[Odin Project #13] Les enfants d’Odin [généalogie]

On prête parfois à Odin d’être à l’origine de la plupart des Ases, ce qui me semble quelque peu exagéré, même si on peut lui rattacher la paternité d’un certain nombre d’enfants (et de petits-enfants par déduction). Probablement en raison de certains de ses heiti (je pense à Père-de-Tout, mais le rapprochement initial ne vient pas de moi), mais aussi de la création des humains telle que racontée dans la Gylfaginning (Ask et Embla). A noter que dans la Rígsþula (Chant de Rígr), c’est Heimdall, qui sous le nom de Rígr, engendre la race humaine : certains auteurs [encore une fois qui ? Je ne me souviens plus] ont suggéré que ce Rígr pourrait en réalité être Odin. Je ne sais vraiment quoi en penser, là au pied levé, je partage davantage à titre d’anecdote.

[La graphie des noms est celle utilisée par John Lindow]

Balder (M) : Second fils d’Odin après Thor. Frigg est sa mère.

Hermód (M) : Hermód est-il le fils ou un homme de main d’Odin ? John Lindow explique qu’il pourrait très bien être à l’origine un héros humain -le même type de paradigme se pose quant à l’origine de Bragi, qui a très bien pu être un scalde divinisé. Il précise aussi que l’histoire de la mort de Balder est parfois présentée comme se jouant entre trois frères (donc Balder, Hermód et Hödr) : j’avais lu -reste à retrouver la source : Turville-Petre ?- que le fait que cela se produise au sein d’une même famille (y compris en incluant Loki) pourrait être un exemple d’un règlement fratricide tel que cela pouvait se passer à l’époque.

Höd (M) : Fils aveugle d’Odin. [sa cécité n’est pas mentionnée dans tous les textes]. De manière assez surprenante, lui aussi survit au Ragnarök. Pas plus que pour Hermód le fait que sa mère soit Frigg n’est systématiquement mentionné.

Sæming (M) : Mentionné dans l’Histoire des rois de Norvège, soit fils d’Odin, soit fils de Freyr, cela n’est clair. Dans le prologue des Eddas, il est nommé comme étant le fils de Skadi et d’Odin (en plus d’autres fils non cités). A noter que j’ai parfois lu que l’union d’Odin et de Skadi avait donné naissance aux Sames [?].

Sága (F) : Sa parenté n’est pas claire non plus, il est parfois mentionné qu’elle est la fille d’Odin. En tout cas sa mère est inconnue.  Lindow mentionne qu’en considérant l’étymologie de son nom, certains spécialistes pensent que Sága pourrait être un autre nom de Frigg.

Thor (M) : Fils d’Odin et de Jörd.

Vídar (M) : Fils d’Odin et de Gríd, une géante.

Váli (M) : Dans le Skáldskaparmál, un kenning le désigne comme étant « le fils d’Odin et de Rind ».

Et à propos de Týr ? Toujours dans le Skáldskaparmál, un kenning le désigne sous le nom de « fils d’Odin ». Cependant, dans la Hymiskviða (Chant d’Hymir), qui raconte l’expédition de Thor et Týr chez le géant Hymir, on apprend que ce dernier est le père de Týr. Quant à l’identité de sa mère, elle pose apparemment problème à beaucoup de spécialistes : soit elle est une Ase, et autant l’union entre une géante et un ase ne pose pas de problèmes, autant l’inverse, déjà plus (pour diverses raisons, bla bla bla). Soit elle est une géante, ce qui pose un autre paradigme. Ceci étant, le cas de cette déité demanderait un approfondissement spécifique parce qu’il est assez particulier. [Personnellement, vu l’évolution des fonctions respectives de Týr et d’Odin, et d’autres détails,  j’ai un peu du mal à le considérer comme son fils.]

Sources : 
Norse mythology, John Lindow
A Piece of Horse Liver, Jón Hnefill Aðalsteinsson
Norse mythology, Kathleen Daly

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[Odin Project #4] Un dieu fourbe ?

Comme cela a déjà été mentionné plusieurs fois précédemment, Odin était un dieu craint et considéré comme fourbe. Encore aujourd’hui, j’ai été plutôt étonnée, en lisant certains forums et en discutant avec des ami/e/s, il est toujours un dieu dont on se méfie voir dont certains ont peur. Pour certains c’est en raison de ce qu’il dégage comme énergie, pour d’autres c’est parce qu’il est perçu comme prêt à vous rouler dans la farine si le besoin s’en fait sentir (pour résumer brièvement une partie des échanges / lectures. Ceci étant, cela n’est bien évidemment pas une vérité générale.)

Est-ce que cette réputation est justifiée ?
Dans les textes, il est rarement vu sous un jour vraiment positif. Quand il apparaît, sous un déguisement, chez les humains, il y a effectivement du grabuge dans la plupart des cas. Dans Les énigmes de Gestumblindi (une partie de la Hervarar saga) et dans le Vafþrúðnismál, -on va résumer grossièrement- il se pointe pour une partie de devinettes et dans les deux cas, il termine par une pirouette en demandant à Heidrekr et Vafþrúðnir « ce qu’Odin murmura à l’oreille de son fils [Baldr] sur le bûcher funéraire de celui-ci ? » (« Oui, non, zbradaradjian ». Pardon aux familles comme dirait Babette.) Evidemment, les deux gars ne peuvent pas répondre. Le géant reconnaît qu’Odin est le plus sage. Le roi Heidrekr se barre en se transformant en faucon, se fait couper la queue. Dans les deux cas, il s’en tire par une pirouette.

On retrouve au fil des textes, (au pif dans le Hávamál : la strophe 110, faisant état d’un serment prêté sur l’anneau. Serment rompu par Odin.) plusieurs mentions de sa « fourberie ». Je ne rentrerai pas aujourd’hui dans le cas du « Odin, fauteur de malheur ? » mais en gros, il est présenté comme un dieu à qui l’on ne peut pas se fier. Il n’est pas un dieu de la justice comme Tyr et il n’est pas non plus un dieu de la guerre et de la force comme Thor. On ne le voit pas directement sur le champ de bataille, par contre, il les provoque. Il n’arbitre pas les conflits, et il n’hésite pas à favoriser ses préférés, mais c’est souvent à double tranchant.

Odin possède une connaissance redoutable, et il a des moyens pour avoir des informations : ses corbeaux, la pratique du Seiðr, Hliðskjálf… On peut donc raisonnablement supposer qu’il a la possibilité d’être au courant de ce qui peut advenir, ou d’un certain nombre de potentialités. Un stratège ne sait pas à l’avance comment une bataille va tourner, par contre, il sait réagir rapidement aux mouvements de l’ennemi et s’adapter le plus efficacement possibles aux changements et à la topographie d’un terre. La fourberie d’Odin pourrait provenir en partie du fait qu’il s’adapterait en fonction de l’évolution de la situation, quitte à revenir sur sa parole. Ce n’est qu’une supposition, et on pourrait objecter que cela n’est pas une raison (en même temps, dieux ou pas, si nous pouvons avoir notre avis sur quelque chose, premièrement nous ne connaissons pas toutes les motivations et deuxièmement, je pense qu’il est toujours facile d’avoir un avis extérieur…) mais il n’est pas illogique de penser qu’il se contente de faire ce qui est le moins nuisible sur le long terme.
Prenons l’exemple de Tyr qui met sa main en gage dans la gueule de Fenrir pour qu’il se laisse attacher. D’un côté il a rompu un serment, de l’autre il s’est sacrifié « pour le bien général ». Rien ne dit dans le mythe que c’était facile pour lui. C’est un peu complexe à résumer comme ça, mais Odin endosse peut-être lui aussi ce rôle de briseur de serment parce qu’il y est d’une certaine manière tenu par sa position.
Et donc, est-ce que sa réputation est justifiée ? Pour moi, oui et non. Parce qu’on ne peut pas demander à un dieu-stratège qui a sans doute des raisons particulières d’agir de faire autrement pour des raisons X ou Y mais je ne pense pas que le stratège le fasse par pur plaisir. Je ne pense pas que cela l’amuse particulièrement de devoir agir comme il le fait. Ses roueries ne sont pas systématiques et l’interprétation des textes est toujours sujette à caution : on ne sait pas si dans certains cas certains traits n’ont pas été forcés, dans quelle mesure.
Après, il est évident que les buts qu’il poursuit sont particuliers, et pas forcément intelligibles, mais le ranger définitivement dans la case « oui » ou la case « non », c’est premièrement penser que nous sommes en mesure de comprendre parfaitement les dieux, que nous avons suffisamment de preuves irréfutables -d’un point de vue intellectuel / ressources- pour l’affirmer avec certitude. C’est aussi se ranger à ces avis manichéens qui classent les dieux en deux catégories, les « lumineux » et les « sombres », alors que nous n’avons en réalité aucun moyen de mesurer à l’avance l’impact qu’une déité aura sur notre vie. Personne n’est tout bon ou tout mauvais, par contre, se dire que l’on peut potentiellement se faire rouler n’est une idée plaisante pour personne, alors c’est plus facile de s’illusionner, dans un sens ou dans l’autre. Pour moi c’est un peu comme se dire « ah non, l’idée que les dieux puissent être, à leur manière, réels, c’est beaucoup trop flippant, alors je vais dire que ce sont des projections, des archétypes. Ca, ca me fait vachement moins peur. » [note : Je ne dis pas que toutes les personnes considérant les déités comme étant des archétypes le font par peur. 😉 Le sujet avait été abordé un peu plus en détails et de manière plus nuancée ici.]

[PBP] E comme les erreurs et les excuses…

… au sein de notre pratique. Ou « je comprend vite mais il faut m’expliquer longtemps« .

Il y a assez peu de temps que je travaille vraiment avec le panthéon nordique et que je suis à même de comprendre certaines subtilités. Si Loki est sans doute la déité la plus ancienne que j’ai approché dans ce panthéon là, pendant très longtemps, la plupart des autres ne m’intéressaient pas. Si j’avais lu quelques textes comme le Hávamál, et avait connaissance de certaines notions, l’ensemble restait flou pour moi. Je ne comprenais ni certaines nuances ni les rapports globaux. J’avais décrété que cela ne m’intéressait pas, et les quelques personnes dont la pratique était axée sur ce panthéon ne m’avaient absolument pas donné envie de creuser la question, au contraire. Cela avait provoqué une sorte de blocage qui, lié à mon caractère pas toujours subtile, a donné des résultats pas très heureux. Bien sûr, je connaissais les runes, plutôt bien même. Mais elles étaient désincarnés dans le sens où je les avais ôtés de leurs contextes respectifs. C’est un point sur lequel j’ai bien changé d’avis aujourd’hui, et je ne pense plus qu’on puisse vraiment essayer de les comprendre si on les coupe de leurs racines, elles sont, d’une certaine manière, l’opposé des outils factuels. Mais ce n’est pas vraiment la question non plus.

Je l’ai déjà dit pendant le Odin Project, mais je vais le redire aujourd’hui. Je n’aimais pas Odin. Je ne savais pas vraiment pourquoi, sans doute un mélange entre la façon dont il est présenté et son « opposition » à Loki (même si pense que cette opposition est davantage le résultat de certains points de vues qu’un fait, mais en la matière, les faits sont toujours des éléments discutables), le fait qu’il ait une importance prépondérante pour beaucoup de groupes. Le mélange de ces éléments avec ma tendance à prendre souvent, consciemment ou non, le contre-pieds des avis collectifs, j’avais décrété que je ne pouvais pas le blairer. Je pensais que le fait de travailler avec Loki, en plus de certains surnoms -quoique très factuels pour certains- peu élogieux et exprimer ma répugnance (c’en était) pour lui suffiraient à m’en tenir éloignée à vie. Las. C’était stupide, dans le fond comme dans la forme, et si j’avais mieux compris les interactions entre les déités nordiques j’aurais vite vu que c’était stérile (en plus d’être immature et débile, mais, il n’y a pas besoin de lire les Eddas pour s’en rendre compte. Il faut juste quelques coups de pieds au cul et quelques années de plus au compteur.) Quand il a débarqué, ca m’a vraiment fait chier. Oh, il a mis longtemps avant de se faire comprendre. Il a fallu plusieurs années pour que je me retrouve au pied du mur, et même au pied du mur, je lui ai dit que s’il voulait vraiment se pointer… et quand bien même, je ne l’apprécierais jamais. Jamais. Bon, finalement, j’ai eu de la chance parce que j’aurai vraiment pu me prendre une tarte en pleine poire, mais ca s’est bien passé, ceci étant, j’avais trop d’orgueil pour accepter vraiment certaines choses, alors il a fallut faire des choix. Soit j’acceptais que je m’étais royalement planté, je changeais mon fusil d’épaule et j’ouvrais ma putain de porte, soit je pouvais continuer à me draper dans mon orgueil à la con, et bref.

L’été dernier, j’avais fait un rêve avec Frigg, qui me gourmandait sur mon attitude. En gros, elle m’avait filé un livre avec la généalogie de tout le monde, et je devais apprendre. Et en voyant un certain nom, je m’exclamais « ah nan lui je peux pas le blairer ». Elle me demandait juste si je voulais les suivre, et je disais « oui ». Elle me répondait alors que, mes avis personnels, ils n’en avaient stricto sensu rien à carrer (elle l’a dit de manière beaucoup plus polie, elle parle bien Frigg) de mes avis perso, et que soit je voulais, soit je voulais pas. Que j’étais priée de connaître tout le monde et de fermer ma grande mouille. On ne me demandait pas d’apprécier tout le monde, juste de les connaître, de manière à pouvoir entretenir des « relations diplomatiques » avec eux, et que je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer pour moi. J’ai même pas oser moufté.
J’avais pas trop compris le rêve sur le coup. C’était avant le Odin Project, avant tout ca. Frigg est la première qui se soit pointé, je veux dire, vraiment pointé. Le genre où vous vous retrouvez à faire un autel à 4 plombes du mat’ parce que vous avez ca en boucle dans la tête et que, merde, vous aimeriez bien dormir. Et pendant que vous le faite, vous vous demandez si vous êtes subitement devenu barge ou bien quoi. J’ai au moins eu le « bon sens » de l’écouter, même si ce n’est pas vraiment du bon sens, plutôt la pétoche que l’on ressent quand on rentre au milieu de la nuit et que notre mère nous attends dans la cuisine parce qu’elle nous avait défendu de sortir, et qu’on sait que ca va barder pour notre matricule. On parle souvent des côtés creepy d’Odin, je peux vous dire que Frigg me fait carrément plus flipper.

Le dieu en question que j’avais désigné dans le fameux bouquin, c’était Tyr. On peut pas dire que mon attitude était factuelle, et on peut pas dire que c’était mes oignons non plus. De fil en aiguilles, je me suis mise à penser à tout ca de manière plus rationnelle, de regarder tous les liens entretenus et les relations complexes. Non seulement par rapport à lui mais aux autres. Et un jour, pendant un « blót » (je met le mot entre guillemets, parce qu’étant donné que mes seuls repères sont des textes, et que je n’ai jamais assisté à un « vrai » blót, même si nous nous basons sur des ressources fiables, de façon purement intellectuelles, il y a un doute, et je n’ai pas d’autres expériences me permettant d’établir des comparaisons factuelles), je lui ai présenté mes excuses (pas qu’à lui tant qu’à faire et c’était un peu plus complexe, mais passons.)

Tout récemment, je me suis retrouvée à « accompagner/guider » quelqu’un pendant un rituel, et il s’avère qu’une des déités faisaient parties de celles à qui j’avais présenté des excuses. Je me souviens de la sensation au moment des offrandes. Que, effectivement, certains panthéons sont plus « soudés » que d’autres, mais qu’en matière de panthéon nordique, entretenir des relations qui soient au minimum de courtoisie est une base fondamentale. Je me suis demandé ce qui aurait pu se passer « si ».

[Odin Project – Jour 28]

Herjan « seigneur des armées », Hjalmberi « porte-heaume », Herteitr « joyeux parmi les guerriers », Hnikarr « qui frappe », Sigfödr « père de la victoire », Valfödr « père des occis », Atridr « assaillant », Biflindi « secoueur de bouclier », Vakr « alerte », Ofnir « provocateur », Herjafödr « père des armées »… nombreux sont les noms d’Odin qui se rapporte à sa fonction guerrière.

Au-delà de l’aspect purement guerrier qui a déjà été plus ou moins abordé au cours du mois écoulé (notamment par rapport à la fureur guerrière ou par rapport à son lien avec la mort), Odin est lié à la stratégie militaire, à l’art du combat. C’est un calculateur avisé et redoutable qui sait exactement quand frapper et comment utiliser la ruse pour remporter la victoire.

Les origines d’Odin sont floues et il fort probable qu’il ne possédait pas au début tous les attributs qu’on lui rattache maintenant. Sans doute un dieu mineur à l’origine, il a sans doute gagné progressivement du galon avant d’évincer d’autres dieux pour parvenir à une position dominante. Odin était un dieu craint et il est mentionné quasi systématiquement que sans doute, la vénération dont il faisait l’objet était empreinte de crainte et de superstition. C’est Dumézil qui introduit la notion de société tripartite, divisant le monde en trois classes : les rois, les guerriers et les agriculteurs (en gros). La première classe est aussi généralement en possession du pouvoir divin. Odin,  Thor et Freyr peuvent être considérés comme les dieux principaux de ces trois classes.
Odin n’avait clairement pas la préférence du peuple, à la fois parce qu’il était le dieu des classes dirigeantes et sans doute parce qu’il n’était pas considéré comme fiable.
Chez Odin, les fonctions de « Père du Ciel » (qui sont sans doute à mettre en parallèle avec son mariage avec Jörd, déesse de la Terre) et celles liées à la guerre sont étroitement corrélées aux attributs de base du dieu Tyr. Au fur et à mesure de l’évolution de la société, Tyr a progressivement perdu son statut de guerrier et de défenseur pour devenir l’image d’un dieu lié à la justice et au droit. Freya Aswynn suppute que Tyr était sans doute au départ pourvu de la ruse et de la malice, avant qu’Odin ne les « récupère ». Je préfère quant à moi une autre théorie (l’idée ne vient pas de moi) : au fur et à mesure de l’évolution de la société, Odin s’est progressivement retrouvé lié aux classes dirigeantes, et son statut de guerrier aurait alors été « entaché » par la corruption et la ruse qui les caractérisaient. Son lien avec les arts militaires devant également venir de là.

Avec cette évolution peut s’expliquer son second mariage avec Frigg, qui est une sorte de « raffinement » des fonctions de Jörd. Je pense que l’histoire de Rind sert surtout d’explication eschatologique, comme le Ragnarök et l’introduction de Balder.

Source : Les noms d’Odin cités au début de l’article sont tirés du livre de Edred Thorsson, Runelore : Manuel de runologie ésotérique, Pardès, 1994, traduction de Anne-Laure et Arnaud d’Appremont

PS : Il est évidemment que je n’aurai pas le temps d’aborder toutes les autres notions restées dans ma sacoche d’ici le 30 novembre. Par contre, je pense prévoir une bibliographie succincte pour le dernier jour, en plus de mon blabla. Je suis désolée de ne pas avoir à chaque fois les références précises, je n’aurai jamais pensé en venir à des articles comme cela sur mon blog, et puis je ne suis pas en train d’effectuer un travail universitaire ou d’écrire un livre non plus

[Odin Project – Jour 27] Gungnir, Draupnir, etc.

Gungnir : La lance d’Odin. Son nom signifie le chancelant en vieil islandais et elle a été forgée par les nains, les fils d’Ivaldi. C’est Loki qui la fait forger quand après avoir coupé la chevelure de Sif, il se rend chez les nains pour leur demander de lui fabriquer une chevelure d’or pour la déesse. Elle est gravée de runes et une fois lancée, on dit qu’elle atteint toujours sa cible et qu’elle ne peut être arrêtée. Plusieurs textes scandinaves indiquent qu’une lance jetée au début d’une bataille dédiait cette dernière à Odin. Dans la littérature contemporaine, un des plus beaux exemples est sans doute celui contenu dans American Gods de Neil Gaiman. (Je n’en dit pas plus pour ne pas spoiler ceux qui ne l’ont pas lu.)
La lance est un attribut que l’on retrouve chez plusieurs dieux germaniques ou nordiques et il n’est pas prouvé que toutes les représentations trouvées sont celles d’Odin. On retrouve aussi un dieu à la lance chez les celtes, avec Lugh, de qui Odin est parfois rapproché. Pour certains historiens, la lance aurait été d’abord un attribut de Tyr avant qu’Odin n’absorbe certaines de ses fonctions et symboles, et la lance en ferait partie.
Un des kenning pour désigner Odin est Gungnis váfaðr, le secoueur de Gungnir (non je ne ferai pas de plaisanterie scabreuse). Je ne sais plus où je l’ai lu -comme d’habitude, bravo Aranna- mais avant une bataille, certains guerriers s’entaillaient légèrement avec une lance pour représenter « la marque d’Odin » et avoir une chance d’obtenir une place parmi les Einherjar.

Draupnir : L’anneau d’Odin -rapporté par Loki en même temps que Gungnir. Je trouve ça amusant quand on y pense, mais bref, je vais pas commencer à divaguer sur un nouveau truc, encore-. Son nom signifie « le dégouttant » (qui fait des gouttes, pas qui est répugnant hein). Il est parfois dit que c’est une bague, parfois un bracelet (dans un de mes rêves c’était une bague, on s’en fout, je sais). Forgé par Brokkr et Eitri (ou Sindri), il donne huit anneaux supplémentaires tous les neuf jours.
Odin le dépose sur le bûcher funéraire de Balder pour qu’il emporte avec lui. Quand Hermóðr descend en Helheim pour tenter de faire revenir Balder, ce dernier lui remet l’anneau pour qu’il le rende à son père. Draupnir sera ensuite offert par Freyr à Gerd lors de son mariage.

Valknut : j’en ai déjà rapidement parlé ici. Ceci étant, d’après Rudolf Simek le symbole est peut-être /sans doute à l’origine surtout lié à des pratiques religieuses liées à la mort et aurait par la suite évolué pour devenir un des attributs d’Odin (datation ?) Il y a un lien entre l’interconnexion entre les différents mondes (trois triangles, trois points, les neuf mondes ?) En lisant la page wikipédia anglaise, j’ai lu une hypothèse intéressante sur la Valknut qui serait un symbole d’entrave ou de libération du pouvoir ou de l’esprit. Je ne développe pas ce qui est dit mais je me demande : Est-ce que la valknut aurait pu être utilisée comme une clé ou au contraire pour sceller les esprits des morts (rapport au lien entre Odin et la mort) ? C’est moi qui extrapole mais c’est une piste intéressante.

Le poste sur les animaux viendra plus tard -ou pas- j’ai le cerveau cramé là en fait. Une résolution prochaine que je dois tenir : P.R.E.N.D.R.E  D.E.S  N.O.T.E.S. Bordel.

[Odin Project – Jour 14] Une présence intoxiquante

Tout d’abord une petite mise au point sur le titre de l’article. Il y a un bout de temps, Shinny Naedune avait publié un article sur Freyr intitulé une présence éblouissante. Cette formulation m’étant restée en tête et sa formulation correspondait à ce que j’avais envie d’exprimer ici.

Étymologiquement, le nom d’Odin vient de la racine ód ou wod, qui signifie fureur, mais qui prend aussi le sens d’intoxication. La sagesse d’Odin n’a rien d’une sagesse contemplative ou calme, bien au contraire, c’est en quelque sorte une sagesse acharnée, une sorte d’entêtement continu. Son énergie ressemble à cela : elle n’a absolument rien de calme et de posée, c’est une force parfois ténue mais constante, une endurance patiente et absolue, qui dévaste tout sur son passage. Elle a tendance à éclipser tout le reste, balayant tout d’un revers de la main comme de vulgaires fétus de paille. C’en est d’ailleurs perturbant : il y a plusieurs déesses avec qui j’ai des affinités que l’on pourrait définir comme assez fortes. Pourtant, soyons franc, aucune ne fait le poids. Quand il y a l’énergie, la présence d’Odin, les autres présences sont secondaires, et pourtant, Morrigan, Hella, la Cailleach ou Hécate ne sont pas des déesses à l’énergie particulièrement discrètes. Aucune des relations que j’ai pu avoir avec les autres déités ne ressemble à cette relation là, et pourtant, certaines d’entre elles sont là depuis le tout début de mon cheminement il y a dix ans. Peu importe ce que vous construisez, ni avec quelle force vous le bâtissez, cette énergie là est capable de tout renverser.

C’est en cela qu’il y a un certain danger dans la présence d’Odin, un danger enivrant mais un danger quand même. Pas qu’il soit particulièrement dangereux en lui-même (bien sûr, il a des aspects redoutables, mais comme ce ne sont pas des que j’ai eu particulièrement l’occasion de voir, je ne m’en rends pas bien compte. Pour autant, je ne doute pas qu’ils existent et qu’il faille faire un minimum attention, bien qu’on ne ne puisse pas franchement dire que je sois d’une nature prudente.) c’est plutôt qu’il peut vous faire vaciller comme une chandelle laissée dehors par une nuit venteuse.

Comme je l’ai mentionné plus haut, son énergie est très particulière et très reconnaissable, mais surtout, je considère qu’elle peut agir comme une drogue, une drogue redoutablement agréable et efficace, et comme avec une drogue, tant que vous n’êtes pas dépendant, cela va (que l’on se comprenne bien :  je n’incite personne à se droguer, j’utilise une image), mais si vous ne faites pas attention, que vous ne vous connaissez pas bien ou que vous êtes fragilisés, vous pouvez très vite vous retrouvez dans une situation qui vous dépasse et je pense qu’on peut se perdre soi-même. Pour autant, je pense que la méfiance ou les avertissements ne servent à rien, pas plus qu’il n’est utile de tenter de le mettre à l’écart, non.
La seule chose qui soient réellement utile, c’est la connaissance de soi et arriver à garder un équilibre pour ne pas réveiller trop de choses à la fois. Je ne dis pas qu’il y a un problème à éprouver une franche préférence pour sa présence, ou qu’il faille se montrer particulièrement vigilant ou méfiant, c’est plus délicat à expliquer que cela. Je dirais plutôt qu’il faut garder un œil sur l’horizon pour continuer à garder le cap. C’est assez sibyllin, je ne saurais pas vraiment l’expliquer moi-même. Sa notion de savoir est complètement corrélée à cette notion d’intoxication pour moi : en gros, si vous cherchez le savoir par goût du pouvoir, vous risquez de ne pas nourrir les choses appropriées en vous, par contre, si vous essayez de les employer pour vous aider, puis pour aider les autres tout en vous réinterrogeant sur vos motivations et en étant prêt à vous remettre en question, vous avez une chances de pouvoir passer la barrière et d’arriver à bon port.

Odin est un dieu ambigu. Très ambigu pour ne pas dire fourbe. On dit qu’il est le dieu des serments, mais aussi un briseur de serments (note : Freya Aswynn pose la question de savoir si originellement, ce aspect fourbe n’était pas plutôt une caractéristique de Tyr qu’Odin aurait par la suite « absorbée », je ne sais pas, c’est à voir…) et tout en lui possède ce double visage, mais par moment, j’aurai presque envie de dire qu’il est comme la magie, qui est à double tranchant, au-delà des considérations binaires du bien et du mal, trop restrictives dans des cas comme ça.
D’un certain côté, il est comme la magie, et toute la difficulté est cet équilibre entre la volonté et la réception. C’est comme pratiquer certains types de rituels : si vous attendez avec trop d’avidité, vous allez vous monter la tête tout seul avec votre égo et finir par imaginer des choses et vous raconter des conneries. Si vous êtes convaincu qu’il ne va rien se passer, vous allez vous fermer directe et ca ne donnera rien. Il faut trouver juste le bon équilibre, arriver à marcher sur le fil pour passer sur l’autre rive sans vous péter la gueule au fond du ravin qui peut être un simple rebord de trottoir ou profond comme la fosse des Mariannes, mais dont vous ne pouvez pas connaître à l’avance la profondeur.