[Odin Project #25] Faut-il se méfier d’Odin quand on est une femme ? (2/2)

Lire la première partie de l’article.

Tandis que la première partie faisait un rapide tour de la question, cette seconde partie est davantage destinée à répondre à l’interrogation Odin doit-il est considéré comme un dieu « réservé » aux hommes ? (Voir l’autre article pour l’introduction générale).

C’est une question que l’on peut considérer sur un plan plus général : y’a-t-il des déités qui seraient réservés exclusivement à un genre plutôt qu’à un autre ? D’un point de vue historique -et même si cela n’a rien à voir avec les mythes nordiques- le culte de Mithra était exclusivement l’apanage non seulement des hommes, mais d’une certaine catégories d’hommes. Je suppose que si l’on passe en revue différentes mythologies, on pourrait trouver plusieurs exemples mais je ne m’y connais pas assez (cela ne m’avait pas empêché de prier Mithra quand j’étais ado…). A ma connaissance, il n’y a pas de divinités nordiques qui soient réservées à un genre spécifique.

On peut en arriver à se focaliser uniquement sur les déités féminines/aspect féminin, soit en raison de nos différents fonctionnement au niveau de la pratique (déjà abordé plusieurs fois sur ce blog), soit parce qu’on reste sur un mode de fonctionnement lié au genre biologique (la question du genre a été abordé là) : « biologiquement féminin » = c’est avec les déesses et que l’on contribue à propager ce genre d’idée autour de soi, consciemment ou non.

A propos d’Odin 

Pour en revenir aux déités, premièrement, si généralement elles ont un genre physique marqué sur les illustrations ou dans certains textes, ce genre n’est pas forcément fixé, que ce soit physiquement ou autre. Par exemple, dans le cas d’Odin, il se métamorphose en femme (voir Saxo Grammaticus), mais aussi son côté ergi. Que l’on prenne en compte les changements physiques ou pas, il n’en reste pas moins qu’au niveau énergétique, il possède un côté « passif » et un côté « réceptif ». Hors, Odin est très souvent perçu comme un dieu, non seulement de fureur, mais surtout lié à la guerre. Et un amateur de femmes. D’un point de vue analytique, il est relativement facile de schématiser ceci et le contenu de l’article précédent par :

Odin = guerre + sexe (aka Conan le Barbare) = identification facile sous ses aspects là uniquement (le côté ergi et tout le reste, poubelle) par des hommes qui fantasment un modèle « 100% viril » = opposition « parfaite avec l’archétype « 100% féminin » (comme me l’a fait remarquer une amie) ou présenté comme un danger potentiel. Résultat : une jolie dichotomie superficielle qui tronque au passage Odin de toutes ses ambivalences, de l’intelligence et de sa nature compliqué qui en fond un dieu aussi fascinant que complexe.

Spirituellement, si on se cantonne à ce type d’image, il est certain que « la mythologie populaire païenne » va finir par émettre des avis suivant lesquels « une femme ne peut pas vraiment pratiquer avec Odin ».

La question « une femme peut-elle pratiquer avec Odin ? » est en fait absurde. Elle sous entend, entre autres, que l’on pratique avec les dieux pour obtenir obligatoirement quelque chose d’eux, et que les simplifications n’aidant pas, à part se prendre pour Xena la Guerrière, une femme ne peut pas comprendre/ n’a de toutes façons pas « accès » à ce dieu là.
Je me suis aussi demandé, voyant parfois qu’il est réduit à figurer un pépé débonnaire qui vous file un pdf avec les significations des runes et que, bien souvent, dans les pratiques magiques, les femmes se tournent majoritairement vers Freyja, si ce n’était pas une manière de l’éviter, par peur ou pour autre chose. Cela ne veut pas dire que la pratique de la personne n’est pas sincère, mais qu’à force, si on n’y prend pas garde, on finit par contribuer soi-même à l’enracinement de ce mythe du « Odin est pour les hommes » ou du moins qu’en tant que femme, on ne peut avoir qu’un accès limité, si on n’y prend pas garde.

Certains auteurs, dont Paxson, disent qu’au contraire, les femmes arrivent mieux à percevoir et à supporter certains aspects d’Odin que les « macho », justement en raison de notre nature réceptive. J’étais relativement d’accord avec elle, et je le suis toujours d’une certaine manière mais de façon plus nuancée : je ne vois pas trop la pertinence qu’il y a à vouloir absolument décortiquer tout ca de manière stricte au lieu de considérer l’énergie, le rayonnement d’une déité dans son ensemble. Ce n’est pas tant « penser moins, sentir plus », c’est plus « apprendre à penser en dehors de la boîte ». On met des calques, avec des étiquettes, des noms, une certaines rigidité, quand il faudrait plus de souplesse, d’adaptation, sans tout penser en mode binaire passif / réceptif, masculin / féminin. D’une certaine manière, cela me rappelle les conseils que donne Jan Fries à propos de la pratique du Seidr dans Helrunar, et le coup des « hanches bloqués » et de la nécessité de se laisser aller, de débloquer tout cela si on veut pouvoir bouillonner.

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