[PBP] O – Une réflexion sur les offrandes alimentaires

Le biscuit offert à la fin d’un rituel. La lampée d’alcool versée au fond d’un bol.

Qu’est-ce qui est important ? Quelle est son essence ?

Les offrandes alimentaires, si elles me semblent être de loin les plus courantes, sont aussi les plus faciles à faire dans notre société, celle qui demandent le moins d’effort à la majorité d’entre nous. Après tout un verre d’eau est une offrande valable : quelle valeur a ce verre d’eau quand nous avons la chance d’ouvrir le robinet pour la voir se déverser à flot dans l’évier, fraîche et potable (enfin, à priori ^^’).

© Kimberly Slipchuk

À première vue, on peut légitimement se demander quelle pertinence y a t-il à offrir de la nourriture alors que dans les sociétés occidentales du XXIe siècle, nous sommes majoritairement privilégiés par rapport à tout un pan de la population mondiale. C’est à la fois vrai et faux, en tout cas, pour moi, à nuancer. D’abord parce que si nous ne sommes pas au Sahel, la question de la diversité alimentaire et de l’abondance matérielle se pose différemment suivant les foyers. Dans certains foyers, les fruits et les légumes sont un luxe. Même si nous vivons dans un pays développé et industrialisé, tout le monde ne roule pas sur l’or -et loin de là- et beaucoup d’entre nous sont dans des situations où ils doivent faire attention, y compris sur le plan alimentaire. Poser l’équation simpliste « occidentaux = aisés = l’offrande alimentaire n’est pas réellement une offrande dans la mesure où elle n’implique pas un réel don » me paraît presque insultante : elle balaie toute nuance, toute reconnaissance des limitations, voire des privations, matérielles que certains connaissent. Et si on creusait la question, je pense que nous serions étonné de voir combien d’entre nous ont connu, connaissent, ou connaîtrons malheureusement ces périodes.

La ‘nature’ de l’offrande alimentaire

Ensuite, sur un autre plan, si l’on considère plus en avant la nature de l’offrande alimentaire, on pourrait les diviser en deux : les offrandes « simples » qui ne demandent pas de préparation de la part du Donneur. Offrir une lampée de whisky, aussi bon soit-il, ne demande -sauf exception- que l’achat et l’ouverture de la bouteille. A contrario, offrir une tranche de pain que l’on a cuit soi-même revêt une toute autre importance. Encore une fois, les généralisations et raccourcis me paraissent malaisés parce qu’on peut vite arriver à une sorte de hiérarchisation du don, alors que je ne pense pas qu’un individu X soit en position de juger de la dévotion, de la relation et de la pratique d’un individu Y.

On pourrait dire que dans une offrande alimentaire, la nature du don peut être perçue suivant deux axes : l’axe du don simple, factuel : j’offre une lampée d’alcool, un biscuit, etc. Et suivant un axe de « participation personnelle » : j’offre une tranche de pain que j’ai pétri et cuit moi-même. La notion de « moyens » n’est pas uniquement financière, elle est aussi temporelle. Si certains ont des limites matérielles assez drastiques, d’autres devront faire face à des limites « temporelles » tout aussi délicates, pour diverses raisons. L’importance et la nature d’une offrande n’est donc pas uniquement dans la nature de ce que l’on dépose dans le bol, mais aussi dans le processus qui a amené sa réalisation éventuelle.
Certains objecteront que « quand on n’a pas le temps, on n’a qu’à le prendre » : « yakafokon ». Là aussi c’est toujours facile de dispenser des avis péremptoires à l’emporte-pièce, en culpabilisant la personne, parfois de manière extrêmement passive-agressive. Vous ne savez pas ce que les gens vivent, comment ils vivent.

L’absurdité de la notion de privation 

Ensuite, je m’interroge souvent sur cette notion implicite de « privation » dans le fait d’offrir. Je me demande si c’est réellement pertinent ou si ce n’est pas un implicite judéo-chrétien. Davantage qu’un substrat matériel, la notion réellement importance me semble être celle du partage : la matérialisation de la reconnaissance des Déités (ou suivant votre façon de considérer les choses) et de leurs importances dans notre vie. La petite part de gâteau déposée dans le bol n’est plus seulement une part de gâteau ou l’expression du « je me prive pour ci ou ca », elle devient l’expression du « nous partageons un moment ensemble, et le Visible comme le Non-visible font tout deux parties intégrantes de ma vie. »
Le temps pris par une personne pour cuisiner quelque chose pour les habitants du foyer, ou pour les invités peut alors être aussi vu comme un temps de dévotion : comme reconnaissance de ses besoins personnels et de son bien-être, de sa santé, comme dévotion au clan -peu importe combien de personnes le composent-, comme reconnaissance de la joie et de l’hospitalité (là encore, aussi bien pour les invités que pour les « résidents permanents d’une maisonnée ») et comme dévotion envers les déités, esprits, ancêtres qui font partie de la maison. Dans cette optique là, la notion de « privation pour offrir aux Déités » m’apparaît comme un contresens absolu.

Aliments & circonstances

Le seul aspect qui pourrait à l’extrême limite se rapprocher de cette idée, et encore de très loin, c’est la consommation de certains aliments uniquement dans un certain cadre rituel ou de célébration. On peut choisir de garder tel type de boisson (par exemple) pour ce type de moment, ou alors d’en faire une « production maison » réservée pour ces occasions.

Personnellement, il y a un alcool spécifique que je réserve pour des moments  particuliers, pas toujours directement rituels d’ailleurs, mais aussi pour certains anniversaires, certaines réunions spécifiques, parce que c’est un moment de partage et de célébration que je considère comme à part.  Je ne considère pas que c’est une privation, bien que j’adore la boisson en question (quoiqu’elle ne soit pas vitale pour ma santé XD), ca fait partie des offrandes à une déité précise et je n’ai pas envie de la sortir trop de certains cadres (vous sentez l’acidité qui revient ? C’est mon côte relou). Un jour j’en testerai la fabrication maison : à part le nettoyage de ma cuisine et de franches rigolades, je ne sais pas ce que ca promet mais j’aimerais essayer. 🙂

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[Sigyn Project – Jour 28] Bilan / réflexions en vrac

[note du 6/03 : suite à une conversation avec Valiel, j’ai précisé certains points importants en bleu. J’espère avoir été plus claire, mais je sais que j’ai une approche assez « froide » et que mes explications sont parfois un peu tordues et que j’ai tendance à faire des ellipses dans mon raisonnement.

Ainsi s’achève le mois de février et avec lui, le Sigyn Project. Sigyn est une déesse que je connais malgré tout assez peu, beaucoup moins que certaines de mes amies qui ont d’ailleurs des interprétations et théories très intéressantes (mais il ne m’appartient pas d’en parler).

Je n’aime pas beaucoup parler de mes relations avec les différentes déités : certaines sont extrêmement fortes, d’autres l’ont été. D’autres encore sont plus factuelles, mais dans tous les cas, je préfère garder pour moi le niveau de relations que j’ai avec toutes, surtout par pudeur mais aussi parce que j’ai du mal à comprendre en quoi l’expérience du « je » peut-être intéressante pour une autre personne. Nous sommes tous unique, et je ne suis pas certaine qu’essayer de trouver des points de repères autre que le factuel fasse réellement avancer les choses.

En quelque sorte, je trouve cela malsain de comparer la relation que l’on entretient soit avec telle déité avec celle que l’on pense que les autres entretiennent avec elle. Ce n’est rien de plus qu’une projection, une manière de se situer dans une norme, dans le but de trouver sa place ou d’acquérir un statut, que ce dernier trouve sa place dans une sorte de moyenne ou qu’il s’en distingue. [note : ce qui m’interpelle et qui m’inquiète quelque part -bien que le terme soit un peu fort- c’est qu’on finisse par aplatir nos différences et les diversités de nos pratiques, de manière consciente ou inconsciente- en se confortant -consciemment ou non- à des définitions. Que l’on change ou que l’on évolue dans sa pratique n’est pas le souci, au contraire, c’est plutôt que je me demande quelles richesses un changement « provoqué rapidement et artificiellement suite à « une intoxication » est réellement plus profitable que la lente maturation apportée par une pratique personnelle, des expériences concluantes et des méga-gamelles.]

Bref, je n’en comprend pas l’intérêt (tout comme je ne comprends pas l’intérêt de disséquer sa pratique perso -que ce soit sur des blogs ou des forums- ou de lire des blogs dans cette optique, cela amène juste une sorte de « mondialisation /normalisation » des sentiers et des sentiments hiérarchiques avec son lot de remugle égotique et de disputes à la con sur « qui est un(e) vrai(e) spirit-worker/prêtresse/chaman gna gna gna ». Et au passage, j’inclue dans ce genre de schémas les gens qui se présente « a contrario » : je ne suis ni … ni … Je sais que mon point de vue assez tranché, et que là aussi, cette réflexion ne peut avoir lieu que quand la somme de partage existante est suffisamment conséquente. Toute existence de blog peut être soumise à la même analyse d’ailleurs. [Ce qui m’interpelle, c’est moins la question du partage intrinsèque que ce qui se cache derrière. Pas seulement le « pourquoi nous partageons et à quoi cela sert » mais « comment ces partages sont perçus et qu’est-ce qu’ils induisent ». En soit, le fait de se mettre des étiquettes ou de parler en détail de sa pratique n’est pas un problème, pas plus que le fait de se définir à contrario de ces étiquettes/pratique, c’est plutôt toutes les discussions et prises de positions tendues qui peuvent en découler. Ces réactions peuvent produire des rapports « de force » et des avis pas nécessairement toujours constructifs genre « les X que j’ai croisé, c’était de la merde sauf rares exceptions ». D’autre part, j’ai été surprise ces derniers temps par des articles qui semblent exprimer parfois un regret, comme si le fait de ne pas pouvoir se définir de telle ou telle manière devenait « un problème ». Dire « je suis ça » n’est pas un souci en soit ; c’est plutôt toutes ces histoires de contestations/réactions genre « non toi tu es pas un(e) vrai(e) parce que… » ou « j’aurais voulu être ca, mais en fait en lisant les autres je me rends compte que non, je peux pas » et je me demande ce que cela peut apporter de positif sur le long terme : ce sont les raisons pour lesquelles je dis que je ne comprends pas certains type de partage. Chacun interprète une pratique et participe à sa transmutation : à force de d’interprétations et de partages, j’ai par moment l’impression que l’on assiste à une dénaturation de l’idée initiale et que peu à peu, ce qui est un concept vivant se fige. Une fois qu’il est figé, on assiste à l’émergence de nouveau concept « hors-barrière » jusqu’à ce qu ‘ils soient eux aussi « fixés » et stabilisé. Par rapport au terme « spirit-worker » par exemple, j’ai l’impression, suite aux explications de Valiel, que ce mot, au départ un terme valise est en train de se doter de notions/définitions propres suites à des strates successives de définitions personnelles dont certaines interprétations/exemples ont été largement repris et conduisent à le structurer. Pour reprendre l’exemple de ce mot, puisqu’il m’apparaît comme un bon exemple par rapport à ce que j’essaie de retranscrire, il est apparu, tout nouveau, tout beau et est décrit de plus en plus comme une nouvelle voie là où il servait simplement de qualificatif au départ : en ce moment, la « mode » est plus ou moins de s’essayer à des critiques parfois très virulentes de la wicca. Que ces critiques soient fondées ou non n’est pas directement le propos : je constate simplement qu’elles reposent souvent sur une analyse partielle puisque partant de pratiquants semblables, pas toujours représentatifs de l’ensemble de cette voie. Toujours est-il que si on prend le terme de « spirit-worker » dans son sens le plus factuel « qui travaille avec des entités », et qu’on se réfère à certains pratiquants de la wicca, on constate que ce terme peut également s’appliquer à eux. Que sont-ils donc alors ? Le fait de partager largement certains de ses avis et ses pratiques pouvant conduire à une normalisation des voies, on peut supposer que, certaines de ces personnes, il y a dix ans, se seraient décrites comme wiccanes, mais qu’elles préfèreraient peut-être aujourd’hui utiliser le terme « spirit-worker » ; conduisant à un schisme encore plus grand entre des voies qui sont, dans le fond, beaucoup plus perméables qu’elles ne l’apparaissent parfois à travers le prisme de nos perceptions personnelles. Pour reprendre les termes utilisés dans ma réponses : « Au final, qu’est-ce qu’on s’en fous de l’étiquette ou du modus operandi lié à telle ou telle type de pratique (par modus operandi j’entends la pratique codifiée qui semble s’installer sur certaines définitions, alors qu’à la base, il n’y a pas forcément lieu d’en avoir : pas forcément pour des pratiques « historiques » ou avec des réinterprétations reposant sur une base factuelle -par exemple le seidr- mais plutôt toutes ces nouvelles définitions comme « spirit-worker ». Clairement, pour ce dernier cas, j’ai parfois envie de dire que c’est un peu comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, il est probable que si tout le monde disséquait sa pratique, on retrouverait tous des éléments pouvait se rattacher ou s’approcher du modus operandi en vogue lié à cette étiquette, pourtant, en voulant la circonscrire dans un mode précis, on se coupe de nouvelles voies. Et on risque, à long terme, les mêmes problèmes que dans certaines communautés religieuses. D’où mes questions. »]

Quel pourcentage de nos écrits sont « factuels » ? Quel pourcentage est l’expression d’une part de notre égo ? Et parce que l’existence même de l’égo peut également être une constante  factuelle, à quel moment on passe de « l’égo factuel que nous reconnaissons et acceptons » à « l’égo qui commence à nous tirailler ? » Comment déterminer que le factuel est bien ce qu’il prétend être ? A quel moment cela n’est plus factuel au sens stricte du terme (l’UPG est-elle factuelle par exemple) ? A quel moment le partage tue le partage (pour faire un remix de Laffer) ? [Note : cette question du partage tuant le partage est une sorte de résumé de l’idée exprimée en bleu plus haut.]

Sigyn by ~Ljotunnr
(histoire d’aérer un peu l’article :o)

Je précise au passage que je n’exclue absolument pas mon blog/moi-même de cette ligne de réflexion. C’est un truc qui me turlupine souvent quand j’écris. Je me demande jusqu’à quel point un partage de ressenti peut-être factuel. A quelle moment cela cesse d’être factuel (en même temps, à partir du moment où on dis « je », l’égo parle. Ce n’est pas toujours bon, pas toujours mauvais, mais c’est un fait qu’il faut garder à l’esprit : l’égo est dans le « je ») [note/précision : il y a toujours de l’égo, il fait partie de notre existence et de notre conscience de nous-même. L’important est dans l’équilibre, et dans le fait d’avoir conscience de cet égo pour éviter de se laisser contrôler par lui.] A quel moment je dis un truc parce que je pense que cela apporte un plus, et à quel moment j’ai envie d’écrire certaines choses parce que quand je lis ce que certaines personnes écrivent, j’ai juste envie de dire « merde, vous voulez jouez à qui pisse le plus loin ? Attendez, je participe qu’on rigole. » Quand je sens que c’est la dernière partie qui me tiraille, je gomme, j’efface, je m’arrête. C’est une des raisons pour lesquelles je ne lis plus l’immense majorité des blogs : ca réveille parfois en moi des trucs pas très claires, et je me souviens bien de la première étape du processus de l’inchiabilisation progressive (qui pourrait se traduire suivant les gens par « j’ai envie de mettre mon grain de sel et de dire ce que je vis parce que 1/ soit je me sens en état de complexe d’infériorité et je veux prouver le contraire/expliquer le contraire/appuyer lourdement dessus/ou du coup je vais aller chier sur un truc parce que ca me fait me sentir mal 2/ les gens me font trop rire avec leurs conneries, je vais leur apprendre la vie et prouver que MOI ca déchire ».) et je n’ai aucune envie de replonger dedans (mais peut-être qu’à force de bonne volonté je vais finir par arriver où je ne voulais pas aller ?)

Dans le fond, peut-être que c’est le fait d’en faire une question si importante qui rend la question si épineuse ? Après tout, on pourrait très bien dire « bah ouais, c’est mon égo, je m’étale et merde ». Je pense que tout est une question de point de vue, de mesure, de personne, de sujets, de timing… bref, une sorte de grande danse de la relativité pour laquelle il n’existe pas de constance mesurable. [note : ce que j’essaie de dire, c’est que dans le fond, on s’en fous : un blog reste un espace personnel et on fais de notre mieux et/ou ce qu’il nous plait. Quoi que l’on fasse, on ne fera pas l’unanimité, et c’est tant mieux quelque part.]

Et c’est là que Sigyn « entre en scène » si je puis dire. Sigyn pourrait nous montrer que, dans le fond tout est une question de regard, de point de vue. Et cette question, on la retrouve dans la façon dont sa perception peut parfois se réduire, deux axes « simplistes » : femme abusée ou femme aimante et loyale ? Dans le fond, est-ce que cela change quoi que ce soit à son essence, qui dans tous les cas ne peut être perçue dans sa globalité et avec toute sa complexité parce que nous ne pouvons pas, exactement comme, dans le fond, au-delà des apparences, des masques, des lectures entre les lignes et des comportements « publics », nous ne savons jamais vraiment ce qui se passe dans la tête et dans le coeur de quelqu’un, nous ne les percevons qu’à travers nos yeux, notre empreinte et l’essence est passée au tamis de notre propre être, parfois la sublimant, parfois la dénaturant, mais ce processus de « raffinement » n’en est pas moins un fait.