[PBP] E comme les erreurs et les excuses…

… au sein de notre pratique. Ou « je comprend vite mais il faut m’expliquer longtemps« .

Il y a assez peu de temps que je travaille vraiment avec le panthéon nordique et que je suis à même de comprendre certaines subtilités. Si Loki est sans doute la déité la plus ancienne que j’ai approché dans ce panthéon là, pendant très longtemps, la plupart des autres ne m’intéressaient pas. Si j’avais lu quelques textes comme le Hávamál, et avait connaissance de certaines notions, l’ensemble restait flou pour moi. Je ne comprenais ni certaines nuances ni les rapports globaux. J’avais décrété que cela ne m’intéressait pas, et les quelques personnes dont la pratique était axée sur ce panthéon ne m’avaient absolument pas donné envie de creuser la question, au contraire. Cela avait provoqué une sorte de blocage qui, lié à mon caractère pas toujours subtile, a donné des résultats pas très heureux. Bien sûr, je connaissais les runes, plutôt bien même. Mais elles étaient désincarnés dans le sens où je les avais ôtés de leurs contextes respectifs. C’est un point sur lequel j’ai bien changé d’avis aujourd’hui, et je ne pense plus qu’on puisse vraiment essayer de les comprendre si on les coupe de leurs racines, elles sont, d’une certaine manière, l’opposé des outils factuels. Mais ce n’est pas vraiment la question non plus.

Je l’ai déjà dit pendant le Odin Project, mais je vais le redire aujourd’hui. Je n’aimais pas Odin. Je ne savais pas vraiment pourquoi, sans doute un mélange entre la façon dont il est présenté et son « opposition » à Loki (même si pense que cette opposition est davantage le résultat de certains points de vues qu’un fait, mais en la matière, les faits sont toujours des éléments discutables), le fait qu’il ait une importance prépondérante pour beaucoup de groupes. Le mélange de ces éléments avec ma tendance à prendre souvent, consciemment ou non, le contre-pieds des avis collectifs, j’avais décrété que je ne pouvais pas le blairer. Je pensais que le fait de travailler avec Loki, en plus de certains surnoms -quoique très factuels pour certains- peu élogieux et exprimer ma répugnance (c’en était) pour lui suffiraient à m’en tenir éloignée à vie. Las. C’était stupide, dans le fond comme dans la forme, et si j’avais mieux compris les interactions entre les déités nordiques j’aurais vite vu que c’était stérile (en plus d’être immature et débile, mais, il n’y a pas besoin de lire les Eddas pour s’en rendre compte. Il faut juste quelques coups de pieds au cul et quelques années de plus au compteur.) Quand il a débarqué, ca m’a vraiment fait chier. Oh, il a mis longtemps avant de se faire comprendre. Il a fallu plusieurs années pour que je me retrouve au pied du mur, et même au pied du mur, je lui ai dit que s’il voulait vraiment se pointer… et quand bien même, je ne l’apprécierais jamais. Jamais. Bon, finalement, j’ai eu de la chance parce que j’aurai vraiment pu me prendre une tarte en pleine poire, mais ca s’est bien passé, ceci étant, j’avais trop d’orgueil pour accepter vraiment certaines choses, alors il a fallut faire des choix. Soit j’acceptais que je m’étais royalement planté, je changeais mon fusil d’épaule et j’ouvrais ma putain de porte, soit je pouvais continuer à me draper dans mon orgueil à la con, et bref.

L’été dernier, j’avais fait un rêve avec Frigg, qui me gourmandait sur mon attitude. En gros, elle m’avait filé un livre avec la généalogie de tout le monde, et je devais apprendre. Et en voyant un certain nom, je m’exclamais « ah nan lui je peux pas le blairer ». Elle me demandait juste si je voulais les suivre, et je disais « oui ». Elle me répondait alors que, mes avis personnels, ils n’en avaient stricto sensu rien à carrer (elle l’a dit de manière beaucoup plus polie, elle parle bien Frigg) de mes avis perso, et que soit je voulais, soit je voulais pas. Que j’étais priée de connaître tout le monde et de fermer ma grande mouille. On ne me demandait pas d’apprécier tout le monde, juste de les connaître, de manière à pouvoir entretenir des « relations diplomatiques » avec eux, et que je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer pour moi. J’ai même pas oser moufté.
J’avais pas trop compris le rêve sur le coup. C’était avant le Odin Project, avant tout ca. Frigg est la première qui se soit pointé, je veux dire, vraiment pointé. Le genre où vous vous retrouvez à faire un autel à 4 plombes du mat’ parce que vous avez ca en boucle dans la tête et que, merde, vous aimeriez bien dormir. Et pendant que vous le faite, vous vous demandez si vous êtes subitement devenu barge ou bien quoi. J’ai au moins eu le « bon sens » de l’écouter, même si ce n’est pas vraiment du bon sens, plutôt la pétoche que l’on ressent quand on rentre au milieu de la nuit et que notre mère nous attends dans la cuisine parce qu’elle nous avait défendu de sortir, et qu’on sait que ca va barder pour notre matricule. On parle souvent des côtés creepy d’Odin, je peux vous dire que Frigg me fait carrément plus flipper.

Le dieu en question que j’avais désigné dans le fameux bouquin, c’était Tyr. On peut pas dire que mon attitude était factuelle, et on peut pas dire que c’était mes oignons non plus. De fil en aiguilles, je me suis mise à penser à tout ca de manière plus rationnelle, de regarder tous les liens entretenus et les relations complexes. Non seulement par rapport à lui mais aux autres. Et un jour, pendant un « blót » (je met le mot entre guillemets, parce qu’étant donné que mes seuls repères sont des textes, et que je n’ai jamais assisté à un « vrai » blót, même si nous nous basons sur des ressources fiables, de façon purement intellectuelles, il y a un doute, et je n’ai pas d’autres expériences me permettant d’établir des comparaisons factuelles), je lui ai présenté mes excuses (pas qu’à lui tant qu’à faire et c’était un peu plus complexe, mais passons.)

Tout récemment, je me suis retrouvée à « accompagner/guider » quelqu’un pendant un rituel, et il s’avère qu’une des déités faisaient parties de celles à qui j’avais présenté des excuses. Je me souviens de la sensation au moment des offrandes. Que, effectivement, certains panthéons sont plus « soudés » que d’autres, mais qu’en matière de panthéon nordique, entretenir des relations qui soient au minimum de courtoisie est une base fondamentale. Je me suis demandé ce qui aurait pu se passer « si ».