[PBP] C – La magie du chant

Au milieu de toutes les choses que l’on peut lire sur la méditation, les invocations, les rêves, les voyages, la respiration et le reste, j’ai parfois l’impression que le chant est plus rarement abordé.

D’un point de vue mécanique, les premières choses que l’on apprends, c’est à bien se positionner. Quand on chante, on doit être bien aligné, si possible, les deux pieds fermement plantés sur le sol, écartés à la largeur des épaules, le tronc bien droit. Le corps forme une colonne souple et droite qui permet de faire monter le son. Ensuite, on ne chante pas directement avec ses cordes vocales : elles ne servent qu’à modeler l’énergie et le souffle qui est émis par le ventre et le diaphragme. À un niveau énergétique, cela permet d’acquérir rapidement une base très importante, puisque d’abord on s’enracine et on concentre une énergie que l’on fait monter et que l’on module ensuite.
Je trouve  que le fait de chanter une note sur une fréquence qui nous est agréable en la faisant bien partir du ventre et d’avoir conscience d’être connecté à la terre vaut toutes les techniques de respirations et d’enracinement. On reste concentré sur la note émise, le son doit être continu, parfois crescendo, parfois continu et l’attention se porte automatiquement sur ce son.

Citation Yogi Tea du jour ! *

On ne « chante » pas en pensant à autre chose : c’est peut-être le cas quand on chantonne une chanson que l’on connait par cœur, mais ce n’est pas ce que j’appelle « pratiquer le chant ».
Le chant et la musique sont des disciplines exigeantes. Quand vous chantez dans un chœur composé de 50 personnes, avec six voix différentes, vous devez être attentif : d’abord aux mouvements du chef d’orchestre, ensuite à votre partie (votre voix propre, celle à laquelle vous appartenez) aux autres et à l’orchestre si orchestre il y a) et parfois à votre partition si partition il y a (dans une des chorales, tout était appris par cœur. Je trouve d’ailleurs l’expérience plus intéressante parce que vous n’avez pas à jongler entre le « texte » et la « réalité », vous connaissez les paroles, la mélodie, et vous pouvez vous laissez guider et vous concentrer sur l’énergie sonore que vous émettez).

Parfois les débuts sont durs, on a plus ou moins d’affinités avec les langues dans lesquelles on chante, et on doit apprendre à gérer la technique. Cela apprend la persévérance, la patience et la rigueur : je peux vous dire que passer quatre heures debout (on ne chante pas assis pour ne pas couper le souffle et le son) dont deux à travailler encore et toujours sur les mêmes mesures, et à reprendre indéfiniment parce qu’il y a une seule personne qui n’arrive pas à accrocher une note est une épreuve de patience mais aussi de compréhension parce que quand votre dos vous fais mal, que vous avez envie d’aller aux toilettes ou tout simplement marre, vous finissez par avoir envie de secouer la personne en question. Et quand c’est votre tour de ne pas arrivez à faire cette foutue note correctement, vous savez ce que c’est et ca n’est pas plus confortable.

Mais une fois passées ces difficultés, ou sur scène, c’est une véritable transe qui vaut toutes les heures de travail, toutes les répétitions. L’expression « être au diapason » prend tout son sens et il y a une sorte d’ivresse à chanter une cantate de Bach que l’on adore, en groupe. De sentir l’énergie, d’avoir toutes ses capacités dirigées uniquement sur ce moment, de ressentir physiquement dans votre corps les vibrations de votre voix, de votre âme (et parfois de sentir vibrer la mince couverture plastique de votre partition).

Tout le monde n’a pas forcément la chance ou l’envie de faire partie d’une chorale (encore faut-il pouvoir en trouver une qui nous plaise) mais tout le monde peut chanter seul. J’ai souvent lu que l’esthétique n’est pas importante pour le chant magique, que seul l’énergie qui va se dégager est importante. Je suis à la fois d’accord et pas d’accord avec cette affirmation. D’accord, parce que effectivement, chanter pendant un rituel, ce n’est pas une audition pour la Maîtrise de l’Opéra ou un concert de Radio France, peu importe que vous ne sachiez pas chanter juste ou que votre voix n’est pas considérée comme belle. Par contre, je pense que  si on entends plus de souffle que de son ou si vous chantez complètement faux et que cela vous gêne, qu’il n’y a aucune fluidité, aucune amplitude, cela se ressentira au niveau énergétique. Soit parce que vous serez tellement focalisé sur l’aspect technique que vous ne décollerez pas, soit parce vous bloquerez l’énergie et que cela ne vous apportera rien, du moins pas sans la travailler et apprendre les bases avant de vous lancer.

Chanter en groupe dans un cadre rituel peut indéniablement s’avérer une expérience magnifique. Si ma mémoire est bonne, je crois qu’un proverbe écossais « un partage de pain est bref, un partage de chant dure longtemps » (en gros). C’est complètement vrai : chanter avec une personne créé des liens particuliers. Encore faut-il qu’il y ait une harmonie, que les énergies s’accordent bien et que personne ne soit gêné par la voix d’autrui, sans même parler d’être à l’aise à l’idée de chanter en groupe. Au sujet des énergies, elles sont décuplées quand on chante ; c’est un peu délicat d’expliquer pourquoi, mais en gros, on peut émettre plus facilement une émotion, une intention et focaliser sur le son/l’énergie, d’autant plus quand on chante uniquement des sons ou des mots. Il arrive que l’on puisse supporter l’énergie d’une personne à un niveau normal, et pas quand elle chante. Je me souviens de ma sœur, qui n’a jamais supporté de m’entendre chanter, et qui était au supplice chaque fois que je devais chanter en solo : tout le monde lui disait « oh ta sœur a vraiment une belle voix » pendant qu’elle était sur des charbons ardents parce qu’elle ne supportait pas ce que je dégageais. Au passage, ca aide à garder les pieds sur terre : peu importe que votre voix soit « belle » ou non, il y aura toujours des personnes qui l’apprécieront, et d’autres pas. Faites avec.

Sans rentrer dans tous les détails (il y en aurait pour un moment), voici rapidement quelques « trucs » si vous souhaitez essayer de « chanter » pendant un rituel :

* Si vous êtes mal à l’aise à l’idée que l’on vous entende, attendez d’être seul(e). Avoir des oreilles indiscrètes peut être bloquant, peu importe la qualité de votre voix. Chanter pendant un rituel, c’est en quelque sorte, émettre une intention, un rayonnement et le rendre perceptible par tout le monde, de façon beaucoup plus « organique » que de lire une invocation ou de faire une méditation.

* Mettez vous debout, le dos droit, les pieds écartés, alignés avec les épaule. Le corps doit rester souple et être stable. Les bras le long du corps. Respirez. Prenez conscience de vos pieds solidement ancré, du sol sous vos pieds. Remontez doucement jusqu’à la tête, le menton doit être droit mais pas crispé. Vous êtes parfaitement alignés, détendus et conscient. Concentrez-vous sur votre ventre. Puis sur le diaphragme. C’est là que tout se passe. Contractez/décontractez rapidement le ventre. Prenez une profonde inspiration en gonflant le ventre. Émettez un son sur lequel sur vous vous sentez  l’aise (le son [o] marche très bien parce qu’il permet à la bouche de prendre naturellement la bonne position). Ne tirez pas sur les cordes vocales. La puissance du son doit venir du ventre. Vous n’avez pas besoin de chanter fort : essayer de limiter au maximum la présence du souffle dans votre voix, et de tenir la note, sans tremblements. Faites l’exercice plusieurs fois si besoin.

* Pendant votre rituel, vous pouvez chanter un son pour vous ancrer/enraciner avant et après le rituel. Vous pouvez aussi l’utiliser pour émettre de l’énergie et l’insuffler dans un objet ou l’intégrer à votre travail. Vous pouvez bien sûr chanter des runes (je n’entrerai pas dans la question du galdr). Si vous souhaitez chanter quelque chose de plus complexe, vous n’avez pas besoin de connaître des chansons, une simple suite de sons qui vous évoque quelque chose marche très bien. Vous pouvez aussi chanter en glossolalie.

* Un exercice amusant à faire pour travailler avec l’énergie du son : quand vous chantez, tenez vous debout et tendez les bras devant vous, les paumes ouvertes : tandis que vous chantez, concentrez vous sur l’énergie et chantez jusqu’à ce que vous « sentiez » le son dans vos paumes. Vous n’avez pas besoin de visualiser l’énergie ou de chercher à le ressentir : la plupart du temps on nous enseigne à visualiser. En réalité, il y a des gens pour qui la visualisation est leur truc, et d’autres pas. Certains la ressentent physiquement, d’autres la ressentent de manière plus subtile etc, c’est simplement une différence factuelle, ca ne signifie rien d’autre.

* Le son est un support : il peut aider à se connecter, à se déconnecter (en chantant un mélopée répétitive et rythmée qui agit comme une sorte de tambour, sauf que vous êtes le tambour en quelque sorte), il peut aider à la purification, à la guérison, à focaliser son énergie, et à toutes sortes d’autres travaux. Le chant peut également être une offrande, un paiement pour s’acquitter d’un « droit de passage », une façon d’appeler/invoquer quelqu’un, un esprit, une déité, etc.

* Si pendant que vous chantez, vous sentez que vous avez envie de vous lâchez complètement et de vous mettre à chanter des sons, des mots ou une chanson complètement différente, faite-le. Laissez-vous portez par le son, servez-vous de l’énergie émise comme d’un marche-pied. Les émotions ressortent parfois très violemment pendant que l’on chante.

[Pour la petite histoire, avant d’aller écrire cet article, je me suis fait une tasse de Yogi Tea. La citation inscrite sur le sachet est celle de la photo !]

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7 réflexions sur “[PBP] C – La magie du chant

  1. Cela fait plusieurs années que je cherche à entrer dans une chorale mais, comme tu le soulignes, pas évident de trouver celle qui nous correspond ! ^^’ J’ai le sentiment que cela m’aiderai à chanter avec d’autres personnes, surtout lors de célébrations païennes (ça m’est arrivé une fois et ça a été horrible ! ça m’a coupé de l’énergie de la célébration -_-).
    Mais j’adore chanter seule et tant qu’à faire, j’aimerai chanter à peu près juste ! ^^’ Donc tes conseils tombent à pique ! 😀 Merci beaucoup !

    • La recherche d’une chorale est parfois un parcours du combattant si l’on cherche quelque chose de précis. Il y a trois ans je voulais de nouveau en intégrer une, et rien ne correspondait (en même temps, je n’aime pas chanter des chansons contemporaines, je préfère largement la musique classique, sacrée, de préférence entre le XVIe et le XVIIIe siècle XD)

      C’est affreux à dire, mais chanter en groupe dans un cadre rituel quand quelqu’un chante faux ou essaie d’écraser les autres voix, c’est insupportable : pour moi l’esthétique compte (mais ca n’est pas politiquement correcte de le dire). J’ai l’oreille musicale et même quand j’assiste à un concert, si une seule personne fais une légère erreur, je l’entends. Pareil pour les « problèmes techniques » comme le fait de ne pas couper le son nettement ou de ne pas tenir la note correctement : je me focalise dessus et ca me gâche tout le plaisir. Après, j’ai fait du chant pendant plus de dix ans dont un certain temps à un niveau professionnel et j’ai voulu devenir soprano donc… je suis chiante quoi. :p

  2. Hahahaha! J’ai adoré cet article, merci beaucoup, il m’a beaucoup parlé. MAis je ne suis pas prête de chanter en rituel, je chante comme une vieille casserole rouillée et trouée! Et le lendemain il pleut, ou il grêle, ou il neige….^^

    • Il est vrai que je ne me rends pas trop compte des problèmes que l’on peut rencontrer à ce niveau là, j’ai une bonne oreille et je n’ai jamais eu de soucis pour chanter juste, mais je pense que cela dépend d’où vient le problème. Si c’est un manque d’oreille ou un manque de technique comme le fait de mal tenir une note. Dans tous les cas, ce sont des choses qui peuvent se travailler et s’arranger. Pas au point d’y exceller, mais suffisamment pour pouvoir chanter sans trop de discordances. C’est dommage qu’on soit loin 😉

  3. J’ai beaucoup aimé cet article, qui traite du chant avec légèreté, notamment pendant un rituel, où cela peut vite devenir trop « officiel ». Je ne chante pas souvent pendant mes rituels (et certainement jamais en public), je fredonne parfois, mais je reprendrais bien quelques uns de des trucs, histoire d’ajouter encore à la spontanéité…:)

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