21/12/2012

Parfois, les livres parlent mieux que nous.

Ah! non ! songeai-je. Elua, non ! C’est trop demander, trop !
Et, à la seconde même où cette pensée se formait dans mon esprit, le vide fût comblé par une présence immense de joie, d’amour et de lumière ; c’était plus que j’en pouvais supporter. Elle grandit en moi, magnifique et intolérable à la fois. J’étais emplie de cette présence qui élargissait ma conscience ; je percevais une structure sous-jacente qui englobait la vie toute entière – tout l’amour de l’Univers. L’amour et tout ce qu’il implique ; les liens complexes qui nous unissent les uns aux autres, qui engendre la vie, la loyauté, la compassion et le sacrifice, dans son sens le plus pur. Jusqu’alors, je n’avais jamais cru que cela fût possible. Je n’avais jamais pensé qu’un être mortel pût contenir tant de gloire. Qu’était-ce donc qui m’emplissait ainsi ? Pas Kushiel, non, ni Naamah mais Elua, Elua le béni, l’ombre étincelante qu’ils suivaient tous, qui me révélait enfin l’immensité de son plan, qui m’emplissait et m’enveloppait, doré et irrésistible, qui baignait mon âme de lumière irradiante, qui mettait dans ma bouche un goût de miel, qui faisait battre mon coeur comme les ailes d’un oiseau de paradis, oui, oui, oui.
Non, songeai-je. Les larmes me piquaient les yeux. Non.
C’est trop.
Je pris une profonde inspiration ; le filet d’air râpa mes poumons comme une toile abrasive. La présence s’atténua, relâchant son étreinte, comme s’évanouissent dans l’air les ultimes notes d’un chant sublime. Pardonnez-moi, songeai-je, désespérément reconnaissante, pardonnez-moi, Elua mon seigneur, merci de votre compassion, de votre compréhension, je jure de vous suivre dans chacune de mes actions, je verserai de l’encens chaque jour sur votre autel, je dirai un millier de prières et de bénédictions…

La présence continuait de refluer, se retirant à regret. Adieu, entendis-je ; un adieu murmuré à mon esprit d’un ton qui ne se discutait pas. Adieu. Et ce n’était pas uniquement Elua, Elua le béni, mais tous les autres également – Kushiel dont les ailes de bronzes battaient pour la dernière fois dans le sang charrié par mes veines, Naamah dont l’énigmatique sourire disparaissait.
Tous ! Ils me quittaient tous à jamais.
Et le vide gris attendait pour les remplacer.
— D’accord ! […] Je vais le faire.

Tiré de Kushiel, tome 3 : L’Avatar, Jacqueline Carey, pp.302-303

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