Les villes sont vivantes, aussi…

Les villes et les milieux urbains ont rarement bonne presse dans le « milieu païen ». Je ne sais pas si on peut parler d’un « milieu païen » à proprement parler d’ailleurs, vu la diversité de croyances, de voies que ce terme abrite. Parler de paganisme et établir des vérités générales ou dire « les païens », c’est un peu comme ces livres ou ces dissertations qui commencent par « de tous temps les hommes » : une vaste généralisation qui ne veut rien dire.

Les villes, ce sont ces affreux endroits bétonnés, morts, bourrées à craquer de mondes, polluées, dépourvues d’énergies intéressantes, bruyantes et nocives ? Oui, si vous avez envie de les voir comme cela, vous pouvez. Ce n’est pas plus vrai que le postulat inverse, à savoir que le milieu rural est sain, rayonnant, inspirant, « connecté à l’énergie de la Grande Déesse Mère » (puisque c’est souvent à cet archétype que se réfère bon nombre de personnes dans le cas présent), parfait pour se ressourcer et être proche des vibrations du Monde et des cycles de la nature. Dans un cas comme dans l’autre, cela me parait être une vision aussi simpliste et manichéenne et que, oh disons, les gentils païens et les méchants monothéistes, les dieux tout gentils et les vilains pas beau etc. De façon plus sérieuse, je pense qu’accuser un lieu est une fausse excuse : une façon facile et exécutive de se plaindre, de condamner ou de rester dans ses préjugés.
La question n’est pas de débattre sur le fait qu’effectivement, certaines villes sont la parfaite réplique du stéréotype mentionné plus haut, sur le fait que certaines personnes étouffent littéralement en ville ou que nos lieux de vie soient parfois une obligation plus qu’un choix. Je trouve modérément intéressant de se crêper le chignon sur des affirmations péremptoires comme « les vrais païens vivent à la campagne » (je n’ai pas vu beaucoup de païens en plastique, pour reprendre l’expression d’une amie) ou tous les corollaires (souvent assénés de manière gonflante).

Ce que je trouve intéressant et ce dont j’ai envie de parler ici, c’est justement du fait que, SI les villes peuvent aussi être des lieux de pouvoirs, des portails, des zones intéressantes regorgeant de merveilles et abritant sans doute bien plus de choses qu’on ne voudrait/pourrait le croire.
Au départ, les villes ne sont pas sorties de terre toutes seules à tel ou tel endroit par hasard, hop ! Cela arrive maintenant avec les nouvelles campagnes d’urbanisation, mais c’est un phénomène relativement récent. Les villes ont d’abord été des villages, qui ont sans doute été quelque chose d’encore plus précaire à la base (je ne suis ni historienne, ni géographe donc il m’est délicat de préciser.) et les gens qui se sont rassemblés à tel ou tel endroit avaient une ou des raisons précises pour le faire : la proximité de l’eau, la topographie du terrain (zone facilement défendable en cas d’attaque, position commerciale stratégique), le climat, la fertilité du sol, etc. Outre ces raisons, il n’est pas déraisonnable de penser que d’autres éléments non comptabilisables aient pu être pris en compte (augure, esprits…)

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Nanterre

Par exemple, prenons la ville de Nanterre, la préfecture des Hauts-de-Seine. Une ville très urbanisée qui est réputée pour être craignos, moche et grisâtre. Clairement pas l’endroit où on a spontanément envie d’habiter (et non ca n’est pas ma ville, ca n’aurait pas été factuel). Ce qui est amusant, c’est qu’on retrouve des traces d’habitations déjà à l’époque néolithique. Et étymologiquement, le nom de Nanterre apparaît au VIe siècle « Nemeto-Duro » : Nemeto, comme dans Nemeton. Nanterre signifierait donc « forteresse sacrée » ou « forteresse du sanctuaire ». C’est sans aucun doute difficile d’imaginer une telle chose quand on regarde la photo de gauche, et pourtant…
Après vous me direz que tout ceci remonte à 1400 ans et que depuis, la magie a bien eu le temps de se barrer. Je répondrai « oui et non ». D’un côté, non : je pense que certaines choses persistent longtemps, très longtemps. Même si l’activité humaine considérable a effacé toutes les traces visibles (et encore puisqu’on a retrouvé des vestiges pendant le chantier de l’A86) je suis convaincue que l’énergie peut de nouveau être retrouvée, au moins en partie. Et oui. Oui la magie se barre si personne ne fait rien, si on la laisse s’oublier. Et en cela, je trouve que bouder systématiquement la ville quand on y habite, ne pas faire attention à ses énergies, pire, la mépriser, c’est contribuer à cela. Si vous vivez en ville, que vous préférerez fantasmer sur la vie rurale sans jamais rien faire pour l’endroit où vous vivez et sans essayer de changer de vie, alors vous participez à la mise à mort des énergies, des esprits, des souvenirs, de son histoire et de tout ce qu’elle pourrait avoir de beau.(Je ne rentrerai pas dans les détails à propos « du bon endroit » pour habiter au sens « l’endroit qui vous correspond énergétiquement parlant à un moment M de votre existence et dont la durée peut varier suivant les individus ».) Et en retour, la ville ne vous donnera rien. Mais après, vous serez encore et toujours les premiers à pleurnicher sur le calvaire que c’est de vivre en ville.

Les villes sont des endroits vivants, et elles ont peut-être encore plus que les campagnes, besoin d’antennes relais pour que l’énergie vive, se diffuse. Parce que ce sont des zones de saturations humaines, on y trouve des strates énergétiques extrêmement variées : il y a des insectes, parfois des souterrains accessibles (métro, catacombe), des rivières, des lignes de chemins de fer, des animaux plus ou moins sauvages (à Paris, il y a des lapins Porte Maillot et des renards aux Buttes-Chaumont), des cimetières, des musées etc… Les pierres et la terre gardent la mémoire des faits passés, des morts pendants les différentes guerres et luttes, des violences pendant des manifestations, des cortèges de mariages qui passent, les jardins publics regorgent d’arbres, on trouve différents lieux de cultes… Comment pouvez-vous penser à Elle comme un lieu mort ? (Oui c’est plus difficile à première vue. Et oui nous sommes tous (moi compris) en partie influencés par une imagerie d’Épinal.)

Notes & Sources :
L’article sera probablement en deux parties.
L’article posté dans le groupe FB qui a donné lieu à cette réflexion est lisible ici
Les renseignements sur la ville de Nanterre sont tirés de la fiche Wikipédia

[Odin Project – Jour 14] Une présence intoxiquante

Tout d’abord une petite mise au point sur le titre de l’article. Il y a un bout de temps, Shinny Naedune avait publié un article sur Freyr intitulé une présence éblouissante. Cette formulation m’étant restée en tête et sa formulation correspondait à ce que j’avais envie d’exprimer ici.

Étymologiquement, le nom d’Odin vient de la racine ód ou wod, qui signifie fureur, mais qui prend aussi le sens d’intoxication. La sagesse d’Odin n’a rien d’une sagesse contemplative ou calme, bien au contraire, c’est en quelque sorte une sagesse acharnée, une sorte d’entêtement continu. Son énergie ressemble à cela : elle n’a absolument rien de calme et de posée, c’est une force parfois ténue mais constante, une endurance patiente et absolue, qui dévaste tout sur son passage. Elle a tendance à éclipser tout le reste, balayant tout d’un revers de la main comme de vulgaires fétus de paille. C’en est d’ailleurs perturbant : il y a plusieurs déesses avec qui j’ai des affinités que l’on pourrait définir comme assez fortes. Pourtant, soyons franc, aucune ne fait le poids. Quand il y a l’énergie, la présence d’Odin, les autres présences sont secondaires, et pourtant, Morrigan, Hella, la Cailleach ou Hécate ne sont pas des déesses à l’énergie particulièrement discrètes. Aucune des relations que j’ai pu avoir avec les autres déités ne ressemble à cette relation là, et pourtant, certaines d’entre elles sont là depuis le tout début de mon cheminement il y a dix ans. Peu importe ce que vous construisez, ni avec quelle force vous le bâtissez, cette énergie là est capable de tout renverser.

C’est en cela qu’il y a un certain danger dans la présence d’Odin, un danger enivrant mais un danger quand même. Pas qu’il soit particulièrement dangereux en lui-même (bien sûr, il a des aspects redoutables, mais comme ce ne sont pas des que j’ai eu particulièrement l’occasion de voir, je ne m’en rends pas bien compte. Pour autant, je ne doute pas qu’ils existent et qu’il faille faire un minimum attention, bien qu’on ne ne puisse pas franchement dire que je sois d’une nature prudente.) c’est plutôt qu’il peut vous faire vaciller comme une chandelle laissée dehors par une nuit venteuse.

Comme je l’ai mentionné plus haut, son énergie est très particulière et très reconnaissable, mais surtout, je considère qu’elle peut agir comme une drogue, une drogue redoutablement agréable et efficace, et comme avec une drogue, tant que vous n’êtes pas dépendant, cela va (que l’on se comprenne bien :  je n’incite personne à se droguer, j’utilise une image), mais si vous ne faites pas attention, que vous ne vous connaissez pas bien ou que vous êtes fragilisés, vous pouvez très vite vous retrouvez dans une situation qui vous dépasse et je pense qu’on peut se perdre soi-même. Pour autant, je pense que la méfiance ou les avertissements ne servent à rien, pas plus qu’il n’est utile de tenter de le mettre à l’écart, non.
La seule chose qui soient réellement utile, c’est la connaissance de soi et arriver à garder un équilibre pour ne pas réveiller trop de choses à la fois. Je ne dis pas qu’il y a un problème à éprouver une franche préférence pour sa présence, ou qu’il faille se montrer particulièrement vigilant ou méfiant, c’est plus délicat à expliquer que cela. Je dirais plutôt qu’il faut garder un œil sur l’horizon pour continuer à garder le cap. C’est assez sibyllin, je ne saurais pas vraiment l’expliquer moi-même. Sa notion de savoir est complètement corrélée à cette notion d’intoxication pour moi : en gros, si vous cherchez le savoir par goût du pouvoir, vous risquez de ne pas nourrir les choses appropriées en vous, par contre, si vous essayez de les employer pour vous aider, puis pour aider les autres tout en vous réinterrogeant sur vos motivations et en étant prêt à vous remettre en question, vous avez une chances de pouvoir passer la barrière et d’arriver à bon port.

Odin est un dieu ambigu. Très ambigu pour ne pas dire fourbe. On dit qu’il est le dieu des serments, mais aussi un briseur de serments (note : Freya Aswynn pose la question de savoir si originellement, ce aspect fourbe n’était pas plutôt une caractéristique de Tyr qu’Odin aurait par la suite « absorbée », je ne sais pas, c’est à voir…) et tout en lui possède ce double visage, mais par moment, j’aurai presque envie de dire qu’il est comme la magie, qui est à double tranchant, au-delà des considérations binaires du bien et du mal, trop restrictives dans des cas comme ça.
D’un certain côté, il est comme la magie, et toute la difficulté est cet équilibre entre la volonté et la réception. C’est comme pratiquer certains types de rituels : si vous attendez avec trop d’avidité, vous allez vous monter la tête tout seul avec votre égo et finir par imaginer des choses et vous raconter des conneries. Si vous êtes convaincu qu’il ne va rien se passer, vous allez vous fermer directe et ca ne donnera rien. Il faut trouver juste le bon équilibre, arriver à marcher sur le fil pour passer sur l’autre rive sans vous péter la gueule au fond du ravin qui peut être un simple rebord de trottoir ou profond comme la fosse des Mariannes, mais dont vous ne pouvez pas connaître à l’avance la profondeur.