[PBP] T – Tribu

Auteur inconnu

L’importance de la tribu n’est pas dans le fait de pouvoir faire de super rituels de groupe ou de pouvoir faire des festivals païens. C’est sympa, mais ce n’est qu’une façade, la partie visible de l’iceberg.

Les grandes épiphanies, les révélations ne surgissent pas au milieu d’une célébration avec treize personnes, un soir de pleine lune, en plein été au fond de la forêt. Elles ne s’accompagnent pas du glamour d’un bel autel avec un rite parfaitement organisé. Elles se cachent dans le travail quotidien, dans les messages impromptus, dans les tirages en compagnie d’une copine et d’un verre de jus de fruit au milieu d’une nuit d’automne.

Une tribu n’a pas besoin d’être définie, avec le nom des membres couchés sur le papier et d’avoir une page Facebook, un blog et des outils de communications. Votre tribu de Sorciérons, ce sont ceux qui sont proches de vous, sur qui vous pouvez compter quand il y a un coup de mou dans votre pratique, quand il y a des phases de doute. Ce sont ceux à qui vous pouvez téléphoner, parler de ce qui vous tracassent, des phases de changements. Ce sont ceux qui vous écoutent, même s’il ne savent pas quoi vous dire. Ce sont ceux qui savent vous dire quand ils ne sont pas d’accord avec vous, qui sont en mesure de vous dire de faire attention quand cela est nécessaire. Qui vous diront quand ils ne savent pas, quand ils pensent que vous allez vous manger un mur. Qui seront là même si vous vous le mangez, sans vous jeter, même si parfois ils lèveront un sourcil et vous diront qu’ils vous avaient prévenu. Ce sont ceux avec qui vous passerez des soirées d’enfer ou aurez des délires débiles. Avec qui vous partagerez le bon, le meilleur et le moins bon. Tous les sorciérons ne s’entendront pas toujours tous bien : les liens évoluent en permanence, et le fait d’être ami avec deux personnes ne présagent pas que ces personnes le seront entre elles, ni qu’elles doivent essayer.

Plus le temps passe, plus je me demande à quoi cela sert ces questionnements de « je pratique en solitaire mais je voudrais pratiquer en groupe. » « Ah tu as de la chance de pouvoir faire des rituels avec un cercle, moi je ne peux pas. » A mon sens, il n’y a pas vraiment de pratique solitaire opposée à une pratique de groupe. Il y a des phases où on a la possibilité et l’envie de ritualiser de manière formelle au sein d’une structure et des phases pour le travail personnel. Si ces phases peuvent coexister temporellement, ce n’est ni une nécessité ni une généralité.
Je pense que beaucoup de gens confondent « célébration collective » et « cercle de sorciérons ». Une célébration collective purement spirituelle ne demande pas de liens approfondis. Et un cercle de sorciérons n’a pas forcément besoin de se réunir et de pratiquer des sortilèges en groupe. S’il peut et s’il le souhaite, ca peut être génial. Mais ca peut aussi être la bérézina : je ne pense pas que toutes les pratiques magiques, toutes les énergies personnelles et conceptions à ce niveau-là puissent systématiquement s’accorder. Parfois, je me demande si beaucoup de groupes de pratique ne volent pas en éclat parce qu’il est facile de confondre « pratique magique », « pratique spirituelle » et « amitié ». Avoir des croyances communes, des conceptions ou des parcours proches n’est pas forcément un facteur de réussite dans ce domaine.

Vous pouvez trouver relativement des gens pour célébrer un tournant de l’année, mais comme disait Saint-Exupéry « on ne se créé pas de vieux camarades ». Quand  certaines configurations pointent le bout de leurs nez, avoir des personnes qui peuvent vous aider par des tirages, des partages d’expériences, ou simplement une bonne discussion et/ou du réconfort, ca vaut tous les rituels classieux autour d’un feu de camp.

Pratiquer seul/e, par choix ou pour des raisons variées ne fait pas forcément de vous quelqu’un d’isolé. Ce n’est pas parce qu’une personne leade des rituels de groupe qu’elle sera la personne la plus à même de vous conseiller ou de vous écouter. Ce n’est pas parce qu’une personne a seulement 5 ans de pratique et vous 10 que vous ne pouvez pas lui demander de l’aide, que cette aide ne sera pas d’un grand secours. L’âge non plus n’a pas tellement d’importance, c’est plutôt le degré de maturité et d’ouverture d’esprit, de réflexion et d’amour. Je ne parle pas de l’amour neuneu « aseptisé » à grande renfort de citations toutes faites et de phrases bidons. Je parle de la présence et de l’attention, du Regard. Quand vous êtes trempé comme une soupe, les pieds mouillés, en train de claquer des dents, le moral dans les talons avec une nuit blanche derrière vous, vous serez content quand la personne qui arrive vous dise « viens on va se poser, ca va aller ». Dans ce genre d’instant, c’est tout ce qui compte, pas le nombre d’années au compteur, les initiations, les cursus validés et les rituels de groupes leadés.

Aimez les autres pour ce qu’ils sont, pas pour ce qu’ils représentent (ou bien souvent « pour ce que vous pensez qu’ils représentent »).

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[Sigyn Project – Jour 28] Bilan / réflexions en vrac

[note du 6/03 : suite à une conversation avec Valiel, j’ai précisé certains points importants en bleu. J’espère avoir été plus claire, mais je sais que j’ai une approche assez « froide » et que mes explications sont parfois un peu tordues et que j’ai tendance à faire des ellipses dans mon raisonnement.

Ainsi s’achève le mois de février et avec lui, le Sigyn Project. Sigyn est une déesse que je connais malgré tout assez peu, beaucoup moins que certaines de mes amies qui ont d’ailleurs des interprétations et théories très intéressantes (mais il ne m’appartient pas d’en parler).

Je n’aime pas beaucoup parler de mes relations avec les différentes déités : certaines sont extrêmement fortes, d’autres l’ont été. D’autres encore sont plus factuelles, mais dans tous les cas, je préfère garder pour moi le niveau de relations que j’ai avec toutes, surtout par pudeur mais aussi parce que j’ai du mal à comprendre en quoi l’expérience du « je » peut-être intéressante pour une autre personne. Nous sommes tous unique, et je ne suis pas certaine qu’essayer de trouver des points de repères autre que le factuel fasse réellement avancer les choses.

En quelque sorte, je trouve cela malsain de comparer la relation que l’on entretient soit avec telle déité avec celle que l’on pense que les autres entretiennent avec elle. Ce n’est rien de plus qu’une projection, une manière de se situer dans une norme, dans le but de trouver sa place ou d’acquérir un statut, que ce dernier trouve sa place dans une sorte de moyenne ou qu’il s’en distingue. [note : ce qui m’interpelle et qui m’inquiète quelque part -bien que le terme soit un peu fort- c’est qu’on finisse par aplatir nos différences et les diversités de nos pratiques, de manière consciente ou inconsciente- en se confortant -consciemment ou non- à des définitions. Que l’on change ou que l’on évolue dans sa pratique n’est pas le souci, au contraire, c’est plutôt que je me demande quelles richesses un changement « provoqué rapidement et artificiellement suite à « une intoxication » est réellement plus profitable que la lente maturation apportée par une pratique personnelle, des expériences concluantes et des méga-gamelles.]

Bref, je n’en comprend pas l’intérêt (tout comme je ne comprends pas l’intérêt de disséquer sa pratique perso -que ce soit sur des blogs ou des forums- ou de lire des blogs dans cette optique, cela amène juste une sorte de « mondialisation /normalisation » des sentiers et des sentiments hiérarchiques avec son lot de remugle égotique et de disputes à la con sur « qui est un(e) vrai(e) spirit-worker/prêtresse/chaman gna gna gna ». Et au passage, j’inclue dans ce genre de schémas les gens qui se présente « a contrario » : je ne suis ni … ni … Je sais que mon point de vue assez tranché, et que là aussi, cette réflexion ne peut avoir lieu que quand la somme de partage existante est suffisamment conséquente. Toute existence de blog peut être soumise à la même analyse d’ailleurs. [Ce qui m’interpelle, c’est moins la question du partage intrinsèque que ce qui se cache derrière. Pas seulement le « pourquoi nous partageons et à quoi cela sert » mais « comment ces partages sont perçus et qu’est-ce qu’ils induisent ». En soit, le fait de se mettre des étiquettes ou de parler en détail de sa pratique n’est pas un problème, pas plus que le fait de se définir à contrario de ces étiquettes/pratique, c’est plutôt toutes les discussions et prises de positions tendues qui peuvent en découler. Ces réactions peuvent produire des rapports « de force » et des avis pas nécessairement toujours constructifs genre « les X que j’ai croisé, c’était de la merde sauf rares exceptions ». D’autre part, j’ai été surprise ces derniers temps par des articles qui semblent exprimer parfois un regret, comme si le fait de ne pas pouvoir se définir de telle ou telle manière devenait « un problème ». Dire « je suis ça » n’est pas un souci en soit ; c’est plutôt toutes ces histoires de contestations/réactions genre « non toi tu es pas un(e) vrai(e) parce que… » ou « j’aurais voulu être ca, mais en fait en lisant les autres je me rends compte que non, je peux pas » et je me demande ce que cela peut apporter de positif sur le long terme : ce sont les raisons pour lesquelles je dis que je ne comprends pas certains type de partage. Chacun interprète une pratique et participe à sa transmutation : à force de d’interprétations et de partages, j’ai par moment l’impression que l’on assiste à une dénaturation de l’idée initiale et que peu à peu, ce qui est un concept vivant se fige. Une fois qu’il est figé, on assiste à l’émergence de nouveau concept « hors-barrière » jusqu’à ce qu ‘ils soient eux aussi « fixés » et stabilisé. Par rapport au terme « spirit-worker » par exemple, j’ai l’impression, suite aux explications de Valiel, que ce mot, au départ un terme valise est en train de se doter de notions/définitions propres suites à des strates successives de définitions personnelles dont certaines interprétations/exemples ont été largement repris et conduisent à le structurer. Pour reprendre l’exemple de ce mot, puisqu’il m’apparaît comme un bon exemple par rapport à ce que j’essaie de retranscrire, il est apparu, tout nouveau, tout beau et est décrit de plus en plus comme une nouvelle voie là où il servait simplement de qualificatif au départ : en ce moment, la « mode » est plus ou moins de s’essayer à des critiques parfois très virulentes de la wicca. Que ces critiques soient fondées ou non n’est pas directement le propos : je constate simplement qu’elles reposent souvent sur une analyse partielle puisque partant de pratiquants semblables, pas toujours représentatifs de l’ensemble de cette voie. Toujours est-il que si on prend le terme de « spirit-worker » dans son sens le plus factuel « qui travaille avec des entités », et qu’on se réfère à certains pratiquants de la wicca, on constate que ce terme peut également s’appliquer à eux. Que sont-ils donc alors ? Le fait de partager largement certains de ses avis et ses pratiques pouvant conduire à une normalisation des voies, on peut supposer que, certaines de ces personnes, il y a dix ans, se seraient décrites comme wiccanes, mais qu’elles préfèreraient peut-être aujourd’hui utiliser le terme « spirit-worker » ; conduisant à un schisme encore plus grand entre des voies qui sont, dans le fond, beaucoup plus perméables qu’elles ne l’apparaissent parfois à travers le prisme de nos perceptions personnelles. Pour reprendre les termes utilisés dans ma réponses : « Au final, qu’est-ce qu’on s’en fous de l’étiquette ou du modus operandi lié à telle ou telle type de pratique (par modus operandi j’entends la pratique codifiée qui semble s’installer sur certaines définitions, alors qu’à la base, il n’y a pas forcément lieu d’en avoir : pas forcément pour des pratiques « historiques » ou avec des réinterprétations reposant sur une base factuelle -par exemple le seidr- mais plutôt toutes ces nouvelles définitions comme « spirit-worker ». Clairement, pour ce dernier cas, j’ai parfois envie de dire que c’est un peu comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, il est probable que si tout le monde disséquait sa pratique, on retrouverait tous des éléments pouvait se rattacher ou s’approcher du modus operandi en vogue lié à cette étiquette, pourtant, en voulant la circonscrire dans un mode précis, on se coupe de nouvelles voies. Et on risque, à long terme, les mêmes problèmes que dans certaines communautés religieuses. D’où mes questions. »]

Quel pourcentage de nos écrits sont « factuels » ? Quel pourcentage est l’expression d’une part de notre égo ? Et parce que l’existence même de l’égo peut également être une constante  factuelle, à quel moment on passe de « l’égo factuel que nous reconnaissons et acceptons » à « l’égo qui commence à nous tirailler ? » Comment déterminer que le factuel est bien ce qu’il prétend être ? A quel moment cela n’est plus factuel au sens stricte du terme (l’UPG est-elle factuelle par exemple) ? A quel moment le partage tue le partage (pour faire un remix de Laffer) ? [Note : cette question du partage tuant le partage est une sorte de résumé de l’idée exprimée en bleu plus haut.]

Sigyn by ~Ljotunnr
(histoire d’aérer un peu l’article :o)

Je précise au passage que je n’exclue absolument pas mon blog/moi-même de cette ligne de réflexion. C’est un truc qui me turlupine souvent quand j’écris. Je me demande jusqu’à quel point un partage de ressenti peut-être factuel. A quelle moment cela cesse d’être factuel (en même temps, à partir du moment où on dis « je », l’égo parle. Ce n’est pas toujours bon, pas toujours mauvais, mais c’est un fait qu’il faut garder à l’esprit : l’égo est dans le « je ») [note/précision : il y a toujours de l’égo, il fait partie de notre existence et de notre conscience de nous-même. L’important est dans l’équilibre, et dans le fait d’avoir conscience de cet égo pour éviter de se laisser contrôler par lui.] A quel moment je dis un truc parce que je pense que cela apporte un plus, et à quel moment j’ai envie d’écrire certaines choses parce que quand je lis ce que certaines personnes écrivent, j’ai juste envie de dire « merde, vous voulez jouez à qui pisse le plus loin ? Attendez, je participe qu’on rigole. » Quand je sens que c’est la dernière partie qui me tiraille, je gomme, j’efface, je m’arrête. C’est une des raisons pour lesquelles je ne lis plus l’immense majorité des blogs : ca réveille parfois en moi des trucs pas très claires, et je me souviens bien de la première étape du processus de l’inchiabilisation progressive (qui pourrait se traduire suivant les gens par « j’ai envie de mettre mon grain de sel et de dire ce que je vis parce que 1/ soit je me sens en état de complexe d’infériorité et je veux prouver le contraire/expliquer le contraire/appuyer lourdement dessus/ou du coup je vais aller chier sur un truc parce que ca me fait me sentir mal 2/ les gens me font trop rire avec leurs conneries, je vais leur apprendre la vie et prouver que MOI ca déchire ».) et je n’ai aucune envie de replonger dedans (mais peut-être qu’à force de bonne volonté je vais finir par arriver où je ne voulais pas aller ?)

Dans le fond, peut-être que c’est le fait d’en faire une question si importante qui rend la question si épineuse ? Après tout, on pourrait très bien dire « bah ouais, c’est mon égo, je m’étale et merde ». Je pense que tout est une question de point de vue, de mesure, de personne, de sujets, de timing… bref, une sorte de grande danse de la relativité pour laquelle il n’existe pas de constance mesurable. [note : ce que j’essaie de dire, c’est que dans le fond, on s’en fous : un blog reste un espace personnel et on fais de notre mieux et/ou ce qu’il nous plait. Quoi que l’on fasse, on ne fera pas l’unanimité, et c’est tant mieux quelque part.]

Et c’est là que Sigyn « entre en scène » si je puis dire. Sigyn pourrait nous montrer que, dans le fond tout est une question de regard, de point de vue. Et cette question, on la retrouve dans la façon dont sa perception peut parfois se réduire, deux axes « simplistes » : femme abusée ou femme aimante et loyale ? Dans le fond, est-ce que cela change quoi que ce soit à son essence, qui dans tous les cas ne peut être perçue dans sa globalité et avec toute sa complexité parce que nous ne pouvons pas, exactement comme, dans le fond, au-delà des apparences, des masques, des lectures entre les lignes et des comportements « publics », nous ne savons jamais vraiment ce qui se passe dans la tête et dans le coeur de quelqu’un, nous ne les percevons qu’à travers nos yeux, notre empreinte et l’essence est passée au tamis de notre propre être, parfois la sublimant, parfois la dénaturant, mais ce processus de « raffinement » n’en est pas moins un fait.