Entre toutes les femmes.

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Ce soir, ceux là célébreront des rituels. Ceux là honoreront les Morts. Ce soir, ceux là rendront hommage à leurs Ancêtres.
J’en ai entendu des discours vantant les hauts faits des morts et des lignées, j’en ai vu des gens chanter haut et fort les faits de leurs Anciens.
J’en ai écouté des discours à n’en plus finir sur la douceur des temps passés, sur la décadence de nos Temps modernes. Sur ces vieux jours où les familles étaient soit-disant unies et où les couples ne divorçaient pas. Ah oui, le refrain des jours morts et enfuis, le sucre des soirs d’été, le miel des veillées au coin du feu avec la fratrie assemblée, attentive aux discours des patriarches.

Ah oui vraiment, le bon vieux temps des femmes battues qui ne pouvaient fuir, le temps des bâtards déshérités, des filles-mères foutues à la porte pour avoir « fauté » ou avoir été abusées.
Ah oui vraiment, le bon vieux temps du patriarcat tout puissant où les femelles fermaient leurs gueules prises au piège. Avant de crever.

Alors ce soir, je lève mon verre
À toutes les femmes de leur putain d’ancien-temps-béni-trop bien qui sont mortes dans la misère ou la prostitution pour avoir fuis. À toutes les femmes mortes sous les coups. À toutes les filles abusées. À tous les enfants qui ont vécus ou vus tout cela.

À tous ceux qui ne rentraient pas dans les cases de l’ancien-putain-de-vieux-bon-temps, morts ou condamnés de n’être pas rentrés dans les cases.
À toutes celles qui sont mortes d’épuisement après des vies de misères.
À toutes les femmes bafouées, riches ou moins riches, qui ne pouvaient pas ouvrir leurs gueules.
Alors ce soir je lève très haut ma bière pour honorer toutes celles qui sont mortes, assassinées, tuées, massacrées par leur conjoint, leur mec, leur mari « si aimant-si gentil- que le pauvre il était désolé, il a pas fait exprès« . Non pas il y a cent ans. Maintenant, cette année.

Alors ce soir, je repense à la légende de Macha que les hommes ont fait courir alors qu’elle était enceinte de jumeaux et qui a maudit tous les hommes de l’Ulster.
Alors ce soir, je repense à la chevelure coupée de Sif.
Et à toutes les déesses dont les mythes chantent souvent les abus, les violences subies.
Les reines, les princesses et toutes les belles têtes couronnées dont parle plus ou moins l’Histoire en zappant les abus, les violences, le chagrin effroyable qui émana la vie de ces femmes. Les viols, les enfants morts, le cachot, la répudiation, les violences, la mort… Oui, vraiment, quel beau modèle à merchandiser.

Alors ce soir, tandis que s’ouvrent les portes de l’Anwynn, je voudrais chanter leur mémoire.
Et en pensée toute spéciale, je lève ma coupe à la défunte grand-mère de ma responsable à la Tour Noire. Donnée en mariage, en pâture au premier venu qui voulu bien reprendre la ferme. Elle en était la condition. La terre contre des épousailles.
Elle eu une vie de bête de somme. Battue quand elle voulait se rendre à l’Église le dimanche. Je ne sais plus  quel âge elle mourut, mais elle fit promettre à ses filles de ne pas suivre son chemin.

Cette histoire n’est pas vieille, ne se passe pas sur un continent lointain. C’était la Bourgogne des années 20. Il n’y pas un siècle.

Et pour ceux qui râlent que « le féminisme c’était mieux avant » : ouais, il y a cent ans, on entendait les mêmes discours sur les suffragettes qui voulaient, Ô Scandale des Scandales, le droit de vote pour les femmes. tumblr_nd8bc4yBzk1rbeo1xo1_540

Alors ce soir, je lève mon verre à Elles toutes. À nous toutes.
Et je ne crierai pas vengeance, malédiction, seulement « justice ».

ALL HAIL THE QUEENS.

Que la Furie des Portes les emportent, ceux qu’Elle juge coupable.

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Frigg la Mère contre Freya la Putain ? (Mois de Frigg)

J’ai parfois la sensation que Frigg brille par son absence : quand on lit des blogs, et dans une moindre mesure des ouvrages sur la mythologie nordique, on constate qu’il y a finalement peu de personnes qui parlent de cette déesse. Elle est rapidement mentionnée, introduite souvent comme étant « la femme d’Odin » et celle qui gère la vie de couple, le mariage, les relations amoureuses (et encore, puisque quand on en vient à la question de la sexualité, la plupart des gens switchent sur Freya) et les enfants. La maison. Elle n’est pas décrite comme une völva, elle n’est pas une « guerrière » au sens où ce mot est le plus couramment employé. Bref, à première vue, j’ai parfois l’impression que Frigg, pour beaucoup trop de monde, c’est la meuf du Vieux, la bobonne au foyer qui s’occupe des moutards et basta. C’est vrai qu’à côté, Freya doit apparaître beaucoup plus « classe » : la femme indépendante, qui baise qui et où elle veut, qui guerroie, chamanise etc. Freya la femme libérée, Frigg la soumise.

Frigg by ~Lhox on deviantART

Le « paganisme féminin » (note : terme qui pour moi ne veut rien dire de base.) qui à force de simplification et de compréhension lacunaire, sous couleur de libération et de pouvoir féminin nous ressort parfois le surgelé décongelé de la Mère ou la Putain. Tellement plus classe d’être une Putain. (note : pour être plus juste, et parce que montrer du doigt un courant est une généralisation réductrice, je devrais dire plutôt dire « un certain nombre de personne qui fragmentent et décomposent pour n’en régurgiter qu’une partie lacunaire », mais c’est tout de suite plus velu)
Ca me rappelle cette vieille dichotomie du féminisme tel que les gens l’entendent : le féminisme c’est écraser les hommes, c’est aller bosser, baiser, faire ce que l’on veut. « Moi je ne suis pas féministe, je suis Mère au Foyer et j’aime ca ». Des claques. Le féminisme, c’est l’idée révolutionnaire que les femmes sont des êtres humains à part entières, libre et autonome, pas des citoyens de seconde zone qui ont à demander la permission de faire quoi que ce soit. Des êtres humains sans tutelle. Quand quelque chose vous gêne dans le féminisme, remplacez le mot « femme » par le mot « noir », « juif », « immigrés », « handicapés ». « Je ne suis pas contre le féminisme, mais regarde, des hommes battus il y en a aussi », alors j’entends la vieille serpillère de mots « je ne suis pas raciste, d’ailleurs j’ai des amis noirs/immigrés/maghrébins etc, mais [insérez ici un paradigme merdique]. Passons sur l’idée que dire « le féminisme » c’est comme dire « le paganisme », il y a un nombre incalculable de courants.
Si, vous pouvez être Femme au Foyer et aimer ca, et être féministe. Le féminisme n’est pas là pour vous dire « il FAUT aller faire ci ou ca », c’est « laissons les femmes faire les choix qu’elles veulent, pour elles, par elles. Sans obéir à un diktat social (rester à la maison correspondre à l’image d’Epinal de la Mère Parfaite) ou parce qu’il n’y a pas de place en crèches et que l’assistante maternelle coûte trop cher. Faire ses choix avec le plus de liberté possible, et pas parce qu’ayant un vagin, on est priées d’occuper cette place là et de fermer nos gueules.

Ca ne vous plait pas ? I don’t give a fuck. 

Voilà pourquoi Frigg comme archétype de la Femme au Foyer Soumise opposée à Freya la Libérée trop true, non seulement je n’y crois pas, mais qu’en plus je trouve ca inepte. Pourquoi vouloir les opposer ? Parce que vous ne parvenez pas à vous extraire de votre éducation monothéiste puritaine ? C’est assez révélateur de cette tendance à nous présenter systématiquement « les fâmes » comme des harpies se crêpant le chignon entre elles, incapables de s’entendre, quand les hommes se regroupent naturellement en fraternité. C’est tellement plus facile, désosser pour mieux réguler. Je ne pense pas avoir retrouvé des mécanismes semblables quand il s’agit des dieux nordiques d’ailleurs.

Il aurait été intéressant que je puisse aussi parler de Freya en détails, mais je ne pratique pas avec elle, ce que j’en connais s’est dessiné à contrario du reste.

Frigg est une déesse puissante : le fait qu’elle gère les affaires domestiques courantes, est un signe de pouvoir si on replace cette fonction dans le contexte de la Scandinavie ancienne. La femme avait toute autorité sous son toit : une fois la poutre du toit franchie, vous étiez sur son domaine. Son toit, ses règles, sa souveraineté. Si la maîtresse de maison vous refusait l’hospitalité, voyageur de passage, vous étiez dans la merde.
Et quid de la sexualité ? Elle est vraiment curieuse cette tendance à ôter de l’énergie de Frigg toute connotation sexuelle pour les confiner à Freya. C’est très post-moderne comme façon de voir, et on retrouve les vieilles antiennes « les gens mariés de toutes façons, ils ne baisent plus ». Mais bien sûr… ou alors c’est l’idée que votre papa et votre maman s’envoient en l’air sans visée procréative qui vous gêne ? Mais si les gens mariés forniquent. Ils y prennent même du plaisir. Sans qu’il y ait un but. Et non, le temps ne détruit pas forcément tout. L’obsolescence programmée n’est pas une fatalité à ce niveau là.

J’ai entendu une fois quelqu’un me dire que Odin n’en avait rien à foutre de Frigg, qu’il se la coltinait comme un mal nécessaire, qu’il ne l’aimait pas. Mais oui, c’est une façon de penser binaire et confortable (sans compter que je ne vois pas en quoi ca nous regarde de toutes manières). Si on schématise, on retrouve d’ailleurs une trame toujours actuelle : deux femmes, et au milieu un homme. Et forcément, les femmes se chamaillent pour un homme (ou pour des fringues, il n’y a qu’à voir l’étouffant renouvellement de créativité dans le domaine du marketing au moment des soldes), elles n’ont pas d’autres centres d’intérêt dans la vie, c’est connu. C’est surtout révélateur comme manière de penser : amusant aussi le nombre de personnes qui essaient de savoir si Frigg et Freya pourrait être une seule et même déesse, parce que quand même, quand on gratte le lien que chacune à avec Odin, et bla bla bla. Sérieusement, merde, vous n’avez que ca comme angle de pratique « essayer de savoir avec qui Odin baise ? » Notons que la question en elle même est intéressante, c’est l’angle d’approche exclusif que je trouve naze. Mais encore plus intéressant c’est « et si elles sont une seule et même déesse, qu’est-ce qui est à l’origine de cette scission ? » Je ne les considère personnellement pas comme ayant été une seule et même déesse, bien que l’on retrouve indéniablement certaines similitudes, comme leurs noms (qui est dans les deux cas, un titre : « Dame »). Elles ont par certains côtés, des choses en commun et d’autres très éloignées. Il n’y en a pas une « plus classe » que l’autre, à condition de ne pas les considérer sous l’angle du « paganisme social » (certaines déités sont classes, d’autres moins, comme la vague des « animaux totems ») qui vend une image et une étiquette pour mieux se rendre intéressant et masquer ses fêlures. Il n’y en a pas une plus puissante ou moins puissante. Elles sont différentes, intéressantes, et je ne perçois pas non plus entre elles de rivalités, bien au contraire.