apporter de positif sur le long terme : ce sont les raisons pour lesquelles je dis que je ne comprends pas certains type de partage. Chacun interprète une pratique et participe à sa transmutation : à force de d’interprétations et de partages, j’ai par moment l’impression que l’on assiste à une dénaturation de l’idée initiale et que peu à peu, ce qui est un concept vivant se fige. Une fois qu’il est figé, on assiste à l’émergence de nouveau concept « hors-barrière » jusqu’à ce qu ‘ils soient eux aussi « fixés » et stabilisé. Par rapport au terme « spirit-worker » par exemple, j’ai l’impression, suite aux explications de Valiel, que ce mot, au départ un terme valise est en train de se doter de notions/définitions propres suites à des strates successives de définitions personnelles dont certaines interprétations/exemples ont été largement repris et conduisent à le structurer. Pour reprendre l’exemple de ce mot, puisqu’il m’apparaît comme un bon exemple par rapport à ce que j’essaie de retranscrire, il est apparu, tout nouveau, tout beau et est décrit de plus en plus comme une nouvelle voie là où il servait simplement de qualificatif au départ : en ce moment, la « mode » est plus ou moins de s’essayer à des critiques parfois très virulentes de la wicca. Que ces critiques soient fondées ou non n’est pas directement le propos : je constate simplement qu’elles reposent souvent sur une analyse partielle puisque partant de pratiquants semblables, pas toujours représentatifs de l’ensemble de cette voie. Toujours est-il que si on prend le terme de « spirit-worker » dans son sens le plus factuel « qui travaille avec des entités », et qu’on se réfère à certains pratiquants de la wicca, on constate que ce terme peut également s’appliquer à eux. Que sont-ils donc alors ? Le fait de partager largement certains de ses avis et ses pratiques pouvant conduire à une normalisation des voies, on peut supposer que, certaines de ces personnes, il y a dix ans, se seraient décrites comme wiccanes, mais qu’elles préfèreraient peut-être aujourd’hui utiliser le terme « spirit-worker » ; conduisant à un schisme encore plus grand entre des voies qui sont, dans le fond, beaucoup plus perméables qu’elles ne l’apparaissent parfois à travers le prisme de nos perceptions personnelles. Pour reprendre les termes utilisés dans ma réponses : « Au final, qu’est-ce qu’on s’en fous de l’étiquette ou du modus operandi lié à telle ou telle type de pratique (par modus operandi j’entends la pratique codifiée qui semble s’installer sur certaines définitions, alors qu’à la base, il n’y a pas forcément lieu d’en avoir : pas forcément pour des pratiques « historiques » ou avec des réinterprétations reposant sur une base factuelle -par exemple le seidr- mais plutôt toutes ces nouvelles définitions comme « spirit-worker ». Clairement, pour ce dernier cas, j’ai parfois envie de dire que c’est un peu comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, il est probable que si tout le monde disséquait sa pratique, on retrouverait tous des éléments pouvait se rattacher ou s’approcher du modus operandi en vogue lié à cette étiquette, pourtant, en voulant la circonscrire dans un mode précis, on se coupe de nouvelles voies. Et on risque, à long terme, les mêmes problèmes que dans certaines communautés religieuses. D’où mes questions. »]

Quel pourcentage de nos écrits sont « factuels » ? Quel pourcentage est l’expression d’une part de notre égo ? Et parce que l’existence même de l’égo peut également être une constante  factuelle, à quel moment on passe de « l’égo factuel que nous reconnaissons et acceptons » à « l’égo qui commence à nous tirailler ? » Comment déterminer que le factuel est bien ce qu’il prétend être ? A quel moment cela n’est plus factuel au sens stricte du terme (l’UPG est-elle factuelle par exemple) ? A quel moment le partage tue le partage (pour faire un remix de Laffer) ? [Note : cette question du partage tuant le partage est une sorte de résumé de l’idée exprimée en bleu plus haut.]

Sigyn by ~Ljotunnr
(histoire d’aérer un peu l’article :o)

Je précise au passage que je n’exclue absolument pas mon blog/moi-même de cette ligne de réflexion. C’est un truc qui me turlupine souvent quand j’écris. Je me demande jusqu’à quel point un partage de ressenti peut-être factuel. A quelle moment cela cesse d’être factuel (en même temps, à partir du moment où on dis « je », l’égo parle. Ce n’est pas toujours bon, pas toujours mauvais, mais c’est un fait qu’il faut garder à l’esprit : l’égo est dans le « je ») [note/précision : il y a toujours de l’égo, il fait partie de notre existence et de notre conscience de nous-même. L’important est dans l’équilibre, et dans le fait d’avoir conscience de cet égo pour éviter de se laisser contrôler par lui.] A quel moment je dis un truc parce que je pense que cela apporte un plus, et à quel moment j’ai envie d’écrire certaines choses parce que quand je lis ce que certaines personnes écrivent, j’ai juste envie de dire « merde, vous voulez jouez à qui pisse le plus loin ? Attendez, je participe qu’on rigole. » Quand je sens que c’est la dernière partie qui me tiraille, je gomme, j’efface, je m’arrête. C’est une des raisons pour lesquelles je ne lis plus l’immense majorité des blogs : ca réveille parfois en moi des trucs pas très claires, et je me souviens bien de la première étape du processus de l’inchiabilisation progressive (qui pourrait se traduire suivant les gens par « j’ai envie de mettre mon grain de sel et de dire ce que je vis parce que 1/ soit je me sens en état de complexe d’infériorité et je veux prouver le contraire/expliquer le contraire/appuyer lourdement dessus/ou du coup je vais aller chier sur un truc parce que ca me fait me sentir mal 2/ les gens me font trop rire avec leurs conneries, je vais leur apprendre la vie et prouver que MOI ca déchire ».) et je n’ai aucune envie de replonger dedans (mais peut-être qu’à force de bonne volonté je vais finir par arriver où je ne voulais pas aller ?)

Dans le fond, peut-être que c’est le fait d’en faire une question si importante qui rend la question si épineuse ? Après tout, on pourrait très bien dire « bah ouais, c’est mon égo, je m’étale et merde ». Je pense que tout est une question de point de vue, de mesure, de personne, de sujets, de timing… bref, une sorte de grande danse de la relativité pour laquelle il n’existe pas de constance mesurable. [note : ce que j’essaie de dire, c’est que dans le fond, on s’en fous : un blog reste un espace personnel et on fais de notre mieux et/ou ce qu’il nous plait. Quoi que l’on fasse, on ne fera pas l’unanimité, et c’est tant mieux quelque part.]

Et c’est là que Sigyn « entre en scène » si je puis dire. Sigyn pourrait nous montrer que, dans le fond tout est une question de regard, de point de vue. Et cette question, on la retrouve dans la façon dont sa perception peut parfois se réduire, deux axes « simplistes » : femme abusée ou femme aimante et loyale ? Dans le fond, est-ce que cela change quoi que ce soit à son essence, qui dans tous les cas ne peut être perçue dans sa globalité et avec toute sa complexité parce que nous ne pouvons pas, exactement comme, dans le fond, au-delà des apparences, des masques, des lectures entre les lignes et des comportements « publics », nous ne savons jamais vraiment ce qui se passe dans la tête et dans le coeur de quelqu’un, nous ne les percevons qu’à travers nos yeux, notre empreinte et l’essence est passée au tamis de notre propre être, parfois la sublimant, parfois la dénaturant, mais ce processus de « raffinement » n’en est pas moins un fait.

Autel à la Cailleach

J’ai rêvé de la Cailleach cette nuit. Je crois que c’est la première fois que ca m’arrive. Elle se tenait au milieu du petit carrefour à trois voies, celui qui est situé au nord, devant nos fenêtres. Le carrefour était enneigé et la Vieille était debout, vêtue d’une grande cape bleu très foncée ou noire, un bâton à la main et un symbole bleuté sur le front. Quelqu’un était avec elle mais je ne sais plus qui, je n’ai pas vraiment regardé. J’étais debout, derrière la fenêtre et elle me faisait signe de la rejoindre. Je me suis réveillée pour la seconde fois de la nuit après cette image.
D’habitude, elle n’est pas aussi explicite quand elle revient. Cet après-midi, j’ai réaménagé mon autel. Je suis allée faire un tour dans l’espèce de parc où je vais d’habitude pour déposer mes offrandes. J’ai ramassé des branches de pommier, de la mousse. En rentrant, un agent municipal qui passait à vélo dans le parc est venu me parler. Je lui ai dit que j’avais ramassé les branches par terre, comme elles avaient été coupées. Il m’a dit en riant qu’il savait bien et m’a demandé ce que je comptais en faire, pourquoi je ramassais ca. Je lui ai dit que c’était pour Grand-Mère Hiver (pour simplifier) et il m’a demandé comment cela et pourquoi. J’ai expliqué rapidement deux ou trois trucs. Il m’a dit « Ah c’est bien. C’est beau en tout cas. Bon après-midi Madame. » Ca m’a un peu étonnée mais je commence à avoir l’habitude : j’ai l’impression que dans le fond, les gens sont plus ouverts aux « bizarreries » qu’on ne pourrait le croire. Tant qu’on reste soft et/ou qu’on y va doucement du moins. Peut-être que dans le fond, c’est aussi plus simple pour nous de catégoriser « les autres » comme des gens obtus incapables de comprendre. Ca ne veut pas dire qu’il n’y en a pas, mais dans l’ensemble, je pense que la ligne moyenne est plus floue qu’on ne le pense.

Je ne partage pas systématiquement les photos de mes autels, certains sont trop personnels, ca dépend des périodes.

Comme offrandes, entre autre, parfois je lui offre une louche de soupe maison (pour le côté classe, on repassera mais ca « marche »), parfois un petit verre de whisky, du lait, de la guiness. Des pierres ramassées, des plumes quand j’en trouve. Des baies. Des pommes. Une part de plats anglais cuisinés maisons. Des perles de verre.

Autel à la Cailleach

Autel à la Cailleach

[Odin Project – Jour 25] Considérer les aspects délicats d’Odin

C’est un sujet assez délicat à aborder, et j’y pensais hier soir. Le fait est que ce matin, grâce à un groupe Facebook, j’ai eu l’occasion de suivre un lien pointant sur un article qui aborde justement cette question.
Si l’auteure de l’article parle principalement d’Apollon, elle mentionne aussi Odin au passage. Et il faut le reconnaître, c’est totalement justifié. Les présentations basiques d’Odin incluent sa fonction de Père de Tout, de dieu lié à la guerre, à la magie et à la sagesse. En général, ce sont les trois principales fonctions qui sont mises en valeur et elles donnent une vision d’Odin que je trouve exagérément méliorative. En même temps, ma vision est complètement personnelle.
J’ai longtemps considéré qu’il était avant tout un menteur, un tricheur, un meurtrier, un arnaqueur, un violeur, un fourbe, un traître et une grande-gueule (comme ca c’est dit). Même si je n’ai plus la même approche de lui qu’il y a huit ans et que mon ressenti personnel à clairement changé, cela ne veut pas dire pour autant que j’ai oblitéré ces aspects de ma vision de lui. C’est quelque chose de très compliqué à expliquer pour moi parce que de nombreux paramètres parfois contradictoires entrent en ligne de compte, je vais tâcher de faire ca le plus simplement possible, et pour que ca soit plus compréhensible et pour ne pas me perdre.

* Ainsi que je l’ai déjà expliqué avant, je considère que les Déités sont clairement au-dessus des clivages traditionnels « bien » ou « mal » et que nous ne pouvons en réalité pas vraiment les englober, les comprendre dans leur totalité.
* Je pense que les aspects qui se présentent à nous ET qui nous posent problèmes sont en grande partie révélateur de nos propres  problèmes ou/et de notre personnalité.
* Paradoxalement, se focaliser uniquement sur les cotés « positifs » ne nous protégera pas des autres, pas plus que se focaliser sur les « mauvais » ou délicats ne nous en protège mais que cela ne les « provoquera » pas non plus. (Mais si un travail ne nous apporte rien, pourquoi l’entreprendre ?)

Je ne pense pas que les dieux soient particulièrement sadiques ou sympathiques au point de prendre en compte nos considérations personnelles, ou qu’ils en aient tellement à faire de notre avis qu’ils veuillent s’attacher à nous prouver le contraire sur un détail de leur « personne » : je pense que, globalement, les raisons pour lesquelles ils débarquent ne sont pas prédictibles ou explicables -même si on comprend (parfois)  pourquoi après coup– et que c’est pour ca que pleurnicher « ouin pourquoi moi » est 100% stérile comme attitude et à part nous focaliser sur notre nombril, ca n’apporte pas grand chose.
Le seul vrai truc que notre attitude peut changer, c’est notre capacité à accepter certaines choses, certains faits, certains changements et à rester debout et à ne pas tomber dans certains pièges.
Supposons que j’ai peur disons, du chaos et que je travaille avec Loki (j’essaie de prendre un exemple qui ne me touche pas directement, c’est plus factuel) : la nature de Loki est intrinsèquement chaotique, ne pas avoir peur du chaos et l’accepter pleinement ne m’empêchera pas de me retrouver confronté(e) avec son chaos, exactement comme en avoir peur ne l’accentuera pas. La seule et unique chose que ma peur va influence, c’est la façon dont je vais personnellement réagir et éventuellement rebondir.
Pour Odin c’est pareil, ce n’est pas parce qu’une personne ne redoute pas un de ses aspects qu’elle ne s’y trouvera pas confrontée, ce n’est pas parce qu’elle le redoute qu’elle va s’en manger une double dose : différents aspects relativement désagréables -pour ne pas dire très- font partie intégrante de sa nature, et qu’on l’accepte ou pas, il en a stricto sensu rien à branler. Par contre, si on se focalise dessus, on peut passer à côté de certains aspects nettement plus faciles, et si on en rigole en pensant que « lâcher prise » à ce niveau là va nous permettre d’éviter les gouttes, on se fourre le doigt dans l’oeil jusqu’à l’omoplate. J’ai eu l’occasion, au cours du mois écoulé, de me ramasser deux gamelles bien monumentales. Là aussi c’est factuel : quand vous travaillez avec un dieu, il n’y a pas de « règles de sécurité » pour empêcher une tuile de vous écraser façon Tex Avery. Que vous soyez conscient ou non, que vous travaillez sur vous ou non, que vous soyez sceptique ou non, ca ne changera pas la trajectoire du projectile. Par contre, votre travail sur vous et ses nombreuses ramifications changeront radicalement la façon dont vous encaisserez la tuile sur le crâne. C’est en fin de compte le seul point sur lequel j’ai peut-être évoluée en dix ans, et encore, je n’en suis pas certaine finalement. Se juger soi-même, sans se transformer en pauvre victime ou en bourreaux sanguinaire mais en essayant de rester neutre est sans doute la chose la plus délicate sur terre.

Au début du projet, j’ai parlé de l’histoire d’Odin et de Rind. Je crois que c’est, avec l’histoire de Narvi et Vali, et l’exil des enfants de Loki et d’Angerboda, les trois choses que j’ai le plus de mal à accepter : mais en même temps, qu’est-ce que vous voulez accepter ? Il n’y a pas d’avis à avoir ou de position à prendre, c’est peut-être ca qui est le plus difficile.
C’est vrai que c’est très déroutant d’avoir dans sa pratique un lien avec Narvi -dont les intestins ont servis à attacher Loki à son rocher, pour rappel- et avec Odin, qui a transformé Vali en loup et qui l’a poussé à massacrer son frère. Il faut passer au-dessus de ca, le savoir et pourtant parvenir à ne pas se permettre d’éprouver une opinion. Ca n’a pas directement de rapport mais on ne peut pas dire que j’ai la moindre affinité pour Tyr, pourtant je me rappellerai toujours un rêve que j’ai fait cet été dans lequel je me faisais sermonner par Frigg qui me disait « on ne te demande pas ton avis et on ne te demande même pas d’apprécier ou de considérer tout le monde, on te demande juste de nous connaître, d’apprendre nos alliances, de savoir qui on est, le reste ca n’est pas ton problème. » Well done…

Ca n’est simple pour personne, et d’une certaine manière, ca ne devrait pas l’être : que cela ne le soit pas signifie que nous réfléchissons, que nous tentons d’agir sur ce que nous sommes pour devenir ce que nous souhaitons être. Nous avons beau savoir que les déités ne sont pas parfaites, je pense que c’est très difficile à assumer pour nous à l’heure actuelle. Je pense que ca l’est encore plus quand on attend de nos croyances qu’elles nous donnent un code morale ou un garde-fou pour savoir comment faire. Même si nous sommes influencés par les autres religions et croyances (j’inclue l’athéisme dedans) dans lesquelles nous avons grandis, nous avons souhaité en sortir et nous nous retrouvons « libres » en quelque sorte.
Et avoir le pouvoir de décider de sa liberté est une responsabilité écrasante et je pense que plus nous acceptons d’être libre, moins nous avons besoin de trouver des modèles, et moins nous avons tendance à rechercher des modèles de perfection : chercher un modèle de perfection quelque part, c’est attendre qu’on vous dise comment vous comporter, comment vivre, comment croire, comment aimer, comment mourir. Alors, oui, bien sûr, on retrouve ces aspects gnomiques dans le Hávamál, mais à aucun moment ce n’est une obligation ou une règle absolue. Odin se contente de partager ce qu’il a appris, je pense qu’il se moque pas mal de savoir ce qu’on va en faire. Lui en tout cas se contente d’être ce qu’il est, c’est nous qui ne supportons pas de savoir qu’il peut aussi être un parjure ou un assassin. Et le réduire à ces qualificatifs comme tenter de les effacer ne change rien.
Même Balder, une fois devenu invulnérable, se met à se comporter comme un vantard et à faire son kéké, lui non plus n’est pas parfait, même si sa description tend à montrer qu’il s’agit probablement d’un dieu plus tardif, un peu comme certaines descriptions et attributs de Hela.

On dit souvent que la société a évoluée, et que donc il est normal que certains de ces aspects nous gêne. Je suis sceptique. Dans le cas d’Odin, je pense qu’il a toujours fait peur : d’après différentes sources que j’ai pu lire, il était plus souvent vénéré par superstition ou par crainte, par respect ou par obligation que par amour ou ferveur.
Odin est assez craignos, il faut le reconnaître. Et je pense que c’est pas nouveau, et on le sent quand beaucoup d’auteurs utilisent des périphrases pour décrire certains de ces actes, j’ai parfois l’impression qu’il y a une gêne ou une volonté de minimiser certains aspects plutôt atroces ou concernant tout ce qui a trait au sexe.

Je ne sais pas vraiment comment je fais au quotidien. J’ai beau savoir tout ce que j’écris, j’ai beau ne pas aimer certains de ses côtés (notamment le côté possessif) ca ne change rien à mon ressenti. C’est paradoxal je sais, et je ne saurais pas vraiment expliquer comment ou pourquoi.  (Que je sois peut-être juste stupide ou masochiste n’est pas à exclure.) Pour répondre à un point exprimé dans l’article, je pense qu’il faut faire une distinction entre ce que nos déités sont et ce que nous essayons d’encourager comme valeur. Se baser sur notre valeur et ne pas prendre les leurs comme une indication.

Je ne sais pas si les Déités peuvent changer, mais clairement, nous, nous pouvons changer et contribuer à faire changer le monde.

[Odin Project – Jour 24] Un Voyageur déguisé

Note : ce n’est pas exhaustif hein. De toutes façons, pour être exhaustif avec Odin, il faudrait dix ans de boulot ca donnerait 30 000 pages de trucs trippés d’informations.

La figure d’Odin comporte de très nombreux aspects différents, et l’un d’eux est celui du voyageur. C’est sans doute un de ceux que je connais le mieux. Un des noms d’Odin est Vegtam, familier des chemins. C’est un petit peu délicat de les cloisonner parce que ses différents visages ne sont pas vraiment séparables, ils constituent des facettes qui sont toutes liées les unes aux autres.
Odin est un dieu errant qui au fil des différents textes et autres approches, revêt plusieurs apparences en fonction de sa mission. Bien qu’il ait une résidence « fixe » il ne semble pas y rester longtemps et part fréquemment vadrouiller un peu partout dans les neuf mondes, au besoin en se déguisant. Un autre de ces noms est Svipall, d’apparences changeantes, et encore un autre est Grimnir, qui signifie Masqué ou Au Capuchon et ce sont des attributs qui me semblent corrélés à la figure du voyageur.
Odin partage avec Loki ce goût pour les voyages, le déguisement, et j’ai bien envie de dire que les deux aiment bien en profiter pour tirer leur épingle du jeu ou arnaquer les gens (Odin m’apparaît globalement plus fourbe que Loki). Certains voyages ont des buts clairement définis, quand par exemple, après la mort de Balder, il se rend voir une völva (Vegtam est d’ailleurs le nom qu’il emploie pour se présenter à elle).
D’autres sont plus troubles, comme dans le lai de Barbe-Grise (le Lai de Hárbardr ou Hárbarðsljóð), un texte assez « savoureux » où Thor se retrouve à échanger des imprécations avec un vieux nommé Hárbardr, qui ô surprise, s’avère être Odin déguisé. Hárbardr mène habillement la discussion et se vante longuement de toutes ses conquêtes et prouesses sexuelles (de façon assez peu délicate il faut le dire) et demande constamment à Thor ce qu’il a bien pu glander pendant ce temps, ce à quoi Thor, franc et honnête comme il est, énumère ses victoires sur les géants et autres. Ceci étant, il y a des fois où le déguisement ne met pas à l’abri des emmerdement, comme dans le lai de Grimnir (Grímnismál), où Odin est attrapé et torturé par erreur par le roi Geirröth (j’ai bien envie de dire que, pour une fois, ca lui apprendra au Borgne :p)

Toute cette énumération amène un parallèle intéressant, celui entre le voyageur et l’aspect chaman d’Odin, sa capacité à changer de formes, mais aussi son lien avec les Berserkers (lien avec les ours) et les Ulfhednar et Varyngjur (loups et louves), des guerriers et des guerrières qui avaient la capacité d’entrer en transe avant de combattre et qui revêtaient des peaux d’animaux. Il est par nature un être changeant, peut-être encore plus que Loki. Loki a une nature chaotique et de cette nature chaotique proviennent ces changements, j’ai l’impression que pour Odin c’est un peu l’inverse. Il change constamment et ses changements de caractères, d’attribution varient en fonction de ses métamorphoses mais en même temps, il est intrinsèquement à la fois un et plusieurs et il est difficile de savoir quelle facette de lui est précisément là à un certain moment, d’autant qu’elles ne sont pas forcément bien distinctes. Alors que Loki, en quelque sortes, est toujours Loki. C’est une nuance que j’ai, là aussi, du mal à expliquer, donc bon, je ne m’étendrais pas là-dessus.

Je suppose que ce n’est pas un hasard si Odin est un dieu qui semble avoir un goût particulier pour débarouler dans n’importe quel rêve (rêve ou voyage d’ailleurs ?) et s’incruster tant qu’il estime n’avoir pas fini de dire/faire ce qu’il avait en tête. Malheureusement, en raison de son goût prononcé pour les déguisements, il n’est pas toujours facile à reconnaître, et il me semble qu’il se fait rarement annoncer, il préfère vous laisser mariner comme un hareng moisi en chipant successivement plusieurs formes, y compris celle de gens que vous connaissez, sauf qu’à chaque fois, ces apparences ont un truc qui cloche ou une énergie qui ne correspond manifestement pas du tout à la personne en question.

[Odin Project – Jour 5] Odin & Rind

J’ai beaucoup d’affection pour Rind, peut-être parce que je me retrouve dans son refus, même si dans les deux cas, cela n’aura servi à rien en fin de compte.
Il y a maintenant plus de deux ans, j’ai fais un rêve assez particulier. Dans ce rêve, assez long et complexe, il y a un homme qui porte un anneau en or à l’index gauche. À un moment du rêve, il est assis à une table et fait tourner l’anneau autour de son doigt. Il m’explique qu’il a trois femmes. « Avec la première tout est fini, avec la seconde c’est sur le point de se finir, mais je cherche encore la troisième. » me dit-il avant de me fixer. Je suis debout et je me sens mal à l’aise. D’un côté, j’ai envie de lui demander plus de précisions et de l’autre, je n’en ai aucune envie. L’atmosphère est très bizarre, et je voudrais qu’il arrête de me regarder fixement. Bien sûr, quand j’ai fais ce rêve, je ne savais pas qui était ce mec. Il faudra bien d’autres rêves et un en particulier pour que je revienne à celui là, et que faisant des recherches sur Odin, je découvre qu’il avait eu trois femmes, qui pour certains représentent le passé, le présent et le futur.

Je savais qui étaient Jörd et Frigg, mais pas qui était Rind.
Suivant les sources, Rind est présentée tantôt comme une géante, tantôt comme une déesse, tantôt comme la fille de Billing, un roi ruthène. Après la mort de Balder, Odin consulte une voyante qui lui conseille  de séduire Rind pour qu’elle lui donne un fils qui pourra venger Balder. Le père de Rind se désespère de voir sa fille refuser tous les prétendants et doit faire face à une invasion ennemie quand un borgne se présente et s’enquiert des raisons de son tourment. Apprenant ces raisons, Odin -puisque c’est bien évidemment de lui dont il s’agit- se propose pour mener les troupes de Billing au combat. Après qu’il ait, bien évidemment, remporté la victoire, Billing lui demande ce qu’il désire en échange. Odin demande alors la permission de faire la cour à Rind. Billing espère que sa fille fera un accueil favorable à cet homme qui, malgré les années, est toujours de bel stature. Sauf que Rind ne l’entend pas de cette oreille, et d’après Guerber, elle le frappe quand il essaye de l’embrasser. (Ca me fait hurler de rire ce passage, qui me rappelle irrésistiblement un de mes rêves, bien que les circonstances ne soient pas les mêmes :o)

So Odin, still unknown, presented himself before the princess, who scornfully rejected his proposal, and rudely boxed his ears when he attempted to kiss her.

Odin s’incline, mais sachant qu’elle est la seule femme à pouvoir lui donner le fils qui vengera la mort de Balder, il décide de changer de tactique. Il revêt la forme d’un forgeron et lui offre de somptueux bijoux mais il se fait rembarrer exactement pareil qu’avant. Il prend alors l’apparence d’un jeune guerrier fringant, en se disant que ca fera vaciller le cœur de la jouvencelle, sauf que quand il s’agenouille devant elle, elle lui flanque un coup de pied qui le fait tomber à genoux. (Je trouve très symbolique le fait qu’elle le rejette trois fois). C’en est trop pour lui (j’imagine qu’il ne s’est pas souvent fait rembarrer de la sorte le Borgne), il pointe sur elle un bâton runique (un nidh) et elle tombe inanimée. (Note : je connaissais l’histoire dans les grandes lignes, mais j’ai clairement fait des recherches plus poussées pour écrire cet article, et ces détails -que je ne connaissais pas- me laissent un peu sur le cul parce qu’il y a un peu plus d’un mois, j’ai fais un rêve qui présente certaines similitudes. Notamment la gifle et le fait de tomber inanimée.) Rien ne semble pouvoir la sortir de sa torpeur quand une vieille nommée Vecha se présente et déclare pouvoir guérir la princesse. Elle lui donne d’abord un bain de pied. Ce dernier n’ayant eu aucun effet, elle déclare qu’un traitement plus sévère doit être envisagé : Rind doit être attachée et elle doit rester seule avec elle pour que le traitement fonctionne. Billing hésite mais il souhaite plus que tout sauver sa fille, et accepte. La vieille, qui est Odin déguisé, dissipe l’enchantement et à l’aide d’autres runes, la fait tomber sous son charme pour que Rind accepte de l’épouser.

L’utilisation d’un charme pour la faire tomber sous son emprise rappelle directement cette strophe du Hávamál

J’en connais un seizième :
Si je vois une fille
Dont j’aimerais gagner l’amour,
Je peux retourner ses pensées et toucher son cœur de telle façon
Que toute femme à la peau blanche se donnera à moi.
(strophe 161)

Certaines versions parlent d’un enchantement, d’autres, moins nombreuses, font clairement état d’un viol, et suite à cet incident, Odin aurait été banni, ses frère Vili et Vé prenant la relève. Cet épisode explique notamment l’allusion de Loki qui accuse Frigg d’avoir couché avec les frères d’Odin dans la Lokasenna.

Gardez le silence Frigg ! Vous êtes la femme de Fjorgyn
Mais toujours à convoiter l’amour ;
Ainsi Vili et Ve, vous la femme de Vithrir,
Se sont tous les deux étendues sur vos seins !
(strophe 26)

Souvent les auteurs font état de périphrase pour désigner cet épisode, pas très glorieux pour Odin, il faut bien le dire. Je trouve cela un peu dommage de ne pas appeler les choses par leurs noms ou de tronquer le récit (c’est pareil avec l’histoire de Günnlod, certains auteurs se contentant de dire qu’Odin « leurre » Günnlod. En fait, il prend l’apparence d’un géant -Bolverk- et la séduit pour coucher avec elle et lui piquer l’hydromel. C’est au passage quelque chose que j’ai apprécié avec Kevin Crossley-Holland – et avec la traduction française- c’est qu’il dit les choses de façon très simple et très belle, sans tourner autour.) Par la suite, Rind donne naissance à Vali, qui est adulte en un jour. Ce qui est marrant, c’est que le fils d’Odin et le fils de Loki porte le même prénom. J’ai entraperçu des sources disant que ce serait le même, il faudrait que je creuse tout ca, mais pas aujourd’hui.

Rind symbolise la terre gelée après le Ragnarök, par contre, je suis mitigée quant au parallèle entre Odin et le soleil. Dans la mythologie nordique, le soleil est féminin.

Sources :
H. A Guerber, Mythes of Nothern Land
John Lindow, Handbook of Norse Mythology
La Lokasenna
Le Hávamál
Cette histoire est racontée dans la Geste des Danois, rédigée par Saxo Grammaticus au XIIIe siècle.