Ma rencontre avec Frigg (Mois pour Frigg)

Il y a maintenant un an que Frigg a déboulé dans ma vie, et avec elle, c’est toute ma vie spirituelle qui s’est trouvée chamboulée.

Elle est arrivée discrètement mais sans crier gare. De façon innocente. Une amie était venue passer quelques jours chez moi pour la première fois, et pendant quelques jours, la Tanière a accueillie toute une meute de sorciérons. J’avais tout préparé pour l’arrivée de mon amie : la maison avait parfaitement nettoyée, rangée. Son lit fait dans la bibliothèque. De bons plats et des friandises avaient été préparés.

Et pendant que nous menions de joyeuses discussions agrémentées de victuailles et autres, on préparait le programme des jours à venir. Me levant pour amener les boissons, surveiller la cuisson des plats. Checker le nombre de convives prévus pour le lendemain, réfléchir à l’organisation du rituel à venir, etc. C’est là que la première boutade est venue. « Tu fais ta Frigg, lol ». Pardon ? Je me suis défendue, moitié amusée, moitié vexée. J’ai maugréé. Les plaisanteries ont continué le lendemain. Le surlendemain. « Merde » répondais-je à chaque fois. D’abord contrariée, parce que le parallèle ne me plaisait pas (le paradigme des déités « classes » et des « moins classes », je l’ai aussi expérimenté), et puis j’ai laissé tomber. « Oui bon ça va. » Qu’est-ce que vous voulez répondre quand plusieurs sorciérons ont un bon mot en tête ? Rien.

C’est là qu’elle s’est ramené. Vraiment. J’avais fini par être plus ou moins intriguée, mais pas vraiment plus que ça. Et un soir, alors que la maison était déserte, l’amie étant partie chez une cousine, je ne suis pas parvenue à trouver le sommeil : à chaque fois que j’essayais de trouver une position confortable pour dormir, j’avais en boucle dans la tête « lève toi et va faire un autel. Lève toi et va faire un autel à Frigg. Vas lui faire un autel. » Je suis têtue. Je me suis dit « ca va deux minutes les conneries ? Je vais pas faire un autel en pleine nuit, ca va pas non ? »

A quatre heures du matin, je ne dormais toujours pas et j’ai capitulé. « Ca va, putain, je me lève, je vais le faire ce bon sang d’autel. Comme si j’avais que ça à faire. » Je me suis dit que quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Depuis quand on se relève en pleine nuit pour faire un autel ? Et depuis quand les dieux réclamaient des autels d’abord ? Non, ca devait être dans ma tête. Je l’ai fait. J’ai eu du mal, parce que l’idée de faire une autel à une déité m’apparaissait un peu absurde. Bizarre. J’avais bien un autel, mais il était consacré à la pratique magique. Pas à une déesse. Surtout pas une déesse du foyer.

Quand l’autel a été fait, j’ai remplie la minuscule coupelle de lait frais. Et avec le sentiment du devoir accompli, je suis retournée me coucher. Il n’y a que moi que ca perturbait apparemment. Mes amies ont gloussés : « ca va, tu commences à l’assumer ton côté Daronne ? »

Modérément.

L’amie est repartie, et j’ai commencé à creuser certaines choses. J’ai recommencé à rêver. Des rêves bizarres. Avec une femme habillée en bleu qui me dit que je me suis mise dans une situation très délicate, que je n’ai aucune idée de ce qui va me tomber dessus, et que j’ai intérêt à l’écouter si je ne veux pas avoir de très gros problèmes. Que ma vie va changer, et que « je n’ai aucune idée de ce que j’ai provoqué avec mon attitude passée. »
Dans un autre rêve, après avoir fait certains travaux, elle me donne une liste. Et je me fais remonter les bretelles pour avoir fait une réflexion déplacée. Elle me fait les gros yeux, et je me souviendrais toujours de ce qu’elle me dit : « tu veux venir avec nous ou pas ? » « Oui. » « Alors tu vas apprendre à nous connaître. On ne te demande pas d’aimer ou d’apprécier tout le monde. Juste de montrer le minimum de courtoisie nécessaire pour la diplomatie. Et tu vas apprendre. »

Je n’avais aucune idée de quoi elle parlait à l’époque. Ce n’est pas si vieux. Cela date d’il y a un an. Et en une année, ma vie a radicalement changée. Aujourd’hui, avec un peu de recul, je comprend pourquoi elle est venue, le sens de ses paroles. De choses que je n’auraient jamais du dire. Et si parfois tout n’est pas toujours facile, je suis reconnaissante.
Envers Frigg parce qu’elle a sans doute évité que les choses ne soient encore plus compliquées, plus dures. Parce que même si, contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle n’est pas « gentille ». Elle sait être protectrice, mais elle est aussi être sévère et intransigeante. Envers les plaisanteries de tous les sorciérons, qui se reconnaîtront, parce que sans leurs plaisanteries, je n’aurais jamais accepté une partie de moi-même et travaillé sur moi à ce niveau là. Et envers l’Amie venue passer quelques jours en août 2012 à la maison, parce que même s’il y avait de nombreux signes avant-coureurs, elle a été le déclencheur du voyage que je n’aurais jamais pensé entamer.

🙂

[Loki Project # 1] Ancienne rencontre

Le mois de juillet sera consacré à Loki et nous allons participer tous les deux, Ulvaten et moi, chacun sur son blog respectif.
Je ne serai sûrement pas en mesure de poster chaque jour, mais je compte poster quelques articles consacrés au Trickster. =)

Loki est un dieu trèèèès polémique, non sans raison, bien qu’un certain nombre de groupes et de personnes aient récemment reconnu avoir adoucies leurs positions et leurs points de vues avec les années. J’ai appris, en glandant sur Tumblr -ca vaut ce que ca vaut : beaucoup de conneries mais aussi parfois des choses intéressantes, un réservoir d’images inspirantes et l’opportunité de fouiner dans une plate-forme hyper vivante- que Our Troth acceptait désormais des personnes « travaillant » avec Loki, bien que le saluer au cours des blots et sumbels « officiels » ne soient pas autorisés (l’honorer au cours de blots & sumbels privés étant soumis à la discrétion de chaque groupe si j’ai bien compris). (source) Apparemment, ca aurait foutu un sacré bronx et plusieurs kindreds auraient menacés de quitter l’organisation.

 Je crois que la première fois que j’ai entendu son nom, c’était en regardant le film The Mask, avec mes parents. Ma mère avait du aller chercher son Quid, le gros dico qui répondait à toutes les questions quand Internet et Wikipédia n’existaient pas et nous lire quelque chose dessus. J’ai deux ou trois bribes de souvenirs de mon père me parlant de Loki et d’Odin, mais c’était moins courant que les mythes grecs, auxquels j’avais droit tous les soirs pour m’endormir ou sous forme de bandes dessinées qu’il me faisait, avec des mecs à l’air débonnaire et au gros nez.

Je ne sais pas comment il est ressorti au moment où j’en suis venue consciemment au paganisme -bien que cette ancienne forme ait été très différente de celui que je pratique aujourd’hui. J’étais plutôt branchée panthéon celte à l’époque, le Nord ne m’intéressait pas du tout (ce qui m’avait valu des réflexions de ma mère d’ailleurs…). Pourquoi et comment Loki a ressurgi, je serais bien en peine de le dire. Je sais que je l’aimais bien justement, pour son côté outsider à la langue trop pendue, incontrôlable et rouquin mis de côté. L’adolescence et les processus d’identification et de recherches identitaires font parfois curieusement les choses.

Il a été le premier et pendant très longtemps le seul du panthéon nordique que j’acceptais. En fait, ca n’est que depuis pas tout à fait un an que j’ai ouvert ma porte aux autres, à une exception près (Hel).

© Viktoria

Beaucoup se méfient de Loki le Changeforme Fouteur de Bordel, beaucoup ne l’aiment pas, et je n’irais pas dire s’ils ont raisons ou torts : ils ont leurs avis et leurs raisons. Je me souviens que, a contrario, c’était le Vieux que je n’aimais pas. Et bien naïvement, je les avais placé aux antipodes l’un de l’autre, par ignorance et par commodité. J’étais convaincue que la « présence » de Loki me protégeait de l’autre, et je n’oublierai pas de sitôt le moment où j’ai eu ce message où une personne me dit « mais non, ils sont très proches et jamais bien loin l’un de l’autre ». Pour être honnête, j’ai eu le sentiment de m’être fait piégée. Je me souviens, encore presque un an auparavant, ce repas avec une amie particulière, dont je ne raconterai pas l’histoire puisqu’elle lui appartient, mais pendant le repas, alors que nous avions entamé cette discussion par rapport à sa très douloureuse histoire, j’ai eu froid. Tout est devenu gris et noir et je l’ai vue. J’ai failli hurler dans le restaurant, et je me suis demandé qui elle était. Et j’ai su. J’ai remonté le fil et posé une question à mon amie. Une intuition soudaine et désagréable. La réponse était oui, et j’ai su ou j’ai cru savoir, ou j’ai pensé savoir quelque chose.

Quand elle est partie, je l’ai longuement observée pendant qu’elle remontait le boulevard d’une ville que l’on dit une des plus belles du monde. Je l’ai regardé elle, je les ai ressenti eux, et je me suis dit qu’elle était accompagnée par des déités terribles, même si elle ne les sentait pas. Et ce faisant je me suis reculée et j’ai touché de la main gauche le fer de la barrière derrière moi, par peur et par superstition. Je me souviens avoir pensé que pour rien au monde je n’aimerais les avoir à mes côtés, que j’étais beaucoup plus heureuse avec Loki et Morrigan comme duo en tête de ma Joyeuse Garde.

C’était le 16 novembre 2011. Je m’en souviens encore.
Je me suis plantée.
Je me suis plantée et il est parti, me laissant là où je n’aurais jamais voulu aller. Chez qui je n’ai jamais voulu voir.

Loki est un farceur dit-on, et si ses blagues ne sont pas forcément destinées à vous blesser, certaines le font, nous ouvrant les yeux et le cœur. Peu importe ce que vous avez cru, voulu, pensé ou rêvé de voir, cela ne changera pas le résultat.