[Sigyn Project – Jour 24] Jouer !

J’ai finalement assez peu parlé de Narvi et Vali. Avec Sigyn, cette triade pourrait nous apporter un message simple, mais pas toujours aisé à mettre en œuvre : ne pas trop se prendre au sérieux, de profiter des plaisirs simples de la vie et s’amuser. Prendre plaisir à faire des choses toutes bêtes comme griffonner sur une feuille de papier avec pleins de couleurs parce que cela nous éclate, faire la bombe à eau en plongeant, courir après les feuilles. Ne pas trop chercher à vouloir se cantonner à l’image sérieuse que l’on attend de nous, la vie est trop courte. Tant pis si on a l’air un peu con à chantonner en effeuillant une marguerite, ou si on a envie de sortir un vieux jouet de notre enfance.

Auteur inconnu

Faire de la balançoire et fermer les yeux en sentant l’air nous fouetter la figure, chercher des coquillages, ramasser des feuilles jaunies pour décorer le bol de l’entrée, partager un bon gâteau en famille, grignoter des sucreries ou du pain et du fromage en bavardant dans un parc, se blottir dans le creux de sa couette avec ses chats et faire un jeu de société, sortir les pastels et dessiner un arc-en-ciel… autant de trucs simples. Tellement simple qu’ils en paraissent idiots. Des choses simples qui sont à la portée de toutes les bourses. Si simples qu’il n’y a aucune excuse pour ne pas s’accorder le temps de le faire de temps en temps et pourtant, combien sommes-nous à faire passer ces choses là à la trappe en premier ? Parce que pas le temps, parce que le travail, les études, parce que, parce que. Parce qu’il est parfois plus simple de se mettre une chape de béton sur les épaules, de se regarder dans le miroir avec toutes nos responsabilités, qu’elles soient dans le domaine familial, professionnel, spirituel ou tout à la fois.

Mais la vie n’est pas faite que de responsabilités. Elle est aussi faite de tous ces moments là qui ne servent à rien, qui ne doivent servir à rien d’autres qu’à nous apporter un peu de légèreté et de douceur. Si on oblitère complètement cet aspect, alors tout le reste devient progressivement de plus en plus lourd, et si on n’ey prend pas garde, il peut finir par nous écraser totalement. Cet aspect mutin de Sigyn est tout aussi important que l’autre. Elle est à la fois l’enfant qui joue de manière insouciante avec des fleurs et celle qui porte le bol dans la caverne. L’un ne va pas sans l’autre.

Quand j’ai commencé à travailler avec Narvi, je ne savais pas comment faire. Je me sentais maladroite et gauche, je n’avais aucune idée de la manière adéquate pour débuter. Je me sentais beaucoup trop cynique et tranchante pour utiliser mes méthodes habituelles, qui sont parfois assez trash. Autant je n’hésite pas à bourriner pour bosser avec certains, autant, je m’étais dit que j’allais devoir changer mon fusil d’épaule. En même temps, c’est une vue de l’esprit : on projette une fragilité présumée sur eux, et totu ce qu’on lit n’aide pas forcément à trouver sa manière de procéder (C’est depuis ce moment là que je ne lis plus rien avant d’entamer un travail. Ce n’est qu’après avoir commencé que je regarde rapidement ce que d’autres peuvent en dire, histoire d’avoir d’autres visions, mais je n’épluche pas tout, cela ne m’intéresse pas et je ne souhaite pas être trop influencée). En les visualisant comme des enfants, on peut rapidement perdre de vue qu’ils ne sont pas humains. J’ai du faire exactement le même type d’erreur que ceux qui ne voient en Sigyn qu’une femme abusée. Bref, j’ai finalement eu l’idée de jouer avec Narvi. Et c’est comme ca que je me suis retrouvé à sortir les petits bâteaux Vulli avec lesquels je jouais enfant, à me faire couler un bain et à vouloir jouer avec. Je passe sur le moment awkward où on réalise qu’on est à poil dans sa baignoire à vouloir entrer en contact avec une déité qui a l’apparence d’un petit garçon de huit ans. -___- Grand moment de solitude et de « I have no fucking idea what I’m doing ». Le plus dur ? Arrêter de se regarder et de projeter ce dont on pense qu’on a l’air (« on va passer pour des qu’on peut pas se permettre de passer pour » comme ils diraient dans Kaamelott), lâcher prise et prendre du recul. C’est là qu’on se dit « ouais ben bordel de merde, peut-être que je voyage facilement ou quoi, mais là, c’est du challenge. » S’amuser, jouer, garder une âme d’enfant, c’est un putain de challenge, mais c’est aussi nécessaire que toutes ces histoires d’ancrage/purification/protection/visualisation etc.

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Après avoir beaucoup hésité à le poster, voici un petit texte personnel que j’ai écris, par rapport à une partie de ce que m’inspirent Narvi et Vali.

C’est presque rien pourtant.
Trois lignes, une vision. Pratiquement rien.
A la limite du Vide, de l’Inexistant.
C’est pour ainsi dire rien.
Oubliés. Trop anciens. Disparus.
Deux feuilles mortes balayées dans le vent.
Une inscription dans le sable.
Un hurlement.
De fait, ce n’est rien. Ce n’est plus. Cela a-t-il seulement été ?
Notes de bas de page.
Discussions linguistiques.
Ajouts syntaxiques.
Alors c’est tout ?
C’est tout – Rien que ca – Uniquement ca – Juste cela – « C’est connu ».
Effacés.
Dommages collatéraux.
Sacrifices acceptables.
Pulvérisés.
Et pourtant :
Un bord de mer.
Une ombre derrière un arbre.
Quelque chose encore demeure.
Constant, immuable.

Aranna © 2012

Hedningarna – Tuuli

J’ai découvert ce groupe la semaine dernière, et cette chanson m’a fait immédiatement penser à Narvi. J’ai pas mal trippé sur la musique, m’en servant comme support musical, si l’on peut dire, jusqu’à ce que je fasse quelques petites recherches. Tuuli signifie « vent » en finnois, et cette chanson est en réalité une invocation à Ukko (le Dieu du Ciel dans la mythologie finnoise et Akka (la femme d’Ukko et déesse de la fertilité. La question de l’identité de cette dernière est un peu plus complexe ceci dit, mais zappons…).
Certains objecteront peut-être que, la chanson étant une invocation à d’autres déités, il serait discutable de l’utiliser pour une troisième. Thèse, antithèse, synthèse. À la limite je m’en fous, ca marche très bien.

Avant d’approcher Narvi (et Vali)

Comme je le disais dans mon poste d’hier, j’ai décidé de scinder mon approche de Narvi et Vali. Ne pas les considérer comme un tout indissociable, mais bien comme deux déités distinctes, avec leurs propres caractères. Par un équilibre entre hasard et facilité, j’ai donc commencé à approcher Narvi. Je dis « approcher » parce que je ne pense pas qu’on puisse les appeler : plus que les autres, ce sont eux qui décident de venir ou pas. S’ils ne veulent pas, ils ne veulent pas.
Avant de commencer, je pense qu’il est important de préciser un point de ma pensée : je pense qu’il n’est pas bon de l’enfermer dans son statut de pauvre petit garçon éventré par son grand frère. Ce n’est pas faux, certes, et personne n’a jamais dit le contraire, mais le réduire à ca n’est pas la vérité non plus. Un peu comme si vous enfermiez une personne victime de violence, de viol ou d’une agression dans ce rôle : elle ne sera plus qu’une victime. Hors, quoi qu’un individu ait traversé dans sa vie, il n’est, il ne doit pas être que ça. Je ne sais pas pourquoi, mais il me paraît important de ne pas l’approcher avec pitié ou tristesse ou pire, commisération. Il faut être calme, détendu, de bonne humeur (surtout pas stressé ou en colère), garder en mémoire l’histoire dans un coin de son esprit mais ne pas déverser son « oh c’est affreux, pauvre petit », j’ai eu droit à ce type de réaction enfant, pour des raisons toutes à fait différentes, mais je me souviens avoir détesté ça : ca ne m’incitait pas à avoir de la sympathie pour l’adulte qui me disait cela, bien au contraire, j’avais juste envie de le fuir.

Tout repose sur l’équilibre de ces deux axes : les considérer individuellement sans pour autant oublier le frangin, ne pas se focaliser sur leurs morts tout en la considérant et en la gardant en mémoire. C’est ce que la personne m’expliquait dans mon rêve, de façon plus imagée et énigmatique, mais l’idée est là.

Narvi et Vali

Narvi (parfois orthographié Narfi) et Vali sont les deux enfants que Loki a eu avec Sigyn. C’est dans la Lokasenna (les sarcasmes de Loki) que leur destinée, particulièrement funeste, nous est relatée. Une fois Loki attrapé, les dieux changent Vali en loup. Ce dernier déchiquète son frère dont les intestins servent à attacher Loki à son rocher.
Skadi (dont le père Thjazi a été tué par Loki) place un serpent venimeux au dessus de Loki, laissant le venin tomber goutte à goutte sur lui. Sigyn porte un bol pour recueillir le venin en question, mais chaque fois qu’elle doit le vider, le venin du serpent tombe sur Loki qui se tort de douleur, provoquant ainsi les tremblements de terre.

D’après les quelques recherches que j’ai pu faire -peu de sources « anciennes » les mentionne- Vali est lié aux forêts et Narvi à la mer.

En fait, je ne pensais pas que je les croiserais un jour. J’emploie le terme croisé parce que je les ai vu avec Sigyn dans un rêve. Fugitivement, timidement. Disparus aussitôt aperçus. C’était une sensation assez étrange parce qu’au moment où je les vois, je sais que ce sont eux, à moitié dissimulé derrière un brouillard.
J’ai repensé à leur histoire. Leurs histoires devraient-on dire en réalité. Ils sont constamment associés l’un à l’autre, ou considéré uniquement en tant que fils de Loki. C’est d’ailleurs pour punir ce dernier qu’ils ont été tués, de simple dommages collatéraux oubliés par tout le monde. Une note de bas de page, quelques lignes.

Cette nuit j’ai refait un rêve où une personne que je ne pouvais pas voir, cachée dans les brumes, m’expliquait tout cela. Je me souviens de ce qu’elle me disait, et qu’on étaient au pied d’un arbre, rien d’autres. Je pense que les considérer en tant que dualité constante est une erreur : on abrège leurs identités, et sous couleur de leur rendre hommage, je pense qu’on les dilue encore plus. Ils n’ont pas la même personnalité, la même énergie. Et même si jusqu’à présent je n’ai pas vu énormément de choses, j’ai la sensation que Vali est beaucoup plus farouche que Narvi, plus vieux aussi. Narvi a une énergie vraiment spécial, quelque chose que je ne saurai pas encore définir. Je ne sais même pas si je le pourrais.

Pour être honnête, je ne sais même pas comment faire : j’ai toujours eu affaire à des bourrins. Mes déesses sont des bourrines, mes dieux des grandes gueules. Moi je suis bornée et il faut me botter le cul pour que quelque chose me rentre dans le crâne. Pire qu’un épagneul breton. Là, il ne peut pas être question de tout cela. Et pour la première fois, je me sens con, à me dandiner sur une jambe, puis sur l’autre, sans savoir comment on pose le pied par terre.
J’ai toujours beaucoup, beaucoup, beaucoup travaillé avec mes rêves : je m’en souviens très facilement, et je les note maintenant depuis plus de dix ans (pas toujours avec autant de sérieux et de régularité qu’il faudrait mais bon…). Ils constituent une part importante de ma pratique, qui se divise en phase active (le jour) et passive (la nuit). Comme je le dis souvent, on verra bien. Je pense en tout cas que je ne vais pas travailler avec les deux en même temps : quand j’étais enfant, je détestais qu’on m’assimile tout le temps à ma sœur, et pareil pour elle. On se ressemblait physiquement beaucoup, mis à part la couleur de nos yeux et de nos cheveux et parfois des gens nous confondaient. Ca nous mettait en colère, parce qu’on voulait être reconnue en tant qu’individu à part entière et pas en tant que sœur de Machine. C’est peut-être une approche stupide, peut-être pas. On verra.