Loki et son chant

Il se rappelait la vie des pierres et des plantes et de toute créature. Il ne connaissait pas seulement la vie des deux sexes mais également cette vie qui avait vécu avant que tout vivant se fût séparé en deux extrêmes inverses. N’importe quand, le souvenir pouvait arrêter la roue tourbillonnante et dépose un poème sur sa langue.

Je fus pluie
qui foula le serpent,
silex taillé.
Sur des rivages déserts
Je fus un frêne
fils et fille de femme
père du Loup…

Le poème mourut dans un éclat de rire comme s’il avait chanté un poème comique, il me prit par le cou et attira ma tête de sorte que mes lèvres effleurèrent la racine de ses cheveux et que je l’embrassai sur le front comme je faisais lorsque j’étais enfant tandis que le chant volait hors de sa poitrine, et je ne doutais pas plus maintenant qu’auparavant que Loki m’eût connue dans toutes ces vies. Et son chant suscita un poème dans mon sein et éveilla en moi parole sur parole parce que je savais que je voulais être le serpent qu’il humidifiait, le feu qu’il allumait et un arbre sur le rivage à ses côtés. Je ne pouvais m’imaginer les souvenirs de Loki sans moi.

In La saga de Gunnlöd, Svava Jakobsdottir

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