[Sigyn Project – Jour 10] Dame du Silence

Bien que je ne la connaisse pas depuis longtemps, Sigyn m’apparaît comme une déesse lointaine. Pas vraiment éthérée ou évanescente, lointaine. Elle est toute entière dévouée à sa tâche, à sa famille et toute son attention se concentre là-dessus. Il me semble qu’elle n’intervient dans la vie d’une personne que lors d’une épreuve particulièrement difficile pour elle, pour lui insuffler courage et persévérance.

Ce n’est pas une déesse prolixe, mais aucune des déesses de la mythologie nordique ne l’est, du moins pas celles que j’ai approché. Chez Sigyn, son silence est parfois pris pour de la timidité, mais je trouve pas qu’elle soit réellement timide. Elle n’a simplement pas envie de parler, elle n’a rien à dire. Son silence est celui de ceux qui ont quelque chose à faire et qui s’emploie à le faire plutôt que d’en parler. Elle ne demande rien, ne réclame rien : que voulez-vous lui dire ? « Courage » ? Ce mot est superflu. Ce n’est pas tant qu’il n’y ait rien à dire, c’est plutôt que la façon d’exprimer est dérisoire par rapport à ce que l’on voudrait dire. Elle est au-delà des mots.

Certains perçoivent Sigyn comme une pauvre femme abusée, une victime ou un parangon d’abnégation. Je ne pense pas qu’elle soit aucune de ces choses. Elle a fait son propre choix et il ne nous appartient pas d’en discuter ou de venir la voir avec commisération pour la plaindre. Elle ne se plaint pas et le faire à sa place me semble déplacé. Exactement comme ne voir qu’en Narvi et Vali deux pauvres petites victimes. Certes, ils sont les victimes innocentes, un dommage collatéral, mais je suis mal à l’aise quand je lis qu’il faudrait pleurer pour eux trois, qu’il faut éprouver de la compassion pour la famille détruite de Loki. C’est en quelque sorte se mettre dans une position qu’il ne nous appartient pas d’occuper. Une forme d’orgueil, comme si avions le droit de décider ce qu’il sont ou que nous avions le pouvoir d’interférer avec leurs trajectoires. Ils apparaissent fragiles, mais je ne sais pas s’ils le sont ou si ce sont uniquement le fruit de nos projections qui nous les font paraître fragile. Certes il n’est pas question non plus d’occulter leurs destins, mais quelque soit l’optique dans laquelle on les considère, il faut garder à l’esprit que comme toutes les déités, nous ne pouvons jamais réellement les comprendre et les considérer dans leur intégrité. Nous ne percevons que des fragments et nos perceptions sont faussées.
C’est en cela que je les trouve difficile à approcher : existe-t-il seulement une manière correcte de le faire ? Le fait qu’ils ne semblent pas « venir » spontanément dans la vie des gens de manière courante pourrait indiquer qu’ils ne désire qu’une chose : qu’on leur foute la paix sans en rajouter en plus avec nos gros sabots et nos maladresses.

Je ne sais pas quoi leurs dire, je ne sais pas quoi faire. Alors je ferme ma gueule. Je me contente d’être la plus factuelle possible quand je fais certaines dévotions, je laisse une offrande et je les laisse décider. Par rapport à toutes les déités nordiques avec qui j’ai eu l’occasion de travailler, je trouve que ce sont eux qui font le plus réfléchir sur la question de notre ego, de la place que nous avons le droit de prendre, sur la question de la pudeur et du respect.

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